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culture et histoire - Page 991

  • Sur les prétendues racines musulmanes de l’Europe : l’exemple de la Hongrie

    André Murawski, conseiller régional Hauts de France, essayiste

    Le 28 octobre 2003, Philippe de Villiers, en visite à l’Elysée à l’occasion des consultations du chef de l’Etat sur l’avenir de l’Europe, a entendu Jacques Chirac affirmer que « les racines de l’Europe [seraient] autant musulmanes que chrétiennes ».

    Cette déclaration a suscité la polémique dans la mesure où, si la plupart de nos contemporains admettent le caractère gréco-romain, judéo-chrétien, voire celtico-germanique, scandinave et slave de notre héritage, bien peu imaginent que les racines de l’Europe pourraient être aussi musulmanes.

    De toute évidence, l’ancien président de la République a souhaité légitimer un discours politique partisan en se fondant sur une interprétation tendancieuse de l’histoire. Une histoire pourtant tragique comme le montre celle, récente, de la Hongrie qui, située au cœur de l’Europe, n’a jamais cessé d’en cultiver le souvenir dans sa réalité charnelle. Une histoire qui devrait amener les Européens à affirmer la réalité de leurs racines charnelles.

    Des racines prétendument multiconfessionnelles et clamées dans l’intention d’influencer l’opinion.

    La fin du XXe siècle et le début du XXIe ont vu l’émergence d’un discours politique tendant à imposer une nouvelle vision de l’histoire en rupture avec la tradition républicaine. Ainsi, là où la République commémorait autrefois nos gloires politiques et militaires, mais aussi littéraires, scientifiques ou artistiques, les représentants des partis dits « de gouvernement » ont donné un poids disproportionné et quasi exclusif à certains épisodes d’un passé parfois douloureux. A l’étude de toute notre histoire, ciment de la cohésion nationale, on a substitué le devoir de « mémoire ». A la célébration de la « mission civilisatrice de la France » a succédé le devoir de « repentance ». A « une certaine idée de la France » du général De Gaulle ses successeurs ont peu à peu opposé l’image d’une puissance « moyenne » à laquelle il fallait se résigner.

    Cette évolution ne relève pas d’une prise de conscience tardive mais procède d’une volonté clairement exprimée. Le peuple français, jadis chanté par Renan et considéré comme un ensemble transcendant les origines, les religions ou les particularismes locaux, devrait aujourd’hui refléter l’image de la « diversité ». Et le passé, donc entre autres l’histoire, de justifier ce passage de la République et de la nation « une et indivisible » à une France multiculturelle et pluriconfessionnelle, fruit d’immigrations, elles aussi, diverses et mal maîtrisées.

    Les propos de Jacques Chirac sur les racines de l’Europe prétendument « autant musulmanes que chrétiennes » ont été précédés par son éloge du métissage de décembre 2002. Au congrès du Parti socialiste à Dijon en 2003, Laurent Fabius a affirmé que « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune rançaise issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République ». Dominique de Villepin ne fut pas en reste quand il déclara que « La dimension islamique fait partie intégrante de l’Europe ». Sans surprise, Tarik Ramadan exprima que « L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir ».

    On constate donc l’incontestable unité de discours d’une certaine classe politique qui, pour justifier devant l’opinion publique le choix politique d’une France, mais également d’une Europe multiculturelles, tend à faire accroire l’idée que les racines de l’Europe seraient autant musulmanes que chrétiennes. L’exemple de la Hongrie infirme cependant cette conception inexacte de la réalité historique.

    L’histoire distingue entre les racines et les simples apports

    Située au cœur de l’Europe, la Hongrie a connu, au cours de son histoire, un âge sombre désigné par le nom de « Hongrie ottomane ». Cette période, qui s’est étendue de 1541 à 1699 (et même 1718 pour la région du Banat), a vu le tiers du territoire hongrois occupé par l’Empire ottoman musulman.

    Sur le plan administratif, le territoire hongrois fut divisé en provinces, les Sandjaks, gouvernés par des Sandjaks-Beys placés sous l’autorité du Pacha de la ville de Buda. Les infrastructures de la Hongrie médiévale disparurent. L’absence de la plupart des seigneurs plaça les paysans sous l’autorité directe du sultan. Exception faite de la corvée, les paysans restèrent soumis aux mêmes redevances et obligations avec en plus le kharadj, capitation payée par les non-musulmans. La dureté de l’occupation turque déclencha la fuite des populations qui s’organisèrent en bandes appelées les troupes de Hajdu.

