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culture et histoire - Page 1177

  • Sieyès, idéologue de la Révolution

    On sait l'importance d'Emmanuel Sieyès (1748-1836) sur l'œuvre politique de la Révolution et la genèse de l’État jacobin.

    Une carrière déconcertante

    Abbé sans vocation, il semblait appeler à jouer les premiers rôles sous la Révolution après l'étourdissant succès de sa brochure Qu'est-ce que le Tiers Etat ? parue en janvier 1789, qui lui valut d'être élu député aux Etats généraux, cette année même. Mais, s'il poussa les représentants du Tiers à se proclamer « Assemblée nationale » (juin -1789), il fut ensuite dépassé par les événements et, malgré les sollicitations empressées de Mirabeau, il passa au second plan, ne jouant qu'un rôle mineur dans l'élaboration de la constitution de 1791. Inexistant sous la Convention montagnarde, il fut consulté après Thermidor, mais ses avis ne furent pas écoutés et la constitution de 1795 (celle du Directoire) fut fort éloignée de ses idées.

    Malgré tout directeur (1799), il s'accrocha à Bonaparte en qui il vit l'homme fort qui imposerait ses idées. Et, de fait, acteur majeur du coup d'Etat du 18 Brumaire, il fut le principal concepteur de la constitution du Consulat, régime dont il n'avait pas prévu que Bonaparte le transformerait en monarchie impériale en 1804. Ecarté du pouvoir mais rente, anobli et couvert d'honneurs par Napoléon(1) (dont il signa l'acte de déchéance en 1814), exilé comme régicide sous la Restauration, Sieyès mourut à Paris en 1836.

    Une théorie fondée sur un mépris total du réel

    Ses contemporains le perçurent comme une intelligence supérieure qui possédait à peu près seule la science du gouvernement de la Cité.

    De fait, Sieyès a construit une théorie de la politique sur les bases de la seule raison, plus exactement de sa seule raison puisqu'il la tira exclusivement de sa réflexion personnelle, sans égard à l'œuvre des penseurs qui s'étaient illustrés avant lui en ce domaine, ni aux enseignements du passé, ni aux contraintes du présent. Habité par une très haute idée de lui-même, il prétendait révéler au monde les lois de l'« art social », suivant son expression, et déclarait, sous le Directoire : « La politique est une science que je crois avoir achevée », « découverte aussi importante intellectuellement que celles de Descartes et de Newton ».

    Cette prétention d'avoir créé seul une science "achevée" sans référence au réel et à d'autres "savants" prête à sourire. Un savant n'est jamais le seul fondateur et maître de sa science, et il ne l'achève jamais. Sieyès ne peut être considéré comme un savant, d'autant plus que la politique n'est pas une activité scientifique et que la scientificité des « sciences politiques » est bien discutable.

    Selon Sieyès, l'art social « n'est pas la science de ce qui est, mais de ce qui doit être ». Il ne s'agit pas d'expliquer les institutions, mais de les concevoir et de les créer, et ce dans le but « d'assurer et d'augmenter le bonheur des nations », finalité de la politique, distincte de celle de la philosophie morale, qui, elle, vise le bonheur des individus.

    De ce point de vue, la connaissance des hommes et les enseignements de l'histoire ne sont d'aucune utilité à l'homme politique soucieux de donner la meilleure constitution possible à la Cité. Au contraire, ils seraient plutôt pernicieux. La connaissance des hommes ne sert qu'à la pratique de « l'intrigue sociale », de la politique manœuvrière pratiquée par un maître n'ayant en vue que son accès ou son maintien au pouvoir ; elle exploite les vices des gens et les carences des institutions au lieu de chercher à les corriger. Quant aux « prétendues vérités historiques », elles inhibent toute volonté d'édification d'un ordre politique nouveau en persuadant les hommes de l'inanité d'une telle entreprise. La science de la politique doit se fonder sur la connaissance non des hommes, mais de l'Homme, l'Homme, universel, abstrait de tout contexte historique, géographique et culturel, l'Homme de Socrate, de Descartes et des "Lumières". Et c'est sur cette seule base qu'elle doit déployer le plan de son architecture institutionnelle, en vue de la recherche du vrai, du beau et du bien. Sieyès bâtit la cité idéale à la manière de Descartes, en faisant table rase du passé et de toutes les connaissances acquises par l'expérience. En cela, il est le parfait   contraire   d'Edmund Burke. Plus qu'un homme politique, il est un théoricien, et un intellectuel de son temps, celui des héritiers de Descartes et de l'Encyclopédie, celui des idéologues (Destutt de Tracy, Cabanis). Il a confondu la théorie et la science, et la science et la politique, et cela explique son échec (certes relatif) en tant qu'homme politique. Conformément à ses idées, il n'a tenu compte ni du poids du legs de l'Ancien Régime, qui se faisait sentir, ni de l'infinie diversité et imperfectibilité des hommes, fondamentalement différents de cet Homme abstrait auquel il prétendait les ramener. À chaque fois qu'il a dû se colleter aux hommes, il s'est dérobé, les jugeant indignes de son chef-d'œuvre théorique d'art social, et, pour finir, il a été dupé par le plus habile d'entre eux. D'aucuns ont flétri sa prétendue pusillanimité(2). C'est inexact : il n'a pas pâti de son manque de courage, mais de son incapacité à concilier la théorie avec les contraintes bassement matérielles et frustrantes du réel, à accepter de composer, lui l'oracle politique, avec des hommes réels qu'il jugeait vils parce qu'ils n'incarnaient pas l'Homme de sa Cité de rêve.

    Et c'est pourquoi ce personnage singulier eut l'honneur d'ouvrir puis de clore une Révolution qui le relégua dans les coulisses durant son déroulement. C'est pourquoi également, il mérite bien de se voir reconnu comme l'idéologue de la Révolution, voire de toute la France contemporaine, du point de vue politique, cela s'entend.

    Primat de la nation sur l’individu

    Toute la pensée politique de Sieyès repose sur une conception purement abstraite de la nation. La nation est pour Sieyès un corps social préexistant à toute constitution et jouissant de la souveraineté, soit de la maîtrise libre et pleine de son destin. Cela dit, elle est composée d'individus eux aussi libres et maîtres de leur destin. On peut affirmer qu'ici la contradiction n'est qu'apparente dans la mesure où, selon notre penseur, la nation diffère des individus qui la forment à la manière dont un corps composé diffère des corps simples qui le constituent et qui, en lui, perdent leur spécificité, et qu'elle acquiert ainsi une essence propre et une autonomie morale et juridique.

