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« Raconter une histoire des Européens qui ne se résume pas à violence, racisme et conquête, c’est aller à contre-courant » Audrey Stéphanie (Héros d’Europe) [Interview]

Avec Héros d’Europetreize modèles d’hier pour aujourd’hui publié aux Éditions du Royaume, Audrey Stéphanie signe un ouvrage captivant et salutaire, qui devrait figurer dans chaque bibliothèque familiale. En treize portraits fouillés, portés par une plume rigoureuse et vibrante, l’auteure redonne vie à ces hommes d’action qui ont façonné l’histoire européenne, de Léonidas à Don Juan d’Autriche, en passant par William Wallace ou Jules Brunet. Rien, dans ce livre, n’est inventé : tout est vrai, puisé aux meilleures sources, raconté avec fougue pour éveiller l’admiration et transmettre l’héritage.

Ce n’est pas un manuel, mais une épopée. Un hommage à l’audace, à la fidélité, à la grandeur. Porté par les illustrations puissantes de Louise Bernard et la préface de Julien Rochedy, Héros d’Europe, est un magnifique ouvrage de transmission. À offrir absolument à Noël : dès 12 ans, pour tous les jeunes – et moins jeunes – avides de racines, de récits, et d’âme.

Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, lisez donc l’interview ci-dessous que nous avons faite d’Audrey Stéphanie.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui a déclenché, chez vous, l’envie d’écrire Héros d’Europe ?

Audrey Stéphanie : L’admiration, un besoin irrépressible de transmettre et la volonté de contrecarrer l’oubli. J’ai dédié cet ouvrage à mon fils, après avoir précédemment écrit Les Audacieuses, femmes d’hier pour jeunes filles d’aujourd’hui à ma fille. La volonté est la même : que mes enfants, et les nouvelles générations de petits Européens, sachent. Qu’ils connaissent les personnages emblématiques qui ont rendu grande leur civilisation, qu’ils aient des modèles auxquels s’inspirer.

Breizh-info.com : Vous dites que l’Histoire “fait naître des flammes”. Quel moment d’écriture a été le plus bouleversant pour vous personnellement ?

Audrey Stéphanie : L’étude de chaque personnage, de par la geste qu’il a accomplie, fut autant de moments très émouvants, je ne saurais en choisir un. Ce que j’apprécie en Histoire, c’est d’explorer ces événements stupéfiants, improbables, et parfois invraisemblables tellement ils sont hardies, risqués et gratuits.
 
Comme quand une petite bande d’étudiants écossais, une nuit de Noël 1950, décident de s’introduire par effraction dans l’abbaye de Westminster pour s’emparer de la pierre de Scone (150 kilos !), six siècles après qu’elle fut dérobée à leur peuple par les Anglais, afin de la rapatrier. En voilà un moment particulièrement enthousiasmant d’écriture ! Le fait que cet antique symbole de royauté, sur lequel tous les rois écossais se sont assis et qui, selon la légende, aurait été amené en Écosse par la tribu des Tuatha de Danann, ne soit jamais tombé dans l’oubli et a qu’il ait été la cible de l’indomptable ardeur juvénile est un parfait exemple de flamme entretenue (je relate cette anecdote après le portrait de William Wallace). Le mythe, l’histoire et l’audace se confondent et c’est, à mon sens, passionnant.

Breizh-info.com : Comment avez-vous sélectionné les 13 figures retenues ? Y a-t-il des héros que vous avez dû écarter malgré vous ?

Audrey Stéphanie : Ce choix est une combinaison d’admiration et de raison : je souhaitais que ces treize hommes proviennent de divers pays d’Europe et traversent les siècles pour illustrer à quel point, malgré la distance et le passage du temps, l’héroïsme demeure une constante. Je tenais à offrir une vision d’ensemble de notre histoire plurimillénaire – anciens Grecs, Romains, Germains, Français, etc – la polyphonie constitutive de notre grande famille européenne. J’ai donc écarté ceux d’une même époque ou d’un même lieu avec un peu de chagrin parfois, je dois dire !
 
