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  • Lettre de l'acteur Gérard Depardieu aux médias russes

    Lettre de l'acteur Gérard Depardieu aux médias russes Oui j'ai fait cette demande de passeport et j'ai le plaisir qu'elle ait été acceptée.
    J'adore votre pays la Russie, ses hommes, son histoire, ses écrivains.
    J'aime y faire des films où j'aime tourner avec vos acteurs comme Vladimir Mashkov.
    J'adore votre culture, votre intelligence.
    Mon père était un communiste de l'époque, il écoutait Radio Moscou ! C'est aussi cela ma culture.
    En Russie il y fait bon vivre. Pas forcément à Moscou qui est une mégapole trop grande pour moi.
    Je préfère la campagne, et je connais des endroits merveilleux en Russie.
    Par exemple, il y a un endroit que j'aime, où se trouve le Gosfilmofond dirigé par mon ami Nikolai Borodachev.
    Au bord des forêts de bouleaux, je m'y sens bien.
    Et je vais apprendre le russe.
    J'en ai même parlé à mon Président, François Hollande. Je lui ai dit tout cela.
    Il sait que j'aime beaucoup votre Président Vladimir Poutine et que c'est réciproque.
    Et je lui ai dit que la Russie était une grande démocratie, et que ce n'était pas un pays où un premier ministre traitait un citoyen de minable.
    J'aime bien la presse, mais c'est aussi très ennuyeux, car il y a trop souvent une pensée unique.
    Par respect pour votre président, et pour votre grand pays, je n'ai donc rien à ajouter.
    Si je veux ajouter encore sur la Russie, une prose qui me vient à l'esprit.......
    Que dans un pays aussi grand on n'est jamais seul,
    Car chaque arbre, chaque paysage portent en nous un espoir.
    Il n'y a pas de mesquinerie en Russie, il n'y a que des grands sentiments.
    Et derrière ces sentiments beaucoup de pudeur.
    Dans votre immensité, je ne me sens jamais seul, Slova Rossii !!

    Géraud Escorailles http://www.voxnr.com

  • La légende d'Ungern, le dernier général Blanc

    Wrangel (célèbre général de l'armée blanche, commandant en chef des armées du Sud), qui l'eut sous ses ordres durant la Guerre mondiale, a dit de lui : « Les hommes de sa trempe sont inappréciables en temps de guerre et impossibles en temps de paix ». Pour le baron Ungern, c'est toujours la guerre. Cadet du tsar, mercenaire en Mongolie, officier de cosaques en compagnie du futur ataman (chef des cosaques) Séménov en 1914, petit, malingre, il possède une santé de fer et une énergie farouche, mais son style n'est pas celui d'un officier traditionnel. « Débraillé, sale — dit Wrangel —, il dort sur le plancher parmi les cosaques, mange à la gamelle. Des contrastes singuliers se rencontraient en lui : un esprit original, perspicace, et, en même temps, un manque étonnant de culture, un horizon borné à l'extrême, une timidité sauvage, une furie sans frein, une prodigalité sans bornes et un manque de besoins exceptionnel ».

    Avec un tel tempérament, une belle carrière s'offrait à lui dans la première Armée rouge. Pourtant, quelque chose l'a retenu. Le hasard peut-être. À moins que ce ne soit son indépendance, rebelle à tout carcan. […] De surcroît, contrairement à un Toukhatchevski (bien qu'étant issu d'une famille noble, ce militaire a adhéré au parti bolchévique), Ungern n'est pas en révolte contre sa caste. Il est crasseux et débraillé, mais il tient à son titre de baron. C'est d'ailleurs ainsi que ses hommes l'appellent « le baron ». Ce marginal est une bête de guerre, ennemi des conventions, mais fidèle à lui-même et à son passé. Son biographe, Jean Mabire, place dans sa bouche ces paroles qui résument son choix : « Le désespoir est aussi menteur que l'espérance. Il n'y qu'une chose qui compte : devenir ce que l'on est et faire ce que l'on doit ».

    Cet homme porte au front le signe de la légende, Wrangel l'avait noté : « C'est un véritable héros de romans de Mayne-Reid ». Mais avant de devenir un héros de fictions et même de bandes dessinées, il avait inspiré plus d'une histoire folle que l'on colportait déjà sur lui, en Sibérie ou en Mandchourie, au temps de ses aventures.

    « Il arrivait au baron Unger-Stenberg de faire boire ses officiers et d'abattre ceux qui, ne pouvant supporter la même dose d'alcool que lui, tombaient ivres », rapporte le Dr Georges Montandon, à l'époque sympathisant bolchévique et délégué de la Croix-Rouge française en Sibérie. Fable qui valut au médecin-mémorialiste une cinglante réplique d'un correspondant de guerre français, présent en Sibérie à la même époque :

    « À moins que M. Montandon, per impossibile, ne nous donne des preuves irréfutables de ce qu'il avance, je matiens qu'il a enregistré ici, comme d'ailleurs si souvent dans son livre, une des ridicules inventions qu'on colportait en Sibérie. Quiconque a fréquenté les milieux des officiers gardes blanches en Sibérie en conviendra. Ceux-ci se conduisent souvent envers les civils avec un scandaleux manque de scrupules, mais leurs relations mutuelles étaient généralement empreintes de camaraderie et même d'honneur. Ce trait leur est d'ailleurs commun avec les pires bandes blanches de brigands. Quand, en décembre 1919, Séménov fit éxécuter, pour la première fois, quelques officiers pour indiscipline, la surprise et la fureur furent générales. Plusieurs Séménovsty me dirent "que l’ataman devait prendre garde, et qu'on pourrait bien lui préférer un chef plus important et qui, en toutes circonstances, protégeait ses subordonnés". Ce fut von Ungern-Sternberg, officier d'ancien régime, brave, dur, mais équitable envers ses troupes. Et c'est de ce général, vivant parmis ses officiers, partageant avec eux les mœurs et habitudes héritées de l'ancien régime, que M. Montandon veut nous faire croire qu'il a pu impunément tuer des camarades pour la seule raison d'avoir succombé à l'ivresse, c'est-à-dire pour une faiblesse que tous ces officiers étaient habitués à considérer plutôt comme la conclusion naturelle d'une orgie, que comme une inconvenance ? »

    Un tempérament frugal et aventureux

    Roman Feodorovitch von Ungern-Sternberg est né, pense-t-on, à Reval, en Estonie, le 29 décembre 1885, dans l'une des 4 familles baltes que l'on appelait les « Quatre de la Main réunie », les Ungern, les Uxkull, les Tisenhausen et les Rosen. Le nom des Ungern remonte au moins au XIIIe siècle quand les chevaliers teutoniques viennent se fixer en Courlande. Un des généraux de la Grande Catherine était un Ungern-Sternberg. Beaucoup d'autres hommes de guerre ont illustré cette lignée.

    Accepté au corps des Cadets de Saint-Pétersbourg en 1903, le jeune Roman veut s'engager quand éclate l'année suivante la guerre de Mandchourie (nom d'un vaste territoire au nord-est de l'Asie, dont la plus vaste extension couvre le nord-est de la Chine et l'est de la Russie sur l'océan Pacifique) au Japon. Le règlement des Cadets l'interdit, mais il se fait exclure et peut ainsi se joindre au 91e Régiment d'infanterie. Il découvre l'excitation d'une guerre qui n'est pourtant ni fraîche ni joyeuse. Il découvre aussi les sortilèges de l'Asie. Il ne cessera plus d'en rêver. Admis à l'École d'officiers d'infanterie Paul Ier, il en sort en 1909 avec son brevet en poche. Il s'ennuie en garnison, part en Sibérie avec un régiment de cosaques, se querelle après avoir bu avec un autre officier, ce qui lui vaut un coup de sabre sur la tête. Les mauvaises langues disent qu'il ne s'en est jamais tout à fait remis.

    Voulant retourner en Russie, il se décide à faire le trajet Vladivostock-Kharbine à cheval. Il plaque son régiment, se met en selle, siffle son chien et part, un fusil de chasse pour tout bagage. Se nourrissant du produit de la chasse, couchant à la belle étoile, il met une année entière pour parvenir à Kharbine. Autant dire qu'il a pris le chemin des écoliers aventureux. Sur place, il apprend qu'une guerre a éclaté entre les Chinois et les Mongols. Il remonte à cheval, pénètre en Mongolie et offre ses services. « Et le voilà chef de toute la cavalerie mongole ». C'est du moins ce qu'assure Wrangel dans son portrait coloré du baron, ce qui semble fort douteux.

