Il y a pourtant d’autres entraves, autrement plus graves, aux carrières des jeunes filles. L’une d’entre elles (éléphant au milieu du couloir) a été évoquée par une militante de La France insoumise, d’origine africaine et habitant les « quartiers », comme l’on dit, lors de l’université d’été du parti. Elle a interpellé la féministe décoloniale Rokhaya Diallo : pourquoi personne ne parle de la « polygamie », « très fréquente » dans les « quartiers populaires » ? Rires gênés dans l’assistance, comme si le sujet était malséant. Mais la brave femme ne se laisse pas démonter : elle insiste sur le fait que la polygamie est synonyme de « mariage forcé à 12, 13, 14 ans ou 15 ans » pour des jeunes filles que cela « empêche d’avoir l’avenir brillant [qu’a Rokhaya Diallo] aujourd’hui ».
La question est loin d’être anecdotique
Si Rokhaya Diallo, dans sa réponse, se dit opposée à la polygamie - tout en précisant que pour sa part, elle n’a rencontré que des adultes consentantes concernées par cette situation… -, il est d’autres féministes décoloniales qui en font l'apologie. Comme la sénatrice ivoirienne panafricaine Mah Sogona Bamba qui, en 2022, qualifiait la monogamie d’« imposée et importée », « d'essence et de fondement judéo-chrétiens ». Assa Traoré, dont Rokhaya Diallo a soutenu le combat, a même décrit, dans Paris Match, la polygamie de ses parents comme « une expérience formidable ».
Rappelons qu’à peu près au même moment, lorsque la presse française avait relevé la polygamie du président sénégalais nouvellement élu, il s’était trouvé un journaliste d’Arrêt sur images et de Libération, en la personne de Daniel Schneidermann, pour voir dans cet étonnement « le regard colonial, dans son éternité ». En 2020, Aurélien Taché avait simplement parlé, s'agissant de la polygamie, de « mode de vie différent ». Et la différence nous enrichit, n'est-ce pas ?
Plus qu’à attendre que ce féminisme décolonial réhabilite l’excision car, rappelons-le, en citant Benoîte Groult (dans son livre Ainsi soit-elle), « quelques colonisateurs eurent le courage de ne pas s’abriter derrière le respect des coutumes indigènes, noble motif pour ne rien faire, et obtinrent de certains gouvernements que des mesures soient prises ». Bref, l’interdiction de l’infibulation, le découragement de la clitoridectomie, c’est colonial !
Cette militante LFI peut toujours attendre qu’Élisabeth Borne ne se saisisse du sujet. Parmi toutes les féministes autoproclamées qui se sont succédé au gouvernement, seule Marlène Schiappa a osé soulever cette question taboue.
Pour revenir au Panthéon, rappelons à Élisabeth Borne que son nom initial était celui d’une femme : sainte Geneviève. C’était pour accueillir ses reliques que Louis XV avait fait construire cette église devenue, à la Révolution, cénotaphe laïque. Le symbole est fort. Le christianisme avait mis en avant une femme, le « camp du progrès » l’a invisibilisée. Comme l’écrit l’historien Christophe Dickès dans Pour l’Église. Ce que le monde lui doit (Perrin), si le christianisme a rencontré un vif succès auprès des femmes dans les premier siècles, c’est parce qu’elles avaient compris qu’il améliorait leur condition. Si la condition féminine s’est améliorée avec le christianisme, elle se détériore sans lui. Le christianisme, en instituant le mariage monogame par consentement mutuel, a fait sortir la tête des femmes de l’eau. Que va-t-il se passer, avec son reflux et l’installation d’une autre civilisation sur notre sol ?