    L’occupation qui devait durer plus de 150 ans prit possession des villes. Ici, les Turcs commençaient par installer une garnison permanente et une administration, bientôt suivies par la construction de mosquées avec minaret, symbole de l’islam victorieux, puis de hammams et de souks. Avec le temps on compta dans 39 grandes villes 165 mekteb, écoles primaires où l’on enseignait l’écriture, l’arithmétique de base, la lecture du Coran et les prières musulmanes. 77 madrassas, écoles secondaires théologiques, enseignaient les sciences religieuses.

    Le principal souci de l’administration ottomane était la collecte des impôts, montrant une volonté d’exploiter le pays. Peu à peu, les villes se désertifièrent, notamment en raison des prises d’esclaves. L’agriculture fut délaissée au profit de l’élevage à destination de l’Empire ottoman. Considérant la plaine hongroise comme une base avancée pour la conquête de l’Europe, les Turcs ne purent cependant islamiser le pays en raison de leur situation peu assurée. Ils s’efforcèrent donc de s’appuyer sur ce qui restait des corps constitués tels que la noblesse, le clergé ou les villes, mais tentèrent aussi d’implanter jusqu’à 80.000 colons musulmans chargés de surveiller la population chrétienne et dont la vie religieuse fut assurée par les mosquées rapidement construites ou par la transformation d’églises en mosquées.

    Le territoire hongrois occupé par les Turcs connut pendant 150 ans une période de pillage, de rapts d’enfant et de dépeuplement de milliers de villages et de hameaux. Le peuple entier fut martyrisé pendant plus d’un siècle. On estime à 3 millions le nombre de Hongrois qui furent réduits en esclavage et dispersés dans l’Empire ottoman. Cette ponction démographique, qui s’exerça pratiquement chaque jour sans interruption, empêcha la Hongrie de connaître la vitalité démographique des autres Etats européens à cette époque. Cette période fit naître chez les Hongrois un esprit de famille et un esprit national presque obsessionnels, dont la mémoire persiste à travers la littérature, l’histoire, mais aussi à travers les contes comme le souvenir d’une catastrophe quasi biblique. Si le souvenir de l’occupation turque musulmane reste présent dans la Hongrie contemporaine, il ne saurait être question de racines communes, mais simplement d’un apport subi et contraint.

    Les racines de la Hongrie déterminent la politique de ce pays d’Europe

    L’exemple hongrois montre combien la question des racines de l’Europe mérite d’être considérée à l’aulne non seulement de l’histoire, mais aussi de la mythologie, de la spiritualité, de l’esprit qui fait les peuples et les nations. Littré définit la racine comme « le principe, l’origine de certaines choses ». Le Larousse du XX siècle complète cette définition en évoquant un « lien », une « attache ». Abordant le domaine de la linguistique, le même dictionnaire mentionne le « mot primitif d’une langue, qui a donné naissance à d’autres ». Les racines seraient donc ce qui se trouve être à l’origine, à la source des choses. Que dire alors des racines de la Hongrie en tant que nation européenne ?

    Promulguée le 25 avril 2011, la Loi fondamentale de la Hongrie, dans son préambule, exprime clairement l’attachement des Hongrois à leurs racines chrétiennes. La référence à Dieu apparaît en exergue en les termes « Bénis les Hongrois, ô Seigneur ! ». La profession de foi « nationale » trouve ses sources dans l’histoire et la religion : « Nous sommes fiers que notre roi saint Etienne ait placé l’Etat hongrois sur des fondations solides en faisant entrer notre patrie dans l’Europe chrétienne. » L’indépendance nationale est ainsi évoquée : « Nous sommes fiers de nos ancêtres qui se sont battus pour la survie, la liberté et la souveraineté de notre nation ». Enfin, l’histoire tragique des XVIe et XVIIe siècles est nettement perceptible : « Nous sommes fiers que notre peuple se soit battu pendant des siècles pour défendre l’Europe, contribuant aux valeurs communes de celle-ci par son talent et son assiduité ».

