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  • Gouverner Rome

    De la monarchie à la fin de l'empire, existèrent diverses manières de régir la Ville et le monde. Jamais innocentes.
    Le pouvoir, à Rome, est d'essence divine. Numa Pompilius, son second roi, l'a si bien compris que, selon les mythes fondateurs, il a, aidé par la nymphe Égérie, passé contrat directement avec « le Père du Ciel », signification étymologique du nom de Jupiter. Au terme d'une tractation serrée, le dieu accepte de s'installer au sommet du Capitole et d'accorder sa protection à la cité. Dès lors, de sa colline sacrée, Jupiter présidera aux destinées de Rome et servira de socle à ses institutions, de garant à ses grands hommes. Comment se concilie-ton Jupiter ? Comment en fait-on son agent électoral ? Comment, avec l'établissement du Principat, la gloire du dieu et celle de César finissent-elles par se confondre, l'une légitimant l'autre ?
    La politique et le sacré
    Pouvoir et religion à Rome de John Scheid est une remarquable petite synthèse, acérée et pleine d'humour, des rapports inextricables, savamment truqués pour les besoins des hommes en place, de la politique et du sacré dans le monde romain. Rapports qui s'effriteront avec le triomphe du christianisme, lorsque les empereurs chrétiens ne pourront plus, sans se mettre l'Église à dos, prendre le titre de Pontife suprême de Jupiter très bon et très grand. Les païens les accusèrent d'avoir, par cette rupture unilatérale de contrat, provoqué la fin de la Ville et de l'empire. Ils n'avaient pas tort puisque les dynasties chrétiennes élaboreront une nouvelle conception des rapports entre les puissances de ce monde et celle du Ciel. Faut-il intéresser le peuple aux affaires publiques ? La question s'est posée dans une société fort peu démocratique, divisée entre patriciens, descendants prétendus des compagnons d'Énée, et plébéiens, lesquels, d'ailleurs, ne tarderont pas à constituer une seconde aristocratie étroitement unie à la première, ce qui leur permettra de conserver le pouvoir. C'est contre ce système bien rodé mais injuste que s'insurgent, en 133 avant notre ère, Tiberius Gracchus puis son jeune frère, Caius, petits-fils, par leur mère, Cornelia, de Scipion l'Africain. Rome émerge, exsangue, des guerres puniques ; elle a survécu, écrasé sa rivale carthaginoise mais au prix d'une crise économique et sociale sans précédent. Trop longtemps retenus aux armées, les petits propriétaires terriens, clef de voûte de la République des « soldats et paysans », ont dû aliéner leurs champs et gagner Rome où ils constituent un prolétariat urbain voué au chômage. En proposant de voter des  lois agraires qui obligeraient les grands propriétaires fonciers, bénéficiaires du conflit, à rétrocéder les domaines dont ils se sont emparés, les Gracques vont mettre tout le système politique en péril. À dix ans d'intervalle, ils le paieront de leur vie. Exemples pour "Gracchu" Babœuf et les tenants du collectivisme, les frères Gracchi ont-ils été d'authentiques défenseurs des opprimés, ou de redoutables opportunistes qui, pour s'emparer du pouvoir, ne reculèrent devant aucune déstabilisation ? À travers les textes antiques rassemblés et commentés par Christopher Bouix dans la collection La Véritable Histoire, il apparaît que les historiens romains, hommes d'ordre, n'éprouvèrent guère de sympathie envers les fils de Cornelia. Le fait est que leurs initiatives allaient plonger Rome dans une guerre civile de plus d'un siècle... Il appartiendrait à Auguste d'y mettre fin.
    Claude méconnu
    Si la dynastie julio-claudienne fascine les historiens jusque dans ses figures les plus inquiétantes que sont Caligula et Néron, il est un prince que la chronique a laissé de côté, sauf à le transformer en personnage de vaudeville : Claude. On sait pourtant aujourd'hui qu'il valait mieux que ses ennemis l'ont prétendu. En se faisant son biographe, avec grand talent et beaucoup de sensibilité, Pierre Renucci rend enfin justice à un homme méconnu. Fils de Drusus, frère de Tibère, et d'Antonia Minor, l'une des filles que Marc Antoine avait eues d'Octavia, sœur d'Auguste, frère de Germanicus, Claude naît atteint, semble-t-il, de la maladie de Little, affection neurologique rare qui, sans altérer l'intellect, donne l'air d'un crétin souffrant de troubles de la parole et de la coordination. Dans le milieu impitoyable de la cour impériale, l'enfant devient sujet de honte et objet de cruautés gratuites. Seul Auguste s'aperçoit