Treize, c’est évidemment minuscule, presque ridicule. La sélection est un assortiment de personnages fameux dont on ne pouvait faire l’impasse (Léonidas, William Wallace, Cervantès… ) et d’autres, moins connus dont je tenais à transmettre le souvenir (Atilius Regulus, Arminius, Jean des bandes noires, Jules Brunet…). Ils sont tous le symbole de quelque chose : Atilius Regulus, c’est le respect de la parole donnée ; Arminius, le combat entre la civilisation romaine, carrée, ordonnée, supérieure, et la liberté, les racines et les dieux des barbares ; Leif Erikson et Pythéas, sont l’incarnation de l’esprit de découverte qui a toujours animé les Européens et les a poussé à sauter dans l’inconnu au péril de leur vie, etc…
 
Enfin, j’ai souhaité également « conserver » certains personnages principaux pour le prochain Héros d’Europe, car le sujet est vaste et mérite d’être approfondi, encore et encore !

Breizh-info.com : Vous revendiquez un style très narratif, presque romanesque, tout en vous appuyant sur des sources solides. Comment concilie-t-on émotion et exactitude ?

Audrey Stéphanie : Merci pour cette question, c’est un point auquel je tiens particulièrement. Car rien dans ce livre n’est le fruit de l’imagination, je n’ai en rien « comblé » ou embelli les histoires par du romanesque, pour que ces lignes soient irréfutables. Pour que les lecteurs aient conscience que tout ce qui y est rapporté s’est véritablement passé.
Même si j’ai tenu à le raconter à ma façon, en m’éloignant le plus possible du style barbant de nos livres d’école gorgés de dates et d’informations insignifiantes. L’Histoire est passionnante, épique, incroyable aussi parfois : il faut la raconter avec passion et enthousiasme, saisir et transmettre la beauté et l’audace d’un geste.
Montrer à quel point l’entreprise d’une poignée d’hommes méditerranéens, qui, il y a plus de deux mille ans, défièrent les éléments et la peur en s’embarquant sur un petit bateau pour toucher le nord du monde alors totalement inconnu, lointain et glacial constitue une aventure folle, intrépide et extraordinaire sera toujours plus captivant que réciter mécaniquement : « Pythéas était un navigateur, géographe et astronome grec du IVe siècle av. J-C, qui a exploré les côtes de l’Europe occidentale et atteint l’Islande. »
 

Breizh-info.com : Votre livre défend l’idée d’une Europe comme aventure, pas comme construction administrative. Quelle Europe raconte votre ouvrage ?

Audrey Stéphanie : Celle d’une Europe incarnée. Car notre histoire a été faite par des hommes et des femmes en chair et en os, pas par des valeurs abstraites.  La vie et/ou les exploits de ces héros sont l’illustration tangible, palpable, réelle, des valeurs et des idéaux en lesquelles ils croyaient. Pas d’abstraction ici : la défense de la patrie charnelle, c’est un jeune homme de 18 ans, Henri de la Rochejaquelein, qui prend les armes pour défendre les siens, lançant à ses soldats « Si j’avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi ; si je recule, tuez-moi ! » et combattra jusqu’à la mort ; l’honneur, c’est un capitaine français, Jules Brunet, qui démissionne d’une brillante carrière pour ne pas abandonner un groupe de samouraïs fidèles à l’antique Japon à l’acmé de leur combat et avec lesquelles il formera une république indépendante sur l’île d’Hokkaidō. La détermination, c’est Heinrich Schliemann, qui prouvera qu’il faut parfois défier l’académisme figé des universités pour faire des découvertes, et qu’un brin de folie peut s’avérer indispensable pour réaliser son rêve, etc.

