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  • La tuerie de Sandy Hook

    Analyse critique de la tuerie de Sandy Hook du 14 décembre 2012 aux Etats-Unis officiellement perpétrée par Adam Lanza.

    http://www.egaliteetreconciliation.fr

  • "Mariage" homosexuel aujourd'hui, PMA demain, GPA après-demain... Avec Civitas, proclamez NON ! Trois fois NON !

    1papa1maman.jpegPour les humoristes, c'est devenu un sujet de plaisanterie : "De la PMA au PMU, de la GPA au GPS, on ne s'y retrouve plus...", ironisait l'un d'eux lors d'une émission radio de grande écoute. Et il est bien vrai que ce qui se cache derrière les abréviations utilisées à foison dans les médias doit en réalité rester bien hermétique pour une bonne part de nos concitoyens. Ce n'est bien sûr pas un hasard mais la façon la plus certaine de faire avancer les pires projets en limitant l'inquiétude aux Français les plus attentifs. La gauche est à ce point consciente que ce qui se cache derrière ces abréviations barbares revêt un caractère monstrueux qui épouvanterait bon nombre de Français, qu'elle a choisi tactiquement de les dissocier du projet de loi dénaturant le mariage et la parenté que l'Assemblée nationale débat en ce moment.

    PMA pour "procréation médicalement assistée". GPA pour "gestation pour autrui". Des appelations cosmétiques pour désigner les artifices revendiqués par le lobby homosexuel pour assouvir ce qu'il considère être un "droit à l'enfant". Car le lobby homosexuel sait que la gauche étant au pouvoir (avec beaucoup d'homosexuels bien placés dans les états-majors politiques), il peut oser exiger que celle-ci satisfasse beaucoup de ses caprices.

    Alors, le PS choisit de mentir aux Français. Il leur dit que de PMA et de GPA, il n'est pas question. Le mensonge s'est toujours porté avec beaucoup de naturel au PS. Il suffit de se rappeler à quel point Elisabeth Guigou avait l'air si sincère lorsqu'elle promettait, lors du débat sur le PACS, qu'il n'y aurait jamais de "mariage" homosexuel qui suivrait. C'était hier. Le "mariage" homosexuel et l'adoption d'enfants par des duos homosexuels, c'est aujourd'hui. La procréation médicalement assistée, ce sera demain. Et la gestation pour autrui, après-demain. C'est cela la réalité du plan inique de cette gauche toujours révolutionnaire même si elle se vautre désormais dans le caviar.

    Dominique Bertinotti, adepte du double langage, ne vient-elle pas de déclarer à la radio : "Il faut procéder par étapes" ?

    Etape suivante ? La PMA sera examinée dans le cadre de la loi sur la famille présentée au conseil des ministres le 27 mars prochain.

    Et d'une étape à l'autre, le chemin n'est pas loin. Dans Le Monde (20 décembre 2012), Elisabeth Badinter écrivait : "La GPA est une pratique reconnue comme partie intégrante de la PMA par l'organisation mondiale de la santé".

    Lorsque Christiane Taubira, ministre de la Justice, dévoile une circulaire organisant le délivrement de certificats de nationalité française aux enfants nés de mère porteuse à l'étranger, c'est, quoi qu'elle en dise, un pas en faveur de la GPA.

    Il faut également rappeler le manifeste en faveur de la GPA publié dans le journal Le Monde du 13 décembre 2010. Parmi les signataires, on y trouvait Najat Vallaud-Belkacem, aujourd'hui porte-parole du gouvernement, Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, Alain Vidalies, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement ou encore François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat et très proche de François Hollande. Comment imaginer un seul instant qu'ils ont changé d'avis ? C'est bien une simple question d'étapes.

    Les plus cyniques préparent déjà le terrain.

    C'est le très fortuné Pierre Bergé, ex-"compagnon" d'Yves Saint-Laurent, patron de la société de haute couture éponyme, magnat de la presse, président du directoire du conseil de surveillance du journal Le Monde, co-fondateur de la revue homosexuelle Têtu et généreux soutien financier du parti socialiste, qui se permit à la télévision de considérer qu'il n'y avait pas de différence entre "louer le ventre d'une femme ou les bras d'un ouvrier".

    C'est l'avocate Caroline Mécary, marraine de la Marche des Fiertés LGBT, conseillère régionale écologiste d'Ile-de-France, qui dans Le Monde (7 février 2013), défend la gestation pour autrui en ces termes : "En définitive, permettre aux femmes, qui y consentent dans un cadre légal, d'offrir un enfant à un couple qui ne peut en avoir, ne serait-ce pas la plus grande subversion féministe que l'on puisse imaginer : s'affranchir enfin du devoir d'être mère ?".

    Au passage, relisez cet article en y notant combien de fois le journal Le Monde est impliqué dans cette promotion de la GPA. Bien sûr, on nous dira que le fait que Pierre Bergé en est le vrai patron n'est que pur hasard...

    En conclusion, je vous invite à rejoindre CIVITAS dans cette bataille livrée pour défendre la Famille, le mariage et l'enfant. Les prochaines semaines seront cruciales. Que les parlementaires sachent bien que nous n'oublierons pas leur attitude lors du vote de ce projet de loi dénaturant le mariage et la parenté et ouvrant la voie à la marchandisation de l'être humain.

    Alain Escada,

    président de CIVITAS

    Un millier de catholiques prient devant l'Assemblée nationale à l'appel de Civitas

    http://www.civitas-institut.com/

  • Lois mémorielles : nouvelles menaces

    Les intégristes barbus du jacobinisme n'en démordent toujours pas. En leur nom, le 30 janvier (1)⇓ le camarade Mélenchon adressait même une lettre assez singulière. Il osait protester auprès du président de France Télévisions M. Rémy Pflimlin contre le contenu d’une émission. Diffusée sur France 3 elle était intitulée "Robespierre, bourreau de la Vendée ?". Cette simple question lui semble un outrage.

    Sans doute se sentait-il diffamé en sa qualité d'héritier impénitent des persécuteurs qui, unanimes sur le point de massacrer les "brigands de la Vendée", siégèrent sans discontinuer au sein du "grand" Comité de Salut Public (1793-1794).

    Tous partagent certes la culpabilité criminelle de leur chef.

    D'un tel point de vue Carrier, le bourreau de Nantes nous donne la réponse. Voici ce que nous en rapporte Crétineau-Joly :

    "mis en jugement après le 9 thermidor. Il se défendit. Ne devait-il pas se sentir fort des crimes de tous ses collègues ? Ceux qui avaient panthéonisé Marat condamnèrent Carrier. En face de la Convention, il n'eut pour légitimer ses cruautés qu'un mot, mais un mot sublime d'horreur et de vérité : « Vous êtes tous aussi coupables que moi, s'écria-t-il, et jusqu'à la sonnette du président. » (2)⇓ .

    Il sera néanmoins guillotiné à son tour le 16 décembre 1794.

    Solidaire lui aussi, à deux siècles de distance, l'ex-candidat de la gauche "pure et dure" complétait son impudente démarche d'une signature liberticide incontestable : faisant cosigner sa lettre par le secrétaire national de son parti, le camarade Alexis Corbière il en adressait une copie à Olivier Schrameck, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Soulignant de la sorte la fonction de censure que s'est toujours discrètement octroyée ce singulier organisme, il demande même que "les historiens" (lesquels ?) puissent "bénéficier d’un droit de réponse" (comment ?).

    Du point de vue des certitudes de notre caricature nationale, le titre même de la série dans laquelle cette production prenait place ne peut paraître que suspecte : ça s'appelle "l'Ombre d'un doute". Ça commence donc franchement mal : un historien qui doute mérite une correction.

    Depuis la fameuse déclaration de Clemenceau de 1891, il ne s'agit pas seulement de considérer, en effet, que "la révolution est un bloc".

    Cette thèse historique, très discutable, et que je conteste (3)⇓ sert bel et bien de prétexte à l'interdiction de tout ce qui pourrait effriter ou démonétiser le bloc : à l'époque de Clemenceau une pièce de Théâtre opposant Danton à Robespierre, et qu'il fit interdire ; aujourd'hui une émission historique osant poser la question du rôle de l'Incorruptible dans la tentative d'extermination des Vendéens.

    On peut, on devrait en finir avec l'ensemble des lois mémorielles, légitimement toujours blâmables du point de vue de la recherche historique. Au moins cherchent-elles à défendre la mémoire des victimes : esclaves, arméniens, juifs, rwandais, etc. On peut malgré tout, sans en accepter la conservation, en comprendre les motivations.

    Au contraire la démarche de Mélenchon comme celle de Clemenceau tend à défendre celle des bourreaux.

    Le public ne s'y trompe pas, dans la mesure où cette émission de France 3 a connu un franc succès amenant les responsables de la chaîne à la programmer pour la 3e fois en moins d'un an.

    Si l'audimat avait montré une désaffection du public, le débat n'aurait pas été rediffusé.

    Car il s'agissait bien d'un débat. La responsabilité de Robespierre est affectée d'un point d'interrogation et les avis n'étaient pas unanimes.

