49.3 ou ordonnances ?
Alors que tous les observateurs l'attendaient sur le levier institutionnel qu'il choisira pour faire adopter ce budget introuvable depuis quatre mois, Lecornu a parlé gros sous. C'est que le Premier ministre est toujours à la recherche de ce fameux « compromis » (il a employé le mot) avec le PS et une fraction de LR pour faire adopter le budget et échapper à la censure qu'occasionnerait quasi inévitablement le passage en force, que ce soit par l'article 49.3 ou par le recours aux ordonnances. En effet, le PS, déjà bien compromis, ne pourrait pas se déjuger encore en ne votant pas la censure en cas de 49.3, puisque c'était son deal initial avec Lecornu. Quant aux ordonnances, avec leur parfum de barricade 1830, elles avaient immédiatement suscité leur opposition : le député Philippe Brun, qui les qualifie de « super 49.3 », avait même déclaré, dans l’Opinion : « Si le gouvernement faisait usage de cette faculté, je voterais immédiatement la censure et je signerais la motion de destitution du Président. »
Un 49.3 négocié !
Donc Lecornu a cherché son trou de souris : selon Libé, décidément bien informé, « l’idée d’un 49.3 négocié (avec reprise des mesures obtenues par les roses en échange d’une non-censure) fait son chemin » au PS. Un 49.3 négocié ! Il faudra, un jour, faire l'inventaire des dévoiements constitutionnels opérés par les socialistes et la Macronie... Un 49.3 négocié ? Ou, plutôt, une non-censure achetée ! D'ailleurs, les seuls à réagir positivement, ce vendredi soir, aux annonces du Premier ministre étaient les socialistes, qui ont salué des « avancées réelles », « fruit d’un long bras de fer ». Et de détailler « ce que [le PS] a arraché pour les Français » : « Pouvoir d’achat en plus », « plus de justice fiscale », « moins d’impôts pour les retraités », « logement plus accessible », pas d’augmentation d’impôts, des « avancées importantes » pour les jeunes et l’environnement. Concrètement ?
Le coût de ce nouveau deal avec le PS ?
Et c'est là que le bât blesse. Devant ce qui ressemble bien à des dépenses supplémentaires, Lecornu s'est montré évasif sur les économies. Et quand c'est flou, c'est Lecornu...
Alors, allons-y pour les dépenses : repas à un euro pour tous les étudiants, même non boursiers, nouvelle allocation sociale unique, hausse de la prime d'activité, création de 2.000 nouveaux postes à l'Éducation nationale, etc. Tout cela est sympathique, mais quid du financement ? Sur ces milliards supplémentaires à trouver, pas un mot. Au lieu d'endosser le costume du sérieux budgétaire en sortant enfin sa petite calculatrice (et sa tronçonneuse, décidément remisée au sous-sol), Lecornu a versé dans la méthode Coué : il n’y aura « aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte » dans le futur budget, a-t-il promis et, comme par miracle, le déficit sera limité à « 5 %, peut-être moins » ! Même Le Monde est bien obligé de reconnaître que ces milliards se trouvaient dans le flou de Lecornu concernant la surtaxe sur les grandes entreprises et la participation des collectivités locales.
Vendredi soir, seuls Éric Ciotti et Charles-Henri Gallois, le conseiller économique de Jordan Bardella, ont eu le courage de dénoncer ce budget dépensier. La démagogie à destination du PS payera peut-être, pour Lecornu. Mais ce sont bien les Français qui paieront...