Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • “Un peuple qui n’honore pas ses morts n’a plus d’avenir”

    Bruno Gollnisch évoque magnifiquement, sur son blog, “ce culte de tous les temps et de toutes les civilisations. Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs disait Beaudelaire, dans l’un de ses très beaux poèmes, consacré à la tombe abandonnée d’une “servante au grand coeur” qui avait veillé sur son enfance. Car la France d’aujourd’hui maltraite ses morts. Au nom de la rentabilité, depuis quelques années, on n’a plus le droit de reserver, comme on pouvait le faire autrefois- à grand prix ! – une concession perpetuelle. Les défunts eux-mêmes sont soumis à la précarité. Tout au plus peut-on les héberger 30 ans au maximum. Passé cette date, il faut renouveller ce que j’appellerai, en quelque sorte, le loyer de la concession… si les héritiers y pensent, s’ils le peuvent et s’ils sont toujours là ! Dans un village des Ardennes où j’ai quelques origines familiales, on m’a parlé de la tombe du fils unique de l’ancien forgeron. Il avait forgé lui-même la grille qui entourait l’emplacement où reposait son fils unique, tué à 20 ans à la guerre de 1914-18. C’était, dit-on, une très belle grille, avec un beau crucifix. Le forgeron est mort aussi et sa famille s’est éteinte après lui. Récemment, on a “repris” la tombe ; la grille et la croix sont parties à la décharge”. Et Bruno Gollnisch de poursuivre par cette très belle réflexion, digne de Barrès : Ainsi, rien n’échappe, dans notre société moderne, pas même les morts, à la loi de l’apparente rationalité marchande et la précarité qu’elle engendre. Non pas la précarité inhérente au temps qui passe dans un monde où rien n’est éternel, non pas l’impermanence des choses telle que la conçoit la sensibilité extrême-orientale, mais la rotation forcée, voulue, fruit du matérialisme et de l’impiété de notre génération. “Quelle importance ?” diront beaucoup. “Pourquoi se soucier des restes inertes de ceux qui nous ont précédés, et qui n’éprouvent plus rien ?” Ceux qui pensent ainsi ont tort. Un pays n’est pas seulement la propriété de ceux qui y vivent ; mais aussi de ceux qui y ont vécu. Effacez leur souvenir, et vous déclarez la terre ouverte à tous. Vita mortuorum in mémoria est posita vivorum ; la vie des morts est de survivre dans l’esprit des vivants disait Cicéron et, plus près de nous, Chateaubriand : les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts : les morts, au contraire, instruisent les vivants. Disons-le tout net : un peuple qui n’honore pas ses morts n’a plus d’avenir. D’autres viendront, qui progressivement prendront la place des amnésiques, et ne coloniseront pas que ses cimetières. Car tout se tient.

    Barrès avait bien compris le lien charnel qui existe entre la terre et les morts. C’est que la terre de France n’est pas seulement la propriété des soixante millions de personnes qui y vivent aujourd’hui, et dont on ne sait trop s’il faut les qualifier d’habitants ou de nationaux. Elle appartient aussi au milliard d’êtres humains qui, depuis l’aube des temps historiques y ont vécu, travaillé, souffert, aimé, et qui, si souvent, ont donné leur vie pour elle.

    En honorant nos morts, en respectant la dernière et intangible demeure, à laquelle ils ont droit, nous nous relions à eux, qu’ils fussent riches ou pauvres, glorieux ou humbles : Dona eis, Domine, requiem sempiternam.”

    source: Rivarol

    http://fr.altermedia.info

  • Mondialisation : comment le gaz de schiste américain a ruiné des paysans indiens

    JAIPUR (NOVOpress) – Cela aurait presque pu passer pour un conte de fées : tout à coup les paysans pauvres d’une région semi-désertique de l’Inde (le Rajasthan au nord-ouest du sous-continent) abandonnent leurs huttes en pisé pour des maisons en dur, achètent des voitures et travaillent avec des tracteurs neufs… Mais les contes liée à la mondialisation finissent rarement bien.

     

    Cet enrichissement subit était dû à la culture du haricot de guar qui sert là bas (photo) traditionnellement de fourrage, mais entre aussi à de très petites proportions dans la fabrication de dentifrices et sert comme émulsifiant dans l’industrie alimentaire (glaces, pâtisseries). Mais la gomme qu’on en tire est pour le moment aussi indispensable à la fracturation hydraulique des roches (fracking), préalable à l’exploitation des gaz de schiste (1). Une production qui doit permettre d’ici quelques années aux USA de bénéficier de tous les avantages d’un pays producteur et exportateur.

    Cette exploitation industrielle nécessite évidemment des quantités colossales de gomme, ce qui a fait exploser les cours du haricot de guar et enrichi du jour au lendemain nombre de petits exploitants qui, espérant continuer à profiter de cette subite manne n’ont pas hésité à faire très ample provision de semences, quitte à les payer à des prix prohibitifs.

    Las ! Un an plus tard, nombre de concurrents, du Pakistan voisin jusqu’au Texas, ont également voulu leur part du gâteau. Et l’industrie, contrariée de devoir investir jusqu’à 30% du prix d’un forage dans la seule gomme de guar, a accéléré la recherche sur les produits de substitution. En l’absence de pénurie, le cours du haricot s’est effondré, sans espoir d’une amélioration.

    Nombre des 200 000 fermiers ruinés par l’achat de semences désormais sans valeur, pris dans un tourbillon éphémère sur lequel ils n’ont eu aucun pouvoir de décision, pourraient bien être tenté de se joindre au flux continu de migrants rêvant d’une vie confortable à l’occidentale…

    http://fr.novopress.info/

    Note
    (1) Il s’agit de prospections souvent à plusieurs milliers de mètres de profondeur. Pour simplifier beaucoup, le procédé consiste à injecter sous très haute pression un mélange d’eau et de sables de quartz ou de céramique (et de produits chimiques, voire d’antibiotiques), pour fissurer des roches très fortement comprimées et permettre ainsi au gaz emprisonné depuis des millénaires de passer. La gomme de guar permet une bonne homogénéisation du mélange injecté, et se laisse ensuite aisément dissoudre pour ne laisser que les sables en guise de calage poreux entre les roches.

  • Quand les socialistes honorent certains exilés fiscaux...

    L’inénarrable BelKacem justifie l’exil fiscal de Tsonga et de quelques autres...