    On peut, on doit regretter qu'il soit demeuré en cercle restreint, évacuant un certain nombre de réalités dérangeantes. Les défenseurs des royalistes ne sont pratiquement jamais conviés ; leurs travaux sont minimisés ; le principal historien de la Vendée militaire, Jacques Crétineau-Joly (4)⇓ , est une fois de plus occulté ; les causes de la guerre civile sont escamotées.

    L'impact national évident de leur contestation sera d'ailleurs toujours esquivé : quels furent les profiteurs de la révolution, de la terreur puis du bonapartisme ? qu'ont fait de la France les républicains qui s'en sont emparés et s'en prévalent aujourd'hui ? Ces questions de fond ne seront jamais abordées sur les médiats agréés par le CSA. Emmanuel Beau de Loménie qui se révéla jusqu'au bout l'un des plus éloquents à les soulever se trouva toute sa vie en butte aux persécutions et aux consignes de silence des "pollueurs de l'histoire".

    Aujourd'hui ne nous y trompons pas : sournoisement, comme un Peillon, ou grossièrement, comme un Mélenchon, on prépare un nouveau tour de vis, stigmatisant officiellement ceux qui remettent en cause la vulgate jacobine.

    JG Malliarakis http://www.insolent.fr/

    Apostilles

    1. cf. Libération 30 janvier 2013.
    2. cf. Crétineau-Joly "Histoire de la Vendée militaire" ed. Trident 2012 Tome II "De la Terreur au Concordat" page 78
    3. cf. Insolent du 30 jan 2008:"Non, la révolution n'est pas un "bloc". Seuls s'y trompent les absolutistes et les jacobins."

    Je travaille depuis plusieurs mois à la réédition de cette œuvre que j'ai la faiblesse de tenir pour majeure. [Je ne me fais, bien sûr, aucune illusion sur sa médiatisation.] Les tomes I et II sont déjà parus. Le tome III nous sera livré le 15 février. Le tome IV paraîtra en mars. Les lecteurs de L'Insolent peuvent encore bénéficier du prix de souscription.

  • Race et histoire (C. Lévi-Strauss)

    « Race et Histoire » est un court essai rédigé par Claude Lévi-Strauss en 1952, et publié dans le cadre des recherches de l’UNESCO. Ce texte est intéressant à deux titres : d’abord parce qu’il est en lui-même une réflexion fascinante, ensuite parce que venant d’une position anti-raciste (au bon sens du terme : c'est-à-dire qui prend position contre les préjugés racistes), il arrive à la conclusion que la diversité humaine est une réalité positive. C’est le point de vue d’un anti-raciste type 1950 qui révèle en contrejour l’escroquerie de l’actuel antiracisme, malhonnête et idéologique.
    Petite note de lecture, donc.
     * * * * *
    Lévi-Strauss observe, comme tout observateur de bonne foi, que l’humanité est constituée de plusieurs groupes humains bien distincts, dotés de caractéristiques bien distinctes. Il existe pour lui une humanité blanche européenne, une humanité jaune asiatique, une humanité noire africaine, et aux périphéries de ces humanités, des groupes spécifiques, parfois métissés. Cependant, ce n’est pas la donne raciale qui lui paraît déterminante. L’humanité, à ses yeux, est un produit culturel. En ce sens, l’humanité européenne n’est blanche qu’en surface. En profondeur, ce qui la distingue de l’humanité asiatique n’est pas la couleur de la peau, mais la production culturelle.
    Cette diversité culturelle est bien supérieure à la diversité biologique sur deux plans : d’abord elle définit un nombre d’unités de base bien supérieur (des milliers de cultures, seulement trois ou quatre grandes races), ensuite elle imprègne l’humain beaucoup plus profondément que la donne raciale (deux cultures périphériques situées dans le même espace racial peuvent être plus différentes entre elles que les cultures dominantes de deux grands groupes raciaux). Lévi-Strauss se donne pour objectif de l’analyser en profondeur.
    Cette diversité résulte, nous dit-il, de deux tendances fondamentales en renégociation permanente : l’une pousse à la diversification, l’autre à la convergence. Mais paradoxalement, comme la convergence peut se faire entre cultures d’origines diverses, elle crée elle-même de la diversification au sein de la culture racine. Ainsi, c’est la dialectique échange/spécialisation qui nourrit la diversité. Et Lévi-Strauss en tire sa première conclusion (hérétique pour l’antiracisme contemporain, issu du multiculturalisme) : les sociétés possèdent un optimum de diversité, en dessous duquel elles se sclérosent (faute de nouvelles synthèses à dégager), mais au-delà duquel elles cessent de fonctionner (parce qu’elles sont alors trop diverses pour que la recherche de la synthèse reste possible).
    Suit un chapitre où Lévi-Strauss commet, à mon avis, un contresens. Il explique que le fait de nier cette diversité en assimilant l’étranger au barbare (ce qui revient à dire : la seule humanité est la mienne) est précisément caractéristique du mode de vie ensauvagé. « Le barbare, » dit Lévi-Strauss, « c’est celui qui croit à la barbarie ». Ce n’est pas faux si l’on admet qu’un « barbare » est pour un Grec un homme inférieur dans l’absolu. Mais c’est faux, si l’on comprend qu’un « barbare » est aux yeux d’un Grec un homme inférieur au regard des valeurs spécifiques de la culture grecque. Cette confusion entre suprématisme et identitarisme explique pourquoi, déjà dans Lévi-Strauss, on trouve les germes des perversions ultérieures de la pensée antiraciste : le ver était dans le fruit, dès l’origine.
    Pour autant, si sa confusion entre suprématisme et identitarisme empêche Lévi-Strauss de tirer toutes les conclusions de sa propre pensée, il part d’un point de vue hétérodoxe au regard de l’antiracisme contemporain : pour lui, l’homme « partout égal » ne peut être qu’un homme abstrait, et l’antiracisme « totalisant » est donc une perversion (comme tout universalisme niveleur). A ses yeux, la croyance occidentale en une égalité potentielle de tous les hommes ramenés au modèle occidental n’est qu’une figure nouvelle du colonialisme – un suprématisme déguisé en universalisme.
    A partir de là, Lévi-Strauss opère une analyse à l’époque innovante de la notion de « progrès ». Pour lui, il ne s’agit pas d’une échelle que l’on gravit, mais d’un jeu complexe, un processus métonymique et dialectique procédant par une succession de saltations mutationnelles parfois concurrentes les unes des autres. Dans cette optique, la marche en avant de l’humanité passe par le maintien d’une grande diversité : les cultures spécifiques doivent être préservées, parce qu’elles rendent possible ce que Lévi-Strauss appelle l’histoire cumulative. De la diversité des cultures, la diversité des expérimentations, et de la diversité des expérimentations, la richesse de l’expérience globale et la fertilité des croisements. Le propos est riche d’enseignements, à une époque où l’on voudrait nous faire croire que le « métissage » est compatible avec la « diversité » - et cela même si Lévi-Strauss l’enrobe avec un argumentaire anti-occidentalo-centré qui peut parfois prêter à sourire (témoin le passage hilarant où il voudrait nous faire croire que les aborigènes australiens ont inventé le « seul » modèle social faisant de la famille le canevas sur lequel toutes les autres institutions se construisent, une position qui revient à ignorer complètement l’histoire de la société romaine).
    En conclusion, Lévi-Strauss introduit le concept de « groupe de sociétés » : les sociétés formées d’individus enserrés par les liens familiaux, explique-t-il, se constituent elles-mêmes en sociétés de sociétés, dont les « individus » sont les sociétés et les « familles » les sociétés apparentées fortement. C’est, dit-il, la capacité d’un « monde » à construire une telle « société de sociétés » qui lui ouvre les portes d’une histoire cumulative féconde. Si Lévi-Strauss a pensé cette conception en référence à la « civilisation mondiale », on observera avec intérêt qu’elle ouvre la porte à une critique positive du multiculturalisme.
        http://www.scriptoblog.com
    Note : en contrepoint, on pourra lire « La question raciale », publiée aux éditions Le Retour aux Sources. Où l’on comprend pourquoi il est difficile de défendre la diversité sans admettre la légitimité de la revendication identitaire…

  • Sait-on encore « ce qu'est la littérature ? »

