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  • Vers la révolution médiévale à la française (I)

    Le premier des bienfaits dont nous soyons,
    positivement, redevables à la Science, est d’avoir placé
    les choses simples essentielles et "naturelles" de la vie
    HORS DE LA PORTEE DES PAUVRES.

    Villiers de l’Isle-Adam

    Il ne faut rien attendre des politiques. La crise qui frappe la France frappe partout, parfois plus fort, parfois moins fort. On sait qui est Hollande, on sait qui est Copé ou le suivant, on sait que la candidate en liquette n’a pas daigné se rendre à la manif cardinale, celle qui défendait la famille, la seule importante qui soit, puisque comme le dit Chesterton la famille est le seul état qui crée et qui aime ses citoyens. Les Etats en occident aujourd’hui ne rêvant que de les détruire ou de les polluer, leurs citoyens.

    Mes lecteurs savent que j’insiste beaucoup sur les leçons de l’histoire et des grands esprits ; si l’on peut appliquer Juvénal, La Boétie, Montesquieu ou bien Tocqueville à notre époque, c’est qu’il y a bien peu de chances d’améliorer les choses ! On aurait pu, dans la première moitié du siècle dernier, aux temps de Péguy et Bernanos, et l’on a complètement échoué, se contentant de la mécanisation et des guerres du Péloponnèse, comme dit Stoddard, qui ont exterminé l’élite guerrière et spirituelle de la race blanche et préparé une fin du monde molle et interminable, grise et polluée, flasque et fainéante. On ne l’emportera pas au paradis. De toute manière les temps heureux n’existent pas et les temps brillants sont bien courts ; la Grèce, le siècle de saint Louis, la renaissance italienne, l’époque romantique ? Mais assez de tourisme historique. Et assez de pensée globale et de commentaire creux sur l’actualité et sur ce monde soi-disant devenu fou.

    Pour se sauver, il faut commencer à se sauver soi-même, c’est ce que fait Noé avec sa famille et ses meilleurs animaux. Le système l’a compris et propose des milliers de bouquins aux damnés de la crise, entre deux salles d’attente, ces métaphores du purgatoire où nous passons nos vies. Mais il faut penser une révolution personnelle, immédiate, médiévale et pratique. Les outils sont déjà là, modestes solutions, depuis longtemps : on a Céline et le rigodon, Tolstoï et son mir russe, Tolkien et les Hobbits, William Morris et le socialisme artisanal du règne victorien. Une forme de retour à l’ancienne, une manière chic et étrange de se mettre en marge du monde en recomposant peut-être un passé hybride puisé aux bonnes idées de tous les passés... Cette mise en marge du monde mérite bien sûr un livre que j’écrirai peut-être, et qui s’articulera sur les points fondateurs suivants.

    - La famille et la communauté : il ne faut pas repenser à fonder la grosse société, elle est foutue et je dirai même qu’elle est une abstraction. Il faut penser à sauver les siens, et je dirai non pas tant chercher à sauver leurs corps (on vivra vieux de toute manière, car pour l’instant cela arrange la matrice) que toute leur âme. Le village est aussi à reconstituer avec son espace sacré, toujours attaqué par les médias, y compris et surtout par le prisonnier ; il est vrai qu’on a eu les villages de vacances et la tradition parodiée par la prostitution touristique. Mais Giono ou bien Pagnol y tenaient, à leur regain villageois, et ils avaient raison. On verra les cités médiévales après. Voyez le curieux film de Shyamalan sur Le Village.

    - La mise en colère. On ne se pose qu’en s’opposant. C’est ce qui manque aux chrétiens d’aujourd’hui, on les a rendus tristes et fatigués en interdisant la juste colère. Les pères de l’Eglise défendent la colère, et le Christ se met en colère, et saint Paul défend la colère. « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère, et ne donnez pas votre entrée au démon »... Tocqueville l’a dit, que la démocratie vise les âmes. Je dirai en tombant parfois la télé qu’elle cherche à remplir l’enfer, la démocratie, et qu’elle y arrive peut-être, vu le tonnage d’abjections ahuries et vu surtout l’absence de réaction en face : les gens sont désensibilisés comme les zombis. La guerre que nous livre la brutalité technologique, la guerre que nous livre la salauderie médiatique, elle est métaphysique, elle est démiurgique pour qui sait la voir en face. Essayez une nuit de télé ou un jour de dessins animés pour voir. Et pensez au suicide pontifical de Tony Scott, le cinéaste luciférien.

    - Il faut donc fuir la matrice et les médias, comme dit déjà Thoreau en 1840, et je dirai aussi qu’il faut diaboliser ces outils matriciels et technologiques, parce que c’est en diabolisant que l’on crée une civilisation et c’est en diabolisant que l’on ne finit pas en enfer. Tout simplement. Lisez les pères de l’Eglise, ils ne disent pas autre chose, j’en parlerai un jour, mes preuves à l’appui, des pères de l’Eglise. On n’a pas besoin d’un psychiatre ou d’un diététicien ou bien d’un sexologue quand on est un chrétien. On a besoin de s’en tenir aux péchés capitaux. La technophilie est une addiction, une techno-syphilis et il faut s’en soigner avant. Je vois les effets dévastateurs sur l’enfance et sur l’adolescence mais sur la sénescence aussi. Mais je vois aussi que la jeunesse n’était pas très bien avant Internet et avant la télé : il faut donc en tenir compte, apprendre aussi à s’en passer et parfois bien l’utiliser, cette technique, et moins longtemps. Et proposer des vraies activités. Le petit monde fuit dans son iPad parce que le monde s’ennuie et crève à petit feu de sa petite vie. Il faut lui redonner une réalité à tolérer et à aimer. Il faut aussi qu’il se la donne et la vive. Car sinon gare aux vierges folles.

