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  • OMC…. une organisation contre nature

    En cette fin juillet, les membres de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) se mettaient en congé pour un mois. Non que leurs vacances fussent méritées, car il faut bien admettre que les négociations des derniers mois pour tenter de boucler le Cycle initié en 2001 à Doha (Qatar) sont stériles.
          Avant de partir à la plage, c'est sur un ton pathétique qu'ils ont demandé :

    1. Aux Etats-Unis de réduire les subventions versées à leurs agriculteurs.
    2. A l'U.E d'abaisser ses droits de douane sur les produits agricoles en provenance des pays émergents.
    3. Aux pays du Sud d'ouvrir leurs marchés aux fabrications industrielles du Nord.

    Pourquoi un tel empressement ? parce que réunis à huis clos à Potsdam du lundi 18 au vendredi 22 juin dernier les représentants du G4 (Etats-Unis, Union Européenne, Inde et Brésil) se sont quittés dès le jeudi sur un nouvel échec malgré les réunions préparatoires de Bruxelles (fin mai) et Etats-Unis-U.E (début juin) également à huis clos.

    Les manifestants de "Friends of the Earth" lors du G4 à Postdam

    A Potsdam, les Américains ont proposé de réduire leurs subventions agricoles de 22 à 17 milliards$
    Refus de Suzan Schwab, représentante de Washington à l'OMC, sans doute sensible à un récent courrier que lui adressait le lobby agricole de son pays "une diminution des subventions internes ne se justifierait que si elle s'accompagne d'un gain net important" ; en clair il s'agit de pouvoir exporter davantage grâce aux concours des aides extérieures revalorisées;
    Dans sa déclaration du 29 juin, N. Sarkozy se rapprochait de l'Inde et du Brésil en déclarant "pour l'instant je ne vois pas les efforts que les Etats-Unis sont disposés à faire ; si on ne comprend pas ça à la table de l'OMC, la France mettra son veto".
    Malgré la tempête, les ténors du mondialisme restent optimistes :

    • P. Mandelson, représentant la Commission de Bruxelles : "les nouvelles sur la mort du         Cycle de Doha sont exagérées".
    • L. da Silva, président brésilien, se déclare prêt à faire preuve de souplesse.
    • A. Cairns (Australie) le Forum de Coopération Asie-Pacifique (APEC) écarte toute possibilité d'un échec qui fragiliserait davantage les pays pauvres.
    • P. Lamy, patron de l'OMC, considère qu'il ne reste plus qu'un effort insignifiant pour sauver Doha "il suffirait que les Etats-Unis acceptent des concessions supplémentaires qui représentent moins d'une semaine de commerce transatlantique et que l'Europe réduise encore de quelques points ses droits de douane sur les produits agricoles".

    C'est que tous mettent leur espoir dans un nouveau texte en préparation dans les bureaux genevois de l'OMC par C. Falconer et Don Stephenson, respectivement présidents des groupes OMC de négociations sur l'agriculture et l'industrie.
    Mardi 17 juillet, l'OMC dévoile le compromis soumis à l'approbation des différentes parties :

    • L'Amérique réduirait ses subventions agricoles entre 12,8 et 16,2 milliards $ (sans doute selon des calculs très savants).
    • L'Europe baisserait ses taxes à l'importation de 53% au lieu des 49% proposés par Bruxelles.
    • Les pays en développement limiteraient entre 19 et 23% leurs droits de douane sur les produits industriels achetés aux pays du Nord.

    Les réactions sont immédiates :

    • Pour les Etats-Unis le montant des aides proposé à Potsdam est aujourd'hui satisfaisant parce que les cours sont hauts, mais il convient de garder "une poire pour la soif" en cas de retournement de conjoncture.
    • L'Inde et le Brésil n'acceptent pas de réduire les droits de douane appliqués aux produits industriels en deçà de 30%.
    • En France la FNSEA estimé que "le compte n'y est pas" et H. Novelli, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur estime "qu'il y a encore beaucoup de travail à accomplir avant d'aboutir à un accord global".

    Bref, tout le monde est sceptique, excepté le nouveau président de la Banque Mondiale, R. Zoellick "bien qu'il reste encore beaucoup à aplanir, en faisant preuve de bonne volonté il y a désormais sur la table un accord à saisir".
    Et bien sûr, sauf P. Lamy qui ne cache pas son optimisme au travers d'une formule dont chacun appréciera la clarté "la convergence de nos points de vue est à portée de main ; la distance qui nous reste à parcourir n'est pas si importante quand bien même des divergences significatives doivent être résolues".
    De fait, depuis 2001 à Doha et 2005 à HongKong le monde a bien changé pendant que l'OMC divergeait dans la convergence !

    En effet :

    • Aux Etats-Unis, le Congrès élu en novembre 2006 prenait ses fonctions en janvier dernier.

          La Constitution américaine renferme une procédure qui autorise le Président à soumettre en bloc les accords commerciaux négociés sous son autorité au Congrès, sans possibilité d'amendements : il s'agit du "fast track" aujourd'hui désigné "Trade Promotion Authority" et précisément accordé au Président par le Congrès.
          Or, le "fast track" dont G. Bush bénéficie en janvier, expire le 30 juin 2007 et en cas de non renouvellement le Congrès pourra amender les accords déjà négociés entre la Maison Blanche et l'OMC.
          Pour les partisans du Cycle de Doha, il importe de ne pas prendre le risque d'un non renouvellement du "fast track" par un congrès plus protectionniste que le précédent.
          Il est donc impératif de régler le dossier agro-industriel avant la fin du premier semestre. D’où à mi-avril, la réunion de New Delhi qui rassemblait le G4, le Japon et l'Australie,…sans résultat. Soucieux d'éviter une rupture brutale, le Congrès laisse entendre que, fin juin, il pourrait éventuellement voter un "fast track" limité aux pourparlers de Doha. Il n'en sera rien, le 30 juin le Congrès refuse toute forme de "fast track" et a désormais le droit d'amender.

    • Avec un excédent commercial qui, depuis 2005, vole de record en record (24,35 milliards $ sur juillet) la production industrielle "made in china" arrose la planète entière, y compris les pays en voie de développement (PVD) d'ou l'inquiétude légitime de ces Etats qui, pour protéger une industrie naissante, souhaitent maintenir des droits de douane élevés sur les produits manufacturés.
    • A l'origine l'objectif du Cycle de Doha était d'organiser les échanges commerciaux entre les pays économiquement avancés, principalement situés au Nord et ceux en cours de développement surtout répartis vers le Sud. Or depuis 2001, de l'Amérique latine à l'Asie bien des pays émergents ont effectivement émergés de sorte que l'axe commercial Nord Sud s'est doublé d'un axe Est Ouest entre les pays du Sud. La multiplication des intérêts commerciaux a rendu la conclusion d'un accord global beaucoup plus compliquée et aléatoire en raison de l'évolution constante des flux commerciaux.
    • L'échec du Sommet de Hongkong (décembre 2005) est sans doute à l'origine des multiples projets d'accords bilatéraux en cours d'étude ou de ratification depuis début 2006 (U.E-Canada, Mercosur-U.E, Inde-USA, Inde-Japon, USA-Vietnam, Inde-Pakistan,…et jusqu'à Corée du Nord-Corée du Sud !)
    Manifestants au sommet de l’OMC –WTO Hong-Kong 2005

    Ces accords créent de nouveaux rapports de force entre de nouvelles entités économiques et engendrent de nouvelles alliances susceptibles de remettre en cause les négociations entre les 150 membres de l'OMC.

    Bien en amont de ces considérations sur l'utilité et la pérennité de l'OMC, reste la question de la validité des hypothèses sur lesquelles les tenants de l'administration mondiale chantent l'apologie du libre échange planétaire.