    Une conception restrictive du politique

    Sur cette distinction, Sieyès fonde le régime représentatif qu'il conçoit comme oligarchique et non démocratique. Les électeurs désignent des représentants, qui, une fois élus, se substituent à eux comme incarnation exclusive de la nation, et forment une assemblée législative et un gouvernement indépendants de tout contrôle des citoyens. L'élection est ici une sélection et non une délégation. Et ces députés se distinguent sur deux points des représentants de la nation aux États généraux : tout d'abord, ils ne sont pas les délégués d'un ordre, mais ceux de la nation (dans un cadre géographique ou administratif restreint), et, en conséquence, leur mandat n'est pas particulier, lié à la défense d'intérêts de corps, mais général, se rapportant à tous les aspects de la vie publique. Sieyès distingue absolument le domaine public, celui des intérêts communs des citoyens, qui est l'affaire de la nation et de ses représentants, et la sphère "privée", celle des intérêts particuliers de ces mêmes citoyens. Il ne s'agit pas seulement de la « vie privée », au sens où nous l'entendons aujourd'hui, mais de tout ce qui distingue les citoyens les uns des autres : le métier, la position sociale et le niveau de revenus. En ces aspects de la vie des citoyens, le pouvoir politique n'a pas à intervenir. Sieyès crée ainsi le champ du politique, distinct du social et de l'économique, et le type de Y homme politique, adonné à l'administration et à la gestion des intérêts communs de la nation, indépendamment de ses origines familiales et professionnelles.

    Ainsi, la nation selon Sieyès est une abstraction référant à des hommes abstraits de toute vie sociale réelle et conduite par des hommes tout aussi abstraits. Et cette nation abstraite est diamétralement opposée à la nation concrète - réelle, en fait - composée d'hommes et de femmes de chair et de sang insérés dans un tissu social et professionnel (ainsi que spirituel) dense et déterminant.

    L’origine des vices de nos institutions actuelles

    Ce faisant, il ouvre la boîte de Pandore de toutes les contestations, souvent légitimes qui gangrèneront la vie politique contemporaine.

    À partir du moment où la nation est souveraine, comment admettre que ses représentants, même élus par elle et en son sein, l'en dessaisissent ? D'autre part, si la distinction entre la nation, concept pur qui désigne l'ensemble des citoyens, et ces derniers considérés individuellement, semble pertinente, elle n'en recèle pas moins une tension entre la première et les seconds, qui tourne vite au conflit. Comment des individus libres et égaux en droits, conformément à la Déclaration de Droits de l'Homme et du Citoyen (dont Sieyès fut l'un des rédacteurs) pourraient-ils durablement accepter de n'être rien au regard du tout national, lequel, de plus, n'est qu'une abstraction ?

    Ensuite, la distinction entre domaine public et sphère privée ne peut emporter durablement l'assentiment. En décidant - et ce sans un examen approfondi de la question - de celer tout ce qui ne relève pas du domaine public (les institutions et la conduite de la politique générale) dans le domaine dit "privé" des différences économiques, sociales et autres, Sieyès ouvre la voie à nombre de revendications qui n'existaient guère sous la monarchie d'Ancien Régime où l'existence des corporations, des assemblées municipales et provinciales et des Etats généraux, permettait aux sujets du Roi de régler les problèmes de leur vie sociale et professionnelle et les intégrait ainsi au domaine politique au lieu de les en dissocier. Au Roi la politique générale de la nation, aux corps et aux assemblées et institutions locales et provinciales la gestion des affaires sociales et professionnelles des sujets. Il existait ainsi une continuité naturelle entre la politique générale et la politique sociale (si on peut l'appeler ainsi). Cette dernière, où le Roi n'intervenait que peu, était laissée à la charge des corps compétents et des pouvoirs locaux, mais n'était pas niée en tant que telle. Et elle l'était d'autant moins que les députés aux assemblées locales et provinciales et aux États généraux recevaient un mandat impératif de leurs électeurs restreignant leur compétence aux intérêts particuliers (régionaux et professionnels). Sieyès, lui, la récuse en tant que domaine public, annonçant le libéralisme du XIXe siècle, et, par contrecoup, justifiant toutes les revendications en faveur d'un État jacobin et socialiste réglant lui-même les problèmes sociaux de la nation, en heu et place des corporations abolies sous la Révolution (par la Constituante avec le concours actif de Sieyès). Sieyès, auquel répugnait le contact (oserait-on dire "charnel" ?) avec ses semblables, ne voulait voir les hommes qu'au travers de l'Homme des philosophes, être de raison et individu anonyme seul face à l’État. Cet ami de l'Homme détestait les hommes avec leurs défauts, leurs intérêts personnels ou catégoriels, leur engagement dans la famille, la classe (ou l’ordre), le métier (et le corps de métier), le travail, et leurs différences et oppositions mutuelles. Et ce bien qu'il eût défini le Tiers État comme l'expression d'une nation "complète" active et laborieuse créant ses richesses par son travail.

    Il est d'ailleurs hautement significatif que Sieyès, après avoir identifié le Tiers à la nation et retranché de celle-ci les ordres privilégiés, se prononce pour le suffrage censitaire qui réduit de fait cette nation (concept éminemment politique, rappelons-le) à la seule bourgeoisie en excluant de la participation aux affaires publiques (pourtant constitutive de la citoyenneté) la masse, largement majoritaire, de ceux dont les revenus sont prétendument insuffisants pour y concourir... Ce qui réintègre dans le corps électoral ces privilégiés tenus pourtant par lui comme en dehors de la nation. En fin de compte, Sieyès livre le secret (de Polichinelle, du reste) de la Révolution et des régimes qui l'ont prolongée : le règne d'une bourgeoisie qui étaie sa domination sur une idéologie pseudo-humaniste universaliste et égalitariste. Le résultat de l'action de ce théoricien d'une nation unie a été de diviser la nation comme elle ne le fût jamais, entre les classes sociales, entre les possédants et les autres, entre les partisans d'un État jacobin minimal réduit à ses fonctions régaliennes et ceux d'un Etat jacobin omnipotent intervenant dans tous les aspects de la vie économique et sociale(3), entre les tenants d'un ordre conservateur libéral et ceux d'un socialisme affiché ou rampant.

