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culture et histoire - Page 1351

  • Pont Saint-esprit, 1951 : un village empoisonné par la CIA ?

    Le 17 août 1951 à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, le village entier semble pris de folie, après ce qui ressemble à une banale intoxication collective. Pendant une semaine, les scènes surréalistes s’enchaînent, avec des habitants en proie au délire et à des hallucinations.

    A l’issue de cette semaine, on déplore cinq morts et 300 malades, dont une soixantaine internée dans des hôpitaux psychiatriques.

    En 2009, le journaliste américain Hank Albarelli assure dans un livre que le village aurait été victime d’une expérience sur les effets du LSD, menée conjointement par l’armée américaine et la CIA. Une théorie qui prend place aux côtés de l’empoisonnement par l’ergot de seigle ou les mycotoxines dans le catalogue des hypothèses.

    Vent de folie à Pont-Saint-Esprit – Réalisé par Olivier Pighetti (2015)

    http://fortune.fdesouche.com/387035-pont-saint-esprit-1951-un-village-empoisonne-par-la-cia

  • L’effacement des armées de masse va de pair avec l’affirmation du guerrier irrégulier

    Si l’on considère que la période actuelle est principalement caractérisée par la notion de chaos, par l’absence de vue d’ensemble satisfaisante ainsi que la très grande difficulté, voire l’impossibilité d’en dégager a priori une explication plausible, si l’on considère en outre que, les raisons de mourir ont disparu dans les tranchées de Verdun et les rizières du Mékong, alors il devient évident que la définition d’une « cause » pour laquelle se battre est un enjeu majeur de l’art de la guerre au nouveau Moyen Age. 
         En ce sens, l’effacement des grandes croyances collectives (l’idéal national entre autres) va de pair avec celui des armées de masse, de la nation en armes. A l’inverse, on constate l’affirmation du guerrier irrégulier, celui qui se bat en petites troupes et pour une cause qui lui est propre. On assiste en effet à un surprenant renversement du rapport de force : là où la masse représentait l’élément décisif succède la loi des petits nombres, le primat des forces matérielles cède le pas à celui des forces morales et du capital guerrier. C’est dorénavant l’initiative individuelle qui « fait la différence » – celle du partisan, du guérillero, du freedom fighter, du fedayin, du phalangiste, du moudjahidin, voire du contractor ou du shadow warrior des forces spéciales. Le combattant individuel, avec sa motivation et sa cause, domine le champ de bataille depuis la fin du 20ème siècle, au point qu’il devient possible de parler d’un retour de l’initiative individuelle à l’échelon non plus seulement tactique mais stratégique. Comment cela s’explique-t-elle puisque, paradoxalement, la recomposition de l’Etat moderne conduisait notamment à un affaiblissement de la citoyenneté ? Le retour de l’initiative individuelle ne s’inscrit cependant pas dans une logique de citoyenneté, mais dans une logique de « cause », celle nécessaire pour se battre. La notion de combattant individuel telle qu’entendue ici, ne se réfère pas nécessairement à un soldat d’élite, virtuose de toutes les techniques de combat ; elle renvoie essentiellement à deux caractéristiques – le combattant individuel sait pourquoi il se bat et connaît ses chances de succès. 
         Autrement dit, contrairement au soldat d’une armée régulière qui « réclame l’État sans plus le trouver », le combattant individuel considéré ici est un homme libre : il ne dépend pas d’une hiérarchie politique qui lui dicte son devoir et les raisons de son combat. En quelque sorte, c’est un « rebelle » au sens défini par Ernst Jünger. En lui, on retrouve également les traits du « partisan » schmittien ; celui qui se bat pour une cause que l’Etat n’est plus en mesure de lui donner. 

    Bernard Wicht, Europe Mad Max demain ?

    http://www.oragesdacier.info/

  • Des fresques aussi belles qu’à Pompéi découvertes en Arles


    Une fresque avec un visage de femme vient d’être découverte à Arles.
    La tête étonnamment bien conservée présente des lèvres roses et un regard d’une grande expressivité. Le personnage joue d’un instrument à cordes qui ressemble à une harpe. Ce morceau de fresque sur fond rouge vermillon date du 1er siècle avant Jésus-Christ.