    En 1913, Ungern est bien en Mongolie, mais pas en qualité de chef de la cavalerie. Il loue ses services à un ethnologue russe, Burdukov, qui parle de lui dans ses souvenirs : « Il avait le regard glacé d'un maniaque ». Peut-être, mais quel talent pour se retrouver dans les dangers de la steppe ! Partant d'Ourga (auj. Oulan-Bator), ils ont voyagé à cheval toute la nuit. Leur guide les égare. Ungern commence par le roser à coups de fouet, puis il prend la tête de la colonne pour traverser le marais. Avec une adresse incroyable, il repère dans l'obscurité un passage permettant aux chevaux d'avancer. Ayant atteint l'autre rive, Ungern hume l'air à la manière d'un chien de chasse. Un peu plus tard, humant toujours, il parvient à un campement de nomades qui leur donnent l'hospitalité.

    Vient la guerre mondiale. Il rejoint le régiment Nertchinsk des cosaques de l'Oussouri, que commandera Wrangel en 1916. Il y fait la connaissance de Séménov, un peu plus jeune que lui. Plusieurs fois blessé, décoré de la croix de Saint-Georges, il est, à la fin de 1914, capitaine en premier et commande un escadron.

    En 1917, le régiment se trouve en Transbaïkalie (région montagneuse à l'est du lac Baïkal). Il y est surpris par la révolution d'Octobre. Séménov prend le maquis en Mandchourie avec une partie de ses cosaques. Ungern le suit comme chef d'état-major. La grande aventure commence. Raids sur Mandchouria d'où sont chassés les bolchéviks, coup de main sur Karinskaïa, création du « gouvernement provisoire de Transbaïkalie » à Tchita. Soutien discret mais très efficace des Japonais, nous avons déjà raconté cela.

    Division de cavalerie asiatique et Grande Mongolie

    Le 28 février 1919, Ungern participe à une conférence entre les atamans cosaques, les Japonais, des autonomistes bouriates et des nationalistes mongols. Dans les fumées de la vodka, l'idée est lancée de créer une Grande Mongolie, du lac Baïkal au Tibet. S'intéressant à cette idée qui pouvait permettre de contrer l'influence chinoise, les Japonais vont lui apporter leur soutien. Un illustre bouddha de Mongolie inférieure est mis à la tête de l'État en création et Ungern est nommé chef de la « Division de cavalerie asiatique ».

    Le gouvernement de Pékin et celui de l'amiral Koltchak (chef suprême des armées blanches de novembre 1918 à sa mort en 1920, qui instaura un gouvernement militaire en Sibérie) sont hostiles à cette initiative et font pression sur le bogd (prince royal) d'Ourga qui finit par se récuser. En novembre 1919, un seigneur de la guerre chinois, le général Hsü, arrivé à Ourga avec 10.000 hommes comme « pacificateur de la Mongolie ». Il abolit l'autonomie mongole et signifie aux indigènes qu'ils sont désormais soumis à l'autorité de Pékin. Ce coup de force déchaîne par réaction un grand mouvement de nationalisme mongol. Quelques jeunes gens dirigés par un certain Soukhé Bator, qui ont constitué une société secrète, prennent contact avec les bolchéviks qui les assurent de leur appui.

    Entre-temps, la Sibérie blanche de l'amiral Koltchak s'est effondrée sous les coups de l'armée rouge et de ses propres contradictions. Ignominieusement abandonné par les Alliés (principalement les Français et les Britanniques), l'amiral est fusillé le 7 février 1920. Les rescapés de son armée se sont dispersés en Mandchourie. Certains rejoindront Vladivostok et l'Europe, d'autres resteront en Mandchourie et iront même en Chine. Quelques-uns se joindront aux bandes de Séménov.

    Placée sous l'attention vigilante des Japonais, la Transbaïkalie échappe en partie à l'autorité de Moscou qui accepte en avril 1920 la création d'un « État-tampon », la République d'extrême-Orient. Les Japonais tentent de mettre Séménov à sa tête. Mais les partisans rouges qui forment des bandes puissantes passent à l'offensive. L’ataman est contraint de fuir Tchita vers la Mandchourie à l'automne 1920.

    C'est à ce moment qu'Ungern, prévoyant que son camarade ne pourra tenir face aux Rouges, a pris le parti de s'enfoncer en direction de la Mongolie à la tête de ses troupes personnelles, cette « Division de cavalerie asiatique » initialement créée avec l'appui des Japonais. On lui impute d'avoir exterminé en cours de route la population de plusieurs villages réputés "rouges". Mais les confins de la Sibérie, à cette époque, ne sont pas à un massacre près. En mars 1920, par exemple, la garnison japonaise de Nikolaevsk, à l'embouchure de l'Amour, et une bonne partie des civils ont été massacrés par les partisans rouges. Il y eut 700 morts parmi les Japonais et plus de 6.000 hommes, femmes et enfants parmi les civils, abattus sur ordre de Triapitsyne, le chef des partisans.

    « L'un de ses ordres prescrivait de tuer tout les enfants de plus de cinq ans, qui, autrement, pourraient garder des souvenirs et nourrir des idées de vengeance. Le chef d'état-major de Triapitsyne, qui était aussi sa maîtresse, Nina Lebedeva, une communiste de 25 ans, était censée veiller à ce que les partisans de Nikolaevsk agissent conformément à la politique soviétique ; caracolant sur son cheval, armée jusqu'aux dents et généralement habillée de cuir rouge, c'était un personnage de mélodrame. Quand une expédition punitive japonaise apparut sur les lieux, Triapitsyne rasa Nikolaevsk et se retira à l'intérieur du pays, où ses partisans, écœurés, bien qu'un peu tard, par ses cruautés, l'arrêtèrent. Lui, Nina et quelques-uns de ses acolytes les plus vils furent exécutés, après un jugement sommaire ».

    Dès qu'ils apprennent qu'Ungern est entré en Mongolie, les bolchéviks accentuent leur soutien aux jeunes révolutionnaires mongols de Soukhé Bator (le « petit Staline ») qui reçoivent une instruction politique et militaire à Irkoutsk. Ils seront bientôt envoyés à la frontière mongole avec des armes et des conseillers soviétiques.

    Ungern lui-même est accueilli en libérateur. De nombreux princes mongols voient en lui celui qui peut libérer le pays de l'occupation chinoise. L'un d'eux, Tsevenn devient même le commandant en chef des troupes mongoles d'Ungern. Celui-ci semble être partout. On signale sa présence simultanément en plusieurs points éloignés du territoire.

    À la fin du mois d'octobre 1920, il lance une première offensive sur Ourga pour en chasser les Chinois. Il dispose alors, semble-t-il, de 2.000 hommes de toutes origines, dont 800 cosaques. Les forces chinoises sont cinq fois plus nombreuses et l'attaque est repoussée. Mettant l'hiver à profit pour renforcer ses troupes, il s'empare aussi de la personne du bogd, par un coup d'audace, et l'emmène sous bonne escorte au monastère de la Montagne Sacrée.

    La deuxième offensive d'Ungern, en janvier 1921, prend les Chinois par surprise. Après quelques jours de combat, Ourga est prise le 2 février dans une orgie de sang. Tout ceux qui sont soupçonnés de sympathie bolchéviques sont exécutés. Le baron rétablit le bogd sur son trône, et se fait accorder les pleins pouvoirs. D'autorité, il recrute les Russes antibolchéviques réfugiés à Ourga dans son armée. Un peu inquiet des débordements de son protecteur, le bogd finira par demander à Pékin d'être libéré du « baron fou ».

    Mort du dernier général Blanc

    De leur côté, les bolchéviks tentent d'obtenir une intervention chinoise contre Ungern. Un rapport du capitaine japonais Sassaki explique l'inquiétude des bolchéviks :

    « Bien que les troupes d'Ungern soient insuffisantes pour renverser la République d'extrême-Orient, leur présence obligerait cette dernière à déployer constamment toute son armée le long de la frontière mongole. Par ailleurs, si un important mouvement antibolchévique venait à naître en Extrême-Orient, Ungern, avec ses troupes, pourrait créer la secousse initiale qui préluderait à l'écroulement de la République et à l'ébranlement des fondations de la Russie soviétique ».

    C'est bien ce que craignent Lénine et les dirigeants bolchéviques qui décident d'intervenir en force. Au printemps 1921, les partisans de Soukhé Bator sont moins de 500. C'est suffisant pour s'emparer de Khiagt, une bourgade où ils fondent aussitôt un « gouvernement populaire provisoire de Mongolie ». Suivant un schéma déjà utilisé plusieurs fois en Ukraine et dans les Pays Baltes, ce "gouvernement" fait appel au grand frère soviétique qui expédie ses forces armées sous une apparence légale.

