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culture et histoire - Page 1417

  • « Shoah — La saga des réparations », de Anne Kling

     Depuis son arrivée aux affaires, le premier ministre grec de gauche Alexis Tsipras exige de Berlin le versement de substantielles réparations au titre de la Seconde Guerre mondiale. Cette revendication a été jusqu’ici rejetée par le vice-chancelier Sigmar Gabriel qui rappelle qu’un traité signé en 1990 par la RFA, la RDA et leurs quatre vainqueurs de 1945, et notamment approuvé par Athènes (qui avait d’ailleurs reçu dès 1960 quelque 115 millions de deutschmarks) avait mis fin à de telles réclamations. On peut comprendre l’insistance de l’équipe Tsipras, instruite par le précédent d’Israël, que l’historienne Anne Kling détaille dans son dernier livre intituléShoah / La saga des réparations et judicieusement illustré par un tableau du préraphaélite britannique J. W. Waterhouse représentant les Danaïdes et leur tonneau.

    Menaces, chantages, listes de victimes démesurément gonflées, escroqueries, arnaques et détournements de fonds en tout genre : la « Saga des réparations » telle que nous la relate Anne Kling est riche en rebondissements.(CG)

    Repentance ad aeternam

    En effet, depuis 1951 et de traités en accords toujours plus léonins, l’Etat hébreu et la diaspora, surtout américaine – donc assez peu frappée par ce qu’il est convenu d’appeler les crimes contre l’humanité – n’ont cessé de pressurer l’Allemagne qui, tout récemment encore, le 6 mars, a consenti par voie législative à verser près d’un demi-milliard de dollars de retraites à environ 40.000 survivants de l’Holocauste employés comme ouvriers (rétribués, fût-ce chichement) dans les ghettos des pays occupés. Cela alors que l’accord de 1975 avait théoriquement clôturé les réparations acceptées en châtiment des « crimes imprescriptibles ».

    Pendant les années qui suivirent la guerre, Israël avait repoussé avec horreur toute idée de négociations directes avec la République fédérale ayant succédé au IIIe Reich. C’est donc le Congrès juif mondial (CJM) qui s’y colla, sous l’impulsion de son président longtemps indéboulonnable (1948-1977) Nahum Goldmann le bien nommé puisque tout ce qu’il touchera se transformera en marks. Ce Judéo-Lituanien titulaire de sept passeports différents n’avait, de son propre aveu formulé dans son Autobiographie, subi de la part du régime hitlérien « que la perte de ses meubles et de sa bibliothèque ». Avertissant Konrad Adenauer que la résurrection industrielle et économique de l’Allemagne dépendait de sa repentance et de sa générosité, il obtint du vieux chancelier un discours solennel en forme de mea culpa et le versement à Tel Aviv de 1,5 milliard de dollars censés couvrir « les frais d’installation et de réintégration des 500.000 réfugiés juifs […] accueillis sur la terre promise ». En fait, l’addition ne cessera de monter au fil des décennies pour atteindre le total – officiel, mais sans doute dépassé – de 95 milliards de dollars.

    Pour atteindre ce sommet qualifié par Goldmann lui-même d’« astronomique », menaces et chantages avaient alterné, soutenus par les parlementaires états-uniens eux-mêmes aiguillonnés par le très puissant AIPAC, le lobby israélien au Capitole, comme Anne Kling en fournit moult exemples. Un nouvel élan fut donné avec la chute du Mur de Berlin et la disparition de la RDA. Si celle-ci s’était toujours refusée à toute réparation de même que les autres satellites soviétiques, la RFA réunifiée dut reprendre à son compte la dette, avec les intérêts y afférents.

    On ne change pas une méthode qui marche et celle utilisée à l’encontre de l’Allemagne allait être reprise à partir de 1995 avec le même succès contre la Confédération helvétique, accusée d’avoir abrité des comptes de nazis et une partie de l’or spolié par eux, mais, surtout, de n’avoir pas montré grande célérité à rechercher, après la guerre, les détenteurs juifs de comptes ou leurs ayants droit. En 1962, des recherches avaient pourtant été entreprises et l’origine de 10 millions de francs suisses identifiés. « Pour près de 7 millions, écrit l’auteur, les héritiers furent retrouvés et quant au reste, soit environ 3 millions, les deux tiers furent remis à la communauté juive suisse et le reliquat à des organisations caritatives ».