    La Hongrie est entrée dans l’Union européenne le 1er mai 2004. Jusqu’à l’été 2015, elle a été le principal point d’entrée en Europe de populations non européennes empruntant la route des Balkans occidentaux. La gravité de la situation dans ce pays comptant moins de 10 millions d’habitants a amené le gouvernement issu de l’Alliance des jeunes démocrates (Fiddesz), de centre-droit, à fermer sa frontière et à refuser d’accueillir des immigrés désignés sous le nom de « migrants ». Suivant la même politique, la Hongrie a refusé la « relocalisation » de 120.000 migrants adoptée le 22 septembre 2015 par le Conseil de l’Union européenne. Elle a également durci sa législation sur le droit d’asile.

    Cette situation a conduit la Hongrie à introduire un recours en annulation contre la « relocalisation » devant la Cour de justice de l’Union européenne, tandis que la Commission européenne initiait des procédures d’infraction contre la Hongrie suite à la politique de ce pays en matière d’asile. On constate donc l’apparition d’un différend entre les institutions de l’Union européenne et un Etat membre, dont l’origine provient de politiques résolument contraires où la conception des racines de l’Europe, soit chrétiennes, soit multiples et diverses, détermine les discours et les décisions.

    ***

    Son pontificat a été l’occasion pour Jean-Paul II de revendiquer pour l’Europe des racines chrétiennes communes. Cette conception fut également portée par le pape Benoît XVI. A l’inverse, le Traité européen de Lisbonne a choisi de n’admettre que l’inspiration de multiples héritages « culturels, religieux et humanistes » volontairement flous afin, probablement, de ne pas hypothéquer une extension de l’Union européenne vers la Turquie musulmane. Cette idée a été évoquée par ailleurs les 17 et 18 juin 2011 à la Sorbonne à l’occasion d’un colloque sur « l’Europe et l’islam, d’Al Andalous aux négociations d’adhésion de la Turquie ». Il importe à ce sujet de garder en mémoire qu’à Ankara, en 1963, l’accord d’association avec l’Europe précisait dans son préambule que « l’appui apporté par la CEE aux efforts du peuple turc pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion de la Turquie à la Communauté ». On voit que la question de l’extension des racines de l’Europe dans le discours politique contemporain n’est sans doute pas le fruit du hasard.

    Pourtant, la réalité commanderait de distinguer entre l’héritage, qui se rapporte aux racines, et l’apport, qui relève des contacts inter-civilisationnels, comme l’indique fort justement Guillaume Dye dans la Revue belge de philologie et d’histoire : « On peut, et on doit même, reconnaître l’impact décisif de l’héritage grec et du christianisme sur l’Europe, mais cela n’oblige pas pour autant à nier l’importance de l’apport arabe ». Et le même d’indiquer plus loin que « Les sociétés européennes, de manière générale (on laissera présentement de côté les cas plus complexes de la Péninsule ibérique, de la Sicile et des Balkans), n’ont été que très marginalement, pour ne pas dire aucunement, façonnées par la religion musulmane ».

    S’exprimant sur le même sujet dans les colonnes du Point le 5 janvier 2006, l’historien israélien Elie Barnavi se disait « consterné par cette négation de l’histoire. L’Europe est le fruit d’un double souvenir : celui de l’Empire romain et celui de la chrétienté », tandis que, moins nuancé, l’historien Thierry Camous définissait l’identité européenne comme une réaction à l’expansionnisme turc : « Il n’est pas exagéré d’affirmer que les Turcs ont joué à l’époque moderne un rôle déterminant dans la naissance d’une identité européenne. L’Europe se dessine, de Vienne à Venise, de Gênes, Rome ou Madrid à Paris, voire à Londres, à travers l’effort collectif de lutte contre l’ennemi ottoman, infidèle, despotique, impérialiste et “barbare” ».

    L’archéologie nous montre de nombreux vestiges des civilisations protohistoriques et antiques, celte, grecque, romaine, germanique, scandinave ou slave, et des monuments plus nombreux encore de la foi chrétienne catholique, orthodoxe ou réformée. Dans le domaine de la pensée, l’Europe est l’héritière de la philosophie grecque qui lui a donné la démocratie, mais qui lui a aussi enseigné la distinction entre philosophie et théologie, principe de la séparation entre le spirituel et le temporel. L’organisation des sociétés européennes reste largement inspirée par la lex romana et, jusqu’à une époque récente, l’étude des « humanités » gréco-latines et des classiques était le fondement de la formation de « l’honnête homme » européen. Sans doute un nouvel humanisme pourrait-il voir le jour s’il trouvait son inspiration et sa source dans les vraies racines de l’Europe.