    Le 21 mai, Ungern quitte Ourga à la tête de son armée. Son intention est de passer à l'offensive vers le nord en direction de la Transbaïkalie. Il escompte un soulèvement antibolchévique dans l'Oussouri. On signale en effet plusieurs guérillas antibolchéviques dans les provinces maritimes. L'armée réunie par Ungern compte semble-t-il 10.000 hommes. Se lancer à l'assaut de la Sibérie rouge avec une telle force relève pour le moins de la témérité.

    Le 12 juin, Ungern attaque Troitskosavsk que défendent des troupes soviétiques beaucoup plus nombreuses. À la suite d'une journée indécise, le baron se replie en Mongolie, ayant essuyé de lourdes pertes. Les troupes soviétiques pénètrent en Mongolie pour lui faire la chasse. L'armée rouge d'Extrême-Orient compte 78.000 hommes. Les troupes d'intervention sont commandées par Rokossovski, un excellent chef militaire. Ungern disperse ses troupes en petits détachements et fait le vide devant l'envahisseur, ne cherchant pas à défendre Ourga qui occupée par l'armée rouge le 11 juillet. Par un vaste mouvement tournant, il vient attaquer les arrières des Rouges. Le 24 juillet, il pénètre en territoire soviétique. Ayant subi un nouveau revers en aôut, il se retire vers le sud, échappant par miracle à l'encerclement, pendant que ses poursuivants s'entretuent…

    Il reste insaisissable, toujours bouillonnant d'idées. Mais son escorte est fourbue. Ses hommes sont démoralisés. Une nuit, ses propres cosaques attaquent sa tente. Profitant de l'obscurité, il saute sur un cheval et parvient à fuir. Cette fois, il est seul, ce qui ne l'effraie pas. Il en a vu d'autres. D'ailleurs les Rouges ont perdu sa trace.

    Un prince mongol, Sundui, qui lui est resté apparemment fidèle, le rejoint. Le baron est toujours sur ses gardes, la main sur le révolver. Un jour, profitant d'un instant de distraction, les hommes de Sundui le jettent à bas de son cheval et parviennent à le ligoter. Peu après, Sundui le livrera à Rokossovski.

    Sous bonne garde, Ungern est conduit à Novonikolaïevsk (future Novossibirsk). Condamné d'avance (1), il est fusillé le 17 septembre 1921. Ainsi disparaît le dernier général blanc, ce « baron fou » qui croyait à un axe entre l'Extrême-Orient et l'Extrême-Occident. Ce qui montre que, dans sa "folie", l'audacieux baron était en avance sur son temps.

    ► Dominique Venner, extrait de : Les Blancs et les Rouges : histoire de la guerre civile russe, 1917-1921, Pygmalion, 1997, p. 314-320.  

    Notes :

    1. Au cours de la séance du Politburo du 27 août 1921, Lénine fit une proposition aussitôt acceptée : « Mener un procès public à une vitesse maximum et le fusiller aussitôt »
  • Une jeunesse militante...

    Je n’ai que deux souvenirs de Mai 68 : l’image aperçue à la télévision (en noir et blanc) d’une façade d’immeuble léchée par les flammes d’une barricade en feu et un barrage de manifestants à la sortie de Dinan, devant une usine sans doute occupée, qui tapaient joyeusement sur le capot de la R16 familiale avec le plat de la main… Mais les années qui suivirent furent celles de mon ébauche de réflexion politique puis de mon engagement militant, d’abord hésitant et surtout anticommuniste (le communisme était encore, à l’époque, une opinion courante…), puis enfin royaliste, définitivement, à partir de l’été 19

    Le film « Après Mai », sur les écrans depuis quelques jours et qui retrace le parcours de quelques lycéens gauchistes au début des années 70, ne m’a pas vraiment surpris et je l’ai vu comme un bon résumé du parcours de nombreux jeunes engagés politiquement, qu’ils soient, d’ailleurs, d’extrême-gauche ou d’autres obédiences ! Oui, notre jeunesse fut « folle », et militante, éminemment « intellectuelle et violente » selon la formule de Maurras, en fait passionnée, dirait-on aujourd'hui ! Quand Olivier Assayas, l’auteur du film, était mao ou je ne sais quoi, j'étais tout aussi révolutionnaire, mais nationaliste et royaliste, et nous, nous aussi, de l’autre côté de la barricade, voulions changer le monde, mais aussi restaurer la monarchie, sauver la France dont, comme l'écrivait Bernanos, le monde avait besoin... Nous couvrions les murs de slogans, de fleurs de lys : en une nuit du printemps 84, nous avons usé 17 bombes de peinture ! Certains de nos slogans couvraient une cinquantaine de mètres de mur, à Villejean ou à Beaulieu, à Sciences éco., place Hoche (déjà !) ! Nous sautions par dessus les murs des lycées (Jean-Macé, Chateaubriand, et j’en oublie !) et des facs, affirmant en lettres gigantesques que « Marianne n’aime personne mais elle b... tout le monde » ou déclarant, dans un style très doctrinal « Pour l’auto-organisation des peuples de France sous l’arbitrage d’un exécutif héréditaire et successible : le Roi ! » (si, si, je l’ai écrit !), nous élevions des barricades rue d'Estrées un soir de mai 83 et nous passions notre temps à courir, à crier, à haranguer, parfois à nous battre pour protéger « notre » point de vente, sur le marché des Lices ou place de la Mairie... Ça ne s'arrêtait jamais, nous tenions meeting à la Maison du Champ de Mars ou nous faisions des manifestations (y compris de nuit) en criant « Monarchie populaire », nous affichions sur les grandes baies vitrées de Villejean parfois toutes les nuits ! Chaque soir ou presque, j’écrivais un nouveau texte de tract que je photocopiais le lendemain matin avant de l’afficher sur les panneaux de la Fac de Droit ou dans les couloirs de celle d’Histoire, ou que nous distribuions sur les tables du Restaurant Universitaire de Villejean avant que les étudiants ne s’installent pour manger ! Lors des grèves ou des Assemblées générales étudiantes, nous prenions la parole, parfois sous les huées et les insultes, mais j’avoue que je n’avais pas du tout peur, grisé par cette ambiance électrique et houleuse dans laquelle je me sentais vivre pour convaincre autrui ! C'était fou, et c'était bon ! Et on clamait « vive le roi » sur le marché des Lices quand les « autres » nous chargeaient, à dix contre un ! Il m’est arrivé de me retrouver ensanglanté, le nez sur le trottoir… Oui, c'était notre jeunesse, et c'était les plus belles années de ma vie : cela valait le coup de vivre cette folle jeunesse militante, j'en ai encore des souvenirs plein la tête et, surtout, plein le coeur... 

    Il me faudra écrire, un jour, sur ces années militantes, principalement rennaises, et qui m’ont fait ce que je suis et ce que je suis resté, envers et contre tout, même si les formes ont parfois changé et que les enjeux ne sont plus forcément les mêmes.

    Les années ont passé… Le roi n’est pas là, c’est vrai, et il tarde à venir, mais, plus que jamais, le combat royaliste me semble opportun, parfois sur des chantiers idéologiques nouveaux, en appliquant aussi la formule maurrassienne de « la tradition critique », nécessaire pour éviter les erreurs, voire les errements d’une autre époque qui ont tant coûté au royalisme français, parfois à son honneur, souvent à sa crédibilité et à son efficacité…

    Ce qui est certain, c’est que c’est bien au contact des autres, les tracts à la main ou lors des débats dans la rue ou sur la Toile, que le royalisme est visible, et qu’il a des chances de prouver qu’il est crédible : la recherche intellectuelle et l’attention portée aux enjeux de notre temps ; la discussion argumentée avec autrui, sympathisant, adversaire ou simple curieux ; l’action militante « par tous les moyens même légaux », sont nécessaires pour faire advenir cette monarchie qui n’est pas un « sceptre magique » mais le moyen institutionnel « le moins mauvais » pour assurer la pérennité de notre Etat et de la France comme nation historique et éminemment politique. Difficile ? Lointaine ? Sans doute…

    Mais, au moins, la faire connaître et la rendre possible, et, si ce n’est pour nous, pour les générations à venir qui pourraient bien, d’ailleurs, retrouver l’élan et l’ardeur de « notre jeunesse », celle qui ne m’a, en définitive, jamais quitté…

    http://jpchauvin.typepad.fr/

  • Au ridicule nul n'est tenu !