    Le legs de Sieyès

    Premier Consul puis empereur, Napoléon conserva pour l'essentiel les institutions conçues par Sieyès, mais les étouffa sous son despotisme. Aujourd'hui, ces institutions subsistent en notre Conseil constitutionnel (équivalent approximatif de la Jurie constitutionnaire de notre homme), notre Conseil d'Etat (qu'il avait doté de plus vastes attributions), notre Assemblée nationale (aux pouvoirs plus étendus que son Corps législatif privé de la faculté de proposer les lois et tenu de se prononcer sur les seuls textes émanant du Conseil d’État), et, bien entendu, notre pouvoir exécutif à dominante présidentielle (bien que Sieyès réservât aux chambres l'élection du chef de l’État)(4).

    Sieyès n'a pas composé d'ouvrage didactique. Ce misanthrope froid et solitaire qui rêvait de donner aux hommes le système politique et social idéal répugnait à l'écriture de la même manière qu' il fuyait ses semblables. A vrai dire, ce n'est pas seulement l’écriture qui l'inhibait, mais, plus fondamentalement, la réflexion. Non la réflexion superficielle, faite d'intuitions fulgurantes, mais la réflexion approfondie, sereine, studieuse, nourrie de méditations sur des faits observés et sur les conclusions tirées de ces derniers par les grands penseurs et se déroulant suivant le long cheminement intellectuel tissé de raisonnements complexes et de longue haleine. De cela, Sieyès était incapable, et c'est pourquoi il ne fut pas l'équivalent d'un Bodin, d'un Locke, d'un Montesquieu, d'un Rousseau, ou d'un Kant. Et cela explique que son œuvre écrite se résume à quelques brochures(5) , lettres et textes de discours.

    Non seulement, il n'écrivit guère, mais il ne lut presque rien ni personne et, nous l'avons dit, tira sa théorie de sa seule pensée. Cela aussi le rend typique de ce travers bien français (perversion de notre esprit classique par les "Lumières", les sociétés de pensée et les clubs) qui consiste à bâtir des monuments d'abstraction sur du vide. A lui seul, cet homme révèle toute la vacuité des fondements intellectuels et moraux de la Révolution et des institutions françaises contemporaines.

    Paul-André Delorme Rivarol du 16 juin 2016

    1) Il fut élu à l'Académie des Sciences morales et politiques (qu'il avait grandement contribué a créer et qui semblait faite pour lui) (1795), à l'Académie française (1804), et reçut de Napoléon le titre de comte d'Empire (1808).

    2) Rappelons le jugement insultant émis sur lui par Mallet du Pan ;« Le plus lâche des mortels » et l'appréciation, moins crue, de Talleyrand . « Le seul sentiment qui exerce une influence sur Sieyès, c'est la peur ».

    3) Sous la IIIe République, durant la période 1879-1902, cette opposition entre jacobins conservateurs libéraux et jacobins partisans d'une omniprésence de l’État, fut illustrée par celle qui mettait aux prises les opportunistes, Jules Ferry en tête, et les radicaux autour de Clemenceau et Camille Pelletan.

    4) Des assemblées imaginées par Sieyès, seul le Tribunal (inspiré de la république romaine antique), conçu pour faire connaître au plus haut niveau les doléances du pays, n'a pas d'équivalent dans nos institutions actuelles.

    5) Essai sur les privilèges (1788), Qu'est-ce que le Tiers État (1789). Ces deux textes furent réunis en un livre unique publié par les PUF en 1982, avec une préface de Jean Tulard.

  • DES MAINTENANT : RETENEZ CETTE DATE

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    On en reparle...

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  • L'esprit bourgeois, l'ennemi intérieur

    Note : Nous reproduisons ci-contre un extrait de l'intervention de Maurice Gendre prononcée devant E&R Ile-de-France, lors d'une récente conférence et dont le thème était : Sortir de la société bourgeoise.

    Pour Marx "Les idées dominantes d'une époque n'ont jamais été que les idées de la classe dominante".
    Et c'est à travers "ces idées dominantes" que la Bourgeoisie triomphe. La Bourgeoisie est plus qu'une classe sociale, c'est un état d'esprit.
    A tel point, qu'il n'est pas inutile de parler d'esprit bourgeois ou de bourgeoisisme. L'esprit bourgeois se répand au sein de la société dans sa totalité et envahit le moindre interstice de la vie.
    Il s'infiltre partout.

    Soumission à l'ordre marchand

    L'esprit bourgeois s'illustre par une soumission à l'ordre marchand, une apathie que rien ne vient bousculer, un hédonisme froid et qui n'a d'autre finalité que lui-même, un encouragement perpétuel à l'avachissement psychologique et moral, un nihilisme que l'on pourrait qualifier de cool, une capacité à se rouler dans le conformisme et que rien ne vient jamais contrer.
    L'esprit bourgeois n'envisage des rapports que purement utilitaires entre les êtres.
    Le bourgeoisisme considère la gratuité et le don comme des anomalies.
    Le sens du sacrifice comme une forme de démence qu'il est urgent de soigner.
    L'esprit bourgeois touche tous les êtres. Il  les enrobe. Les domine. Les dompte.
    Personne n'y échappe.
    L'esprit bourgeois est une solution de facilités.
    André Gide déclarait : « Peu m’importent les classes sociales, il peut y avoir des bourgeois aussi bien parmi les nobles que parmi les ouvriers et les pauvres. Je reconnais le bourgeois non à son costume et à son niveau social, mais au niveau de ses pensées. Le bourgeois a la haine du gratuit, du désintéressé. Il hait tout ce qu’il ne peut s’élever à comprendre. »
    L'esprit bourgeois est le plus court chemin pour éviter de se poser toutes questions dérangeantes et perturbantes.
    Le Bourgeois dans sa version post-moderne se distingue par l'hypertrophie du Moi. Le tout-à-l'égo. Le narcissisme des petites différences perpétuellement mis en scène.
    La glorification du vide. Le désert spirituel vu comme un bienfait et comme un horizon indépassable.
    Une propension qui ne se dément jamais à accepter de subir les événements plutôt que de tenter d'en être acteur, ne serait-ce qu'à un très modeste niveau.
    Une résignation désinvolte.  Un détachement qui n'est pas motivé par la volonté de prendre de la hauteur face aux événements, mais un détachement qui est
    uniquement le fruit du regard détourné. Regard détourné qui permet d'éviter d'affronter la Vérité et ainsi  d'en tirer toutes les conclusions.

