« Plus jamais ça », « La fermeté va s’imposer », « Nous serons intraitables », coups de menton et rodomontades, etc. et bla-bla-bla. On connaît la chanson, c’est « paroles, paroles », pour reprendre Dalida.
La réalité, c’est que la force revient aux dealers et que ce sont les honnêtes gens qui doivent battre en retraite. C’est tout ce qu’on est capable de proposer aux parents des petits de la maternelle située au 15, passage Élisabeth, à Saint-Ouen. Ils voteront ce jeudi pour accepter – ou non – l’alternative qui leur est proposée : déménager les quatre classes dès le retour des vacances de Pâques, le 28 avril, et répartir les enfants entre l’école Émile-Zola et la crèche Monmousseau. Plus loin, moins pratique, certes, mais « à l’abri des dealers », nous dit Le Parisien.
À l’abri pour combien de temps ?
La peur au ventre, les parents qui témoignent auprès du quotidien réclament l’anonymat. Ils ont peur des représailles. « Dès le premier jour à la rentrée de septembre, j’ai vu des guetteurs partout », dit l’un, avant d’ajouter : « Très souvent, le soir, il y a des courses-poursuites entre les dealers et la police quand on vient chercher nos enfants. » Plus grave encore, il arrive que les dealers se « débarrassent », pour éviter le flagrant délit. Alors, pour que les petits enfants ne soient pas tentés de ramasser ce qui a atterri dans la cour de l’école, on a installé un filet de sécurité. Dans les beaux quartiers, on aurait songé à un court de tennis ; ici, « on avait quand même l’impression de mettre nos enfants dans un zoo », dit un parent.
Alors, il y a fort à parier qu’ils voteront tous, ou presque, en faveur de l’exil de leurs enfants. Un éloignement qui devrait, en principe, durer jusqu’à la fin de l’année scolaire. Pourquoi ? Parce que « fermer définitivement cette école aurait été vécu comme un recul par rapport au trafic », déclare, sur X, l’ineffable Éric Coquerel, député LFI de la circonscription.
« La méthode Saint-Ouen, c’est qu’on rénove le quartier, on l’aménage et on lutte contre l’impact des dealer », a déclaré, sur Public Sénat, le maire PS Karim Bouamrane. Il pense que la création d’un terrain de sport multi-jeux va régler la question. Et peut-être, aussi, une médiathèque à brûler, comme à Dijon, ou une bibliothèque, comme à Grenoble, les deux, le mois dernier, « sur fond de trafic de drogue » ?
Oser la bonne question
Bien qu’on eût préféré qu’il soit question d’État et de gouvernement plutôt que de République, Le Figaro pose la bonne question : « C’est quoi, cette République qui laisse les enfants face aux dealers ? »
Saint-Ouen n’est qu’un énième cas - un de plus - dans la marche de la France vers un narco-État. En 2020, déjà, à Nîmes, deux écoles avaient été délocalisées dans un quartier gangrené par le trafic : tirs à l’arme de guerre, un mort, une alerte attentat-intrusion dans l’école… « Est-ce qu’on peut tranquillement faire réciter leurs conjugaisons à des enfants alors qu’un homme s’est fait abattre à quelques pas de là ? », demandait le directeur.
En 2022, à Arles, on a construit un mur devant l’école Jules-Vallès, au sein du quartier prioritaire de Griffeuille, pour protéger les enfants des tirs. L’adjointe chargée de la sécurité déplore, sur BFM : « La proximité du trafic, qui a lieu malheureusement (sic) très près de cette école, fait que le fait de faire ce mur sert à la préserver et dire que ce qui se passe dans cette école reste dans cette école. » Difficile de faire de la langue de bois plus filandreuse.
On apprend que l’initiative en revient, pour moitié, au rectorat d’Aix-Marseille, lequel va sans doute proposer, aussi, d’ériger un mur devant l’école élémentaire du quartier de Saint-Mauront, à Marseille ? Le maire supplie le préfet de faire au moins installer une caméra de vidéosurveillance, pour l’instant sans succès.
Quant à savoir ce qu’est « cette République qui laisse les enfants face aux dealers », c’est un État failli qui préfère organiser la chasse à une extrême droite fantasmée plutôt que de se préoccuper de la sécurité de ses citoyens.
Au train où vont les choses, et si les Français veulent avoir une idée de leur (proche) avenir, on leur suggère de regarder l’excellente série suédoise Paradis City. Après les murs devant les écoles, l'enceinte autour de la ville pour riches. C’est la prochaine étape.