    La décoration de sportifs français exilés fait des vagues - Trois joueurs de tennis français résidant en Suisse depuis plusieurs années vont recevoir l’Ordre national du mérite. Une situation paradoxale en pleine affaire Depardieu.

    La traditionnelle promotion de la Légion d’honneur du Nouvel an a salué mardi 681 personnes, parmi lesquelles les 87 sportifs médaillés lors des Jeux olympiques et paralympiques de Londres. Sur proposition du ministère des Sports, les tennismen Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Julien Benneteau figurent donc dans cette promotion. Si ces trois sportifs se sont distingués pour leurs prouesses sur les terrains, ils ont également le point commun d’être installés en Suisse depuis plusieurs années.

    Trois semaines après que le premier ministre Jean-Marc Ayrault a dénoncé « le comportement peu patriotique des exilés fiscaux » et l’attitude « minable » de Gérard Depardieu après son souhait d’obtenir la nationalité belge et l’acquisition d’une propriété en Belgique, les sportifs en passe d’être décorés font sourire de nombreux internautes.

    • Tweet de l’animateur Julien Courbet :

    « Il parait que tsonga va etre décoré ??? il paie ses impots en suisse tu te rends compte que si il avait choisit la suisse gégé était décoré ».

    • Tweet de la chroniqueuse Sophie de Menthon :

    « On M Tsonga et Gasquet et ils sont exilés fiscaux ,mais la République doit décider si on décore les exilés fiscaux ou si on les insulte ».

    • Tweet de l’internaute Xavier Spanghero

    « Tsonga, déserteur fiscal et décoré de la Légion d’Honneur ou le double discours du pouvoir socialiste #Depardieu ».

    « Pas de comparaison entre Depardieu et Tsonga » La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, fait une différence entre les trois sportifs et le géant du cinéma. À la suite du Conseil des ministres jeudi, un journaliste lui demande si la nomination de Tsonga pour recevoir la décoration n’est pas délicate en pleine affaire Depardieu. Cherchant au début ses mots, elle lui répond qu’il existe « une différence à faire entre les gens qui choisissent d’habiter quelque part, parfois pour mobilité professionnelle - on en connaît tous autour de nous - parfois pour des raisons personnelles (…), et puis les citoyens français qui déclarent haut et fort s’exiler fiscalement pour éviter d’apporter leur contribution au juste effort à fournir en période de crise ».

    Plus tard jeudi et cette fois sur I-télé, Najat Vallaud-Belkacem n’en démord pas : « Monsieur Tsonga n’a jamais écrit une tribune dans la presse pour dire qu’il s’exilait fiscalement. Toute la différence avec le cas de Monsieur Depardieu, c’est que nous ne savons pas la raison pour laquelle Messieurs Tsonga et Gasquet sont installés en Suisse ». Puis de préciser : « Je ne suis pas là pour faire une chasse aux sorcières ».

    Des déclarations que certains internautes n’ont pas tardé à moquer, soulignant la « mauvaise foi » du gouvernement :

    • Tweet de Xavier Alberti :

    « Selon #NVB, « #Tsonga habite en Suisse pour des raisons de mobilité professionnelle » Si la mauvaise fois était imposable, elle paierait l’ISF ».

    • Tweet de Florence Desruol :

    « Belkacem se fiche de nous : « il y a 1différence entre Tsonga qui habite en Suisse pr mobilité professionnelle & Depardieu ».

    • Tweet de Master357 :

    « Tsonga décoré : le gouvernement tente de minimiser la polémique. Il y a les bons et les mauvais exilés fiscaux... ».

    Pour l’heure, les intéressés n’ont pas réagi à la polémique.

    Le Figaro  http://www.actionfrancaise.net/

  • J'accuse François Hollande – par le Général Antoine-Roch Albaladéjo

    J'accuse François Hollande de mensonge. Au poste qu'il occupe aujourd'hui François Hollande a tous les moyens de savoir ce qui s'est réellement passé le 17 Octobre 1961 à Paris.
    Il peut ainsi vérifier que le FLN avait décidé d'organiser une manifestation au cours de laquelle il prévoyait la destruction de quelques installations parisiennes et quelques assassinats ciblés de membres du service d'ordre et du MNA, son adversaire politique.
    Il pourra ainsi vérifier qu'il n'y eut pas 300 morts, mais 7, dont un Français, consécutifs à la violence de quelques meneurs du FLN. Quant aux 2300(!) blessés, on n'en trouve que peu de trace, sinon dans les déclarations mensongères d'anciens FLN.

    Du “VILLAGE CARTON”
    à SAINT-CYR
     
    Antoine-Roch ALBALADEJO est né à Arzew, faubourg “Tourville”, quartier plus connu sous le nom de ”Village Carton” où ses grands-parents familièrement appelés “Tio Antonio” et “Tia Fabiana” exploitaient une épicerie près de l’école. Ses parents demeuraient à Oran (Delmonte) et son père étant employé aux C.F.A. Il fréquenta l’école primaire de ce quartier où excellait un maître du nom de JUAN.
    Après de brillantes études secondaires au collège Ardaillon, il choisit la carrière des armes et entra à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.
    Au sein de la Légion Étrangère il s’imposa pour terminer au grade de Général de Brigade (Promotion du 4.12.1994), ce qui ne l’empêcha pas de s’adonner à l’écriture et d’éditer, entre autres livres, “Vol de pumas sur Caracas”.
    Aujourd’hui à la retraite il se consacre à sa famille et trouve encore le temps de s’engager dans la vie associative puisqu’il préside l’Association des Anciens d’Ardaillon et participe aux réunions annuelles des Delmontois et parfois à celles des Anciens du Cours Complémentaire d’Arzew, en souvenir de sa ville natale.
     
    J'accuse François Hollande de saboter tous les efforts faits par notre pays pour intégrer les immigrés. Comment aimer un pays dont le président fait de telles déclarations ? Chacun peut mesurer le désastre provoqué chez les jeunes maghrébins par de tels mensonges.
    J'accuse François Hollande d'avoir serré dans ses bras des Ben Bella et autre Bouteflika. Des terroristes qui ont provoqué et encouragé les pires atrocités qui n'aient jamais été commises dans le monde. Des gouvernants qui au pire ont encouragé, sinon au moins fermé les yeux sur les crimes et les tortures atroces dont furent victimes des milliers de Harkis. Un individu, Bouteflika, qui s'est acharné à éradiquer notre langue en Algérie et qui aujourd'hui se noie dans ses mensonges sur la présence Française en Algérie, dont il peut mesurer la réussite tous les jours dans son pays (prêt à demander réparations pour les ports, aéroports, hôpitaux, écoles, barrages, pétrole, gaz, etc... qu'on lui a laissés, intacts).
    J'accuse François Hollande de faire semblant d'oublier que 95% des esclaves furent vendus par leurs propres chefs de tribus Africains et que plus de 95% des Français n'avaient rien à voir avec ces crimes au fond de leurs provinces.
    J'accuse François Hollande de toujours donner raison aux ennemis de la France, d'attiser leur haine des Français et d'abaisser ainsi son pays. Ce n'est sûrement pas le rôle d'un Président de la République digne de ce nom.