    Car en tirer toutes les conclusions peut s'avérer rapidement périlleux pour garantir son confort matériel, assurer sa sécurité physique ou son avenir professionnel.

    La société bourgeoise contemporaine s'appuie essentiellement sur trois piliers : le parlementarisme - la Mediasphère et le capitalisme déterritorialisé.

    Parlementarisme
    Le parlementarisme est ce régime de collaboration des pouvoirs entre le corps législatif ( le parlement) et le corps exécutif (le gouvernement).
    Le parlementaire se targue d'être le représentant de la Nation. Je ne vous ferai pas l'affront d'entrer dans le détail sur ladite représentativité de l'Assemblée nationale notamment sur le plan des catégories socio-professionnelles présentes dans l'Hémicycle et plus grave encore sur le poids réel des deux formations politiques ultra-majoritaires au Palais-Bourbon au sein du corps électoral français.
    Mais au-delà de ces considérations, c'est la logique même du parlementarisme qui est frelatée. L'auto-proclamée Représentation Nationale, quand elle ne se contente pas d'être une simple chambre d'enregistrement des desiderata des eurocrates, est soumise à toutes les féodalités. Pression des puissances d'argent, des coteries diverses et variées, des loges, des minorités agissantes, des stipendiés de l'antiracisme, des associations en service commandée pour des puissances étrangères etc.
    En clair, l'indépendance du député, seul élément garantissant prétendument la préservation de l'intérêt national et l'unique souci du peuple français, relève du conte de fées  pour enfants.
    Il n'est pas question de nier ici le dévouement et l'implication réelles d'une poignée de députés qui prennent à cœur la mission qui leur a été confiée, mais ces derniers sont condamnés à faire de la figuration ou du témoignage. Même commentaire pour le Parlement européen qui n'a fait qu'ajouter un échelon supplémentaire à cette logique d'accaparement du politique par une fraction infiniment réduite des citoyens.
    Le "représentant" (mettre donc tous les guillemets nécessaires à ce vocable) s'érige en intermédiaire. Et c'est là tout le problème.
    Le "représentant" au fond de lui-même s'oppose à tout principe fédératif, à tout principe de subsidiarité.
    Le parlementaire est un kleptocrate. Il organise une véritable confiscation du pouvoir et se vautre de par sa situation d'intermédiaire, donc au carrefour de toutes les sollicitations, dans la prévarication et la corruption.
    Le parlementaire vomit toute démocratie directe. Démocratie directe qui tendrait à prouver son inutilité et sa dimension parasitaire. D'où sa haine pour le référendum.

    Mediasphère

    La Mediasphère est "un englobant". A la fois véhicule, réceptacle et prescripteur de données.
    La Mediasphère est le grand hypnotiseur. Le charmeur de serpents. La Mediasphère est la Voix omniprésente, omnipotente et omnisciente du Système.
    Elle en est la manifestation permanente, entêtante, parfois ensorcelante mais le plus souvent terrifiante.
    La Mediasphère est le Big Brother total.
    La Mediasphère c'est Drahi, Joffrin, Plenel, Thréard, Murdoch et leurs comparses. Ce sont les publicitaires. Les émissions de télé-réalité. Cyril Hanouna.

    Evidemment, la Mediasphère est tout cela.
    Mais la Mediasphère c'est aussi et peut-être surtout aujourd'hui l'ensemble des acteurs et des intervenants sur les réseaux dits sociaux.

    C'est le flux "informationnel" ininterrompu traitant sans distinction et sans hiérarchie de la crise d'aérophagie de Kim Kardashian, du teckel nain de Paris Hilton, des problèmes d'érection de Rocco Siffredi, de la dernière gifle infligée à Gilles Verdez, de la bataille pour la reconquête de Falloujah ou du énième plan d'austérité ... de sauvetage pardon pour la Grèce.

    La Mediasphère c'est cette illusion savamment entretenue auprès de l'internaute-citoyen de l'apparition d'une démocratie 2.0.

    Démocratie 2.0 qui n'est souvent rien d'autre que le cache-sexe pratique des nouvelles techniques d'intoxication des services, d'officines de propagande et des nouvelles trouvailles neuro-marketing du Big Corporate.

    Derrière la rhétorique de l'émancipation se cache en fait un nouveau processus d'aliénation. Cette démocratie 2.0 isole les êtres, les rend envieux, dépressifs parfois. Elle les "vampirise", affaiblit leur système immunitaire face à toutes les attaques cognitives dont les réseaux prétendument sociaux se font les relais.

    Le Meilleur des Mondes de Zuckerberg et de ses amis de la Silicon Valley s'avère à l'usage être une terrifiante dystopie. Une contre-utopie présentée pourtant comme la plus emballante et la plus réjouissante des utopies.

    Ajouter à cela, la glorification permanente du Néant et de l'autopromotion putassière (duckface, selfie devant des monuments visités des millions de fois, partage de la photo du dernier plat ingurgité dans un resto médiocre et hors de prix etc.).

    La Mediasphère est le levier qui contribue à engendrer ce Bourgeois Global-Benettonien.

    Un mélange improbable et pourtant cohérent entre le punk-à-chien millionaire Manu Chao et feu "Saint" Steve Jobs.

    Capitalisme déterritorialisé

    Le capitalisme déterritorialisé c'est ce néo-capitalisme ne connaissant ni patrie, ni frontière. C'est un capitalisme mouvant, transnational, insaisissable, anonyme.
    Un capitalisme caché derrière des sociétés-écran. Un capitalisme crypté. Un capitalisme au service d'une ploutocratie mondialisée.
    Ploutocratie se réfugiant elle-même derrière des cénacles discrets voire secrets, des fondations, des laboratoires d'idées.

    Le capitalisme déterritorialisé favorise l'émergence d'un homme "hors-sol". Déraciné. Nomade. Sans qualité.
    Le dernier homme.
    Privé de tout attachement, il a pour seule patrie son "ordinateur portable" (dixit Attali, porte-parole de ce qu'il nomme lui-même l'hyperclasse transnationale privilégiée).

    Les Nations sont devenues de simples hôtels pour cet "homme détaché". 

    Comme les flux financiers, ce dernier homme est transnational. 

