Clouée au pilori LFI
Manifestement, interroger un député LFI sans aller dans son sens, sans reprendre son discours, sans cautionner ses postions, peut vous valoir d’être cloué au pilori : Brigitte Boucher en fait les frais. Depuis qu’elle a interrogé Danièle Obono sur la proposition de loi déposée par Caroline Yadan (EPR) pour « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitismes », en refusant de parler de « génocide » israélien à Gaza, la journaliste du service public est jetée en pâture par LFI à la vindicte populaire. Pour Danièle Obono, cette proposition de loi est « une instrumentalisation, là aussi absolument ignoble, qui au nom de la lutte contre l’antisémitisme prétend aujourd’hui empêcher toute critique de l’État d’Israël qui comment en ce moment un génocide, qui continue à commettre un génocide ». La journaliste Brigitte Boucher la reprend, lui fait alors remarquer qu’« on ne peut pas parler de génocide, c’est un terme qui n’est pas reconnu par la communauté internationale ». Que n’a-t-elle pas dit ? Danièle Obono tente de garder son calme et lui rétorque vertement : « Excusez-moi, madame, mais c’est incroyable : l’ONU, c’est pas la communauté internationale ? » Elle oublie que si, effectivement, une commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a rendu un rapport le 16 septembre dernier qui considère qu’Israël commet un « génocide », de nombreux États, dont la France, n'ont pas pris de décision officielle à ce sujet.
L’Inquisition LFIste
« Je vous laisse la responsabilité de vos propos », réplique Brigitte Boucher qui, manifestement, tient à la neutralité du service public : « Oui, je prends toute la responsabilité et je vous laisse la responsabilité de votre négationnisme de ce qui se passe en ce moment à Gaza », lui rétorque la députée, qui n’hésite donc pas à accuser la journaliste d’un délit punissable de « trois ans d’emprisonnement et 75.000 € d’amende » lorsqu’il « [est] commis par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou de sa mission », selon Légifrance. Peu importe, d’ailleurs, l’inquisition LFI a d’ores et déjà condamné la journaliste à la vindicte populaire sur X.
« L’information n’est pas une opinion »
La séquence vidéo a fait ainsi le tour du réseau social : Rima Hassan et Aymeric Caron et pas moins de 1600 internautes ont reposté ou cité l’extrait publié par Danièle Obono. Parmi eux, le compte officiel de la France Insoumise, Antoine Léaument et de nombreux soutien du mouvement insoumis. Sur son compte X, Brigitte Boucher est obligée de se justifier : « Aucune juridiction internationale ne reconnaît un génocide à Gaza, ni la CIJ, ni la CPI. Le journalisme des faits. L'information n'est pas une opinion. ». « Aucune juridiction internationale ne reconnaît un génocide à Gaza ni la CIJ ni la CPI. Le journalisme c'est s'attacher au fait et non à l'opinion », répète-t-elle à plusieurs reprises à ceux qui l’accusent de faute professionnelle, de manque de déontologie, ou de militantisme.
La récidive
D’ailleurs, il n’y a pas que l’emploi ou non du terme « génocide » sur le service public qui a déchaîné les Enfers insoumis : la même Brigitte Boucher interrogeait la députée écologiste de Paris Léa Balage El Mariky au sujet de la marche en hommage à Quentin, le 22 février. Une seconde fois, Brigitte Boucher s’est rendue coupable de ne pas adopter le vocabulaire et le discours qui convenait à la gauche. Ainsi, si, pour la députée, « ça ne s’est pas bien passé » puisqu’elle a vu « […] des néo-nazis qui défilent, qui insultent, qui chantent des chants homophobes dans les rues de Lyon, […] une bande de néo-nazis qui voulaient en découdre avec la République », la journaliste tente de lui apporter un peu de contradiction : « Malgré tout, ça s’est déroulé dans le calme, il y avait aussi des familles, des enfants, beaucoup de femmes qui ont défilé dans le calme et il y a eu quelques signalements qui ont été faits par la préfète. » C’en est trop : voilà que, pour certains, le service public est en voie d’extrême-droitisation et devient « du Bolloré version hardcore ». Pour eux, la journaliste mérite donc d’être clouée au pilori sur le réseau social.
Une vague de soutiens face à la meute
Une attaque en meute qui n’a pas laissé les internautes indifférents : la journaliste a reçu de nombreux témoignages de soutien après le passage de Danièle Obono. Des politiques comme Julien Odoul et Jérémie Patrier-Leitus, mais aussi des journalistes comme Sophia Aram, « parce qu'aujourd'hui, faire son travail de journaliste face à la meute devient courageux », ou encore Bernard de La Villardière, qui dénonce un « lynchage numérique par la meute aux abois ». Le compte parodique @LFI_Forever ironise : « Une fois au pouvoir, nous ferons virer des antennes toute personne en désaccord avec nous, ceci, afin d'éviter les engueulades. » Un sarcasme qu’on goûterait encore plus s’il ne semblait pas si proche de la réalité.