    On se souvient de l'exemple célèbre inventé par David Ricardo (fondateur de la théorie du libre échange) : les vignerons portugais abreuvent l'Angleterre, les filateurs anglais habillent le Portugal et les consommateurs des deux Etats bénéficient de prix réduits grâce aux bienfaits de la spécialisation et d'une production en grande série.
    David Ricardo

    Ricardo confortait son hypothèse en écartant tout projet de délocalisation du textile anglais vers le Portugal en raison de "l'attachement naturel des entrepreneurs capitalistes à leurs patries"…?!...utopie d'une économie mondialisée fonctionnant avec des financiers qui auraient retrouvé les vertus du "bon sauvage" de J.J Rousseau et se garderaient bien de délocaliser pour leur seul profit au détriment de leurs compatriotes privés de gagne-pain (chômeurs ou travailleurs à salaires réduits).

    La réalité des délocalisations détruit l'hypothèse de Ricardo : au commerce entre deux Etats (Angleterre-Portugal) se substitue celui entre une multinationale et les consommateurs d'un Etat.

    Cela reste vrai même pour des activités non délocalisables, par exemple l'extraction du minerai de fer puisque les sociétés minières sont presque toujours "bi nationales".

    On relèvera que le commerce des matières premières minérales et des hydrocarbures n'entre pas dans les attributions de l'OMC.

    D'évidence si quelque génial fonds de placement pouvait délocaliser les terres de la Beauce pour bénéficier de conditions d'exploitation (quel vilain mot pour le beau métier de paysan !) moins onéreuses et bien il le ferait, et d'ailleurs en quelque sorte ils l'ont déjà fait en créant des sociétés multinationales pour cultiver, par exemple la canne à sucre au Brésil.

    On exploite une mine de fer, on cultive une terre ; dans les deux cas il y a activité productive ce qui permettrait de classer les fruits de l'agriculture sous l'appellation "matière première végétale" et donc d'échapper comme leurs consoeurs du monde minéral, à l'emprise de l'OMC.

    Tout spécialement à l'heure où la surproduction agricole (de surcroît soumise au bon vouloir du ciel) semble appartenir au passé.

    La crainte du retournement de tendance évoquée par les Américains à Potsdam résulte peut-être de leur confiance dans la victoire du combat acharné qu'ils mènent pour la promotion des semences OGM. Elles procurent de gros rendements dit-on, et peuvent donc provoquer le retournement en question, au demeurant passager puisqu'ils en détiennent le monopole. Ne parlons pas d'écologie…!!

    Avant de clore ces quelques lignes sur un sujet à suivre dans l'actualité à venir, ajoutons que Ricardo lui-même affirmait qu'en cas de modification brutale des flux commerciaux, les pays agressés par des importations à bas coûts pouvaient momentanément prendre des mesures protectionnistes (droits de douane, quotas…) tant à Bruxelles qu'à Genève "ils" ont oublié cette remarque.

    Pierre Jeanthon   « France Royaliste » http://www.lesmanantsduroi.com

    Rappel de quelques « principes » économiques… : http://fr.wikipedia.org/wiki/Avantage_comparatif

  • Réflexions autour d’un petit livre bien fait sur la crise

     

    François Lenglet est un journaliste économique compétent, honnête et de bon sens. Arrêtons-nous pour bien peser, car le phénomène ne court pas les rues : entre les spécialistes (ceux qui savent tout sur l’inessentiel et ramènent tout à leurs marottes), les mercenaires (ceux qui vendent leur salade), les demi-savants (ceux qui en savent un peu plus que les autres, sans tout à fait dominer leur sujet), les idéologues (ceux qui ont la réponse avant la question) et les Guignols de l’Info, la place est mince pour ceux qui se contentent de dire simplement, honnêtement, modestement, des choses de bon sens sur des sujets compliqués. Ceci, en ayant des idées. À ce titre, soit dit en passant, François Lenglet, journaliste économiste, est un peu le frère jumeau de Christian Saint-Étienne, économiste communicant.

     

    François Lenglet vient de commettre un petit livre intitulé Qui va payer la crise ? dans lequel il développe avec des mots simples des idées  fortes, qui peuvent plaire ou ne pas plaire, qu’on peut à loisir étiqueter « de droite » ou « de gauche », mais qui en tout cas méritent réflexion. La thèse centrale du livre est assez simple et peut se résumer comme suit :

     

    — la crise de l’euro met aux prises épargnants et contribuables, dissimulant une opposition entre générations et modèles de société,

     

    — le sauvetage de l’euro s’apparente de plus en plus à un désastre annoncé, les pays du Sud s’épuisant comme des hamsters dans leur cage,

     

    — la solution fédéraliste européenne, à base notamment d’euro-bonds, est surtout une échappatoire pour les politiques et une ruse des financiers et donc de leurs commettants épargnants pour différer le règlement de leurs turpitudes; de toute façon, elle ne marche et ne marchera pas à horizon prévisible,

     

    — les souverainistes de gauche ou de droite s’apparentent à des vendeurs de repas gratuits et ne sont au final que des marchands de sable,

     

    — le plus grand risque pour la zone euro, voire pour les  pays du Sud eux-mêmes, et la France en tout cas, réside dans la sortie de l’Allemagne et de quelques économies fortes et bien gérées qui en ont les moyens (Finlande…),

     

    — il n’existe aucune solution-miracle, mais seulement une panoplie de remèdes techniques (à fortes implications politiques et sociétales, bien sûr) à organiser et mettre en œuvre de façon pragmatique et aussi juste que possible,

     

    — une ébauche de solution pourrait être la suivante : après avoir organisé au mieux l’inévitable sortie de la Grèce de l’euro, prononcer un moratoire temporaire des dettes donnant aux États et à la société le temps de souffler, en mettant à contribution banques, financiers et épargnants trop épargnés jusqu’à présent.

     

    On  peut discuter diagnostic, grille de lecture et esquisses de remèdes, mais on doit reconnaître à cette thèse sa solidité, son honnêteté et sa neutralité idéologique et trans-partisane. Voici quelques réflexions et questions proposées à votre réflexion.

     

    Ce livre vaut d’abord comme dénonciation de l’incompétence technique, des partis-pris idéologiques ou partisans, ou de la simple bêtise des simplificateurs de tous bords : de gauche, bien sûr, puisque c’est souvent leur marque de fabrique, mais de droite dite de conviction aussi : souverainistes et marino-mélenchonnistes gagneraient à s’en inspirer.

     

    Les causes et la genèse de la crise sont décrites à grands traits de façon techniquement solide, mais on aurait aimé en annexe un rappel chronologique détaillé qui aurait ajouté à la solidité de la démonstration.

     

    L’interprétation de la crise comme la résultante d’un conflit de générations entre soixante-huitards, ex-braillards gauchistes devenus rentiers égoïstes forcenés, identifiés de façon paradoxale mais convaincante comme la « génération libérale », et le reste de la société (entrepreneurs et jeunes notamment), est  séduisante, et d’ailleurs pas nouvelle (c’est l’une des marottes de l’auteur du présent article depuis 68 ou presque…).

     

    Les remèdes ne sont qu’esquissés (pp. 201 – 202), ce qui est inévitable compte tenu de la complexité du sujet et de la nature de l’ouvrage. Ils tournent tous autour de la notion de moratoire de dettes : prolongation de toutes les échéances de trois ans pour les pays les plus endettés avec suspension des intérêts, rééchelonnement de la dette sur vingt ans, etc. Certaines conséquences sont citées, notamment le rétablissement du contrôle des capitaux et des changes aux frontières de l’Union, mais presque rien n’est dit sur les dépôts bancaires, l’assurance-vie et la veuve de Carpentras. Il est vrai que, sur de tels sujets, on tangente immédiatement l’incitation à la panique bancaire, péché pas du genre de l’auteur, d’ailleurs plus immédiatement nuisible que d’autres incitations pénalement répréhensibles,

     

    In fine, ce livre est un plaidoyer raisonnable pour l’Europe et pour l’euro, expurgé de ses vices de construction les plus rédhibitoires. En tant qu’Européens de destin, dans la lignée des Drieu, des Jünger, voire des Denis de Rougemont, we can live with it.