Breizh-info.com : Ces héros ont tous une fidélité à leur peuple, leur terre, leur cause. Cette fidélité existe-t-elle encore aujourd’hui ?

Audrey Stéphanie : Bien sûr, c’est justement ce que ces textes, qui brassent des époques de chaos et de renouveau, s’efforcent de démontrer !
On le voit tous les jours, même si cette fidélité semble endormie. Même si notre époque est la première à avoir décrétée que l’héroïsme est ringard et que notre histoire n’est qu’un champ de ruines dont on devrait avoir honte. Ça, ce sont les médias, la politique, la surface. Mais je suis convaincue que dans beaucoup de cœurs réside encore cet attachement. C’est une flamme qui ne peut être éteinte, parce qu’elle est consubstantielle à l’être humain, même chez les Européens dont le passé a été mystifié et dénigré. Et si certains d’entre eux haïssent leur terre et leurs ancêtres, c’est aussi (et surtout ?) parce qu’ils ne savent pas. Ils ne savent pas ce que leur civilisation a fait de grand et de beau, ils n’en connaissent que les aspects négatifs.

Breizh-info.com : Voyez-vous un fil conducteur civilisationnel qui traverse Léonidas, Arminius, Wallace, Don Juan d’Autriche ou La Rochejaquelein ?

Audrey Stéphanie : Tous ces héros ont agi pour répondre à un besoin intérieur, une force qui les a poussés à combattre au risque même de leur vie. Chacun d’entre eux aurait pu vivre une existence paisible et confortable : aucun d’entre eux n’a fait ce choix. Le fil conducteur pourrait être résumé dans la formule « fais ce que tu dois »

Breizh-info.com : Vous dites : “Ce ne sont pas des légendes, ce sont des hommes.” Pourquoi est-ce important aujourd’hui ?

Audrey Stéphanie : Parce qu’à l’heure des abstractions stériles, à l’heure des « valeurs de la République » que personne n’est capable d’énumérer, il est de prime importance d’ancrer le combat pour la civilisation européenne sur des bases concrètes. Les Léonidas, les Jean de la Valette ont existé : leur combat n’est pas une légende, même si, bien sur, leurs exploits sont passés dans la légende. Il faut dire et redire que tout est possible, que bien des choses incroyables et extraordinaires – au sens premier de ces mots – ont été faites par des hommes en chair et en os, comme vous et moi. 

Breizh-info.com : Votre livre paraît dans une époque qui doute d’elle-même. Pensez-vous que les jeunes manquent de modèles ou qu’on ne leur en propose plus ?

Audrey Stéphanie : Tout à fait ! Et si seulement ils savaient, ils ne seraient pas aussi perméables aux idéologies délétères qui débouchent sur le fatalisme, l’apathie, la guerre des sexes, la perte de confiance en l’avenir. S’ils savaient ce qu’il y a de lumineux et de positif dans notre histoire, ils n’auraient pas honte de ce qu’ils sont. S’ils savaient de quoi leurs aïeux ont été capables, ils sauraient de quoi ils sont capables à leur tour.
 
Il est aussi fondamental de ramener une juste vision des choses. Lire que Cervantès a été détenu pendant des années à Alger, le plus grand marché d’esclaves chrétiens, rappelle que les Européens n’ont pas le monopole de l’esclavage. Comprendre, en s’intéressant à la vie de Jean de la Valette, que les croisades étaient des pèlerinages hautement spirituels et que sécuriser les chemins menant aux Lieux Saints était nécessaire met à mal le mythe des sanguinaires guerres de religions chrétiennes. Apprendre, à travers l’exemple de Henri de la Rochejaquelein, que, loin de Versailles, les aristocrates n’étaient pas les détenteurs oisifs et dégénérés de privilèges, mais qu’ils avaient acquis ces derniers grâce à leur mission de protection des petites gens ébranle la dialectique entre oppresseurs et opprimés comme seul moteur de l’Histoire, etc…
 
Ce rétablissement de la vérité historique va de soi lorsque l’on se base sur des sources fiables et que l’on fournit des informations concrètes et indéniables. Et si cela est fait au sein de récits captivants, c’est encore mieux.