    La charnière du nouvel an grince pour le gouvernement français. Après la paire de claques du Conseil constitutionnel qui a fait marrer la Planète - la simple idée de taxer à 75% les revenus dépassant un million de dollars (c'est ce qui fut retenu de la loi à l'étranger) frisait le grotesque marxiste, tendance Groucho. Sur ces entrefaites, le Csar de toutes les Russies prend un oukaze de naturalisation d'Obélix Depardieu, son pote à lui, une façon tudesque d'envoyer ch... le Muet du Quai sur les affaires en cours, Syrie d'abord. La mèche lente du complot international avait fusé quand apparut sur les planches de la soirée Miss France, célébrant l'éternelle beauté française, le parrain des fuyards fiscaux fêté comme un messie ; Alain Delon réapparaissant à la soirée de la Saint-Sylvestre chez le délicat Patrick Sébastien en protecteur attendri des arts et cuisses du cirque, ôtait le doute sur une déstabilisation rampante. La loi des séries a voulu que la promotion dans l'Ordre National du Mérite décore au premier de l'an deux évadés du fisc notoires, Tsonga et Gasquet, pour vol à la raquette ! A faire se rouler par terre nos lointains expatriés français. Le cabinet Ayrault avait commencé l'Avent dans les inconvénients d'une communication boiteuse, il le termine au massacre, comme on dit en vènerie !
    Chaque semaine apporte son pain au bouffon. A tel point que les patrons des médias ne vont pas tarder à réduire fortement les salaires des échotiers politiques tant le travail est devenu facile ; à la portée du premier stagiaire venu. En souhaitez-vous l'augure ?

    Le retour de ma concubine au manche du pouvoir ? Aucune allusion vaseuse permise. Le silence de Thomas H. sur Madame de Maintenant sera-il acquis par un commandement prestigieux au sein des forces judiciaires ? Fera-t-on taire le fougueux Mélenchon en l'envoyant ambassader à Caracas pour y superviser la transition chaviste ? Hamon à la Havane ? La galette des rois de l'Elysée sera-t-elle remplacée par un clafoutis aux cerises en mémoire de la Commune ? Faudra-t-il exhumer l'abbé Pierre pour contrer les revendications en paternité de X, Y ou Z, surtout Z. ? La marche contre le mariage gay et ses avancées collatérales s'annonce-t-elle fournie qu'on va remanier la chancellerie coupable d'avoir mésestimé la vague de fond, et nommer le Garde des Sceaux, gouverneur de Wallis & Futuna, elle en a déjà le fond d'écran total ! Et tant qu'à faire, Montebourg en ambassadeur extraordinaire des Terres australes et antarctiques pour faire contrepoids à Michel Rocard arctiquisé par Nicolas Sarkozy ! Il y a beaucoup de spinning en vue pour nous voiler l'inquiétant.
    Nous courons à l'Espagne. Tous nos chiffres 2013 sont archi-faux. On ne pourra maquiller longtemps les réalités, amuser le tapis par des dépenses clientélistes non-financées en contrepartie d'annonces de contention budgétaire non exécutées. A tirer le diable par la queue, au plus mauvais moment il se retourne et vous mord !

    Ce pays doute terriblement. Aucun homme politique n'a la cote, et quand le chancelier Merkel reste le personnage préféré des Allemands, où se trouve notre président dans la liste ? Les Français attendaient le réenchantement en quittant le vulgaire, et qu'on leur récite le projet de la France, celui qu'ils aiment entendre. On leur parle de pissotières pagnolesques, d'outrages coloniaux, d'abominables riches des neiges, d'obéissance au roi de Prusse. Malgré la pose, reins cambrés, torse bombé, menton voulant, manche juste et cravate droite - Bruno Masure y veillera - nous n'avons pas Poutine à l'Elysée.
    Séquence explicative ci-dessous ou comment Mittal aurait pu être traité dans l'affaire de Florange. C'est du Poutine, dit le commentaire. Effectivement je ne vois aucun de nos apparatchiks dans le rôle. Il en a de la chance le Depardieu (on me dit dans l'oreillette que le Monténégro l'a aussi réclamé !) :

    la suite ici

    http://royalartillerie.blogspot.fr/

  • Le mondialisme en miettes

    - Partage moitié-moitié ?

    On pourra taxer les mondialistes d’une montagne d’épithètes désobligeantes sauf une : ce ne sont pas des imbéciles ; ainsi pour enterrer une crise planétaire provoquée par des échanges désordonnés de papier-monnaie, ils ont génialement réussi à nous faire admettre que puisque « nous sommes tous dedans jusqu’au cou » c’est tous ensemble que nous en sortirons.
     
    Tous, cela voulait dire les 20 États qui représentent 85% de la création mondiale de richesse « fraternellement » rassemblés au sommet du G20 de septembre 2009 à Pittsburgh au cours duquel tous acclamèrent « l’antique G8 des Pays du Nord est mort, vive le G20 ! »

    Tous, tant les anciens par la voix de G. Brown « désormais le G20 est le premier forum de coopération économique », que les nouveaux par celle de Lula « le G20 a désormais un rôle exceptionnel dans le nouvel ordre mondial ». En un mot ensemble « yes we can ! »

    Comme souvent en pareille assemblée on relevait quelques nuances. Pour B. Obama la coordination des plans de relance était une condition nécessaire mais pas suffisante pour éviter une autre crise, car « il faudrait définir un cadre permettant à chacun d’évaluer la politique des autres afin d’élaborer un consensus. »
    Cette mission serait confiée au FMI dès qu’il aura attribué à la Chine la majeure partie des 6% des droits de vote prélevés sur ceux de l’Union européenne (réforme qui n’altère en rien le droit de veto des Etats-Unis.)
    Ingrat malgré ce cadeau le président Hu Jintao rétorquait « la vraie priorité est de maintenir une politique de relance solide jusqu’à ce que la reprise soit pleine et entière en évitant toute forme de protectionnisme. »

    D’où le laborieux communiqué final de 23 pages qui s’est borné à rappeler tous les sujets évoqués sans fixer de règle concrète concernant la coordination chère à B. Obama et implicitement refusée par Hu Jintao. De là à songer que le G20 se réduisait à un G2 entre les Pays du Nord représentés par les Etats-Unis et ceux du Sud par la Chine...

    Quelques semaines plus tard, en décembre 2009, 3500 journalistes, 23000 observateurs, et 10000 représentants de diverses ONG bravaient un froid polaire pour accompagner les 1200 délégués des 192 États participant à la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique.

    L’objectif est d’élargir et de prolonger au-delà de 2012 le « Protocole de Kyoto » signé en 1997, ratifié par 184 pays (juin 2009) et entré en vigueur en février 2005 après sa ratification par la Russie. Ce texte oblige tous les pays signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (principalement le CO2) d’ici fin 2012, mais seuls 38 États industrialisés sont soumis à des engagements contraignants (-8% pour l’Europe par rapport aux quantités rejetées en 1992.)
    Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le protocole et le Brésil, l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud..., considérés comme pays en développement ne sont pas contraints par un engagement chiffré.

    Initialement prévue pour remédier à cette situation aberrante, la Conférence de Copenhague tourne à l’affrontement entre :

    • le bloc des 38 États industrialisés qui estiment que dix huit ans après Kyoto plusieurs pays en voie de développement (PVD) sont devenus de gros pollueurs et doivent accepter de se soumettre à des engagements chiffrés
    • le G77 réunissant les 77 PVD les plus avancés qui, insistant sur la responsabilité historique des Pays du Nord depuis la Révolution industrielle, se considèrent comme des victimes innocentes et ne veulent donc pas sortir du protocole de Kyoto
    • les Etats-Unis qui souhaitent reporter au plus tôt en 2010 la mise en place d’un engagement politique contraignant préalablement accepté à l’unanimité des 192 États présents à Copenhague.

    En résumé, bien que tous se fussent déclarés prêts à « faire quelque chose » pour réduire les émissions de CO2, le bloc des 38 reste seul à présenter un programme chiffré selon un calendrier établi ; la Chine, porte-parole du G77, et les Etats-Unis acceptent seulement d’informer leurs partenaires des mesures anti CO2 qui seront appliquées dans leurs pays, mais refusent catégoriquement de se soumettre à un contrôle quantitatif sous l’égide d’un organisme international.