    Seul l'hybris le guide. La démesure est son seul credo. La sobriété et la frugalité en toute chose sont pour lui à bannir et à proscrire. Définitivement. 

    Il jouit sans entraves. Il refuse toute forme d'essentialisme et conteste avec la dernière énergie qu'il puisse exister des invariants anthropologiques.

    Ce capitalisme déterritorialisé travaille donc à l'avènement d'un "homme nouveau".
    "Homme nouveau" qui sera post-racial, post-sexué, post-national et au bout du processus post-humain.

    Les fantasmes transhumanistes apportant leur dernière pierre à cette édifice de l'homme déconstruit.

    Maurice Gendre pour le C.N.C.

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/le-cercle-non-conforme/

  • Décès de l’écrivain Maurice G. Dantec

    Dantec n’est plus ! Le romancier Maurice G. Dantec, établi à Montréal depuis 1998, est décédé d’une crise cardiaque samedi dernier [25 juin 2016]. Avec un style particulier s’inspirant de James Joyce, de Céline et de Fiodor Dostoïevski, il avait créé sa marque avec des romans mélangeant science-fiction et polar, parmi lesquels Les Résidents et son premier, La Sirène rouge, récompensé par le Trophée 813 pour le meilleur roman francophone, restent des classiques.

    Dans les dernières années, il était devenu un infréquentable. Catholique assumé, contre-révolutionnaire et critique de l’islam malgré une éducation dans une famille communiste, il avait tout pour déplaire dans un monde littéraire homogène tel que celui décrié par Richard Millet. Ces idées, ils s’en étaient drapés plutôt que de céder aux critiques et les avaient réitérées tout récemment dans une entrevue accordée en avril à la revue conservatrice montréalaise Egards.

    Concernant les attentats de novembre, qu’il avait prédits, il avait tenu à ajouter : « Ensuite, est-ce qu’il y aura d’autres attentats ? Encore une fois, je ne suis pas devin, mais c’est évident qu’il y en aura d’autres. Pourquoi en France ? Parce que, comme on dit sur le ton de la blague : la France et l’Algérie se sont séparées en 1962, mais c’est la France qui a eu la garde des enfants. »

    Impossible de catégoriser cet esprit indépendant qui oscillait entre les identitaires et les néoconservateurs, entre les royalistes catholiques et les nietzschéens, seule l’étiquette de pessimiste semble lui convenir parfaitement – et même là, ne dit-il pas : « Moi, en tant que chrétien, je crois que les bons gagnent à la fin. Mais cette fin, c’est quand ? »

    Rémi Tremblay

    Article paru dans le quotidien Présent daté du 29 juin 2016

    Les livres de Maurice G. Dantec peuvent être
    commandés chez Europa Diffusion.

    http://fr.novopress.info/

  • La guerre occultée

    La guerre a heureusement montré que, malgré les affirmations de ses contempteurs, le peuple français savait s'adapter à des conditions d'existence fort nouvelles pour lui. L'adaptation s'est manifestée, non seulement chez les combattants, acceptant héroïquement l'infernale vie des tranchées, mais encore dans la population civile dont l'initiative chaque jour plus ingénieuse et plus complète répondit à toutes les nécessités de la vie industrielle, agricole et sociale.

    Gustave Le Bon.

    Je ne suis pas bonapartiste mais j'éprouve peut-être comme Léon Bloy une drôle de sensation teintée de mégalomanie lorsque sont évoquées devant moi les énormes campagnes napoléoniennes qui ont permis à la France d'écraser son empreinte belliqueuse sur l'Europe entière. C'est un sentiment irrationnel car il paraît évident que la Révolution et ses suites césariennes ont provoqué des conséquences catastrophiques pour mon pays. Toujours est-il que l'histoire des épopées impériales est grandiose et que j'éprouve un certain plaisir à contempler mes amis grognards qui participent à des reconstitutions de batailles célèbres avec leurs uniformes, leurs canons, leurs poudrières et leurs parlers sans anachronisme. Et puis, après tout, ces comédiens, très franchouillards, rendent hommage à nos ancêtres qui avaient le goût de la grandeur parce qu'il ne leur restait plus que cela. Ces gens aiment faire de la figuration, ils y trouvent un plaisir enfantin et une camaraderie qui font chaud au cœur ; ils ne demandent rien à personne sinon qu'on les laisse tranquilles, attitude parfois irritante lorsque l'on sait que cette troupe de napoléoniens réunis pourrait prendre d'assaut n'importe quel bâtiment ou militer pour la France d'aujourd'hui, pour essayer, au moins, de la sauver du cataclysme, mais ils préfèrent vivre dans leurs rêveries. D'aucuns ont donc été surpris lorsqu'ils ont entendu les propos de différents ministricules de la majorité socialiste affirmant un peu partout que ces commémorations puaient le chauvinisme et l'intolérance et qu'il fallait supprimer toutes subventions aux organisations napoléoniennes. Véritables insultes mélangées à quelques rumeurs firent exploser de colère les grognards mimétiques que l'on toucha en plein cœur comme si on avait réveillé en eux un profond atavisme que le jeu de rôle ne pouvait plus étouffer. Des comédiens redevenus les hommes dignes de leur race devant l'ennemi mortel. C'est là que l'enseignement de Gustave Le Bon revint à moi comme pour éclairer le comportement de ces drôles de zouaves. Non précisément le célèbre Le Bon de la Psychologie des foules mais celui de la psychologie des peuples et des groupes, non celui de l'effervescence de la foule mais celui de la psychologie ancestrale et de l'altruisme "racial". Je me mis alors à consulter la bibliographie complète du fameux barbu et tombai sur Les premières conséquences de la guerre, Transformation mentale des peuples, un ouvrage paru il y a exactement un siècle en 1916.

