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À Onzain, un « antifasciste » lourdement armé voulait tuer des centaines de « racistes » : chut !

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À Onzain, petite commune du Loir-et-Cher, la France est passée à quelques heures d’un drame d’une ampleur que l’on préfère ne pas imaginer. Pas une bagarre, pas un dérapage verbal, pas une polémique de plateau télé, mais un projet structuré, réfléchi, assumé de tuerie de masse lors d’un bal populaire du 14 juillet. Un carnage évité uniquement grâce à l’intervention des forces de l’ordre. Sans cela, le pays se serait réveillé avec des dizaines, peut-être des centaines de morts, et un traumatisme national durable.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la relative discrétion qui a entouré cette affaire. Peu de débats, peu d’analyses, peu de mises en perspective. Comme si l’événement dérangeait. Comme s’il fallait rapidement refermer la parenthèse. Pourtant, à l’heure où la moindre parole est disséquée, judiciarisée, parfois criminalisée, comment expliquer qu’un projet de massacre de masse n’ait pas provoqué une onde de choc médiatique et politique à la hauteur de sa gravité ?

Les faits sont pourtant clairs et établis. L’individu interpellé était armé. Il avait préparé son passage à l’acte. Il ne s’agissait ni d’une menace en l’air, ni d’une provocation verbale, ni d’un fantasme mal formulé sur un réseau social. Il se voyait comme un justicier, persuadé de vivre au milieu de « nazis », convaincu que son acte serait une nécessité morale. Il avait réfléchi au déroulement de l’attaque et s’était fixé un objectif chiffré de victimes. Nous ne sommes pas ici dans l’imaginaire, mais dans la matérialité d’un projet de massacre.

Ce qui doit inquiéter bien au-delà de ce cas individuel, c’est le cadre idéologique dans lequel une telle folie a pu se développer. Depuis des années, une partie de la gauche militante, politique et médiatique martèle que le fascisme serait partout, que l’ennemi serait omniprésent, tapi dans le voisin, dans l’électeur mal classé, dans celui qui ne pense pas correctement. Le mot « nazi » est devenu une étiquette commode, utilisée à tort et à travers, vidée de son sens historique, mais chargée d’une puissance émotionnelle redoutable.

À force de désigner des ennemis imaginaires, on finit par fabriquer une vision du monde délirante. Quand tout devient fascisme, quand tout devient menace existentielle, alors la violence cesse d’être impensable. Elle peut apparaître, dans certains esprits fragiles, comme une réponse logique, presque légitime. L’idéologie ne reste plus cantonnée au discours. Elle descend dans le réel. Elle s’incarne. Et parfois, elle prend les armes.

L’affaire d’Onzain rappelle une vérité dérangeante que beaucoup refusent d’admettre : la violence politique ne naît pas uniquement là où on l’attend. Elle peut surgir au sein même de ceux qui se persuadent d’incarner le camp du Bien, ceux qui se sentent investis d’une mission morale supérieure. L’hystérie antifasciste permanente ne protège pas la société. Elle la fragilise. Elle nourrit des logiques paranoïaques et radicales qui, dans certains cas, conduisent au passage à l’acte.

Le traitement judiciaire de cette affaire ajoute un malaise supplémentaire. Dans le même pays, des militants ou sympathisants d’ultra-droite sont poursuivis, perquisitionnés, parfois condamnés pour des propos, des écrits, des intentions prêtées. Des mots deviennent des délits. Ici, face à un individu porteur d’armes et d’un plan de massacre, la justice conclut à l’irresponsabilité pénale en raison de troubles psychiatriques.