    Ainsi, sous la pression des deux premiers pollueurs mondiaux la Conférence, incapable de jeter les bases d’une politique environnementale commune, adopte un accord dont on admire le flou artistique « la hausse de la température moyenne de la planète devra être contenue en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. »

    À l’image du G20 de l’économie, le G192 de l’écologie se réduirait à un G2...moitié-moitié.

    À la mi-novembre, entre Pittsburgh et Copenhague, en conclusion du sommet de Shanghai entre la Chine et les Etats-Unis, B. Obama déclarait « les relations entre Pékin et Washington vont définir le XXIe siècle »...prophétique ?

    - Pourquoi pas en trois tiers ?

    L’hypothèse n’est pas nouvelle. Depuis 2006 New Delhi et Tokyo réfléchissent au moyen de renforcer leurs échanges commerciaux qui sont insignifiants en regard de leurs tailles économiques respectives (à peine 15 md$ en 2009, à comparer avec les 350 md$ échangés entre la Chine et le Japon.)

    L’été dernier les négociations se sont accélérées sous la pression de Tokyo soucieuse de la dégradation des relations diplomatiques sino-japonaises : en riposte à l’arraisonnement d’un chalutier chinois par des gardes-côtes japonais, Pékin a bloqué ses exportations de matériaux stratégiques pour l’industrie nippone.
    L’Inde étant elle-même préoccupée de l’expansion de son grand et puissant voisin, il devenait normal que les deux pays mettent dans une corbeille commune d’une part un marché fort de 1 milliard de consommateurs et d’autre part une technologie qui a fait ses preuves.
    D’où l’accord de libre échange et de partenariat industriel conclu le 25 octobre dernier entre M. Singh, premier ministre indien et son homologue N. Kan.

    Ce document devrait être ratifié début 2011 après examen au Parlement japonais lequel pourrait hésiter à accepter le paragraphe relatif à la coopération dans le domaine du nucléaire civil, l’Inde n’ayant toujours pas signé le Traité de non prolifération.
    Toutefois la diplomatie de Washington, alliée de Tokyo et récemment très active en Inde, (1) devrait facilement venir à bout des éventuelles réticences des députés japonais ; tant sous G. Bush qui a libéré les exportations de matériel nucléaire civil vers l’Inde que sous B. Obama qui vient de soutenir la candidature de New Delhi pour un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, les Etats-Unis travaillent à l’émergence d’un bloc asiatique qui fera contrepoids à la Chine...du G2 vers le G3 ?

    - Ou le quatre-quarts en ajoutant l’Afrique Noire ?

    Au train où vont les évènements depuis la fin du siècle dernier, il est probable qu’il faille rapidement réserver une place à l’Afrique autour de la table du grand Monopoly mondial.
    D’abord parce qu’elle l’exige.
    Ainsi au G20 d’avril 2009 à Londres elle a réussi à imposer la présence de deux observateurs (le président de la commission de l’Union africaine et celui du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) ; de même à Copenhague les représentants de 3 pays africains ont fait valoir leurs revendications en quittant temporairement la table des négociations d’où interruption de séance conformément au règlement intérieur de l’ONU qui stipule que l’absence d’un seul État participant bloque les travaux.
    Ensuite parce qu’il faudrait être inconscient pour ne pas anticiper les effets de l’explosion démographique africaine : 180 millions d’habitants en 1950, 860 aujourd’hui et 1,8 à 2 milliards en 2050...le quart de l’humanité !

    Avec une moyenne de 4,6 enfants par femme (7 au Niger !) l’Afrique représente le quart des naissances mondiales ; il vient plus d’enfants au monde au Nigeria (148 millions d’habitants) que dans l’Union européenne (500 millions d’habitants.)
    En conséquence :

    • 45% des Africains ont moins de 15 ans

    • la population citadine a été multipliée par 11 en 50 ans
    • les campagnes disparaissent : alors que l’urbanisation occidentale est verticale, celle de l’Afrique est horizontale avec des maisons individuelles de plain pied.

    Pour l’heure ce futur géant démographique (déjà 12% de l’humanité) est encore un nain économique (2,7% du PIB mondial) ; la question est de savoir pour combien de temps.

    Les PMA : 50 Etats dont 34 africains. 11,3% de la population mondiale. 0,6% du PIB mondial.
    (Carte : Cnuced)

    En à peine quatre décennies son PIB est passé de 461 milliards $ en 1970, à 1061 md$ en 2000, à 1561 md$ en 2008 et devrait atteindre 2600 md$ à l’horizon 2020.

    L’idée couramment répandue consiste à dire que cette croissance serait principalement due au pillage des matières premières africaines par les Pays occidentaux et les grands émergents dont la Chine ; or, une étude réalisée en 2010 par le Cabinet Mc. Kinsey révèle que sur les 500 md$ de PIB supplémentaires entre 2000 et 2008, seul le tiers est dû à la hausse des exportations de matières premières et le solde aux premiers pas de l’industrie locale.

    Indéniablement sur cette période l’Afrique a su tirer profit de deux améliorations concomitantes : une structurelle (meilleure efficacité de l’administration, modernisation des infrastructures,...) et une conjoncturelle (hausses des volumes et des cours des matières premières minérales et végétales exportées, annulation de plusieurs dettes souveraines...)

    Quand l’Afrique s’éveillera...non, la formule est incorrecte. C’est le monde industriel qui a éveillé l’Afrique et plus particulièrement la Chine qui y investissait 470 millions $ en 2001, puis 4,5 milliards $ en 2008 et 6,25 md$ l’an dernier. Très vite Pékin a compris que pour fidéliser et développer ce nouveau partenaire commercial il ne suffirait de lui vendre des produits manufacturés et de lui acheter des matières premières ; en effet ce fonctionnement simpliste n’est réellement profitable qu’aux 5 États africains qui, grâce à la richesse de leurs sous-sols pèsent les 2/3 des exportations vers l’Asie.

    L’accueil réservé fin août dernier par le président Hu Jianto à son homologue Sud Africain J. Zuma illustre la nouvelle stratégie chinoise sur le Continent Noir ; après avoir conclu les grands contrats classiques (fourniture par la Chine d’unités de production électrique, solaires et nucléaires, et de TGV) les deux chefs d’État ont signé un accord de partenariat économique global précisant que Pékin s’engage à compenser par l’importation de produits à haute valeur ajoutée « made in South Africa. »

    Ainsi dans le futur ordre mondial, la Chine serait l’usine du monde et l’Afrique l’atelier de la Chine.

    Aujourd’hui Pékin n’est plus seule à considérer l’Afrique comme un réservoir de croissance. Ainsi les accords d’aide à la sécurité alimentaire proposés par Brasilia à plusieurs capitales africaines ne sont certainement pas désintéressés.

    Plus significative encore est la déclaration de S. Mekouar, ministre marocain de l’Économie et des Finances « nous faisons le pari de l’Afrique car c’est le continent de la croissance de demain [...] Il y a là-bas des espaces beaucoup plus prometteurs que l’Europe, aujourd’hui notre principal partenaire commercial mais où la croissance est la plus faible. »

    L’analyse de M. Camdessus, ex patron du FMI, publiée fin mai dernier par l’Africa Progress Panel (organisme de prospective proche de l’ONU) mérite d’être méditée « au-delà des avantages commerciaux à court terme, l’immense réservoir des jeunes actifs urbains intéressera les nouveaux pays industrialisés qui pourront y délocaliser leurs productions les plus consommatrices de main-d’œuvre ; en conséquence les Pays du Nord ne devraient pas laisser le champ libre à ceux du Sud sur un continent dont la croissance potentielle annuelle frôle les 5%. »
    L’Afrique partenaire de demain...de G3 à G4 ?

    - Pour conclure.

    Malgré l’acharnement des mondialistes à réduire le G20 à un G1, les grands flux monétaires et commerciaux obéissent encore aux lois du G2.
    En accordant quelque crédit à notre exposé, ce G2 pourrait être considéré comme une sorte de minimum atteint par la gouvernance mondiale représentée sous la forme d’une fonction mathématique dont la dérivée vient de changer de signe...G192, 77, 8, 2, 3, 4...

    Et pourquoi pas 5 avec une Europe des patries librement unies dans un projet commun nourrit de ses racines chrétiennes ?

    Mais pas une Europe où il importe d’être toujours plus nombreux, pacsés sous le régime des directives de Bruxelles pour toujours agrandir le marché unique, miraculeuse source d’opulence selon la publicité « euro transatlantique » : toujours plus nombreux, ensemble « yes we can ! » Et nos vieilles sociétés, confortablement assoupies sur l’héritage des anciens, de répondre « yes ! week end ! »
    Vous n’entendez donc pas comme un petit bruit qui court sur le vent du sud ? On dirait comme la sonnerie d’un réveil...