     

    Jacques Georges http://www.europemaxima.com/

     

    • François Lenglet, Qui va payer la crise ?, Fayard, 2012, 216 p., 11,90 €.

  • Peillon perd les pédales

    Dans un courrier récent déjà fameux notre ministre-maçon de l'Education nationale appelle nos chères têtes blondes à ne plus rire des orientations minoritaires déclarées dans la cour de récréation, en fixant leur regard en classe sur la ligne Azur des Vosges, où ils apprendront la fabrication du gender américain : on n'est pas, on devient.
    Dans le registre des bévues, les bonnes intentions du géant-ministre seraient-elles louables dans un milieu éclairé au gaz de la tolérance par les Fils de la Lumière depuis longtemps, qu'elles vont se fracasser sur la frisétude bouclée des nouvelles générations d'intrants. Mahmoud, Ali, Kémal, Shéhérazade et Aïcha sont le produit de bouillons de culture homophobe à pendre les "déviants", et j'ose avancer que s'il est devenu presque impossible d'expliquer l'Holocauste en classe d'histoire, il sera particulièrement scabreux de vendre la légitimité de la diversité sexuelle en cours de maintien social aux jeunes ressortissants de la Oumma. Et les récréations de se transformer en cage aux folles dix-huitième.

    Croyant sans doute (pardonnez l'injure involontaire Cher M. Peillon) que cette obstruction de la base est absente des classes sous contrat d'association pour cause de leucodermite présumée, le ministre-malin a porté le fer dans ce qu'il est convenu d'appeler l'enseignement catholique, réputé à tort rétif aux avancées sociales, l'enseignement judaïque ou islamique étant sans tache. C'est mal connaître la ressource de l'enseignement privée sous contrat qui puise aussi ses effectifs dans les familles immigrées, horrifiées du laxisme des moeurs républicaines imposées dans les établissements en ZEP. Passer à 8h30 du matin devant le portail d'une école primaire privée vous indiquera qui y met ses gosses.
    Il eut mieux valu tant d'un bord que de l'autre laisser l'école off-limits mais si d'aventure, l'enseignement confessionnel défilait sous une bannière à "Pas de Neveux pour les Tantes", je me demande bien jusqu'où iraient les représailles de l'administration qui s'est immiscée dans les moeurs privées de la population afin de satisfaire les revendications de quelques-uns en relayant des promesses électorales ! La loi n'est pas votée que je sache et n'est donc pas d'application.
    Le "responsable" de l'école libre Labarre qui prend la pose de ligueur et s'est lui-même aventuré dans ce marais-cage a prévenu qu'il n'appelait pas explicitement au grand défilé du 13 courant, même si le Vatican y pousse. Ce que les chrétiens ont parfaitement entendu : les cars se louent. Et de son côté, M. Peillon a raté une occasion de se taire. Mais le Grand Orient indisposé dispose, le ministre se doit-il d'obéir ?
    http://royalartillerie.blogspot.fr

  • Deux autres contrepoisons : la démocratie directe et la tradition religieuse

    Deux autres contrepoisons contre l’idéologie oligarchique du Gestell : La démocratie directe et la tradition religieuse
    La dernière fois, nous avons vu les deux contrepoisons que sont la philosophie existentielle et la tradition nationale.
    Cette fois, nous allons analyser deux autres contrepoisons, la démocratie directe et la tradition religieuse

    1/ La démocratie directe
    Extension géographique
     La démocratie directe qui permet au peuple, et pas seulement à ses représentants élus, d’abroger ou d’adopter des lois, est encore très minoritaire dans le monde. C’est la démocratie représentative pure, où seuls les représentants élus du peuple adoptent formellement les lois, qui demeure encore la règle de droit commun.
     La démocratie directe fonctionne depuis 1848 en Suisse (au niveau fédéral, cantonal et local) et aux Etats-Unis (au niveau de 26 Etats fédérés sur 50 et au niveau local). Le petit Liechtenstein la pratique aussi. Depuis 1970, le référendum d’initiative populaire pour abroger une loi existe en Italie. Depuis la réunification allemande du 3 octobre 1990, la démocratie directe a été progressivement introduite dans les tous les Länder allemands et souvent aussi au niveau communal. Peu à peu, la démocratie directe gagne en extension.
     Outils de la démocratie directe
    Il y a deux outils essentiels, le référendum veto et l’initiative populaire, un frein et un moteur.
    Le référendum veto consiste à permettre au peuple d’annuler une loi votée par le parlement. Il faut une pétition de citoyens, (50 000 en  Suisse, 500 000  en Italie) qui demande l’annulation de la loi. Si le nombre minimum de signatures est atteint, un débat est lancé et le référendum populaire a lieu environ six mois plus tard. Si le non l’emporte, la loi est annulée. Si le « oui » l’emporte, la loi est confirmée. C’est un frein pour s’assurer que les élus ne votent pas une loi que la majorité des citoyens réprouve, ce qui peut arriver compte tenu des puissants lobbies qui font aujourd’hui pression sur le gouvernement ou le parlement. C’est un moyen de redonner la parole aux citoyens non organisés en lobbies, en groupes de pression.
     L’initiative populaire est une pétition pour soumettre au référendum un projet de loi voulu par les citoyens signataires sur un sujet que le gouvernement ou le parlement ignorent ou ont peur d’aborder. En Suisse, le chiffre pour qu’une pétition soit valable a été relevé à 100 000 signatures. Aux Etats-Unis, le chiffre à atteindre est un pourcentage des électeurs, et il varie selon les Etats. Si le nombre de signatures est atteint, un débat est organisé sur les medias et le parlement donne son avis sur le projet en question. Il peut aussi rédiger un contre-projet qui sera soumis le même jour au référendum. Ainsi, le parlement n’est nullement mis à l’écart. La démocratie directe organise plutôt une saine concurrence entre les citoyens et les élus pour faire les lois : personne ne doit être exclu alors que la démocratie représentative pure exclut les citoyens de la fonction législative.
    Pratique
    La pratique varie beaucoup selon les Etats. En Suisse ou au Liechtenstein, tout sujet, y compris fiscal, peut être abordé. Aux Etats-Unis, c’est le cas dans le domaine de compétence de la commune ou de l’Etat fédéré car il n’y a pas de démocratie directe au niveau fédéral à l’inverse de la Suisse. En Italie (au niveau national) ou dans les Länder allemands, les sujets traitant des dépenses publiques ou des impôts sont exclus de la démocratie directe.
    Il y a eu en Suisse des référendums ou des initiatives sur les sujets les plus divers comme le financement de la sécurité sociale, l’adhésion ou non à l’Union Européenne, la construction de minarets, l’adoption de la TVA, les 35 heures, et même la suppression de l’armée (rejetée).
    Aux Etats-Unis, les grands sujets ces dernières années ont été les réductions d’impôts (la fameuse proposition 13 en Californie qui s’est ensuite diffusée dans les autres Etats), la protection de l’environnement, la lutte contre la criminalité, la peine de mort, l’avortement ou l’enseignement. Aux Etats-Unis, le citoyen conserve la possibilité de faire un recours contre le résultat d’un référendum devant la Cour Suprême d’un Etat pour violation des droits de l’homme alors que rien de semblable n’existe en Suisse. En Allemagne, le contrôle de constitutionnalité est préalable à la tenue du référendum pour éviter que le juge casse une décision populaire sortie des urnes.
    En Italie, il y a eu des référendums sur le divorce, l’échelle mobile des salaires (rejetée) notamment. En Allemagne, il y a eu des référendums sur les lois électorales, l’enseignement de la religion à l’école, l’urbanisme (faut-il autoriser la construction de tours en centre ville ?)
    Effets
    Des études universitaires très poussées en Suisse, en Allemagne aux USA  notamment ont montré que les décisions du peuple étaient toujours modérées et raisonnables. Par exemple, les Suisses ont rejeté des mesures démagogiques comme l’adoption des 35H  ou bien la suppression de l’armée.
    Sur le plan des finances publiques, les travaux des professeurs Feld et Kirchgässner ont montré en étudiant les résultats des référendums financiers aux USA  et dans les cantons suisses que là où la démocratie directe existe, les impôts et les dépenses publiques sont un tiers plus bas que dans les pays où la démocratie est purement représentative. L’endettement public est de moitié plus faible. Ce résultat est d’une extrême importance.
    Objections courantes
    Les adversaires à la démocratie directe allèguent la non-maturité et la désinformation des citoyens. Ceci n’est pas du tout avéré par les études empiriques qui portent sur près d’un siècle de pratique référendaire en Suisse et aux Etats-Unis. Le référendum donne l’occasion au citoyen d’exprimer ce qu’il vit tous les jours d’où un degré d’information et de bon sens élevé. Par contre, le citoyen, lors d’une élection, vote souvent par mimétisme et non par expérience personnelle. Hitler est arrivé au pouvoir grâce à des élections parlementaires et non par un référendum. L’élection offre par rapport au référendum moins de garanties de rationalité car le citoyen est plus rationnel pour répondre à une question concrète que pour choisir un homme.
    Circonstances d’adoption
    A chaque fois, l’adoption de la démocratie directe s’est faite pour résoudre une crise : révolte populaire en Suisse dans le canton de St Gall, corruption de la classe politique en Californie,  débat sur le divorce en Italie, suites de la réunification en Allemagne.

