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28/11/2016

Chronique de l'Orient chrétien : Alep, novembre 2016

6a00d83451619c69e201b7c8b46880970b-250wi.jpgQuand on arrive à Alep, ce qui frappe tout d’abord c’est le chaos bordant la route qui permet d’y accéder puis le bruit des explosions, très proches. C’est la banlieue industrielle qui a été dévastée par les combats entre l’armée syrienne et les jihadistes.

Puis, c’est l’entrée en ville et là tout devient beaucoup plus étrange. Il est difficile d’appréhender ce qui se passe. Les gens marchent dans les rues comme si de rien n’était. Les voitures circulent avec une liberté insolente et selon la fantaisie de leurs chauffeurs comme partout en Syrie.

Les enfants babillent ou se poursuivent dans les rues en riant.

Les scouts se réunissent et peaufinent leurs défilés et leurs fanfares.

Nous sommes à Alep-Ouest, bien sûr, là où la majorité de la population s’est réfugiée. Il est de toute façon impossible d’aller à Alep-Est sans négociation et entente avec les jihadistes d’Al-Nosra qui y règnent en maîtres.

SOS Chrétiens d’Orient est engagée dans de nombreux projets de soutien à la population d’Alep : pompage et filtration d’eau, distribution d’électricité, distribution de nourriture, aide à la rescolarisation etc. Parmi toutes ces actions, une des principales est le soutien aux hôpitaux. Alep est depuis longtemps une ville universitaire avec un excellent niveau dans l’enseignement de la médecine et les hôpitaux, spécialisés ou non, sont particulièrement nombreux. SOS chrétiens d’Orient les visite, écoute leurs besoins et propose son aide pour l’achat de matériels chirurgicaux ou respiratoires.

Les Aleppins ont horreur de la guerre, ils sont usés et épuisés par la menace permanente des attentats. Beaucoup ont fuit vers des contrées lointaines, Liban, Canada, Europe. D’autres, restent en raison de la puissance de leur enracinement. Ils sont Syriens jusqu’au plus profond de leur identité. La Syrie c’est une civilisation, très ancienne, très mûre, très riche et très équilibrée qui est chevillée à leur âme et à leurs corps. Alep, deuxième ville du pays est en quelque sorte la capitale culturelle de la Syrie. C’était aussi une capitale économique en plein essor. C’est pourquoi les zones industrielles autour de la ville sont si étendues. Les Aleppins impressionnent par leur niveau d’éducation et leur esprit entreprenant. Alep était devenue un pôle majeur de l’économie du Proche-Orient avant le déferlement des hordes jihadistes.

Les Aleppins ont appris à se débrouiller face à la baisse drastique des conditions de confort . Ils ont réappris à faire la lessive à la main, à stocker l’eau, à s’éclairer à la bougie. Mais le plus dur ne sont pas tellement les conditions matérielles. Le plus éprouvant est de faire face à l’insécurité, de continuer à vivre malgré les morts brutales qui endeuillent chaque famille. Les Aleppins ont peur pour leurs enfants, peur de les laisser aller à l’école ou à l’université par le bus.

Il faut continuer à vivre, alors le risque est accepté douloureusement. Chaque matin, les parents savent qu’ils ne reverront pas forcément leurs enfants revenir.

Les attentats commis par les jihadistes sont continuels et journaliers. Obus mortiers, projectiles en tous genres, francs-tireurs...

Les francs-tireurs ne sont pas juste un élément de langage. Des tentures sont tendues pour masquer les rues de la ville aux yeux des francs-tireurs jihadistes qui hantent les ruines d’Alep-Est qu’ils ont investis il y a quatre ans.

En cette automne 2016, Alep subit environ cinq attaques terroristes par jour venant des terroristes jihadistes, principalement des tirs de mortiers mais aussi de missiles Grads. Les morts sont nombreux et les blessés encore plus nombreux.

Ici, c’est le Bataclan tous les jours et les protagonistes sont les mêmes. Une population qui n’aspire qu’à une vie normale pour jouir de la vie en aimant ses proches d’une part, et des jihadistes qui pensent que ça vaut le coup de tout détruire et de faire tous les morts qu’il faudra pour établir une nouvelle société, idéale, correspondant à leurs fantasmes de charria. Bizarrement, l’Occident a choisi le camp des jihadistes, aux yeux des Aleppins.

La mort frappe au hasard mais la vie continue malgré tout.

C’est très éprouvant aussi pour les nombreuses communautés chrétiennes de la ville. Cinq ans de prières, cinq ans à implorer Dieu et la mort absurde qui continue de rôder et de décimer leurs familles. Depuis 2012, 246 membres de la communauté chrétienne d’Alep sont morts de mort violente dans les rues, martyrs des attentats terroristes. La population des quartiers chrétiens a changé. Beaucoup de chrétiens ont fui loin de cette violence absurde, tandis que les musulmans ont massivement fui les jihadistes en venant se réfugier à Alep-ouest.

L’étau jihadiste ayant été desserré, les conditions de vie s’améliorent doucement malgré les attentats. Après l’horreur des long mois de siège sans eau, les autorités ont réussi à reconnecter Alep au reste du monde et à rétablir l’eau de façon plus ou moins permanente. L’électricité est encore une denrée rare. Les installations électriques de la ville ont été totalement détruites par les jihadistes. Des générateurs ou groupes électrogènes parsèment les trottoirs et leur production est partagée selon les heures de la journée entre les commerces et les habitations. Beaucoup de petits commerces ont réouvert. Tous les restaurants et les épiceries sont ouverts et la nourriture ne manque pas.

Après cinq ans d’oppression terroriste, les Aleppins sont encore submergés par l’affliction. Mais, espérant contre toute espérance, ils s’accrochent en titubant à un seul espoir, une sorte de miracle, une intervention divine directe … la conversion de l’Occident … que l’Occident mette enfin un terme à son projet de destruction de leur pays par le jihad islamiste.

Raphaël, volontaire de SOS Chrétiens d’Orient en Syrie.

Michel Janva

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