    Le réveil de l’instinct patriotique

    Un détail suffisamment important pour moi pour que je décidasse de compulser ce livre qui pouvait m'aider à comprendre mieux encore l'ignominie de notre temps illustrée dernièrement par l'insulte des petits politiques en place faite à nos glorieux ancêtres et à la France. Et de m'assurer avec Gustave dès l'entame du livre que le rôle joué par toute la classe politique, ses discours cosmopolites incessants, son individualisme axiologique (posé en valeur suprême), sa volonté de désacraliser notre héritage collectif sont carrément œuvre diabolique tant ils s'opposent à la nature profonde de notre peuple. Il existe un atavisme dans le vieux peuple français ou gaulois qui ne correspond pas du tout aux idées reçues d'ailleurs colportées par des personnes qui ne souhaitent que la disparition de notre pays. Non, les Français ne sont pas des petits égoïstes, des petits jouisseurs jaloux du voisin, des individus insensibles à la communauté, indépendants, ombrageux. Ou du moins, ils ne le sont pas essentiellement et peuvent le paraître quand ils sont soumis à la griserie de croyances nouvelles qui font office de religion comme agissait sur eux le socialisme au début du vingtième siècle ou le nihilisme aujourd'hui. En 1914, les Allemands disciplinés par 50 ans de militarisme et d'industrialisation tous azimuts croyaient, dominateurs, - à l'instar des persifleurs de chez nous qui crânent avec leur antichauvinisme de beauf (les Français incapables, petits, gros, paresseux, disent-ils en éludant l'idéosphère dans laquelle ils vivent...) - que les Français étaient bien trop versatiles, trop inconstants, pas assez courageux pour mener une guerre moderne exigeant une organisation forte, une endurance extraordinaire et un don de soi inimaginable. Les Allemands n'allaient faire qu'une bouchée de ces petits Français qui souffraient, en plus de leur indolence, d'un socialisme qui avait envahi les esprits des prolétaires et des intellectuels résolus à faire la peau de la vieilles patrie réactionnaire. Les Allemands se félicitaient ainsi de l'idée (fort répandue et perçue comme la réalité) selon laquelle les Français auraient été plus contaminés encore que les Russes (qui tomberont en 1917 sous la force du mythe socialiste) par le marxisme (qui est un produit "allemand" et juif). La France devait sombrer, craquer. Elle aurait dû plier durant l'effort puis se briser selon les intellectuels et militaires allemands de 1914. Mais le phénomène "prévu" par l'ogre germain n'a pas eu lieu, bien au contraire. « La guerre nous a surtout montré que l’égoïsme collectif, c'est-à-dire l’égoïsme de la race peut, à certaines heures, devenir plus fort que l’égoïsme individuel. Si puissante en temps de paix, la poussée d'égoïsme individuel s'efface devant les impulsions ataviques représentant l'intérêt collectif d'un peuple. » Telle est, au fond, selon Gustave Le Bon, la grande différence entre la période de paix et celle de guerre. Dans la première, l'homme a une vie individuelle, dans la seconde, une vie collective.

    La résurgence de l’altruisme

    Mais cet altruisme, son intensité, ne dépend pas seulement de la guerre seule. Cette guerre doit s'inscrire dans un contexte particulier pour qu'elle puisse générer ce renouveau sociologique. Les Allemands ont ignoré que 1914 se distinguait fortement de 1870. Sous Napoléon III, l'esprit général était bien différent de celui de 1914. En 1870 nous n'avions guère que des victoires derrière nous. Celles de la Révolution et de Napoléon Ier, puis, sous Napoléon III, nos succès de Sébastopol et d'Italie. Sans doute, le Premier Empire s'était terminé par la défaite et l'invasion, mais tant de triomphes avaient précédé ces catastrophes qu'elles ne pouvaient engendrer aucun sentiment d'humiliation.

    « En 1914, ce n'était plus la victoire, mais la défaite que nous avions derrière nous. Et une défaite qui, pendant quarante-quatre ans, avait pesé lourdement sur notre existence. Chacun sentit que nous étions en présence d'une volonté ennemie décidée à détruire la France et qu'un nouvel échec serait la fin de la patrie, l'esclavage définitif sous le pied de l'étranger. Du plus petit au plus grand, tous le comprirent et cette claire notion créa une mentalité imprévue. »

    Cependant, ce véritable instinct de survie a longtemps été contrarié par des idéologues et des agitateurs, souvent   soudoyés, qui bercèrent d'illusions les Français leur faisant croire que l'irrationalité de la guerre en avait désormais fait une chose impossible. La guerre était perçue comme une chose du passé que le pacifisme postulé avait condamnée, disaient-ils. Beaucoup d'hommes de bonne foi reprirent pour la diffuser comme une religion ce pacifisme que la raison avait validé. Ce pacifisme (plus précisément l'idée du pacifisme) fut en outre défendu par les nouveaux disciples de Karl Marx qui postulèrent que ce n'était plus la patrie qui constituait le lien entre les hommes mais l'identité de condition socio-professionnelle. Les prolétaires d'Europe ne pouvaient se battre les uns contre les autres puisqu'ils étaient frères et que leur ennemi n'était pas l'autre national mais le bourgeois, le patron et le capital. Plus éloquente que les discours, l'expérience a prouvé que cette théorie était fondée sur une méconnaissance totale des lois de la psychologie. Avant d'appartenir à une profession, l'homme « appartient d'abord à une race et la voix de cette race est autrement forte que celle des intérêts professionnels ». On change facilement de profession, on ne change pas de "race". C'est justement pourquoi, dès la déclaration des hostilités, les intérêts de la patrie ont primé les intérêts de classes et s'y sont immédiatement substitués. Le problème principal résidait dans les actions délétères des socialistes et francs-maçons d'avant-guerre qui ont non seulement déboussolé les Français angoissés par une possible Finis Franciae inéluctable (l'Histoire le veut ! La raison le veut !) en les exhortant à faire appel à leur logique de Français pour combattre le bellicisme qui vivait en eux, mais ils agirent également contre les intérêts de la France, contre sa plus élémentaire défense, en affaiblissant sur un laps de temps considérable son armée d'un point de vue humain mais aussi sur le plan matériel. Une catastrophe qui coûta la vie à des centaines de milliers de nos Poilus sacrifiés sur l'autel du fantasme cosmopolite. Il faut ajouter que cet historicisme permit aux démocrates "humanistes" de gaspiller comme ils le voulaient l'argent public au détriment du budget militaire qui fut pendant 15 ans amputé d'au moins 30 % (50 % selon les besoins des services) de la somme qui aurait assuré le fonctionnement normal de la Grande Muette. « Où en, serions-nous aujourd'hui si l'âme des foules n'avait pas vu plus juste que celle des rhéteurs ? ». La déclaration de guerre par l'Allemagne et les menaces de destruction qu'elle impliquait pour la France suffirent à faire revivre instantanément dans les âmes l'idée de patrie, ou mieux, la rirent surgir de l'inconscient, où elle était ancrée, « même chez les pacifistes qui s'y croyaient soustraits ». Mais le mal avait été fait ! Nous manquions de canons, nous manquions d'obus, nous manquions de véhicules à cause de ces dégénérés que la république hors-sol avait laissés croître en nombre et avait aidés de toutes ses forces à s'emparer des postes administratifs et universitaires.