    2/ La tradition religieuse
    Heidegger dans le quadriparti qui encadre la vie de l’homme authentique fait une place au sacré. Et il est bien vrai que le sacré semble être propre à l’homme et que ce soit une dimension fermée au monde animal. Historiquement, on constate que le sacré se développe dans les sociétés humaines d’une façon collective et organisée : c’est le phénomène religieux.
    a/ Qu’est ce qu’une religion ?
    Tout historien vous dira qu’il s’agit d’un phénomène collectif, comme le langage. Un juriste ou un homme politique du monde moderne insistera plutôt sur le choix individuel. Il faut admettre que ce n’est qu’une partie de la réalité. C’est comme pour le langage : je peux choisir une autre langue que ma langue maternelle. Mais cela n’enlève rien à la réalité collective de la langue. Il en est de même de la religion et le point de vue laïc et individualiste ne saisit qu’une partie de la réalité.
    De plus, les religions sont des phénomènes hétérogènes. L’Islam n’admet pas la distinction entre le civil et le religieux qui existe dans le christianisme : la parole du Christ est bien connue : rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Dans les cités grecques païennes, la religion était celle de la Cité. Dans le shintoïsme japonais, la religion se confond avec la tradition nationale et dynastique. Dans le bouddhisme, il y a bien religion mais ya t-il un Dieu ? Pas au sens chrétien en tous cas. Dans l’empire romain tardif, la religion chrétienne est devenue celle de l’Etat à un tel point que les autres cultes furent interdit par Théodose. Pour autant, l’intolérance n’est pas propre au religieux. Les athées peuvent être intolérants, témoin Staline, alors que Voltaire affirmait le contraire un peu vite !
    Le sociologue Durckheim définit ainsi la religion : « un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent ». Une définition plus récente est la suivante (Wikipédia) : «  la religion est un socle de convictions sur lesquels se fonde une cohérence sociale et définit des champs de comportements qui sont acceptables ou non dans une société. »
    Dès lors, on sent bien l’utilité d’une religion, qui selon le sociologue Max Weber, est un « besoin social ».
    b/ Importance d’une religion dans la vie sociale
    L’histoire montre l’importance des religions. L’Antiquité montre que toutes les sociétés avaient un fondement religieux. Mieux, elle montre que l’athéisme correspond souvent à des élites et des périodes de décadence comme en Grèce hellénistique ou dans la Rome d’avant le christianisme. Si l’on examine la chrétienté, on voit la morale, l’art, le droit dériver de la religion. Les universités en Europe sont des créations de l’Eglise. Par contre, la technique, la science ont une autre origine. Mais c’est la chrétienté qui nous a transmis le legs de la civilisation gréco-romaine. Aux Etats-Unis, Tocqueville a montré que la religion jouait un rôle énorme dans la cohésion sociale.
    Il y a aussi des relations entre la religion et la démographie. La religion est favorable à la famille et aux enfants. Elle favorise le cerveau affectif contre les empiètements des cerveaux instinctif et rationnel. Cela donne de la cohérence à la personnalité. La religion est fondée surtout sur les besoins du cerveau affectif, besoins qui sont doubles, besoin de combattre et besoin d’agir pour l’amour d’autrui. Dans les églises baroques, on voit souvent su un mur des scènes de charité et sur l’autre des scènes de combat. Ainsi, dans l’Asamkirche de Munich, il y a sur le mur de droite deux scènes de charité : le Christ lavant les pieds d’un vieillard et la vierge Marie berçant l’enfant Jésus. Sur le mur de gauche, il y a deux scènes de combat : Jésus chassant les marchands du Temple et l’archange saint Michel tuant un dragon représentant le mal. Il y a équilibre en la dimension combattante et la dimension charitable. A bien des égards, l’Eglise moderne a perdu la dimension combattante : elle est devenue hémiplégique ! Elle ne peut plus jouer alors pleinement le rôle social qui lui revient : lutter contre le mal et pas seulement administrer la charité, domaine où l’Etat cherche d’ailleurs à la concurrencer maladroitement (bureaucratiquement).
    Le rôle de la religion est le rôle de toute tradition, et il est essentiel. Le prix Nobel Friedrich von Hayek a montré le rôle bénéfique des traditions dans le développement d’une civilisation. Ces traditions n’apparaissent pas nécessairement rationnelles à l’individu mais les sociétés qui les suivent prospèrent plus que les autres. C’est l’expérimentation et non la pensée a priori qui édifie des civilisations viables.
    c/ Pourquoi cette religion là ?
    C’est un peu comme si on se posait la question : pourquoi parler la langue française ?  Tout le monde trouve normal qu’en France on apprenne la grammaire et le vocabulaire français à l’école. C’est, si l’on veut, un choix arbitraire mais sans cela la société française ne pourrait plus fonctionner. Et pourtant, on n’apprend plus la grammaire et le vocabulaire de la tradition religieuse de notre pays. On croit avoir fait là un progrès. Et si ce n’était pas une perte d’héritage ? On n’apprend pas tout ce que le christianisme a apporté en termes de civilisation, et qui est considérable, qu’on ait la foi ou non. On n’apprend pas l’essence du christianisme qui contrairement à une vulgate courante, n’est pas une religion du livre mais une religion du Dieu qui s’incarne, donc une religion existentielle.
    Il y a une coïncidence troublante entre ce que l’on pourrait appeler le quadriparti divin et les quatre causes d’Aristote et le sens de la vie. Dans les Eglises baroques, on voit très souvent des fresques représentant « le couronnement de Marie ». Elles représentent le père et le fils qui couronnent la vierge Marie avec la colombe du saint esprit au dessus. Cela correspond aux quatre causes d’Aristote. La Vierge est le socle maternel, l’héritage qui nous accompagne à la naissance (cause matérielle). La colombe est la cause formelle, la mission qui nous est donnée à partir d’un héritage. Le père symbolise la création et le fils le sacrifice. Création et sacrifice permettent de créer une œuvre (la couronne posée sur la tête de Marie).

