Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Guerre contre la Russie ? L’Europe ne fait vraiment pas le poids…

En mai 2025, l’Otan a organisé en Estonie un exercice militaire d’envergure, baptisé Hedgehog 2025, réunissant 16 000 soldats de 12 pays membres, dont 1 000 Français, ainsi que des spécialistes ukrainiens des drones. L’objectif était clair : simuler un champ de bataille moderne, inspiré de la guerre en Ukraine, mais avec une densité de drones deux fois moindre et une capacité de manœuvre blindée persistante.

Le bilan a révélé des failles majeures dans la préparation des armées occidentales face à la guerre dronisée.

L’opinion publique européenne est dûment préparée à une guerre contre la Russie, mais es armées européennes sont encore très loin de pouvoir supporter un conflit de haute intensité

Von der Leyen a à plusieurs reprises appelé l’Europe à se préparer à un conflit de haute intensité avec la Russie. En octobre 2025, elle a souligné que l’Europe devait « répondre » et « dissuader » face aux actions russes.

Depuis l’été 2025, le gouvernement français a de son côté demandé aux hôpitaux de se préparer à un « engagement majeur » d’ici mars 2026, dans le cadre d’un scénario de conflit de haute intensité avec la Russie. Cette préparation vise à accueillir un afflux massif de blessés militaires, français ou alliés, dans l’hypothèse où la France deviendrait une « base arrière » pour un conflit en Europe de l’Est. Macron a annoncé la construction d’un hôpital militaire à Marseille et une augmentation significative du budget de la défense, cependant très loin derrière les efforts de réarmement de l’Allemagne.

« Seules trois armées au monde sont « combat-proven » pour des guerres de haute intensité : l’ukrainienne, la russe et dans une moindre mesure la nord-coréenne », faisait remarquer il y a quelques jours au Figaro une source militaire française, qui rappelait que, « même si on a des capteurs, rien ne remplace le fait d’être au cœur du champ de bataille en matière de retour d’expérience ».

Un exercice qui tourne au désastre tactique

L’exercice visait à créer une situation de stress maximal pour les troupes, en reproduisant un environnement « contesté et congestionné », où la transparence du champ de bataille, induite par les drones, rend toute dissimulation quasi impossible. Rapidement, les blindés otaniens, dépourvus de camouflage efficace, ont été repérés et « détruits » par des équipes de dronistes ukrainiens et estoniens.

Une équipe de dix dronistes ukrainiens a simulé la destruction de 17 véhicules blindés et mené 30 frappes sur d’autres cibles.

Une centaine de soldats jouant le rôle de l’ennemi ont réussi à neutraliser deux bataillons otaniens en 24 heures.

Les forces « amies », incapables de localiser ou de contrer les équipes de drones, se sont retrouvées hors de combat avant même d’atteindre leurs objectifs.

Pour Aivar Hanniotti, coordinateur de drones au sein de la Ligue de défense estonienne, le constat est sans appel : « Tout a été détruit ». Sten Reimann, ancien commandant du renseignement militaire estonien, qualifie les résultats de « choquants » pour l’Otan.

Des réactions contrastées en France et en Europe

À Paris, les réactions sont mesurées. Les autorités françaises minimisent l’ampleur de l’échec, soulignant que la participation hexagonale était limitée (un bataillon) et axée sur la logistique plutôt que sur le combat. L’exercice servait notamment à tester le déploiement du nouveau blindé Jaguar, qui n’a pas été engagé en situation de tir réel.

Certains officiers français et experts estiment que l’alarme soulevée par le Wall Street Journal est exagérée. Stéphane Audrand, historien militaire, rappelle que les exercices de l’Otan sont souvent « scriptés » pour éviter de « perdre » une unité en quelques heures. « Là, ils ont sorti de leur zone de confort… et se sont fait piler », commente-t-il. Une situation classique dans les centres d’entraînement, où les forces d’opposition (FORAD) sont conçues pour mettre en difficulté les troupes en formation.