    Cela ne suffisait pas au successeur de Goldmann (qui s’était mis sa communauté à dos en tenant dans sesMémoires des propos peu politiquement corrects du style « La vie juive est composée de deux éléments : ramasser de l’argent et protester ») à la tête du CJM, le Canadien Edgar Bronfman, dont la famille avait fait fortune au temps de la Prohibition : patron du trust de spiritueux Seagram, le milliardaire exigea carrément 10 milliards de dollars. Epouvantée par les mesures de rétorsion brandies, Berne créa en 1997 un Fonds spécial pour les victimes de l’Holocauste doté de 298 millions de francs suisses et l’année suivante, menacées de devoir fermer tous leurs établissements outre-Atlantique, les banques helvétiques acceptèrent de verser « 1,25 milliard de dollars sur trois ans pour solde de tout compte »… En principe du moins.

    Avant la guerre, « la fortune juive s’élevait à 12,1 milliards de dollars de l’époque. Sur cette somme, souligne Anne Kling, 25% étaient susceptibles d’avoir été transférés ou placés dans un endroit sûr. Parmi ces endroits sûrs figurait la Suisse […] mais elle a surtout servi d’intermédiaire vers des destinations bien plus privilégiées comme les Etats-Unis […]. Mais le sujet est resté dans l’ombre et les organisations juives se sont bien gardées de l’approfondir. Voilà une question trop explosive qui se pose [aussi] à l’égard de l’Etat d’Israël, qui n’a jamais permis à une commission de procéder à ce type d’investigations. Pourtant, beaucoup de victimes juives avaient placé leurs avoirs dans l’Etat hébreu en vue d’une future immigration.»

    Machine à faire du fric

    Les besoins (militaires notamment) de Tel Aviv n’ayant cessé d’augmenter et les pressions des vigilants de la Mémoire s’exacerbant à mesure qu’avec Internet les révisionnistes marquaient des points, le CJM fut épaulé et relayé à partir de 1998 par l’ « International Commission on Holocaust Era Insurance Claims » – en français CIDIEC mais dite Claims – et ses myriades d’avocats. Le racket se poursuivit, le magazine juif américainMoment se félicitant par exemple en septembre-octobre 2012 d’un « règlement de 5 milliards de dollars conclu avec l’Allemagne à propos du travail forcé et d’autres questions, y compris les assurances ». La Claims elle-même admet d’ailleurs que « les compagnies participantes (y compris la française AXA, Paris ayant en outre versé 60 millions de dollars en compensation de la contribution de la SNCF à la déportation vers l’Est) ont contribué pour un total de 550 millions de dollars au remboursement de requêtes qui ne portaient pas de noms ou de requêtes humanitaires (?), en plus des requêtes bien identifiées qui relevaient de leur évidente responsabilité ».

    Dans tous les cas, le nombre réel des bénéficiaires se révélant, une fois la facture acquittée, très inférieur aux estimations, le « reliquat » de ces sommes colossales est affecté aux desservants de « la religion de la Shoah » épinglée par Anne Kling : Mémorial de Yad Vashem, musées de l’Holocauste, innombrables Fondations, etc. Ambassadeur chargé depuis 2001 du « suivi des actions engagées par la France pour l’indemnisation de la Shoah », mais oui, S. E. Francis Lott reconnaissait ainsi à Buenos Aires le 21 avril 2004 que « l’argent qui n’a pas pu être restitué [aux survivants ou à leurs descendants] sert à faire revivre et subsister la Mémoire de la Shoah : au total, une somme de 2,578 milliards de francs a été mise à la disposition d’une Fondation pour la Mémoire de la Shoah provenant de l’Etat (1,4 milliard), de la Caisse des dépôts (300 millions), de la Banque de France, de La Poste, des banques (655 millions), des assurances ». Les nombreux Français d’Algérie qui n’ont jamais été indemnisés pour les pertes et les deuils subis du fait du FLN, alors que l’administration et l’armée françaises étaient encore en place après les Accords d’Evian (19 mars 1962) apprécieront…

    Les chiffres que relève Mme Kling sont accablants, de même que ses récits des divers détournements de fonds (l’un, à la Claims, porta sur 50 millions de dollars) et escroqueries ayant jalonné cette « Saga », sans parler du train de vie et des émoluments extravagants des dirigeants des bidules organisant le racket. En Suisse, la Commission Bergier chargée d’enquêter sur les supposées spoliations coûta ainsi aux Helvètes 800 millions de francs suisses et Lawrence Eagleburger, ancien président de la Claims, palpait 396.000 dollars par an, plus frais de représentation.

