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  • Les Gaulois savaient écrire

    Nous ne savons pas si les Gaulois avaient une écriture. Aucun alphabet ne nous est parvenu. Le problème a naturellement intéressé un savant dont l'autorité est reconnue internationalement. Ces pages de Paul-Marie Duval rendent sensible le travail de documentation, de comparaison et de déduction - un travail de policier de l'Histoire ? - qui conduit l'historien à une certitude vraisemblable.

    Les plus anciens Gaulois connaissaient-ils ce que nous appelons « l'écriture » ? Oui, puisqu'ils gravaient des inscriptions dans leur langue sur pierre, sur bronze, sur céramique, mais ce n'est là qu'une forme particulière de l'écriture. Alors, c'est plutôt non, si le mot implique l'utilisation répandue,sinon générale, d'un alphabet par tout un peuple et notamment par des écrivains.

    En effet, ce moyen de transmission graphique mis au service de la littérature ne nous est connu en Gaule préromaine ni par l'équivalent d'un manuscrit, ni par une tradition indirecte. En revanche, une enquête menée depuis deux décennies à travers toute la France sur les inscriptions gauloises, c'est-à-dire en langue celtique, dont le nombre s'accroît chaque année et dont l'inventaire devient révélateur, devrait nous permettre, avec le secours de quelques textes anciens, de cerner cette question aujourd'hui mieux qu'hier.

    Les contemporains des Gaulois encore libres, les Grecs ou les Romains, n'ont pas signalé que ces «barbares» n'usaient pas de l'écriture, et cela déjà est significatif, mais de plus, à l'époque de Jules César - c'est lui qui le dit - les druides utilisaient l'alphabet grec pour ce qui n'était pas l'enseignement de leur doctrine et de leur science, les comptes publics et privés par exemple ; et l'évaluation numérique des soldats, des femmes, enfants et vieillards chez les Gaulois de l'Helvétie était notée sur des tablettes « en lettres grecques ».

    César donne encore un curieux témoignage à propos d'une histoire de correspondance. Quintus Cicéron, le frère de l'orateur, était assiégé dans son camp du nord de la Gaule. Il parvient à faire passer au proconsul un message d'alerte, fixé sur le javelot du porteur. César se dirige alors vers le camp et charge un autre messager de porter une lettre secrète à Quintus, par le même procédé. D'après le texte des Commentaires comparé à celui de l'Histoire romaine de Dion Cassius, le secret aurait consisté dans l'emploi, soit de l'alphabet grec ou de la langue grecque, soit d'un code, soit des deux.

    Suivant les instructions reçues, l'homme craignant de ne pouvoir entrer dans le camp, lance le javelot par-dessus la fortification, mais l'arme se fiche dans le mur d'une tour, y reste deux jours avant qu'un soldat ne l'aperçoive et n'apporte la lettre à son destinataire.

    Peu après, celui-là fait porter une réponse à César, lui annonçant la levée du siège.

    La deuxième de ces trois lettres, le message secret, nous apprend au moins que parmi les Nerviens, qui étaient pourtant les Celtes les plus rudes de toute la Gaule, certains pouvaient être considérés par les Romains comme capables de déchiffrer ou faire déchiffrer un texte, c'est-à-dire d'utiliser l'écriture.

    Il y a mieux. Aux funérailles de Gaulois importants, il arrivait, selon Diodore de Sicile, contemporain de César, que les proches du défunt jetassent dans les flammes du bûcher des lettres à l'attention de leur parent. Cette coutume est touchante : c'est l'affection des siens, leur pensée, le souvenir des vivants que ces tablettes évanescentes allaient confirmer pour toujours au disparu en lui apportant dans sa survie un contact humain, avec un peu de lecture et même, qui sait ? quelque surprise, exprimée avec une inégalable discrétion.

    On peut tout imaginer de ces messages : regrets, tendresse, fidélité éternelle, louanges, gratitude, et aussi souvenirs variés de la vie de tous les jours, douces taquineries, réponses différées à de vieilles questions laissées en suspens, révélations, ultimes mises au point ?… Là, en tout cas, nous sommes bien entre gens qui savent lire et écrire.

    Un alphabet national

    Les inscriptions en langue gauloise sont rares, quelques centaines seulement, mais il faut y ajouter la masse des monnaies à légendes et tout un calendrier d'une savante complexité.

    Les textes les plus anciens, les épitaphes, dédicaces aux dieux, graffiti de propriété sur céramique, malédictions en charabia griffonnées sur du plomb, sont en caractères grecs diffusés par Marseille, principalement dans le Midi, à partir du IIIe siècle avant notre ère, mais adaptés pour rendre certains sons du gaulois, si bien que M. Michel Lejeune, à qui l'on doit l'étude approfondie et singulièrement nouvelle de ces documents, a pu parler à leur propos d'un alphabet national.

    Ces inscriptions « gallo-grecques » (langue gauloise et lettres grecques) sont pour nous d'un grand prix, parce que notre connaissance du celtique ancien leur est due pour une part. Et voilà attesté par l'épigraphie un emprunt à la culture hellénique plus important que celui dont César a témoigné.

    Egalement adaptés, quand les Romains eurent créé la « Province », furent les caractères latins des inscriptions « gallo-latines », dont M. Robert Marichal mène à bien l'édition intégrale et l'interprétation. Là aussi, il y a comme un alphabet national, qui devait rester sporadiquement en usage jusqu'à la disparition de la langue sous l'Empire. Il est, d'ailleurs, seul à nous transmettre quelques phrases du langage parlé, tel cet avertissement intéressé du malicieux convive gaulois, lu sur un vase à boire qu'on se passait à la ronde : « Je contiens la boisson des suivants » - autrement dit : « A bon buveur, salut ; vas-y tout de même doucement, s'il te plaît ». C'est aussi à cette écriture cursive latine, comme calligraphiée sur les comptes de potier de l'Aveyron, que nous devons de savoir compter jusqu'à dix en gaulois.

    Les légendes monétaires forment une catégorie particulière. Inscrites en caractères grecs, latins, gallo-grecs, gallo-Iatins, étrusco-italiques, elles n'ont presque rien de commun, sauf la langue, avec les autres inscriptions. Quelques centaines de textes, reproduits à des milliers d'exemplaires, apportent de nombreux noms d'hommes, quelques noms de tribus et de magistratures. Et puis ces pièces répandaient un usage limité de l'écriture à l'intérieur du pays et jusqu'au-dehors, chez d'autres peuples celtiques. Les savants travaux du Dr Colbert de Beaulieu, qui est bien le seul à pouvoir mener à son terme la publication de l'ensemble hétérogène que forment toutes ces légendes monétaires, nous apprennent notamment que l'alphabet gallo-grec se trouvait pour elles utilisé jusque dans le nord de la Gaulle. Plus nombreuses en lettres latines, portant les noms des chefs au pouvoir, elles étaient d'une certaine manière, des « mass média » pour l'univers des Celtes. Et voici la plus longue des inscriptions gauloises, le calendrier trouvé à Coligny, dans l'Ain, à la fin du siècle dernier, et qu'on peut voir au musée de Lyon. D'époque romaine impériale, cette plaque de bronze mesure 1,50 m sur 0,90 m, Les 130 fragments conservés nous révèlent cinq années consécutives d'un calendrier en langue gauloise ; le texte complet comptait plus de 2.000 lignes gravées en lettres latines et disposées en colonnes comme notre calendrier des Postes.

    Ce document étonnant, avec son décompte des jours plus simple que celui des Romains, était en usage en Bourgogne, avant comme encore après la réforme calendaire de Jules César ! Sans cet immense aide-mémoire, comment reconnaître à leur place les changements entraînés par l'intercalation d'un troisième mois tous les deux ans et demi !

    Lunaire à l'origine, en effet trouvé avec les fragments d'une statue du dieu Mars, il était tenu à jour et ajusté périodiquement, tant bien que mal, à l'année solaire par ceux qui en détenait le secret avec le pouvoir d'une autorité religieuse, car ce fut là d'abord et partout le travail des prêtres. Cette inscription remarquable est ainsi le seul témoin concret que nous possédions de la science très ancienne des druides.

    L'élaboration en effet, de cette mesure des siècles suppose des observations astrales inlassablement répétées pendant de longues années et précisées plus lentement encore car rien n'est plus farouchement conservateur que cc régulateur du temps vécu et à vivre, dont dépend le rythme variable. ou monotone des travaux et des jours. Les observations astronomiques remontent sans doute à l'âge du bronze, peut-être même plus loin, à l'origine de l'agriculture, qui ne peut s'en passer.