    Le mensonge du pacifisme

    La Gueuse se défendait bien notamment par l'entremise du Général André qui contrôla les catholiques, royalistes et nationalistes de l'Armée en les sacquant littéralement, en les empêchant de s'élever dans la hiérarchie, en les espionnant. Et c'est aussi à ce triste sire que l’on doit les coupes budgétaires dans l'Armée. Défendre la nation, il n'en saurait être question, préserver le pouvoir d'apatrides parasites était sa principale mission. Mais Gustave Le Bon insiste. Si ce sabotage véritable est possible, si même le dévoilement de l'affaire des fiches n'a provoqué aucune émeute, aucune révolte, aucune révolution, c'est bien parce que le mythe du pacifisme avait imprégné un trop grand nombre de cerveaux et que ces méfaits étaient considérés par la plupart des Français de l'époque comme de malheureux effets pervers d'un républicanisme, d'un pacifisme et d'un laïcisme qu'il fallait sauvegarder malgré tout. Le pacifisme n'est pas un deus ex machina. Il n'est pas non plus une création populaire. Il est bel et bien le produit d'une idéologie farouchement antinationale qui fait fi de toutes les réalités du moment et en premier lieu de l'esprit germanique qui meut un peuple énorme se sentant investi d'une mission divine et qu'il est impossible d'amadouer avec l'idée saugrenue d'une paix cosmopolite. Les philosophes allemands ont pénétré le peuple allemand et c'est dans leurs œuvres, notamment dans celles d'Hegel que fut élaborée la théorie du droit absolu de la force, d'où sortit la religion pangermaniste avec ses aspirations d'hégémonie universelle. Dans un autre ouvrage publié peu de temps après la fin de la Grande Guerre, Psychologie des temps nouveaux (1920), Le Bon veut montrer que les Germains n'ont pas changé, ni les élites françaises d'ailleurs toujours pacifistes, toujours convaincues non pas de l'inanité seule de la guerre mais de son élimination naturelle. Bref, rien n'a changé. Les élites françaises prônent déjà la fin de l'histoire quand les Allemands sont, légitimement, remontés à bloc. Les vulgarisateurs ne font d'ailleurs, en Germanie, que répandre les principes pangermanistes (en s'appuyant sur Treitschke et Lamprecht) et enseignent au nom du droit de la force que l'Allemagne doit conquérir de nombreux pays. Alors qu'en France le mythe du pacifisme revint en force grâce à une focalisation intellectuelle sur l'ignominie de la guerre et non sur celle de son impréparation, l'Allemagne reste imperméable à l'individualisme et aux notions de pacifisme et de droits internationaux. Les théories militaires et étatistes de l'Allemagne restent vivantes et sont l'antithèse absolue de la liberté individuelle défendue religieusement par la plupart des autres pays. Le bavardage républicain fut à nouveau le pire fléau du peuple français perturbé dans son instinct de survie. Aujourd'hui, malgré le chaos qui règne en France, les idées de liberté individuelle s'établissent d'abord pour les criminels et les envahisseurs ; le pacifisme absurde ne sert qu'au désarmement matériel et spirituel de la France. Loin de neutraliser les conflits qui viennent, il les rend, assurément, plus dévastateurs pour notre pays et plus meurtriers pour nos enfants innocents que les autorités refusent coûte que coûte de protéger.

    François-Xavier Rochette. Rivarol du 16 juin 2016

  • CASAPOUND, LES FASCISTES DU TROISIÈME MILLÉNAIRE…

    Le nationalisme italien connaît depuis quelques années un bouillonnement militant, intellectuel et artistique très novateur et dynamique, se revendiquant très expressément du fascisme. Il y a sept ans exactement, le 26 décembre 2003, de jeunes militants néo-fascistes romains décidaient de s’emparer d’un bâtiment vide selon la stratégie mise au point par la droite révolutionnaire italienne dite « Occupation Non Conforme / Occupation à But d’Habitation». La « non conformité » est la revendication affirmée du refus du politiquement correct sur tous les sujets, une revendication hissée au rang de véritable philosophie. L’occupation avait pour but de doter la jeunesse néo-fasciste romaine d’un espace ou elle pourrait organiser l’alternative sociale et culturelle dont elle était privée par ailleurs.

    Reprenant à son compte certaines méthodes d’extrême gauche, elle gagna en efficacité et ringardisa définitivement cette dernière. Le bâtiment fut baptisé du nom du poète américain et soutien inconditionnel du régime fasciste italien, Ezra Pound. La droite révolutionnaire italienne en pleine mutation accorda dès lors une attention particulière à la dimension sociale et culturelle de ses luttes et de ses méthodes afin de séduire la jeunesse italienne.

    Un réseau militant jeune et révolutionnaire qui s’étend

    Casapound, devenue une association qui compte en 2010 plus de 2 000 membres encartés, a depuis essaimé dans toute l’Italie ou elle gère des bars, des clubs de sport, des espaces non-conformes. À Rome, Casapound dispose de points d’appui pour diffuser la nouvelle culture fasciste qu’elle a entrepris de forger et qu’elle adapte aux enjeux du XXIe siècle et à la nouvelle génération qui l’accompagne. Les militants peuvent se retrouver au pub le Cutty Sark, tandis qu’une maison d’édition assure la promotion de la production littéraire et doctrinale du mouvement. Son nom, Quatrocinqueuno, est une allusion au roman Fahrenheit 451, œuvre visionnaire d’une société totalitaire conditionnée par une pensée unique reposant sur la destruction systématique des livres. À la tête du groupe de musique phare de Casapound, Zetazeroalfa, Gianluca Iannone, chef du mouvement. C’est lui parmi d’autres qui donne le ton. À ses yeux, les fascistes doivent rompre avec la logique du ghetto, de l’enfermement sur soi, de l’électoralisme et, comme il l’affirme avec force, « prendre d’assaut le présent ». Sa logique, faire vivre plus que jamais le mythe mussolinien, l’aventure fasciste et nationale-révolutionnaire dans le troisième millénaire qui débute. Pour cela, Casapound privilégie quatre axes que sont culture, solidarité, sport et bien sûr politique.