    - Il faut aussi fuir l’argent et penser moins à en gagner qu’à en dépenser peu. Il faut fuir l’idée de l’argent plus encore que l’argent. J’ai un ami millionnaire qui dit que maintenant la vie est tellement chère pour lui le riche qu’il se considère comme faisant partie de la classe moyenne supérieure. Ce n’est pas une blague : le fait que des centaines de millions vivent confortablement maintenant sur la terre retire au gain d’argent une bonne part de sa crédibilité. L’argent offre de moins en moins d’avantages. Pour vivre comme un bourgeois de jadis il leur faut des milliards. Il faut penser aux coins où d’être homme d’honneur on ait sa liberté, et utiliser la technologie pour économiser les transports : le système pas fou s’est bien gardé de le faire !

    - Je continue sur l’argent. Si ce système ne trichait pas, il éclaterait ce soir. La conspiration maintient la fiction d’un demi-million de milliards de dollars de dette planétaire ! lisez bien ce chiffre, car c’est le bon ! Les banques centrales ne cessent de fabriquer des billets pour racheter des dettes et sauver les marchés ! l’argent n’a jamais été à ce point une illusion, une matrice au sens du film. Bernanke, Draghi et les Goldman Guys ont dé-sublimé l’argent pour parler comme Marcuse (à propos du sexe, de l’art et de la culture). Il ne sert plus à grand-chose dans un monde saturé, bourré, obèse et trente mille fois revisité (je pense aux voyages les pauvres : qui est encore assez con pour voyager, comme disait Beckett ?). Je vois aussi que les gens se méfient avec raison du virtuel : ils veulent à nouveau de l’or, ils veulent même cultiver de la terre, revenir au concret, cultiver leur jardin. Personne ne se fie vraiment plus du dollar ou de l’euro, on ne sait à quelle sauce les gars de Goldman nous mangeront quand ils auront tout épuisé. Oublier l’argent, revenez au solide. Ce mot vient de sou d’ailleurs. Cultiver son jardin : l’avenir, disait Audiard, est au kolkhoze fleuri.

    - Il faut aussi fuir les transports. Celui qui ne se déplace pas passe pour un fou, mais il liquide vraiment le système. Rien ne rend plus triste que le métro, les embouteillages, rien n’aliène plus, rien n’ahurit plus à part le centre commercial. Il faut se débarrasser aussi des aéroports, ce monde repose sur les transports ce qui en termes raciniens désigne un mal-être suprême. Pour les transports on aura toutes les guerres que vous voulez, en Irak, Syrie, Libye ou bien ailleurs. C’est l’outil fou qui a détruit le monde, voyez Gautier : « Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c’est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité. »

    - Il faut fuir la médecine. A court grâce à Dieu de somnifères j’ai récemment retrouvé la liberté d’un sommeil plus léger, éthéré, moins abruti, plus vivace ; la liberté de mes songes aussi. J’étais aussi idiot que Diogène avec son écuelle. 80 % des dépenses et des gestes médicaux sont de la farce moliéresque. Il faut se libérer de la dictature médicale qui a ruiné l’occident, ajoute des cauchemars inutiles et nous a transformés en petits pleutres et en robots trans-humains. La médecine a couvert la déshumanisation de l’homme en permettant le conséquent recyclage des foetus avortés pour tout type d’industries et d’activités. Un individu qui meurt gâteux à l’hôpital n’est pas un chrétien qui meurt dans sa chambre : quelqu’un aura dévoré son âme avant, le suçant par les tubes.

    - En fuyant la médecine on se libère, et je crois que Molière l’avait très bien compris. On peut aussi se libérer de la drogue, de l’alcool, du tabac, du vin même qui na plus de vin que le nom. C’est ce que j’ai fait et sans être devenu musulman pour autant j’ai retrouvé une acuité et un dynamisme que j’avais perdus. Il faut libérer les enfants et même les adultes de tout type d’addiction en se rappelant que le mal est ancien maintenant (les mémés aimaient les Beatles, les papis dansaient le jerk, ce n’étaient pas des modèles d’ados, déjà, n’oublions pas).

    - Il faut aussi fuir l’université et même l’école. Elles ne servent plus à rien, sauf à la minorité cooptée qui mène le monde à l’abîme. Plus on a de diplômés, plus on a de bons à rien et de chômeurs, de mal payés, de mécontents. 80 % de nos diplômés des grandes écoles doivent s’expatrier : pourquoi avons-nous alors de grandes écoles ? la moitié des diplômés en Espagne sont au chômage ! De qui se moque-ton ? En Amérique, on est couvert de dettes en sortant de la fac. Mais de qui se fiche-ton ? Le chômage frappera ailleurs demain, les pays émergents et tout le monde : c’est la logique du capital, l’irrationalité acceptable du système. Il faut au contraire apprendre un travail, ou en effectuer un. Il faut oublier dans bien des cas le leurre universitaire, la farce planétaire du diplôme. La mondialisation c’est gagner trois fois plus pour payer dix fois plus, je l’ai bien vu partout où j’ai pu voyager. Et les diplômes de finance et autres ont tué l’humanisme. La culture générale n’est plus qu’un souvenir pour jeu télé ou dîner de cons.

    - Au niveau culturel, je dirai qu’il ne faut plus en consommer. Marcuse rejoint ici Tolstoï : la salle de concert, la salle de musique, le grand stade culturel, c’est déjà de la désublimation, c’est déjà de la mort, du consommer de surgelé, du Picard en pixels et décibels. La culture actuelle, elle, est nulle, satanique ou bien recyclée : tapez-vous MTV la journée ou même la soirée pour bien voir. Il faut plutôt en créer une, de culture et à usage interne. Là je retrouve les socialistes médiévaux anglais du règne de Victoria qui ont accompagné Morris et inspiré Tolkien. Pour le reste la liste des livres à lire des grands classiques s’entend, est vite établie. On laissera Peter Pan et les histoires pour enfants aux Illuminati ! Redécouvrir une vraie culture chrétienne, le chant par exemple qui vous enseigne le pourquoi d’une église médiévale, le pourquoi aussi de notre corps : « Puisque l’homme était un vivant apte à la parole, il fallait que l’instrument de son corps fût construit en rapport avec les besoins du langage », écrit Grégoire de Nysse de son style sublime. Elle est là, la culture réelle, pas dans le Pariscope et les listings.