    On n’arrête pas la machine à faire du fric : en 2011, signale Anne Kling, des rescapés ont réclamé 21 milliards de dollars à l’Autriche (qui a déjà beaucoup payé) « en réparation des spoliations commises pendant la guerre ». Quant à Tsipras, il persiste à exiger son quintal de chair bien qu’en plein conflit mondial, malgré la guerre des partisans et le blocus exercé par les Britanniques, le IIIe Reich ait envoyé à la Grèce d’importantes quantités d’or pour y juguler une inflation catastrophique (stabilisant ainsi, non sans succès, la monnaie grecque), ainsi que des produits alimentaires pour y combattre la famine menaçante, alors même que le peuple allemand souffrait déjà de la pénurie.

    Camille Galic, 22/03/2015

    Anne Kling, Shoah / La Saga des réparations, éditions Mithra, février 2015, 256 pages.
    Voir sur Polémia du même auteur : Menteurs et affabulateurs de la Shoah

    http://www.polemia.com/shoah-la-saga-des-reparations-de-anne-kling/

  • Minorités et régionalismes | Entretien avec Pierre Hillard.

    Pierre Hillard présente sa thèse de doctorat, publiée en 2001 aux éditions François-Xavier de Guibert sous le titre Minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale des régions, et déjà rééditée trois fois.


     

    http://www.scriptoblog.com

     
  • Le mépris du peuple et L'insécurité culturelle : les livres que doit lire Manuel Valls

    Alexandre Devecchio voit dans les résultats des départementales la preuve de la rupture entre la gauche et le peuple. Il conseille au Premier ministre la lecture de deux essais qui analysent ce qui se passe dans les tréfonds de la France populaire.

    « Ce soir, les formations républicaines ont tenu leur place. Ce soir, l’extrême droite, même si elle est trop haute, n’est pas la première formation politique de France », a martelé Manuel Valls après le premier tour des départementales. Et de souligner : « Je m’en félicite car je me suis personnellement engagé. Quand on mobilise la société, quand on mobilise les Français, ça marche ». Une autosatisfaction qui ne doit pas masquer la réalité de ce scrutin. Certes, la déroute de la gauche a été moins lourde que ne le prévoyaient les sondages et le Premier ministre obtient un sursis politique jusqu’aux régionales. Mais le PS reste le grand perdant de la soirée. Avec moins de 20% des suffrages exprimés selon CSA, il est évincé d’environ 500 cantons dès le premier tour. Quant au FN, il obtient le meilleur score de son histoire et s’enracine dans les territoires de la France périphérique. Les classes populaires, raison d’être de la gauche, se détournent de celle-ci au profit du parti de Marine Le Pen. Entre les deux tours, Manuel Valls a pourtant décidé de persévérer dans l’incantation antifasciste qualifiant le « Ni-ni » de Nicolas Sarkozy de « faute morale et politique ». Si cette stratégie peut s’avérer payante dans l’immédiat, elle ne règle pas le problème de fond : la gauche a perdu le peuple. Pour certains observateurs, cette troisième défaite du PS après celle des européennes et des municipales est synonyme de mort lente. Manuel Valls, le 5 mars dernier, déplorait le silence des intellectuels. On lui conseillera de lire deux essais qui tentent d’analyser ce qui se passe dans les tréfonds de la France populaire : Le mépris du peuple, comment l’oligarchie a pris la société en otage de Jack Dion (Les Liens qui libèrent) et L’insécurité culturellede Laurent Bouvet (Fayard). [....]