    Les fragments de cette musicienne ont été découverts il y a trois semaines lors d’un programme de fouilles archéologiques menées depuis deux ans à Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Plus exactement dans le quartier de Trinquetaille. Ce fragment est la première pièce d’un «véritable trésor archéologique» selon les archéologues du Musée départemental Arles Antique.

     

    Un témoignage essentiel

    Les scientifiques ont en effet récupéré depuis le 1er avril les éléments d’un décor peint sur trois murs de la salle d’apparat d’une riche maison romaine. Ces fresques murales sont datées en Gaule entre 70 et 20 avant Jésus-Christ, soit du IIe style pompéien. Elles n’ont d’équivalent qu‘avec moins d’une demi-douzaine de sites en Italie.

    Source

    http://www.contre-info.com/des-fresques-aussi-belles-qua-pompei-decouvertes-en-arles#more-38704

  • Carl Schmitt et le nazisme partie 3

    Partie 3 – 1935-1936 : l’heure du danger

    Carl Schmitt était moins un rallié tardif au nazisme qu’un juriste d’État ayant, ainsi que tout l’appareil, intégré l’idée fin 1932-début 1933 qu’il fallait se mettre au service des nouveaux maîtres de l’Allemagne. Il le fit d’une manière particulière, puisque c’est sa doctrine originale, et l’autorité dont il jouissait pour l’imposer, qui permit aux nazis d’occuper un État redevenu souverain, à l’intérieur comme à l’extérieur, sans le heurt d’une révolution. Mais peut-être fit-il un pas de trop, hors de l’État précisément, un pas à l’intérieur du nazisme. Nous ne parlons pas de son adhésion au parti, naturelle pour un juriste engagé comme il l’était, mais de la prétention qu’il eut de se mêler de la doctrine du national-socialisme.

    Celle-ci n’a jamais été fixée par Hitler de manière dogmatique ; celui-ci tenait, au contraire, à maintenir toutes les portes ouvertes, ne serait-ce que pour conserver la maitrise de son mouvement. Schmitt a pu croire qu’il y avait un espace libre. Et ce n’est pas un hasard s’il s’est heurté très tôt, non seulement aux juristes théoriciens du droit national-socialiste (théoriciens völkish, comme Otto Koellreuter, ou carriéristes jaloux), mais plus directement à celui qui avait précisément ouvertement la prétention d’être le doctrinaire du parti, à Alfred Rosenberg, puis, dès 1935, de manière bien plus dangereuse, personnellement au chef de l’Ordre noir.

    Heinrich Himmler, dont l’emprise sur la SS et sur la police n’ont cessé de croître depuis juin 1934, va personnellement attaquer Schmitt. On peut en donner quelques exemples. Ainsi, en 1935, à la nomination de Hans Frank comme ministre, Himmler pose comme condition que Schmitt ne soit pas son secrétaire d’État. Ou encore, Schmitt devait donner une conférence devant le grand état-major, la veille on lui dit qu’elle est annulée ; mais le lendemain il apprend que finalement une conférence a bien été tenue, mais par Himmler, qui a entrepris de le démolir.

    Pour Schmitt, la situation devient véritablement intenable à partir de novembre 1936, lorsque des lettres anonymes commencent d’être publiées dans l’organe de presse officiel de la SS, Das Schwarze Korps (10 novembre 1936). Écrites depuis la Suisse par Waldemar Gurian, un ancien élève et ami de Schmitt, ces articles dénoncent ce dernier aux nazis comme un ami de jésuites et de juifs. On sait le danger que peuvent revêtir pareilles accusations dans certains contextes. Fin novembre 36, Himmler enjoint à Franck, qui s’exécute, de retirer à Schmitt son siège au conseil de direction de l’Académie de droit allemand, et sa fonction de directeur du groupe de professeurs de l’association des juristes nazis.