que le garçon est loin d'être idiot. Sans lui permettre, toutefois, de suivre le moindre cursus honorum. Ce sera la chance de Claude qui, enfermé dans son rôle d'imbécile, traversera les épurations successives décimant sa famille. L'assassinat, en janvier 40, de son neveu Caligula l'amène à la pourpre. Cette élévation fera énormément rire, à tort. Comme le démontre Renucci, Claude est un savant, plus au courant des choses du pouvoir qu'il y semble. Il possède une vision politique, n'hésite pas, afin de la réaliser, à épouser sa nièce Agrippine et adopter son fils, Néron, au détriment des enfants de ses premiers lits, parce que la fille de Germanicus descend en ligne directe d'Auguste, et lui confère, à lui, issu de la branche claudienne de la gens, un surplus de légitimité. Il modernise l'État, s'appuyant sur des affranchis dépeints par les chroniqueurs sénatoriaux comme de redoutables intrigants, ce qui ne les empêcha pas d’être grands ministres et administrateurs plus doués que les rejetons de la classe dirigeante. Il termine la conquête de la Bretagne, ouvre les portes du Sénat aux provinciaux, à commencer par les Gaulois, car il est né à Lyon et s'en souvient. Quand il meurt, en 54, empoisonné, ou simplement usé par les excès, il laisse l'empire puissant et en paix. On est loin de l'image du débile sadique et concupiscent, du cocu complaisant et pleutre accréditée par les contemporains... Tout cela, Renucci le dit avec une sympathie pour son héros qui force celle du lecteur.
    Campagne électorale
    Au vrai, ce que le Sénat et l'ordre équestre n'ont pas pardonné à Claude, c'est d'avoir entamé un peu plus ce qu'il leur restait d'apparence de pouvoir. Mais, si Rome ne se gouverne plus, le jeu démocratique, ou supposé tel, se poursuit en Italie. La catastrophe d'août 79, en figeant dans un funèbre instantané le quotidien, a saisi sur le vif les rouages des campagnes électorales pompéiennes, non seulement pour le renouvellement des mandats de l'année, mais sur plusieurs décennies. Fièvre électorale à Pompéi de Karl-Wilhelm Weeber n'est pas une reconstitution de la vie municipale dans la cité campanienne mais une étude épigraphique des graffiti et slogans politiques retrouvés sur les murs par milliers. Répétitive, l'analyse permet de mettre en évidence comportements, promesses électorales, groupes de pression, alliances familiales ou professionnelles, insultes sournoises à rencontre du candidat adverse et, phénomène postérieur au tremblement de terre de 62 qui modifia les mentalités, ingérence grandissante des femmes, par l'intermédiaire du mari ou des fils, seuls à jouir du droit de vote, dans la campagne. Nihil novi sub sole... S'étonnera-t-on que le dix-septième centenaire de la victoire de Constantin sur Maxence au Pont Milvius, en octobre 312, ait été tu comme, en ce début d'année, celui de la promulgation de l'édit de Milan ? C'est que, dans notre monde déchristianisé, l'empereur qui mit fin aux persécutions et reconnut officiellement l'Église, posant un acte déterminant pour l'avenir, ne saurait faire l'objet d'aucune célébration... Il faut donc lire, avec tout l'intérêt qu'elle mérite, l'excellente biographie que Pierre Maraval lui a consacrée. Revenant aux sources, le professeur Maraval révèle un Constantin le Grand qui mérite ce surnom. Très éloigné du soudard illyrien dépeint par la propagande païenne, le fils de Constance Chlore, écarté de la succession à la tétrarchie, reconquit le pouvoir par les armes mais surtout par un jeu d'alliances stratégiques remarquablement mené, quitte à se débarrasser après coup d'alliés indésirables. Si, en politique, les scrupules ne l'étouffaient pas, ce qui explique qu'il attendit son lit de mort avant de réclamer le baptême, arien, Constantin se montra, dans le domaine social, d'un souci des humbles qui le conduisit à édicter une législation réellement chrétienne. Restaurateur de Rome, fondateur de Constantinople, et de Coutances, il protégea les arts et laissa, à sa mort en 337, un empire réunifié, stabilisé, christianisé. Cela mérite de célébrer cet anniversaire.
    Anne Bernet Action Française 2000 février - mars 2013
    ✓ John Scheid, Pouvoir et religion à Rome, Fayard Pluriel, 220 p., 8 € ; Christopher Bouix, La Véritable Histoire des Gracques, Les Belles Lettres, 180 p., 13,50 € ; Pierre Renucci, Claude, Perrin, 375 p., 23 € ; Karl Wilhelm Weeber, Fièvre électorale à Pompéi, Les Belles Lettres, 155 p., 13, 50 € ; Pierre Maraval, Constantin le Grand, Tallandier, 400 p., 23,90 €.