    Armand Gouzien, Gabriel de Yturri, Henri Houssaye, Ernest Judet, autant de célébrités dont le nom ne dit strictement plus rien à nos contemporains. D'où vient alors qu'on prend tant de plaisir à la réédition des Souvenirs littéraires de Léon Daudet (1867-1942) ?
    DAUDET LE MAGNIFIQUE
    D'abord grâce à l'allégresse du style, à la cocasserie des métaphores, à la vivacité des portraits - fût-ce de parfaits inconnus - troussés de main de maître, qu'il s'agisse d'amis chers ou d'adversaires. À preuve : « [Paul Déroulède] était un héros de Corneille égaré dans une pièce de son oncle Emile Augier, moitié Don Quichotte, moitié basochien. Il portait du feu dans un verre vide. L'assentiment d'autrui le grisait. » Ou encore : « Le marquis de Ségur est inexistant comme écrivain, insignifiant comme historien, craintif de tout ; mais c'est un lapin blanc des plus aimables (...). À force de trotter à travers la Société et la Revue des Deux Mondes, il est arrivé à rencontrer un fauteuil académique. Personne ne lui en veut de s'y être installé et d'y brouter, en jetant de-ci de-là des yeux inquiets, maints feuillets de sa salade anecdotique. » À part chez le cher Ghislain de Diesbach, aussi svelte que Daudet était enveloppé mais lui aussi grand dîneur en ville et commensal de toute la "Société", où trouve-ton aujourd'hui cette joyeuse férocité ?
    On l'a vu avec l'évocation de Déroulède, ces Souvenirs ne se bornent pas au monde littéraire. Lui-même praticien, l'auteur des Morticoles épingle sévèrement la sphère médicale et ses mandarins (même « Charcot Imperator », ami de son père Alphonse et qu'il admire profondément, n'échappe pas à son scalpel), la basse-cour journalistique sur laquelle régnait au début du XXe siècle le directeur du Gaulois, Arthur Meyer, maître en délation (« Son désir est logé à l'enseigne de Judas ») vivant entouré d'« hommes d'affaires mystérieux, en scheim, en as, en poulo, en cohn et tronc de cohn introduits par des portes dérobées », et bien sûr la nomenklatura politique à laquelle le député Daudet Léon appartient de droit. Si, comme plus tard un certain Sarkozy, il est plein d'indulgence pour Georges Mandel et d'éloges pour « sa lucidité, son implacabilité, son érudition politique, son vouloir », d'autres sont en revanche descendus en flèche : Edouard Herriot, faux dur qu'on « sent flottant, sous ses formules friables, comme un costume de saindoux dans un caleçon de tulle illusion » ou Léon Blum, « sorte de lévrier hébreu, minaudant et hautain, type classique de dupeur du peuple, chéri des salonnards et salonnardes qu'il éblouit avec des manchettes étincelantes et des prédiction de Grand Soir ».
    Commun à toute l'Action Française, l'antigermanisme rabique de Léon Daudet, qui lui fait admirer Clemenceau et exécrer Briand, ne surprend pas. Plus étonnante, du moins pour qui n'a pas lu son Voyage de Shakespeare, est son empathie avec la littérature anglaise et même la Grande-Bretagne. La campagne écossaise, l'aquarium et le jardin zoologique de Londres l'enchantent ainsi que Westminster - « Notre Panthéon parisien, avec l'innommable Zola et l'outre vide de Jean Jaurès, est à la fois grotesque et honteux. L'abbaye de Westminster, où dorment toutes les gloires authentiques de l'Angleterre, est grandiose ». Il porte aux nues George Meredith en lequel il voit l'un des plus grands écrivains du siècle, auquel la postérité rendra forcément justice. Prédiction qui ne s'est pas réalisée.
    Michel Toda n'a sans doute pas eu tort d'écrire : « Sans la rencontre de Charles Maurras dont la pensée rigoureuse le brida et le disciplina pour son plus large profit, Daudet, emporté par son trop-plein d'énergie, par sa surabondance de vie, n'aurait pas évité les abîmes. » Mais ce sont justement ces emballements parfois immérités, ces attaques souvent injustifiées, ces outrances" hugotiformes" (le mot est de Daudet lui-même) qui, portés par une plume superbe, font près d'un siècle plus tard le prix de ces Souvenirs.
    DES ÉCRIVAINS TROP TRANQUILLES... SAUF ZEMMOUR
    Que paraissent raisonnables et convenus, en comparaison, les écrivains interrogés - d'ailleurs intelligemment, et avec une fine connaissance de leurs œuvres - par Joseph Vebret dans ses Causeries littéraires ! Bernard-Henri Lévy pose à la victime et pontifie comme à son habitude, Amélie Nothomb joue en virtuose de la fausse confidence, Patrick Poivre d'Arvor et Jean d'Ormesson rient de se voir si fascinants dans le miroir et même les provocateurs patentés comme Michel Houellebecq, Frédéric Beigbeder, Patrick Besson, Jean Dutourd ou Gabriel Matzneff restent dans le Politiquement Correct. Auquel seul déroge Eric Zemmour quand il soutient : « Depuis les années 1980, le gouvernement, les media, les élites - et particulièrement les élites juives - ont fait des Juifs LE peuple victime de la Shoah LE crime absolu de l'histoire de l'humanité, et, de fait, ont ouvert la boîte de Pandore de la concurrence victimaire. » Ajoutant que ce « crime de la concurrence victimaire » s'accompagne du « crime de la désaffiliation : plus personne, dans cette génération, ne se sentant français, on reprend ses billes ethniques, communautaires et/ou religieuses ».
    Un leitmotiv dans cette quarantaine d'interviews dont, malgré leur sagesse, beaucoup sont intéressantes : les références à Céline, de très loin l'écrivain le plus cité par les auteurs contemporains, de Pierre Assouline pour qui le Dr Destouches « surplombe tous les autres » à Zemmour, encore lui, qui en fait « le plus grand écrivain du siècle », ajoutant : « Aujourd'hui, Céline est devenu une insulte suprême, parce qu'il était antisémite. Mais c'est toujours la même chose. Premièrement : on ne sait plus ce qu'est un écrivain. Deuxièmement : on ne sait plus ce qu'est la littérature. Troisièmement : on a fait de l'antisémitisme le crime absolu. Et les trois s'emboîtent. »
    Il est décidément loin le temps où Léon Daudet, patriote mais fou de littérature, se battait aux déjeuners du jury Goncourt pour faire attribuer en 1919 le prix tant envié à Proust et à ses Jeunes filles en fleurs plutôt qu'à Roland Dorgelès pour ses Croix de bois, puis récidivait en 1932 en faveur du Voyage au bout de la nuit, manifeste pacifiste à mille lieues de ses propres options idéologiques...
    Hervé DEMESTRE. Rivarol du 22 octobre 2010
    L. Daudet : Souvenirs littéraires, éd. Grasset, collection Les Cahiers rouges. 574 pages. 13,80 €. Regrettons l'absence d'un index, indispensable dans un si gros livre, mais on se console avec la fine préface de Kléber Haedens.
    J. Vebret : Causeries littéraires, éd. Jean Picollec. 448 pages (cette fois avec index !). 24,90€.