    Le 2 décembre Schmitt écrit directement à Himmler pour protester de son antisémitisme. Mais des lettres menaçantes continuent de paraître, le 3 décembre, puis le 10 suivant. Frank écrit alors au directeur de la revue, Gunter d’Algen. Mais en vain. Le 15 décembre, le Deutsche Juristen Zeitung (DJZ), dont Schmitt avait pris la direction depuis 1934, interrompt sa publication. Une autre lettre paraît le 18 décembre. Schmitt est menacé (« si jamais cet homme entouré de juifs se permet encore de parler ou d’écrire il aura affaire à nous »). Le 21 décembre le directeur de la revue reçoit une lettre de Hermann Goering lui demandant d’arrêter les attaques. La dernière lettre parait le 24 décembre 1936. Finalement les attaques ne cesseront que sur intervention directe de Goering auprès de Himmler.

    Le 18 janvier 37 parait encore, dans les Mitteilungen zur Weltanschaulichen Lage (publication interne des services d’Alfred Rosenberg) un article qui décrit Schmitt comme un réactionnaire, un partisan de l’alliance du trône et de l’autel, lié aux milieux catholiques, ami des jésuites, en relation avec des juifs et manquant totalement de caractère politiquei.

    Schmitt n’exercera plus aucune fonction officielle au sein du régime. Il ne conserve que son titre (honorifique) de conseiller d’État de Prusse (qui lui aurait valu la protection de Goering) et sa charge d’enseignement. Il entre, selon le mot de Gottfried Benn, dans l’émigration intérieure. L’important à noter, pour nous qui ne nous occupons ici que de la légende noire, est que Schmitt soit allé suffisamment loin dans le nazisme pour être repoussé par des nazis authentiques comme Rosenberg et Himmler, et pour, dans le même temps, s’aliéner définitivement le soutien des juristes et des intellectuels bien-pensants.

    Voilà ce qu’il en fut en réalité du nazisme de Schmitt. Espérons que les faits, dont nous n’avons donné ici que des bribes, car ils demanderaient à être précisés, étayés, documentés, permettront d’éviter les idioties du style de celles que l’on entend pour effrayer les étourneaux : « Schmitt voulait exterminer l’ennemi jusqu’au dernier », ou bien « après 36 il s’est brouillé avec Hitler » (dixit Lebreton). Et avant de dire que sa théorie est une théorie barbare, il faudrait peut-être en prendre connaissance, et ne pas se fonder uniquement sur des bruits.

    Épilogue

    Le 30 avril 1945, en pleine Bataille de Berlin, un officier soviétique interroge Schmitt à son domicile. Il est laissé en liberté. Schmitt aurait proposé ses services. Le 25 septembre 1945, la zone où habite Schmitt passe sous contrôle de l’armée américaine. Dès le lendemain il est arrêté et conduit au Centre d’interrogatoire civil de Wannsee. Les Américains perquisitionnent son domicile et réquisitionnent sa bibliothèque.

    Le 31 octobre 1945, Ossip K. Flechtheim, ancien élève malheureux de Schmitt, devenu officier dans l’armée américaine, ordonne, en vertu des arrestations automatiques, son emprisonnement dans le camp de Berlin (Lichterfede Süd). Un an après, la commission d’enquête des Alliés rend un non-lieu et Schmitt est libéré (10 octobre 1946). Il est mis à la retraite.