  • Entre Barrès et Maurras

    Dans la continuité de la chronique publiée dans notre précédent numéro, nous revenons sur l'œuvre de Maurice Barrès (1962-1923), et plus particulièrement sur l'influence qu'il exerça sur Charles Maurras.
    Bon et mauvais tons
    Maurras admirait Barrés, qui le lui rendait bien. Leur amitié fut profonde. Nous en sommes les bénéficiaires. On peut aller jusqu'à dire que nous restons débiteurs de Barrés en ce qu'il contribua à ramener notre principal maître politique des égarements anarchiques de sa prime jeunesse parisienne. On ne parle pas d'idées, mais d'attitude morale : « Je traversais alors, écrit Maurras, une petite crise qu'il est difficile de définir. La délicieuse brousse parisienne, les franchises sans limites de ce vaste désert d'hommes, le contact d'un certain nombre d'étudiants, de jeunes journalistes et de petits rapins, les uns mes compatriotes, les autres, amis de mon frère, avaient fini par me communiquer, pour quelques saisons, d'assez mauvaises habitudes de langage et de tenue, un débraillé de bru-talisme bohème qui permettait de me libérer des anciens plis de l'éducation... Jusqu'où cela est-il allé ? Je ne sais. Or, nous suivions, Barrés et moi, la pente des rues qui conduisent à Notre-Dame de Lorette. Soudain, il fit un mouvement, se redressa, le dos au mur et s'effaçant devant une dame qu'il ne connaissait évidemment pas : ni très jeune, ni très jolie, ni très élégante, une dame pourtant ! Mon compagnon faisait ce qu’on m’avait appris à faire, ce que j’avais toujours fait et que j’étais en train d’oublier.
    Ainsi le rappris-je instantanément. La fierté, la délicatesse et le goût que la personne de ce Barrés rayonnait, me ramenait vers le pays natal, et je lui en vouais ma reconnaissance secrète : c'en fut fini du mauvais ton pour lequel je m'étais encanaillé un peu de temps. » En somme, Barrés avait "réenraciné" Maurras... Ce texte en rappelle invinciblement un autre, justement célèbre, du Mont de Saturne (1950), où ce dernier use d'une métaphore que Barrés aurait certainement goûtée tant elle lui est consonante. Après avoir rapporté qu'il se refusa, d'un mouvement comme instinctif, à trahir par coucherie son ami, Denys Talon - c'est-à-dire Maurras - analyse : « Avez-vous vu danser un bouchon sur la vague ? L'affaire découvrait, non sans joyeux étonnement, que je n'étais pas le simple bouchon et valais au moins autant d'être comparé à ces carrés de liège auxquels sont suspendus nos filets de pêcheurs. Eux-aussi dansent sur le flot. Mais sur les hauts et bas de l'onde, d'invisibles petits cylindres de plomb leur sont liés de place en place pour sous-tendre tout le réseau. Où étaient mes lingots de plomb ? Et combien en avais-je ? Je l'ignorais, mais ils étaient bons. » Telles sont les vertus d'un véritable et salutaire "surmoi", caché mais agissant, que Barres et Maurras, avant freud - qui en faisait lui aussi une instance nécessaire - prêtaient à l’hérédité sociale.
    On remarquera que toute l'interprétation maurrassienne du "culte du moi" en découle : « Si la doctrine avait consisté à dire : Monsieur, madame, défendez à tout prix n'importe quel moi, elle eût été fausse, et la réponse indiquée eût été trop facile : le Moi de qui ? d'un imbécile, d'un méchant, d'un bas profiteur ? Il ne s'agissait que d'un Moi constitué par la suite historique des générations cultivées ; le Moi d'un Français normal. »
    Où la raison ne suffit pas
    Ces réflexions témoignent chez Maurras d'une part barrésienne peut-être plus importante qu'on l'imagine, si l'on prête attention au fait que ce Moi hérité et instinctif ne réagit pas en vertu d'un quelconque système d'idées. Or l'on sait que Barrés était aussi doué pour les idées que sceptique quant à leur efficace, tandis que Maurras demeura toujours une sorte de "rationaliste" impénitent. Maurras refusait notamment l'idée que « les chemins de la pensée puissent dépendre de ce qui les fraye », ce qui ne gênait pas Barrés, pourvu que ces derniers fussent bons et et les siens.
    Cette leçon barrésienne, ici épousée par Maurras, doit sans doute être retenue : notre cause a peut-être davantage besoin de personnes saines en profondeur, parce que lestées du « plomb » des bonnes mœurs mystérieusement héritées et de l'or de la tradition catholique civilisatrice que de doctrinaires et de fins dialecticiens. Peut-être s'agit-il moins aujourd'hui d'avoir seulement "raison", ce qui est bien sûr essentiel, que de commencer à éprouver une aversion instinctive pour tout ce qui détruit la société, et d'abord la nôtre, et avilit l'homme, et d'abord notre compatriote.
    Francis Venant Action Française 2000 de février-mars 2013
    Une erreur de composition s'est glissée dans notre numéro précédent : en page 14, dans l'article « Lire (ou relire) Maurice Barrés » (dont la suite est publiée ci-dessus), les deux derniers paragraphes constituaient une citation ; ces lignes étaient bien de Maurras comme l’auront remarqué nos lecteurs les plus familiers de son oeuvre.