    Général Antoine-Roch Albaladéjo

    http://www.francepresseinfos.com/

  • les socialistes prennent peur…

    Les ministres socialistes s’inquiètent. Quand Vincent Peillon, le ministre de l’Éducation nationale, tance l’enseignement catholique, c’est la manifestation du 13 janvier prochain qu’il a en ligne de mire, dans son viseur. Et la crainte d’un remake de 1984 et du recul de François Mitterrand devant la mobilisation pour l’école libre.

    Parce qu’il faut le dire, Vincent Peillon fait preuve, dans cette affaire, d’une rare mauvaise foi. Il a beau se targuer de philosophie, il n’en est pas moins un politicien, et parmi les plus démagogues. Expliquer, comme il le fait dans son courrier aux recteurs, qu’il appartient à ces derniers « de veiller à ce que les débats qui traversent la société française ne se traduisent pas, dans les écoles et les établissements, par des phénomènes de rejet et de stigmatisation homophobes », c’est, quoi qu’il s’en défende, insinuer, laisser entendre, accréditer l’idée que l’opposition au mariage gay fait de vous, potentiellement du moins, un homophobe. Ce que ne cessent d’ailleurs de répéter les organisations gays et lesbiennes.

    Quant à la « neutralité » dont les écoles cathos devraient faire preuve… elle ne s’applique manifestement pas à l’enseignement public. Pour preuve le couplet de l’inénarrable ministre des droits de la Femme, Najat Vallaud-Belkacem, tenu dans un collège du Loiret. Ce jour-là, évoquant le projet de loi du gouvernement, elle expliquait : « Ça veut dire que, finalement, pourront se marier des gens qui s’aiment, même s’ils sont de même sexe, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. » Et d’ajouter : « Ça va permettre plus d’épanouissement, plus de liberté, plus d’égalité dans la société. Il faut comprendre ça comme une avancée. » Un propos pas partisan pour deux sous, d’une totale « neutralité »… Il faut dire que notre ministre venait d’interroger les gamins de cette classe de Fleury-lès-Aubrais : « Ça vous choque, le mariage homosexuel ? » La moitié des collégiens avait levé la main…

    Nos ministres sont inquiets. Paniqués, même. Alors, ne reculant devant aucune grosse ficelle, ils tentent, par avance, de réduire les manifestants du 13 janvier prochain à des cathos confits dans la naphtaline, pétris de sentiments homophobes, arcboutés sur des valeurs d’un autre temps. Pas sûr qu’ils arrivent à en convaincre les Français qui sont maintenant 69 % à demander un référendum sur le « mariage pour tous ». Même si nos huiles socialistes ont reçu un soutien de taille. Et oui, Jack Lang – qui, lui, ne sent pas du tout la naphtaline – vient d’apporter son soutien à son successeur de la rue de Grenelle : « L’école doit être une oasis de respect de la neutralité politique et religieuse. » Parole d’expert…