Pourtant, un officier supérieur français reconnaît, sous couvert d’anonymat : « Les armées russe et ukrainienne sont en 1918, et le risque, c’est que nous soyons encore en 1914 ». Une métaphore qui illustre le retard occidental dans l’adaptation aux nouvelles réalités du champ de bataille.

La révolution ukrainienne : drones, IA et boucle renseignement-feu

Le succès des dronistes ukrainiens repose sur une transformation radicale de la guerre :

Réduction drastique du temps de réaction : Grâce au logiciel Delta, les Ukrainiens ont réduit la « boucle renseignement-feu » (délai entre la détection d’une cible et sa destruction) à moins de trois minutes, contre des dizaines de minutes dans les armées traditionnelles.

Démocratisation du renseignement : Les données sont partagées en temps réel entre les unités combattantes, une pratique peu répandue dans les armées occidentales, où l’information reste souvent centralisée.

Synergie entre drones et artillerie : Les drones FPV (First Person View) ne sont qu’un élément d’un système plus large, incluant l’artillerie lourde, les mortiers et les lance-roquettes, tous coordonnés pour maximiser l’efficacité des frappes.

Cette approche a rendu les concentrations de forces extrêmement vulnérables, non seulement sur la ligne de front, mais aussi sur des dizaines de kilomètres en arrière. « Tout a changé avec la guerre en Ukraine », résume une source militaire française, évoquant l’intégration accélérée de la guerre électronique et la diversification des flux logistiques pour éviter les frappes ennemies.

Un retard occidental à combler…

Malgré ces constats, l’adaptation des armées occidentales reste lente. Michel Goya, ancien colonel et historien, souligne dans son essai Quand la machine s’éveillera que l’Europe peine à tirer les leçons de l’Ukraine. « La fusion des soldats avec les petites machines » (drones, IA, capteurs décentralisés) y est encore trop peu intégrée, freinée par des rigidités administratives, un manque de ressources et la résistance des conservateurs militaires.

Goya propose une solution radicale : imiter l’Ukraine. Chaque brigade devrait disposer de ressources propres, avec des financements directs pour acheter rapidement les équipements nécessaires, et confronter les innovations sur le terrain. « Le désordre en temps de paix coûte moins cher que l’improvisation en temps de guerre », rappelle-t-il.

En Russie, des stratèges comme Ruslan Poukhov tirent les mêmes conclusions. Dans un article publié dans Kommersant, il affirme que « le temps des divisions blindées de la Garde est révolu ». À l’avenir, les conflits seront dominés par des « essaims de drones autonomes », transformant le champ de bataille en une « zone de destruction » où seule la supériorité dans les frappes de drones permettra de progresser.

Propagande ou réalité ? Le débat sur les leçons d’Hedgehog 2025

Si les enseignements d’Hedgehog 2025 sont indéniables, certains y voient aussi une stratégie de communication. « Il y a un narratif construit par les Estoniens et les Ukrainiens », note un officier français. L’Ukraine, en particulier, cherche à se positionner comme un acteur indispensable à la défense européenne, attirant ainsi les investissements et consolidant son rôle dans l’industrie de l’armement.

Pour Stéphane Audrand, « l’Ukraine bâtit sa communication autour de l’idée que « l’Europe n’est pas prête sans nous » ». Un argument qui sert à la fois des intérêts politiques (soutien militaire continu) et économiques (développement de son complexe militaro-industriel).

Une révolution en marche, une adaptation urgente

Hedgehog 2025 a révélé un décalage criant entre les armées occidentales et les réalités de la guerre moderne. Les drones, l’IA et la décentralisation du renseignement ont réinventé le champ de bataille, rendant obsolètes les doctrines traditionnelles. Pourtant, malgré les alertes, l’adaptation reste trop lente.

Comme le résume un officier français : « Seul le combat permet de savoir si l’on est vraiment prêt. » La simulation opérée en mai 2025 augure mal des capacités européennes a supporter un conflit de haute intensité.

Henri Dubost

https://ripostelaique.com/guerre-contre-la-russie-leurope-ne-fait-vraiment-pas-le-poids/

Écrire un commentaire

Optionnel