    L’œuvre vient enrichir l’héritage.
    Le christianisme correspond à ce que les historiens appellent « une religion savante ». Il incorpore dans ses dogmes l’essentiel de la sagesse qui nous vient de l’antiquité qui a été décrit dans les fresques de Raphaël dans la chambre de la signature au palais du Vatican. C’est pourquoi arracher les racines chrétiennes est périlleux du point de vue de la civilisation indépendamment de la question de la foi individuelle.
    On n’apprend pas tout ce que le christianisme a apporté sur le plan de la civilisation à l’Occident et à l’humanité. Les universités sont nées de décisions du pape où des rois en liaison avec lui. La religion orthodoxe par contre n’a pas secrété d’universités au sens occidental. C’est le tsar Pierre le Grand qui a introduit cette institution en Russie.
    On n’apprend pas grand-chose sur l’origine du christianisme. Si celui-ci est anecdotiquement d’origine juive, au sens des événements historiques, son origine au sens de l’histoire de l’être peut se trouver dans Platon. Le christianisme a repris l’essentiel de la philosophie platonicienne qui avait influencé certains cercles juifs (Philon d’Alexandrie). Les pères de l’Eglise ont estimé que la philosophie grecque était inspirée par Dieu pour préparer la réception de l’enseignement du Christ. Lorsque le personnage d’Antigone, imaginé par Sophocle dit à Créon, « je ne suis pas sur terre pour partager la haine mais pour partager l’amour », on n’est pas loin du message chrétien. Saint-Augustin comme Pascal ont considéré que Platon « préparait » le mieux au christianisme. C’était aussi l’avis de Nietzsche : « le christianisme est un platonisme pour le peuple » écrivait-il. Si le christianisme a dominé l’Occident, c’est parce qu’il était devenu une partie essentielle de la civilisation de l’empire romain.
    Nier les racines chrétiennes et nier les racines de l’antiquité gréco romaine ne peut conduire qu’à une perte d’identité, à un oubli de l’être, lequel est justement développé par le « Gestell », le système de mobilisation des choses et des hommes à des fins purement utilitaires et matérielles.
    d/ Le succès de la critique du christianisme en Occident
    Ce succès est aujourd’hui indéniable et il est lié au triomphe du Gestell où l’homme n’est plus qu’une matière première, avec deux dimensions principales. C’est d’abord celle de l’Erlebnis (le loisir vécu) où domine le cerveau reptilien : c’est la société de consommation. La deuxième dimension est celle du travailleur qui n’est plus que cela mu par la volonté de puissance pour la puissance : c’est le cerveau calculateur qui règne dans cette deuxième dimension.
    La critique du christianisme réussit parce qu’elle coalise les forces du cerveau reptilien et du cerveau rationnel. Le cerveau affectif, limbique est pris en tenaille. La raison sert les instincts qui veulent se libérer de toute contrainte sociale. L’homme calculateur peut aussi se servir du calcul à des fins criminelles s’il est dénué d’affectivité humaine (affectivité propre à notre cerveau « mammifère »). C’est le cerveau affectif qui est le règne du surmoi comme dirait Freud, c’est-à-dire des normes morales.
    Dans le monde moderne dominé par l’oligarchie du Gestell, le cerveau affectif (limbique) est atrophié. C’est pourquoi la délinquance et la violence prennent de l’ampleur car le cerveau reptilien n’est plus suffisamment tenu en bride. Mais ce qui est pire est que le troisième cerveau calculateur est mobilisé au service du cerveau reptilien et il utilise ses ressources à détruire la morale et les traditions affectives. Le marquis de Sade est un bon exemple de cette démarche qui dérive des Lumières (utilisation de la raison pour détruire les traditions, ce qui aboutit à libérer le reptile qui est en nous.
    De plus, notre cerveau affectif ne disparaît certes pas mais il est atteint d’une sorte d’hémiplégie. Le cerveau affectif était considéré par Platon comme irascible et pas seulement charitable. Or, dans son interprétation moderne, le christianisme est devenu hémiplégique (« sentimental » écrit le philosophe Arnold Gehlen). En effet, le cœur du christianisme est un message affectif plus que rationnel. Ce message conduit sur deux pentes : celle de la charité et celle de la lutte contre le mal (Saint George terrassant le dragon). Le christianisme, lorsqu’il est sain, a donc une composante guerrière, ce qui est nié à tort aujourd’hui. Cette composante n’est pas la même qu’en islam mais elle existe néanmoins. Ce n’est pas en vain que le Christ affirme : « je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée » ou encore « je ne suis pas venu apporter la paix mais la division ».
    Dans les fresques baroques, on retrouve cette double vocation, charitable et guerrière, du christianisme. Dans l’Asamkirche à Munich un mur est consacré à représenter l’œuvre de charité : on y voit Marie bercer l’enfant Jésus et le Christ laver les pieds d’un vieillard. Mais sur le mur d’en face, on voit le Christ chasser à coups de fouets les marchands du Temple et on voit la Trinité ordonner à un archange de mettre à mort un dragon. Les circonstances historiques du 20ème siècle ont fait que la dimension guerrière, par ses excès (pratiqués principalement par des régimes athées) a été discréditée. Il ne reste plus que la charité, qui réduite à elle seule, produit une religion « gnan gnan » sans colonne vertébrale. D’une source d’énergie, comme au moyen âge, la religion devient alors une source d’affaiblissement et elle n’oppose qu’une faible résistance au « Gestell » qu’elle ne comprend pas (à part quelques rares prêtres ou théologiens).
    e/ Gestell et tradition religieuse
    A notre avis, la tradition religieuse est un élément utile de résistance au Gestell (Heidegger a sans doute voulu dire cela en déclarant au Spiegel cette phrase énigmatique : seul un Dieu peut nous sauver !) Elle rétablit la cause finale dans son droit (la référence à Dieu empêche l’idolâtrie de l’ego) ainsi que la cause motrice (l’homme que le monde moderne réduit à être un animal calculateur). Elle encourage la méditation qui est l’autre forme de la pensée qui équilibre la seule pensée calculatrice et scientifique (la pensée scientifique est du point de vue métaphysique essentiellement calculatrice : Max Planck a déclaré : est réel ce qui est calculable). Or ce qui fait l’essence de l’homme est sa pensée méditante : l’homme contrairement à l’animal s’interroge sur le sens de sa vie, peut se demander pourquoi le monde existe, autrement dit prend du recul (le « Schritt zurück » de Heidegger). Deux textes de Heidegger dans « Essais et conférences » sont éclairants sur ce point : le texte « science et méditation » et le texte « l’homme habite en poète ».
    Dans le premier, il explique que la science est devenue la philosophie de beaucoup de nos contemporains. Or, explique-t-il, « la science ne pense pas » : il veut dire par là que la science relève de la pensée calculatrice et non de la pensée méditante. Selon lui, la physique ne peut rien nous dire sur l’essence de la physique car elle ne parle que le langage de la physique. La science ne donne pas de sens à la vie et telle n’est pas son objet. C’est la pensée méditante qui peut questionner pour approcher un tel sens. L’homme du Gestell est aliéné au Gestell car il n’est plus capable de poser les questions qui donnent du sens à l’existence. Il vit « le nez dans le guidon » attaché à dominer son monde extérieur par des calculs utilitaires et afin de servir des idoles dont il ne comprend pas que ce sont des idoles : la technique, l’argent, la masse et surtout l’ego. L’homme du Gestell est tout étonné quand des phénomènes comme Al Qaida se produisent car il est incapable de méditer sur le sens de sa vie et reste rivé au matérialisme utilitaire. Pour Heidegger, la pensée méditante et la poésie (poésie chargée de sens, si j’ose dire, pas purement ornementale, comme l’Iliade ou les Evangiles) peuvent permettre à l’homme d’échapper à la servitude face au Gestell. La pensée permet d’ouvrir la conscience au sacré, ce qui est indispensable à la vie sociale et à la liberté elle-même, car la liberté sans aucune considération du sacré peut déboucher facilement sur le crime. C’est le sacré qui met des bornes à la liberté, fut-ce un sacré « laïc ». Mon père était agnostique et officier de marine. Pour lui, la patrie était « sacrée ». Si ce n’avait pas été le cas, aurait-il pu assumer au mieux sa vocation ? On peut en douter.
    De même, la pensée ouvre la question de l’identité, or l’identité est plus importante que l’égalité. Le monde moderne du Gestell ne s’intéresse ni au sacré ni à l’identité. Car le sacré élimine le calcul utilitaire. Quant à l’identité, elle s’oppose à l’interchangeabilité des hommes recherchée par le Gestell pour faire de celui-ci une matière première docile au système. C’est pourquoi le Gestell met en avant la liberté et l’égalité (qui sont d’ailleurs souvent contradictoires) et est conduit à éliminer le sacré et l’identité. Des institutions comme la nation ou la religion sont alors considérées comme néfastes.
    Dans « l’homme habite sur cette terre en poète » Heidegger développe cette question de l’identité et de l’égalité. « l’identité rassemble les différences dans l’unité originelle alors que l’égalité disperse dans l’unité fade de l’uniformité » écrit-il. Son texte est un commentaire d’une poésie de Hölderlin. La poésie dit ceci :
    « Alors que la vie est dure, un homme a-t-il le droit de regarder vers le haut et de dire : voudrais-je être ainsi ? Oui. Aussi longtemps que la bienveillance habite son cœur, l’homme peut se mesurer avec bonheur à la divinité. Dieu est-il inconnu ? Ou se révèle-t-il comme le ciel ? C’est plutôt ce que je crois. Dieu est la mesure de l’homme. Plein de mérite, l’homme habite cependant sur cette terre en poète. L’ombre de la nuit, avec ses étoiles, n’est pas plus pure dès lors que je puis dire que l’homme est une image de la divinité. Y a-t-il une mesure sur la terre ? Il n’y en a pas ».
    Ce texte renoue avec Platon contre Protagoras. Ce dernier disait : l’homme est mesure de toutes choses. Platon rétorquait : la divinité est mesure de toutes choses. La première thèse nous a donné au XXème siècle le stalinisme et l’hitlérisme. Mais elle nous donne aussi la société du Gestell ou toute croyance est étouffée dans la sphère intérieure de l’individu au profit du calcul utilitaire.
    L’homme habite « en poète » lorsqu’il habite sur la terre et sous le ciel et qu’il mesure l’entre deux. Cela veut dire qu’il a un idéal qui lui permet d’avoir une existence et pas seulement une vie (animale). Avant la première guerre mondiale, la majorité de nos concitoyens avaient un tel idéal, laïc à gauche et catholique à droite, mais servant les mêmes valeurs morales autour du culte de la patrie. Puis le marxisme a envahi la gauche et l’a rendu matérialiste. A droite, le retrait du religieux a débouché aussi sur un matérialisme relativiste se prétendant libéral. Notre société crève de ce matérialisme. Celui-ci explique notre crise démographique, notre crise de l’éducation et du civisme, notre crise morale et notre crise spirituelle. C’est pourquoi il est nécessaire de se poser la question : la tradition religieuse est-elle un des contrepoisons pour sortir du matérialisme du Gestell et de l’abaissement de l’homme au niveau de l’animal technicisé, qui en résulte ?
    D’autres pays, sans mettre en cause la liberté religieuse, acceptent d’intégrer dans les normes sociales la dimension du christianisme : c’est le cas dans des pays aussi différents que l’Allemagne ou l’Angleterre. C’est le cas aussi à certains égards de l’Alsace et de la Lorraine en France. Cette intégration est facteur de cohésion sociale, croyons-nous. Les réponses peuvent varier : faut-il un concordat (Alsace) ? Faut-il une religion d’Etat officielle (Angleterre) ? Pour l’instant, en France, on n’ose pas poser ce genre de questions. C’est à tort car comme l’a écrit magnifiquement Heidegger : « le questionnement est la piété de la pensée »[1].
    Yvan Blot  http://www.insoc.fr
    [1] Essais et conférences : la question de la technique. Paris Gallimard. En allemand : « das Fragen ist die Frömmigkeit des Denkens ». (in Heidegger, Vorträge und Aufsätze. Klett-Cotta ; Stuttgart 2009)
    La piété est, par définition, venant du latin « piéta » un sentiment de respect et d’amour qui fait accomplir des devoirs. Elle a donc deux aspects, sentiment et vertu. En grec, elle correspond à « eusebia » (sentiment de respect et d’amour envers ce qui est sacré) et « osiotès » (vertu, discipline)