    - La cuisine. Je la découvre depuis mon mariage et je découvre donc qu’elle est une clé, y compris pour comprendre la Cène ou les noces de Cana. Trouvez quelqu’un sachant cuisiner, ou apprenez-vous-même. Sinon... Il faut pratiquer la musique, créer son orchestre familial comme faisaient les Irlandais il y a encore deux générations, il faut peindre, filmer, composer ses poèmes, sculpter, bricoler, et surtout cuisiner, chacun s’exerçant et chacun pratiquant le domaine dans lequel il excelle. La cuisine est la maison dans la maison, c’est le foyer sacré, ne gâchez pas votre cuisine. Et évitez le restaurant surtout le soir.

    Les Français, nous dit-on, adorent le bricolage, ils n’ont de toute manière plus le choix, et c’est très bien. Retrouver la vraie maçonnerie, la médiévale, l’opérative, pas la spéculative. Il faut travailler de ses mains. Celui qui le fera comme Celui qui était charpentier pourra même en vivre, ce qui lui évitera de prendre sa voiture ou le métro pour aller gagner un salaire dévoré par l’Etat, le stress et les impôts. Qui est assez riche pour travailler ou pour donner du travail encore dans cette France exsangue ?

    - En redécouvrant la culture on peut aussi redécouvrir une donnée importante : penser à réussir sa journée plutôt qu’à réussir sa carrière, ce qui me semble à la fois plus dur et plus audacieux. Voyez et revoyez ce film US incroyable, le Jour de la marmotte en anglais, cette journée qui recommence sans cesse jusqu’au moment où Bill Muray (un monsieur météo d’ailleurs) comprend qu’il peut réussir sa vie en saisissant l’essence d’une journée. Ce n’est pas le meilleur film de tous les temps, c’est le meilleur film de tout le temps.

    - Evidemment, le problème important est celui de l’espace, d’où ma notion de catholique parc. Le premier rêve pour restaurer le monde serait de se passer de voiture. Imaginez un département, une province sans voiture. L’Amérique du Sud me fascine pour cela, on y vit à part plus facilement, la terre est parfois moins chère (même si l’éthanol est passé par-là...), et l’on pourrait s’y rassembler plus facilement en faisant un choix de civilisation comme les monastères chrétiens ou les communautés érémitiques égyptiennes à la fin de l’empire romain. Tout est possible en France dans le centre ou l’Auvergne, en s’organisant mieux même en région parisienne, ce Valois où depuis plus de mille ans bat le coeur de la France (Nerval). On reconnaît les siens à leur mouvement, pas à leur couleur, dit aussi McGoohan. On verra vite la différence. Il y a ceux qui auront été dévorés par la technique, aspirés par leur bouffe, et il y a ceux qui auront gardé la vraie vitalité.

    - Et se faire accuser de secte ? Ce serait presque un compliment. Les premiers chrétiens étaient traités de sectes par tout le monde, relisez Celte. Mais ils ont tenu bon et ont assisté à l’auto-liquidation de l’impériale et dégénérée population d’alors. Au réveil il était midi, à dit Rimbaud, au réveil il n’y aura plus que des chrétiens.

    Ce texte n’est pas un manifeste ; je l’écrirai plus tard, et mieux bien sûr. Mais je développerai tous les points indiqués ci-dessus. Le plus dur n’est pas de vaincre la Bête, le plus dur est de lui survivre. Un père de l’Eglise, encore, Basile, je crois, et j’en termine pour cette fois :

    « La colère est comme le ressort de l’âme ; elle lui donne de la force pour entreprendre et soutenir les bonnes actions. »

    Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info

  • Regard écologique sur la dette souveraine (2/2)

     

    Financiers, Agences de notation et Marché : levez-vous !

    De tout temps le métier du financier a été de trouver des ressources monétaires pour les affecter à des activités lucratives dont il tirerait un revenu partagé avec celui ayant fourni la ressource. Il en est ainsi de l'assurance-vie dédiée à financer nos retraites et dont le support principal est l'emprunt obligataire. Elle permet de faire vivre les assureurs – mais pas seulement ! – c'est un fait. Mais cela couvre aussi les besoins des Etats qui empruntent. La promesse faite aux épargnants est de disposer de cet argent plus tard. Se pose alors pour les collecteurs non pas seulement la question du revenu issu de ces placements, mais tout simplement celui de leur valeur actualisée sur des durées longues. Si l'emprunteur défaille, les engagements peuvent ne pas être tenus. Le collecteur défaille alors. L’épargnant pleure.

    Si les financiers durent inventer des techniques de plus en plus acrobatiques, c'est que la société leur demandait de le faire pour financer ses ambitions par la dette. Rappelons que tout ceci a commencé avec la crise des subprimes aux Etats-Unis. Les emprunteurs étaient des ménages à faible revenu, ayant déjà connu des défauts de paiement par le passé. Tout banquier sensé se serait normalement défié de cette population. Mais la pression politique fut forte. La réaction des banquiers de mutualiser le risque fut une attitude saine. Mais, en 2008, boum… Et l’on connaît la suite.