    Mais de nouveau, le 17 mars 1947, le procureur général Robert M.W. Kempner (accusateur adjoint des Américains au procès de Nuremberg) fait arrêter et enfermer Schmitt dans la prison des hauts fonctionnaires à Nuremberg. Il comparait comme témoin au procès des hauts fonctionnaires de la Wilhelmstrasse. Le 29 mars 1947, Schmitt arrive à Nuremberg. Il retrouve Flechtheim, qui l’interroge. Kempner, le président du tribunal l’interroge deux fois et envisage de l’accuser. Il voit en lui moralement le plus criminel. Lors d’un interrogatoire, Schmitt répond : « Je suis un aventurier intellectuel, c’est comme ça que naissent les pensées et que viennent les connaissances. »

    http://www.egaliteetreconciliation.fr/Carl-Schmitt-et-le-nazisme-33943.html

  • Carl Schmitt et le nazisme partie 2

    Partie 2 – Années 1933-1934 : donner à Hitler les clés du pouvoir

    Nous tentons d’instruire, à charge et à décharge, le cas de Carl Schmitt, un juriste qui passe pour l’un des plus grands, mais dont il est dit qu’il fut un nazi et qu’il consentit, voire qu’il appela, à l’extermination des juifs, perçus comme l’Ennemi. Dans la note précédente nous avons vu qu’avant l’arrivée au pouvoir de Hitler, Schmitt était un adversaire déclaré du nazisme. Nous allons voir ce qu’il en a été après cet accès au pouvoir.

    Le 1er février 1933, lendemain de sa nomination comme chancelier, Hitler prononce un discours à la radio. « Peuple d’Allemagne, dit-il, donne-nous quatre ans ! » Le Parlement est dissout le lendemain. Le NSDAP connaît dès lors un afflux constant de nouveaux membres. Mais ce qui va précipiter le changement de régime, c’est-à-dire l’accès à un pouvoir complet du parti nazi sur l’État, ce que Schmitt qualifiera de Révolution, c’est l’incendie du Reichstag, dans la nuit du 27 février 1933 [1]. Aussitôt présenté comme annonciateur d’un soulèvement communiste, l’incident donne lieu, dès le lendemain (28 février 1933) au « Décret sur l’incendie du Reichstag », qui suspend les droits fondamentaux et permet une vague d’arrestations en masse de communistes et d’opposants de gauche. Et, comme on l’a écrit, dans la nuit même qui suivit l’incendie, « tout ce que l’Allemagne avait compté d’écrivains socialistes, pacifistes, républicains, communistes, progressistes, prenait le chemin de l’exil » (Jean-Michel Palmier).

    Le 5 mars 1933, les élections au Reichstag donnent aux nazis 43,9 %. Le 20 mars, Himmler annonce l’ouverture du premier camp de concentration à Dachau. Enfin, dernier temps, le 24 mars, le Reichstag vote, par 444 voix sur 529, les voix du Zentrum étant obtenues en échange d’une promesse de concordat, la loi qui donne à Hitler pour quatre ans le pouvoir de légiférer sans Parlement.

    Signalons au passage que dès le lendemain de ce vote, le 25 mars 1933, l’Alliance internationale contre l’antisémitisme décide le boycott des marchandises allemandes. En réaction, le 28 mars, décision est prise du boycott des magasins juifs dans toute l’Allemagne à partir du 1er avril. 

    Les clés du pouvoir

    Dans les milieux intellectuels et artistiques, dont Schmitt est proche, même et surtout dans les milieux d’extrême droite, chez des gens comme von Salomon, Jünger, Spengler ou Jorge, il y a un mouvement de recul persistant à l’égard des nazis. Mais enfin le fait est là : aucun sauveur de l’Allemagne, qu’Hitler lui-même attendait, ne s’est présenté. Et ces écrivains, ces poètes et ces intellectuels ne sont ni pacifistes, ni socialistes, ni communistes, ni internationalistes, ni libéraux.

    Schmitt est toujours Professeur de droit public. Il ne va pas cesser de jouer son rôle dans l’Université et dans l’État. Pour Schmitt, continuer de s’opposer aux nazis depuis leur accès au pouvoir n’aurait pas de sens. Nous abordons le point crucial de la carrière de Schmitt. Il va faire plus que simplement collaborer. On doit à la vérité de dire que les choses se déroulent pour lui comme s’il pouvait enfin se mettre vraiment au travail (ou bien est-ce un devoir ?). Il va leur ouvrir les portes du pouvoir, avec un zèle qui l’isolera de ses amis et le rendra suspect même aux yeux des premiers intéressés. Car ce zèle est ambigu.

