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culture et histoire - Page 744

  • NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (33)

    Aujourd'hui : 35. Hitler, un "admirateur paradoxal"...

    Hitler, un "admirateur paradoxal"...

    Les ouvrages de Bainville connurent un très grand succès dans l'Allemagne nazie, de par la volonté expresse d'Hitler.
    "Par opposition" comme le fait remarquer finement Jean-Pierre Dickès, Hitler fit acheter - et lire - par des dizaines de milliers de membres de ses organisations les livres de ce français hostile à ses visées...
    L'Action française en général, et Bainville en particulier, ne cessant d'alerter sur les dangers du militarisme germanique, Hitler voulait savoir - et comprendre - qui étaient ces nationalistes français qui s'opposaient de toutes leurs forces aux visées du pangermanisme qu'il incarnait, à la suite de Bismarck.
    Il voulait les connaître pour mieux les combattre, et il voulait que ses troupes fussent aussi informées sur ces adversaires du pangermanisme : des dizaines de milliers de civils allemands, et un très grand nombre de membres du parti nazi, furent ainsi obligés de "lire du Bainville", qui connut ainsi, outre-Rhin et dans un public bien particulier, un succès aussi massif qu'inattendu, et paradoxal !...
    Ambassadeur d'Allemagne à Paris durant l'Occupation, Otto Abetz a probablement donné l'une des meilleures expressions de ce mélange d'incompréhension et de fureur des pangermanistes devant cette opposition raisonnée et résolue des royalistes français à leurs desseins :
    « L’Action Française est l’élément moteur, derrière les coulisses, d’une politique anti-collaborationniste, qui a pour objet, de rendre la France mûre le plus rapidement possible, pour une résistance militaire contre l’Allemagne ».

    Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2019/08/24/notre-feuilleton-estival-un-ete-avec-jacques-bainville-6170455.html

  • De la différence à la « diversité »

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    Le philosophe et essayiste Alain de Benoist analyse dans ce texte lumineux, comment la notion de différence a évolué jusqu’à faire apparaître une incohérence fondamentale. « La morale enseignait naguère à bien se comporter pour atteindre l’excellence de soi. Aujourd’hui, elle consiste à approuver ce que l’idéologie dominante définit comme une « société plus juste … Il en va de même de la différence. Jusqu’à une époque relativement récente, c’était une notion qui ne posait pas de problème. »

    A lire ICI

    http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2019/08/23/de-la-difference-a-la-diversite-6171477.html

  • NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (32)

    Aujourd'hui : 34. Prévision de la guerre civile espagnole...

    Prévision de la guerre civile espagnole...

    Bainville écrit les lignes suivantes dans L'Action française du 16 janvier 1936, juste avant les élections espagnoles.
    Il lui reste 24 jours à vivre; la Guerre civile qu'il "annonce" commencera 6 mois et 2 jours plus tard, avec le "Soulèvement national" du 18 juillet.
    Jusqu'au bout, jusqu'aux derniers instants, il aura gardé ses facultés et sa lucidité, ainsi que son engagement à "servir", par sa plume..."...Un bloc de droite d'un côté, un bloc de gauche de l'autre, les partis du centre écrasés entre ces deux blocs, Gil Robles en face de Largo Caballero, les radicaux de Lerroux réduits à l'état de fossiles, le canapé républicain conservateur de Miguel Maura encore rétréci; tel est l'aspect sous lequel se présentent les prochaines élections d'Espagne.

    Le journal La République s'en alarme à Paris. Tout cela, dit-il, ne peut finir que de deux manières. Ou bien un dictateur de la réaction, ou bien un dictateur de la révolution, et aucun des termes de l'alternative ne vaut mieux que l'autre pour la France qui n'a pas besoin de ces exemples à ses portes.

    Etant donné ce qu'on sait de leur caractère et de leur tempérament, il est peu probable que les espagnols subissent sans révoltes une dictature bolchéviste qui appliquerait les procédés de l'insurrection socialiste et communiste dans les Asturies (en 1934, ndlr). Il y aurait pour la guerre civile de grandes probabilités...
    ...Supposons maintenant qu'il existe à Paris un gouvernement de Front populaire, un vrai. Il serait conduit à prendre parti dans les affaire d'Espagne en faveur de ses frères de Révolution..."

    Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2019/08/23/notre-feuilleton-estival-un-ete-avec-jacques-bainville-6170453.html

  • L’âge du culturel ou la décivilisation du monde. Lecture estivale d’A. Finkielkraut

    L’âge du culturel ou la décivilisation du monde. Lecture estivale d’A. Finkielkraut

    L’un des charmes du temps estival est de redonner au hasard sa part dans la découverte de livres, au gré des trouvailles lors de brocantes villageoises.

    C’est le cas avec le volume d’A.Finkielkraut L’imparfait du présent, paru en 2002 et rassemblant ce qu’il appelle en sous-titre Pièces brèves, ou l’art d’effectuer des prélèvements tout au long de ce qui aura été la première année de ce nouveau siècle. L’inévitable (et appétissante) diversité des sujets laisse quand même affleurer des préoccupations transverses. L’une concerne la culture et ce que l’auteur appelle l’avènement de l’âge du culturel.

    Comprenons-bien d’abord ce mot culture : en effet, l’auteur s’en sert pour désigner à la fois un état et son contraire.

    L’état de culture, c’était, pour reprendre au mieux les mots d’A.Finkielkraut, un monde de la distinction, de la hiérarchie des rôles, de pratiques symboliques, de frontières : des partages séculaires entre le public et le privé, l’enfant et le parent, l’élève et le professeur, le dedans et le dehors, le monastère éducatif (NDLR : comprendre « l’école ») et le tissu social ; un monde de la modération et du scrupule ; un monde où ce qui était important, c’était la personnalité : qui on était.

    Dans ce nouveau monde de l’âge de la culture,  constaté par l’auteur et brossé par touches, tout devient culturel. Chacun peut déterminer à sa guise le contenu de la culture. Et ce contenu peut-être changeant. Toute réalité est donc réformable. L’homme ne se définit ainsi plus par sa capacité à faire des promesses mais par son droit discrétionnaire de reprendre, à tout moment, sa liberté (Illustrons par cette affirmation de Mme Schiappa, le 7 août, à propos des femmes tuées par leurs conjoints : « Je crois que le problème est d’ordre global, systémique et qu’il faut un changement d’ordre culturel… Il y a un changement culturel à opérer »).

    Tout étant culturel, tout devient égal : nous sommes tous égaux et les frontières ont été remplacées par la proximité, l’ascendant des anciens maîtres par la sollicitude de l’adulte fraternel ou copain. L’identité devient l’élément-clé de ce nouveau monde constitué d’échantillons représentatifs. Ce n’est plus qui on est qui inspire, c’est ce qu’on est : le nouvel arrimage à l’appartenance, et de chacun à sa classe, sa minorité, sa communauté d’origine (nouvelle illustration par le tweet récent du ministre du Travail Muriel Pénicaud à l’occasion de la mort de l’écrivain Toni Morrison : « Grâce à elle, les noirs ont enfin pu entrer par la grande porte dans la littérature »).

    Les capacités sont dorénavant placées sous la tutelle des identitésLe baume du « en tant que » étend maintenant ses bienfaits sur l’humanité entière et on sera respecté et représenté en tant que jeune, en tant que femme, en tant que musulman… Chacun sera fier de son identité : la nouvelle culture est celle des fiertés. Son identité n’a plus de compte à rendre (ah, l’inoubliable Arnaud Gauthier-Fawas, administrateur de l’inter-LGBT et invité de l’émission Arrêt sur images le 29 juin 2018,  expliquant avec sérieux qu’il n’est pas un homme). Et c’est une identité au fil de l’eau, une identité libérée de l’ipséité (NDLR : ce qui fait qu’une personne est unique et absolument distincte d’une autre), déliée de la lourde charge de maintien de soi dans la fidélité à la parole donnée.

    A l’âge du culturel, la culture (ancienne) a sombré dans l’indifférenciation culturelle. La culture (nouvelle) est une forme sans matière ou une matière sans forme. C’est la décivilisation du monde. Et nous habiterons à l’avenir un espace d’un seul tenant.

    C’était il y a dix-huit ans. Où l’on constate avec le recul que cet état de décivilisation, auquel il faudra bien donner un nom un jour et qui s’est particulièrement déployé depuis dans les domaines de la différenciation sexuelle et de la bioéthique, se conforme finalement à la globalisation du monde.

  • NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (31)

    Aujourd'hui : 33. 1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814

    1948 : Comment s'est faite la Restauration de 1814

    Cette très courte plaquette (47 pages et 8 chapitres) fut publiée en 1948, plus de douze ans après la mort de Bainville. 
    Apprendre et savoir, en vérité, "Comment s'est faite la restauration de 1814" est l'occasion de rendre justice à des personnes méconnues, à la masse des royalistes de base, à Paris surtout, mais aussi dans toute la France : Bainville explique, par exemple, comment la proclamation spontanée de la royauté à Bordeaux impressionna fortement les quatre souverains étrangers qui venaient d'entrer dans Paris.
    Or, ces souverains, on l'a oublié aujourd'hui, ne se souciaient absolument pas de restaurer une monarchie française bourbonienne qu'ils détestaient. 
    Leurs préférences allaient du démembrement de la France (pour ceux qui nous haïssaient le plus : Anglais et Prussiens) à un vague désir de République (pour les Russes, le Tsar étant assez hésitant sur le sujet...) voire à une entente avec... Napoléon (pour les Autrichiens) ! Napoléon avait en effet épousé une princesse autrichienne, comme Louis XVI, lui, l'héritier de la Révolution !...
    Si la Restauration a donc pu avoir lieu - malgré l'intermède criminel des Cent Jours - c'est parce que la masse obscure des royalistes, dans toute la France, aussi bien qu'à Paris, a agi pour qu'il en soit ainsi. 
    C'est bien ce que démontre Jacques Bainville dans ce petit opuscule - qu'il appelle "étude" - et dont on va lire deux courts extraits, "Comment s'est faite la Restauration de 1814."1. "Ces royalistes, il importe de bien s'entendre, n'étaient pas du tout des "agents des princes". C'étaient de simples citoyens français, convaincus de la nécessité de rétablir la royauté pour sauver la France du désastre complet, du partage à la polonaise qui la menaçaient. 
    C'étaient même des femmes à l'esprit cultivé, au lucide patriotisme comme cette Aimée de Coigny, la "Mademoiselle Monk" dont Maurras a conté l'aventure dans son livre "L'Avenir de l'Intelligence". 
    Vitrolles (voir le document suivant, ndlr) fut le type de ces patriotes français qui se mirent en campagne pour faire prévaloir l'unique solution nationale, l'unique solution raisonnable qui était la solution royale. 
    Sans lui et sans les hommes de sa trempe, la France de 1814 aurait eu un de ces gouvernements que l'étranger amenait, et pour de bon, dans ses fourgons : cette régence de Marie-Louise sous la tutelle autrichienne qu'acceptait Napoléon dans sa conversation avec Wessenberg, le règne de Bernadotte ou d'Eugène de Beauharnais, candidats qui souriaient à plusieurs des Alliés, la République même, à laquelle pensait le Tsar, alléché par les souvenirs de la Pologne, - exactement comme Bismarck devait y penser soixante ans plus tard...."
    Bainville explique ensuite comment Vitrolles dut procéder pour arriver à ses fins. 
    Il lui fallut d'abord convaincre Talleyrand, et l'amener à admettre la solution royale. 
    Et aussi - malgré ses répugnances bien compréhensibles... - Fouché.
    Ainsi appuyé par ces deux dignitaires qui rendaient crédibles sa proposition aux yeux des Alliés, et s'appuyant sur l'intense travail des royalistes sur le terrain, dans toute la France, Vitrolles n'eut plus qu'à recueillir les fruits de la brochure de Chateaubriand, "De Buonaparte et des Bourbons", dont on sait que Louis XVIII devait déclarer qu'elle lui avait été plus utile qu'une armée de cent mille hommes...
    A partir de là, la Restauration était assurée.
    2. "Il manquait, après cela, quelque chose encore pour que la Monarchie fut faite. D'abord que Napoléon, abandonné de tous, se décidât à abdiquer : il fallut cela pour que les souverains alliés renonçassent complètement à leurs projets sur la France. 
    Il manquait encore que Chateaubriand lançât sa fameuse brochure "De Buonaparte et des Bourbons", "inspirée par la divination de l'inquiétude générale", et qui traduisit à l'usage du peuple français, avec magnificence, les raisons positives pour lesquelles Talleyrand s'était rallié à la cause royale. 
    Alors l'acclamation populaire grandit, emporta tout... 
    Avec Vitrolles et les royalistes obstinés qui n'avaient jamais ni désespéré ni cédé, Talleyrand et Chateaubriand - les hommes le moins faits pour s'entendre - avaient été les vrais, les seuls artisans de la Restauration. 
    Ils l'avaient imposée aux Alliés. 
    En sorte que le Sénat put voter, le 6 avril, ce texte que le Corps législatif devait approuver le 9 : 
    "Le peuple français appelle librement au trône Louis-Stanislas-Xavier de France, frère du dernier roi."
    Ce "librement" est un des mots historiques les plus vrais qui aient jamais été prononcés. 
    Au terme de cette étude, c'est celui qu'il faut retenir."

    Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2019/08/22/notre-feuilleton-estival-un-ete-avec-jacques-bainville-6170452.html

  • NOTRE FEUILLETON ESTIVAL : UN ETE AVEC JACQUES BAINVILLE... (30)

    Aujourd'hui : 32. Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (III/III)

    (en guise de complément, et de réponse, au très contestable Napoléon de Secrets d'Histoire, ce jeudi 15 Août...)

    Illustration : caricature d'Honoré Daumier, contre le militarisme prussien, " La Prusse annexant le Hanovre". Mais ce "militarisme prussien", cette immense puissance allemande, qui nous a fait tant de mal en 1870, 1914, 1939... c'est "nous" qui l'avons rendue possible, et qui l'avons même voulue et créée !
    Nos rois l'avaient rendue impossible avec les Traités de Westphalie, organisant l'émiettement des Allemagnes en une poussière d'Etats, dans les affaires intérieures desquels nous avions même le droit d'intervenir, avec quelques autres puissances ('Allemagne était alors la fameuse "croix des géographes"...) : notre prépondérance en Europe, et nos agrandissements territoriaux vers le Rhin viennent de là....
    Ce sont les "nuées" révolutionnaires et républicaines, reprises et imposées par les deux Bonaparte - sous le nom de "principe des nationalités" - qui ont délibérément rompu avec cette sage politique et qui ont, au contraire, créée cette énorme puissance, qui devait nous écraser : "nuées" criminelles...

    Le Mémorial, "évangile" malfaisant... (III/III)

    (De "Histoire de Trois générations, avec un épilogue pour la quatrième", Chapitre I, L'évangile de Sainte-Hélène, pages 22 à 27) :