    Pour calmer l’opinion, il a fallu rapidement trouver un coupable très symptomatique. Bernard Madoff a fait l’affaire et il est aujourd'hui en prison pour le reste de sa vie. Il avait réalisé une escroquerie de type « chaîne de Ponzi », d'un montant de 65 milliards de dollars américains. Qu'est-ce qu'une chaîne Ponzi ? C'est un montage financier (très) simple par lequel les promesses faites aux uns sont honorées par les versements des suivants… qui ont reçu la même promesse, et ainsi de suite ; c’est un peu comme les régimes d'assurance retraite par répartition qui fonctionnent en payant les rentes des uns par les versements des suivants. Dans l'un et l'autre cas, il n'y a pas d'actifs immobilisés (ou pas beaucoup) en représentation des engagements. Cela fonctionne tant que la promesse attire de nouveaux adeptes, volontaires ou forcés. Tant que ça marche, tout le monde est content. Encore faut-il avoir des garanties sur la solidité des protagonistes.

    Depuis toujours, les prêteurs ont voulu avoir des renseignements sur ceux à qui ils prêtaient. La Banque de France le fait depuis des lustres. L'interdit bancaire est un signal fort pour alerter sur la solvabilité d'un emprunteur. Les agences de notation Moody's, Standard and Poor's et Fitch se font payer pour donner un avis sur la capacité des Etats à payer leurs dettes et voilà qu'elles se retrouvent responsables de la crise financière et accusées de ne pas avoir su anticiper la crise des subprimes ou la situation de la Grèce. Crime de lèse-majesté, elles osent même envisager que la Ve République française et les Etats-Unis seraient potentiellement insolvables. Peut-on accuser le thermomètre d'être responsable de la maladie ? Ces agences sont pourtant sous contrôle de la Securities and Exchange Commission (SEC), l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers : le gendarme de la Bourse américain.

    On accuse aussi le Marché. On parle de dictature du marché. Or, un marché est un lieu d'échanges dont la dynamique échappe à ses constituants. Si le marché ne veut plus financer la dette, c'est que chaque opérateur craint de ne jamais être remboursé. C'est tout. Il n'y a pas de volonté de nuire. L’immense majorité des actifs est détenue par des banques ou des sociétés d’assurances. Or, ce sont nos sous qu’elles gèrent. Imagine-t-on un maraîcher, par exemple, proposant sa production sur un marché comme il en existe des milliers en France et acceptant que les clients repartent avec leur achat sans payer, sans même avoir donné la moindre certitude de payer dans le futur ?

    Financiers et agences de notation ne sont donc pour rien dans la crise actuelle, le marché encore moins. Leurs désordres et réactions ne sont que la conséquence de choix politiques et sociaux que l'on n'interroge pas. La réponse doit donc être politique. Augmenter les impôts ne servirait à rien. Cela retardera sans doute un peu les échéances mais ne résorbera pas les causes structurelles des cycles vicieux de l'endettement souverain. La situation des pays concernés est d'ailleurs fort contrastée : alors que les Etats-Unis disposent de réserves fiscales importantes, n'attendant qu'une décision politique pour les utiliser, l'essentiel de leur budget étant consacré à l'armée, la France a sans doute atteint le taquet avec plus de 50% de prélèvements obligatoires.

    On n'évoquera pas la situation de la Grèce. En 2003, dans un entretien privé, un journaliste grec avait exposé les circonstances et les conséquences de l'entrée de son pays dans l'euro. Personne n'était dupe, mais la pression sociale fut forte. Pas de chance : les Grecs étaient nombreux en Allemagne. Comment expliquer à un jardinier grec qui gagnait 200 euros par mois que son homologue allemand en avait, lui, plus de 2.000 ?

    Cessons donc de stigmatiser les banques, les agences de notation, le marché et peut-être d’autres demain. Sans doute y a-t-il quelques aménagements à faire et quelques excès à supprimer, mais l'immense majorité de ces protagonistes a tenté de répondre aux demandes sociales avec ses pratiques, bonnes ou contestables, en espérant se faire un petit billet au passage. Ce qu'il faut donc interroger, c'est la demande sociale.

    La génération dorée, la civilisation des loisirs et le mythe du développement

    Pour le moment, tout est organisé par la génération dorée. Elle aura dominé nos sociétés de 1945-1960 à 2020-2035. En France, elle est associée au baby-boom, à Mai-68, à la génération Mitterrand, à la société libérale-libertaire d'aujourd'hui et au papy-boom qui commencera bientôt. Cette génération dorée qui s'est épanouie dans un âge d'or de notre civilisation européenne a imaginé toutes les utopies et tenté d'en réaliser pas mal. C’est elle qui aura écrit l’histoire de notre temps. Or, maintenant, le réel rappelle, encore modérément, qu'il est incontournable. Pourtant, tout va encore très bien. Les magasins sont pleins. Mais les crises ne sont jamais progressives : il y a des signes prémonitoires, plus ou moins bien interprétés, jusqu'à ce qu’elles s'imposent brutalement. En URSS, les magasins furent vides du jour au lendemain : pas progressivement.

    L’égocentrisme de la génération dorée sera certainement la caractéristique la plus significative que l’on retiendra d’elle. Aucune génération avant, et sans doute après elle, ne l’aura poussé à un tel paroxysme. Accrochés à leurs rentes comme des moules vissées sur leur rocher, même leurs héritiers commencent à trouver qu'ils occupent beaucoup de place. Ainsi, Arnaud Montebourg, du Parti socialiste, pourtant proche de 50 ans à l'heure où ces lignes ont été écrites, fut proprement dénoncé d'avoir osé demander de fixer à 67 ans l'âge limite des candidats PS aux prochaines élections législatives. Jack Lang, 72 ans, ancien ministre sous l’ère Mitterrand, s'insurgea contre cette demande vitupérant que la vraie jeunesse est dans les têtes.

