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  • [Vidéo] Homme et femme, si différents ?

    Une conférence de la philosophe Sylviane Agacinski aux Semaines sociales de France 2012 sur la pertinence de la différence homme-femme. Une réflexion de fond pour nourrir le débat sur l’accès des couples homosexuels à la parentalité.

    Depuis quelque temps, la différence sexuelle est mise en cause, au point que la distinction homme-femme serait devenue non pertinente. Sylviane Agacinski retrace l’histoire de cette différence, marquée par une hiérarchisation qui s’efface peu à peu aujourd’hui dans les sociétés occidentales. La subordination de la femme à l’égard de l’homme est en cours de déconstruction, et l’égalité tend à remplacer la hiérarchisation. Dès lors, la philosophe pose la question suivante : Quel est le fondement de la différence ? En quoi consiste-t-elle ? A-t-elle encore un sens ? Et, s’ils sont égaux, les deux sexes sont-ils pour autant équivalents ?

    Sylviane Agacinski montre comment un courant de pensée contemporain, hyperculturaliste, voudrait imposer l’idée que l’être humain est intégralement le produit de sa propre construction, sociale, culturelle et technologique. Il soustrait la condition humaine à toute condition naturelle, et veut promouvoir la différence des sexualités, à la place de la différence des sexes. Or, pour la philosophe, la différence des sexualités n’efface pas la différence sexuelle : on ne peut pas parler d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité si l’on ne pose pas a priori l’existence d’au moins deux sexes, qui ne sont pas équivalents. La différence sexuelle ne se comprend qu’à partir du schéma de la génération : le sexe, c’est un pouvoir d’engendrer, un pouvoir mâle, et un pouvoir femelle.

    Aujourd’hui, le recours aux procréations médicalement assistées a bouleversé ce schéma. Le recours à l’adoption, aux PMA ou aux mères porteuses pourrait instituer comme couples parentaux des couples homosexuels. Pourquoi ne pas tenir comme équivalents les deux types de couples ? Pour Sylviane Agacinski, la dépersonnalisation et l’organisation d’une procréation secrète (anonymat des donneurs de gamètes, notamment) a de graves conséquences pour les enfants. Les enfants ont besoin de savoir à quelles personnes ils doivent la vie, pour pouvoir s’inscrire dans une histoire humaine, refusant d’être des produits fabriqués. Et, même si la légitimité des liens homosexuels est acquise, cela justifie-t-il le droit d’écarter l’autre sexe de la naissance d’un enfant ? Le problème des enfants à venir, c’est que personne ne les représente dans le débat politique. La philosophe appelle à une réflexion anthropologique et éthique collective.


    S. Agacinski_Métamorphoses de la différence... par Les_Semaines_sociales

    Croire via http://www.actionfrancaise.net

  • “Et si Assad était en train de gagner en Syrie ?”

    Contrairement à ce que laisse penser une partie de la presse occidentale, le régime de Bachar Al Assad est loin d’être au bord du gouffre, tant sur le plan politique que militaire. Malgré de réelles difficultés, le pouvoir en place réussit peu à peu à se poser dans l’opinion comme le seul rempart crédible contre l’ingérence étrangère et l’instauration d’un état islamique.

    Atlantico : Dans son discours dimanche dernier, Bachar el Assad s’est dit ouvert sous certaines conditions à l’organisation d’élections dans son pays. Certains voient cette ouverture comme la dernière tentative de survie d’un régime au bord de l’agonie politiquement. Qu’en est-il en réalité ?