  • France : La financiarisation prend le dessus sur l’industrialisation

    http://fortune.fdesouche.com/

  • Repenser le populisme

    Appelant le peuple à reprendre le pouvoir contre les oligarchies, les partisans du populisme entendent construire une nouvelle doctrine politique sur les cendres du conformisme.
    Encore aujourd'hui assimilé aux pires pathologies de l'espèce humaine, le populisme devient peu à peu un marqueur clivant qui ne constitue plus l'apanage des éternels bosseurs grognards, que nos intellectuels urbains rangeaient allègrement dans la case de "l'esprit gaulois impulsif". Non, il jaillit désormais aussi bien du côté de l'éternelle droite poujadiste que de celui de la gauche ouvrière. Il élargit son auditoire jusqu'aux classes moyennes au fur et à mesure que celles-ci poursuivent leur déclassement social. Il pénètre l'inconscient des hommes et femmes politiques qui y voient le gain de leur irresponsabilité, manipulations et autres démagogies gracieusement rémunérées par le contribuable durant près de trente années.
    Idéologies complices
    Avant d'évoquer une tentative de promotion d'un système politique populiste, il convient tout d'abord d'en finir avec le caractère prométhéiste des deux idéologies maîtresses du XXe siècle que sont le libéralisme et le socialisme. Si le socialisme s'est éteint avec la chute de l'URSS au début des années quatre-vingt-dix, le libéralisme, dans sa variante américaine, vient d'avorter à son entrée dans le XXIe siècle. Ce qu'il faut cependant comprendre, c'est que la vieille opposition fratricide de ces deux idéologies fondatrices de la modernité est totalement périmée. Si l'on s'en tient à la théorie de la discrimination ami-ennemi développé par Carl Schmitt, on peut même y déceler des principes totalement complémentaires qui fondent une nouvelle doctrine que certains appellent "mondialisme" ou "libéralisme libertaire".
    En effet, si le socialisme n'a pas su emprunter au libéralisme sa puissance économique pour dépasser ses contradictions mortelles, le système libéral a, lui, totalement digéré le caractère totalitaire du socialisme pour renforcer son immunité face aux violentes attaques dont il est l'objet depuis dix ans. Ainsi, l'internationalisme moral, l'interpénétration du politique dans toutes les sphères constitutives d'une société, la promotion d'une culture du désir, la foi dans le progrès, la liquidation des valeurs traditionnelles ont été chantés par le système libéral en vue d'étendre sa capacité de neutralisation des contestations humaines. Le philosophe Jean Claude Michéa, dans son essai intitulé L'Empire du moindre mal, insiste sur la nécessité de faire tomber le faux masque du libéralisme qui, pour mieux prospérer, ne cesse de se définir comme système économique du moindre mal. Or, comme le montre très bien Michéa au travers d'une lecture orwellienne, il existe une unité du libéralisme tant sur le plan économique que culturel, philosophique, sociétal et religieux. Le libéralisme ne peut plus être pensé comme un principe de réalité mais comme un projet qui absorbe toute la culture de gauche jugée compatible. Ainsi, le démantèlement de la famille traditionnelle, historiquement défendu par la gauche au nom de l'émancipation individuelle, est aujourd'hui totalement intégré dans la logique libérale d'atomisation de la société humaine. Personne ne s'étonnera dès lors que la marque de chaussure Eram lance une nouvelle campagne de promotion des nouvelles formes de famille en insistant sur le caractère sacré non pas de la famille mais du projet vendu au consommateur.
    Culture globale
    Le libéralisme a muté, il a fusionné avec les oripeaux de la culture de gauche et fonde aujourd'hui ce que l'on peut appeler la Global Culture, mise au service d'un mondialisme dont la marge de progression dépend de sa capacité à rogner les libertés du comportement humain en société. Les prémonitions de George Orwell sur le risque d'établissement d'un totalitarisme soft mais irréversible sont dès lors plus que jamais d'actualité. Bien sûr, les penseurs de la tradition et de la subsidiarité, à l'image de Charles Maurras, voyaient déjà poindre l'embastillement de l'homme réel, la dématérialisation politique de son environnement par l'hypertrophie républicaine légale ; d'où leur proposition de distinction du pays réel-pays légal. S'il faut bien sûr comprendre l'aspect totalitaire du système qui s'impose à nous, il faut également répondre de manière dialectique en puisant dans les contestations éparses, une force constitutive d'une nouvelle réflexion politique. Et celle-ci est déjà toute désignée par ses ennemis jurés : la pensée populiste.
    Au-delà de Poujade
    Si, dans les années cinquante, le populisme était caractérisé par des réactions impulsives et incohérentes d'une frange de la société traditionnellement contestataire et dont la traduction politique s'inscrivait dans le poujadisme, il dégage aujourd'hui une tout autre saveur et propose de nouvelles perspectives. Déjà au temps de Pierre Poujade, il illustrait les réactions des petits commerçants, des artisans et des petits patrons ; forces créatrices et gestionnaires des villes, des quartiers, de la vie en communauté. Bien entendu, ce sont également les premiers à supporter fiscalement l'extension du champ d'action des pouvoirs publics tout en subissant les conséquences du cadenassage de leur activité professionnelle. Cependant, jamais cette forme de populisme n'a pu déboucher sur une action politique consciente, se cantonnant à des réactions pulsionnelles sans lendemain, sans jamais comprendre que le seul vecteur d'action durable demeurait l'État.
    Alors, comment définir le populisme et l'organiser sur le plan politique ? Le populisme doit d'abord être envisagé comme une conceptualisation politique du peuple à partir d'une prise de conscience de son antagonisme à l'égard des élites qui ne le représentent plus. Dans un deuxième temps, il doit incarner un modèle de société qui fait fi d'une conception moderne des droits de l'homme pour lui préférer la défense des libertés des hommes dans le réel, c’est-à-dire dans le respect du principe de subsidiarité. Un État ayant pour doctrine le populisme ne s'arrogera pas le droit de décider ou non de l'interdiction de fumer, ni de prendre un arsenal répressif à l'encontre des automobilistes. Enfin, dans un troisième temps, le populisme proposera l'unité d'action des hommes en fonction de leur activité, de leurs lieux de vie et de leur statut social. Il n'opposera plus les Français en fonction de critères idéologiques gauche-droite, solidarisant dans l'enceinte de l'UMP, par exemple, un grand banquier avec un petit patron de PME et, au PS, un chanteur millionnaire avec un ouvrier smicard. Il défendra l'éthique de la proximité et de l'enracinement comme garant de la liberté de l'homme contre les processus oligarchiques. Un nouveau bloc de constitutionnalité permettra, par exemple, de contrôler l'action de l'État non plus dans une logique droit-de-l'hommiste, mais avec une finalité populiste de défense des libertés locales et des intérêts du peuple.
    La conquête de l'État
    À l'inverse de George Orwell et de Michéa, qui ne proposent pas d'alternative politique, la doctrine populiste envisage la conquête de l'État comme indispensable à la manifestation du pouvoir du peuple contre les oligarchies. L'État symbolise également l'opposition au mondialisme et c'est pourquoi le populisme du XXIe siècle, loin dénoncer la puissance publique, en fera un acteur incontournable pour faire naître les bases d'une société populiste. C'est pourquoi l'État total, selon les mots de Carl Schmitt, aura vocation à interpénétrer tous les ordres sociaux pour contrecarrer l'État total ennemi. Il entreprendra toutes les actions nécessaires pour reconstituer le tissu familial volontairement démantelé par l'État ennemi, pour promouvoir le statut des associations, des syndicats de professions, des conseils d'arrondissement, des provinces. Il ne s'agit donc en aucun cas d'esquisser les contours d'une société idéale, ni de proposer un système politique alternatif finalisé, mais bien d'ouvrir les champs de réflexion et d'études pour que la pensée politique renaisse des cendres du conformisme. C'est ainsi, par exemple, que les magistères de Charles Maurras, de Sainte-Beuve, des penseurs de la communauté, du socialisme Français, de la décroissance pourront être réactualisés et redécouverts en vue de fonder la nouvelle pensée politique alternative au mondialisme.
    Jean Goursky L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 1er au 14 décembre 2011

  • bientôt 500 000 !

    “Pour vérifier la véracité des nombreuses informations diffusées par mail, je me suis rendu personnellement au Chesnay dans la salle où sont dépouillées les pétitions qui arrivent de toute la France et ai recueilli des informations vérifiées auprès des responsables du dépouillement..

    Au 5 Février, 295000 pétitions avaient été vérifiées et validées. La date limite pour le retour des pétitions a été fixées au 12 Février prochain (cachet de la poste faisant foi). Il reste donc une petite semaine pour convaincre que se trompent ceux qui imaginent qu’il est trop tard ou que cela ne sert à rien.

    Le rythme d’arrivée des pétitions est compris actuellement entre 30 000 et 50 000 par jour. Le seuil de 500 000 peut être atteint. Il serait dommage que les défaitistes fassent qu’il manque 10 000 signatures. Plus de 100 bénévoles se relaient de 9 h à 23 h pour ouvrir le courrier, le trier, le vérifier et le classer. La ruche est impressionnante. Les pétitions doivent être remplies complétement et acheminées par voie postale ( mails ou télécopies ne peuvent être pris en compte)

    Au 6 Février, 350 000 pétitions avaient été vérifiées et validées. La date limite pour le retour des pétitions a été fixées au 12 Février prochain (cachet de la poste faisant foi). Il reste donc une petite semaine pour convaincre que se trompent ceux qui imaginent qu’il est trop tard ou que cela ne sert à rien.

    Ce qui est faux : La Poste ne fait aucune rétention de courrier et les postiers qui apportent chaque jour des centaines de kg de lettres sont très désapointés que l’on puisse imaginer qu’ils se préteraient à une telle manœuvre.Les mails qui circulent à ce sujet sont des hoax et il ne faut pas les rediffuser.”

    On apprend que hier soir, 7 février, les 400 000 ont été atteintes… Il en faut encore. Vous avez tous un voisin, un ami ou un membre de votre famille qui n’a pas signé ! Cliquez ici.

    http://fr.altermedia.info

  • Attention, danger : les idées du FN progressent !

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    Lu dans Le Monde :

    Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées. C'est le principal enseignement du baromètre d'image du Front national édition 2013 réalisé par TNS Sofres du 24 au 28 janvier pour France Info, Le Monde et Canal Plus. Ce baromètre présente l'avantage de cerner les évolutions de perception de ce parti sur une longue période, puisqu'il fait l'objet d'une édition annuelle depuis 1983.

    Aujourd'hui, 47 % des personnes interrogées estiment que le FN "ne représente pas un danger pour la démocratie" (soit 8 points de plus qu'en 2012). Ils sont dans la même proportion à penser le contraire (en recul de 6 points par rapport à 2012). Des chiffres inédits depuis 1984. Mais à cette époque, le FN émergeait à peine sur le devant de la scène politique. Il n'était pas, contrairement à aujourd'hui, le troisième parti de France. A titre de comparaison, plus de 70 % des sondés désignaient ce parti comme un danger dans la seconde partie des années 1990.

    Ces résultats soulignent donc de manière significative une normalisation du parti d'extrême droite. Et notamment sous le prisme des sympathisants de droite : 54% de ceux de l'UMP disent ainsi ne plus percevoir le FN comme un danger. 

    SANS PRÉCÉDENT  

    Le niveau d'adhésion aux idées portées par le Front national reste pour autant stable, à 32 % (contre 31 % en 2012). Ce qui constitue tout de même un record depuis 1991. 63 % se disent en revanche en désaccord avec les idées défendues par le parti d'extrême droite.

    Autre signe de normalisation de la perception du FN : pour la première fois, le leader du Front national (aujourd'hui Marine Le Pen), est davantage désigné comme le représentant d'une "droite patriote attaché aux valeurs traditionnelles" (44 % des sondés, contre 41 % l'année précédente) que comme un représentant "d'une extrême droite nationaliste et xénophobe" (43 % des personnes interrogées, contre 45 % en 2012). Cela n'était évidemment pas le cas durant les longues années de présidence de Jean-Marie Le Pen. C'est sans précédent depuis 1983.