    La suite sur Le Figarovox

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Le-mepris-du-peuple-et-L

  • A propos de l'évoléninisme par Gabriele Adinolfi

    Récemment, au cours de mon dernier passage sur Méridien Zéro, j'ai lancé une provocation, soutenant qu'il faudrait que les militants d’aujourd’hui deviennent« evoléninistes ».

    Je tiens ici à préciser mon propos.

    Evola

    Je suis redevable au Baron de beaucoup plus qu'un regard existentiel. Son détachement viril - que j'ai défini comme le marque d'un « existentialisme guerrier » - est composé d'un pessimisme enthousiaste (il a souvent cité Guillaume d'Orange « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ») et d'une discipline stoïque qui n’autorise aucune excuse, aucune désertion quelles que soient les conditions du combat.

    Il ne s'agit pas du tout d'une idéologie de la défaite mais d'une égale distance vis à vis du succès et de l'échec, de l'illusion et du désespoir. C'est la loi intérieure qui commande de faire ce qui doit être fait. Bien qu’Evola ait été un alibi pour nombre de paresseux, de lâches et de bras cassés qui ont trouvé refuge dans son pessimisme stoïque sans s'interroger sur ce qu'il signifiait réellement, il nous a laissé un legs bien clair : il faut toujours entreprendre chaque action dans le but de vaincre et il faut s'y appliquer soigneusement avec une précision quasi maniaque.

    Dans le même temps, la réalisation intérieure ne se trouve pas dans le résultat de l’acte, mais dans l'épanouissement du Soi dans l'acte, dans la consciente fusion dans l'Etre.

    Lénine

    Le révolutionnaire communiste est l'homme qui a fait du marxisme quelque chose de concret. Il lui a appliqué une logique d'optimisme guerrier en transformant l'idéologie en instrument de combat. Un peu comme Saint Augustin (“il faut être de ce monde tout en étant d'un autre monde”), bien que sans idée de transcendance, Lénine a appliqué cette apparente schizophrénie à la réalité matérielle. Il a ainsi appris aux cadres politiques une méthode d'action et conféré une mentalité applicable à tout type de confrontation. Il a parfaitement expliqué comment un “révolutionnaire” peut et doit se comporter dans l’espace politique et face aux évènements historiques en demeurant un sujet autonome : ne manquer aucune occasion, ne pas s'isoler ni se diluer.

    Lénine explique exactement comment doit se comporter le moine-guerrier communiste. Il va de soi que les repères fondamentaux de l'enseignement léniniste sont particuliers et que je ne les partage pas. Lénine se fonde sur la guerre de classe, l'internationalisme et l'avènement certain du paradis prolétaire. Cette vision “messianique” ne m'appartient pas et ne sera jamais mienne.

    Mais les enseignements portant sur la méthode et la mentalité avec lesquelles il faut agir dans le réel restent à mes yeux essentiels. Bien sûr, Lénine est pour la lutte des classes et internationaliste alors que je suis interclassiste et nationaliste (bien que d'une logique à la fois charnelle, civilisationnelle et impériale et donc à la fois nationaliste italien et européen). Même sur ce qu'il définit par “impérialisme” nos positions divergent. Tout d'abord parce que dans son optique il n'y a pas de différence entre impérialisme et Empire, et ensuite parce que les phénomènes les plus intéressants (bonapartisme, fascisme, péronisme) sont imprégnés de ce qui, d'après sa dialectique, serait impérialiste.

    Ceci dit, dans la solution corporatiste et socialisatrice du fascisme, je ne vois absolument pas un frein aux aspirations du prolétariat mais plutôt une garantie à ces aspirations, dans la tradition romaine du Tribunat.

    Synthèse

    Ce que je propose, par une provocation qui n’en est pas tout à fait une, c'est d'assumer les instruments méthodologiques et relationnels du léninisme dans une idée du monde transcendante et marquée par l'existentialisme guerrier d'Evola.

    C'est d'utiliser ces instruments au service d'une idée politique bien précise, comme celle que j’ai évoqué plus haut, afin de sortir du simplisme angoissé et des sentiments fragiles, superficiels qui forment aujourd'hui la “pensée” des droites nationalistes.