    Fabrice Balanche : Le discours de Bachar al-Assad, dimanche 6 janvier 2013, était tout d’abord destiné à montrer qu’il demeure le Président de la Syrie et qu’il entend le rester. Il oppose un démenti cinglant à l’opposition qui répète depuis près de deux ans que le régime n’en a plus que pour quelques semaines, aux chancelleries occidentales qui évoquent son prochain exil à Cuba, en Russie ou au Vénézuela. Le contexte militaire se prête à cette prestation, puisque les forces du régime ont repoussé les rebelles des périphéries de Damas ; la ville de Homs, “capitale de la révolution” est presque de nouveau sous le contrôle de l’armée régulière, quant à Alep, les rebelles ne sont pas parvenus à la prendre, malgré leur “offensive décisive”[1] de septembre dernier. Certes, les rebelles ont gagné du terrain dans l’Est et le Nord, mais ils n’ont pas réussi à s’emparer des grandes villes, fermement tenues par les forces du régime.

    Bachar al-Assad s’adresse avant tout à ses partisans, à qui il veut donner confiance dans la victoire prochaine. Vu d’Occident et à travers la médiation de l’opposition syrienne, cela peut paraître complètement irréaliste[2]. Son but n’est pas de convaincre l’opinion publique occidentale, ni d’amener vers lui la Coalition Nationale Syrienne du cheikh Moaz al Khatib. Au contraire, il a traité cette dernière de “marionnettes de l’Occident” et “d’esclaves”, refusant toutes négociations avec eux. Bachar el Assad annonce un processus de dialogue national, suivi d’élections législatives puis des présidentielles en 2014, conformément au calendrier habituel. Aucun changement par rapport à la ligne adoptée au début de la crise, et on ne peut être que dubitatif quant à la sincérité de son plan de paix.

    Ce n’est pas la dernière tentative de survie d’un régime à l’agonie. Il s’est affaibli, mais il ne montre pas de signe d’écroulement ou d’être engagé irrémédiablement sur la fin. Tous les espoirs luis sont encore permis de se redresser, si les paramètres locaux et internationaux ne sont pas modifiés. Car, dans la situation actuelle, l’opposition ne peut pas l’emporter.

    Comment se partage aujourd’hui l’opinion publique ? Peut-on parler d’un réel consensus anti-Assad au sein de la population ?

    En choisissant l’Opera de Damas, qui est une des plus grande salle de la capitale, et non le parlement ou un amphithéâtre de l’Université, Bachar el Assad a voulu donner l’impression qu’il dispose d’un large soutien populaire. Il s’est risqué à un bain de foule à l’intérieur de l’opéra, mais nous n’avons pas vu de manifestation de ses partisans à l’extérieur, comme c’était le cas en 2011, au début de la crise. Une minorité, notamment parmi les minorités confessionnelles, la bourgeoisie et l’appareil bureaucratique, soutient fermement Bachar al-Assad, une autre minorité, dans les classes populaires arabes sunnites et les cercles intellectuels, le déteste franchement et exige son départ. Mais pour la majorité des Syriens, c’est le retour à la paix qui est primordial, même si le maintien de Bachar al-Assad à la tête de l’Etat est le prix à payer. Plus que l’adhésion de la population, c’est l’apathie de la population que le régime recherche.

    Il veut montrer, par sa ténacité, qu’il se battra jusqu’au bout et que sa fin signifiera le chaos[3]. Cela incite les Syriens à abdiquer leurs revendications politiques pour un retour à la sécurité. L’objectif de Bachar al-Assad est de prouver que son régime est davantage capable que l’opposition d’assurer cette sécurité, dans le but de priver les rebelles du soutien de la population. Il s’agit d’une technique classique de contre-insurrection qui s’appuie sur un principe simple : la population suit toujours celui qui inspire le plus de crainte et qui est susceptible d’assurer la sécurité, indépendamment de la justesse de sa cause. Les bombardements de l’aviation syrienne sur les zones tenues par les rebelles, n’ont d’autre objectif que de plonger les civils dans l’insécurité.