    Cette génération a déjà reçu beaucoup de coups. Mais elle s'en moque car c'est elle qui impose sa partition. Jean Chakir, en 1973, dans Drôle de siècle, avait pointé les manifestations et les conséquences d’une de ses inventions : la civilisation des loisirs. Dans cette bande dessinée très drôle, on y voit des hippies qualifiés de précurseurs, des Africains vendus dans un supermarché, des machines énormes produisant de petits paquets, etc. Le cœur de la population ne travaille plus. Elle s'occupe à ses loisirs. Ce monde vu avec humour n'est pas tout à fait le nôtre, mais une société générant de plus en plus de personnes et de catégories sociales stériles d'un point de vue écosystémique est une réalité bien concrète. Parmi les mythes qui alimentent son inconscient collectif, cette civilisation des loisirs est sans doute celui ayant les conséquences les plus fortes aujourd'hui.

    L'idée est simple : vivre, ou plutôt jouir, sans entraves et sans travailler. Le travail ne doit pas être aliénant mais enrichissant. Machines et immigrés sont là pour assumer les tâches fastidieuses. Bien sûr, d'innombrables personnes ne sont guère concernées par cette utopie. Levées à 6 heures chaque matin, elles restent entre trois et quatre heures dans les transports, puis environ huit à dix heures sur leur lieu de travail pour terminer la journée épuisées. Le métro-boulot-dodo dénoncé dans les années 1970 est encore le quotidien d'une majorité d'Européens en France. Mais à 7 heures, dans le métro parisien, les visages pâles sont rares. Cette idéologie anime encore la génération dorée, celle des hippies précurseurs de Charik qui ont entre 55 et 65 ans aujourd'hui.

    La crainte de manquer de ressources pour financer cette civilisation des loisirs a, depuis, engendré un autre mythe indéboulonnable : le mythe du développement ou de la croissance infinie. Les écologues ont beau ressasser que les croissances infinies n'existent qu'en mathématique, aucun politicien n'ose envisager une autre perspective. Une croissance de 0,1% en plus ou en moins fait passer de l'euphorie à la dépression. C'est à une véritable schizophrénie collective que nous sommes confrontés. La civilisation des loisirs et le mythe de la croissance infinie engendrent des pratiques dont la stérilité écosystémique est la conséquence la plus inquiétante. Depuis trente ans, celle-ci est financée par des dettes dont on décale le remboursement vers d'autres générations. Voudront-elles assumer ?

    Conclusion

    A la différence des écosystèmes naturels, les écosystèmes artificiels, c'est-à-dire ceux organisés par des êtres humains, ont des composantes stériles plus ou moins importantes. Tant que celles-ci restent contenues dans des limites supportables, l'impact sur le fonctionnement de l’écosystème reste modéré. Cependant, quand le seuil critique est atteint, l'écosystème réagit car sa fragilisation met en péril l'existence de tous.

    Transposer ce modèle aux pratiques de nos sociétés modernes permettrait d'identifier les risques et de les résorber. Mais ce travail reste à faire. Interroger au préalable le réductionnisme monétaire contemporain est un premier pas dans cette voie. Avec tout l'humour qui le caractérisait, John K. Galbraith écrivait dans L'Argent (1975) : « On discutera longtemps de savoir si l'amour de l'argent est la racine de tout le mal. Adam Smith (…) parvenait quant à lui en 1776 à la conclusion que, de toutes les activités auxquelles l'homme s'était jusqu'alors essayé – guerre, politique, religion, jeux violents, sadisme (…) –, faire de l'argent restait socialement la moins dommageable. Ce qui ne saurait être mis en doute, c'est que la poursuite de l'argent ou toute association prolongée avec lui sont susceptibles d'induire des attitudes et des conduites non seulement étranges, mais parfois pleinement perverses. »

    Les pistes proposées dans ce court article tentent de fonder une nouvelle approche subsumant le réductionnisme monétaire. L'Ecologie en est la matrice. Elles appellent de nombreux développements et commentaires.

    Frédéric Malaval  15/12/2011 Polemia

  • Regard écologique sur la dette souveraine (1/2)

    Loin d'être financière, la crise de la dette souveraine a des causes écosystémiques. C’est un symptôme. Son origine est que de plus en plus de gens s'accaparent des rentes capitalistiques, salariales ou sociales sans contrepartie écosystémique. Par analogie avec la terminologie des économistes dits classiques, leurs contributions sont stériles. En France, les prélèvements obligatoires étant à des niveaux très élevés, ce modèle ne peut fonctionner qu'en recourant à la dette pour financer les rentes des protagonistes aux activités stériles. Il en résulte une fuite en avant dont la dynamique est la conséquence de notre modèle social. Hier la civilisation des loisirs et le mythe de la croissance aujourd’hui en sont deux des plus importantes composantes. Une approche écologique de nos sociétés permet d'éclairer ces enjeux.

    La crise

    – Un jour de novembre 2011, près de Notre-Dame de Paris, une rue était fermée pour travaux : sept Africains étalaient consciencieusement du bitume sur la chaussée ; le seul Européen du groupe informait les passants de ne pas passer là…

    – Dans la livraison d’octobre-novembre 2011 (n° 37)  Ile-de-France Le journal du Conseil régional, un article exposait le travail d'un conservateur à l’Agence des espaces verts, émerveillé par un agrion de Mercure, spécimen rare de libellule… 

    Depuis l'automne 2008, chaque jour apporte son lot de désolations sur la crise que nous connaîtrions. Avant de développer ce thème, notons que celle-ci est très supportable : l'immense majorité perçoit des revenus et consomme ; les magasins sont pleins. Rien à voir avec une crise comme celle associée à la Perestroïka en URSS dont la manifestation la plus brutale fut que, du jour au lendemain, il n'y eut plus rien à acheter. La population survécut grâce à l'autoproduction, au troc et à la solidarité. A l’Ouest, nous disposons encore de marges de manœuvre importantes.

    Aujourd'hui, cette crise est assimilée à la crise de la dette souveraine, c’est-à-dire celle portée par la puissance publique. Celle-ci réunit toutes les composantes (Etat, régimes sociaux, collectivités locales, etc.) dont les revenus ne sont pas issus de la décision individuelle de chacun, mais de décisions collectives s'imposant à tous, par la force éventuellement. Notons aussi que la crise de la dette n'a pas pour objet de la rembourser, mais simplement de continuer à emprunter. Or, plus personne ne veut faire crédit.