  • Le pédalo dans le bénitier

    Les disciples du pédalo déclenchent une tempête dans le bénitier.

    Les bénis oui-oui de la gauche ne tolèrent aucune opposition de conscience au mariage dit pour tous, qui n’est que pour quelques-uns. En fait, la volonté d’une minorité s’impose à tous et la soustraction devient addition égalitaire par manipulation des mots. Vincent Peillon, ministre cacanisbisé de l’éducation nationale, voit dans toute réflexion sur le mariage homosexuel une atteinte « au strict respect de tous les individus », sauf quand madame Najat Vallaud Belkacem s’exprime dans un collège du Loiret en faveur du mariage mixte… Sous prétexte que le secrétaire de l’enseignement catholique, Éric de Labarre, a affiché son opposition au mariage amphibie, le ministre accuse l’éducation catholique d’encourager l’homophobie, de manquer à l’obligation de neutralité, de déroger au strict respect de tous les individus. Cette missive ministérielle est un réquisitoire écrit par un commissaire politique. Elle insulte les catholiques, pose en principe présomptif que toute réflexion de conscience sur un sujet qui divise les Français, pour lequel ils sont plus de 60 % à exiger un référendum, constitue, de fait, le délit d’homophobie ! Ainsi, le seul fait libre de n’être pas d’accord avec cette loi, de vouloir en discuter, d’oser s’opposer, même en respectant la liberté sexuelle de chacun, incarcère les catholiques dans le camp des salauds, des homophobes haineux, des délinquants. Peu importe que les autres religions partagent la même réprobation pour ce mariage. Les seuls salauds ce sont les cathos ! Si ce n’est pas de la stigmatisation, je me fais curé. Si ce n’est pas une atteinte à la liberté d’expression, je me fais muet. Robespierre Peillon est de retour avec sa loi des suspects, son certificat de civisme qu’il est seul habilité à délivrer avec son profil de guillotine sèche. C’est du terrorisme anti chrétien, anti catholique. C’est une forme de persécution de toute pensée qui ose n’être pas socialiste. C’est simple, si on ne pense pas comme eux, les archétypes de la morale universelle, les belles âmes, les certifiés civiques, on est mécaniquement des ordures, des exclus du bien public, des présumés coupables d’homophobie, des toxiques bons pour la quarantaine idéologique ! On n’a que le droit de se taire, de se terrer, de se faire insulter, de se faire allumer sur le brasier d’une certaine presse qui brûle les rebelles de la bien-pensance, de subir le tweet outrageant et discriminant de Michèle Delaunay : « Aujourd’hui les catholiques condamneraient la Sainte Famille : un mari qui n’était pas le père, une mère vierge ». La maculée connerie de ce ministre souille ma foi ! N’avons-nous pas droit à un peu de respect, comme les autres, dans nos croyances ? Duflot, Delaunay, Peillon, du bois dont on fait les bûchers. Des coups de mitres pour ces pitres ! Lève-toi et marche…
    Il serait temps que les paralysés de la pensée unique se lèvent et marchent. J’irai marcher le 13 janvier avec les autres manifestants dans le respect de tous mes frères humains et de mes idées. Venez ! Marchez !
    Écraser du pied gauche Peillon cela porte bonheur.

    Gilbert Collard, député et avocat

    http://gilbertcollard.fr

  • Carnet de notes d'un anthropologue en Grèce

    Sur un mur d’Athènes, un graffiti récent en guise de vœux suffit à lui tout seul pour ainsi faire dans le meilleur syncrétisme… bien à la hauteur des circonstances : « Bonne chance ».

    En face, sur un mur un de nos animaux adespotes complète la scène par son regard, splendide étonnement. Avec la défaite de la vérité face au toc bancocrate depuis les élections de juin et le mémorandum III de cet automne – pour ne retenir que l’essentiel de l’événementialité 2012 – nos vœux de l’ancien temps ont été aussi décapités, ou au mieux, asséchés dans des bandelettes de tissu trempées dans de la résine du mémorandum III. Manifestement, notre corps social serait en voie de momification, de ce fait et déjà, le seul vœu ayant encore un sens devant l’étendue invisible du temps qui nous surpasse, c’est : liberté. [...]