    La suite sur atlantico.fr

    http://fr.altermedia.info

  • l'imposture Ben Laden

    Le 3 mai dernier, lors d'un des programmes télévisés du très « politiquement incorrect » Alex Jones, le professeur Steve R. Pieczenik qu'il interviewait, annonça tout de go « qu'Oussama Ben Laden était mort en 2001 et qu'il était prêt à témoigner devant un grand jury, qu'un général de haut rang lui avait dit en personne que la tragédie du 11-Septembre était un coup monté (false flag inside job) ».
    Cette information a de quoi surprendre lorsque l'on sait que S. R. Pieczenik a été sous-secrétaire d'État sous Nixon, Ford et Carter, a servi sous Reagan et Bush senior, et travaille présentement comme consultant pour le département de la Défense américaine. Recruté par Lawrence Eagleburger*, Pieczenik a développé les principes de base de la guerre psychologique et du contre-terrorisme ainsi qu'élaboré des stratégies de secours d'otages, employées aujourd'hui dans le monde entier. Ses références démontrent qu'il est l'un des hommes les plus impliqués dans les réseaux de renseignements depuis plus de trente ans. Ce qui lui confère une sorte d'immunité devant toute accusation de « théoricien du complot » et rend irréfutables ses déclarations publiques.
    Il y a déjà neuf ans, en avril 2002, Pieczenik avait fait la même révélation, convaincu que le gouvernement US attendait le moment politiquement le plus opportun pour exhiber le corps d'Oussama — qu'il disait avoir d'ailleurs rencontré et avec qui il avait travaillé en Afghanistan lors de la guerre contre les Soviétiques, au début des années 1980.
    « Ben Laden n'est plus, avait-il alors insisté, non parce qu'il a été tué mais parce qu'en tant que médecin, je sais que les médecins de la CIA qui l'ont traité à Dubai en juillet 2001, ont noté dans leur dossier qu'il souffrait du syndrome de Marfan [affection génétique dégénérative incurable]. Il était déjà très malade... poursuivait Pieczenik, Ben Laden est mort dans sa caverne de Tora Bora, peu après le 9-11 et les autorités le savaient avant d'envahir l'Afghanistan... » Revenant sur les récents événements, Pieczenik insistait : « Les services du renseignement ou la CIA ont-ils orchestré cette situation ? La réponse est oui, catégoriquement oui. Le véritable scénario de tous ces gens assis (Biden, Hillary Clinton et Obama) devant l'écran, l'air absorbé, est absurde ! C'est une totale invention... Pourquoi le gouvernement ment-il toujours aux Américains ? ». Et d'avancer que, d'après lui, le lancement de ce canular venait du fait que la cote d'Obama était au plus bas suite, entre autres, à la polémique au sujet de son certificat de naissance [apparemment forgé]. « Cette farce est aussi une façon d'isoler le Pakistan, renchérit Pieczenik, pour son opposition à l'emploi du drone "Predator" qui a fait des centaines de victimes pakistanaises. Tout était orchestre : ces gens, ce président arrivant comme un zombie pour vous dire qu'ils avaient tué Ben Laden, déjà mort depuis neuf ans, c'est le plus gros mensonge que j'ai entendu... une plaisanterie de mauvais goût faite aux Américains. Ils veulent tellement qu'Obama soit viable ; ignorer la possibilité qu'il ne soit pas né ici, que ses antécédents aient été trafiqués pour le rendre acceptable... réélire ce président afin de duper le peuple américain un fois encore ».
    Invité par Alex Jones à revenir au 11-Septembre Steve Pieczenik ne mâcha pas davantage ses mots : « On s'est servi de Ben Laden comme on l'a fait pour le 9-11, a-t-il répondu, ce qui a permis d'attiser les émotions, les sentiments des Américains afin d'entrer dans une guerre qu'il était nécessaire de justifier, à partir d'une histoire de terrorisme créée par Bush junior et Dick Cheney ». Certifiant derechef qu'il était prêt à révéler le nom du général en question, devant un grand jury et nommant Dick Cheney, Paul Wolfowitz, Stephen Hadley, Elliott Abrams, et Condoleezza Rice comme principaux responsables, il ajoutait : « Ils ont perpétré ces attaques... Ils ont mobilisé le peuple américain sous de fallacieux prétextes... cela m'a été dit par ce général de l'état-major de Wolfowitz — j'irai devant un comité fédéral pour dire qui il est afin que [cette histoire] apparaisse au grand jour, selon la loi, non pas devant cette absurde commission du 9-11 ».
    Se défendant d'être libéral, conservateur ou membre de Tea party, avouant avoir lui-même enseigné ce genre d'opérations, Pieczenik se dit tout simplement américain et profondément inquiet de la direction que prend son pays. Son témoignage médiatisé fait écho à ceux, plus discrets, de nombreux professionnels des services de renseignements états-uniens. Puissent-ils être entendus.
    Michelle Favard-Jirard. Rivarol du 25 juillet 2011
    * décédé voici deux semaines à l'âge de 80 ans, non sans avoir été encensé par le directeur de l'American Jewish Committee, David Harris « pour avoir présidé la commission internationale des demandes d'indemnité pour les rescapés de l'Holocauste de même que pour avoir été un farouche supporter de la juiverie soviétique (sic) et des relations israélo-étatsuniennes ».