    André Murawski
    Conseiller régional Hauts-de-France

    16/08/2017

    https://www.polemia.com/sur-les-pretendues-racines-musulmanes-de-leurope-lexemple-de-la-hongrie/

  • Le pasteur Blanchard dédicacera ses livres le dimanche 1er octobre à la XIe Journée de Synthèse nationale à Rungis (94)

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    En savoir plus cliquez ici

  • Journées chouannes 2017: une belle réussite !

    Chiré communique :

    Contrerévolution !

    Toujours incroyable et toujours vrai, les Journées Chouannes se perpétuent depuis presque 50 ans !

    Chaque année, la librairie de Chiré organise deux jours extraordinaires, deux jours d’amitié catholique et nationale, une bouffée d’air frais contrerévolutionnaire !

    Et 2017 est un millésime exceptionnel ! 2016 avait fêté les 50 ans de la création de notre centre et le succès avait été au-delà de toutes nos espérances, nous ne pouvions bien sûr égaler une telle affluence cette année, mais pour beaucoup le rythme est pris et 2017 fut bien meilleure que 2015 et les précédentes !

    Ce succès, c’est celui des idées que nous défendons, toutes celles qui travaillent à rétablir la vérité dans tous les domaines alors réjouissons-nous de les voir se communiquer le plus largement possible.

    Une bonne vingtaine de conférenciers, 100 auteurs présents pour dédicacer leurs ouvrages et environ 1500 de nos fidèles amis ont contribué activement à la belle réussite de nos journées chouannes !

    Vive Dieu, vive le roi
    Et à l’année prochaine !!!

    Vous trouverez ici l'intégralité des conférences données à cette occasion. Ci-dessous, une passionnante conférence consacrée au protestantisme.

     

    Paula Corbulon

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Adrien Abauzit et son livre, "La France divisée contre elle-même", invité par Daniel conversion

    Plus d'infos cliquez ici

    la-france-divisee-contre-elle-meme-adrien-abauzit.jpg

    Adrien Abauzit était mercredi soir invité de Martin Peltier à son émission sur Radio Courtoisie. Rediffusion jeudi matin à partir de 7 h cliquez ici

    http://synthesenationale.hautetfort.com/

  • Valérie Pécresse n'a jamais lu Maurras

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    Cette tribune - signée d'un des dirigeants de l'Action Française - a été publiée hier, 13 septembre, dans Boulevard Votaire. Il est bon que l'influence persistance de Maurras sur la vie politique française y ait été soulignée et même qu'y soit évoquée une certaine « maurrassisation » des esprits. Constat un rien optimiste et audacieux que nous préférons de beaucoup ici à la présentation victimaire habituelle de Maurras comme le maudit, ce qu'il n'est qu'en apparence.  LFAR 

    Dimanche dernier, Valérie Pécresse tenait meeting à Argenteuil.

    Il s’agissait en quelque sorte pour la « fausse droite », que représente la présidente de la région Île-de-France, de faire pièce à la « fausse vraie droite » incarnée, quant à elle, par Laurent Wauquiez, lui-même président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Un combat de grands feudataires mais de nains politiques et intellectuels – sans grand intérêt, donc.

    On retiendra tout de même cette formule de madame Pécresse : « Ce qui fait la force d’âme de la droite, c’est d’avoir toujours préféré Charles de Gaulle à Charles Maurras. »

    La phrase, outre sa grandiloquence un peu ridicule, révèle à la fois l’inculture de son auteur, qui ignore qu’au-delà des désaccords de circonstance (en des heures cruciales, il est vrai), de Gaulle est au moins autant un héritier de Maurras et de Bainville que de Barrès et de Péguy, et aussi une des faiblesses fondamentales de la droite contemporaine : son incapacité à disputer à la gauche l’hégémonie intellectuelle et culturelle.

    L’héritage maurrassien dans la pensée du fondateur de la VRépublique est évident à plus d’un titre. Dans la critique des faiblesses du parlementarisme, dans la mise en place d’une monarchie présidentielle et également dans la volonté de promouvoir une représentation des intérêts professionnels, concurrente de la représentation par les partis politiques, et encore dans le projet de mettre en œuvre une certaine décentralisation par la régionalisation. 