    Une masse de données avait donc été recueillie par l'élite intellectuelle des Gaulois. Comment a-t-elle pu être transmise ? Notre mémoire est capable de tours de force que bientôt nous n'imaginerons même plus, trop aidés que nous sommes par nos machines, mais les calculs et les ajustements calendaires ne pouvaient être fixés et repérables d'une année à l'autre, d'un lustre à l'autre, d'un cycle à l'autre, que par un système de notations, sous peine de graves erreurs dangereusement et indéfiniment accumulées. Alors, les plus anciens autours du calendrier gaulois disposaient-ils d'un jeu de signes, d'une « écriture », dont nous ne saurions rien ? C'est la question.

    Il y a bien des suites de signes incompréhensibles gravés sur des tessons trouvés en divers points de la Gaule, qui pourraient appartenir à plusieurs systèmes graphiques très anciens : essais balbutiants, tentatives locales avortées, qui auraient cédé la place aux alphabets empruntés. Un succès obtenu dans cette voie aurait pu aider à la fixation et à la transmission d'un calendrier qui, en tout cas, a dû être noté, inscrit ou écrit, de quelque façon, bien avant la romanisation, pour ne pas sombrer dans l'arbitraire d'un fonctionnement purement empirique.

    A l'inverse des inscriptions, les genres littéraires que nous pourrions attribuer aux Gaulois par comparaison avec d'autres peuples étaient de ceux que se transmettaient oralement poètes, chanteurs. récitants et leurs maîtres les professeur : légendes épiques, généalogies princières, éloges et satires à l'adresse des grands, hymnes religieuses et chants de guerre, cosmogonies, prophéties…

    Les disciples des druides apprenaient un nombre considérable de vers et restaient parfois une vingtaine d'années à cette école : quel bagage était le leur ! Comme les plus anciens aèdes homériques et, de nos jours, les bardes yougoslaves, le barde gaulois devait bien se passer d'écriture et garder pour lui les charmes des vieilles histoires et les sortilèges de la poésie.

    Ainsi l'Irlande de l'âge du fer, qui ignorait l'écriture alphabétique, écoutait ses vieilles épopées païennes, de vers et de prose alternés, qui ne furent écrites avec quelques adoucissements qu'au VIe siècle par les moines. Pourquoi en Gaule une littérature orale aussi brillante n'aurait-elle pas existé, à un niveau de développement intellectuel allant de pair avec l'affinement de la sensibilité que nous révèle un art original, merveilleusement subtil, volontiers abstrait, techniquement avancé, qui s'est épanoui pendant la période de l'indépendance celtique ?

    Par la faute des druides

    Mais, d'une telle production littéraire, aucun vestige original ou traduit ne nous a été transmis ; rien non plus, dans les lettres gallo-romaines, ne rappelle une littérature nationale antérieure. Il est donc vraisemblable qu'une transmission orale s'est arrêtée brutalement lors de la conquête romaine et que la réservation des meilleurs alphabets du monde aux inscriptions et à quelques emplois pratiques fut la cause principale d'un naufrage sans retour. Rien n'interdit toutefois de penser que, comme le calendrier, des textes ont pu bénéficier de la connaissance de cette écriture, dans une mesure qu'évidemment nous ignorons encore.

    La vie de l'esprit étant alors le monopole des druides, cette puissante autorité morale et politique devait garder jalousement le privilège de son savoir. Ils étaient versés, dit César, dans les opérations astronomiques, la mesure de la terre, « les choses de la nature ». Puisque deux alphabets étaient connus et utilisés en Gaule, s'ils n'ont pas été employés pour faire fructifier l'enseignement, c'est qu'il y avait prohibition de la diffusion.

    Les druides ont ainsi, par leur exclusivisme traditionnel, privé d'avenir leur production intellectuelle (à l'exception du calendrier, qu'ils étaient bien obligés de noter d'abord pour eux-mêmes) et ils ont grandement contribué à la disparition de la science et de la littérature, puisque rien de ce qui était transmis oralement n'a pu survivre à la suppression du clergé druidique et que, même si quelques écrits ont échappé à cette sorte d'autocensure, les Romains se sont bien gardés de recueillir, de transcrire et de traduire ces créations du génie indigène.

    Ah ! si les Gaulois avaient été admis à utiliser largement et librement leur écriture pour honorer et perpétuer leur propre langue, ou si ce qu'ils ont peut-être écrit n'avait pas dû être détruit pendant une guerre inexpiable de huit ans et ensuite par le manque d'intérêt des Romains, quels trésors ne nous auraient-ils pas transmis !

    Ces guerriers étaient, de l'avis de leurs contemporains, de fort beaux et intarissables parleurs. Parler, inscrire, mais écrire ? Il est incontestable qu'ils en possédaient tous les moyens ; il paraît désormais probable qu'ils s'en soient servis plus, et depuis beaucoup plus longtemps, que nous ne pouvons l'imaginer aujourd'hui. N'est-ce pas déjà beaucoup ?