  • L'Occident entre l'Être et le Néant.

    La question de l'être a toujours taraudé l'Occident. Shakespeare fait dire à Hamlet « To be or not ta be » phrase que les lycéens récitent de façon mécanique mais qui ne peut vraiment être comprise dans toute sa plénitude et sa densité qu'après avoir lu Être et Temps de Martin Heidegger.
    Ce philosophe allemand à interrogé et souvent choqué beaucoup d'Européens par son engagement politique qui ne peut sans doute être compris que dans une perception du nazisme, expression de l'Être de l'homme blanc dans toute sa radicalité. La fameuse phrase ; « la grandeur et la vérité interne du national-socialisme » a fait beaucoup réagir Jürgen Habermas.
    Le corollaire de l'Être est le Néant et il a toujours obsédé l'homme blanc. Spengler le prophétisait déjà dans « le déclin de l'Occident ».
    Le Néant aujourd'hui est représenté par la néantisation de la pensée que l'on décèle par la place accordée à l'anti-pensée, la parole donnée de façon presque exclusive à tout ce qui ne pense pas ( hommes et femmes de télé, du spectacle, top-models, chanteurs, hommes politiques qui ne recherchent que le consensuel et les voix ... ).
    La culture occidentale est fondamentalement une culture de l'Être à la différence des cultures africaines qui sont celles du groupe ou asiatiques qui nient le "Moi» ou l'étouffent.
    Les philosophes comme Schopenhauer ou Nietzsche ont été les chantres de l'individualisme, de l'individu comme idéal : « faire de sa vie une œuvre d'art ».
    On a dans le livre « aphorismes sur la sagesse dans la vie » une véritable apologie de la solitude inhérente selon l'auteur à l'épanouissement du «moi» ou de l'individu.
    Après avoir imposé son être au reste du monde, l'Occident est actuellement dans une période de culpabilité qui tient à deux facteurs :
    - la période post-coloniale où l'homme blanc a été accusé d'avoir exploité les indigènes et détruit leurs cultures
    - le rappel incessant de la période nazie qui implique que toute exaltation de l'homme blanc et de ses représentations doit être bannie.
    L'Occident doit même accueillir sur son sol tous les peuples du tiers-monde pour expier on ne sait quelles fautes passées, ce qui a comme conséquence fatale une néantisation de lui-même. Cette culpabilité a été développée par certains penseurs comme Sartre qui avait des raisons plus ou moins troubles de ne pas être fier de son statut de Français ou d'Européen.
    Son engagement politique a sans doute été très lié à son corps disgracieux.
    Tant ce qui vient d'ailleurs est surévalué comme par exemple les musiques africaines qui inondent l'Occident et peuvent provoquer de façon insidieuse une destruction de l'être de l'homme occidental. Ces expressions culturelles privilégient le groupe et nient l'individu. Les jeunes dont l'individualité n'est pas encore structurée sont les plus réceptifs à ce phénomène. Les religions et les philosophies à la mode sont celles qui viennent d'Asie, comme le bouddhisme car elles prônent le néant et offrent la jouissance de ne pas avoir à assumer son existence.
    Tout est dilué dans tout. Elles sont bien sur de façon ridicule vantées par tout ce qui ne pense pas dans notre société ( acteur de cinéma, individus desséchés par une formation trop scientifique ou technique on).
    Avoir de l'être, de la personnalité devient presque obscène à notre époque. On ne peut qu'être écolo, humaniste, pro-immigrés, s'auto-flageller en permanence ...
    La France et sa culture néantisante des droits de l'homme, son passé colonial et sa culpabilité liée à la seconde guerre mondiale pour avoir été une puissance vaincue et soi-disante collaboratrice, est sans doute le pays en Europe le plus au cœur de cette dialectique de l'Etre et du néant.
    Les choix deviennent radicaux. Prôner l'être devient une position fasciste ou fascisante pour certains.
    Dans cette course au néant, l'école ou l'éducation nationale y ont leur part puisqu'elles donnent aux jeunes Français une vision négative de leur identité. Ceci pose la question de la provenance du corps enseignant et pourquoi cette vision du monde est dominante (statut ou prestige de l'enseignant faible aux yeux de la société ? ).
    Le combat de certains révisionnistes peut aussi s'expliquer par la volonté de déculpabiliser l'homme blanc qui puisse ainsi renouer avec son être.
    La critique la plus fréquente faite à l'Occident est celle d'être trop matérialiste mais la matérialité n'est pas incompatible avec la spiritualité. Que veut-elle d'ailleurs dire lorsqu'on meurt de faim ? Les moines d'Occident et d'Orient vivent dans un cadre matériel architectural d'une grande beauté qui est propice au développement de leur spiritualité.
    L'Occident ne retrouvera son être qu'en se déculpabilisant et en donnant la parole à ceux qui pensent l'être de l'Occident et non son néant.
    PATRICE GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE

  • L’Ukraine boycottée ou la vengeance de l’Occident

    L’Ukraine est menacée de boycott, non pas pour le sort infligé à Madame Timochenko mais pour l’orientation pro-russe du Président Ianoukovitch
    Le prolongement des accords russo-ukrainiens sur la présence de la flotte russe en Mer Noire a heurté les Etats-Unis

    Quelques semaines avant le début des matches pour la coupe européenne de football, l’Ukraine, pays hôte, est mis sous pression. Le président de la Commission de l’UE, Barroso, a renoncé à sa visite lors des matches, de même que plusieurs hommes politiques en vue d’Europe occidentale. Quant au ministre allemand des affaires étrangères, Westerwelle, il a adressé quelques remontrances au gouvernement de Kiev: “Le gouvernement ukrainien doit savoir que le chemin vers l’Europe passe par un pont qui repose sur deux piliers: la démocratie et l’Etat de droit”.

    Le motif officiel de ces tensions croissantes est la détention de Ioulia Timochenko. L’ancienne première ministre a été condamnée l’automne dernier à sept années de prison pour corruption, parce qu’elle avait conclu un accord gazier avec la Russie, que les juges ont considéré comme défavorable à l’Ukraine. Ces accords ont entraîné une perte de quelque 137 millions d’euros. L’Occident a sévèrement critiqué ce jugement: il critique le Président pro-russe Viktor Ianoukovitch d’avoir voulu se débarrasser d’une adversaire mal aimée. “En infligeant une sentence sévère à l’encontre de Madame Timochenko, le gouvernement Ianoukovitch a rejoint la liste, toujours plus longue, des gouvernements qui utilisent le droit pénal pour l’appliquer à d’anciens dirigeants. Des anciens premiers ministres, des présidents, des ministres et des chefs de l’opposition —tous adversaires politiques de ceux qui sont au pouvoir— sont désormais traduits en justice ou menacés de poursuites judiciaires”, écrit Arch Puddington, vice-président de “Freedom House”, une boîte américaine spécialisée en propagande. Toute une batterie de nouveaux reproches ont fait déborder le vase: la “princesse du gaz” Timochenko se verrait refuser des traitements médicaux en prison, elle y serait maltraitée, etc.