    Robert Ménard dans Boulevard Voltaire

    http://fr.altermedia.info/

  • De la "Révolution guillotinière" à la philanthropie eugéniste

    La Révolution de 1789 ne fut pas une simple révolte contre un ordre ancien ; elle fut la déification de la révolte contre toutes les lois de la nature, contre toute transcendance et toute tradition ; il s'agissait essentiellement de refaire la création à l'image et à la ressemblance de l'Homme. Au service d'un tel "projet", les pires crimes devenaient des actes sublimes et, depuis la publication en janvier dernier du Livre noir de la Révolution française, nul ne peut croire que les atrocités de 1793 aient été de simples "bavures" dans le déroulement d'une entreprise valeureuse.
    Le professeur Xavier Martin, historien des idées politiques, l'un des auteurs du Livre noir, s'est déjà montré iconoclaste au sujet des années révolutionnaires, comme de celles du Consulat et de l'Empire. Son abondante érudition – il a lu et décortiqué tous les auteurs des "Lumières", analysé toutes les correspondances des acteurs de ce temps, tous les débats d'assemblées –, jointe à une grande finesse d'analyse, est déjà à la source d'ouvrages fondamentaux : Nature humaine et Révolution française, Sur les droits de l'homme et la Vendée, L'Homme des droits de l'homme et sa compagne, Mythologie du code Napoléon, Voltaire méconnu... dont nous avons rendu compte en leur temps. Voici qu'il "récidive" en s'en prenant à la volonté révolutionnaire de Régénérer l'espèce humaine*. L'ouvrage, sous-titré Utopie médicale et Lumières (1750-1850) montre déjà combien le matérialisme caractérise la pensée des élites de ces années-là.
    L'homme ? Une boue organisée
    Tout part du postulat nominaliste énoncé tout au long du XVIIIe siècle : il n'y a que des individus dans la nature, donc que des atomes sans volonté relationnelle. Le couple, la famille, la société ne sont pas naturels, ce ne sont que des agrégats d'individus juxtaposés par convention (par contrat, mot alors à la mode), mais cette complexité est une « dérive ». Il va falloir, explique l'auteur, « refaire du simple en tous domaines et notamment, quant au social, en déduisant rationnellement le collectif d'une connaissance mieux approfondie de l'individuel ». Or, qu'est-ce que l'homme-individu, considéré hors de toute transcendance et de toute appartenance affective, sinon « de l'organique pur », un « agencement d'organes », une « organisation », « un peu de boue organisée », comme disait La Mettrie, philosophe et médecin lui-même ? L'on voit à quelle déperdition de densité humaine aboutit une "philosophie" qui fait tout dépendre, comme disait Voltaire, des « organes » : le corporel, l'intellectuel, le sentiment, le goût, les opinions...
    Allons plus loin : tout dans la « machine » humaine n'est que « sensations ». On lit chez d'Holbach : « Toute sensation n'est qu'une secousse propagée jusqu'au cerveau ; toute idée est l'image de l'objet à qui la sensation et la perception sont dues. » Helvétius va plus loin : l'homme lui-même est réductible à ses sensations, donc à son aptitude organique à les éprouver... Il va sans dire que chez un homme ainsi considéré comme ne dépendant que de ses nerfs, le libre arbitre n'existe pas, et d'Alembert a clairement expliqué que « l'existence de la liberté n'est qu'une vérité de sentiment » (sic). Voilà le genre d'inspirateurs que la Révolution allait se donner quelques décennies plus tard pour conquérir la "Liberté"...
    Les « législateurs de l'univers »
    Alors, si tout en l'homme n'est que question d'agencement de fibres, les médecins peuvent prétendre être les mieux placés pour mettre cet homme en état d'être un bon citoyen, donc pour jouer un rôle auprès des hommes d'État réformateurs, puisqu'ils ont selon d'Holbach « la clef universelle de l'esprit humain ». À eux doit revenir aussi le soin de veiller à l'éducation des enfants, cette « matière première » dont Le Peletier de Saint-Fargeau devait dire sous la Révolution qu'elle peut être usinée pour les divers besoins sociaux. Xavier Martin voit poindre ici une « pédagogie totalitaire », avec le concours de médecins se croyant une vocation de conseillers anthropologiques auprès des gouvernants, voire de « législateurs de l'univers », comme devait les appeler un jour Joseph Fiévée. Et voici que la Révolution allait ouvrir à de telles prétentions un champ d'action illimité...
    Xavier Martin observe que la médecine fut très présente dans l'atmosphère mentale de la rhétorique révolutionnaire. Les médecins eux-mêmes n'étaient pas en grand nombre dans les assemblées, mais sont restés sinistrement célèbres. Apparaît tout de suite le prétendu médecin Marat, le « symbole de la haine sanguinaire délirante » ; ce passionné d'expériences physiques disait vouloir que l'anatomiste « dévoil[ât] les ressorts secrets qui meuvent l'âme ».
    Un « supplice d'égalité »
    Puis voici le bon Guillotin, si gentiment préoccupé des conditions d'hygiène de la salle des débats. À ce propos, il nous revient que ce brave homme avait déniché le 17 juin 1789 la clef de la célèbre salle du Jeu de Paume à Versailles où les députés s'érigèrent aussitôt, illégalement d’ailleurs, en assemblée nationale jurant de donner une constitution à la France : c'était déjà dresser la nation en un seul corps face au roi qui en avait toujours été la tête au-dessus des divers ordres. On séparait déjà la nation de sa tête... Tout un symbole !
    Mais revenons à M. Martin qui nous présente Guillotin subtilisant à un autre médecin la renommée de l'invention philanthropique qui permettrait désormais « un supplice d'égalité, d'humanité ». Les débats furent toutefois acharnés tout au long de la Révolution sur les bienfaits de la machine : une tête fraîchement coupée ne continue- t-elle pas de sentir ? Et pourquoi, lorsque Charlotte Corday fut décapitée pour avoir poignardé Marat, sa tête tranchée avait-elle rougi d'indignation quand le bourreau l'eut souffletée ?...
    Discours "médical" encore, celui qui se mit à établir entre l'homme et la femme un rapport d'étrangeté absolue. Dix ans plus tard le Code civil en resterait marqué.
    Discours médical aussi, celui sur la nation elle-même, et cela dès avant les États Généraux avec la brochure de Sieyès Qu'est-ce que le Tiers État ? On y lit : « Jamais l'on ne comprendra le mécanisme social si l'on ne prend pas le parti d'analyser la société comme une machine ordinaire. » Le savant Volney, quant à lui, faisait dépendre de la physique les principes de la morale, ce qui revenait à enlever à celle-ci son identité propre. Le comble du matérialisme...
    Il n'est pas jusqu'au calendrier révolutionnaire qui n'ait eu pour mission « d'harmoniser mécanique humaine, mécanique sociale et mécanique cosmique ». Les discours abondent où la société était assimilée à un corps dont les subdivisions seraient comme des « houppes nerveuses » envoyant les sensations au centre commun. Bien sûr, remarque Xavier Martin, cette idée de corps politique ruinait tous les corps intermédiaires représentant les forces vives de la nation. De là le centralisme jacobin...
    Le grand déblaiement
    Rien n'est innocent dans le langage : assimiler la nation à un organisme revient évidemment à parler de ses imperfections comme de maladies qu'il faut neutraliser, voire extraire, afin de ragaillardir le corps, de le "régénérer". Là est le maître-mot de la décennie. « Le terme est porteur, explique M. Martin, d'une forte charge de radicalité, en connexion avec l'aspect fondamental de table rase, donc de fondation, de refondation simplificatrice d'un donné social vétuste et complexe [...] C'est de façon logique que l'esprit fondateur de la Révolution justifie la violence initiale, laquelle techniquement est nécessitée par un besoin fondamental de "déblaiement". » Apparaît l'ombre des Carrier, Westermann, Turreau et autres massacreurs de la Vendée, ces gens dépourvus de tout état d'âme, convaincus d'accomplir une oeuvre philanthropique, de servir le progrès de l'humanité et de créer « un nouveau peuple », comme disait Le Peletier de Saint-Fargeau avant d'aller rejoindre Louis XVI outre-tombe le soir même du 21 janvier 1793.