    Par Paul-Marie DUVAL de l'lnstitut - Historia, février 1984

  • La société - La Sociologie

    La Société
    L'homme n'existe que dans une société. L'enfant sauvage n'a jamais pu être socialisé et apprendre un langage évolué car il a connu trop tard la société. Il n'est jamais devenu « homme ». L'homme est intrinsèquement un animal social, Aristote disait un animal politique. Le solitaire vit en société, la seule chose qui le distingue est de mettre une distance plus forte avec les autres.
    Le fait de vivre en société avec d'autres n'est pas propre à l'homme puisque de nombreux animaux vivent en groupes. À la différence des animaux, les sociétés humaines évoluent sans cesse ; elles sont dans un processus historique.
    L'homme est fondamentalement un être-avec (Mit-sein) et même un être-au-monde-ensemble. L'action politique ne consiste qu'à vouloir transformer ou conserver la société. Les hommes éprouvent un besoin de changement ou de non-changement lié à leur position sociale.
    La société est organisée par des institutions qui régissent les habitudes sociales ou des lois.
    « Aussi l'homme est-il un animal civique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble » (Aristote, Politique)
    « L'homme est, au sens le plus littéral du terme, un animal politique ; il est non seulement un animal social, mais un animal qui ne peut s'individualiser que dans la société » (Marx)
    La culture
    On oppose la culture à la nature, c'est-à-dire ce qui est inné ou biologique. La culture est transmise par la société. Elle comporte tous les éléments de la vie humaine : langue, religion, art, coutumes, science et technique.
    L'état de nature est une chimère ou une abstraction rousseauiste. On l'oppose à l'état de société qui lui existe. L'état de nature a une fonction méthodologique pour ceux qui étudient les sociétés. Société et culture sont liées. Ce qui sépare l'état de nature et l'état de société est l'existence de règles.
    « Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l'état de la culture » (Lévi-Strauss)
    Le passage de la nature à la culture ou à la société est la prohibition de l'inceste. Ce n'est pas toujours le même parent.
    La société individualise les membres d'une même culture. Chaque « pays » peut donc créer des types d'individus au-delà des différences des personnalités.
    « Ainsi, chaque culture refoule, inhibe, favorise, surdétermine l'actualisation de telle ou telle aptitude, de tel trait psychoaffectif, fait subir des pressions multiformes sur l'ensemble du fonctionnement cérébral, exerce même des effets endoctriniens propres et ainsi intervient pour coorganiser et contrôler l'ensemble de la personnalité » (Edgar Morin)
    La sociologie
    On a affaire à une discipline relativement jeune même si des philosophes avaient déjà analysé la société de leur temps, d'Aristote à Montesquieu. Le mot « sociologie » a été repris par Auguste Comte car il existait déjà.
    Sur le plan universitaire, il n'existe pas d'agrégation de sociologie et la plupart des sociologues connus comme Durkheim, Boudon ou Bourdieu ont passé l'agrégation de philosophie, d'histoire pour Alain Touraine.
    La sociologie est très connotée politiquement. Elle est fatalement remplie de présupposés politiques ou idéologiques. En France particulièrement, la sociologie est marquée à gauche si l'on excepte Raymond Boudon (et quelques autres peu nombreux) que l'on pourrait situer du courant libéral. Soit l'on donne la primauté à l'individu, soit l'on donne de l'importance à tous les facteurs sociaux (classes sociales, pressions sociales diverses, institutions,...)
    La société primerait sur l'individu. En tout cas, pour un sociologue, tout groupe humain ne se réduit pas à la juxtaposition de ses individus.
    Il y avait déjà chez Descartes et Pascal une vision de la société. Descartes écrivait : « Larvatus prodeo » (j'avance masqué). Au-delà de sa doctrine philosophique, il y a le désir d'émancipation vis-à-vis de la tradition et donc de la société au nom de la raison. Dans la tradition, il y a les institutions.
    Pascal, adversaire de Descartes (ce n'est pas pour rien qu'Heidegger avait son portrait dans son bureau) respecte les institutions. Sa vision pourrait se définir comme conservatrice. Mais pour Pascal, les vrais devoirs sont au-delà du monde. Il faut obéir aux devoirs terrestres tout en les méprisant. Pascal prône une émancipation envers la société et la raison. On pourrait dire de Pascal qu'il a été déjà un déconstructeur de la raison.
    Les visions de Descartes et Pascal s'opposent à la vision de Leibniz « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Il y a pour ce dernier une rationalité dans la société.
    On peut dire que la sociologie s'appuie toujours sur une pensée philosophique, même si cela se voit moins dans les analyses parcellaires et quantitatives particulièrement en vogue dans la sociologie américaine. Il a existé de nombreux sociologues qui ont laissé une trace dans les principaux pays (Allemagne, France, Angleterre, États-Unis, ...). En langue espagnole et italienne existe aussi toute une littérature sociologique propre ; nous allons étudier les principaux sociologues allemands et français.
    Le savoir sociologique a été remis en question par certains scientifiques et philosophes. Pour Dilthey, la sociologie n'est qu'une gigantesque chimère.
    Tônnies
    L'Allemand Ferdinand Tônnies a fait la distinction pertinente entre Gemeinschaft et Gesellschaft (communauté et société). Le sociologue distingue aussi deux sortes de volonté Wesenwille et Kürwille : la première est la volonté profondément enfouie, basée sur l'instinct, la seconde est la volonté libre qui vient de la réflexion.
    La wesenwille est à la source de la Gemeinschaft (communauté) liée à un cadre rural. La volonté libre s'exerce dans un cadre urbain. On devine l'utilisation politique de ces concepts. La différence entre la patrie charnelle et une société fondée sur le contrat traverse encore le débat politique actuel. Rappelons que le livre de Tônnies, Gemeinschaft et Gesellschaft date de 1887.
    Max Weber
    Max Weber peut être considéré comme le plus grand sociologue allemand. Dans « Economie et Société », nous avons une définition de la sociologie : « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l'activité sociale et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets ».
    Les grandes idées de Max Weber sont :
        ⁃    il ne croit pas à l'existence de lois universelles pour le comportement humain, comme il en existe pour la physique ;
        ⁃    nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. La rationalisation du monde est intrinsèque à la civilisation occidentale. Cette rationalité aboutit aussi à un désenchantement du monde ;
        ⁃    son analyse la plus célèbre fut celle sut l'éthique protestante très propice au développement du capitalisme (importance de l'individu, goût de l'effort ou du travail poussé jusqu'à l'ascétisme).
    Max Weber a fait des analyses sur les modes de domination et d'autorité qui sont restées en particulier sur le charisme et la bureaucratie.
    Émile Durkheim
    Pour le sociologue, « Un fait sociologique, c'est toute forme plus ou moins définie de l'action qui possède la faculté d'exercer une contrainte extérieure sur l'individu ». Le fait social est supérieur à l'individu.
    « La supériorité de la société n'est pas seulement physique mais également morale et spirituelle ».
    Un des livres les plus connus de Durkheim fut « Le Suicide ». Le suicide est un fait social. Les données statistiques montrent une tendance au suicide dont « chaque société est collectivement affligée ».
    La grande explication de Durkheim sur le suicide est : « Le suicide varie en fonction inverse du degré d'intégration des groupes sociaux dont fait partie l'individu ... ». En France par exemple, les ouvriers agricoles sont le plus sujets au suicide.
    Raymond Boudon   
    Le sociologue français donne la primauté à l'individu, ce qui le différencie de Durkheim et Bourdieu, et même de la plupart des sociologues français. Sa démarche s'appelle l'individualisme méthodologique. Il y a une rationalité des comportements. Lorsqu'un individu agit, il a pour Boudon des raisons de le faire.
    Bourdieu et Touraine n'ont selon lui qu'une vision hyper socialisée de l'homme. Chez Bourdieu, l'homme n'est que l'expression de son milieu social. Quant à Touraine, l'homme est soumis aux mouvements sociaux qui créent la dynamique de la société.
    On peut dire que Boudon a été à contre-courant des pensées dominantes en France et est relativement peu connu dans notre pays à la différence de Bourdieu.
    Pierre Bourdieu
    Il a été un sociologue consacré puisqu'il a obtenu la chaire prestigieuse du Collège de France. De formation philosophique, le sociologue se revendiquait comme marxiste.
    Il a particulièrement étudié la reproduction sociale. Pour Bourdieu, les « dons » ne sont que le reflet de l'appartenance à une classe sociale privilégiée. On hérite la culture de son milieu. Le terme « héritage culturel » vient du livre « Les Héritiers ».
    Les concepts devenus traditionnels de Bourdieu sont :
        ⁃    l'habitus : façon d'être, disposition d'esprit chez un individu. Bourdieu parlera d'habitus de classe. Il y a chez lui un fort déterminisme social, puisque globalement les classes sociales se reproduisent par l'école qui légitime les hiérarchies sociales ;
        ⁃    en plus du capital économique, Bourdieu analysera le capital culturel reçu par les « héritiers ». Ce capital culturel est officialisé par un diplôme scolaire qui justifie la domination sociale.
    Le livre le plus connu du sociologue fut : « La Distinction ».
    Conclusion
    La sociologie est un projet scientifique et a même une prétention scientifique. Le terme « science » est pourtant sujet à caution dans les sciences de la nature puisque même un scientifique comme Henri Poincaré ne voyait dans la physique qu'un ensemble de conventions. De plus le sociologue est complètement immergé dans son objet d'étude. Comme en Histoire, les travaux du sociologue sont complètement déterminés par ses propres valeurs. Les contours de la discipline sont aussi très flous puisque l'objet d'étude est quasiment infini. En Sociologie plus qu'ailleurs, les présupposés moraux, religieux, politiques et idéologiques sont omniprésents.
    Patrice GROS-SUAUDEAU

  • Les Intouchables (VOSTFR exclusivité Fortune)

    Dans un documentaire décapant, « The Untouchables », la chaîne publique américaine PBS pose la question à 1.000 milliards de dollars : comment expliquer qu’aucun grand dirigeant de Wall Street n’ait été poursuivi en justice après la crise financière de 2008 ?


    Les Intouchables (The Untouchables) VOSTFR... par _romegas

    http://fortune.fdesouche.com/

  • LA SCHIZOPHRENIE SOCIALISTE

    Depuis la création de la SFIO en 1905, les socialistes ont toujours été écartelés entre le refus du système capitaliste, rituellement dénoncé comme porteur de tous les maux, et la nécessité de s'adapter aux tristes réalités du pouvoir.
    L'expérience du Front populaire avait permis de préserver la mythologie révolutionnaire, mais aujourd'hui, onze ans après l'élection de François Mitterrand, les socialistes ne savent vraiment plus où ils sont.