    En particulier, 54 % des sympathisants UMP considèrent, selon cette enquête, que Marine Le Pen est une représentante d'une "droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles". 51 % d'entre eux déclarent adhérer aux "constats exprimés par Marine Le Pen, mais pas à ses solutions".   

    Les idées défendues par le FN rencontrent le plus d'adhésion dans un électorat peu ou pas diplômé, chez les ouvriers (42 % se disent d'accord), les employés (34 %), dans les zones rurales (41 %), les rurbains (36 %) et périurbains (38 % d'adhésion). A l'inverse, ceux qui disent rejeter le plus les idées frontistes sont les diplômés d'études supérieures (79 % pas d'accord avec les idées du FN), les urbains surtout dans les grandes villes, les cadres et professions intellectuelles (85 % de désaccord).   

    Politiquement, 83 % des électeurs de gauche se disent en désaccord avec les idées du FN, avec une pointe de rejet à 86 % au Front de gauche.   

    "Ce n'est pas une rupture. Le mouvement entamé depuis plusieurs années se poursuit : un FN présent de manière continue dans la politique française ne crée pas de crispation comme il pouvait y avoir à une époque, note Edouard Lecerf, directeur général de TNS Sofres. Il y a une forme d'intégration très claire à droite dans la prise en compte du FN comme un élément complémentaire de la vie politique française." Du point de vue des électeurs de droite, le FN devient donc un acteur "comme un autre" du jeu politique en France.   

    "CAPABLE DE GOUVERNER"  

    Ces résultats attestent de la réussite de la stratégie dite de "dédiabolisation" voulue et portée par Marine Le Pen. Ce choix a été conçu, d'abord, pour banaliser le FN, lui "retirer la tunique de Belzébuth" nourrie du "soupçon d'antisémitisme" qui pèse sur lui, selon les termes de Mme Le Pen. Surtout, cette dernière a voulu, depuis son accession à la tête du FN il y a deux ans, élargir son électorat en ne cantonnant plus son parti à la seule fonction protestataire. Mme Le Pen a ainsi mis l'accent dans son discours sur des thèmes économiques et monétaires.   

    Davantage de sondés voient Marine Le Pen comme capable de gouverner. Point sur lequel elle a gagné en crédibilité. Leur proportion est ainsi passée de 31 % en 2012 à 35 % aujourd'hui, alors que dans le même temps, la part de ceux qui voient le FN comme un parti essentiellement contestataire a reculé de 57 à 54 %. Le potentiel électoral du FN est en outre important : 27 % des personnes déclarent envisager de voter FN à l'avenir. Parmi eux, deux tiers de personnes l'ont déjà fait, un tiers est composé de "nouveaux potentiels".

    Cette crédibilité nouvelle se note aussi dans l'image que Marine Le Pen revêt chez les sondés. Elle est perçue comme "volontaire" (81 %), "capable de prendre les décisions" (69 %), ou "de comprendre le quotidien des Français" (49 %).  

    LA PERMÉABILITÉ DE L'ÉLECTORAT DE DROITE

    Plus étonnant, pour 53 % des personnes interrogées, Marine Le Pen serait "capable de rassembler au-delà de son camp". Un paradoxe quand on se souvient que la présidente du FN ne cesse de rejeter toute alliance avec la droite, se bornant à agréger dans le Rassemblement bleu Marine de minuscules partis sans poids politique.  

    Crédibilité en hausse et perméabilité de l'électorat de droite. Ces deux ingrédients donnent logiquement un souhait d'alliance entre l'UMP et le FN en progression. 28 % des personnes interrogées estiment donc que l'UMP devrait "faire des alliances électorales selon les circonstances" avec le FN. Une progression de 4 points par rapport à l'an dernier. A l'UMP, ils sont 38 % à partager cet avis et 43 % au FN.

    Si l'on y ajoute les 11 % des sondés qui estiment qu'il faut que l'UMP traite le FN en allié, le souhait d'alliance entre la droite parlementaire et l'extrême droite atteint 39 % des personnes interrogées. A l'inverse, ils sont 29 % à penser que l'UMP doit refuser "tout accord politique avec le FN mais sans le combattre" et 18 % à estimer que l'UMP doit le combattre. Cependant ces chiffres importants sont contrebalancés par un refus majoritaire d'alliance UMP-FN lors des municipales. 59 % des personnes interrogées ne veulent pas d'alliance au cas par cas (51 % à l'UMP) et 62 % refusent un accord électoral national (53 % à l'UMP).

    Sur cette question, ce sont les électeurs FN qui sont le plus demandeurs : 68 % d'entre eux appellent à une entente au cas par cas, 62 % à une alliance globale.

      http://rivarol.over-blog.com/

  • SEYFO 1915 : l’histoire niée et occultée du génocide assyrien – Par Eric Timmermans

    SEYFO 1915 : l’histoire niée et occultée du génocide assyrien – Par Eric Timmermans

    Image ci-dessus : en rouge, régions majoritairement assyriennes au moment du génocide.

    « Nous Assyriens avons perdu les deux tiers de notre population en 1915. Nous avons été arrachés de notre terre natale. Les survivants du génocide furent jetés dans des lieux éloignés dans le monde. Aujourd’hui nous luttons pour notre pure existence. » (Seyfo 1915. Allocution de Sabri Atman, spécialiste du génocide de 1915, à la Chambre des Communes de Londres le 24 janvier 2005, à l’occasion de la conférence organisée par l’institut Firodil)(10).

     

    [NDLR : Seyfo est le nom sous lequel est également connu le génocide assyrien]

    Les personnalités assyriennes et les spécialistes du génocide assyrien soumis à la « loi du silence » jusque sur le sol européen ?

    Le 11 décembre 2007, vers 15h30, à l’Université de Örebro, en Suède, un homme s’écroule. Un individu vient de l’attaquer par derrière et de lui porter plusieurs coups de couteau au cou. Le 12 décembre, la mort de cet homme est annoncée. Il se nommait Fuat Deniz.

    Aussitôt, la police suédoise, en liaison avec la Säkerhetspolisen (SÄPO), soit la Sûreté suédoise, annonça qu’elle examinait l’hypothèse d’un attentat politique, et les observateurs de tourner leurs regards vers certains milieux radicaux turcs. De fait, le Dr. Fuat Deniz (1967-2007), sociologue et écrivain suédois d’origine assyrienne, travaillait au Département des Sciences Politiques et Sociales de l’Université d’Örebro. C’était une personnalité connue de la communauté assyrienne en Suède et il était également connu internationalement pour sa recherche sur le massacre des Assyriens de Turquie.

    Certes, il s’avéra ultérieurement que les motivations de cet assassinat n’avaient rien de politiques. La thèse de l’attentat politique fut dès lors écartée (Nouvelles d’Arménie Magazine,18 janvier 08, 14 : 23. Voir sources en fin d’article). Pourtant, a priori, cette thèse n’avait rien de saugrenue. Les recherches du docteur Deniz portaient sur le massacre des minorités chrétiennes en Turquie, en 1915, et spécialement sur le génocide assyrien. Il avait consacré sa thèse de doctorat –« L’Odyssée d’une Minorité : l’Exemple assyrien-chaldéen-syriaque »- à cette question, et il comptait y consacrer un second livre. En outre, Fuat Deniz devait participer à une conférence internationale consacrée à l’identité assyrienne et au génocide des Assyriens par les Turcs, le 14 décembre 2007, à l’Université de Leiden, aux Pays-Bas. La thèse de l’assassinat politique, si elle ne put être effectivement retenue dans le cas qui nous occupe –il s’agirait d’un meurtre lié à un contentieux familial très ancien-, était d’autant moins absurde que plusieurs collègues de Deniz, en Suède, avaient eux-mêmes été menacés en raison de leur travail sur les génocides assyrien et arménien.

    Comme l’a souligné, pour le journal suédois Svenska Dagbladet, David Gaunt, historien suédois de l’Université Söderthörn (sud de Stockholm), « Il y a une menace contre tous ceux qui conduisent des recherches sur les Assyriens et les meurtres de masse sous l’Empire Ottoman. De temps en temps des gens prétendant être des journalistes apparaissent et prennent des photos de ceux qui suivent des séminaires (sur ce thème). Même si ce ne sont pas toujours des menaces directes elles sont sous-entendues. C’est une question extrêmement sensible où les recherches sont prises pour des faits politiques. Tous ceux qui s’intéressent aux minorités chrétiennes en Turquie le vivent comme une menace. » (jcdurbant.wordpress.com, voir sources en fin d’article)

    Les Assyriens, des chrétiens d’Orient méconnus

    Pour l’écrasante majorité des Européens, le terme « assyrien » renvoie exclusivement à la plus haute antiquité proche-orientale et à l’univers feutré des salles de musée. Nous viennent à l’esprit des images de palais grandioses, de statues monumentales et de jardins suspendus, de dieux et de déesses, qui n’ont plus rien de commun avec la réalité des populations assyriennes du 21e siècle. Comme nous allons le rappeler, les populations assyriennes furent l’objet d’un génocide orchestré par l’Empire ottoman, au même titre que les populations arméniennes. Mais l’extermination planifiée des deux tiers de ce peuple, sa dispersion en de nombreuses communautés réparties désormais sur plusieurs continents et la notoriété de l’ampleur et de l’horreur du génocide arménien, ont abouti à l’occultation pratiquement totale de l’histoire de ce peuple que l’on commence à peine à redécouvrir.