    Deux niveaux d'analyse sont à distinguer pour éclairer ce que nous vivons aujourd'hui. Le premier relève de l'Economie politique ; le second de l'Ecologie.

    L’économie politique

    Pour les économistes, cette crise est purement financière. A son commencement, en automne 2008, le président de la Banque centrale européenne, interrogé sur son origine, reconnaissait, sûr de lui, que le monde que lui et ses semblables cherchaient à édifier souffrait encore de quelques imperfections. Cette crise allait contribuer à les révéler et à les résoudre. A l'opposé, sur Internet, fleurit, depuis, une pléthore d'analyses. Beaucoup voient dans cette crise la main de la Banque cherchant à installer une tyrannie pour réaliser un destin biblique. Entre les deux, des économistes interviennent quotidiennement pour fournir des analyses et des solutions. Emettre des obligations européennes pour racheter les créances douteuses en est une. D'autres, enfin, avouent, penauds, qu'ils ne comprennent pas ce qui se passe. Qui a tort, qui a raison ? Le débat dans cet espace est suffisamment riche pour ne pas nécessiter une contribution supplémentaire.

    Aussi, le cœur de cet article repose sur une approche écologique de nos sociétés contemporaines.

    L'écologie : la science des écosystèmes

    Pourquoi l'écologie interviendrait-elle dans le champ de l'économie politique ? Plusieurs raisons motivent cette démarche.

    Parmi elles, le constat que l’écologie est la science des écosystèmes. Alors que l'économie s'intéresse à la gestion de la maison (eco nomos), l'écologie construit des discours sur la maison (eco logos). Initialement, l'écologie s'est intéressée à la nature, mais très vite elle a étendu son espace d'intervention aux écosystèmes artificiels, c’est-à-dire ceux créés par des humains. Paul Duvigneaud (1913-1991) fut un des premiers à le faire en étudiant des écosystèmes artificiels comme la région bruxelloise ou une ferme ardennaise.

    C'est en 1935 que le Britannique Arthur Tansley définit l'écosystème comme étant l'ensemble des populations existant dans un même milieu et présentant entre elles des interactions multiples. Puis, les frères Odum, écologues américains, publient en 1953 Fundamentals of Ecology. Leur apport repose sur une analyse de la circulation de l'énergie et de la matière dont la conclusion est que les écosystèmes les plus stables sont ceux qui utilisent le mieux les flux d'énergie. Une multitude de travaux aboutissent à une conception de l'écosystème envisagé comme l'espace où chacun de ses constituants optimise ses chances de survie à court terme et à long terme, soit comme individu, soit comme population. Cette optimisation est à l’origine et la conséquence de l’efficience énergétique de l'écosystème. Les transferts d'énergie au sein des écosystèmes naturels se font par la prédation.

    La conception écosystémique du vivant établit que chaque élément de la faune ou de la flore assure des fonctions essentielles au fonctionnement de l'écosystème dont il est parti, ce dernier permettant rétroactivement à chacune de ces espèces de prospérer. Chaque composante d'un écosystème naturel apporte donc une contribution à l'ensemble. Quand un élément allogène est inadapté aux cycles et aux rapports trophiques constitutifs de l'écosystème, celui-ci est rapidement éliminé. S'il est plus adapté que les composantes originelles de l'écosystème, il élimine l'espèce avec laquelle il est en concurrence écologique. Le fameux équilibre écologique n'est par conséquent qu'une illusion due à son observation sur des échelles de temps humaines, donc très courtes. Tout change en permanence. Les formes et comportements les plus adaptés – individu, population, écosystème – triomphent des contraintes qu’ils rencontrent. Les contraintes les plus décisives sont issues de la géosphère, ensuite de la biosphère, puis de l’artisphère : l’ensemble des écosystèmes créés par les humains.

    Les réponses adaptatives aux changements irrépressibles comme le climat sont donc le moteur de l'évolution. L'optimisation des contraintes énergétiques est la clé de ce succès adaptatif. Voici en résumé, un résumé très concis, la vision de l'écosphère engendrée par l'écologie conçue comme la science des écosystèmes : une somme d’individus, de populations, d’écosystèmes enchâssés les uns aux autres à des niveaux d'intégration différents allant du gène jusqu'aux composantes caractérisant les écosystèmes artificiels, à savoir l'artisphère, la sociosphère, la noosphère.

    Sous cet angle, le développement économique correspond au processus d'artificialisation des écosystèmes. Selon les lieux et les climats, l'exigence d'artificialisation est plus ou moins forte. Ainsi, aux latitudes septentrionales, il est indispensable d'atteindre un niveau d'artificialisation élevé pour survivre. L’hiver oblige à prévoir, à se chauffer, à stocker, etc. Les humains vivant aux latitudes équatoriales ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. En chaque lieu du globe, les données géoclimatiques sont différentes, obligeant à des processus d'artificialisation adaptés à ces contraintes.

    Que ce soit pour les écosystèmes naturels, c’est-à-dire ceux fonctionnant sans la présence d'êtres humains, jusqu'aux écosystèmes artificiels les plus complexes, l'utilité écosystémique est la justification de la présence des populations et des individus qui les composent. Chaque élément capte dans l'écosystème les ressources dont il a besoin pour vivre et se reproduire. Ce faisant, il permet à d’autres de vivre. Cette attitude fondamentalement égoïste, mais vitale, permet à l'écosystème de fonctionner et ainsi d'optimiser les chances de survie de chacun, individus et populations.

    Cette vision étant la clé de l'approche écosystémique, sa transposition aux rapports sociaux aboutit à une conception très utilitaire de ces derniers. A l'instar des écosystèmes naturels, la justification de l'existence d'un individu ou d'une catégorie sociale au sein d'un écosystème artificiel n'est validée que par sa contribution écosystémique, que celle-ci soit actuelle et certaine ou potentielle et donc incertaine. C'est la condition pour participer au jeu du transfert des ressources disponibles.