    Les socialistes sont malheureux. On peut les comprendre, après leur cuisant échec électoral. Mais, si l'on en croit un livre tout récent (1), leur vague à l'âme a des causes beaucoup plus profondes, qui plongent dans l'histoire même du parti socialiste, et ceci depuis 1905.
    Au départ de cette étude, un constat : « Le Parti socialiste ne va pas bien », en raison d'une « crise morale », d'une « interrogation angoissée des socialistes sur l'identité actuelle de leur parti et sur le sens de leur action » ; car « en proie à l'incertitude, le Parti socialiste paraît démobilisé, voire frileux, recroquevillé sur lui-même » et en son sein règne « un malaise diffus ». Ce diagnostic peut paraître paradoxal, onze ans après le triomphalisme qui régnait lors de l'entrée à l'Elysée de François Mitterrand. Et, pourtant, en se penchant sur la longue histoire de leur parti, on comprend mieux pourquoi les socialistes ne savent plus très bien, aujourd'hui, où ils habitent.
    Leur rapport au pouvoir a toujours eu, en effet, quelque chose de maladif : fidèles à une mythologie révolutionnaire quasi obsessionnelle, les socialistes n'ont jamais fait la révolution. Qui pis est, alors même qu'il leur fallait, sous Mitterrand, s'adapter aux tristes réalités du pouvoir, ils ont réaffirmé - plus pour convaincre les autres - qu'ils restaient purs de toute compromission avec un système capitaliste rituellement dénoncé comme porteur de tous les maux. Bref, écartelés entre les impératifs du réel et une utopie congénitale, les socialistes sont schizophrènes. Cette schizophrénie étant d'autant plus tenace qu'elle est ancienne. Simplement elle se manifeste aujourd'hui de façon spectaculaire parce que la fidélité, proclamée, aux origines, est en discordance aiguë avec le vécu de onze ans de pouvoir. Un pouvoir qui porte en lui, par essence, le mal, le pêché - puisque, consciemment ou non, le socialisme perpétue, à sa manière, le vieux dualisme chrétien.
    JAURÈS ET L'AMBIGUÏTÉ FONDATRICE
    Au commencement était Jaurès. C'est lui, en effet, qui a appris aux socialistes français à affronter et à surmonter la contradiction fondamentale qui nourrissait les débats à l'intérieur du mouvement socialiste : comment participer aux institutions démocratiques, en jouant le jeu du suffrage universel, tout en sauvegardant le principe d'une action, d'une nécessité révolutionnaires ? Comment être, pour un député socialiste, à la fois le représentant d'un parti de classe, purement ouvrier, faisant de la lutte des classes le moteur de toute action politique, et le porte-parole d'un électorat forcément plus hétérogène, l'idéal socialiste touchant les électeurs bien au-delà des frontières du prolétariat ? Se faire élire au Parlement, est-ce simplement rechercher une tribune pour prêcher la lutte des classes, la guerre socialiste, ou est-ce se préparer à assumer, un jour, le pouvoir - dans une société restant pluraliste, «bourgeoise» (pour utiliser le vocabulaire de rigueur dans les milieux socialistes) ?
    Cette question, qui se posait dès les dernières décennies du XIXe siècle aux socialistes de tous pays, prenait une intensité particulière, dans une France marquée par la ligne de clivage séparant partisans et adversaires de la République. Autrement dit, dès les années 1880, la référence républicaine était perçue différemment selon les tendances existant chez les socialistes français : pour les uns, «possibilitistes» (2) ou « socialistes indépendants », la défense du régime républicain était prioritaire et justifiait toutes les alliances nécessaires avec des républicains non socialistes (comme les députés radicaux), y compris pour assumer les responsabilités gouvernementales ; pour les autres, socialistes guesdistes (3) et allemanistes (4), la République n'était pas, en soi, une solution satisfaisante et seule comptait la transformation du régime de propriété, que le prolétariat devrait imposer à la bourgeoisie par la Révolution.
    Jaurès réussit à surmonter cet antagonisme. La création de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), en 1905, permit de créer un cadre organisationnel où pouvaient cohabiter les diverses tendances. Mais au prix de nombreuses ambiguïtés. Ainsi, Jaurès prétendait concilier république et socialisme, nation et internationalisme. En jouant d'un véritable équilibrisme intellectuel: par exemple, selon lui, le mot de Marx « les prolétaires n'ont pas de patrie » ne devait pas être pris au pied de la lettre, puisque ce n'était qu'une « boutade passionnée, une réplique toute paradoxale et d'ailleurs malencontreuse »... 
    En fait, Jaurès put mener à bien l'unification des socialistes en leur faisant admettre qu'étaient conciliables l'accord de tous sur les fins - la fondation d'une société socialiste - et des divergences portant sur la tactique nécessaire pour atteindre ces fins. Intransigeance doctrinale et empirisme dans l'action, donc avec un garde-fou : l'optique militante devra toujours l'emporter sur les préoccupations électoralistes et parlementaires. C'est sur la base de cette cohabitation entre un pôle militant et un pôle parlementaire avec prime, théoriquement, au premier - que devait fonctionner la SFIO. Une cohabitation risquant, à tout moment, de devenir antagonisme... Car Jaurès, en prétendant unir utopie (la doctrine) et réalisme (la pratique politique), ne pouvait faire ainsi le grand écart qu'en polarisant l'attention des socialistes sur la conquête du pouvoir, et non sur l'exercice de ce pouvoir. « L'unité de 1905, écrivent Bergounioux et Grunberg, n'avait été fondamentalement rendue possible que par le refus de l'exercice du pouvoir ». Et le maintien de cette si fragile unité exigeait que fût perpétué un tel refus. Or les bouleversements de l'Histoire allaient condamner les socialistes à devoir choisir entre une pureté doctrinale confortable, car coupée des réalités, et les risques d'une participation à un pouvoir «corrupteur».
    DE BLUM A MlTTERAND
    1914, en révélant la force du patriotisme chez les ouvriers comme chez tous les Français, a montré le caractère factice de l'internationalisme. Et 1917 a provoqué, chez les socialistes français, une crise d'identité dont devait sortir la rupture du congrès de Tours, la majorité des socialistes choisissant l'alignement sur la mythologie bolchevique et donc, la création d'un parti communiste en France, tandis que les minoritaires allaient s'efforcer, avec Blum, de faire survivre cette « vieille maison» qu'était la SFIO ébranlée sur ses bases. Non sans complexe, d'ailleurs, puisque Blum concédait à ses adversaires la nécessité d'une dictature exercée par un parti unique de la classe ouvrière ; ni sans illusion, puisque Blum terminait sa péroraison de Tours en adjurant ainsi les ralliés à Moscou : « Les uns et les autres, même séparés, restons des frères qu'aura séparés une querelle cruelle mais une querelle de famille et qu'un foyer commun pourra encore réunir ».
    Nostalgie de l'unité perdue - et qu'il faudra bien, un jour, retrouver... Nécessité, pour la SFIO, de ne pas laisser au nouveau parti communiste le monopole de la référence révolutionnaire, d'une pureté ouvriériste permettant de prétendre incarner la gauche...
    Ce double phénomène explique que les socialistes aient pratiqué, longtemps, l'évitement du pouvoir. D'autant que, comme le parti de Jaurès, la SFIO de Blum fut, en fait, une coalition de courants, dont l'existence fut rythmée par le conflit des tendances. Avec des phrases de rupture : départ de néosocialistes, conduits par Marcel Déat, en 1933, exclusion de la Gauche prolétarienne en 1938.
    Mais il fallut bien, un jour, qu'ait lieu l'épreuve de vérité qu'était l'accession des socialistes au pouvoir. Bien que retardée le plus possible par Blum, cette épreuve fut rendue inévitable par la victoire, en mai 1936, du Front populaire. Les communistes soutenant Blum comme la corde soutient le pendu, la première expérience du pouvoir fut pour la SFIO une épreuve douloureuse, traumatisante. Dès janvier 1937, l'annonce de la «pause» dans la politique gouvernementale, d'ailleurs plus réformiste que révolutionnaire, était un aveu d'échec. Le malaise chez les militants était profond : au congrès de juillet 1937, Pierre Brossolette exprime un sentiment très majoritaire dans les rangs socialistes : « Le parti a donné l'impression d'être comme les autres, de tomber comme les autres et de pratiquer comme les autres le petit jeu parlementaire »,
    Révolution sociale ou Révolution nationale ? C'est le choix auquel furent condamnés les socialistes devant les malheurs de la patrie, en 1940. Beaucoup purent être, plutôt que des partisans, des patriotes : si 36 parlementaires de la SFIO refusèrent, le 11 juillet 1940, de voter les pouvoirs constituants au maréchal Pétain, 90 acceptèrent (deux socialistes étaient dans le gouvernement formé par le maréchal le 17 juin). Et nombre de socialistes s'engagèrent résolument en 1940-1944, derrière Pétain, voire dans la collaboration. D'où la sévère auto-épuration que s'imposa la SFIO en 1945.
    Une SFIO qui devint vite le pilier central de la IVe République, entre le MRP et le PC. Auriol, premier président de la IVe; Ramadier, premier président du Conseil ; puis Mollet, reprenant à son compte le vieil équilibrisme de Jaurès et de Blum en assurant que la SFIO était, tout à la fois, un « parti de réformes » et « un parti de révolution sociale »... Art de jouer sur les mots. Art poussé à sa perfection par François Mitterrand, qui sut à Epinay, en 1971, prendre le contrôle du nouveau Parti socialiste, après enterrement d'une SFIO discréditée, aux yeux des purs, par son jeu pour le moins fluctuant au sein de la Ve République. A Epinay, Mitterand tint le langage de la rupture avec la société capitaliste, de l'union avec le PC, du refus de toute alliance à droite. Les rites fondateurs étaient respectés ... Alors même que le seul souci de Mitterrand était d'accéder au pouvoir, en utilisant les rouages institutionnels de la Ve République.
    Il apparut en effet, au fil des ans, que cet homme, plus fin joueur, sans doute, que tous ceux qui l'avaient précédé à la tête des socialistes, avait en fait du parti une conception qui apparentait fortement celui-ci à un kleenex ... D'où cette « destruction de l'identité socialiste » que Bergounioux et Grunberg analysent longuement. En concluant que « l'identité socialiste traditionnelle s'est brisée d'elle-même contre les réalités du pouvoir ». Une conclusion en fin de compte rassurante : l'utopie ne peut survivre lorsqu'elle est confrontée au réel.
    ✍ Pierre Vial le Choc du Mois • Avril 1992
    (1) Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, Le long remords du pouvoir, Fayard (collection « L'espace du politique »), 554 p
    (2) Fraction modérée, formée au congrès de Saint-Etienne (1882) sous la direction de Paul Brousse.
    (3) Jules Guesde (1845-1992) se veut le représentant, en France, d'un marxisme pur et dur.
    (4) Jean Allemane (1843-1935), ancien communard, entend attribuer aux ouvriers manuels une prépondérance exclusive dans l'organisation socialiste et préconise la grève générale.