Il ne s’agit pas de nier la réalité de la maladie mentale ni de réclamer une vengeance aveugle. Mais il est légitime de poser une question simple et dérangeante : où se situe aujourd’hui l’échelle de gravité ? Comment expliquer à des citoyens que des paroles peuvent conduire à la prison, quand un projet concret de tuerie de masse se solde par une mise à l’écart médicale et un effacement rapide du débat public ? Cette incohérence alimente un sentiment profond de deux poids deux mesures et mine la confiance collective.
À cette responsabilité judiciaire s’ajoute une responsabilité trop souvent éludée : la responsabilité médiatique. Car l’affaire d’Onzain ne surgit pas dans un vide symbolique. Elle s’inscrit dans un climat façonné depuis des années par un discours médiatique saturé d’anathèmes, d’exagérations et de simplifications dangereuses. Les médias ne sont pas de simples miroirs de la société. Ils produisent des récits. Ils hiérarchisent les faits. Ils imposent des mots.

Quand, jour après jour, des plateaux de télévision, des chroniques et des éditoriaux martèlent que le fascisme est de retour, que la menace est partout, que des pans entiers de la population seraient des ennemis intérieurs, cela n’est jamais neutre. Les mots répétés finissent par structurer les représentations. Ils installent des réflexes mentaux. Ils banalisent une vision manichéenne du monde, où il n’existerait plus que des camps du Bien et des camps du Mal.

Chez la majorité des citoyens, cela reste au stade de l’agacement ou du rejet. Mais chez des individus fragiles, instables, déjà enclins à la paranoïa, ce bombardement symbolique peut agir comme un accélérateur. Il fournit une grille de lecture clé en main, un ennemi clairement désigné, une justification morale. Le passage à l’acte n’est alors plus perçu comme un crime, mais comme une action préventive, presque héroïque.

Lorsque ce passage à l’acte est évité ou survient, les mêmes médias se replient aussitôt derrière l’explication psychiatrique exclusive, comme si elle suffisait à tout expliquer et à tout excuser. La folie individuelle devient un paravent commode, permettant d’éviter toute remise en question collective. Le contexte disparaît. Le discours antérieur est effacé. Les responsabilités symboliques sont soigneusement évitées.

Dans l’affaire d’Onzain, cette mécanique est flagrante. Peu de questionnements sur le climat idéologique. Peu d’interrogations sur la banalisation du vocabulaire guerrier. Peu de réflexions sur la manière dont certains médias ont contribué, pendant des années, à installer une vision délirante du danger permanent. À la place, le silence, l’oubli, la mise sous le tapis.
Il ne s’agit pas d’accuser les journalistes d’avoir armé un homme ou d’avoir dicté un passage à l’acte. Il s’agit de poser une question autrement plus sérieuse : jusqu’où peut-on attiser les peurs, désigner des ennemis imaginaires et hystériser le débat public sans jamais en assumer les conséquences ? À partir de quel moment ceux qui fabriquent le récit acceptent-ils d’interroger leur propre rôle ?

L’affaire d’Onzain n’est donc pas un simple fait divers évité de justesse. C’est un révélateur. Le révélateur d’une société où la parole est de plus en plus criminalisée tandis que certaines violences imminentes sont relativisées lorsqu’elles ne cadrent pas avec le schéma idéologique dominant. Le révélateur d’une idéologie antifasciste devenue si obsessionnelle qu’elle finit par produire ce qu’elle prétend combattre : la radicalisation et la violence politique.

L’histoire est pourtant limpide. Chaque fois qu’un camp s’est persuadé d’incarner le Bien absolu, chaque fois qu’il a désigné des ennemis intérieurs à éradiquer, chaque fois qu’il a cessé de voir des citoyens pour ne voir que des menaces, le sang a fini par couler. Toujours.
Continuer à souffler sur les braises, à hystériser le débat public, à transformer le désaccord en danger existentiel, c’est jouer avec des allumettes dans une pièce saturée d’essence. À Onzain, la flamme n’a pas pris. La prochaine fois, rien ne garantit que la chance sera encore au rendez-vous.

Jérôme Viguès

https://ripostelaique.com/a-onzain-un-antifasciste-lourdement-arme-voulait-tuer-des-centaines-de-racistes-chut.html

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