
Le sénateur LR Dominique de Legge s’étonne :
Je veux dire mon étonnement, ma stupéfaction : n’y a-t-il rien de plus urgent, dans la situation actuelle du pays, que de légiférer sur la mort ? Oubliés, le feuilleton budgétaire, la situation internationale, le Mercosur : il faut, toutes affaires cessantes, mettre une mesure au crédit de ce quinquennat qui n’en finit pas de s’achever.
Le taux de natalité n’a jamais été aussi bas depuis 1945, nous enregistrons davantage de décès que de naissances. Le Président de la République, jupitérien, promettait, il y a un an, un « réarmement démographique » : on aurait pu s’attendre à un texte sur l’accueil des enfants. Mais non, la priorité affichée pour 2026, c’est la mort.
Alors que nos hôpitaux souffrent, que nos Ehpad implosent et que nous attendons toujours une loi Grand Âge, nous légiférons sur la mort. Les soignants sont pourtant majoritairement réservés voire hostiles à cette évolution qui heurte leurs valeurs.
Dans un pays divisé, est-il si urgent d’ouvrir un nouveau front d’inquiétude ? Alors que notre système de retraites est en passe de s’effondrer et que nous peinons à financer nos renoncements, comment ne pas faire le lien avec l’étude de l’Igas qui chiffre le coût de la dernière année de vie à 26 000 euros par personne, soit 6,6 milliards d’euros ? On comprend le ralliement d’un collectif de mutuelles à un pacte progressiste sur la fin de vie…
Le législateur outrepasse ses compétences s’il prétend définir les critères d’une mort légale. Ne judiciarisons pas la mort, au risque de réduire la vie à un article du code civil. Que serait une fraternité qui justifierait que nous aidions à mourir et non à vivre ? Quelle confiance avoir en une société qui prétendrait régenter la fin de vie de ses membres ? Quelle confiance accorder à des établissements de soins où l’on donne la mort comme si elle était un soin ?