  • La ruine par la science extrême

    Cela va peut-être surprendre certains lecteurs : il est clair que la science extrême conduit à la ruine publique tout en luttant contre l'idée de Dieu.
    Dans un livre qui va paraître incessamment, le célèbre astrophysicien britannique Stephen Hawking exclut toute intervention divine dans la création de l'univers, la force gravitationnelle suffisant selon lui pour expliquer qu'il y ait quelque chose plutôt que rien ! D'autre part un magazine vient de sortir un numéro intitulé : « Dieu existe-t-il ? (ce que les scientifiques en disent) ». Il a interrogé huit chercheurs, sur leurs recherches certes, mais principalement sur leur attitude vis-à-vis de l'existence de Dieu. Ces faits sont l'occasion de montrer comment la science extrême ruine les nations et les gens tout en se donnant des objectifs métaphysiques discutables.
    DES RÉALISATIONS PHARAONIQUES
    Elle conduit à des réalisations pharaoniques ainsi qu'à un florilège de projets moindres mais inutiles.
    Le LHC. Retenez bien ces initiales. C'est le nom résumé du plus grand collisionneur de hadrons, ce qui, évidemment, ne dit rien à la plupart d'entre nous. Imaginons que l'on envoie se rencontrer à des allures folles des particules infiniment petites pour observer ce qui se passe lors de leurs innombrables collisions. Après 20 années d'études et de travail acharné, le premier faisceau de protons a été récemment injecté avec succès dans cette énorme machine. La propagande officielle célèbre l'événement et, pourtant, on doit s'interroger sur la pertinence de cette fabuleuse création.
    Selon les projets des physiciens, la machine va tenter de reconstituer en une fraction de seconde les conditions qui prévalaient il y a 13,7 milliards d'années juste après le supposé big-bang. Nous disons le "supposé", car ce big-bang est une simple hypothèse reposant sur des calculs purement mathématiques. Les collisions doivent se produire dans un anneau de 27 kilomètres de circonférence enfoui à 100 mètres sous terre à cheval sur la Suisse et la France. Sa construction a mobilisé 7 000 chercheurs et ingénieurs depuis 15 ans. Plusieurs objectifs sont énoncés. Par exemple : « savoir d'où l'humanité vient, où elle va, et si l'univers à une fin ». D'autres parlent de percer les secrets de la matière ou de connaître la vraie vérité sur la naissance du monde (sic). Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de tels objectifs.
    Pour plus de précision, il nous est dit qu'il s'agit de résoudre quatre grandes énigmes de la physique dans les détails desquelles nous n'entrerons pas, tellement c'est compliqué.
    Pour justifier ce qui risque de sembler injustifiable, l'on ajoute un argument classique : il y aurait des retombées scientifiques à attendre dans des domaines plus pratiques. En fait, toute recherche quelle qu'elle soit et dans n'importe quel domaine peut conduire à des retombées multiples et imprévues.
    Parlons maintenant « gros sous ». Le coût de l'immense appareil est évalué officiellement à 3,9 milliards d'euros, répartis entre plusieurs pays, la France comptant pour 16 %. En fait, c'est un faux calcul. L'on ne tient pas compte du phénomène du temps ; les travaux ont commencé depuis de longues années et il est nécessaire de prendre en compte des agios considérables se cumulant par le phénomène des intérêts composés ; en outre, l'on n'aura pas de résultats palpables avant de très longues années, ce qui déclenchera d'autres agios.
    Comme dans toute opération étatique il faut aussi intégrer le foisonnement des organismes qui s'en occupent au sein des gouvernements, avec l'immense gaspillage de temps et d'argent habituel dans toute la pyramide étatique des pays participants.
    Il est probable que le coefficient "10" appliqué aux 3,9 milliards officiels correspond bien à la réalité : il faut donc parler de 39 milliards d'euros répartis dans les divers pays. L'on n'ose pas chiffrer le nombre de chômeurs qui vont le devenir ou le rester dans ces pays par l'effet des impôts nécessaires, ni mesurer les pauvres qui le deviendront ou le resteront pour la même raison.
    Si les divers pays partenaires de ce projet dantesque n'étaient pas, à des degrés divers, gangrenés par le socialisme, ils ne s'occuperaient pas au niveau de l'État de recherches de ce type mais laisseraient aux mécènes le soin de se livrer aux recherches fondamentales si l'envie leur en prend ; de tous temps la recherche fondamentale a été le fait de particuliers soit très peu argentés, soit très riches. Il se trouve en plus que la planète ne manque pas, fort heureusement, de milliardaires ayant les moyens de se payer ce caprice.
    Si la recherche était libérée du poids et des chaînes insupportables de l'État, elle s'orienterait vers des objectifs pratiques pouvant rendre service à l'humanité d'aujourd'hui, et ceci selon les indications du libre marché.
    Il est évident que dans l'ardeur des divers États à se lancer dans ce type de projet le "panurgisme" joue un rôle : d'autres le font pourquoi pas nous ! Des politiciens qui refuseraient que leur pays participe seraient facilement considérés comme "ringards" par la presse aux aguets.
    Le lobby des physiciens joue à plein pour satisfaire leur curiosité ; ils s'appuient sur les industriels qui conçoivent ou diffusent des machines de plus en plus compliquées.
    À lire les objectifs officiels, on peut penser que derrière cette opération et d'ailleurs bien d'autres semblables, il y a une curiosité parfaitement inappropriée, car elle cache mal une offensive contre Dieu et le désir de se passer de Lui. Une des particules que l'on cherche à repérer dans la machine, le Boson de Higgs, est appelée couramment la « particule de Dieu » par les chercheurs et les journalistes. Les hommes de bonne volonté savent que, seul, Dieu sait comment il a créé le monde et quand il décidera de lui assigner sa fin.
    ITER. C'est une autre chimère. La machine est aussi gigantesque et située depuis 2005 à Cadarache dans le Lubéron ; elle a pour objet d'essayer de maîtriser les réactions de fusion thermonucléaire qui s'opèrent dans le cœur du soleil. Si l'essai venait à être concluant, un autre appareil devrait voir le jour pour nous délivrer une énergie apparemment gratuite. Nous avons été invités à lutter contre le soleil par la chimère du réchauffement et nous voici conviés à le copier grâce à une autre chimère. 
    Il est particulièrement difficile d'évoquer ces faits car l'on est ignorant des aspects scientifiques qu'il comporte. Les décideurs politiques, qui ruinent les populations en s'y engageant pour leur seul bon plaisir, sont tout aussi ignorants et c'est un danger de plus. Ils ressemblent à ces banquiers qui ont coulé leurs banques en avalisant des projets qu'ils ne comprenaient pas.
    Cette fabuleuse expérience a sa première origine dans les années 1980. Après beaucoup de péripéties, elle devait démarrer en 2015 ; puis il fut question de 2019 et de 2026 ; maintenant les journaux parlent de 2060 ou de la fin du siècle. Cela reflète une autre difficulté dans l'analyse : les seules informations que l'on reçoit sont celles des journalistes qui, selon leurs habitudes, ne sont pas clairs ni complets ou, comme d'autres, ignorants.
    Sur le plan du coût c'est un emballement sans limite. Au départ il était question de 4,6 milliards d'euros pour dix ans de construction. Les délais se sont envolés et aussi le prix des matériaux. Aux dernières nouvelles il serait question de 15 milliards. Grosso modo les Européens supporteront 45 % ; le reste se répartira entre la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l'Inde, le Japon et la Russie. Le nombre total de pays contributeurs est de 34.
    Comme toujours dans les projets publics, et nous sommes peut-être les seuls à le montrer, c'est le coût sec qui est annoncé et pas du tout le coût véritable. Deux éléments manquent toujours. D'abord les dépenses adjacentes ; dans chacun des 34 pays partenaires une foule de dépenses adjacentes se déclenchent pour gérer l'immense projet avec des créations d'organismes et de fonctions, sièges de fructueux fromages.
    En outre, plus les projets sont chimériques plus ils s'étalent dans le temps et les intérêts composés partent alors en fusée. Il faudrait pouvoir établir le calcul du coût total prévisible à la fin du siècle avec un taux raisonnable d'intérêt de 3 %. Les chiffres publiés par la presse ne sont pas assez précis pour établir ce calcul essentiel. Notons en outre qu'il s'agit d'une simple expérience pour montrer la faisabilité de la copie du soleil : en cas de succès et après le "copier" il faudra le "coller", soit pourquoi pas un siècle de plus !