    Dans d'autres écrits, cette approche avait été développée à partir des notions de valeur-ajoutée écosystémique (Coût du travail et exclusion/ Les 35 heures en question, Editions de l'Aube, 1999) et, plus récemment, de valeur écosystémique. Elle permet de comprendre pourquoi nous recourons à la dette pour entretenir les écosystèmes dans lesquels nous vivons. Schématiquement, de plus en plus de gens s'accaparent des rentes capitalistiques, salariales ou sociales, sans contrepartie écosystémique. Ils prélèvent des ressources pour vivre, sans participer à l'entretien de l'écosystème. Par analogie avec la terminologie des économistes dits classiques, leurs contributions écosystémiques sont stériles. Les prélèvements obligatoires sur ceux fournissant une véritable valeur-ajoutée écosystémique étant très élevés, ce modèle ne peut fonctionner qu'en recourant à la dette pour financer les rentes des protagonistes aux activités stériles. Celle-ci permet, en effet, de mobiliser des ressources sans les prélever sur les contributeurs écosystémiques. Il en résulte une fuite en avant dont la dynamique est la conséquence de notre modèle social.

    Sur la stérilité écosystémique

    Comment qualifier la stérilité écosystémique ? Traiter ce sujet est délicat, car cela revient à stigmatiser certaines catégories sociales. Or, cette dimension n'appartient pas à l'analyste quel qu'il soit, mais à la classe politique. Donner quelques pistes est cependant nécessaire pour éclairer le modèle exposé dans ces lignes, sachant que, d'un point de vue d'écologue, si les évolutions nécessaires ne sont pas faites par des voies pacifiques, elles s'imposeront par des crises majeures affectant aussi ceux qui auraient été préservés par une transition douce.

    Il y a lieu, au préalable, de préciser que la notion de stérilité issue des économistes est différente de la stérilité écosystémique. Leurs réflexions sur une métaphysique de la valeur en sont à l'origine. Parmi eux, les physiocrates français postulèrent que la valeur naît de la terre. Pour les libéraux anglais, la valeur naît du travail. Les socialistes, avec comme figure de proue Karl Marx, adhéraient à l'approche développée par les libéraux. Selon eux, l'essence de la valeur est bien le travail, mais seul le prolétariat crée de la valeur car les autres classes sociales ne travaillent pas. Avant eux, libéraux et physiocrates avaient déjà qualifié de stériles les classes sociales qui ne créent pas de valeur.

    Or, selon une conception écosystémique de nos sociétés, ces classes sociales qualifiées de stériles ne le sont pas. Un dirigeant ou un commerçant, par exemple, ont une fonction écosystémique déterminante. En URSS, la crise des années 1980 n'était pas due à l'absence de production, mais à l'absence d'échanges. Ainsi apparut la nouvelle classe sociale des oligarques, affairistes opportunistes dont le rôle déterminant, à la faveur de la transition de l'économie russe vers l'économie de marché et notamment des privatisations lors des deux mandats du président Boris Eltsine, fut de réorganiser ces échanges et d’en tirer de substantiels profits.

    Dans cet esprit, il faut aussi écarter les classifications traditionnelles. La première oppose les fonctionnaires aux salariés et entrepreneurs relevant de l'économie marchande. Dans l'une et l'autre catégories, des composantes sont indispensables à l'entretien de l'écosystème.

    Une autre opposerait les actifs et les inactifs. Là aussi, c'est compliqué. Il y a des inactifs très entreprenants mais leur action n’est pas reconnue socialement. Hier, la noblesse était qualifiée de oisive par la société bourgeoise. Pourtant, quand elle n'était pas à la guerre, c'est en son sein que sont apparues les innovations devenues des composantes majeures de notre monde moderne. Il faut aussi des gens qui pensent l'avenir. On citera comme illustration le parcours du comte de Buffon dont les contributions comme naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste et écrivain ont irrigué la pensée moderne. S’il n'avait pas été un inactif au sens bourgeois du terme, ses inventions seraient-elles apparues ?

    La stérilité écosystémique n'est donc pas réductible aux catégories actuellement en cours. Un salarié du public ou du privé peut n'avoir aucune justification écosystémique alors qu'un bénévole, un retraité, un rentier, voire un valétudinaire, en aurait.

    Comment apprécier alors la frontière entre les deux catégories structurant ce texte ? D'un côté, ceux qui apportent une valeur-ajoutée écosystémique ; de l'autre, ceux qui n'en apportent pas, indépendamment des revenus qu'ils en tirent ou pas.

    La première piste que nous voudrions proposer s'appuie sur les critères retenus pour devenir pilotes-kamikazes en 1945. Les Japonais savaient alors que la guerre était perdue. Ils ne vaincraient pas les Américains dont les porte-avions dominaient la mer. Incapables de les détruire par des armes traditionnelles, ils recoururent à des pilotes-kamikazes pour augmenter les chances d'atteindre ces cibles. Dans un entretien donné au magazine Info-pilote, un rescapé japonais affirmait que les pilotes autodésignés étaient majoritairement des étudiants en lettres. Les futurs scientifiques et ingénieurs étaient d'emblée exemptés d'avoir à se désigner volontaires. Entre un futur poète et un futur technicien, la société japonaise avait fait son choix : les seconds étaient considérés, a priori, plus utiles pour un futur compliqué que les premiers. C’était il y a plus de 65 ans.

    Plus près de nous : il est loisible de s'interroger sur l'énormité des frais de propagande engagés par de grandes firmes pour vendre leurs produits.