    Schmitt est introduit par son ami Johann Popitz dans les milieux politiques nazis. En particulier, Popitz le présente à Hans Franck, l’avocat de Hitler au procès de 1924, le futur ministre de la Justice (Gauleiter de Pologne, il sera condamné à mort à Nuremberg), qui le prend sous son aile. Au mois d’avril, Schmitt est nommé à l’Université de Cologne, que Hans Kelsen vient de quitter.

    Schmitt a toujours été hostile au Traité de Versailles, à la Société des nations (SDN) et à la République de Weimar. Il a toujours défendu la nécessité d’une décision qui sorte l’Allemagne de la guerre civile dans laquelle elle est entrée en 1917. D’un certain point de vue, la catastrophe contre laquelle il préconisait l’emploi de la force s’est produite, encore que le pire ait été évité (un pouvoir soviétique) ; mais d’un autre côté, paradoxalement, ce sont les nazis, qui figuraient parmi ceux contre qui il n’avait cessé de préconiser l’emploi de la force, qui finalement l’ont employée selon les indications qu’il avait données. Le Décret du 28 février 1933 et la Loi du 24 mars 1933 sont des mesures qu’il a prédites, si ce n’est préconisées. Il va donc les encenser.

    Le 1er avril 1933, Schmitt signe dans le Deutsch Juristen Zeitung un commentaire de la loi du 24 mars 1933 (qui a donné tout pouvoir à Hitler pour 4 ans), et analyse celle-ci comme une nouvelle Constitution, qui remplace celle de Weimar, et qui correspond à une Révolution allemande, réponse à la Révolution de 1918. Le 7 avril, Schmitt, membre d’une commission composée de Papen, Frick et Popitz, contribue à l’élaboration de la loi sur les gouvernements du Reich (Reichsstatthaltergesetz) qui consiste à dissoudre les parlements des Länder et à les remplacer par des gouverneurs. C’est une mesure typiquement conforme à la doctrine de l’État de Schmitt.

    Lettre de Heidegger à Carl Schmitt du 22 août 1933

    Je suis maintenant moi-même en plein polemos, et l’aspect littéraire des choses doit passer au second plan. Aujourd’hui, je voudrais seulement vous dire que je compte sur votre collaboration décisive ; il y va de la reconstruction interne de toute la Faculté de droit, pour ce qui est de sa mission tant scientifique qu’éducative… Le rassemblement des forces spirituelles qui doivent susciter ce qui est à venir est toujours plus urgent. J’en termine pour aujourd’hui avec mes amicales salutations.

    Heil Hitler !
    Votre Heidegger

    Sur invitation de Heidegger, Carl Schmitt adhère au NSDAP le 1er mai 1933, à Cologne (carte n°2 098 860). C’est aussi le 1er mai 1933 que le NSDAP, devant l’afflux de nouveaux membres depuis le 30 janvier 1933, passé de 1,6 millions à 2,5 millions, décide de ne plus procéder à de nouvelles adhésions à compter du 8 mai. Ce même mois de mai voit la dissolution des syndicats (le 2), et, surtout, dans les villes universitaires, les autodafés du 10 mai. Après l’interdiction du SPD le 22 juin, la dissolution des autres partis dans les semaines qui suivent, la loi du 14 juillet 1933 interdit la formation de parti autre que le NSDAP. Autant de mesures que Schmitt, pourfendeur du pluralisme, ne peut qu’approuver (s’il ne les a pas directement préconisées).

    C’est en juillet 1933 que Goering, sur la suggestion de Popitz, nomme Schmitt conseiller d’État de Prusse. Le Preussischer Staatsrat dont Goering voulait faire une chambre haute ne siègera qu’une fois, mais le titre vaudra à Schmitt la protection de Goering. On lui ouvre la présidence de divers comités.