Breizh-info.com : En quoi l’adolescence est-elle un âge propice pour recevoir des récits d’héroïsme ? 

Audrey Stéphanie : Si je me suis adressée aux adolescents, c’est n’est pas vraiment par volonté, mais plutôt parce que les thématiques développées dans ces pages exigeaient des lecteurs capables de les comprendre. Même si je suis consciente qu’au jour d’aujourd’hui attirer les adolescents à la lecture représente un véritable défi… Or, faire un livre sur l’héroïsme et refuser un défi serait assez pitoyable, vous ne trouvez pas ? 
 
J’ai toutefois adapté le format aux temps : les récits sont brefs, cinq pages mises en valeur par Louise Bernard, qui a habilement exprimé tout le dynamisme propre aux personnages au sein de magnifiques illustrations. Et si le lecteur désire approfondir, il y a en fin d’ouvrage, toutes les sources et les textes fiables auxquels il peut se reporter.

Breizh-info.com : Certains affirment que le mot “héros” n’a plus de sens dans nos sociétés. Que leur répondez-vous ?

Audrey Stéphanie : S’il est vrai que l’on a remplacé les héros par les victimes, comme je l’ai déjà souligné, cela fonctionne en surface : les exploits, les belles actions, les sacrifices pour une noble cause feront toujours vibrer les cœurs !

Breizh-info.com : Si vous deviez n’en citer qu’un pour définir l’esprit européen, lequel serait le plus emblématique ?

Audrey Stéphanie : Impossible ! Car cela dépend aussi et surtout des sensibilités. C’est, je l’espère aussi la richesse de ce livre : avoir voulu montrer diverses sensibilités. Certains préféreront l’obstination, la pugnacité et l’impudence intellectuelle d’un Heinrich Schliemann qui prouva au monde entier que l’Iliade et l’Odyssée étaient Histoire, d’autres préféreront le caractère combatif et indomptable d’un meneur d’hommes comme Jean des bandes noires, d’autres encore seront plus attirés par la vie mystérieuse et couronnée de grandeur d’un Don Juan d’Autriche, etc.

Breizh-info.com : Vous revendiquez une idéologie : celle de la transmission. Pourquoi cette idée dérange-t-elle aujourd’hui ? On pourrait vous reprocher de nourrir une vision “romantique” de l’Europe. Est-ce assumé ?

Audrey Stéphanie : Lorsque Plutarque écrit ses biographies par la suite intitulées « Vies des hommes illustres », il le fait pour encourager les générations futures à suivre l’exemple de leur vertu. Mais à partir du moment où l’on a décrété que l’homme blanc est à la racine de tous les maux et que le passé est le règne de l’arbitraire, la transmission a peu de chances d’être valorisée. Pire encore, la seule transmission qui est encouragée est celle des aspects négatifs de notre histoire. Raconter que l’histoire des Européens ne peut se résumer à violence, racisme et conquête, c’est donc forcément aller à contre-courant de la vulgate.
Quant à savoir si ma vision est romantique, si tel est le cas, c’est bien malgré moi : n’ayant rien inventé, je n’y suis pour rien ! Peut-être que ce sont ces héros à l’être… Le seul parti-pris était de transmettre la geste de certains personnages que j’admire pour ce qu’elle a de singulier et d’atemporel.

Breizh-info.com : Que souhaitez-vous que le lecteur, jeune ou adulte, retienne en refermant Héros d’Europe ?

Audrey Stéphanie : Les noms, les exploits, les entreprises accomplies. En un mot la beauté de notre Histoire.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : Éditions Hétairie

[cc] Article relu et corrigé par ChatGPT. Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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