    Ainsi, le patron d'un groupe de téléphonie mobile avouait, il y a peu, le pourcentage des revenus qu’il consacrait à la publicité. Enorme. Et pour quel retour écosystémique ? Comme Danny Boom le raille dans un de ses sketches, pourquoi EDF fait-elle de la publicité ? « Ils ont dépensé tout leur argent dans la pub, alors qu'ils ont le monopole. »

    Idem pour le Paysage audiovisuel français. Grâce à la TNT, il existe de nombreuses chaînes de télévision généralistes. Or, elles diffusent à peu près les mêmes programmes. Le contenu des journaux télévisés est strictement identique : mêmes thèmes, mêmes images, mêmes commentaires, etc. Les feuilletons américains passent de l'une à l'autre. Quant aux émissions politiques, les mêmes invités donnent les mêmes réponses aux mêmes questions des mêmes journalistes. Tous ces protagonistes, dont les qualités pourraient s'épanouir dans d'autres fonctions, captent des ressources dont la justification écosystémique semble douteuse.

    Le recours massif à l'immigration est une des conséquences de cette réalité. Précisons d'emblée que d'un point de vue écologique un immigré est un individu installé durablement en dehors de son écosystème d'origine, au même titre qu'un éléphant dans la plaine de la Beauce ou qu'un ours brun dans la jungle congolaise. Un Européen installé durablement en Afrique équatoriale est un immigré.

    En France, la situation est très contrastée. Plus de 10 millions vivraient dans la partie européenne de la France. Dans les sous-sols du quartier d'affaires de La Défense en périphérie de Paris, il n'y a pas beaucoup d'Européens : ils sont dans les tours, propres et au chaud, ou au frais l'été, à faire du marketing, de la finance ou de l'administratif… Le problème est que les enfants d’immigrés les plus intégrés ne veulent pas aller dans les sous-sols et préfèrent travailler, eux-aussi, dans les tours. Cela oblige à faire appel à de nouveaux immigrés, arrachés de leur sol pour accomplir ce qu'il y a à faire dans les sous-sols ; souvent les tâches les plus ingrates mais incontournables écosystémiquement comme, par exemple, le ramassage des ordures.

    En France, le consensus sur l’immigration est total. Depuis 50 ans, les partis de gouvernement encouragent cette immigration car, entre autres, elle permet à leurs électeurs de bénéficier de statuts sociaux confortables qu’ils n’auraient pas autrement. La société française est extraordinairement stable et consensuelle sur ce sujet, car tout va très bien.

    Nous pourrions multiplier à l'infini les situations où une approche écosystémique éclaire des composantes et pratiques sociales dont la viabilité est douteuse. La composante noosphérique de nos écosystèmes artificiels est à l'origine de ces déviances qui, dans un processus naturel, seraient aussitôt sanctionnées, donc cesseraient. En s'affranchissant momentanément de ces contraintes, ils retardent l'échéance régulatrice.

    La conséquence est qu’une activité stérile écosystémiquement capte des ressources qui pourraient être économisées ou alors utilisées ailleurs. Or, par un processus que les écologues ont depuis longtemps identifié mais qu'il n'est pas possible de décrire dans cet article réducteur, le « trop » chez les uns est dû au « pas assez » chez les autres. A l'instar du bruissement de l'aile d'un papillon en Europe qui déclenche une tornade aux Philippines, l'orgie organisée à Paris pour fêter le lancement d'une campagne de pub sur le Développement durable crée une famine en Afrique.

    Comme il est difficile d’admettre que la crise est écosystémique, que chacun de nous en est à l’origine, des boucs émissaires ont été désignés à la population. Financiers, Agences de notation et Marché sont quotidiennement dénoncés comme les responsables de la situation. Or, les uns comme les autres répondent aux demandes que la société dans son ensemble leur adresse.

    A suivre…

    Frédéric Malaval  15/12/2011 Polemia

     

  • Manifestation nationaliste en Grèce

    Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté ce dimanche à Athènes, sous l’égide du parti Aube dorée, pour dénoncer les impérialismes américain et turc, ainsi que l’immigration.
    La plus grande manifestation nationaliste depuis très longtemps dans ce pays.
    Les ignorants qui accusent ce parti d’être antichrétien savoureront les premières images du rassemblement.

    http://www.contre-info.com/

  • non à la grâce du multirécidiviste philippe el Chennawy

    http://petitions.institutpourlajustice.com/el-shennawy/petition.html

  • [DERNIÈRE MINUTE] MARIAGE GAY : LA TRAHISON DE CHRISTIAN JACOB ET DE L’UMP

    Christian Jacob vient de l’avouer sur France Inter à 8 heures 40, ce mardi 5 février 2013, en réponse à une question posée par un auditeur : si la droite revient au pouvoir, elle ne remettra en cause ni le mariage homo ni l’adoption homo. La seule ligne rouge, ce sont la PMA et la GPA... Pour l’instant !

    Pour l’instant, puisque en cas d’adoption du mariage homo, l’Europe, à laquelle l’UMPS nous a soumise, nous imposera le PMA et la GPA !

    Bref, l’UMP est à terme favorable au mariage homo, à l’adoption homo, à la GPA et à la PMA  !...

    ...puisque la ligne fixée par François Fillon est bien la ligne officielle de l’UMP. Celle-ci trahit donc déjà ceux qui lui font confiance sur les questions dites « sociétales ». Comme Rajoy en Espagne.

    Dans ces conditions pourquoi font-ils mine de s’opposer aujourd’hui à une loi qu’ils sont décidés à conserver, AVEC TOUTES SES CONSÉQUENCES, en cas de retour au pouvoir ?

    DÉCIDÉMENT, IL N’Y A RIEN À ATTENDRE DE CE RÉGIME NI DE SON PERSONNEL.

    POUR CEUX QUI S’INTERROGEAIENT SUR LA SINCÉRITÉ DE L’OPPOSITION DES LIBÉRAUX-CONSERVATEURS FRANÇAIS !

    http://www.actionfrancaise.net