    Pour mesurer l'étendue du travail, quelques chiffres probablement assez exacts ont été publiés. Pour niveler le site de 40 ha il a fallu déplacer 2 millions de m³ de terre soit autant de volume que la pyramide de Khéops. L'édifice sera de 60 mètres de haut et pèsera 23 000 tonnes.
    Venons-en aux écolos qui sont les grands gagnants de l'incroyable entreprise. Ces personnages sont des fumistes, mais ils ont une immense qualité : ce sont des vendeurs de l'impossible ; leur champion est Nicolas (le grand, pas l'autre), car Hulot a fait sa fortune sur l'art de vendre à la terre entière la chimère du réchauffement.
    Pour la chimère de l'ITER, ces écolos s'appuient en partie sur une route à grand gabarit qui a dû être bâtie au sud du Lubéron pour faire passer 300 convois exceptionnels pendant cinq ans. Cette route avec son trafic futur est une vraie insulte aux paysages du Lubéron et aux populations environnantes ; elle restera pendant longtemps la signature visible du pouvoir dictatorial mondialiste en place.
    Ils ont obtenu de la région PACA que pour chaque euro affecté au réacteur un autre euro serait affecté aux énergies "durables" et à la maîtrise de l'énergie. Comme ces fumistes sont arrivés à domestiquer un grand nombre d'États, l'exemple de cette compensation peut être suivi ailleurs qu'en France : il y a de quoi frémir car le coût total pourrait s'envoler plus haut encore.
    Parmi les projets décidés en PACA, citons : l'isolation thermique des bâtiments, 100 000 panneaux solaires sur le toit des lycées, 40 chaufferies à bois, une cinquantaine de centres culturels subventionnés pour l'amélioration de leurs performances environnementales, 30 000 chèques énergies renouvelables donnés aux particuliers. Cette énumération n'est pas limitative ; ces projets sont tous ruineux car reposant tous plus ou moins sur des subventions publiques ; c'est donc une nouvelle cause de ruine résultant du mariage incestueux entre ITER et les écolos et s'ajoutant à la cavalcade des coûts.
    Devant cette fabuleuse et magnifique farce internationale qu'est le projet ITER, interrogeons-nous sur l'étrangeté de son apparition au niveau mondial. Comment est-ce possible ? Au départ se trouve la mise en place accélérée de la dictature mondialiste qui fait fi de la liberté des personnes et des États et intervient dans tous les domaines jusqu'aux plus inattendus. Le jeu des lobbies s'engouffre alors avec allégresse. Observons ici le lobby des scientifiques déjà cité plus haut, celui du bâtiment, celui des banquiers. D'une bizarre façon se trouve aussi celui des écolos, qui y trouvent, comme signalé, une magnifique occasion de faire fructifier leur business. 
    Ensuite, s'ajoute la cupidité solidaire des politiques de tous niveaux et de tous pays : un projet de cette ampleur génère partout de fructueux fromages avec la rivière argentée de l'argent public.
    Pour lancer et entretenir la chimère, il fallait cependant pour les décideurs politiques s'abriter sous une apparence de bonne compagnie. Le rêve insensé d'une énergie gratuite arrive à point nommé et le tam-tam médiatique le répète à l'envi ? En outre, pour des ignorants, il est toujours élégant de se rassurer en jouant au faux savant.
    Le résultat le plus certain est la ruine pour des États, en majorité surendettés, la ruine allant par une chaîne de conséquences inéluctables fracasser d'abord les plus pauvres de la planète.
    Un pouvoir français soucieux du bien commun arrêterait la catastrophe pendant qu'il en est encore temps en révélant au peuple la vérité et en dénonçant les traités correspondants.
    La NASA : Un mot de cette machinerie américaine. L'objectif de l'expédition sur la planète Mars est clairement l'espoir de trouver des traces d'eau supposées être la signature d'une vie anciennement éteinte. Ainsi se trouverait la confirmation d'une vie antérieure à sa venue sur terre accréditant l'idée que l'homme et pourquoi pas le cosmos entier seraient arrivés par hasard ici ou là. Il est vrai qu'aux USA où les électeurs sont moins dociles qu'en France la NASA doit batailler dur pour garder ses privilèges et son financement.
    Il y a beaucoup d'autres dépenses générées par la science extrême et qui bien que plus modestes forment des totaux respectables.
    Toutes ces dépenses extravagantes ont un trait commun signalé pour le LHC : tenter de se passer de Dieu.
    L'EFFET DE RUlNE
    Par le canal de cette science extrême, la ruine se répand à grande allure pour plusieurs raisons. D'abord les dépenses sans limite ; ce sont quasi exclusivement des dépenses publiques, lesquelles conduisent aux impôts et à l'endettement public dont l'effet sur la paupérisation est connue ; s'ajoute l'assèchement corrélatif des fonds destinés aux recherches utiles et avec résultats applicables.
    La ruine vient aussi par le processus de décision ; aucun des électeurs qui alimentent ces machines fantastiques par leur sueur n'est convié à décider. Les décisions sont prises dans des bureaux cadenassés par les gouvernements des divers pays partenaires : c'est l'arbitraire d'autant plus que les décideurs politiques ne comprennent pas plus que nous autres les données scientifiques ; ils sont en fait terrorisés par la crainte de paraître timorés ou démodés. Evoquer l'effet de ruine c'est, bien entendu, montrer comment, par conséquences successives, l'on arrive à la désolante prospérité des restos du cœur.
    Au final, ce sont les lobbies qui décident : ceux des physiciens, des industriels, des travaux publics et d'autres. Dès lors que les contribuables acceptent d'apporter gentiment leur argent, pourquoi se gêner ?
    Certains objecteront que la science extrême conduit à des retombées dans la vie courante et ils trouveront toujours un exemple ; fatale erreur : tout travail scientifique, surtout quand il se déroule dans des entreprises privées, aboutit quelque part à des résultats tangibles ailleurs et souvent imprévus. D'autres avanceront le nombre d'emplois créés pour construire, entretenir et exploiter : erreur aussi car la recherche privée crée de multiples emplois.
    L'EXISTENCE DE DIEU
    Finalement, quant à l'existence de Dieu, le numéro du magazine évoqué plus haut est très révélateur. Il apparaît que l'on ne peut pas faire carrière dans ce milieu si l'on s'affiche vraiment croyant. Certains des chercheurs interrogés se disent timidement chrétiens mais avouent qu'il est difficile de professer ouvertement le créationnisme dans le métier qu'ils exercent : Or, peut-on être vraiment chrétien sans croire ouvertement à la création de l'univers par Dieu dans un acte de sa Miséricorde infinie ? D'autres déclarent sans ambages que tout est venu par hasard sans s'apercevoir que la notion de hasard ne peut exister que dans le cadre de la création. De même si la force gravitationnelle explique tout jusqu'à l'homme et jusqu'aux plus grands savants, c'est repousser le problème car la loi de la gravitation universelle ne peut exister que dans le cadre d'une création.
    En fait il apparaît que la raison principale de tous ces travaux avec la ruine en conséquence est bien la lutte de certains contre l'idée de Dieu dont on aimerait bien se passer. Il y a donc conjonction entre la ruine et la lutte ouverte contre Dieu.
    Cela s'explique. Quand après la chute, l'homme fut chassé du jardin d'Eden, il découvrit un univers hostile. Mais Dieu dans sa Miséricorde lui avait laissé l'usage de la raison pour lui permettre de dominer la nature. Une multitude de grands saints ont célébré la Providence divine, laquelle a tout disposé non seulement pour le salut éternel de l'homme mais aussi pour ses besoins matériels ; c'est si vrai que, malgré ce que dit la propagande officielle, des milliards d'hommes auraient tout ce qu'il faut pour se nourrir, se vêtir, se former, etc, si des pouvoirs dictatoriaux et abusifs ne captaient pas la richesse de leurs peuples, ceci pour leur avantage personnel.
    Sainte Catherine de Sienne, qui reçut des dictées directement de la Sainte Trinité, a écrit : « La science est bonne en soi mais elle peut être dépravée par le mauvais usage que le savant en peut faire ».
    Il est donc essentiel que les hommes ne gaspillent pas leurs talents en se livrant à une offensive contre Dieu.
    Michel de PONCINS, Rivarol
    <  micheldeponcins@orange.fr  >.