    Pierre Jeanthon http://www.lesmanantsduroi.com

    (1) Au G20 de Séoul l’Inde a renvoyé l’ascenseur en étant le seul pays à ne pas critiquer la nouvelle politique monétaire des Etats-Unis.

  • La France, fille aînée de la franc-maçonnerie ?

    Première partie – Par Simone Choule

    Comme l’immobilier ou les néo-réacs, ce sujet fait un bon marronnier dans la presse, la franc-maçonnerie ayant tout pour séduire : prétendue secrète, organisation impalpable et orientant en coulisses certaines orientations politiques... Les deux erreurs principales à ne jamais faire concernant la maçonnerie étant pour un journaliste : de la voir partout et la voir nulle part. Mais aujourd’hui, alors que près de huit magazines hebdomadaires consacrent une fois l’an leur couverture à ce sujet, comment évaluer ses idées et faire un bilan historique de son action, si elle doit rester secrète, et surtout : quel avenir pour ce club très privé ?

    Histoire d’un réseau

    La Franc-maçonnerie naît le 24 juin 1717 en Grande-Bretagne, et devient rapidement à la mode, surtout chez les bourgeois et les marchands. De plus en plus de hautes personnalités nobles y adhèrent ou sont cooptées. En 1723, les premiers maçons s’installent en France, soutenus par des budgets anglais, et 1725 marque la naissance officielle de ce mouvement à Paris. Il se centralise autour du rite écossais, rituel prétendant remonter aux cathédrales mais se sachant mythologique et faux (nulle preuve n’est apportée par la maçonnerie ; en fait ce goût du prestige par la filiation est un calque de la noblesse d’épée pour en singer le prestige).

    La loge est le lieu où l’on pratique le rituel, faisant référence aux loges des maçons qui construisaient les cathédrales et avaient un lieu où se rassasier après une journée de chantier. La loge n’a aucune fenêtre pour faire passer la lumière et est décorée de quincaillerie ésotérique, cosmologique et l’entrée pour le profane s’y fait par parrainage et initiation, par des serments impliquant jusqu’à la vie de ce dernier, pour un secret qu’il ne connaît pas, secret qui ne se dévoile aux derniers degrés de la hiérarchie. Hiérarchie divisée en trois grades : apprenti, compagnon et maître, puis les hauts ateliers où l’on compte jusqu’à 33 degrés sans qu’aucun maçon ne sache ce qui se passe dans le degré supérieur (comme dans la Scientologie ou la secte du Forum Landmark). Si un maçon rechigne à exécuter les ordres venant d’en haut, on lui rappellera que c’est le prix à payer pour pouvoir bénéficier le moment venu de la solidarité des « frères trois points ».

    La noblesse de l’époque (sous Louis XV puis Louis XVI) n’y voit qu’un club « philanthropique » organisant bals et dîners, voire parties fines. Cette noblesse est cependant très occupée par le pouvoir d’un parlement de plus en plus séditieux avec le Roi, parlement assujetti aux idées encyclopédistes dominatrices de cette époque qui installeront les conditions favorables à l’insurrection populaire de la fin du règne des Bourbons (réformes de Turgot, montée du prix du pain, libéralisme « voltairien » montant). Mais il est étonnant de constater que dans le mouvement de la Révolution française, absolument tous les acteurs sont maçons (Maurice Talmeyr en fait la liste) et bien que la France ne veuille changer ni de régime ni de religion – ce qui n’est dans aucun des cahiers de doléances à cette époque –, elle se retrouvera avec un roi décapité et des églises saccagées.

    Des loges d’agitateurs – frères insinuants, frères scrutateurs – sont instituées pour accélérer le mouvement révolutionnaire (dont le slogan était « liberté, égalité, ou la mort ! », la « fraternité » arrivera plus tard on l’espère) qui ne sont apparues qu’en 1787 : crocheteurs, portefaix, rôdeurs, flotteurs de bois, tapes-durs, brigands de rue ou de grand chemin, assassins et malfaiteurs de profession entrent pour y devenir des émeutiers actifs auprès de ceux qui veulent renverser le Roi.

    Un grand nombre de soldats sont recrutés (avec toujours la promesse de carriérisme qu’un tel club implique) et telle une pièce bien répétée et contrevenante aux intentions réelles du peuple de France, produit ainsi : l’apparition du club des Jacobins, du club de propagande, les incendies des châteaux, les paniques de la province, les journées d’Octobre, le 20 juin, le 10 Août, les massacres de Septembre, l’emprisonnement du Roi, sa condamnation et sa mort.

    Derrière la maçonnerie (ou au 33e degré) l’illuminisme d’Adam Weishaupt : quelques cérémonies où l’on verse dans le macabre (toute loge a son squelette) allant jusqu’à répéter la vengeance des templiers à l’égard de Philippe le Bel. Les régicides de Louis XVI et du roi de Suède auraient été répétés dès 1785 et le président du Parlement (M. Maire de Bouligney) et l’inspecteur des Postes (M. de Reymond) ainsi que M. Leroy, comte de Virieu, témoignent tous qu’ils auraient été choqués et écœurés de ces appels au meurtre au sein de ces loges de haut degré.

    Une presse poussant l’opinion à l’insurrection et à l’émeute permanente, (L’Ami du Peuple) entre les mains de ces jacobins, et Lafayette, un autre initié, à la tête de la garde nationale pour « encadrer » cela, toujours au service des mêmes. Ceux qui essaieront la sédition seront broyés, et l’on façonnera l’opinion en instrumentalisant le patriotisme de manière à faire passer toute contre-révolution comme étant une attaque du parti de l’étranger (entrainant ainsi une série de guerres civiles malvenues). Parti de l’étranger ? Pour un Rotary d’origine outre-manche et se référant au temple de Salomon, c’était plutôt gonflé.

    Le plus connu de ces épisodes maçonniques prévus dans les loges reste la dite « prise » de la Bastille, évènement sans aucune gloire selon tous les historiens sérieux, mais surtout opération immobilière impliquant Pierre François Palloy, prévenu dans la nuit du 13 au 14 de l’assaut du lendemain. Une heure après la saisie des canons à De Launey et après avoir joué avec sa tête aux Invalides, 400 hommes montrent leur silhouette dans le quartier armés d’une pioche, et payés 26 sous (environ 4 euros). L’on a retrouvé les papiers de l’entreprise avec une note griffonnée de Palloy lui-même, stressé : « Il fallait équiper 700 hommes, j’ai failli manquer de pelles et de pioches. » Les pierres de la Bastille servirent à la construction du pont de la Concorde et à du merchandising révolutionnaire (pierre taillées en forme de mini Bastille). Le couronnement de tout cela s’est fait par un symbole maçonnique, place de la Bastille, où un petit « génie » ou « Porteur de Lumière » surmonte aujourd’hui le monument au centre la place, marquant définitivement l’influence maçonnique pour l’Histoire dans ce symbole révolutionnaire.

    Sous la IIIe République, la maçonnerie revient encore plus puissante (l’Empire et les monarchies constitutionnelles, par leur centralisation d’un exécutif fort, freine ces corps intermédiaires qui s’immiscent dans tous les corps de pouvoir) et impose la laïcité. Dès 1900, la république maçonnique radicale a été concurrencée par le socialisme marxiste léniniste qui voyait en elle une classe petite bourgeoise à l’humanisme désuet, contraire à la vision scientifique marxiste (le socialisme utopique de Léon Bourgeois, moqué dans le Manifeste du parti communiste). Il était notamment interdit à toute personne du parti d’entrer en loge jusqu’au début des années Mitterrand. La Seconde Guerre mondiale ayant créé une parenthèse où le pouvoir français, sous tutelle allemande, s’affranchissait de son influence jusqu’en 1944.

    La GLNF [Grande Loge nationale de France, ndlr] vivote jusque dans les années 60 mais bénéficie d’un coup de fouet significatif sitôt que l’OTAN installe son siège à Paris en 1952 : à partir de là, les demandes de l’obédience affluent et le succès est tel que Frédéric Zeller, Maître du Grand Orient de France, dira qu’elle n’a jamais été aussi puissante. Mégalomanie ? Orgueil démesuré ? En tout cas de plus en plus de carrières dans les administrations, mairies, conseils régionaux ou généraux, entreprises publiques ne se font plus seulement sur les qualités objectives de compétence mais sur l’obédience à ces réseaux (place Beauvau, un commissaire sur deux est franc-maçon). Depuis la fin du bloc communiste, et la ringardisation du communisme, la maçonnerie a retrouvé une nouvelle jeunesse : le solidarisme revenu au XXe siècle est promu par Vincent Peillon au sein de son parti, par exemple.