    Mais en fait cet assaut propagandiste et médiatique contre l’Ukraine, qui est un pays où la notion d’Etat de droit est différente de celle en vigueur en Occident, a d’autres motivations: il vise le Président Ianoukovitch. Il y a deux ans, quand celui-ci a battu le pro-occidental Viktor Iouchtchenko qui, aux côtés de Ioulia Timochenko, était la deuxième icône de la “révolution orange” soutenue par les Etats-Unis, la politique ukrainienne a changé de cap. Iouchtchenko avait voulu rejoindre l’OTAN: cette intention ukrainienne a été rayée de l’ordre du jour dès l’accession à la présidence de Ianoukovitch. Les relations avec la Russie se sont normalisées, alors qu’elles avaient été fort tendues jusqu’alors. Quand Ianoukovitch a prolongé le contrat de location des bases navales russes en Crimée, à Sébastopol, dont le terme était prévu pour 2017, il a en quelque sorte franchi une ligne rouge.

    Dès l’accession de Ianoukovitch à la présidence, le 7 février 2010, le tir de barrage a commencé. Le publiciste américain Walter Russell Mead, habituellement modéré dans ses propos, écrivait, dès le lendemain, que la victoire de Ianoukovitch “constituait un nouveau camouflet à l’idée que le monde tout entier deviendrait rapidement démocratique”. Plus incisif fut le politologue new-yorkais Alexander J. Motyl au cours de l’été 2010 dans les colonnes de la célèbre revue “Foreign Affairs”. D’après Motyl, Ianoukovitch choisirait ses ministres comme un “patron” et privilégierait des hommes et des femmes issus de la minorité russe de l’Est de l’Ukraine, ce qui mettrait le “consensus national en danger”.

    On ne s’étonnera guère que Motyl critique surtout le prolongement du bail de location des bases navales de la flotte russe de la Mer Noire. D’après lui, ce prolongement serait une décision irréfléchie, prise à la hâte, sans qu’il n’ait été tenu compte des “effets géopolitiques potentiels pour l’Ukraine”. En prolongeant ce bail, Ianoukovitch aurait “bradé” la sécurité de l’Ukraine en “livrant à la Russie, pour un certain temps, le contrôle informel de la Crimée, des voies maritimes incontournables et des ressources gazières qui la jouxtent”.

    Pour les Etats-Unis, le prolongement du bail constitue un revers considérable pour leurs ambitions géopolitiques en Europe orientale. Même si l’adhésion de l’Ukraine n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour, Washington a désormais les mains liées jusqu’en 2042. Avec une base russe sur son territoire national, l’Ukraine n’adhèrera pas au Pacte nord-atlantique; quant à un rejet unilatéral du bail de la part de l’Ukraine, la Russie ne l’acceptera pas. De cette façon, les Etats-Unis éprouveront les plus grandes difficultés à contrôler ce que les géopolitologues de tradition anglo-saxonne nomment le “Heartland”, soit l’espace-noyau eurasien. En 1919, en effet, le géographe britannique Sir Halford J. Mackinder écrivait, suite à la première guerre mondiale, la révolution russe et l’occupation par les troupes allemandes de l’Ukraine après le traité de paix germano-soviétique de Brest-Litovsk: “Qui gouverne l’Europe orientale, domine l’espace-noyau. Qui gouverne l’espace-noyau, domine l’ïle mondiale (l’Europe, l’Asie et de nombreuses portions de l’Afrique). Qui gouvernne l’île mondiale, domine le monde”.