    La suite sur Greek Crisis

  • L’Europe de Néchin à Nijni-Novgorod

    L’idée est-elle venue de Vladimir Vladimirovitch lui-même, ou d’un conseiller ? On ne le saura sans doute jamais, ou fort tard. Au vu de la virtuosité déjà affichée par Poutine dans l’art du judo moral – dans des conditions qui semblaient impliquer une bonne dose d’improvisation – lors de sa conférence de presse jointe avec Angela Merkel, venue, la pauvre cloche, le sermonner comme un vilain garçon pour l’emprisonnement des trois catins FEMEN pendant que Peter Löscher, patron de Siemens et véritable maître de l’Allemagne, négociait les affaires sérieuses, j’aurais tendance à voir dans ce coup de maître la griffe de celui que les presstitués français, avec ce conformisme phraséologique des véritables attardés mentaux et ce trémolo de peur jouissante dont les homosexuels passifs ont le secret, appellent systématiquement le « Maître du Kremlin ».
    Les élites occidentales n’y ont vu que du feu. Pour ma part, tout comme, il y a un an, pour comprendre la véritable nature du drame qui se jouait entre Budapest et Bruxelles, c’est en observant Daniel Cohn-Bendit – l’un des rares marionnettistes du N.OM. à qui son exceptionnelle perversité permet de servir le mal sans renoncer à une once de son indéniable, démoniaque intelligence – que j’ai saisi toute la génialité du « coup Depardieu », comme on l’appellera probablement dans les manuels de soft power de l’an 2050. Que le personnage soit, pour des raisons cliniques et morales sur lesquelles il serait oiseux de s’attarder ici, profondément hystérique, c’était prévisible, et somme toute commun ; mais pour qu’il entre publiquement en transe et se mette à éructer, bave aux lèvres, devant des caméras, il faut – comme on a pris l’habitude de le dire ces temps-ci – que la quenelle soit épaisse. Et elle l’est, bien plus encore que – même dans la dissidence – ne le pensent en général les spectateurs étourdis de cette comédie bouffe.
    En dix ans de survie politique héroïque contre une conspiration mondiale omniprésente et impitoyable, Poutine a appris que les batailles démocratiques se gagnent au centre, c’est-à-dire – en ce qui concerne l’Occident culturellement pourrissant – le plus souvent sous la ceinture. Son combat contre la déforestation de la Sibérie ? Le succès de la micro-agriculture russe de proximité ? A l’Ouest, ça intéresse une douzaine d’écolos dissidents et vingt survivalistes acquis depuis longtemps à la cause russe. Rentabilité politique : 0. Les dizaines de milliers de chrétiens syriens qui, jour après jour, lui doivent d’échapper à la déportation et/ou à la mort ? Il suffit d’entrer dans une église française un dimanche matin (et donc, la plupart du temps, par effraction) pour comprendre que, comme le dit si poétiquement notre époque, « le thème n’est pas porteur ». En revanche, le succès croissant des thèses libertariennes, les romans de Houellebecq et l’essor du tourisme sexuel (y compris de proximité : on passe beaucoup la frontière belge, ces temps-ci, et pas que pour des raisons fiscales) sont autant de signes univoques indiquant que le mâle hétérosexuel blanc à revenus supérieurs à la moyenne, qui avait plus ou moins applaudi Dany le Rouge en 68, acclamé le jouir sans entraves que papa tardait un peu trop à lui consentir, et même, quoique plus discrètement, approuvé la généralisation du féminisme, qui semblait alors avant tout lui promettre une belle abondance de proies sexuelles faciles, sans prétentions matrimoniales ou exigences de fidélité, et des épouses qui, arrivées à la quarantaine, ne menaceraient plus de se suicider quand, grâce à la normalisation du divorce, il allait les éliminer de sa vie comme n’importe quel produit périmé et remplaçable – que cette vaste cohorte de jouisseurs sans scrupules, après avoir rongé les tous derniers os de la poule aux œufs d’or, est en train de vivre son thermidor de classe : après avoir enterré leur fille morte d’anorexie, renié leur fils militant à Act Up ou au Front de Gauche (pour autant qu’on s’obstine à distinguer ces deux organisations), payé la dernière pension à leur ex-femme remariée à un africain « qui, lui, la respecte », ils se retrouvent seuls, ringards, vieillissants et perplexes devant la marée haute de générations féminines sexuellement avariées par un féminisme tournant progressivement au lesbianisme intégriste, confrontés à une culture entièrement fondée sur la haine du mâle, le rejet du père et le mépris de l’âge. Voilà le client. Voilà un groupe social assez massif, assez fortuné, assez mobile et assez connecté à l’économie globale de l’information pour fournir la matière première d’une expérience éco-politico-culturelle à grande échelle et à fort coefficient démultiplicateur : migration financière, investissement, consommation et tourisme – sans compter les gains collatéraux de PR politique toujours associés à la réussite de ce genre d’opérations.
    Or cette génération, ce sont les fans de Depardieu. Bien que plutôt bien insérée dans l’économie formelle, elle s’est massivement reconnue dans la figure de cette petite frappe – plus ou moins contrebandier, plus ou moins proxénète, animal opportuniste parasitant les relations d’une base de l’OTAN avec son environnement rural français – cooptée par le cinéma de l’époque précisément pour incarner le wet nightmare de la bonne bourgeoise gaulliste : le blouson noir, précurseur du rappeur dans le paradigme du violeur sympathique, du mâle rustaud qui se sert sans manières, dans un contraste tragiquement favorable avec l’effémination suréduquée de la virilité bourgeoise endogène. Dans l’hypocrisie bourgeoise du scandale/réclame, un pacte crapuleux s’était noué entre une génération de femmes occidentales – la dernière – qui avait encore besoin de révérer (c’est-à-dire, appelons un chat une chatte : de craindre) l’homme pour mouiller et son vis-à-vis masculin, encore un peu intimidé par le satanisme affiché d’un Mike Jager – dont les incantations maléfiques s’exprimaient d’ailleurs dans une langue encore inintelligible pour la grande majorité hexagonale –, mais qui ne demandait qu’à s’identifier fantasmagoriquement à l’amoralité somme toute encore digérable, à la violence franchouillarde et bonhomme, presque patoisante, de ce prince des ténèbres pour apprentis-Faust de Châteauroux et environs. Dans une civilisation où l’initiation est devenue une catégorie descriptive de l’ethnologique des pays lointains, où le concept est désormais une affaire d’experts, le behaviourisme, dans toute son indigence épistémologique, devient une théorie adéquate à notre réalité sociale en état de nécrose avancée : dans le mimétisme bestial qui nous tient aujourd’hui lieu de vie spirituelle, il faut bien se faire à cette idée : Gérard Depardieu est un « créateur d’opinion/de trends », l’équivalent fonctionnel – dans sa « fenêtre sectorielle » à lui – d’un guide spirituel.
    Daniel Cohn-Bendit ne s’y est pas trompé : comme il y a peu devant la trahison de l’ex-leader orange Viktor Orbán, ses aboiements de hargne découlaient du sentiment infiniment douloureux, et en l’occurrence parfaitement fondé, de s’être fait, comme disent les commentateurs sportifs, dépossédé à la loyale par Poutine. La désinhibition, les frontières qui tombent, le primat du désir sur les conventions sociales et – bien qu’il n’ait en public développé que plus tard cette facette par ailleurs totalement cohérente de sa personnalité politique – même ce néo-poujadisme du libéralisme antifiscal, c’était son fond de commerce à lui, Dany le Rouge, son parti, son créneau, son deal. Et voici qu’à l’instant même où, en pleine glaciation sexuelle induite par le boomerang féministe de la political correctness, les manifestes pédophiles télévisés de sa jeunesse commencent à le rattraper et à ternir son image publique, un ancien flic russe devenu chef d’Etat, mystérieusement allié à un playboy rabelaisien conservé dans l’alcool, réussit une blitz-OPA hostile sur son territoire ! Je le dis avec mes mots de poète : il a de quoi s’en mordre les couilles, Dany.
    Car enfin, trahissons le secret de polichinelle : entre Néchin et Nijni-Novgorod, il y a un peu plus qu’un écart climatico-fiscal de quelques degrés. La Russie actuelle ne conserve pas uniquement le tigre polaire et l’habitus de la pratique religieuse, mais aussi ce phénomène désormais étrange aux yeux des dernières (des toutes dernières) générations d’Occidentaux : l’hétérosexualité. A l’Est, bien sûr, on construit, on prie, on rêve Europe et Eurasie, on écrit (les plus grands poètes vivants de ma connaissance s’expriment en roumain et en hongrois), on danse et on chante, mais à l’Est, aussi et surtout – il fallait bien que quelqu’un finisse par cracher le morceau, va pour Weiss qui s’y colle : à l’Est, on baise. Bien plus encore que dans nos colonies tchèques, polonaises, hongroises et roumaines, déjà atteintes par le cancer culturel de la métropole, par ses ONG féministes et son obésité précoce, la Russie abrite des effectifs impressionnants de femmes qui n’éprouvent aucune honte à vivre comme valorisant le désir masculin dont elle sont – horribili dictu – l’objet. La natalité russe la plus récente reflète d’ailleurs cette vitalité familiale qui, là-bas, dépasse vite le stade des aspirations théoriques et des déclarations de principe fondées sur telle ou telle encyclique papale. Au risque de choquer presque autant de militants à Civitas qu’à Act Up, je rappelle cette donnée primordiale et honteusement simple de l’existence humaine : tant que la PMA ne sera pas généralisée, « croître et multiplier », ça se passera à grands coups de bite ou ça ne se passera pas. Ne faites donc plus, Madame, semblant de vous demander pourquoi Monsieur rentre toujours si jovial de ses réunions bilatérales à Petersburg, de ces négociation pourtant difficiles avec un partenaire qu’il vous décrit très véridiquement comme dur en affaires. On dit que la bourgeoisie occidentale ne fait plus d’enfants : ça n’est qu’à demi-vrai – vrai en ce qui concerne les occidentales, dont la cartographie mitochondriale de l’an 2500 constatera sans doute avec perplexité la disparition soudaine, en l’espace d’une ou deux générations du début du XXIe siècle. Les marqueurs Y, eux, ne se portent pas si mal, merci, se propagent même, discrètement, sous camouflage onomastique, avec les petits Piotr, Ivan et François-Boris qui garnissent en ce moment même les maternité de Kiev, Kharkov, Irkoutsk et Volgograd.
    Les continentaux sont comme ça : ils laissent peu d’idées neuves parvenir jusqu’à leur conscience lente et monolithique, mais, dans le tchernoziom de l’âme continentale, ces rares semences que le vent a su porter jusqu’à l’intérieur de la Terre Sèche deviennent des arbres majestueux. Exemple : le soft power. Des élections présidentielles russes jusqu’à la mise en scène des Pussy Riot, l’Empire – à travers la CIA, la NED, Soros etc. – a dépensé des sommes colossales dans une campagne anti-Poutine dont les résultats restent particulièrement médiocres : flop intégral en Russie, où l’évidence de l’ingérence a même probablement induit un renforcement du pouvoir de V. Poutine, notamment du côté de ceux qui tendaient auparavant à le déborder sur sa gauche, et dans les milieux religieux (deux secteurs qui, même entre eux, amorcent dans la Russie actuelle un rapprochement inédit depuis la Grande Guerre Patriotique : le premier secrétaire du PCR se rend régulièrement à la messe) ; quant à l’opinion publique occidentale, supra-sollicitée par la vague islamophobe (mauvaise synchronisation des agendas ! qui top embrasse…) – et disons-le : effectivement inquiète, à juste titre, devant les conséquences imprévisibles de l’expérience d’ingénierie sociale inédite et satanique connue sous le nom « d’immigration de masse » –, elle a réagi très mollement au stimulus érodé de la russophobie, que l’on n’ose plus accoupler au vieux stéréotype anticommuniste de la « menace asiatique » que dans des pays intellectuellement arriérés, comme la plantation OTAN connue sous le nom de Roumanie. En regard, arrêtons-nous un instant à tenter de calculer le budget de « l’opération Depardieu » : même si, à titre de pourliche, Vladimir Vladimirovitch a par-dessus le marché fait grâce à son pote Gégé des malheureux 13% d’impôts qu’il aurait encore, le pauvre, à payer s’il déclare ses revenus en Russie, l’opération reste aussi blanche que certaines révolutions ratées ; ajoutons les frais de traduction du slave au berrichon, le protocole et un budget vodka qu’on imagine conséquent : à la louche, quelques milliers de roubles ? Pour un buzz de plusieurs jours, saturant les télévisions et les réseaux sociaux dans la plupart des pays d’Europe et du monde postsoviétique ! Peu habitués à subir le feu de leurs propres armes, les apparatchiks du bolchévisme néolibéral français, ministres de Hollande en tête, sont tombés dans le panneau, rompant le silence prophylactique qui s’impose en de telles circonstances comme moins mauvaise solution pour multiplier les déclarations haineuses, les démentis peu crédibles et toutes sortes de signes de nervosité qui furent autant de mètres cubes d’huile gratuitement jetés sur un feu qui n’en avait plus besoin.
    C’est pourquoi je pense réparer ici une vieille injustice en saluant dans le dernier chef d’Etat légitime de l’Europe, Vladimir Vladimirovitch Poutine, trop souvent présenté (conformément à une image qu’il a, certes, lui-même cultivée : larvatus prodit) comme une brute au grand cœur, un véritable Napoléon du soft power, ceinture noire du judo moral toujours prêt à poursuivre les laquais idéologiques de l’Empire jusque dans les chiottes où leur « pensée » semble avoir durablement élu domicile.