    Nous sommes indiscutablement en présence d'une pensée imprégnée presque exclusivement de réactions aveugles et épidermiques, une pensée de laquelle est absente toute référence idéale. Il s'agit d'un status psychique, plus que politique, qui se dope des succès superficiels déterminés exclusivement par le mécontentement général dans une crise de passage qu'on s'obstine, à tort, à imaginer comme l'annonce d'une implosion imminente.

    Dans cet état d'ivresse, on oublie constamment de faire une analyse sérieuse de l'époque, du système, de l'histoire et même du pouvoir. Dans une frénésie adolescente, on confond tout, on se nourrit d'illusions et on oublie à la fois d'opposer un système de vie et de pensée à celui qui domine et de s'interroger substantiellement, structurellement, sur la réalité sur laquelle on voudrait avoir demain une emprise.

    C'est la raison pour laquelle les droites nationales d'aujourd’hui vont toutes contentes et hypnotisées derrière le chant des sirènes d'Ulysse auprès desquelles elles feront un naufrage sans précèdent, d’autant plus terrifiant qu’il aura été précédé d’illusions enfantines.

    Éloignés des centres de pouvoir réels (WASP, israéliens, chinois, allemands) et pris dans la frénésie démagogique des droites nationalistes que je définie comme terminales (Le Front mariniste, la Lega etc.), ceux qui n'ont pas acquis des fondamentaux ancrés sur les concepts de révolution et sur l’Être ne peuvent que céder aux illusions désespérantes ou s'isoler. Par contre ceux qui sont armés d'une logique “evoléniniste” peuvent participer au processus du populisme aveugle, tout en faisant de leur mieux pour tâcher de le rectifier et de le sortir du cul de sac dans lequel il est prêt à s'écraser. Même s'ils n'y réussissent pas, ces éléments conscients evoléninistes peuvent travailler pour le futur et capitaliser sur leur action positive à l'intérieur d'une débandade générale. Parallèlement les “evoléninistes” peuvent observer les centres de pouvoir et leurs batailles intestines d'un regard neutre, froid, chirurgical et manœuvrer, sans état d'âme, dans la perspective d’une tactique et d’une stratégie d’avenir qui peut se synthétiser ainsi : conquérir et bâtir.

    Si on se munie d'une foi révolutionnaire, d’une méthode scientifique et si on a réveillé en soi l’Être, on n’est jamais vaincu et ce même dans la défaite. Si l’on est ainsi mentalement armé, on peut toujours vaincre y compris en se confrontant à des forces qui paraissent surdimensionnées.

    Tout à l’inverse d’aujourd'hui quand des chiffres vides et trompeurs de consensus délégué - et donc volatile et éphémère - gonflent le ventre du crapaud, trop distrait pour se réveiller un jour en prince, au point de l’amener à éclater violemment.

    Sauf si....

    Gabriele Adinolfi pour le Cercle Non Conforme

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Soirée de printemps du Bloc Identitaire Paris-IDF

    Suite au premier tour qui confirme la progression du FN, notamment dans les Yvelines, le Bloc identitaire Paris-IDF organise une soirée-débat intitulée : « Vote FN, vote identitaire ? ».

    Renseignements et inscriptions : idf@bloc-identitaire.com
    Bloc Identitaire

     

     

  • 2000 ans d’histoire balkanique

     Recension : Balkan-Chronik  : 2000 Jahre zwischen Orient und Okzident, Michael W. Weithmann, Verlag F. Pustet/Styria, Regensburg/Graz, 1995, 542 p.
     
    Depuis les événements en ex-Yougoslavie, l’intérêt des historiens européens s’est réveillé et les thèses, ouvrages, reportages, etc. sur la péninsule balkanique se succèdent à un rythme inhabituel. Parmi ceux-ci, la fresque historique, couvrant deux millénaires, de l’historien, balkanologue, byzantinologue et politologue Michael W. Weithmann, attaché à l’Université de Passau. Ce gros livre fait suite à deux autres ouvrages d’intérêt général de l’auteur sur les Balkans et à une étude sur l’histoire de la Grèce, du haut Moyen-Âge à l’époque actuelle. Balkan Chronik : 2000 Jahre zwischen Orient und Okzident met d’abord l’accent sur les confins inter-ethniques et surtout sur leurs origines.
     