    Autorité en haut, libertés en bas, représentation du pays réel, contestation du pays légal, tout cela ne saurait être étranger à la lecture de L’Action française quotidienne que pratiquait le colonel de Gaulle avant la guerre. 

    Pour l’incapacité de la droite à venir disputer à la gauche l’hégémonie culturelle, la petite phrase de madame Pécresse nous en révèle parfaitement les causes.

    Non seulement la droite ignore les classiques de la pensée de droite, comme Maurras, car elle ne les a jamais lus, mais encore elle adopte à leur égard les préjugés et les imputations calomnieuses de la gauche, cette dernière demeurant la seule habilitée à dire à quelle vision du monde et à quels auteurs il est légitime et « politiquement correct » de se référer.

    Notons tout de même un signe positif : sur Twitter, parmi la centaine de réactions provoquées par la formule de Valérie Pécresse, la quasi-totalité moquait ses propos et soulignait l’importance de Maurras et son influence sur de Gaulle.

    Voilà qui semble prouver qu’à l’extérieur des appareils, il existe une vraie droite et aussi, osons l’expression, une certaine maurrassisation des esprits !

    Professeur agrégé de lettres modernes
    Président du Comité directeur de l'Action française
    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2017/09/14/valerie-pecresse-n-a-jamais-lu-maurras-5979412.html
  • Sur ADG de Thierry Bouclier, édité dans la collection Qui suis-je ? chez Pardès

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    Camille Galic Polémia cliquez ici

    Disparu à l’âge de 56 ans, A.D.G. révolutionna le polar mais il fut aussi l’inventeur d’une forme de journalisme mêlant critique acérée de la scène politique, fiabilité de l’information et recherche d’un style extrêmement travaillé sous une apparence rigolarde et populiste, comme on ne disait pas encore.

    C’est donc un homme et un auteur assez inclassable que Thierry Bouclier présente dans l’excellente collection Qui suis-je ?

    Fin des années 1990 de l’autre siècle. De l’atelier jouxtant mon bureau fusent des éclats de rire. Inutile d’en demander la cause : Jacques Dupuy Le Doublet, notre maquettiste, est en train de formater la chronique d’Alain Fournier, alias Alain Camille, alias Alain Dreux-Gallou, alias A.D.G.– dont Thierry Bouclier, avocat de son état, vient de publier la chaleureuse et dense biographie (1).

    Petit-fils d’un ouvrier tourangeau militant communiste, frère d’un prêtre très conciliaire mais aussi ancien enfant de troupe, expérience dont il était fier, A.D.G., qui tâta du socialisme avant de rejoindre la droite radicale par la voie de l’anarchisme et la découverte de Céline, est arrivé à Rivarol en avril 1996, en provenance du Libre Journal de Serge de Beketch (ancien enfant de troupe lui aussi) où il signait des chroniques papoues assez hilarantes. Dans l’hebdomadaire « de l’Opposition nationale et européenne », il se fait plus sérieux, commentant au fil des semaines un remaniement ministériel, une bourde présidentielle comme il n’en manqua pas sous Chirac ou encore un congrès des Verts, mais toujours avec l’inimitable « patte » qui, à Minute dont il fut un collaborateur vedette de 1973 à 1985 ainsi qu’à la Série noire, dont il était le seul auteur « réac» face à une horde de gauchistes, avait fait son succès. Ses romans policiers sont drolatiques, parfois patoisants, grouillant d’une faune étrange et goûteux à souhait : Le Grand Môme, Pour venger Pépère, Cradoque’s Band, La Nuit des grands chiens malades dont Georges Lautner tira le film Quelques messieurs trop tranquilles sur un scénario de Michel Audiard (excusez du peu), etc. Avec son double inversé Jean-Pierre Manchette, comme lui pilier de la Série noire et « lecteur boulimique » mais très proche pour sa part de l’Internationale situationniste, A.D.G. a donné, ainsi que l’écrivit Dominique Venner cité par Bouclier, « un terrible coup de vieux à tout un pan du polar à la française… Impossible après eux d’écrire comme avant ».