  • La Préférence Nationale est-elle immorale ?

    Sur cette question, il est dit et écrit parfois des affirmations les plus folles et les plus délirantes. La ligue des droits de l'Homme écrit : « La préférence nationale est contraire à la Loi Française et aux droits de l'Homme ».
    Si cela était vrai, des millions de Français seraient en infraction, puisque le recrutement dans la fonction publique est fondé sur ce principe de la préférence nationale.
    Ceci est particulièrement vrai dans l'armée, la police, la gendarmerie, l'éducation nationale, l'armement... Le comble du ridicule est atteint lorsque des employés des PTT refusaient de faire parvenir du courrier du Front national car il défendait la préférence nationale. Ces employés s'ils étaient logiques avec eux-mêmes devraient démissionner des PTT, entreprise qui pratique la préférence nationale pour le recrutement comme pour tous les fonctionnaires.
    Lorsqu'on est un professeur de gauche, il est certes plus facile de donner des leçons d'humanisme lorsqu'on appartient à une catégorie très protégée, la concurrence, la précarité, (et le chômage) devant être acceptés pour les autres ...
    La préférence nationale existe aussi dans des moments de la vie d'un individu même parfois sans y penser par son évidence. Pour être un élu de la République il faut être Français. Cette préférence nationale est donc normale et même centrale pour toute nation qui se veut d'exister.
    Tous les pays la pratiquent à des degrés divers, en général plus fortement qu'en France.
    La préférence nationale au cours de l'Histoire a même été maintenue par le Front Populaire, après avoir été votée par un gouvernement de gauche. La situation économique actuelle et son cortège de chômage autoriseraient pour certains l'extension de la préférence nationale à d'autres secteurs de la vie économique puisque paradoxalement les Français comme nous l'avons vu ne sont pas du tous égaux vis à vis de celle-ci, certains en profitant pleinement ; souvent en plus de ce principe qui les protège de la concurrence étrangère leur statut leur donne souvent une sécurité quasi-totale de l'emploi. 
    Le traité de Maastricht a voulu substituer à la préférence nationale une autre préférence, la préférence communautaire.
    Cela va sans doute créer bien des réactions vis-à-vis des nationaux des différents pays mais le principe d'une préférence de certains hommes sur d'autres n'a pas été écarté. Mais la préférence nationale continuera bien sûr d'exister pour des secteurs entiers de la vie économique française (Front National ou pas).
    Il faut donc en finir avec cette hypocrisie qui consiste à dire que les exigences du Front National son immorales, contraires à la loi car en résumant ses idées-forces sont de deux ordres :
    1 - la préférence nationale ;
    2 - le refus du traité de Maastricht
    La première exigence comme nous l'avons vu existe déjà juridiquement et dans les faits.
    En période de chômage aggravée, la seule problématique étant son extension et dans quelles proportions. Quant au refus du traité de Maastricht, le parti communiste ainsi que de nombreux hommes politiques de tous partis prennent la même position.
    Il serait sain que dans un débat politique, on arrête de définir les propositions de l'adversaire comme étant immorales ou celles du mal, et les siennes représentant le bien, ceci n'ayant aucun fondement tant sur le plan juridique, politique ou philosophique.
    Patrice GROS-SUAUDEAU - Statisticien-Economiste.

  • [Paris] Conférence : Jeanne d'Arc , lumière permanente sur le pouvoir politique

    Association Universelle des Amis de Jeanne d’Arc

    Conférence "Jeanne d’Arc Lumière permanente sur le pouvoir politique

    JEANNE D’ARC

    Lumière permanente sur le pouvoir politique Conférence de Bernard SEILLIER, sénateur honoraire

    Dimanche 17 février 2013 à 17h00 Chapelle Notre Dame du Lys 7 rue Blomet 75015 Paris Métro Sèvres Lecourbe

    Avec la participation du

    Choeur Montjoie Saint Denis

    Ouvert à tous, libre participation aux frais

    Association universelle des Amis de Jeanne d’Arc

    http://www.amis-jeanne-darc.org/

    http://www.actionfrancaise.net

  • Voyage au centre du malaise français - L’antiracisme et le roman national

    Le sociologue Paul Yonnet est décédé en août 2011. Insuffisamment connu du grand public, il était un collaborateur régulier de la revue Le Débat. Paul Yonnet s’est intéressé à de nombreux sujets : des loisirs à la famille, en passant par l’idéologie antiraciste. C’est à ce dernier aspect qu’il a consacré son essai le plus pénétrant, que Polémia a décidé d’éclairer.

    Voyage au centre du malaise français/ L’antiracisme et le roman national a été rédigé en 1992, peu après la première guerre du Golfe et juste avant le référendum relatif au Traité de Maastricht : moment charnière pour la gauche, car au début des années 1990 celle-ci parachève officiellement le renoncement à ses illusions adolescentes et à ses velléités transformatrices. Un président socialiste engage notre pays dans une guerre impérialiste aux côtés des Etats-Unis de Bush père et entérine notre alignement économique sur l’Allemagne du chancelier Kohl qui a réussi à faire graver l’ordo-libéralisme dans le marbre des traités européens.

    La France du roman national

    Mais cette période n’est qu’une étape parmi d’autres du long processus par lequel les élites françaises déconstruisent et diabolisent le roman national. Le roman national, c’est cette construction politique et historiographique qui désigne le lent processus de construction de la Nation. C’est cette continuité, parfois mythifiée, souvent effective, qui permet d’établir une continuité, aussi surprenante soit-elle, entre les époques, les régimes et les dirigeants : « De Clovis au Comité de salut public, j’assume tout ! » disait Napoléon. Elle permet aussi de distinguer, par des faits d’armes, des œuvres d’art, des traditions et coutumes, le caractère de la France et des Français.

    L’identité nationale française est faite du refus du fatalisme, de l’inéluctable : à défaut d’incarner l’ordre dominant sur le continent, la France s’oppose à celui-ci, qu’il soit politique, religieux ou économique. La France n’a également eu de cesse de vouloir dépasser ses frontières naturelles : des Croisades à la colonisation, en passant par les multiples expéditions italiennes ou espagnoles, la France conçoit l’universalité comme une généralisation de son particularisme. Sa recherche de grandeur n’est pas exclusivement motivée par une logique d’intérêt national : la France, nation politique par excellence, adjoint du sens à la puissance.

    Les années 1980, ère du vide

    Au début des années 1980, la France semble avoir renoncé à tout : à la grandeur, au sens et à la remise en cause de l’ordre dominant. La droite, divisée, a bradé en à peine dix ans l’héritage gaullien, dépositaire du roman national, et a abandonné le pouvoir à un Parti socialiste qui va s’engager dans la voie de la collaboration avec tout ce qu’il prétendait combattre. Si François Mitterrand est parvenu à évincer Michel Rocard au Congrès de Metz en 1979, celui-ci a gagné la bataille des idées : et, en 1981, ce n’est pas le CERES de Jean-Pierre Chevènement qui va imposer sa ligne politique au gouvernement, mais bien la deuxième gauche, libérale, décentralisatrice et européenne, cette gauche issue de la Fondation Saint-Simon (ancêtre idéologique de Terra Nova), archi-minoritaire dans l’opinion mais dominante chez les élites administratives, culturelles et médiatiques. Le tournant de la rigueur de 1983 scelle la victoire politique de la deuxième gauche : finies la lutte des classes et la dictature du prolétariat, l’utopie panethnique se substitue à l’utopie marxiste. La gauche, qui nous invitait, dès son programme de 1981, à « vivre ensemble avec nos différences », fait le choix délibéré du sabordage de la Nation : sabordage politique via une fuite en avant européiste, sabordage identitaire en promouvant et en organisant immigration de masse et xénophilie d’Etat ; cette xénophilie que Paul Yonnet nomme « socio-centrisme négatif », défini par Pierre-André Taguieff comme étant « la haine de soi, l’idéalisation du non identique, de l’étranger, de l’autre ».