  • Loi d’amnistie des délits (màj) Les syndicalistes auteurs de détournements de fonds bientôt amnistiés ?

    Une proposition de loi, adoptée par les sénateurs, prévoit d’amnistier les syndicalistes qui s’adonnent à des détournements de fonds, du recel ou même des abus de confiance.

    « Ce texte pourrait permettre aux élus du CE de la SNCF et d’EDF-GDF actuellement devant la justice pour malversations de s’en tirer sans condamnation« , prévient Pierre-Edouard du Cray, de l’association Sauvegarde Retraites.

    [...] De quoi s’agit-il ? « Des destructions et dégradations matérielles commises au cours des mouvements sociaux, sachant que ce livre III est aussi beaucoup plus exhaustif et fait explicitement référence à tous les délits financiers : vols, détournements, abus de confiance, recel…« , relève Pierre-Edouard du Cray, de l’association Sauvegarde Retraites.

    Or, la justice pénale doit justement se prononcer sur de tels délits dans au moins 2 dossiers brûlants. Le premier intéresse le comité d’entreprise d’EDF-GDF et sa Caisse centrale des activités sociales (CCAS) .

    L’instruction, qui a duré 8 ans, a renvoyé en correctionnelle des structures et des proches du PCF et de la CGT pour des détournements massifs.

    Une autre affaire concerne le détournement supposé de fonds du comité d’établissement régional de la SNCF à Lyon au profit des organisations syndicales. [...].

    Les syndicalistes qui se retrouveraient là aussi devant un tribunal, pourraient dès lors bénéficier de la loi d’amnistie.

    Capital

    A relire: (2002) Tollé à gauche sur le débat lancé par l’UMP sur l’amnistie des délits politico-financiers  (Article du Parisien: 06.07.2002, ici)

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    Le Sénat a adopté mercredi une proposition de loi communiste d’amnistie des délits et sanctions pour des faits commis lors de mouvements sociaux. « Il s’agit, ici, de faire œuvre de justice » a déclaré la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Le texte doit maintenant être adopté à l’Assemblée.

    (…) RMC.fr

    http://www.fdesouche.com

  • FNJ : « Viens dire à Najat que le premier droit d’une fille c’est la sécurité »

    Manifestation du FNJ à Paris :


  • Les valeurs chrétiennes sont partout !

    À en croire un ancien numéro de votre revue, Éléments, si le catholicisme du XXe siècle a vidé les églises, au moins aura-t-il empli les idées, notre monde étant constitué d’idées chrétiennes, non point devenues « folles », pour reprendre l’expression de G.K. Chesterton, mais « laïcisées ». Le diagnostic tient-il toujours la route ?