    En France et dans le monde occidental francophone, les travaux de Josef Yacoub ont toutefois permis de souligner les caractéristiques des Assyriens, « ce professeur de science politique à l’université catholique de Lyon a publié de nombreux ouvrages et articles sur la question des minorités et la nécessité de leur articulation au sein des Etats modernes. La minorité syriaque est encore mal connue dans notre pays et un travail sur l’histoire et le destin des minorités chrétiennes du Moyen-Orient (Syriaques orthodoxes, Chaldéens, Assyro-Chaldéens) est primordial. » (jcdurbant.wordpress.com, voir sources en fin d’article). De fait, il convient aujourd’hui de rappeler à la mémoire du monde l’odyssée tragique du peuple assyrien et de relayer, autant que faire se peut, ses légitimes revendications.

    Définir ce qu’est le peuple assyrien n’est guère chose aisée pour l’observateur extérieur, d’autant que les différentes composantes de ce peuple, adeptes d’auto-désignations ethniques particulières, ne s’accordent pas toujours entre elles, et ce pour des raisons tant historiques que religieuses et linguistiques. Pour résumer, disons que les Assyriens se présentent, d’une part, comme les héritiers de l’ancien Empire assyrien, d’autre part comme les héritiers des anciens Araméens dont la langue était la langue administrative de l’Empire perse. Du 3e siècle, jusqu’à l’an 650 de l’ère chrétienne, l’araméen constituait la principale langue écrite au Proche-Orient et pouvait servir de langue véhiculaire dans pratiquement l’ensemble du monde connu, de l’Egypte à l’Indus. Il existe également un alphabet araméen particulier. L’araméen appartient, comme l’hébreu et l’arabe, à la famille sémitique. Son nom a pour origine Aram, une ancienne région du centre de la Syrie. On distingue aujourd’hui trois groupes dialectaux : le néo-araméen occidental (ou syriaque occidental, que l’on retrouve dans certaines régions de Syrie et du Liban, de même que dans la diaspora américaine) ; le néo-araméen oriental (ou néo-syriaque, syriaque vulgaire, qui compterait quelques centaines de locuteurs particulièrement concentrés dans le nord de l’Irak, dans le Caucase et dans la diaspora d’Europe, des Amériques et d’Australie) ; le néo-araméen central (que l’on parle encore dans les villages de la région de Tur-Ubin, en Turquie, de même que dans la province syrienne d’Al-Hasaka et dans la diaspora, particulièrement en Suède).

    Ces populations se divisent en outre en un certain nombre d’églises dont les membres ont leur préférence en matière d’auto-désignation ethnique (Assyriens, Araméens, Syriaques, Chaldéens…) : l’Eglise apostolique assyrienne de l’Orient et l’Ancienne Eglise de l’Orient (« Assyriens orientaux »), de même que d’autres chrétiens de langue araméenne membres d’autres églises de tradition syriaques telle que l’Eglise syriaque orthodoxe, l’Eglise catholique syriaque, l’Eglise maronite (« Assyriens occidentaux ») et l’Eglise chaldéenne (Assyriens orientaux de confession catholique). Afin de simplifier, nous utiliserons donc le terme « Assyrien » comme terme générique, et les termes « araméens » et « syriaques » comme des « presque-synonymes ».

    Au début du 20e siècle, les populations assyriennes étaient largement concentrées dans ce qui correspond aujourd’hui à la région où se rejoignent les frontières de l’Irak, de l’Iran et de la Turquie (plus précisément : la Turquie orientale, le nord de l’Irak et le Nord-Ouest de l’Iran) ; à noter que les Assyriens de Perse seront également exterminés par les troupes ottomanes). D’importantes communautés étaient localisées non loin du lac d’Orumieh (Perse), du lac de Van (particulièrement la région du Hakkari), en Mésopotamie, de même que dans les provinces de Diyarbakir, Erzeroum et Bitlis (aujourd’hui situées en Turquie). Ces populations avaient pour principaux voisins des populations majoritairement musulmanes (à l’exception du Hakkari et, dans une moindre mesure, du Tur-Abdin, « région-refuge » des Assyriens). La population assyrienne était en grande partie rurale et se voyait traitée, tout comme les autres chrétiens de l’Empire ottoman, comme des citoyens de second ordre, avant de se voir accusés par les politiques, suite aux défaites subies par les troupes ottomanes face à l’armée russe, de constituer une « cinquième colonne chrétienne » dans l’Empire, ce qui devait déboucher sur le génocide que l’on sait. Celui-ci était déjà en cours au 19e siècle, connut une pointe dans les années 1895-1896 (massacres de Diyarbakir), puis son apogée dans les années 1914-1923, qui seront d’ailleurs suivies de persécutions, d’intimidations et de vexations constantes, celles-ci expliquant l’exode massif des Assyriens survivants vers l’étranger.

    Une résistance militaire assyrienne tenta bien de s’organiser, mais le petit nombre de résistants, leur manque d’armes et de munitions et le fait qu’ils furent, en définitive, lâché par le Royaume Uni, ne lui permit pas de remporter des succès militaires décisifs. Un certain nombre d’assauts furent cependant menés, notamment à Ainwardo, où un grand nombre d’Assyriens affluèrent. Ils furent ainsi 22.000 à y résister durant deux mois. Le 3 mars 1918, les forces ottomanes, menées par des soldats kurdes, assassinèrent l’un des leaders assyriens de l’époque, Mar Shimun XIX Benyamin. Les Assyriens ripostèrent en attaquant avec succès la forteresse kurde de Simku. Leur victoire ne leur permit toutefois pas de capturer le leader kurde responsable de la mort de Mar Shimun XIX Benyamin, qui parviendra à prendre la fuite. Les Assyriens vont ainsi mener un certain nombre de combats contre les forces ottomanes, mais leur manque de moyens et leur isolement politique les prédestinaient à la défaite. Certes, Londres, qui, dans le cadre de la Première guerre mondiale et pour des raisons économiques –vues sur les réserves pétrolières de la région de Mossoul-, voulaient obtenir le soutien des Assyriens, leur avait promis qu’à l’issue de la guerre, un Etat leur serait octroyé.

    SEYFO 1915 : l’histoire niée et occultée du génocide assyrien – Par Eric Timmermans

    « The Assyrian Levies ». Crédit photo : atour.com, via Wikipédia, (cc).

    Les Assyriens jurèrent donc fidélité au Royaume Uni qui, comme on le sait, ne tint pas parole et abandonna par la suite les Assyriens à leur sort. Un escadron assyrien, réuni dans une unité militaire moderne, « The Assyrian Levies », a pourtant servi sous commandement britannique de 1918 à 1955. Cet escadron incluait notamment une unité parachutiste et il servit de nombreux fronts (Italie, Grèce, Albanie, Proche-Orient…).

    En Europe, aujourd’hui, la grande majorité de la population syriaque survivante est présente en Suède où l’on compterait environ 60.000 Syriaques, parfaitement intégrés dans la société suédoise. Il en était ainsi de Fuat Deniz, qui naquit en 1967 dans le village de Kerbûran, dans la région du Tour Abdin (Sud-Est de la Turquie), et qui émigra en Suède, avec ses parents, à l’âge de huit ans. De fait, nombre de Syriaques, pour des raisons tant politiques que religieuses (ex. : assassinats non-revendiqués dans des villes du sud de la Turquie), émigrèrent dans ce pays, dans les années 1970. Une grande partie de cette population vit aujourd’hui dans une ville du sud de la région de Stockholm, Södertälje. De fait, seules quelques familles syriaques osent encore vivre dans des agglomérations du sud de la Turquie, les autres ayant choisi d’émigrer en Europe, dans les Amériques ou en Australie. Le 11 mars 2010, le génocide du peuple assyrien a été officiellement reconnu par le parlement suédois, au même titre que les génocides des Arméniens et des Grecs pontiques. En Belgique, la communauté araméenne n’est certes pas aussi importante qu’en Suède, mais on retrouve néanmoins à Bruxelles 80 % de la communauté araméenne de Belgique soit, selon le journal Le Soir, 1500 familles, soit environ 5000 personnes. Elle tente de faire entendre sa voix notamment par des manifestations (devant le mémorial arménien d’Ixelles, au parc du Cinquantenaire), mais ne bénéficie que d’une médiocre, pour ne pas dire d’une inexistante, couverture médiatique.

    Le génocide physique des populations chrétiennes de Turquie a donc été parachevé par un génocide culturel. Aussi est-il aujourd’hui essentiel de parler de ces identités saccagées, d’entretenir leur mémoire, et voilà pourquoi les travaux de Fuat Deniz seront poursuivis, « car l’étude de l’identité de ces minorités est fondamentale pour comprendre la complexité et la diversité des populations aux traditions anciennes ayant habité au Moyen-Orient. Ses travaux avaient mis en évidence la permanence dans le temps de l’identité syriaque, souhaitons que d’autres voix surgissent pour porter cette exigence scientifique. » (5).