    En outre, le 20 juillet 1933, c’est la signature à Rome d’un concordat avec l’Allemagne (Eugenio Pacelli, futur Pape Pie XII). Rappelons que Schmitt est catholique. En cette même année 1933, les églises protestantes reconnaissent officiellement Hitler et son régime. On note à l’été 1933 une relative accalmie dans l’antisémitisme, qui durera jusqu’au début de 1935.

    Le 14 octobre 1933, l’Allemagne se retire de la SDN (retrait approuvé à 95,1% dans le plébiscite du 12 novembre) et de la Conférence de Genève sur le désarmement. C’est en octobre 1933 que Schmitt obtient la chaire de droit public de l’Université de Berlin et qu’il entre au conseil de direction de l’Académie allemande du droit.

    Pour clore cette année 1933, on peut dire de Carl Schmitt que sa doctrine a donné aux nazis l’accès à la Légalité. Toutes les mesures prises, que nous venons de citer, internes comme internationales, que ce soit avec ou sans sa collaboration directe, ont pu être prises sans que le régime ne sorte du cadre du droit ; elles ne le furent que grâce à sa doctrine, qui, depuis les années vingt, allait à contre-courant de la marche vers un État parlementaire libéral et intégré au sein d’une organisation mondiale.

    Le nouveau régime a libéré Schmitt de toutes les contraintes qui pesaient sur lui sous Weimar, et réciproquement, il a été à la fois acteur de la déconstruction de cette République honnie, et auteur de l’institution d’un IIIème Reich. Mais n’est-ce pas un phénomène similaire qui se produit à peu près dans tous les rouages de l’appareil d’État, à commencer par la Reichswehr [Armée de la République de Weimar, NDLR], et même, pourrait-on dire, dans la société civile (artistes, savants, intellectuels etc.) ? 

    L’État contre le parti 

    Depuis la fusion de l’État et du parti (1er décembre 1933), de graves tensions se sont fait jour au sein du nouveau régime. Opposition qui se cristallise dans un affrontement entre la SA et la Reichswehr, mais qui ne doit pas masquer d’importantes tensions au sein même du parti entre une « gauche » (révolutionnaire) et une « droite » (réactionnaire).

    On peut interpréter comme une marque de ces tensions le fait que dès le 8 janvier 1934, Schmitt, qui finalement n’a jamais cessé d’être l’homme de la Reichswehr, fît l’objet d’attaques directes dans un article d’Alfred Rosenberg (« Totaler Staat », Völkischer Beobachter, et de nouveau, plus tard, sous la plume d’Otto Koellreuter). Au printemps 1934 le nombre de chemises brunes (SA) s’élève à trois millions. En juin 1934, Hans Franck nomme Schmitt directeur de la plus importante revue juridique, le Deutsche Juristen Zeitung.

    Le 30 juin, c’est « la Nuit des longs couteaux ». Purge sanglante au sein du parti (plus de mille de ses membres sont passés par les armes, suicide de Roehm) qui a lieu avec l’accord du grand état-major. Mais on assassine aussi des généraux hostiles aux nazis, von Schleicher (ainsi que son épouse) et von Bredow, et des opposants du clan conservateur (Kahr). Hitler tient un discours radiodiffusé. Le 13 juillet, il prononce un discours devant le Parlement.

    C’est le 1er aout 1934 qu’en accord avec le grand état-major, dans un climat de terreur, Schmitt publie un article retentissant, qui légitime Hitler en tant que gardien du Droit, tout en espérant que les assassins de Schleicher (dont il a été le conseiller) ne resteront pas impunis. (« Der Führer schützt das Recht. Zur Reichhstagsrede Adolf Hitler vom 13 Juli 1934 », Deutsche Juristen-Zeitung.)

    C’est un article important dans la carrière de Schmitt. Il lui sera reproché, y compris par ses amis, et à cause de cet article il s’aliénera même l’amitié des milieux de la révolution conservatrice. Pourtant, la Nuit des longs couteaux peut se comprendre alors comme un choix de Hitler pour la Reichswehr, c’est-à-dire pour l’État, pour la fonction publique, pour la légalité et contre le parti et la Révolution nationale-socialiste. Il n’y a donc dans l’attitude de Schmitt rien de surprenant compte tenu de ses positions antérieures comme postérieures à l’arrivée de Hitler au pouvoir.