    Les Etats-Unis avaient réussi à dominer momnetanément cet espace-noyau, auquel appartient au moins l’Ukraine orientale, grâce à la “révolution orange” qu’ils avaient mise en scène de l’automne 2004 au printemps 2005. A l’époque, l’ambassadeur des Etats-Unis en poste à Kiev, John Herbst, avait joué dans ce jeu un rôle déterminant. Les affaires étrangères américaines écrivent à son sujet: “Lorsqu’il était en fonction, il a travaillé à l’amélioration des relations américano-ukrainiennes et a contribué au déroulement d’élections présidentielles correctes (“fair”). A Kiev, il a vécu la “révolution orange”. Auparavant, John Herbst avait été ambassadeur des Etats-Unis en Ouzbékistan, où il a joué un rôle décisif dans l’installation d’une base américaine appelée à soutenir l’Opération ‘Enduring Freedom’ en Afghanistan”.

    Les Etats-Unis n’ont pourtant pas réussi à maintenir sur le long terme l’Ukraine dans leur sphère d’influence. Cet échec s’explique pour plusieurs raisons: le duo Iouchtchenko/Timochenko s’est rapidement dissous; les conditions de vie des Ukrainiens n’ont pas pu être améliorées pour l’essentiel et la politique pro-américaine de Iouchtchenko a accentué le vieux clivage entre Ukraine de l’Est et Ukraine de l’Ouest. Mais cet échec n’exclut pas une nouvelle révolte colorée qui pourrait à nouveau changer la donne. Car n’oublions pas ce qu’écrivait Motyl il y a deux ans: “Si Ianoukovitch maintient le cours qu’il poursuit aujourd’hui, il pourrait provoquer une deuxième révolution orange”. Le cas Timochenko pourrait en donner le prétexte.

    Bernhard TOMASCHITZ.
    (article tiré de “zur Zeit”, Vienne, n°19/2012; http://www.zurzeit.at/ ).

  • Zone euro : une analyse économique comparative entre les six pays membres (Allemagne, France, Italie, Espagne, Grèce, Portugal) et le Royaume-Uni

    Michel Leblay, économiste que nos lecteurs connaissent bien, expose son analyse économique comparative des six pays phares de la zone euro – soit qu’ils soient les trois premières puissances économiques de l’ensemble, soit qu’ils soient confrontés à des difficultés majeures – à un moment où la monnaie unique est fortement attaquée par toute une école de politiques et d’économistes ainsi que par les marchés, mettant en péril la cohésion et la stabilité de la zone. Ce texte, d’une très grande technicité et illustré de nombreux tableaux s’ouvre sur une introduction qui donne le fil que suit l’auteur et que Polémia retient comme présentation. Le développement sera consultable en version PDF à laquelle le lecteur pourra se rendre selon l’indication qui lui est donnée en fin de cette introduction.
    Polémia
     

    L’expression dominante au sein des classes politiques européennes et parmi les économistes les plus écoutés ou les plus sollicités présentait l’euro, à sa création, comme un gage de stabilité et une promesse de prospérité. La monnaie unique, après treize années d’existence, interpelle sur son avenir. Depuis la nouvelle crise financière d’origine américaine intervenue en 2008, la zone euro est ébranlée par les tensions successives affectant les marchés des dettes publiques de plusieurs Etats membres. Afin de maintenir l’unité de la zone et de redresser la situation économique des pays menacés d’insolvabilité, les autorités gouvernementales et monétaires de l’Union Economique et Monétaire (UEM) enchaînent des mesures éphémères quant à leurs effets. Ces convulsions des marchés financiers ne sont que le reflet des déséquilibres profonds (endettements publics et privés, déficits des balances commerciales, défauts possibles d’établissements bancaires) qui affectent principalement les pays du sud de l’Europe dans un contexte général d’atonie économique et de croissance du chômage. Si ces graves soubresauts constituent pour certains une opportunité, offrant la possibilité d’un basculement décisif vers « une intégration politique », pour d’autres, au contraire, plus en marge, ils illustrent la conception viciée sur laquelle reposait l’euro, monnaie unique d’un ensemble de pays économiquement disparates.