    Entre Minute, où ses billets intitulés « Minute babillons » sont très prisés, et la « Noire », le Tourangeau (qui défendait férocement les rillettes de sa ville contre celles du Mans et se faisait le champion des vins de Loire) est devenu une célébrité, invité partout et notamment – la Pensée unique ne régissait pas encore totalement l’audiovisuel – à plusieurs émissions de Bernard Pivot ou de Michel Polac, sur le plateau duquel il se castagne avec le dessinateur Siné. La belle vie pour celui qui se définit comme « un peu anar mais royaliste légitimiste, d’extrême droite ».

    Toutefois, une actualité plus sombre le rattrape. Deux reportages au Liban, aux côtés des Kataïeb chrétiens, le marquent profondément avant qu’il ne s’envole en 1982 pour la Nouvelle-Calédonie où s’affrontent Caldoches et Canaques et y fonde, en même temps qu’une nouvelle famille – et, ami de Jean Raspail, qu’un vice-consulat de Patagonie ! – l’hebdomadaire loyaliste Combat calédonien. Le journal portait bien son nom : très offensif et… très favorable au Front national dont, responsable local, il accueillera le président Le Pen, Jean-Marie de son prénom, prénom qu’Alain donnera à son fils né sur « le Caillou ».

    Comme le dit son biographe, « jeux de mots laids et calembours bons » abondent dans les papiers de sa période rivarolienne comme naguère dans ses polars, mais aussi gallicismes cocasses et mots-valises ; certains étaient géniaux et d’ailleurs pillés sans vergogne ensuite par des confrères, tel ce « bobardement » figurant dans le titre de son article de mars 2003 sur l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis, agression précédée depuis des mois par la scandaleuse et surtout mensongère campagne d’intoxication menée de Washington sur la prétendue détention par Saddam Hussein d’un redoutable arsenal d’armes « de destruction massive » – mensonge reconnu sans la moindre gêne, dès le mois de mai suivant, dans le magazine Vanity Fair par Paul Wolfowitz, numéro deux du ministère américain de la Défense.

    Alain, qui, ayant des amis dans les deux camps, avait été durement affecté à partir de décembre 1998 par la crise du Front national, était déjà très affaibli par sa lutte contre le Crabe. Les séances de chimio le terrassaient. Souvent, allant dans son bureau, je le trouvais endormi, la tête sur le clavier de son ordinateur d’où, n’ayant pas été enregistrées à temps, les dernières lignes de son article avaient sauté. L’actualité ne le passionnait plus comme autrefois mais cette année 2003 lui fut pourtant propice avec la réédition de La Nuit myope, très joli livre aux antipodes (c’est le cas de le dire) de son ambitieuse fresque néo-calédonienne Le Grand Sud, dont il affirmait lui-même qu’elle « puait des pieds » pour souligner son ancrage dans la réalité parfois sordide des bagnards, et la publication de Kangouroad Movie (2) – encore un terme valise. Ce roman d’aventures très enlevé se déroulant dans l’Outback australien, très loin de son petit Liré, fut presque unanimement salué par la presse, dont Libération, une revanche sur trois lustres d’ostracisme. Dans son malheur, il pouvait surtout compter sur l’assistance et le dévouement de Martine Joulié, une jeune femme exceptionnelle par l’intelligence, la culture et la générosité, qu’il devait épouser le 5 juillet 2004 lors d’une cérémonie célébrée à Saint-Eugène, ce qui lui plut à double titre : d’une part, c’est là que Jules Verne s’était marié en 1857 et, d’autre part, l’abbé François Potez qui officiait était un prêtre selon son cœur, puisque ancien officier de marine.

    Nous étions voisins de palier. Quatre mois plus tard, en revenant du journal au soir du 1er novembre, je tombai sur l’équipe du Samu qui, appelée par Martine, tentait de sauver Alain de l’étouffement. Sans succès. Il avait 56 ans.

    A.D.G., dont la verve – qui est souvent la politesse des pessimistes et des natures inquiètes, et Alain n’était un joyeux drille qu’en apparence – nous avait tant fait rire, nous faisait maintenant pleurer. Merci à Thierry Bouclier d’avoir ressuscité l’œuvre et la personnalité d’un auteur profondément original, incarnation d’une littérature et d’un journalisme si authentiquement français. Et même identitaires.

    Notes :

    1. Thierry Bouclier, A.D.G., coll. Qui suis-je ?, éditions Pardès, 11/08/2017,128 pages.
    2. Archives Polémia cliquez ici