    http://www.voxnr.com

  • Un ado français remet en cause les théories d'Einstein

    Le Point

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    La galaxie Andromède vue par le télescope spatial infrarouge américain Wise en février 2010. © JPL. Caltech / Sipa Press
     
    C'est un lycéen strasbourgeois de 15 ans. Sa découverte lui vaut de faire la une du magazine scientifique britannique "Nature".

    Avec son père astrophysicien anglais du CNRS et d'autres chercheurs, il a découvert qu'une grande partie des galaxies naines voisines de la galaxie géante Andromède effectue une rotation autour de cette dernière. Une théorie qui remet en cause "tout un pan de l'astrophysique moderne", a réagi fièrement sur RTL Rodrigo Ibata, père de Neil.

    À la fin des vacances d'été, son père a voulu lui apprendre la programmation. "J'ai demandé à mon fils de programmer une modélisation des mouvements de ces galaxies naines et en un week-end, il a découvert qu'elle formait un disque qui tournait !" a expliqué Rodrigo Ibata dans le journal L'Alsace. Rodrigo Ibata et son équipe ont ensuite interprété les résultats pour en conclure que le placement des petites galaxies autour des grosses ne se fait pas de manière aléatoire.

    La théorie de la gravité à revoir ?

    Neil a avoué sur RTL que la tâche avait été "relativement complexe". "J'ai pu utiliser les notions de vecteur qu'on avait abordés récemment avec mon professeur de mathématiques." Selon ce lycéen en 1re scientifique, ces travaux remettent en cause la théorie de la gravité. En tout cas, "il y a quelque chose qui ne va pas, mais on ne sait pas où."

    "Cela faisait plusieurs années que des astronomes prétendaient que les galaxies naines situées dans le voisinage de plus grosses structures comme Andromède ou notre Voie lactée n'étaient pas réparties de façon aléatoire", a déclaré Neil au Figaro. "La physique d'Einstein et de Newton n'est pas exactement correcte", a ajouté son père sur RTL. Neil, qui n'avait pas "bien compris sur le moment les implications que sa découverte pouvait avoir", aimerait travailler la physique théorique plus tard. Il a sans nul doute un bel avenir devant lui.
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