    Qui dit régénération ne sous-entend évidemment pas médecine douce. Mais la Révolution alla plus loin : c'est « ontologiquement » qu'elle se fit « guillotinière », selon l'expression du conventionnel (et médecin !) Baudot, lequel se déclarait prêt à faire guillotiner le quart de la population alsacienne, dont un bon contingent de juifs... (Ce fut cela aussi, la Révolution !) Saint-Just exprima la "pensée" des régénérateurs avec une remarquable franchise : « Ce qui constitue une une république, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé. » Exterminer devenait une bonne action, il fallait même oser haïr l'homme lui-même, selon le mot du marquis de Sade, tout à fait dans l'air du temps : « L'extinction totale de la race humaine ne serait qu'un service rendu à la nature. » Ainsi se trouva épurée pour son plus grand bien la terre vendéenne transformée en cimetière... Ne l'oublions jamais : le recours aux "purges", "vomitifs", bains de sang et autres moyens d'extermination comme moyens de gouvernement, c'est la Révolution de 1789 qui en a donné l'exemple aux siècles suivants.
    De la Vendée à Auschwitz
    En fait était-il besoin du renfort "médical" pour que les Droits de l'Homme débouchassent sur de telles orgies ? Il nous semble que la Déclaration, en écrasant les hommes concrets sous le joug d'une entité collective (la « volonté générale ») et en imposant le dogme de l'infaillible souveraineté du peuple, a engendré la progression de la haine comme moteur de la vie publique. De même en ne reconnaissant d'autre distinction que celle des « vertus » et des « talents », tout en niant toute référence transcendante pour juger des "vertus" de tel individu ou groupe d'individus, les Droits de l'Homme ont laissé place aux critères utilitaires ou idéologiques pour entreprendre une "régénération".
    Ainsi chacun se trouva-t-il invité à ne plus reconnaître comme mesure de la vertu que sa propre adéquation à l'idéologie dominante laquelle faisait alors de n'importe quel envieux, ou de n'importe quel raté, une sorte de surhomme. Tous les génocides du XXe siècle ont fonctionné ainsi. Nous avons vu plus haut les juifs déjà visés par le système. L'historienne communiste Lilly Marcou n'a-t-elle pas écrit que l'impérialisme culturel des Lumières avait « contribué à une nouvelle forme d'antijudaïsme encore plus dévastateur ayant ses fondements dans un nationalisme laïc et xénophobe » 1 ? Et l'historien juif Israël Eldad n'a-t-il pas remarqué que « la dernière pierre que l'on arracha à la Bastille servit de première pierre aux chambres à gaz d'Auschwitz » 2 ?
    "Refaire l'homme"
    Revenons à Xavier Martin qui nous apprend encore mille choses sur les raisons de l'urgence de "refaire l'homme" à partir de 1789. Les travaux préparatoires au Code civil montrent bien le parallèle insistant entre médecine et politique législative. C'est d'ailleurs ce qui inspira l'introduction du divorce dans les moeurs françaises : étant donné que toute volonté relationnelle était considérée comme contraire à la nature, était-il normal, demandait Bonaparte, de forcer à vivre ensemble des êtres « organisés à part », tels que l'homme et la femme ? Notre actuel spécialiste en familles recomposées, Nicolas Sarkozy, a, en ce qui le concerne, résolu la question...
    L'idée se fit jour, alors, que les lois pouvaient déterminer les comportements (quid de la liberté ?) ; on allait « perfectionner l'espèce » et créer « un monde sans faute », d'abord en modifiant
    l'homme, entreprise jugée possible puisque, selon le docteur Cabanis – un disciple de Rousseau proche de Bonaparte –, « de tous les animaux, l'homme est le plus susceptible de recevoir toutes les empreintes imaginables ». On commencerait bien sûr par la jeunesse que le jacobin Bourdon voulait rendre « libre et docile », ce que M. Martin traduit par librement modelable, afin qu'elle se prête d'elle-même aux pulsions qu'on lui donnerait et qui, d'après d'Holbach ou Condillac, la rendraient forcément heureuse, puisque conditionnée par une passion abstraite, celle – ne riez pas – de la Liberté !.... Voilà donc l'État promu éducateur de la nation dans sa totalité, avec pour mission de régénérer même l'entendement humain. À cette fin fut créée en 1795 l'École normale (l'école qui normalise...) ; elle ferma ses portes au bout de trois mois, mais on sait depuis deux cents ans que l'idée a fait son chemin...
    Des hommes pour la pensée unique
    Vint ensuite le "médecin philosophe", ce Cabanis déjà cité, lequel allait enfin expliquer ce qu'était la perfectibilité de l'homme... L'hygiène et l'éveil des sens, autant que l'éducation et les techniques de manipulation, fêtes civiques et uniformes, devaient rapprocher toujours plus l'homme d'un « type parfait ». Mais cet homme était appelé à s'épanouir au sein de masses, de collections, d'agglomérats donc d'abstractions, seules pouvant exister dans un monde qui condamnait les communautés naturelles comme non naturelles. N'avait-on pas entendu quelques années plus tôt Allarde, l’un des deux destructeurs des corporations, dire qu'il n'y avait plus que des « collections d'individus » ? Vouloir créer un type parfait d'homme (les « hommes supérieurs » rêvés par Helvétius) et en même temps ne parler que d'hommes en troupeaux, cela peut sembler contradictoire. La solution de Cabanis est éclairante sur les futures réformes de l'enseignement en France jusqu'à nos jours. Il s'agissait en fait, explique M. Martin, d'un « parfait type moyen » réunissant en lui la meilleure « intelligibilité » (savoir en somme exceller dans la moyenne, se comporter, selon Cabanis, « de manière optimale » dans la moyenne...) et la meilleure « gouvernabilité », autrement dit la docilité. Il était bien entendu qu'il n'y aurait nulle place pour la fantaisie dans cet univers de remodelage, tout juste bon pour des « robots supérieurement téléguidables » – les hommes aujourd'hui sans visage de la "pensée unique"...
    Ce que les utopistes de la Révolution et du Consulat n'ont pas su créer parce qu'ils finirent par faire peur, les idéologues de notre temps, capables de la manière soft, ne sont-ils pas en train de le réaliser ?
    Le tri des reproducteurs
    Il est d'autres considérations qu'aborde Xavier Martin et qui font froid dans le dos tant elles sont devenues actuelles deux cents ans après. Régénérer l'espèce humaine, cela pour beaucoup viendrait nécessairement du bienfait même des lois nouvelles, car la pensée juste et le corps sain se confondraient et la "Liberté" ne pouvait qu'embellir le sang, ce sang qu'il importait d'épurer en se débarrassant du « mauvais lait », du sang impur (air connu) de ceux qui ne goûtaient pas la Liberté... Plus grave encore : la conception nominaliste, donc réductrice, de l'homme avait tant contaminé le siècle des Lumières qu'on ne croyait plus guère dans le monde révolutionnaire à la réalité d'une nature humaine. L'avortement, déjà !, était dédramatisé, et, à demi-mots, l'eugénisme également. Tandis que Condorcet souhaitait débarrasser la terre des hommes inutiles et mal faits, d'autres voulaient envoyer dans les guerres napoléoniennes des régiments de borgnes et de boiteux pour conserver les hommes beaux et forts. De là à parler de trier les reproducteurs, il n'y avait qu'un pas que d'ailleurs Voltaire avait naguère déjà franchi. De son côté, dans son Contrat social Rousseau avait dit que la vie devait « devenir un don conditionnel de l'État ».
    Certes, le rendez-vous fut plutôt manqué entre les médecins façon Cabanis et Napoléon, trop prudent pour les écouter, il n'en reste pas moins qu'ils ont laissé en France des traces pendant tout le XIXe siècle (l'auteur en cite des exemples stupéfiants). Léon Poliakov, analysant le Mythe aryen voit en Cabanis « le relais entre le scientisme des Lumières et le racisme scientifique et eugéniste du nazisme ». Xavier Martin a ici le courage de dire ce que l'on ne dit jamais, par exemple que la fondatrice du Planning familial, Margaret Sanger, « admirait l'eugénisme hitlérien ». Et cette généalogie des horreurs n'est pas close à l'ère des manipulations génétiques en tous genres...
    Assurément ce livre nous plonge en plein coeur de l'actualité, mais surtout il dérange, parce qu'il montre tout simplement que la Révolution commencée en 1789 n'a jamais été réellement close et qu'elle sévit en douceur sous nos yeux plus que jamais. On n'en sortira qu'en rejetant les idéologies dominantes et en retrouvant la liberté de voir les hommes comme ils sont.
    MICHEL FROMENTOUX L’Action Française 2000 du 20 mars au 2 avril 2008
    * Xavier Martin : Régénérer l'espèce humaine – Utopie médicale et Lumières (1750-1850). Éd. Dominique Martin Morin, 384 pages, 27,50, euros.
    1 Lilly Marcou : Napoléon et les juifs. Éd. Pygmalion, 2006.
    2 Israël Eldad : Essai sur la Révolution juive. Cité par Michel Gurfenkiel dans Le Livre de la mémoire. Éd. Valmonde, 1993.