    Le 2 août 1934 meurt le Président Hindenburg. Schmitt est un des signataires, avec entre autres Heidegger, Sombart et Haushofer, de la Déclaration d’août 1934, qui appelle à soutenir Hitler en vue du plébiscite du 19 août 1934, qui doit entériner la loi du 1er août relative au cumul des fonctions de Chancelier et de Président du Reich.

    Déclaration d’août 1934 (extrait)

    « Nous, signataires, représentants de la science allemande et de nombreux scientifiques que nous n’avons pu contacter, exprimons notre confiance en Adolf Hitler comme Führer de l’Etat, qui sortira le peuple allemand du besoin et de l’oppression. Nous croyons fermement que sous son commandement la science recevra le soutien dont elle a besoin pour remplir la haute mission qui lui incombe dans la reconstruction de la nation. »

    Fin 1934, Schmitt commence à être connu en France en tant que Kronjurist du IIIème Reich. En somme, la situation d’alors peut s’interpréter ainsi : les nazis, en accédant au pouvoir, ont déclenché les évènements susceptibles de rendre sa souveraineté à l’Allemagne. Ce que personne avant eux, malgré les crises, n’avait osé faire. Mais, chose faite, c’est-à-dire passée cette Révolution, on a pu croire à une forme de retour à l’ordre, et en tous cas à une rupture consommée entre le parti et Hitler, désormais sous l’entier contrôle de l’appareil d’État.

    (À suivre.)

    Damien Viguier 
    Avocat, docteur en droit 

    Ouvrages de Carl Schmitt parus en français :

    Romantisme politique, Paris, Librairie Valois-Nouvelle Librairie nationale, 1928. 
    Légalité légitimité, Paris, LGDJ, 1936. 
    Considérations politiques, Paris, LGDJ, 1942. 
    La notion du politique - Théorie du partisan, Paris, Calmann-Lévy, 1972 (Flammarion, 1992). 
    Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, Puiseaux, Pardès, 1980. 
    Terre et Mer. Un point de vue sur l’histoire du monde, Paris, Le Labyrinthe, 1985. 
    Parlementarisme et démocratie, Paris, Seuil, 1988. 
    Théologie politique, Paris, Gallimard, 1988. 
    Hamlet ou Hécube, Paris, l’Arche, 1992. 
    Théorie de la constitution, Paris, PUF, 1993. 
    Les trois types de pensée juridique, Paris, PUF, 1995. 
    Du politique. Légalité et légitimité et autres essais, Pardès, Puiseaux, 1996. 
    État, mouvement, peuple - L’organisation triadique de l’unité politique, Paris, Kimé, 1997. 
    La dictature, Paris, Seuil, 2000. 
    Le Nomos de la Terre, Paris, PUF, 2001. 
    Le Leviathan dans la doctrine de l’État de Thomas Hobbes. Sens et échec d’un symbole politique, Paris, Seuil, 2002. 
    La valeur de l’état et la signification de l’individu, Genève, Droz, 2003 
    Ex Captivitate Salus. Expériences des années 1945-1947, Paris, Vrin, 2003. 
    La guerre civile mondiale, essais 1953-1973, éditions è®e, 2007. 
    Machiavel – Clausewitz. Droit et politique face aux défis de l’histoire, Paris, Krisis, 2007. 
    Deux textes de Carl Schmitt, Paris, Pedone, 2009. 
    Guerre discriminatoire et logique des grands espaces, Paris, Krisis, 2011. 
    La visibilité de l’église. Catholicisme romain et forme politique. Donoso Cortès, quatre essais, Paris, Cerf, 2011.

    Notes

    [1] On mesurera l’impact politique sur les masses d’un tel événement, en prenant pour point de comparaison, mutatis mutandis, l’attentat de Charlie Hebdo.