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Essence chère : en France, Lecornu nous dit de changer de voiture ; en Irlande, c’est la révolte !

YT Gouvernement
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Scepticisme et colère face à un gouvernement hors-sol.

Sébastien Lecornu est l'homme des vendredis soir : comme le coucou sortant de son horloge, il revient invariablement sur le perron de Matignon pour faire ses grandes annonces. Négociation budgétaire cet hiver, crise énergétique avant-hier : le rituel est immuable.

Nouveau plan, nouvelle usine à gaz...

Dans ce style minimaliste qui est censé lui conférer le sérieux et la crédibilité auxquels les Français ne croient plus, il a refusé la baisse des taxes sur les carburants. Non, Sébastien Lecornu voit plus loin que le plein d'essence de la fin de semaine ou l'angoisse de la fin du mois. Il a un plan, lui, comme aux beaux jours de l'URSS ou de la planification française. Il a donc déroulé ses chiffres pour les horizons 2030 et 2035. Facile, quand on est encore Premier ministre pour quelques mois seulement et que l'on appartient à une majorité qui n'a guère anticipé les choses, dans ce domaine comme dans tous les autres. Ce plan vise à l'électrification accélérée des usages au détriment des énergies fossiles (gaz et pétrole). Tout le monde comprend parfaitement l'enjeu de souveraineté. Mais tout le monde s'interroge aussi sur les coûts et la faisabilité de cette transition. Sébasien Lecornu a donc annoncé que « le soutien à l’électrification sera multiplié par deux », passant de 5 à 10 milliards d’euros par an. Une somme qui proviendra de la réduction des dépenses de l'État. À charge, pour ses successeurs, de faire les coupes qu'il n'a pas eu et n'aura certainement pas le courage de faire dans son dernier budget.

Lecornu, commercial de la pompe à chaleur

Les deux moteurs de cette électrification seront, sans surprise, les pompes à chaleur pour les logements et les voitures électriques pour les transports. Le temps d'un vendredi soir, Sébastien Lecornu s'est transformé en commercial de la pompe à chaleur et de la voiture électrique. Il a donc égrené les nouvelles mesures, dont on ne sait plus si elles complètent ou effacent les dispositifs antérieurs qui se succèdent et dont la valse rend les usagers sceptiques : interdiction des chaudières à gaz pour le neuf, aides à l'achat de véhicules électriques pour les gros rouleurs et les entreprises. Tout cela plaira à M. Jancovici et aux bobos (même si ce ne sera pas suffisant pour inverser la tendance 60 % fossile - 40 % électrique), mais ne répond en rien aux coûts actuels exorbitants de l'énergie et aux millions d'usagers qui, pour de multiples raisons (coût, distances, configuration du logement, etc.), ne peuvent accéder à ces produits d'avenir. Et puis déjà, en 2020, Macron promettait la production d'un million de voitures électriques pour 2025. Or, en 2026, on en est à 300.000. Alors, la nouvelle promesse du million pour 2030... Mais samedi, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon s'est essayée au service après-vente de son électricien en chef, promettant un système de leasing... pour la pompe à chaleur remplaçant votre chaudière gaz. Après le prêt pour acheter du carburant dénoncé par Georges Michel, une usine à gaz qui n'a fait qu'accroître le scepticisme.

Marine Le Pen a immédiatement réagi à ces annonces hors-sol du chef du gouvernement.

Quand les Macronistes comprendront-ils qu’avant de pouvoir acheter une nouvelle voiture, rénover leur logement ou toucher je ne sais quel chèque payé avec leurs impôts, les Français voudraient d’abord vivre dignement de leur travail, nourrir leurs enfants et pouvoir se payer des… https://t.co/3pL5oc8kBP

— Marine Le Pen (@MLP_officiel) April 10, 2026

En Irlande, une révolte historique

Si, en France, la colère contre le prix des carburants semble rentrée, ne s'exprimant qu'à la pompe, à la machine à café ou en famille, en Irlande, elle a d'ores et déjà explosé depuis trois jours. Au point que samedi, le chef de la police irlandaise, Justin Kelly, a déclaré que les manifestations illégales contre les prix du carburant « mettent l'État en danger », au moment où des unités de maintien de l'ordre étaient déployées pour disperser des manifestants bloquant une raffinerie de pétrole. Une action justifiée par le fait que le blocage « d'infrastructures nationales essentielles telles que les dépôts de carburant et les raffineries » ont « entraîné des pénuries de carburant qui ont un impact direct sur les services d'urgence, notamment les hôpitaux, les services ambulanciers et les pompiers », a déclaré M. Kelly à des journalistes. Il a dénoncé ces blocages comme une « activité illégale » menée par certains qui sont déterminés à « prendre en otage le pays ».

Et en effet, depuis trois jours, l'Irlande est le théâtre d'une révolte à la fois populaire, nationale (voir les drapeaux qui fleurissent partout) et antigouvernementale : cortège de tracteurs sur O’Connell Street, dans le cœur de Dublin, opérations escargot autour de la capitale, blocage de dépôts de pétrole à travers le pays, etc. Une révolte menée par les routiers et les agriculteurs irlandais soutenus par la population. Le Premier ministre irlandais a jugé la situation « très grave ». En France, Lecornu a conclu son allocution en déclarant : « Il faut savoir ne pas gâcher une crise, si je peux me permettre, et lier chaque mesure nouvelle à une vision globale pour l'avenir. » L'exemple irlandais devrait le rendre plus prudent sur sa capacité à enjamber cette crise comme il le fait depuis le début.

Frédéric Sirgant

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