    A noter encore que si, au Traité de Lausanne de 1923, les Arméniens, les Grecs et les Juifs obtinrent d’Istanbul le droit de pratiquer librement leur religion, les Assyriens durent, eux, y renoncer. En outre, ils ne sont toujours pas reconnus comme un peuple autochtone, ni même une minorité, en Turquie.

    Seyfo : cet autre génocide nié par la Turquie

    Ankara, nous le savons, s’obstine à ne pas reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien dont la Turquie va d’ailleurs jusqu’à contester l’existence (nette révision à la baisse du nombre de victimes, assimilation de celles-ci à des activistes révolutionnaires, mise en cause de prétendus « bandits et pillards arméniens » qui, selon la Turquie, seraient les vrais exécuteurs des massacres, etc.) et mène une campagne acharnée contre tout Etat (dont la France) ou personne qui ose affirmer la réalité de cette extermination planifiée des populations arméniennes sous l’empire ottoman. Ainsi, au début de l’année 2004, un romancier turc nommé Orhan Pamuk, qui avait osé écrire, dans un journal suisse, qu’un million d’Arméniens avaient été massacrés en 1915, a vu ses livres rassemblés et brûlés dans les rues de Turquie. Mais si le génocide arménien est connu, le génocide assyrien, lui, n’évoque généralement rien pour la grande majorité des citoyens européens. Or, ce génocide a bel et bien existé et a été reconnu par l’IAGIS, l’Association Internationale des Universitaires Spécialistes du Génocide.

    En 2007, dans le cadre d’un complément d’études, l’IAGIS votait massivement –la motion a été adoptée à 83 %- « la reconnaissance des génocides infligés aux populations assyriennes et grecques de l’Empire ottoman entre 1914 et 1923 » a ainsi indiqué le journaliste indépendant français Jean Eckian. La résolution de l’IAGIS déclare ainsi que « c’est la conviction de l’IAGIS que la campagne contre les minorités chrétiennes de l’Empire ottoman entre 1914 et 1923 constitue un génocide contre les Arméniens, les Assyriens, les Pontiens et les Grecs de l’Anatolie » et « invite le gouvernement turc à reconnaître les génocides contre ces populations, à présenter des excuses officielles, et à prendre rapidement des mesures importantes pour les réparations. » (6).

    SEYFO 1915 : l'histoire niée et occultée du génocide assyrien - Par Eric Timmermans

    Corps de victimes du génocide assyrien. Crédit photo : auteur inconnu, via Wikipédia.

    Les Assyriens et les Grecs ont donc bien été exterminés dans des conditions analogues et avec des méthodes globalement semblables à celles utilisées par les Ottomans dans le cadre du génocide perpétré à l’encontre de la population arménienne de l’Empire : expropriations, expulsions, enlèvements (particulièrement des femmes et des adolescentes, parmi les plus jolies), mariages forcés, conversions forcées à l’islam, famines organisées (notamment dans des camps de concentration édifiés en zone désertique), marches de la mort, déportations en wagons à bestiaux, et, finalement, exécutions directes. Ces crimes furent commis par les génocidaires turcs et leurs supplétifs kurdes (« massacreurs d’infidèles », trop heureux de se débarrasser de leurs voisins et rivaux arméniens), de 1894 à 1923, soit bien au-delà du génocide proprement dit de l’été 1915, et ce sous les régimes du Sultan Abdul Hamid, des Jeunes-Turcs et de Mustapha Kemal Attaturk (jcdurbant.wordpress.com). Sir Henry Robert Conway Dobbs, haut-commissaire du royaume d’Irak sous mandat britannique de 1923 à 1929, estimait à cette époque que les Assyriens, persécutés et massacrés dans tout l’Empire ottoman, avait perdu environ deux tiers de leur peuple. Au cours de l’histoire de l’Empire ottoman, il y aurait ainsi eu une trentaine de génocides perpétrés contre les Assyriens, les faisant passés de vingt millions à un ou deux millions. De manière plus générale, la population chrétienne qui représentait jadis un tiers de la population de la Turquie, n’en représenterait plus que 0,1 % aujourd’hui (jcdurbant.wordpress.com). Ajoutons, à titre indicatif, que sur les centaines de villages assyro-chaldéens-syriaques présents dans la région du Hakkari (Turquie), seuls dix villages ont survécu au génocide (la-croix.com, citant l’Institut assyro-chaldéen-syriaque).

    Au total, le génocide turc aurait fait 270.000 morts parmi les Assyriens, si l’on en croit l’universitaire Joseph Yacub, mais ces chiffres ont été largement revus à la hausse : l’Agence d’informations assyriennes évoque ainsi 750.000 morts, soit les trois quarts de la population assyrienne de l’Empire ottoman. On compte également 1,5 million de victimes arméniennes et 500.000 victimes grecques, soit un total d’environ 2,75 millions de chrétiens orientaux exterminés. Ce génocide trouve notamment son origine dans les défaites subies par les troupes ottomanes face aux armées russes sur le front caucasien. A la suite de ces défaites militaires, les autorités ottomanes prétextèrent un complot des Arméniens contre l’Empire, dans le but de légitimer la déportation et l’extermination de ceux-ci. Suite à une nouvelle défaite face aux Russes, à Sarikamish, le 29 décembre 1914, après laquelle l’Empire ottoman se voit envahi par les troupes de Moscou, puis au soulèvement de la ville de Van, le 7 avril 1915, les Jeunes-Turcs vont profiter de l’occasion pour exterminer la totalité des Arméniens de l’Asie mineure. Ce sera ensuite le tour des Arméniens du reste de l’Empire, auquel il faut donc ajouter les victimes assyriennes et grecques. Les massacres de 1915 ne constituent donc pas un élément isolé de l’histoire turco-ottomane, mais un point d’orgue dans une opération génocidaire qui s’étala sur des siècles et s’accéléra dans la moitié du 19e siècle pour finalement atteindre son apogée au début du 20e siècle.

    A Ankara, l’élite politique veut considérer le triple génocide des Arméniens, des Assyriens et des Grecs comme un élément du passé relevant exclusivement du domaine des historiens, comme si la Turquie actuelle n’avait plus qu’à oublier les persécutions et les massacres commis par elle durant un passé finalement assez récent. A cette attitude, il est permis de répondre : « Notre problème est ceux qui ont planifié et mis en œuvre ce génocide. Vous croyez peut-être que c’est bizarre, puisque les criminels sont tous morts. En effet. Mais c’est sur leur héritage que le pays a été fondé. C’est de cette façon que la République moderne de Turquie a été fondée. La Turquie a été homogénéisée, et cela est uniquement dû aux exterminateurs. Il n’est pas exagéré de prétendre que la prospérité économique et les succès des élites politiques en Turquie n’ont pu être réalisés que grâce au génocide des Chrétiens. Et je n’ai pas entendu parler de recherches sérieuses sur ce sujet en Turquie à ce jour. » (Sabri Atman, allocution à la Chambre des Communes de Londres, le 24 janvier 2005).

    SEYFO 1915 : l'histoire niée et occultée du génocide assyrien - Par Eric Timmermans

    Cliquer sur l’image pour l’agrandir. Crédit photo : EliasAlucard, (cc).

    Mais, faut-il le préciser, Ankara ne reconnaît pas plus les génocides assyrien et grec que le génocide arménien. Ainsi, lorsque la Municipalité de Sarcelles fit ériger, le 15 octobre 2005, une stèle (photo ci-contre) à la mémoire du « génocide assyro-chaldéen », Uluç Özulker, ambassadeur de Turquie en France écrivit au maire de Sarcelles, une lettre datée du 20 octobre et écrite en ces termes : « C’est avec une grande surprise que j’ai été témoin qu’une stèle à la mémoire d’un certain « génocide assyro-chaldéen » dont je n’ai pu trouver trace nulle part dans l’histoire, a été érigée par vos louables efforts personnels et inaugurée par votre Municipalité en votre présence le 15 octobre. Je vous félicite d’avoir écrit une nouvelle page d’histoire inconnue ! »

    Nulle trace du génocide assyrien dans l’histoire, donc, selon M. Özulker. Mais comme le rappelle justement la résolution de l’IAGIS, « le déni du génocide est largement reconnu comme l’étape finale du génocide, de la consécration de l’impunité pour les auteurs du génocide. » Cette dénégation ouvre « manifestement la voie aux futurs génocides », et les universitaires de s’inquiéter du sort de la population assyrienne d’Irak, particulièrement vulnérable à une attaque génocidaire. De fait, depuis 2003, les Assyriens d’Irak ont été exposés à de graves persécutions et ont eu à subir des opérations de « nettoyage ethnique ». Près de la moitié de la population assyrienne aurait d’ores et déjà fui ce pays. Et l’on ne peut également que s’inquiéter du sort des chrétiens orientaux de Syrie où sévit la guerre civile que l’on sait.