  • 13 janvier, Porte Maillot, 12h30 !

    La délégation du FN  qui  participera  à « la manifestation pour tous » organisée le 13 janvier partira  Porte Maillot, en bas de l’avenue de la Grande Armée, à 12h30. 

  • Antoine de Rivarol

    Après Bossuet, qui nous a rappelé les principes immuables d'un bon gouvernement, redécouvrons aujourd'hui le journaliste indomptable dont notre journal s'honore déporter le nom et qui dans la tourmente révolutionnaire qui continue, reste un exemple à suivre...

    Antoine de Rivarol naquit le 26 juin 1753 à Bagnols (aujourd'hui Bagnols-sur-Cèze dans le Gard), où son père, dit-on, d'origine piémontaise, était aubergiste à l'enseigne des Trois Pigeons. Aîné de seize enfants, il montra très tôt de bonnes dispositions pour les études et fut reçu au séminaire de Sainte-Garde d'Avignon, mais sans réelle vocation. En 1777 il "monta" à Paris, fréquenta les salons où son esprit brillant et polémiste fit merveille, mais ne lui attira pas que des amitiés. Il connut Voltaire et collabora au Mercure de France. Sainte-Beuve devait plus tard le décrire ainsi : « Une figure aimable, une tournure élégante, un port de tête assuré, soutenu d'une facilité rare d'élocution, d'une originalité fine et d'une urbanité piquante, lui valurent la faveur des salons [...] Rivarol semblait ne mener qu'une vie frivole, et il était au fond sérieux et appliqué. Il se livrait à la société le jour et travaillait la nuit. Sa facilité de parole et d'improvisation ne l'empêchait pas de creuser solitairement sa pensée, il étudiait les langues, il réfléchissait sur les principes et les instruments de nos connaissances, il visait à la gloire du style. »
    DÉFENSEUR DE LA LANGUE FRANÇAISE
    Oui, il avait de l'ambition et son discours De l'universalité de la langue française fut en 1784 l'occasion d'acquérir une grande notoriété qui lui valut le prix de l'Académie de Berlin fondée par le roi de Prusse Frédéric II. Comparant le français aux autres langues et notre histoire à celle de nos voisins, il montrait que la langue française s'était perfectionnée au rythme de la lutte contre le désordre et le mauvais goût dans toute la société : « Enfin le bon goût ne se développa tout entier que dans la perfection même de la société ; la maturité du langage et celle de la nation arrivèrent ensemble. » Ce fut sous Louis XIV : « Le poids de l'autorité fit rentrer chacun à sa place : on connut mieux ses droits et ses plaisirs ; l'oreille, plus exercée, exigea une prononciation plus douce ; une foule d'objets nouveaux demandèrent des expressions nouvelles : la langue française fournit à tout, et l'ordre s'établit dans l'abondance. »
    C'était en fait exposer à quelques siècles de distance le Politique d'abord de Charles Maurras et énoncer une vérité qui se vérifie tous les jours dans la France d'aujourd'hui : quand le pouvoir politique laisse la société s'émietter, les communautés naturelles s'étioler, l'école se clochardiser, les gens venus d'ailleurs importer leurs sabirs, comment s'étonner que le peuple français passe de la maturité à la débilité, que notre langue même s'abâtardise et qu'elle n'inspire plus le moindre respect dans le monde ? « Le goût qu'on a dans l'Europe pour les Français, écrivait encore Rivarol, est inséparable de celui qu'on a pour leur langue et [...] l'estime dont cette langue jouit est fondée sur celle que l'on sent pour la nation. »
    L'auteur en arrive dans une très belle page au génie propre de notre langue : « Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et modernes, c'est l'ordre et la construction de la phrase. Cet ordre doit toujours être direct et nécessairement clair. Le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est l'action et enfin l'objet de cette action ; voilà la logique naturelle à tous les hommes ; voilà ce qui constitue le sens commun. Or cet ordre, si favorable, si nécessaire au raisonnement, est presque toujours contraire aux sensations qui nomment le premier l'objet qui frappe le premier. C'est pourquoi tous les hommes, abandonnant l'ordre direct ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient ; et l'inversion a prévalu sur la terre parce que l'homme est plus impérieusement gouverné par ses passions que par la raison. » Façon de dire que l'étude du français est une cure de raisonnement sain.
    On sait bien que là où prédominent les parlers anglo-saxons à la syntaxe souvent bizarre, ou l'allemand mettant l'action avant la pensée, on a peut-être de quoi se livrer efficacement aux affaires commerciales ou aux épanchements sentimentaux, mais il manque de quoi approfondir une réflexion. D'où l'urgence aujourd'hui encore de ne pas laisser notre langue se corrompre par le style de tant de plumitifs qui se prennent pour des écrivains. « Une langue, disait Rivarol, vient à se corrompre lorsque confondant les limites qui séparent le style naturel du figuré, on met de l'affectation à outrer les figures et à rétrécir le naturel pour charger d'ornements superflus l'édifice de l'imagination. C'est ce défaut qui perd les écrivains des nations avancées ; ils veulent être neufs et ne sont que bizarres ; ils tourmentent leur langue pour que l'expression leur donne la pensée et c'est pourtant celle-ci qui doit toujours amener l'autre. »
    LE TACITE DE LA RÉVOLUTION
    Cet homme bien de son temps - d'un temps où, comme devait le dire Pierre Gaxotte, « il existait une Europe et elle était française », parlait français et pensait clair -, avait déjà prouvé par son discours De l'universalité de la langue française, qu'il n'était pas qu'un improvisateur spirituel. Mais c'est la Révolution qui devait opérer en lui un changement remarquable, le critique élégant et caustique du Petit almanach de nos grands hommes (1788) devenant alors le défenseur intransigeant de l'ordre social traditionnel, au point d'être salué par Edmund Burke, lui-même contre-révolutionnaire, mais anglais, comme « le Tacite de la Révolution ».
