Quand la France abandonne ses anciens
Pour Maximilian Police, le fils de Sylviane, la mort de sa mère est dû à l’épuisement d’une vie sans domicile fixe subie depuis cet été. Le Parisien rapporte que le couple n’était pas sans aucune ressource puisque « Sylviane touch[ait] une retraite de 300 euros, son mari, ancien militaire, une retraite d’environ 1.600 euros [mais] les factures d’eau et d’électricité plombent les finances du couple qui a du mal à joindre les deux bouts ». C’est une spirale qui s’enclenche quand le ménage de retraités se retrouve avec un retard de loyer qu’il ne parvient pas à combler. Ils avaient donc déposé une demande de logement social auprès de la mairie de Piriac-sur-Mer dès 2020. Si leur fils a pu les loger au début, la solution n'était pas pérenne, puisqu'il a lui-même été obligé d'habiter chez la famille d'accueil de son épouse, rapporte Le Parisien. Contactée par BV, Emmanuelle Dacheux, le maire de Piriac, « profondément affectée [par ce drame] comme l’ensemble des agents de la commune », explique que « la tension du logement sur [leur] littoral, où les prix du marché privé sont élevés, rend les parcours d’accès au logement d’autant plus difficiles pour les ménages confrontés à la précarité […] » Selon l'élue, le dossier de relogement des Police a été retardé et « le couple dépassait le plafond de ressources pour pouvoir bénéficier d’un logement dans le parc social ». Le ménage Police aurait donc été considéré comme encore trop riche pour bénéficier d’un logement social ? Après une succession de logements précaires et temporaires, le couple vivait dans sa voiture depuis six jours, pourtant !
Une tragédie familiale et un drame national
Le maire de Piriac-sur-Mer explique à BV que cette attribution n’entre pas dans ses prérogatives, puisque « les communes accompagnent les ménages dans leurs démarches mais ne décident pas des attributions ». L’édile précise que « l’attribution des logements sociaux en Loire-Atlantique relève exclusivement des bailleurs sociaux, via le fichier unique départemental, avec un contingent géré par l’État au niveau préfectoral pour les situations prioritaires (DALO, urgences sociales…). Pour Piriac, les principaux bailleurs instructeurs des demandes sont les organismes Silène et le CISN. » Contactés par BV, ces derniers n’ont, pour l’heure, pas répondu à nos questions. Maximilian Police dénonce, auprès de BV, « des incohérences entre la mairie et les services sociaux » et ajoute que « [s]es parents avaient fait une demande de logement social qui était instruite donc, par conséquent, selon lui, ils étaient éligibles ». C’est sans doute ici que le drame familial devient une tragédie nationale et que le fils de Sylviane Police dénonce une incurie des institutions et veut faire la lumière sur les responsabilités de chacune d’entre elles.
Contribuer sans retour…
Ce qui ressort de ce drame, c’est, apparemment, une gestion purement administrative des dossiers de relogement, des décisions d’attributions qui ne tiendraient pas compte des situations particulières. En effet, au journal de la presqu’île guérandaise, Maximilian Police explique que « [s]on père, [est un] ancien militaire décoré de l’ordre national du Mérite, et [que s]a mère [était] femme au foyer dévouée, mère de quatre enfants ». Une vie à se donner sans retour, donc. La France n’est même pas capable de venir en aide à ceux qui ont travaillé, et durement, pour elle. Auprès du média local, Maximilian Police s’indigne de « cette injustice […] insupportable » et accuse les institutions d’avoir abandonné ses parents, non seulement sa mère parce que « [s]es enfants n’auront pas la chance de connaître leur grand-mère comme ils l’auraient dû », mais aussi « [s]on père, qui a servi la France avec honneur, se retrouve seul, brisé par la perte de celle qui s’est consacrée toute sa vie à sa famille ».
Le 25 novembre dernier, le Sénat a voté le gel des pensions de retraite en 2026 pour celles supérieures à 1.400 euros. Plus de la moitié des retraités seraient concernés par ce gel, pénalisant particulièrement ceux de la classe moyenne, ceux qui, comme Sylviane et son mari, sont considérés comme trop riches pour être pauvres mais assez pauvres, tout de même, pour sombrer dans la précarité.
Victoire Riquetti
https://www.bvoltaire.fr/deces-de-sylviane-police-un-drame-familial-et-une-tragedie-nationale/