Lorsque les socialistes tordaient le nez
Au cœur de cet entretien, donc, les relations passées, actuelles et futures du Parti socialiste avec La France insoumise. La journaliste a donc mis le doigt là où ça fait mal en évoquant cette élection d’Avignon. « Aller choisir Raphaël Arnault, co-fondateur, donc, de la Jeune Garde, lui-même déjà condamné pour violences, et lui donner l’investiture, la même que vous. Pardon, mais… » Réponse du député de Corrèze : « Je suis désolé… Il a eu l’étiquette de LFI. Il n’a pas eu le soutien du Parti socialiste qui a présenté un candidat contre lui… Il n’était pas question de pouvoir soutenir un candidat qui avait eu, d’abord une condamnation, qui était fiché et qui avait pour but l’affrontement physique comme moyen politique. »
En fait, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme ça. Juin 2024, parachutage avec armes et bagages du nervi lyonnais, candidat de LFI. Les socialistes tordent le nez, comme nous l’évoquions dans ces colonnes, le 27 janvier dernier. « On a engagé une dynamique très offensive avec Cécile Helle, la maire d'Avignon, pour avoir une candidature socialiste à Avignon. On attend les négociations avec le national », déclarait, bravache, à ici Vaucluse, le 14 juin 2024, le sénateur socialiste Lucien Stanzione. La dynamique très offensive se fracassa rapidement le nez : ce même 14 juin, Raphaël Arnault investissait la cité des papes et était investi par le Nouveau Front populaire.
Certes en traînant la patte, mais tous derrière Raphaël Arnault
Le maire socialiste Cécile Helle poussa alors une « candidature dissidente à gauche », comme l’expliquaient nos confrères d'ici : un certain Philippe Pascal, ancien LFI ayant rejoint le parti de Gérard Filoche, la Gauche démocratique et sociale. Il sera effectivement soutenu au premier tour par le PS, le PC, les Verts et Génération.S. Comme quoi ce Nouveau Front populaire n’allait pas de soi pour tout le monde, déjà à l'époque. Mais bon... Notons que Philippe Pascal sera inscrit en Divers gauche par la préfecture et non comme PS. Et le second tour ? Il n’en parle pas, du second tour, M. Hollande. Car, finalement, évidemment, tout ce petit beau monde, après avoir tordu le nez, ne traîna pas trop la patte pour « faire barrage » et se ranger gentiment derrière Raphaël Arnault. Ce Raphaël Arnault qu’« il n’était pas question de soutenir », comme nous le raconte aujourd'hui Hollande, « d’abord parce qu’il avait eu une condamnation ». L’art de refaire l’Histoire comme ça vous arrange.
Car, en plus, il n’est même pas certain qu’à l’époque, on ait su qu’Arnault avait été condamné, le jeune homme ayant eu la modestie d’occulter ce fait d’armes. Et quand bien même le PS et consorts l’auraient su (ce que l'on comprend, à entendre Hollande), on ne peut alors que s’étonner que, du coup, pour le second tour, cette condamnation ait été en quelque sorte effacée, oubliée, amnistiée. Par ailleurs, faut-il rappeler que dans la circonscription voisine de celle d'Avignon, à Cavaillon, le candidat socialiste affichait, sans les mêmes pudeurs de gazelle, le logo de la Jeune Garde sur ses bulletins de vote, comme sans doute dans beaucoup de circonscriptions en France. Donc, de deux choses l’une : soit Hollande ne connaît pas la situation d’Avignon et de ses environs. Ce dont on peut douter, l’homme étant un expert de la carte électorale. Soit il nous prend pour des idiots. Le lecteur jugera.
Magie des arcs républicains de François Hollande
Toujours dans cette interview, François Hollande a longuement disserté sur le fameux « arc républicain ». Car, désormais, estime le président de la République émérite, « LFI doit faire la démonstration qu’il se situe dans l’arc républicain […] Le lien entre LFI et ce qui a été la Jeune garde – puisqu’elle a été dissoute -, ce lien-là doit être rompu. Entièrement. S’il ne l’est pas, LFI portera une lourde responsabilité. » Bon. On imagine qu'il y aura des contrôles, des tests, des évaluations. Et qu'est-ce qui fait qu'on est ou pas dans l’arc républicain, pour François Hollande ? Bonne question. C'est lorsqu’on « brutalise la vie politique », lorsqu’on a des accointances avec des groupuscules telle la Jeune Garde (on résume). Très bien, là, on suit.
Mais alors, le RN ? lui demande Mme de Malherbe. Là, François Hollande range discrètement sous sa manche gauche sa grille d'évaluation qui permet de mesurer scientifiquement si on est apte ou pas à rejoindre les flèches de l'arc républicain. Et, tout aussi discrètement, l'homme de la rue du Cirque nous sort une nouvelle grille de sa manche droite, avec de nouveaux critères. De la magie. Abracadabra ! Et là, c'est clair, c'est prouvé, c'est vérifié : le RN n’est pas dans l’arc républicain. Parce que, d'abord, le RN prône « la discrimination et la préférence nationale ». L’homme ne doit pas aller souvent à l’étranger... Ensuite, parce que le RN veut modifier la Constitution. Elle l'a été 25 fois, depuis 1958… Enfin, parce que le RN « veut remettre en cause gravement l’Union européenne ». C’est sûr, continuons comme ça… À la réflexion, Hollande doit nous prendre pour des idiots. Mais c’est vous qui jugez
