
La décision d’abattre des troupeaux entiers, notamment en Ariège, pour faire face à une nouvelle crise sanitaire dite de la « dermatose nodulaire » et les affrontements violents entre éleveurs et forces de l’ordre qu’elle a entraîné a divisé l’opinion française et choqué une grande partie de celle-ci. Nous avons interrogé Alain de Peretti, vétérinaire et président de l’association Vigilance Hallal, pour faire le point sur la situation.
ÉLÉMENTS. Pour les profanes pouvez-vous expliquer ce qu’est exactement « la dermatose nodulaire contagieuse » chez les bovins, quels en sont les principaux symptômes et comment la maladie évolue-t-elle généralement chez un animal infecté ?
ALAIN DE PERETTI. La dermatose nodulaire (Lumpy Skin Desease) est une maladie exclusivement bovine donc non transmissible à l’homme, bénigne (faible mortalité, nombre de cas limités et guérissant spontanément dans la plupart des cas), provoquée par un virus de la famille de la variole (pox virus). Les signes cliniques sont une forte fièvre et des nodules cutanés très douloureux. On lui a attribué de manière abusive le terme « contagieuse » car elle ne se transmet pas d’animal à animal mais par des insectes piqueurs hématophages. Cette dénomination ne contribue pas à une bonne compréhension de la maladie et entretient un narratif anxiogène.
ÉLÉMENTS. Comment le virus de la DNC se transmet-il principalement, et quels sont les facteurs qui ont contribué à sa propagation en France depuis le premier cas détecté en juin 2025 ?
ALAIN DE PERETTI. La maladie était présente depuis plusieurs années en Grèce et dans les Balkans, puis en Italie, venant de Turquie et d’Afrique du sud. Elle s’est propagée du fait de l’intensification des échanges mondiaux, des mouvements de population et sans doute du fait du réchauffement climatique, son apparition en été 2025 en pleine période d’activité des insectes piqueurs semble logique. Ce qui pose question c’est la vague de cas actuels en pleine période d’inactivité hivernale des insectes et, semble-t-il sur des cheptels vaccinés : la « Science » dont se parent nos décideurs se garde bien de nous donner des explications…
ÉLÉMENTS. Les abattages massifs auxquels nous avons assistés étaient-ils la seule ou plus efficace façon de répondre à cette crise sanitaire ?
ALAIN DE PERETTI. Absolument pas, l’Organisation Mondiale de la Santé Animale et d’autres instances médicales comme l’association des vétérinaires européens critiquent l’efficacité de cette méthode radicale. Comme au moment du COVID, un narratif bien huilé, basé sur « la science » et anxiogène où le confinement généralisé a été remplacé ici par l’abattage, dans le but de pousser à une vaccination généralisée, d’une efficacité douteuse puisqu’en cas de symptômes apparaissant sur un cheptel vacciné entraîne l’abattage total. D’ailleurs cette « stratégie » ne donne aucuns résultats tangibles, les cas se multiplient alors que les insectes vecteurs sont en dormance hivernale. Les élevages atteints étant vaccinés, on peut même se poser des questions sur le rôle de ce vaccin et son innocuité…
ÉLÉMENTS. Comment expliquez-vous ce choix politique de l’abattage massif et de la confrontation violente avec les éleveurs ? Application excessive du fameux « principe de précaution » ou mesure vexatoire visant une corporation exsangue déjà au bord de la révolte ?
ALAIN DE PERETTI. Ce choix est totalement politique, s’appuyant sur des directives européennes et un classement de la DNC en catégorie A arbitraire. Une maladie comparable comme la Fièvre Catarrhale n’a jamais donné lieu à de telles absurdités. En fait ce n’est que l’application d’un plan élaboré dans les années 60-70 par Sicco Mansholt commissaire européen à l’agriculture puis président de l’UE et le Club de Rome basé sur la décroissance et une vision malthusienne, et tous les pays européens ont mis en place des mécanismes de diminution des cheptels de l’ordre de 30 %. En 2022, aux Pays Bas, le premier ministre Mark Rutte avait provoqué des émeutes très violentes qui avaient entraîné sa démission et son recasage à L’OTAN. Là, le motif d’abattage était écologique, les vaches étant accusées de larguer du méthane et il faut absolument respecter l’agenda du GIEC. La confrontation violente avec les paysans n’est que la conséquence du mépris développé au fil des décennies et d’une mise sous tutelle par l’endettement et la perfusion des aides PAC. Cette technique de l’abattage de masse s’est généralisée dans tous les cas : tuberculose bovine, grippe aviaire, peste porcine. On se souvient aussi des mesures d’abattage de masse lors de l’épisode de la vache folle alors qu’il a été établi que c’était inutile. Principe de précaution poussé à l’absurde ? Vision théorique d’un monde possiblement libéré de tout microbe, bactérie ou virus ?
ÉLÉMENTS. Plus globalement, dans un contexte de plus en plus concurrentiel et mondialisé – et qui le sera encore davantage après l’adoption du Mercosur – pensez-vous que l’élevage français a encore un avenir et quelles seraient pour vous les mesures à prendre afin de le défendre et le promouvoir efficacement ?
ALAIN DE PERETTI. Il est certain que la religion globaliste qui sévit depuis la seconde guerre mondiale a poussé ses pions pour mettre en place ce qu’ils ont appelé « l’arme alimentaire ». L’agriculture française, basée pour l’essentiel sur la propriété et donc l’indépendance est donc un obstacle à faire tomber (même si cette faculté de résistance a été amoindrie par l’endettement et les aides de la PAC…) Labourages et pâturages sont les deux mamelles de la France et ont jusqu’ici contribué à notre souveraineté alimentaire au cours de notre histoire. Le Mercosur intervient dans un contexte de redistribution géopolitique où les USA veulent restructure leur zone d’influence et il ne me semble pas pouvoir menacer vraiment notre agriculture si des mesures radicales sont prises : sortie de l’UE et de l’euro, révision générale de règles fiscales et réglementaires concernant les exploitations familiales ou assimilées, ainsi que les circuits courts de distribution (par exemple par des taux de TVA préférentiels…)
ÉLÉMENTS. Pour conclure, est-il, selon vous, possible aujourd’hui de faire cohabiter le légitime souci de sécurité et de qualité alimentaires, avec une volonté d’alléger les pesanteurs administratives et réglementaires qui écrasent paysans et éleveurs ?
ALAIN DE PERETTI. A l’évidence oui ! Il est maintenant évident que la massification des échanges n’a pas amélioré la sécurité et la qualité alimentaire malgré tous les contrôles. Les pesanteurs administratives doivent être réservées à la grande distribution qui s’approvisionne sur le marché mondial. Chacun de nous peut facilement contrôler son boucher artisanal, son volailler ou son marchand de légumes, sur le marché ou dans son échoppe, du fait des relations rapprochées qui s’établissent. Le monde entier reconnaît la qualité de nos produits, refusons la standardisation et toutes les tentatives transhumanistes comme la viande de culture dans laquelle d’énormes intérêts financiers ont investi (Bill Gates, Cargill etc). L’agriculture est le trait d’union de toute société avec la nature, la vraie, celle qu’il faut respecter en observant ses règles.
Propos recueillis par Xavier Eman