    Alors que l’on parle de manière régulière du génocide arménien, les génocides assyrien et grec sont eux pratiquement autant absents des pages des grands médias que des cours d’histoire de nos universités. Aussi, afin de faire face au négationnisme d’Ankara et d’alerter plus efficacement l’opinion publique mondiale sur les menaces bien réelles qui pèsent aujourd’hui encore sur les peuples chrétiens du Proche-Orient, les Arméniens ont pris la décision de s’engager plus avant au côté des Assyriens et des Grecs, autres victimes du génocide orchestré par la Turquie ottomane. Symboliquement, un mémorial consacré  aux victimes du génocide assyrien a été inauguré à Erevan, capitale de l’Arménie, le 24 avril 2012, jour durant lequel, chaque année, sont commémorées les persécutions dont les Arméniens eurent à souffrir. Cette journée rappelle la date du 24 avril 1915, durant laquelle plus de 200 intellectuels et dirigeants de la communauté arménienne à Constantinople (Istanbul) furent arrêtés par les Turcs. Cette série d’arrestations avait marqué le début d’une vague de massacres et de déportations qui se sont poursuivies jusqu’en 1917.

    Le génocide des Arméniens en cache donc deux autres, celui des Assyriens et celui des Grecs. Ces génocides furent perpétrés par une Turquie qui refuse aujourd’hui encore de reconnaître la réalité de ces crimes et moins encore la responsabilité qu’elle porte dans leur perpétration. C’est pourtant ce pays que d’aucuns nous proposent avec insistance de laisser adhérer à l’Union européenne, ce pays donc, qui se contente d’affirmer que l’extermination systématique de ses populations chrétiennes qui représentaient un tiers de la population de l’Empire ottoman, n’est plus aujourd’hui qu’un problème d’historien, ce pays qui occupe toujours militairement la moitié de l’île de Chypres, ce pays dont nombre d’élites économiques et politiques européennes et occidentales ne cessent pourtant de vanter les mérites. Or, sans même aborder la question des différences civilisationnelles qui distinguent la Turquie de l’Europe, soulignons que le refus de la Turquie d’assumer son histoire et de reconnaître sa responsabilité historique dans les génocides commis à l’encontre de ses minorités chrétiennes, rend absolument absurde l’idée que ce pays puisse adhérer à l’Union Européenne.

    Rappelons encore à ce sujet qu’au Canada, le simple fait que les atrocités commises par les Ottomans lors du triple génocide des Assyriens, des Arméniens et des Grecs pontiques, aient été incluses dans un cours portant sur les génocides historiques, avait suffit à provoquer la colère des organisations turques, mais également d’autres organisations musulmanes non-turques qui ont protesté contre cette décision. En Turquie, le triple génocide est présenté comme une « cruelle conséquence de la guerre », pudiquement baptisée au mieux de « tragédie de 1915 », au pire de « prétendu génocide arménien » (« Sözde Ermeni Soykirimi ») et non comme un acte volontaire. Dans le nouveau Code pénal turc, pourtant censé rapprocher la Turquie des standards européens en terme de droits de l’homme, il est prévu des sanctions à l’encontre de ceux qui contreviendraient à la version officielle turque sur le triple génocide : l’article 305 punit ainsi de trois ans à dix ans de prison et d’une amende, tous les « actes contraires à l’intérêt fondamental de la nation », la peine pouvant être étendue à quinze ans de prison, si cette opinion est exprimée dans la presse. La Turquie refuse également d’ouvrir les archives ottomanes concernant la période du triple génocide, autant dire qu’une information libre et objective sur le sujet y est impossible.

    La majorité des intellectuels et des historiens turcs soutiennent les thèses niant le triple génocide, rares sont ceux qui osent aller à contre-courant de la thèse officielle. Et pour cause. Le 16 décembre 2005, un procès sera ouvert contre Orhan Pamuk, pour des propos considérés comme une « insulte à l’identité nationale turque » et passibles à ce titre de six mois à trois ans de prison. Les poursuites seront toutefois abandonnées en 2006. Un prêtre assyrien du nom de Yusuf Akbulut, sera lui emprisonné et accusé de trahison pour avoir défendu la réalité du génocide assyrien de 1915 au côté du génocide arménien. Le 19 janvier 2007, Hrant Dink, le rédacteur en chef de la revue arménienne d’Istanbul Agos et principal promoteur de la reconnaissance du génocide en Turquie, fut assassiné par un jeune nationaliste turc. Certes, l’on soulignera que près de cent mille manifestants descendront dans les rues d’Istanbul à l’occasion de ses funérailles, en scandant « nous sommes tous des Arméniens », mais selon les sondages, huit Turcs sur dix pensent que leur pays devrait rompre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne, si celle-ci exigeait la reconnaissance du génocide.

    De fait, la reconnaissance officielle du triple génocide pourrait impliquer d’importants enjeux financiers et territoriaux pour la Turquie. Reconnaître ce triple génocide perpétré contre les populations chrétiennes de l’Empire ottoman pourrait ainsi ouvrir la voie à des demandes de dommages et intérêts, de même qu’à des revendications visant à la restitution de territoires originellement dévolus aux populations arméniennes, grecques et assyriennes.

    Bref, le passé doit être oublié, dit en substance Ankara aux descendants des victimes des génocidaires ottomans. Mais comment oublier, même au-delà des décennies et des siècles ? Kémal Yalcin, un écrivain turc qui vit en Allemagne, connaît bien les Assyriens et les Arméniens qu’il a souvent interviewé à propos du génocide. Dans un livre, il résume en ces termes, par la voix d’un vieil homme, les émotions et les pensées de nombreux Assyriens et Arméniens : « Peu d’entre nous ont été témoins de la grande, horrible catastrophe. Mais ses blessures ont modelé nos mémoires. Je souffre même de ma mémoire. Même si nous n’avons pas vécu ces jours effroyables, ces caravanes de la mort, nous portons leurs cicatrices sur nous. Et qu’ont fait ceux qui ont connu ces jours ? Dans notre région, le meurtre des Arméniens était délégué aux Kurdes. Tout le monde sait cela. Les Kurdes employaient l’expression : « le massacre des infidèles ». (Je dois signaler que le terme « infidèle » [gâvour] est un terme dédaigneux pour désigner les Chrétiens). Je n’accuse nullement ni tous les Kurdes, ni les Turcs. Ma colère s’adresse à ceux qui ont planifié cette catastrophe en détail. Je serai soulagé quand tout cela sera révélé et reconnu. Je n’ai pas de haine envers les Turcs, ni envers les Kurdes. Ils devraient avoir honte d’eux-mêmes ! Mais je prie que Dieu les punisse ! »  

    Les régions du sud-est de la Turquie où vivaient autrefois une majorité d’Assyriens, n’en comptent plus aujourd’hui que quelques milliers. L’islamisation, l’émigration massive causée par les persécutions, de même que les massacres planifiés, ont largement affecté l’identité de cette région. Mais bien qu’ils vivent actuellement à l’étranger, les Assyriens originaires de Tur-Abdin et du Hakkari, restent attachés à leur pays d’origine, et cela même si leur départ remonte à de nombreuses décennies. Un bel exemple de fidélité à la terre natale.

    Eric TIMMERMANS pour Novopress

    Sources :

    (1) « Assassinat d’un chercheur du seyfo assyro-chaldéen-syriaque ». http://suryoye.forumpro.fr/, 16 décembre 2007.

    (2) « Fuat Deniz », http://fr.wikipedia.org/wiki/Fuat_Deniz

    (3)  Nouvelles d’Arménie Magazine, le 18 janvier 2008, 14 : 23

    (4) « Génocide assyrien : la continuation du jihad par d’autres moyens – Turkey’s other forgotten Christian genocide », http://jcdurbant.wordpress.com/2007/12/27/

    (5) « Deniz, l’odyssée de la minorité syriaque », Christophe Premat, liberation.fr, 12 mai 2008.

    (6) « Turquie : L’IAGIS reconnaît officiellement les génocides assyrien et grec », Radio Publique d’Arménie, traduit par GM, http://eafjd.eu/spip.php?brevel1083 , 19 décembre 2007.

    (7) « Le génocide Assyrien », http://www.forum-metaphysique.com/t9317-le-genocide-assyrien , 28 juillet 2012, 15 :59

    (8) « Un mémorial pour les victimes du génocide assyrien à Erevan, en Arménie », www.la-croix.com, 24 avril 2012

    (9) « Question d’Histoire : Quelles sont les raisons du génocide assyrien par les musulmans ? », http://fr.answers.yahoo.com/, 2010.

    (10) « SEYFO 1915 : Où sont maintenant les enfants d’Assyrie ? », Allocution de Sabri Atman, spécialiste du génocide de 1915, à la Chambre des Communes de Londres le 24 janvier 2005, à l’occasion de la conférence organisée par l’institut Firodil, traduction Louise Kiffer,

    (11) http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_assyrien

    (12) « Les Syriaques se déchirent », Robert François, lesoir.be, 29 octobre 2008.

    (13) « Des Araméens au Maelbeek. Conversation discrète dans un appartement d’Ixelles », Robert François, lesoir.be, 2 septembre 1991.

    Crédit carte en Une : Rafy, via Wikipédia, domaine public.