    Changement soudain ? Moins qu'on ne le croie. Nous entretenant il y a quelques années avec Éric Vatré, celui-ci nous disait très justement : « Je crois que le combat de Rivarol résulte d'une pensée politique mûrie avant la Révolution : il sait trop ce que la civilisation française et, partant, sa langue doivent à nos Rois. Lecteur positif de Montesquieu, il défend vigoureusement le principe de la continuité monarchique, ne cesse d'invoquer les nécessaires réformes de l'institution, adjurera le roi de "faire le Roi", le conseillera pertinemment (création de clubs royalistes, visites aux provinces, etc.) Mais en vain. »
    Rivarol, que Voltaire désignait comme « le Français par excellence », ne pouvait évidemment pas assister sans réagir au meurtre et au suicide de son pays. Il se mit à poursuivre de son ironie vengeresse la sottise et prétention révolutionnaires et notammant ce monstre d'ineptie que fut dès août 1789 la déclaration des Droits de l'Homme, « préface criminelle d'un livre impossible ». Dans un article des Actes des Apôtres, para en 1792, il en publia un pastiche qui, sous la dérision, ne manquait pas d'audace et de colère rentrée : «  Article premier : À compter du 14 juillet prochain, les jours seront égaux aux nuits pour toute la surface de la terre, le jour commençant à cinq heures. Article second : Au moment où le jour finira, la lune commencera à luire et elle sera dans son plein jusqu'au lever du soleil.
    Article troisième : Il régnera constamment d'une extrémité du globe à l'autre une température modérée et toujours égale. » On n'a jamais si justement montré la perfidie des révolutionnaires de vouloir recréer le monde d'après leurs principes... Il entreprit alors d'écrire l'histoire de la Révolution au jour le jour dans son Journal politique national (1792) (1) en des formules si fortes qu'elles sont passées en maximes. « Son génie, dit Jean Dutourd, était fait d'ironie, de gaieté dans l'écriture, de plaisanteries, de blâmes implacables cachés sous des louanges ambiguës, toutes choses qui font mal et qu'on ne pardonne pas. » On se souvient de M. de Launay, gouverneur de la Bastille qui, le 14 juillet 1789, « avait perdu la tête avant qu'on la lui coupât »... Façon de montrer que le pauvre homme croyait trop en la bonté naturelle de l'homme conquérant la liberté. Dans ses écrits Rivarol aimait donner la mesure exacte des prétendus grands philosophes du XVIIIe siècle. Jean-Jaçques Rousseau n'est qu'« un maître sophiste, le paradoxe incarné » Voltaire ne méritait pas d'être mieux traité : « Le dictionnaire philosophique de Voltaire, si fastueusement intitulé la Raison par alphabet est un ouvrage de très mince portée philosophique. » « J'aime mieux Racine que Voltaire par la raison que j'aime mieux le jour et les ombres que l'éclat et les taches. » Pourtant, il sut rendre justice même à Jean-Jacques : « Toutes les fois qu'il n'écrit pas sous l'influence despotique d'un paradoxe et qu'il raconte ses sensations ou dépeint ses propres passions, il est aussi éloquent que vrai. »
    Il dénonçait aussi le dogmatisme intolérant de la Révolution : « La philosophie a ses bulles et le Palais Royal est son Vatican », ainsi que son caractère passionnel : « La philosophie moderne n'est rien autre chose que les passions armées de principes » et sa violence intrinsèque : « La Révolution est sortie tout à coup des lumières comme une doctrine armée. »
    La préface du Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution (1792) (2) résume son interprétation des événements de 1789 : « C'est par un accord parfait entre le rebut de la Cour et le rebut de la fortune que nous sommes parvenus à cette misère générale qui atteste seule notre égalité. Quoi de plus injuste en effet que cette inégale distribution des biens qui forçait le pauvre à travailler pour le riche, ce qui donnait à l'argent une circulation mal entendue et à la terre une fertilité dangereuse ! Grâces au ciel, tout est rétabli dans l'état sauvage où vivaient les premiers hommes. Le parti de plus fort s'est trouvé naturellement le plus juste ; et comme tout le monde s'est mis à gouverner, les cris des mécontents ont été étouffés. »
    Dès 1791, Rivarol prévoyait Napoléon Bonaparte : « Ou le roi aura une armée ou l'armée aura un roi. » Observateur lucide et analyste pénétrant, il décrivit plus tard le processus révolutionnaire commencé dans l'euphorie, mais devant aboutir au drame et à la mise à mort du roi : « L'assemblée constituante tua la royauté et par conséquent le roi : la Convention ne tua que l'homme. La première fut régicide et l'autre parricide ». Le roi... il voulut tant l'avertir et l'aider, d'où ces mots cruels : « La sottise mérite toujours ses malheurs » ou « Autrefois les rois avaient leur couronne sur le front, ils l'ont aujourd'hui sur les yeux. »
    Rivarol, eut, comme il le dit lui-même, l'esprit méchant, mais le cœur bon. Il sut transcender sa douleur pour la faire servir à l'instruction de la postérité, et quand il dut se résoudre à l'émigration en Allemagne, il cria que l'injustice de quelques hommes ne le détacherait jamais de sa patrie. Il écrivit alors De l'homme intellectuel et moral (1797) : « Il est dur sans doute de n'avoir que des fautes ou des crimes à raconter et de transmettre à la postérité ce qu'on ne voudrait que reprocher à ses contemporains ; mais comme dit un Ancien, quand on ne peut faire peur aux hommes il faut leur faire honte. » Cet homme que l'on nous présente trop souvent comme léger, n'a-t-il pas écrit ce mot sublime à l'adresse de ceux qui depuis la Révolution tentent d'établir en France le laïcisme : « Tout État, j'ose le dire, est un vaisseau mystérieux qui a ses ancres dans le Ciel » ? Il devait mourir à Berlin le 4 avril 1801.
    On le voit, les raisons de s'enrichir intellectuellement et spirituellement en relisant Rivarol sont multiples...
    M.F Rivarol du 27 avril 2012
    1) Domaine public. Ed. Flammarion.
    2) Lire aussi Bernard Fay : Rivarol et la Révolution. Perrin 1978.
    Réédité en 1988 aux Ed. Desjonquères.