     
    En se penchant sur les constantes géographiques et culturelles des Balkans, Weithmann constate que :
    « dans ce réseau de paysages contrastés, jamais jusqu’ici aucun empire de bonne taille ni aucune construction étatique n’ont pu se former ou se maintenir pendant un temps assez long, et jamais un peuple seul n’a pu en devenir la force déterminante. Car la puissance politique, elle aussi, a dû se fractionner et rester éclatée, tout comme le paysage. Les chaînes de montagnes qui traversent le pays de long en large n’ont pas que des effets sur l’espace, ne sont pas que des barrières spatiales, mais aussi des barrières culturelles, elles empêchent la pensée des hommes d’acquérir une perspective synoptique, de concevoir les problèmes communs, ce qui aurait pourtant été bien nécessaire et le serait encore. Les liaisons terrestres y demeurent pénibles et, aujourd’hui encore, un hiver rude bloque les voies de communication dans les Balkans. Les peuples qui y habitent, à cause d’une nature ingrate, ont été contraints de s’ancrer à demeure sur l’espace restreint de leur habitat. Leur environnement géographique interdit d’unifier plusieurs zones de sédentarisation optimale et donc d’organiser des territoires politiques supra-régionaux » (pp. 13-14). 
    La disparité géographique, poursuit Weithmann, la nature montagneuse de l’Europe du Sud-Est, la disparité des climats, des flores, des cultures et des types d’économie conduit à des particularismes exacerbés, à des isolements, à des revendications de souveraineté sans nuances, à une mentalité “cantonale”, qu’on retrouve parfois en Suisse.
     
     
    Autre précision : Weithmann, en toute bonne logique mitteleuropäisch, n’inclut pas la Slovénie et la Croatie (mis à part le Sud de la Dalmatie) dans sa définition des Balkans. La Bosnie en fait partie, y compris quand elle est incluse dans l’État oustachiste d’Ante Pavelic. La Slovénie est alpine, tandis que la Slavonie croate n’est pas montagneuse, donc non balkanique, “Balkan” signifiant “montagne” en langue turque.
     
     
    Tradition, communauté, patriarcat
     
     
    Les Balkans, signale Weithmann. sont également caractérisés par une forme traditionnelle et communautaire de la société.
    « Il s’agit de “sociétés fermées”, que l’on rencontre chez bon nombre de peuples indo-européens. avant qu’ils n’accèdent à un ordre de type étatique. Les liens du sang, la grande famille, le clan, la tribu sont les éléments déterminants de la société. L’individu y est ancré et attaché dans des ordres hiérarchisés solides et stricts, depuis sa naissance… Mais seule la parenté patrilinéaire compte ! Car, dans les Balkans, nous avons affaire à des sociétés masculines, patriarcales. Dans la communauté domaniale, chez les Anciens, seuls les hommes comptent, la mère en est exclue, elle reste soumise à sa propre famille. En accord avec les “directoires” claniques, les phratries déterminent le destin de la tribu. Pour se défendre contre des ennemis communs ou pour se lancer dans des campagnes militaires ou des razzias, les clans peuvent s’unir dans des structures grandes-tribales, mais celles-ci se dissolvent immédiatement après la fin de l’entreprise » (pp. 37-38).
    La position de la femme dans les Balkans est difficilement compréhensible pour l’Occidental moderne et citadin. « L’homme ne peut s’abaisser à travailler, car il est un héros ou un héros potentiel », disent les Monténégrins.
    « Les femmes sont acquises par des transactions matrimoniales, selon un schéma purement exogame, la femme devant toujours appartenir à un autre clan. Plus tard, quand plusieurs religions concurrentes ont régné dans les Balkans, les différences religieuses n’ont jamais constitué d’obstacle aux mariages exogames. Les formes sociales archaïques se sont toujours avérées plus puissantes que les divergences de religion. On se procurait des femmes pour le travail domestique et agricole, on les raflait en guise de trophée, on les épousait pour montrer sa richesse et pour engendrer des descendants masculins capables de devenir des guerriers. Dans le foyer, la femme ne devenait importante que si elle donnait le jour à des fils. Sinon, elle pouvait être répudiée ou remplacée par des concubines. Quand l’époux mourrait prématurément, ce qui arrivait souvent à cause des nombreuses querelles, les femmes étaient condamnées au veuvage jusqu’à leur mort, et elles portaient des vêtements noirs. Ce n’est donc pas l’Islam qui a confiné les femmes au foyer dans les Balkans, les a obligées à porter le voile et leur a imposé un statut mineur. Tout cela est de mille ans plus ancien, c’est un héritage de la société gentilice patriarcale. Mais ni l’Islam ni l’orthodoxie n’ont entrepris de sérieux efforts pour modifier cette situation » (p. 38).
    Weithmann constate que cette forme pure de patriarcalité a perduré depuis la plus haute antiquité, depuis les Thraces et les Illyriens, en dépit des grandes structures politiques romaines, byzantines ou ottomanes. C’est dans cette permanence de la forme gentilice d’organisation sociale qu’il faut rechercher la diversité balkanique, car « un gouvernement, un ordre étatique, qui ne tiendrait pas compte des liens du sang, qui interdirait aux hommes de porter les armes et s’arrogerait le pouvoir d’être le seul autorisé à dire le droit, surtout le droit pénal, rencontrerait l’incompréhension des membres du clan et susciterait leur hostilité. Pour l’homme clanique, l’État est toujours l’ennemi, qu’il soit étranger ou autochtone, dictature ou démocratie » (p. 40). Cet état de choses est encore parfaitement perceptible en Albanie, en Macédoine, au Monténégro et dans le Kosovo. Les peuples balkaniques qui ont une tradition étatique et nationale plus solide, comme les Roumains, les Serbes, les Grecs et les Bulgares, le doivent à la durée de leur union ethnocentrée contre les Turcs ou contre leurs voisins. Ces guerres de longue durée ont effacé petit à petit les particularismes.
     
