
Combat des idées 5
Par Antoine Clapas
Maurras tenait passionnément à la précision du langage. S’il a peu utilisé la notion d’identité, c’est d’abord parce qu’elle était moins couramment établie qu’aujourd’hui. Mais il voyait certainement les inconvénients sémantiques d’un pareil terme. Le mot est issu du latin médiéval « identitas », lui-même formé sur « idem », le même : Voltaire parlait quant à lui de « mêmeté ». On voit ce qu’un tel concept a de faux et de dangereux en ce qui concerne un pays comme la France. En effet, la France n’a jamais été un pays où le « même » aurait été défini une fois pour toutes en traversant tous les siècles. La France n’était pas la même en Bretagne, en Provence, en Alsace, ni en Auvergne. L’axoa basque n’est pas la garbure béarnaise, la choucroute n’est pas la bouillabaisse. Le français n’a jamais été la langue exclusive de la France ; Henri IV savait parler le béarnais, Montaigne a failli écrire ses Essais en gascon. Et pourtant, nous savons bien que la France a émergé avec Clovis et ses successeurs, et qu’elle reste une nation, quoique affaiblie.
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