    Il a en tout cas été porté de longue date. L’avènement de la modernité se confond avec un mouvement de sécularisation qui doit s’envisager de façon dialectique. D’un côté, la religion perd sa place sociale et son rôle politique, désormais rabattu sur la sphère privée. De l’autre, les valeurs et les concepts chrétiens ne disparaissent pas ; ils sont seulement retranscrits en un langage profane. C’est en ce sens que la modernité reste tributaire de la religion. Le très catholique Carl Schmitt affirmait que « tous les concepts prégnants de la théorie moderne de l’État sont des concepts théologique sécularisés ». Il faisait lui-même un parallèle entre monarchie et monothéisme, entre déisme et constitutionnalisme (« Le Dieu tout-puissant est devenu le législateur omnipotent »). Karl Löwith et bien d’autres ont montré, de leur côté, que l’idéologie du progrès reprend la conception linéaire et finalisée de la temporalité historique qui, dans le christianisme, a remplacé la vision cyclique des Grecs : le bonheur remplace le salut, le futur se substitue à l’au-delà. L’idéologie des droits de l’homme tire pareillement son origine de l’idée chrétienne d’une égale dignité de tous les hommes, membres d’une famille unique. Les notions mêmes de sécularité et de laïcité appartiennent à la terminologie chrétienne. C’est la raison pour laquelle Marcel Gauchet a pu définir le christianisme comme la « religion de la sortie de la religion ».

    Vous n’êtes pas spécialement connu pour hanter les églises, mais, à titre personnel, que vous inspire le pontificat de Benoît XVI ?

    Benoît XVI a été dans son rôle. Il a beaucoup fait pour rapprocher les chrétiens des juifs. Il a dénoncé le « fondamentalisme islamique », sans préciser toutefois que ce sont surtout les musulmans qui en sont les victimes. Avec le motu proprio qui a réhabilité la messe traditionnelle, il a tenté sans grand succès de ramener les traditionalistes dans le giron de l’Église. Pour le reste, il est toujours comique de voir les médias lui reprocher de n’avoir pas été plus « en phase avec son époque », comme si la doctrine de l’Église (à laquelle nul n’est obligé d’adhérer) était une sorte de programme politique qu’on pourrait infléchir au gré des circonstances. Il est curieux également qu’aucun de ceux qui le présentent comme un « conservateur », que ce soit pour s’en féliciter ou pour le déplorer, n’ait rappelé que dans l’encyclique Caritas in veritate (2009), il s’était explicitement prononcé pour l’instauration d’un gouvernement mondial : « Il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité mondiale, telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII […] Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation. » (§ 67)

    En 2013, une chrétienté bousculée par l’islam et, surtout, par un monde de plus en plus sécularisé, a-t-elle quelque chose à apporter à une humanité tendant à perdre le sens du sacré ?

    Je fais partie de ceux qui pensent que le sens du sacré ne se perd jamais totalement : la production d’une individualité collective est déjà de nature religieuse. Même sur le plan politique, le sacré est une composante inéliminable du pouvoir dans la mesure où le pouvoir met en jeu le problème de la vie et de la mort. Toute époque a ses zones de sacré. Pour savoir ce qui est aujourd’hui sacré, cherchez ce qui est tabou. La chrétienté, qui n’a pas le monopole du sacré, est aujourd’hui menacée par l’individualisation et, surtout, la privatisation de la foi. Pour retrouver une visibilité publique et en finir avec la relégation du fait religieux dans la sphère de la conscience privée, l’Église s’appuie sur l’émergence de la « société civile ». On l’a bien vu avec la mobilisation des familles catholiques contre le mariage gay. Pour continuer d’avoir un impact sur une société sécularisée, l’Église se pose en autorité morale, en experte ès affaires humaines, voire en marqueur identitaire. Cela n’empêche pas qu’il n’y a plus que 5 % de pratiquants en France et que l’âge moyen des prêtres est de 75 ans. On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là quelque chose qui touche à sa fin.