    L’association n’entretient aucun lien avec les partis italiens unanimement jugés inefficaces et boutiquiers. Dans chacun de ces domaines, Casapound a trouvé matière à agir. Le sport est un domaine privilégié, pensé comme une alternative à la médiocrité ambiante et à la drogue. À Lecce, Casapound a créé un club de football, un autre de hockey à Bolzano, une école et équipe de rugby à Rome ainsi qu’une autre de water polo bientôt capable d’atteindre le niveau national. Un club de boxe a vu le jour ainsi qu’un club de parachutisme appelé Istincto Rapace et un autre d’alpinisme, La Muvra. Dans le domaine social, Casapound lutte pour obtenir la préférence nationale dans le logement avec sa structure Mutuo Sociale ou encore vient en aide aux familles italiennes en difficulté comme lors du séisme d’Aquilla. Un des intellectuels majeurs du mouvement, Gabriele Adinolfi, raconte à cette occasion comment une paysanne âgée, alors que le maire démocrate dénonçait l’intrusion des secours fascistes, criait à tout le monde « Je le savais que les fascistes étaient des gens bons ! ». De là a découlé la création d’un service de protection civile volontaire au sein de Casapound chargé d’aider les Italiens les plus démunis.

    Pour une esthétique avant-gardiste

    Dans le domaine artistique, Casapound reprend à son compte dans ses publications et affiches l’esthétique produite par les futuristes italiens des années 1920, alors vitrine esthétique du nationalisme de la péninsule. Place donc aux lignes droites, aux angles, au mouvement comme évocateur de l’action, de l’énergie et de l’audace, mais aussi à tout ce qui peut se référer à l’héroïsme, présenté comme vertu suprême d’un art de vivre quotidien. La librairie Testo di Ferro propose les œuvres des grandes figures intellectuelles et politiques de la révolution conservatrice, de Codreanu à Nietzsche en passant par Mishima. On y trouve aussi des auteurs plus sulfureux comme Hitler et bien sûr Mussolini. Partisan de la théorie du « squadrisme médiatique », c’est-à-dire des actions spectaculaires et éclair visant à diffuser les idées forces du mouvement et à impressionner les ennemis politiques. Casapound a par ailleurs créé son propre mouvement artistique, le turbodynamisme. Une des premières performances de cette école artistique alternative et non-conformiste fut la projection d’immenses portraits de Robert Brasillach par rétroprojecteurs sur les murs de Rome. Les affiches de Casapound qui annoncent les réunions, concerts et autres conférences, sont elles-mêmes conçues selon cette volonté de réactualiser l’esthétique fasciste avec les formes nouvelles qu’offrent les outils de création informatiques. Les formes géométriques les plus tranchées s’exposent en noir et blanc avec les portraits de grands hommes de l’histoire du nationalisme, exaltant la liberté, l’imagination, la camaraderie et l’esprit de lutte. Ces affiches sont désormais monnaie courante dans certains quartiers de Rome et admises par la population. Le terme fasciste y est normalisé grâce à l’effort de propagande de Casapound. La cité des Césars renoue progressivement avec sa grande tradition politique, régénérée par la jeune génération. Désireux d’être le cœur d’une alternative culturelle au conformisme de la gauche et de la droite bourgeoises, Casapound offre à plusieurs artistes des espaces d’exposition ainsi qu’une revue artistique. « Renouveler le rêve », telle est la motivation permanente des militants qui cherchent sans cesse à innover dans tous les domaines. L’art et la musique sont les deux puissants instruments qui rendent possible cette démarche en touchant le plus grand nombre, tout spécialement la jeunesse.

    Intensité intellectuelle, activisme et joie de vivre

    La Casapound refuse d’entrer dans le jeu des partis considérés par l’association comme propres à inhiber toutes les audaces au nom d’une modération électoraliste obligatoire. Libérée de toute contrainte en la matière, sa liberté en est d’autant plus grande. L’association possède un mensuel, L’Occidental. Une de ses figures de proue est Gabriele Adinolfi qui anime le Centre d’études Polaris où il développe des propositions politiques novatrices. Il nous explique sa stratégie comme adaptée à chaque public. Sur son site noreporter.org, il s’attache à la seule actualité là où Polaris traite plus volontiers d’histoire et notamment de celle, revue et corrigée, de la seconde guerre mondiale. Dans ses conférences à Casapound il offre ses conseils de militant fasciste expérimenté, Gabriele Adinolfi ayant dû s’exiler vingt ans en France en raison de son engagement durant les « années de plomb » en Italie. La percée la plus significative du mouvement étant peut-être celle du Blocco Studentesco, la formation étudiante de Casapound, qui rassemble en 2010 près de 40% des suffrages dans les établissements romains et ceci en se revendiquant ouvertement du fascisme. Il est devenu chose courante de voir des jeunes de quinze et seize ans issus des couches populaires échanger le salut romain. Début décembre le Blocco Studentesco rassemblait trois mille personnes dans la capitale contre une réforme de l’Instruction Publique. Sa voix est prépondérante face à une gauche étudiante, communiste ou sociale-démocrate, devenue impuissante à enrayer l’engouement général. La joie, la jeunesse, la créativité sont les principes fondamentaux d’un mouvement charpenté presque militairement. Les rues d’orange et d’ocre de Rome sont désormais battues par une jeunesse brandissant à nouveau fièrement le drapeau noir et revendiquant la prestigieuse mémoire de la République Romaine et de son héritier spirituel qu’est le fascisme. L’extension rapide et organique de Casapound Italia laisse entrevoir des succès idéologiques et culturels spectaculaires au sein de la nouvelle génération italienne. Comme le dit Gabriele Adinolfi, « Jamais depuis ma naissance le fascisme n’a été aussi populaire dans l’opinion publique italienne ». Les récoltes seront à n’en pas douter au rendez-vous pour ceux qui se présentent comme les « fascistes du troisième millénaire » et qui démontrent que l’aube viendra avec une saine, intelligente, moderne et intransigeante radicalité. Longue vie à Casapound et aux camerati !

    Yann Kermadec (Rivarol)

    https://la-dissidence.org/2016/06/16/casapound-les-fascistes-du-troisieme-millenaire/