
Ne soyons pas dupes. Trump a de bons côtés mais plus que quiconque, il n’a que des intérêts.
Le candidat au prix Nobel de la paix est comme tous les Américains. Il ne connaît que la loi du plus fort et s’assoit sur le droit international comme sur l’ONU.
Une armada de 150 avions et hélicoptères, un groupe aéronaval et des forces spéciales, c’est l’équivalent de l’armée française que Trump a déployé pour capturer et exfiltrer Maduro. Si certains applaudissent, ce n’est pas mon cas. Ce genre d’agression armée contre un pays souverain, pour procéder à l’enlèvement du chef de l’État afin de mettre en place un leader pro- américain, est avant tout une violation du droit international qui ouvre la porte à tous les abus. Ce n’est plus un coup d’État comme la CIA en est coutumière, mais une action de guerre sans déclaration préalable et sans appel à l’aide du peuple vénézuélien. Par conséquent, à ne pas confondre avec le Donbass.

En face de cette armada démesurée, il n’y avait que la 50e armée du monde au classement des 145 forces militaires mondiales pour résister à l’attaque de son puissant voisin. Car si l’Amérique ne connaît que la loi du plus fort, elle ne s’attaque qu’aux plus faibles. Ce qui n’empêche pas Washington d’enchaîner les fiascos militaires depuis le Vietnam.
Certes, Maduro est un dictateur aux mains rouges de sang qui n’hésite pas à faire tirer sur son peuple, un criminel sans foi ni loi totalement indéfendable, mais si Trump veut jouer au gendarme du monde et nettoyer la planète de tous les despotes qui martyrisent leur peuple, qu’il aille bombarder Pékin et enlever Xi Jinping ou qu’il embrase Pyongyang et s’occupe de Kim Jong Un. Je pense qu’il fanfaronnera moins.
Je rappelle que le nouvel ami de Trump, reçu à la Maison-Blanche, est le djihadiste de l’EI qui a succédé à Bachar el Assad en Syrie ! Comme quoi il y a des barbares plus fréquentables que d’autres…
Jouer les gros bras contre plus faible que soi et se coucher face aux puissances nucléaires, cela n’a rien d’un exploit. Assuré de l’impunité, se sachant intouchable, Trump impose sa loi au mépris de toute la planète. C’est cette arrogance permanente qui finira par perdre l’Amérique.
Et s’il ne craignait pas Poutine, il aurait envoyé ses légions en Ukraine.
Mais pour faire bonne mesure, pourquoi ne pas bombarder Panama, les 60 000 habitants du Groenland ou Ottawa ? Ce sont trois cibles aux portes des États-Unis.
Trump se fout du narcotrafic comme du peuple vénézuélien. Ce qu’il veut, c’est le pétrole de Maduro, c’est-à-dire les premières réserves mondiales devant l’Arabie.
Le jour où Trump se préoccupera du narcotrafic, il bombardera la Colombie et le Mexique. Mais en ce qui concerne Caracas, ce n’est qu’un prétexte.
Depuis la fin de la guerre froide, ce sont les lobbys de l’armement et du pétrole qui dictent la politique étrangère américaine. L’Amérique veut assurer sa sécurité énergétique pour 100 ans. C’est l’arme essentielle pour se maintenir en haut du podium. Avec les 300 milliards de barils du Venezuela, Trump peut dormir tranquille. Il va remettre en état l’industrie pétrolière du pays afin de siphonner allègrement l’or noir de Caracas. Un retour à l’Eldorado des années soixante ?
Les États-Unis entretiennent 800 bases dans le monde. Ils maintiennent 100 000 hommes en Europe sur 40 bases, malgré la fin de la guerre froide. Quant au budget Défense, il approche les 1000 milliards de dollars.
Mais que dirait Trump si Poutine décidait d’installer quelques bases en Amérique du Sud ?
Ce serait assurément une nouvelle crise de Cuba.
En définitive, Trump ou un autre, sur le plan international, c’est exactement la même musique, celle des tambours de guerre au nom du seul droit américain.
Jacques Guillemain