    "...Que disait Napoléon dans ces entretiens que les compagnons de sa captivité se chargeaient de répandre ? Il se faisait l'apôtre d'une politique nouvelle, et cette politique avait les caractères et les attraits d'une religion. C'était un vaste programme idéaliste, une déclaration des droits et des devoirs du peuple français, une audacieuse refonte de l'Europe d'après les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de justice... Que voulaient ces gouvernements timorés, ces diplomates professionnels asservis aux vieilles recettes de l'équilibre et que l'empereur déchu, à qui ils avaient succédé, traitait avec un suprême dédain ? Ce qu'ils avaient restauré, c'était la routine. Leur prudence diminuait, déshonorait la nation française, l'empêchait de se relever. Sans eux, contre eux, la politique dont Napoléon traçait les grandes lignes promettait de rénover le monde, et de le rénover d'un seul coup, sans attendre le travail du temps, dédaignant les précautions égoïstes et lâches. La cause de la France est celle de l'affranchissement universel. Alors la liberté sera la devise magique de notre grandeur. La France se doit à elle-même de briser les chaînes des nationalités. A la Sainte-Alliance des rois, elle substituera la Sainte-Alliance des peuples. Des maximes de 89, naîtront les Etats Unis d'Europe. Ainsi tous les problèmes seront résolus. Les conflits n'auront plus de causes. Sur les races apaisées, devenues semblables par les institutions et par les moeurs, il régnera, dans un monde fraternel, une paix et une joie sans mélange, sous l'égide de la nation française, mère aimée de tous ces bienfaits....
    Ce rêve, la Révolution l'avait entrevu. Il mêlait, à des chimères ignorantes, des souvenirs confus, mal compris, de la politique généreuse, raisonné et féconde que la France avait suivie comme protectrice des faibles, dans son dessein constant d'empêcher une hégémonie en Europe. La guerre, l'action, les victoires sous des généraux heureux, avaient dissipé cette rêverie qui, très vite, avait fait place au goût de la domination et à l'appétit des conquêtes. Mais loin de ramener les esprits à la réalité, la chute de l'empire napoléonien fit renaître le vieux songe obscurci. Ce songe grandit, il prit des formes précises, lorsque, de Sainte-Hélène, monta la voix de celui qui, déjà, avait manié et partagé le vieux monde. 
    Napoléon disait ce qu'il eût voulu faire, ce que la méchanceté des rois, les retours offensifs du passé ne lui avaient pas permis de finir. Waterloo avait été la tombe des peuples libres. Napoléon convoquait le peuple français à reprendre, avec lui ou avec les siens, l'oeuvre interrompue. "Il y a des désirs de nationalité qu'il faut satisfaire tôt ou tard" disait la voix du captif. Allemagne, Italie, Pologne sont nos soeurs. Il faut qu'elles soient affranchies et unifiées comme nous. Nul peuple ne doit plus souffrir. Aucun ne doit rester sous la tyrannie d'un autre. Qu'à l'avenir les hommes de même race qui veulent se rassembler, avoir une vie commune, ne soient plus séparés. "On compte, en Europe, bien qu'épars, plus de trente millions de Français, quinze millions d'Espagnols, quinze millions d'Italiens, trente millions d'Allemands, disait le Mémorial. J'eusse voulu faire de chacun de ces peuples un seul et même corps de nation." Voilà donc pourquoi, pendant quinze ans, Napoléon avait fait la guerre. Il s'en persuadait lui-même. A distance, il reconstruisait sa propre histoire, il lui donnait une couleur libérale et humanitaire, il mettait l'accent sur l'idéologie. 
    C'est ainsi qu'il se vantait d'avoir été le bienfaiteur de l'Allemagne. Pourquoi les Allemands, comme nous-mêmes, n'auraient-ils pas leur unité ? Pourquoi ne formeraient-ils pas un Etat ? La France et l'Europe avaient été injustes envers eux, depuis les traités de Westphalie jusqu'aux traités de Vienne. Erreur de les tenir en suspicion, de les diviser comme un peuple dangereux, de les mettre en surveillance ! Napoléon se félicitait d'avoir "simplifié leur monstrueuse complication". Son voeu eût été de "réaliser la nationalité germanique", d'en faire "une vaste et puissante monarchie fédérative, une grande union nationale ayant le même drapeau, les mêmes impôts et les mêmes intérêts". Cette grand monarchie fédérative, la voici justement. C'était celle de Guillaume II. Elle a été le fléau du monde et, contre elle, le monde a dû se liguer...

    "Les nations, reines par nos conquêtes,
    Ceignaient de fleurs le front de nos soldats..."

    Béranger, qui a été le poète populaire de la propagande napoléonienne, adoptait et répandait, par ces vers du Vieux Sergent, la légende et l'évangile de Sainte-Hélène. Napoléon avait porté dans les imaginations le coup qui lui livrait la France du XIXème siècle. Sa cause se confondait désormais avec celle de la liberté et de la Sainte-Alliance des peuples. Sa dictature elle-même, il l'avait représentée comme la dictature d'un libéral, d'un "Washington couronné", despote malgré lui et pour le bien du monde. 
    Ses ennemis seuls ne lui avaient pas permis d'achever son dessein, de compléter l'affranchissement de l'Europe par des institutions libres à l'intérieur. J'ai été "le Messie" de la Révolution, disait-il, et mon nom sera pour les peuples "le cri de guerre de leurs efforts, la devise de leurs espérances".
    Par là, Sainte-Hélène est devenu pour le XIXème siècle le Sinaï de la religion démocratique. "Les visions de Sainte-Hélène conservaient le vague des prophéties, c'était l'éclair dans la nue" a dit Emile Ollivier, qui a eu la charge funèbre de conduire à son terme en 1870 la politique des nationalités..."

    Tiré de notre Album "Maîtres et témoins"... (II) : Jacques Bainville" (186 photos)

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2019/08/21/notre-feuilleton-estival-un-ete-avec-jacques-bainville-6170451.html#more

  • Vous n'avez pas libéré la France arrêter de remixé l'histoire bande de petits Mythos

     
    Patrice Quarteron remet les pendules à l'heure