    L’antiracisme, idéologie de substitution

    Et c’est ainsi que l’antiracisme (« le communisme du XXIe siècle », selon Alain Finkielkraut) devient l’idéologie officielle du pouvoir socialiste : à la différence des grandes idéologies, il ne se définit que par ce à quoi il s’oppose. « Le racisme n’étant pas une opinion, l’antiracisme n’en est pas une non plus. C’est une contrainte sociale qui exerce une domination sans partage : que peut-on être sinon antiraciste ? Que peut-on être si l’on est pas antiraciste ? » (Paul Yonnet).

    En novembre 1984, alors que le pouvoir est à bout de souffle après les lourdes défaites enregistrées aux élections municipales et européennes, Julien Dray rencontre le secrétaire général de l’Elysée, Jean-Louis Bianco, et lui propose de créer une organisation de jeunesse destinée à la lutte contre le racisme. Celui-ci l’appuie politiquement et financièrement : SOS Racisme est né. L’organisation sera chargée d’assurer une circulation politique et idéologique entre trois niveaux de la structure sociale : l’appareil d’Etat, les médias, la jeune génération. Le caractère spontané et apolitique de la création de SOS Racisme est un des mythes fondateurs de l’association, dont le recours au mensonge systématique, à la désinformation cynique et à la malhonnêteté intellectuelle (et bien souvent personnelle de ses dirigeants successifs…) est l’une des caractéristiques premières.

    L’ennemi idéologique principal de SOS Racisme ? L’assimilation républicaine, autrefois ardemment défendue par la gauche. L’individualisme républicain, hérité des Lumières, est battu en brèche par une démarche de « trahison généreuse » (Finkielkraut) : la notion de peuple, de communauté est relégitimée dès lors qu’elle est infra ou supranationale. Des groupes considérés comme jusqu’alors inférieurs ou dangereux doivent être réévalués en tant que tels, et ce bien au-delà d’une approche purement relativiste. L’histoire de France est sciemment réécrite de manière à montrer que notre pays a toujours foulé aux pieds les valeurs humanistes dont il se revendique et que l’immigré, victime perpétuelle de nos persécutions, incarne aujourd’hui la figure imposée de notre prochaine rédemption. C’est paradoxalement en renonçant à l’ensemble de son héritage

    culturel et politique que la France se réalisera elle-même : la négation de son identité nationale héritée, comme condition préalable d’accès au statut de meilleur des mondes multiracial, où les valeurs et pratiques culturelles dominantes seront celles des anciens dominés.

    L’effondrement des référentiels intellectuels catholiques et marxistes

    La nouvelle idéologie dominante prospère sur un champ de ruines issu de la « décomposition de l’espérantisme prolétaro-marxiste et de la catholicité française » (Yonnet).

    Dans Le Camp des saints, Jean Raspail avait dès le début des années 1970 identifié l’inconséquence et l’aveuglement de l’épiscopat français face aux phénomènes migratoires. Celui-ci refuse de voir le monde tel qu’il est, mû essentiellement par le conflit et le rapport de forces.

    Raymond Aron écrivait, dans L’Opium des intellectuels, que « les haines de race survivront aux distinctions de classe », les premières, essentielles et identitaires, ayant toujours constitué dans l’histoire un ciment bien plus homogène et bien plus durable que les secondes, incertaines et mouvantes. En signant avec le MRAP, pseudopode bien connu du Parti communiste, un « appel commun à la fraternité » (*) qui dispose notamment que « des mœurs, des cultures, des croyances de diverses origines souhaitent s’affirmer et coexister dans le concert national, sans perdre de leur spécificité. Une partie du corps social national réagit par des réflexes de peur et d’intolérance se traduisant soit par un rejet, soit par une exigence d’assimilation totale. Ces attitudes sont génératrices d’incompréhension, de haine et trop souvent de violence meurtrière », l’Eglise catholique commet une erreur anthropologique et politique fondamentale en se rangeant ainsi du côté de ceux qui l’ont toujours combattue : la coexistence pacifique de différentes cultures au sein d’un même Etat ne pouvant qu’être, au mieux, temporaire et s’achevant systématiquement par un conflit.

    Paul Yonnet explique l’abandon de la classe ouvrière par la gauche au pouvoir par un ressac des événements de mai 1968. Les gauchistes des années 1960 étaient persuadés d’incarner les aspirations révolutionnaires de la classe ouvrière que l’oppression sociale et culturelle de la France gaulliste parvenaient à étouffer. En 1968, les liaisons étudiants-ouvriers furent ponctuelles et minoritaires : ces derniers ne remettaient pas en cause les fondements de l’ordre établi, ils aspiraient à davantage de justice sociale, des revendications égalitaires et non libertaires. Pour Cornelius Castoriadis, « le prolétariat industriel n’a pas été l’avant-garde révolutionnaire de la société, il en a été la lourde arrière-garde » : en votant massivement pour les gaullistes aux élections législatives de mai 1968, l’ouvrier ayant obtenu justice a, à nouveau, plébiscité l’ordre et la Nation, rejetant massivement les imprécations libertaires et post-nationales des gauchistes. Ceux-ci ne lui pardonneront jamais, et n’auront de cesse de vilipender et de mépriser l’ouvrier qu’ils avaient idéalisé sans véritablement le connaître. Dès lors, le prolétaire exploité devient ce beauf raciste et autoritaire que Cabu représentera comme l’antithèse du « grand Duduche », gauchiste idéaliste et généreux auquel le dessinateur s’identifie. Et les gauchistes, recyclés à la CFDT, au PSU d’abord, puis au PS, de prendre leur revanche au début des années 1980 en liquidant délibérément cette classe ouvrière qui les avait trahis en 1968.

    De la Nation à l’identité

    C’est à juste titre que Paul Yonnet conclut que la France est le seul pays où l’utopie antiraciste a envahi l’appareil d’Etat et obtenu une telle influence dans les réseaux de pouvoir. Selon lui, il n’y a plus aujourd’hui de roman national français : la France est réputée avoir manqué constamment au respect des grands principes des droits de l’homme, et elle est même aux yeux de Bernard-Henri Lévy « la patrie du national-socialisme » (sic !). Dès lors, « le roman national (…), stigmatisé par le nouvel ordre mondial, se reconstitue sur le terrain de l’identité culturelle ; moins il y aura de Nation, plus il y aura d’identité française : ethnographique, sacralisée en même temps que muséographiée. Plus les Etats-Nations délégueront de prérogatives à l’UE, plus ils abandonneront de leur souveraineté propre, et plus le concept d’identité prendra d’importance. Ce n’est plus l’existence de la Nation politique qui excite l’agressivité de groupe mais, au contraire, c’est la disqualification et l’impossibilité de la nation politique qui font le lit des identitarismes (nationaux, ethniques ou de communauté) ».

    On ne peut que louer l’analyse visionnaire de Paul Yonnet : en effet, alors que les droites souverainistes, qui défendent la Nation politique, déclinent depuis vingt ans, les thématiques identitaires sont en plein essor. La campagne de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de 2012 en offre une remarquable illustration : la critique en règle de l’euro a initialement constitué son axe principal. Pour pertinente qu’elle fut, cette thématique a enrayé la dynamique électorale de Marine Le Pen : celle-ci avait intellectuellement raison, mais électoralement tort. Pour être resté sur ce seul créneau, Nicolas Dupont-Aignan a réalisé un score médiocre. Mais dès lors que la candidate frontiste a abordé la question du Hallal, emblématique, aux yeux de l’opinion, d’une remise en cause du mode de vie traditionnel français, les intentions de vote en sa faveur sont reparties à la hausse. Tout se passe comme si les Français avaient fait le deuil de leur Nation politique et s’arc-boutent sur la seule défense de leurs us et coutumes.

    A nous de leur rappeler que les combats souverainistes et identitaires doivent être menés de concert pour pouvoir écrire les prochains chapitres de notre roman national.

    Etienne Lahyre
    12/02/2013

    (*) http://www.protestants.org/index.php?id=890

    Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français/ L’antiracisme et le roman national, Gallimard, collection Le Débat, 1993, 324 pages.

    http://www.polemia.com – 15/02/2013