  • DE L'IMPOSSIBILITE DU SOCIALISME

    Extraits d'un texte important communiqué par François Guillaumat sur Ludwig von Mises

     En 1940,  à Genève,  paraissait le Magnum opus  de Mises :  "Nationalökonomie - Theorie des Handelns und Wirtschaftens" ("Economie politique : théorie de l'action et de la gestion")
    Cependant,  dans le chaos de la guerre,  le marché allemand lui étant presque complètement fermé,  le livre sombra sans laisser de traces,  et l'éditeur suisse fit faillite.
    Cette année même,  Mises quitta la Suisse  à la demande de sa femme  et s'enfuit par des chemins  détournés à travers la France,  l'Espagne et le Portugal,  pour s'embarquer vers New York à partir de Lisbonne.
    Tandis que n'importe quel intellectuel de troisième classe s'y trouvait un poste universitaire appréciable pourvu qu'il fût de gauche,  dans les États-Unis supposés capitalistes  Mises,  à près de 60 ans théoricien du capitalisme de renommée internationale,  se vit traiter par le mépris.
    Pendant quelques années,  il vécut sur ses économies,  et de bourses.  Il finit par obtenir un poste de professeur invité à l'Université de New York ; cependant,  son traitement n'était même pas payé par l'université  mais par le William Volker Fund, une petite fondation privée.
    En 1949  est parue Human Action,  la version américaine de son grand oeuvre :  900 pages  d'une prose claire et serrée,  d'une argumentation implacable,  logiquement rigoureuse,  expliquant étape après  étape.  La réaction des pontes de l'université  fut glaciale :  ou bien  ils condamnaient cet ouvrage  comme "réactionnaire",  ou alors ils faisaient comme s'il n'existait pas.
    Néanmoins,  ce fut pour l'ambition qui était la sienne  un succès unique de librairie,  qui fit de Mises une célébrité aux États-Unis.  Le livre est toujours réédité  depuis 1949,  et à ce jour quelque 500.000 exemplaires en ont été vendus.
    Toujours à New York,  Mises organisa un nouveau  séminaire privé,  attirant pendant près de deux décennies  des intellectuels de renom (notamment Murray Rothbard, fondateur du mouvement libertarien américain).
    En 1969,  à l'âge de 87 ans, Mises se retira  de l'enseignement. Il est mort le 10 octobre 1973 à New York.
    Mises est sans nul doute le plus grand économiste du XX° siècle.
    Nous lui devons des découvertes fondamentales  en théorie de la monnaie et de la conjoncture, sur l'impossibilité du calcul économique dans le socialisme et sur les fondements épistémologiques  de l'économie comme une logique axiomatique-déductive de l'action.
    Presque seul parmi les économistes de son temps,  Mises avait prédit tous les événements majeurs du XX° siècle :  la Grande Dépression,  ainsi que les échecs économiques du fascisme, du socialisme national  et particulièrement du communisme soviétique.
    L'effondrement économique de la dernière variante du socialisme,  celle de la démocratie-sociale,  qu'il a également prédit,  se fait encore attendre, mais il y a des signes sans équivoque que nous nous en rapprochons sans cesse.
     que cela,  et avant tout,  Mises est le bâtisseur d'un système.
    Il a intégré  toutes ses idées particulières  dans une présentation générale et systématiquement organisée  de l'ordre social  et propose,  outre une analyse critique,  un programme libéral positif  et engageant (auprès duquel des libéraux en vue comme Milton Friedman et Friedrich Hayek apparaissent -- et à juste titre –  comme de vrais sociaux-démocrates) :
    La propriété privée et l'échange mutuellement avantageux fondé sur la division du travail comme le fondement de la morale et de la prospérité économique ;  un gouvernement dont la fonction unique est de protéger  et d'imposer les droits de propriété privée,  et de l'économie de marché qui s'ensuit – en particulier,  qui s'abstient de toute intervention  « correctrice »  aussi bien dans la répartition du revenu et des richesses  qui résultent des processus du marché,  que dans le système éducatif ; et qui est confronté  à tout moment au Droit absolu de sécession  des plus petites unités  vis-à-vis des plus grosses ; enfin,  le libre échange et un étalon-or international  (et non une monnaie de papier  des hommes de l'état).
     Par rapport à Mises,  Hayek apparaît comme un démocrate-social.
     Le XXe siècle fut l'ère du socialisme - dans toutes ses variantes.  Celui qui pensait comme Mises à propos du socialisme,  devait y demeurer étranger.
    La grande star parmi les économistes  était John Maynard Keynes,  contemporain de Mises, dont il existe  différents avatars  pro-soviétiques,  pro-nazis  et démocrates sociaux,  de sorte qu'il est toujours et partout  demeuré conforme à l'esprit du temps.
    Aujourd'hui, au début du XXIe  siècle, après qu'on a essayé toutes les variantes du socialisme, le système de Keynes est en lambeaux,  et son étoile passée (pour ne pas parler de Marx).
    En revanche,  les positions prédominantes de Mises,  et du système capitaliste libéral qu'il promouvait,  sont de plus en plus apparentes.
    Il y en a d'autant plus lieu d'admirer la force intérieure de Mises,  que ses adversaires lui reprochaient  comme de l'intransigeance,  de l'entêtement,  de l'intolérance et de l'extrémisme.