    Les commentaires sur la situation de la zone euro affluent qu’il s’agisse de l’information audiovisuelle ou de la presse écrite. L’endettement et sa réduction, la solvabilité des établissements bancaires, les décisions de la BCE et leurs nuances et les déclarations diverses concentrent l’attention. Cependant, l’argumentation demanderait souvent un examen dans la durée relevant l’expérience historique, la conception théorique et l’évolution d’un contexte économique dans lequel s’inscrit l’institution de la monnaie unique.

    Apprécier la conjoncture actuelle nécessite le recueil et l’analyse d’un ensemble de données depuis la mise en place de cette monnaie unique. Ne pouvant être exhaustive par rapport à l’ensemble des données qualifiant l’état d’une économie et à la totalité des pays constituant la zone euro, l’étude porte sur les éléments considérés comme les plus significatifs. Ainsi, sur les dix-sept pays composant la zone, six d’entre eux ont été retenus pour leur intérêt : l’Allemagne, la France et l’Italie qui sont les trois premières puissances économiques de l’ensemble ; l’Espagne, quatrième puissance économique, la Grèce et le Portugal, tous les trois confrontés à des difficultés majeures. Les données sur lesquelles l’attention est portée affèrent à la croissance du produit intérieur brut (PIB), à l’analyse des composantes de celui-ci, à l’évolution de la balance des paiements et du commerce extérieur, au chômage, au taux d’épargne… Introduire une comparaison avec le Royaume-Uni, deuxième puissance économique de l’Union européenne par le niveau de son produit intérieur, resté à l’extérieur de la zone, paraît utile à la réflexion.

    Un premier développement visera à éclairer par quelques éléments marquants les circonstances présentes :

    • la création de l’Union Economique et Monétaire
    • l’Union latine
    • Robert Mundell, théoricien de l’union monétaire
    • le contexte économique préludant à l’euro

    Ensuite, il sera procédé à une analyse de différentes données économiques caractérisant la situation des six pays membres de la zone euro, observés, de leur adoption de la monnaie unique à l’année 2011. Pour les mêmes données, la comparaison sera faite avec le Royaume-Uni. L’examen portera sur :

    • les structures économiques
    • la formation brute de capital fixe
    • la balance des paiements
    • une vue générale des grandes données : taux d’inflation, taux d’épargne, taux de chômage, dette publique

    Les définitions et la méthode

    Préalablement à ces développements, l’étude comportant de nombreuses références statistiques, il convient d’indiquer les sources utilisées et la méthode suivie. Pour la période précédant la création de l’euro, afin d’avoir une cohérence d’ensemble, les données brutes proviennent des séries statistiques établies par Angus Maddison (voir infra). A partir de la création de l’euro, début de l’examen détaillé de différents agrégats, il est recouru aux bases de données mises à disposition par Eurostat, centre d’information statistique de la Commission européenne. Sur la base des valeurs recueillies, exprimées en dollars pour les séries de Maddison et en euros pour Eurostat, il a été effectué des calculs de variation en pourcentage, en fonction du besoin, traduits sous une forme graphique. La plupart de ces graphiques comportent en référence les pourcentages utilisés.

    Plusieurs notions, propres à l’économie, sont employées au long des diverses explications. Deux d’entre elles, au moins, les plus fréquemment citées, méritent une définition : la valeur ajoutée et le produit intérieur brut.

    La valeur ajoutée est une notion comptable qui permet de mesurer la production réelle d’une entité économique. Elle correspond au produit final de celle-ci diminué des consommations intermédiaires nécessaires à sa réalisation .

    Le produit intérieur brut (PIB), selon l’INSEE, « est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d'activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d'activité) ». Il peut être exprimé en valeur, c'est-à-dire au taux de change courant de la monnaie ou en volume en fonction d’un taux de change de référence ce qui corrige les effets de la variation des prix.
    A suivre

    Michel Leblay http://www.polemia.com
    Economiste
    8/10/2012

    Texte intégral en version PDF : cliquer ici