    Interview réalisée par Nicolas Gauthier.http://www.voxnr.com/

  • UN SYSTÈME IDÉAL ? École et conservatismes syndicaux

    Faut-il importer un modèle étranger ? Sachons raison garder, cela n’empêche pas de réfléchir à une profonde transformation du système scolaire.
    Dans l’édition du 13 septembre du journal Le Parisien, une page est consacrée à l’école idéale en Europe et la question « Par quel dispositif éducatif européen êtes-vous séduit ? » est posée à quelques lecteurs attirés par des exemples étrangers qui ne sont pas vraiment, en leur forme actuelle, transposables dans notre pays.
    C’est ce que dit avec beaucoup d’à-propos un autre lecteur, dont je me permets de citer ici les remarques pertinentes : « Évitons d’appliquer les méthodes des autres pays. Chacun sa culture et son histoire. Commençons d’abord par revaloriser le métier d’enseignant, cela me semble primordial. Ce n’est pas un métier comme les autres, c’est une vocation. Il faudrait donner les moyens aux professeurs d’accompagner les élèves d’une façon plus individualisée pour éviter l’échec scolaire. »
    Revaloriser le métier
    Effectivement, revaloriser le métier d’enseignant, pas forcément en augmentant les salaires (même si cela peut être utile) mais d’abord en redonnant du crédit aux professeurs, à leur rôle dans la société et en les soutenant, concrètement et non par de grands discours pontifiants, dans leur travail quotidien, voilà ce qui est nécessaire. Il s’agit aussi de redonner confiance à des enseignants qui se sentent, aujourd’hui, mal aimés par la population ou, en tout cas, incompris, à tort ou à raison.
    Remodelage
    En fait, dans le corps enseignant, il y a, comme dans toute profession, des qualités et quelques incompétences qui nuisent à la crédibilité et à la réputation de l’enseignement. Mais il y a aussi des structures qui, dans l’état actuel des choses, ne répondent plus exactement aux nécessités de la société et à ses envies, ce qui peut expliquer des incompréhensions mutuelles entre enseignants et enseignés, entre autres. Faut-il pour autant tout détruire ou céder aux modes de la "facilité" ? Sachons raison garder, cela n’empêche pas de réfléchir à une profonde transformation du système scolaire.
    Un véritable remodelage du système éducatif est possible, mais il est de multiples "conservatismes" à surmonter, et ils ne sont pas là où l’on croit : ces dernières années, les principaux syndicats ont eu tendance à dire "non" là où il aurait été possible de dire "oui" et se sont tus quand il aurait fallu s’opposer fermement...
    Ainsi, sur le problème des remplacements temporaires des collègues par d’autres professeurs du même établissement, qui est plutôt une bonne mesure à partir du moment où cela repose sur le volontariat enseignant et si cela ne porte que sur des périodes limitées. J’ai fait cette expérience l’an dernier, durant deux mois, avec quatre autres collègues : cela a permis à six classes de collège (soit environ 170 élèves) d’avoir cours d’histoire-géographie alors que, si nous n’avions pas proposé de faire cours en remplacement d’un professeur qui n’aurait pu être remplacé autrement (faute de personnels disponibles, selon le rectorat), ces classes n’auraient pas eu d’enseignement de ces matières d’avril à juin… On imagine ce qu’aurait été, à juste titre, la colère (vaine) des parents d’élèves.
    De plus, le fait que des professeurs de lycée enseignaient devant des élèves de collège a été très instructif pour nous et nous a permis de reprendre contact avec d’autres réalités que celles que nous connaissons dans nos classes de lycée, en général de bon niveau. Dernier point, d’ordre matériel : les heures supplémentaires ainsi effectuées nous ont permis de gagner quelques sous supplémentaires, ce qui n’est jamais totalement négligeable...
    Or, cette mesure de remplacement temporaire a été très critiquée, lors de sa mise en place il y a quelques années, par les principaux syndicats enseignants, ce qui apparaît désormais comme une erreur, voire comme une faute car cela semblait montrer un refus d’"en faire plus" et de rendre service (rémunéré) aux élèves…
    Le gâchis
    C’est ce genre de refus syndical enseignant qui a participé au discrédit du corps professoral dans l’opinion et qui, désormais, fait que plus personne dans la société n’écoute les enseignants ni ne cherche à comprendre leurs raisons, même (et surtout...) quand elles sont justes. Quel gâchis ! C’est d’ailleurs pour cela que la prochaine "journée d’action" des syndicats enseignants tombe à plat dans l’actualité, suscitant des "encore !" agacés parmi les parents d’élèves et les salariés... Il y aura d’autres moments où il sera nécessaire de parler haut et fort et, surtout, de se faire entendre... Mais ce ne sont pas les syndicats qui en donneront le signal.
    J.-PH. C. L’Action Française 2000 du 18 septembre au 1 er octobre 2008
    * http://jpchauvin.typepad.fr/