     
    Un byzantinisme face à l’Occident
     
     
     
    En constatant la très ancienne opposition entre l’Orient (orthodoxe) et l’Occident (catholique), Weithmann constate qu’elle ne cessera pas de sitôt et que ce clivage-là, du moins, marquera encore l’Europe dans l’avenir.
    « Malgré leurs différences quantitatives sur le plan de la puissance politique, les nations orthodoxes, héritières de Byzance, disparue des Balkans — les Grecs, les Bulgares, les Roumains et les Serbes —, développeront une conscience commune “byzantine” face à l’Ouest ; cette conscience sera marquée par la conviction d’être dans l’orthodoxie, d’une part, par la crainte d’être entraîné dans la rigueur désenchantée et dans la froideur calculante de l’Occident, d’autre part » (p. 47).
    « Le concept central de la pensée occidentale est l’individualité, la dignité et les droits de la personne individuelle et autonome (…). Malgré l’héritage antique, cette idée est étrangère à Byzance. Dans l’orthodoxie, l’individu reste plongé dans l’ordre communautaire. La personnalité se sublime dans le collectif. La communauté a priorité absolue par rapport à l’individu. On comprendra dès lors pourquoi le concept de liberté individuelle est très difficilement conceptualisable à l’Est » (p. 49).
     
    Après l’effondrement des empires serbe et bulgare des Xe et XIe siècles, les Balkans sont morcelés et le resteront jusqu’à l’arrivée des Ottomans [au XIVe s.]. Byzance ne contrôle plus que les côtes égéennes au départ de Thessalonique. La Grèce est partagée entre deux despotats concurrents. Les Balkans intérieurs sont encore davantage divisés : la Bulgarie est scindée en trois petits royaumes, la Macédoine et la Serbie sont une mosaïque de petites principautés hostiles les unes aux autres. L’Albanie et le Monténégro n’ont pas d’autres organisations que les clans. La Bosnie est un royaume dominé par lareligiosité bogomile. Dans l’espace danubien, dominé par la dynastie hongroise, la Croatie et la Transylvanie se détournent du Sud-Est européen, pour lorgner vers l’Europe centrale, la Bohème et la Pologne. La Dalmatie est sous la coupe de la République de Venise, qui tente de soustraire ce littoral aux convoitises hongroises (et plus tard, turques).