    La maçonnerie contraire à la démocratie ?

    On savait que la maçonnerie tient en détestation la France catholique et monarchique dont elle a été la subversion – son Histoire le prouve par les actes commis – et lui préfère notamment l’abstraction d’une République universelle inscrite dans toutes les chartes officielles des loges. Une République universelle discutable dans la mesure où les nations se retrouvent uniformément globalisées, perdant ainsi leur diversité dans la singularité de ce type de régime. Néanmoins au sein de l’État français, on favorise une doctrine qui justifie qu’une poignée d’initiés dirigent la société. Cela ne saurait signifier qu’elle est démocratique : où est la séparation des pouvoirs lorsque l’on pratique l’entrisme dans les administrations d’État, le Parlement, le gouvernement, les syndicats ou les associations ? Où est la défense de la France, de son peuple et de ses intérêts quand on prépare un gouvernement mondial dont les États maçonniques auront préparé les conditions ?

    Les maçons ont d’ailleurs attaqué une institution purement démocratique : le référendum. En 1934, les référendums voulus après les manifestations furent transformés dans l’opinion par le parti radical socialiste en « plébiscite napoléonien ». De Gaulle aura retenu ces polémiques et tâchera d’appliquer le référendum, y compris à ses dépens. L’utilisation des référendums a montré que les Français en avaient cure des « avancées » (celui sur l’UE par exemple, très « république universelle » touch’).

    Les loges ont compris pour leur part qu’il ne faut plus éclairer le peuple par un débat public explicite et sincère précédent les décisions, mais les conduire vers la lumière les yeux bandés ! Malgré la défense de la démocratie représentative dans les débats, les maçons lui préfèrent un ordre d’initiés connaissant seul le secret délivré et qui masquent leur intentions réelles à l’égard des profanes, à savoir le peuple de France. Le secret maçonnique est l’anneau de Gygès qui permet à l’ordre, grâce à la dissimulation de qui en est ou pas, de rester invisible et donc insaisissable et user ainsi de ce singulier privilège. En 1789, les privilèges furent « abolis », dites-vous ?

    Anthropologie et petite fabrique de l’opinion maçonnique

    Rotary de carriéristes, gnomes fourrés dans leurs intrigues et obsédés par une guerre de ruses, vaniteux notables en manque de reconnaissance tutoyant l’affairisme véreux, têtes d’œuf longtemps charriées à l’école, passe-droits, corps intermédiaires, conflits d’intérêts, corporatisme, substitution aux pouvoirs, cooptation de gens ayant prise sur les manettes (magistrats, juges, avocats, inspecteurs des finances) dans les hauts grades maçonniques, les exemples affluent de ces « hommes sans qualités », à la Robert Musil, qui ne veulent se distinguer dans l’existence qu’en trichant avec le réel. Mais à l’ère de la transparence, me direz-vous, quid du secret maçonnique ? Cela appartient à la vie privée, nous répondent-ils...

    Mais parmi ceux qui s’avouent maçons, c’est aux postes-clé du gouvernement Ayrault que nous les retrouvons : Anne-Marie Escoffier à la Décentralisation, Marc Mancel et Vincent Peillon à l’Éducation, Christophe Chantepy à Matignon, Jean-Yves le Drian et Cédric Lewandowski à la Défense, Aquillino Morelle à l’Élysée, Manuel Valls, Renaud Vedel, Alain Bauer et Yves Colmou à l’Intérieur, André Vidalies aux relations avec le Parlement, Victorin Lurel à l’Outre-Mer, Alain Simon et Jérôme Cahuzac à l’Économie, François Rebsamen, Jean Pierre Sueur, Claude Domeizel, Gérard Collomb, Michèle André et Robert Navarro au Sénat, Henri Emmanuelli, Christian Bataille, Pascale Crozon, Pascal Terrasse, Olivier Dussopt, Brigitte Bourguignon, Odile Saugues, Patrick Menucci et Paul Giacobbi à l’Assemblée nationale... Il est manifeste qu’un nouveau clergé remplace aujourd’hui l’ancien. Mais qui dit clergé dit « Bonne Parole » : voyons comment elle « évolue dans les mentalités ».

    En démocratie de marché, le marché achète l’opinion et l’opinion fait l’élection ; observons donc en détail le trajet de l’opinion maçonnique dans l’équation marché/politique/média, collusion que dénonçaient déjà Balzac, Maupassant, Zola et Alexandre Dumas sans être traités de conspirationnistes, et dont l’élément maçonnique manquait à l’analyse de Paul Nizan dans ses Chiens de garde : on fait descendre l’instruction dans le réseau (par exemple sur « l’avortement » ou le « mariage pour tous ») puis, quelques jours plus tard, un article apparaîtra dans le journal du Midi libre suggérant la mesure (ou tout autre journal ayant « libre » dans son titre ou sous-titre).

    Puis, il y aura une station locale FR3 délivrant le même message, ensuite un article à la une d’un grand quotidien national parisien ou la couverture d’un grand hebdomadaire. Bientôt un sondage paraîtra, qui montrera que précisément, en cette matière, et contrairement à ce que l’on a toujours cru jusqu’ici, l’opinion « évolue ». À quelques temps de là paraîtront un ou plusieurs livres dont l’écho sera amplifié par des critiques favorables dans les journaux, et par le fait que ces journaux seront en haut de pile chez les libraires.

    Des associations venues de nulle part s’exprimeront à leur tour sur le sujet, et comme par hasard, leurs communiqués seront largement relayés dans les médias. Il y aura, le cas échéant, quelques manifestations de rue ou quelques autres actions spectaculaires saisies par des caméras de télévision, opportunément présentes. Entretemps seront prononcées des déclarations ou des « petites phrases » d’hommes politiques ou parlementaires de l’opposition ou de la majorité. Le gouvernement aura commandé un rapport et une proposition de loi sera proposée au Sénat ou à l’Assemblée.

    Le résultat de tout ceci est que les observateurs de la vie publique verront que la société « bouge » qu’il ne faut pas aller contre elle, et l’on dira que la loi répond à une vraie attente du corps social. Les sociologues d’état diagnostiqueront l’existence d’une demande sociale. Des orateurs avec une rare éloquence défendront cette loi, qui sera votée par les deux chambres, à une courte majorité peut-être selon la logique du « marché politique » bien analysée par les théoriciens américains du « public choice ». La loi deviendra celle du pays et celle que les juges conviendront d’appliquer « au nom du peuple français », alors qu’elle n’aura été voulue au départ que par 15 personnes ; et ceux qui l’ont votée se féliciteront d’avoir fait « évoluer les mentalités », s’enorgueillissant derechef.

    Si un politicien décide de s’opposer, il recevra en premier lieu un recadrage du chef de son parti puis, s’il persiste, un article surgira pour révéler ses liens avec un dictateur étranger, un financement de campagne occulte, une résidence secondaire suspecte. Même s’il gagne son procès en diffamation, le mal aura été fait et la carrière de l’opposant aux idées maçonniques brisée (non-renouvellement d’un mandat, non-recrutement dans un gouvernement…), il gagnera une étiquette de « mauvais républicain ».

    Voici le pouvoir de censure des pouvoirs séculiers de la maçonnerie, qui rapproche cette secte d’un certain cléricalisme auquel on pensait qu’ils étaient opposés ! En tout cas, quelle manière malhonnête d’imposer aussi insidieusement et non loyalement ses vues sur la société. Évolution des mentalités, dites-vous, ce retour au cléricalisme ?

    (Fin de la première partie)

    http://www.egaliteetreconciliation.fr

  • De la sainte alliance à l'union européenne

    121015On ne saurait, par respect, comparer le compagnon de Madame Twitter au roi Louis XVIII. Au moins la Restauration mit-elle de l'ordre dans les finances publiques. Et, une fois Laurent Fabius définitivement démonétisé, ne pouvant faire appel à Chateaubriand, on espère qu'au moins Monsieur Normal ne commettra pas la sottise de recourir à Bernard Henri Lévy.

    Comparaison n'est donc pas raison. Mais les parallèles ne relèvent pas que du paradoxe.

    Ainsi l'actuel président va bientôt se trouver dans le dilemme du roi revenu d'exil. Leurs légitimités formelles oubliées, leur force politique les rattachent l'un comme l'autre à un ordre européen voué à l'éclatement.

    La Sainte-Alliance est morte en tant qu'institution vers 1823.

    Ces derniers mois, en regard, ont souligné le déséquilibre explosif entre les deux principaux piliers de l'Union européenne, telle qu'elle avait été conçue à Maastricht. Et cela va remettre en cause l'ensemble des institutions.

    N'en doutons pas en effet. Le système s'est développé sur la base d'un cafouilleux traité négocié en 1991. À cette époque, il y a plus de 20 ans, on pouvait espérer que les ambiguïtés seraient levées. Il n'en a rien été, bien au contraire. On a empilé de nouveaux textes, de faux accords, d'irréalisables promesses.

    Le projet ambitionnait de dépasser le cadre rustique, mais infiniment plus clair du traité de Rome de 1956. Un tournant pestilentiel avait certes été pris en 1979, avec l'élection du prétendu "Parlement européen" (1)⇓ au suffrage universel. C'est à ce moment-là qu'il fallait dire "non".

    Or, la plupart des politiciens hexagonaux, ayant fait de cette institution illusoire et factice leur mangeoire, n'ont jamais su ni la réfuter ni la réformer.

    Dans cet écheveau et cet échafaudage complexe de pactes contradictoires, on doit observer que celui de 1991 est allé beaucoup plus loin dans la direction tracée par la série des conventions qui se sont conclues à partir de 1813 au sein de la sixième coalition. Un texte bien intentionné de 1814 a permis d'englober l'ensemble sous le nom de Sainte Alliance. Celle-ci réunira après Vienne (novembre 1814-juin 1815) les congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), Troppau (1820) et Vérone (1822).

    De cette Europe conservatrice du XIXe siècle on regrettera sans doute certains bienfaits. La paix européenne qui en résulta dura au moins jusqu'à la guerre de Crimée.

    De l'Europe issue du traité de Rome puis de l'Acte Unique sont également sortis un certain nombre de bénéfices dont il faut se féliciter.

    Il advient, dans tous les systèmes un moment où, malheureusement, les effets pervers l'emportent. Talleyrand déplorera un jour, quand les arrières pensées du tsar romantique Alexandre Ier lui apparurent dévoilées : "Malheureuse Europe".

    Or la véritable liquidation de la Sainte Alliance advint le jour où l'Angleterre, en 1822-1823, préféra le Grand Large, la relation avec l'Amérique, les Indes à son implication dans les affaires du Continent. Cette participation active aux diverses coalitions et combinaisons européennes, financées par Londres, avait été rendue inévitable, à partir de janvier 1793, par les crimes de la Révolution française. Après Waterloo, elle était devenue moins nécessaire. L'attitude des puissances continentales et la persistance des absolutismes anachroniques la rendaient de plus en plus impopulaire outre-Manche.

    Aujourd'hui nous rentrons, à bien des égards, sans qu'on puisse certes comparer ni François Hollande à Napoléon ni Angela Merkel à Guillaume II, dans une époque comparable.

    À Londres David Cameron s'oriente résolument vers une politique de redressement de la Grande Bretagne. Elle l'éloignera de plus en plus de la technocratie européenne.

    Et de l'autre côté de l'Atlantique un virage non moins considérable semble se dessiner.

    Certains croient pouvoir demeurer indifférents aux élections états-uniennes de novembre. La quasi-unanimité des moyens de désinformation parisiens applaudit d'ailleurs à l'avance à la réélection du président Obama.

    Il convient par conséquent de dissiper plusieurs illusions.

    Commençons par celle d'un retour des États-Unis à ce que nous considérons comme de l'isolationnisme. Rappelons que le dernier brillant représentant de ce courant Pat Buchanan lui consacra un livre axé sur les principes fondateurs de son pays "une république et non un empire" (2)⇓. Lors de l'élection présidentielle de 2000, il fut candidat du parti de la réforme et rassembla 450 000 voix soit 0,4 % des suffrages. Après s'être opposé à la guerre d'Irak en 2003, il se ralliera à nouveau aux républicains en 2004 et soutiendra la deuxième candidature de George Bush.

    Quant à l'origine de l'isolationnisme des États-Unis une légende tenace l'attribue à la présidence de Monroe en 1823. Il s'agirait d'une sorte d'idéologie de l'indépendance réciproque. "Chacun chez soi" pense-t-on volontiers, l'Amérique aux Américains, et par conséquent l'Europe aux Européens.

    Le texte de la proclamation de cette fameuse "doctrine" en 1823 mérite dès lors d'être relu à nouveaux frais. Or, il se borne à réfuter une hypothèse. À la faveur de la décomposition des empires espagnol et portugais, il s'agissait d'empêcher que d'autres puissances européennes viennent à s'établir sur le continent sud-américain. Cela visait essentiellement la France bourbonnienne qui intervenait avec l'appui diplomatique de la Russie afin de rétablir l'absolutisme en Espagne. À partir de cette date le rapprochement l'Angleterre et l'Amérique allait devenir plus fort que l'intérêt de Londres pour l'Europe continentale.

    On doit noter ainsi que le document fut rédigé par John Quincy Adams, secrétaire d'État. Il agissait alors en accord avec le nouveau maître du Foreign Office, George Canning.

    Jusqu'en 1822 la diplomatie britannique avait été dirigée de haute main par Castlereagh devenu lord Londonderry. La mort, d'ailleurs très étrange, de ce ministre, l'un des rares Britanniques, dans l'Histoire des Temps modernes, à avoir cru en l'Europe, laissa le champ libre à son ennemi personnel de toujours (3)⇓ et à un renversement assez rapide des orientations du cabinet de Saint-James.

    La répugnance des Américains pour les alliances permanentes, surmontée par la signature du pacte atlantique de 1949, remonte beaucoup plus loin. Elle se rattache dans son principe aux fondations mêmes de leur Fédération. La lettre de Washington de 1796 à ses concitoyens à la fin de son deuxième et dernier mandat évoque ainsi l'existence de deux hémisphères.

    La période d'entente entre Canning et John Quincy Adams, loin d'écarter toute ingérence "européenne" permit à la Grande Bretagne de multiplier par 15 en 10 ans son commerce avec l'Amérique du sud accédant à l'indépendance. À ces pays, les exportateurs anglais vendaient en 1825, 3 fois plus de marchandises que ne le faisaient les Américains du nord.

    Ce qu'on appelle la mondialisation ne date pas d'hier.

    La voie que semble prendre l'Europe n'incite pas à l'optimisme. La crise pourrait au moins nous rendre lucides.

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr

    Apostilles

    1. cf. à ce sujet "Le Parlement européen, une utopie, une imposture, un danger" Jacques Bordiot 1978. cf. à ce sujet "Le Parlement européen, une utopie, une imposture, un danger" Jacques Bordiot paru en 1978.⇑
    2. "A Republic, Not an Empire: Reclaiming America's Destiny "Patrick J. Buchanan, 1999, disponible sur Amazon.com⇑
    3. La Jeune Angleterre de Disraëli jugeait sévèrement l'un et l'autre comme deux "médiocres" dans son livre culte "Coningsby ou la nouvelle Génération". Les lecteurs de L'Insolent peuvent se procurer ce livre, en le commandant
      - directement sur le site des Éditions du Trident
      - ou par correspondance en adressant un chèque de 29 euros aux Éditions du Trident 39 rue du Cherche Midi 75006 Paris. ⇑
  • Le « plan de paix » de l’ONU pour la Syrie est une supercherie

    L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.

    C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.

    Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :

    « L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »

    L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.

    Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.

    La Syrie est envahie par des terroristes étrangers

    Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.

    En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition  » le Telegraph rapportait :

    Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).

    « Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :

    The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection  contre le régime du président Bachar Al-Assad.

    À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.

    « Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants  libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »

    Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.

    On a admis que :

    Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.

    CNN a ajouté:

    Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants  libyens étaient en route.

    Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites

    En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.

    Reuters a cité Al-Khatib :

    « Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »

    L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.

    En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

    http://www.csmonitor.com/var/ezflow_site/storage/images/media/content/2012/0224-friends-of-syria-conference/11843662-1-eng-US/0224-friends-of-syria-conference_full_600.jpg

    Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien  porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.

    ….

    La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.

    Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.

    Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.

    Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

    L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)

    Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.

    La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.

    En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.

    Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.

    Tony Cartalucci, Le 28 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca

    Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer 

    Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud

    Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca