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entretiens et videos - Page 623

  • Que faire pour hâter l’unité de la droite

    Suite et fin de l'entretien avec Guillaume Bernard (lire la partie 1, la partie 2 et la partie 3), auteur de La Guerre des droites aura bien lieu. Le mouvement dextrogyre :

    6a00d83451619c69e201bb09e1b53a970d-800wi.jpgEst-il possible d’identifier les facteurs favorisant ou faisant obstacle à la recomposition de la droite ? Celle-ci ne confine-t-elle pas à un mythe ou un vœu pieux ?

    Les deux principaux partis politiques classés à droite (LR et le FN) n’ont pas encore intégré ce qu’implique le mouvement dextrogyre. Ils essayent désespérément de maintenir leur unité et espèrent réussir à tuer l’autre lors des prochaines échéances électorales pour rester seul à la droite du parti macroniste dont la force procède tant de sa cohérence doctrinale (le libéralisme) que de sa position centrale sur le spectre politique (ses opposants étant dans l’incapacité de s’entendre). LR table sur la perte de crédibilité de Marine Le Pen pour récupérer son électorat, le FN sur la réduction de l’espace politique du premier en raison des ralliements explicites ou tacites à LREM. Leurs logiques sont purement partisanes ; elles sont mortifères ; leurs stratégies ne cherchent qu’à défendre des intérêts de boutique et tentent de paralyser les initiatives de décloisonnement comme celles initiées par Robert Ménard (Oz ta droite), par le collectif Vos Couleurs ou, plus récemment, par Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Frédéric Poisson (Les amoureux de la France).

    LR et le FN ne se préoccupent nullement de favoriser une indispensable et salutaire clarification doctrinale : Laurent Wauquiez tente personnellement un discours comparable à la « ligne Buisson » mais s’associe à des « progressistes » ; Marine Le Pen s’est débarrassée de Florian Philippot mais ne change fondamentalement rien à sa posture. Aucun d’eux ne cherche à mettre en œuvre une recomposition du spectre politique sur la base d’un programme commun que, pourtant, l’essentiel du peuple de droite souhaite.

    Celui-ci peut se résumer ainsi :

    • défense de l’identité (contre l’immigration de peuplement et le multiculturalisme) et du patrimoine hérité (contre l’impérialisme islamique et le constructivisme laïcard) ;
    • restauration de l’autorité de l’État notamment en matière de sécurité (en opposition à la culture de l’excuse) et de contrôle des frontières (par opposition au mondialisme libre-échangiste) ;
    • promotion de la souveraineté nationale (contre l’européisme béat) et de la puissance de la civilisation européenne dans le cadre d’une conception réaliste (et non idéaliste) des relations internationales ;
    • affirmation des libertés, notamment économiques, des corps sociaux (contre l’étatisme bureaucratique et fiscaliste) par l’application du principe de subsidiarité ;
    • maintien d’une conception traditionnelle (que d’aucuns qualifieraient de conservatrice) en matière de mœurs et de bioéthique (contre le progressisme sociétal et le matérialisme dans les relations humaines).

    Alors, concrètement, « que faire » pour hâter l’union des droites ou plutôt, selon vous, l’unité de la droite ?

    La guerre à droite dont j’ai parlé dans mon dernier livre, c’est donc bien la concurrence entre les organisations mais, surtout, l’opposition entre la base et les caciques, la première étant explicitement ou virtuellement classique, les seconds assurément modernes. La refondation de la droite semble donc nécessiter une prise en main de la question par le « pays réel ». Puisque l’offre politique est défaillante, le peuple de droite va sans doute devoir se résoudre à la remplacer. L’ouvrage apparaît sans aucun doute colossal, mais quelques principes élémentaires peuvent y aider :

    apprendre à travailler, en particulier au niveau local, d’une manière transpartisane (retrouver l’élan de LMPT), dans le cadre d’actions concrètes(institution scolaire, association de protection du patrimoine culturel et naturel, œuvre caritative, organisation de jeunesse, mouvement pro-vie, média alternatif, etc.) : d’une part, cela permettra de se connaître et de se reconnaitre dans ses divers talents, cela donnera l’habitude de dépasser les clivages électoraux et, d’autre part, cela rendra palpable pour tous, même ceux qui se désintéressent de la politique, le bien commun ; en un mot, il s’agît de reconstituer le tissus social ;

    - faire confiance au principe de subsidiarité qui a fait et fera naturellement, par les œuvres accomplies, émerger des chefs locaux puis nationaux enracinés ; prétendre souhaiter et attendre un chef n’est qu’un prétexte à l’inaction car si Jeanne d’Arc a pu lever le siège d’Orléans, c’est parce qu’il y avait d’abord des résistants dans la ville ;

    se souvenir qu’il ne s’agit pas de promouvoir des idées rationalistes abstraites mais de dévoiler et de faire prendre conscience à nos concitoyens l’ordre cosmologique des choses que la modernité a cherché à étouffer mais qu’elle ne peut détruire.

    Le mouvement dextrogyre met en exergue que, d’un côté, tout ce qui est « à » droite n’est pas forcément « de » droite et, de l’autre, que la pensée classique (la « vraie » droite) regagne du terrain. C’est donc moins à l’union des droites qu’à l’unité de la droite (actuellement éparpillée entre différents partis) qu’il semble nécessaire et possible d’œuvrer.

    Michel Janva

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  • Sur la droite du spectre politique, il y a ceux qui sont véritablement « de » droite et ceux qui ne sont (pour l’heure) qu’ « à » droite

    Suite de l'entretien (lire la partie 1) avec Guillaume Bernard, auteur de La Guerre des droites aura bien lieu. Le mouvement dextrogyre :

    6a00d83451619c69e201bb09e1b526970d-800wi.jpgLe spectre politique n’est donc pas quelque chose de statique. Vous insistez sur le fait que les forces politiques interagissent les une sur les autres. Comment ?

    C’est la question du positionnement d’une force sur le spectre politique. Albert Thibaudet a, dès les années 1930, mis en exergue que la vie politique française avait été marquée par un mouvement sinistrogyre. Depuis la Révolution, les nouvelles forces politiques son( apparues par la gauche : elles ont progressé (d’où le gauchissement du spectre politique) et ont repoussé vers la droite les organisations et les idéologies qui étaient nées antérieurement. Ainsi, le libéralisme est-il passé de gauche (au XVIIIe siècle) à droite (au XXe siècle) après avoir incarné le centre (au XIXe siècle). Le radicalisme a-t-il glissé de l’extrême-gauche au centre-gauche au cours de la IIIe République. Le conservatisme s’est, petit à petit, coloré de libéralisme au fur et à mesure de la progression du socialisme alors qu’il entretenait, à ses débuts, des liens assez étroits avec la pensée contre-révolutionnaire. Même le catholicisme social (philosophiquement classique) a été comme idéologiquement compressé par la démocratie chrétienne (assurément moderne) à partir du « Ralliement » (1892).

    Or, la pression idéologique venue par la gauche s’est brutalement tarie à partir de la décennie 1990 (chute du mur de Berlin, effondrement de l’Union soviétique). Cela ne signifie pas que la gauche ne domine pas encore dans les milieux culturels et médiatiques. Mais les idées qu’elle préconise (multiculturalisme, théorie du genre) sont déjà anciennes : elles datent des années 1970. Désormais, dans le contexte d’une mondialisation (financière et culturelle) incontrôlée ou encore d’une construction européenne en perte de repères (géographiques et culturels), la pression idéologique vient par la droite, ce que j’ai proposé d’appelé le « mouvement dextrogyre » : d’une part, les idées de droite se déploient à nouveau dans l’espace public (ce qui conduit le peuple de droite à se radicaliser ou se « redroitiser ») et, d’autre part, les idéologies glissent sur le spectre politique mais dans le sens inverse du courant précédent, c’est-à-dire de droite vers la gauche. Le libéralisme qui s’était retrouvé sur à droite dans le contexte du développement des idées socialistes (révolution bolchévique, affrontement Est-Ouest) est en passe de retourner à gauche. Il retrouve son unité intellectuelle (ce qu’a défendu Jean-Claude Michéa) par la réunification du libéralisme culturel (qui était resté à gauche) et du libéralisme économique (qui s’était déplacé à droite).

    La ligne de démarcation entre la droite et la gauche est donc relative à une situation historique mais elle ne serait pas philosophiquement subjective. Est-ce bien ce que vous défendez ?

    Effectivement. La position de la ligne du clivage entre la droite et la gauche a changé au fil du temps. Pour autant, il a toujours été possible de déterminer, sur le spectre politique, un côté droit et l’autre de gauche. Trois étapes, ayant chacune un critère de distinction, peuvent être identifiées. Au XIXe siècle (jusqu’à la mise en place de la IIIe République entre 1875-1879), le régime politique permettait de distinguer la droite (favorable à un exécutif fort) et la gauche (partisane d’un régime parlementaire). Au XXe siècle (jusqu’à la fin des Trente glorieuses), l’étendue de la fonction de la puissance publique a servi de curseur, la droite limitant le rôle de l’État aux fonctions régaliennes tandis que la gauche favorisait son intervention économique et sociale. Or, depuis une trentaine d’années, les forces communistes se sont effondrées tandis que le parti socialiste a, officieusement, fait son Bad-Godesberg. Le critère économique n’est donc plus significatif pour distinguer droite et gauche : entre le socialisme et le libéralisme (en passant par la social-démocratie et le social-libéralisme), les différences sont plus de degré que de nature. Libéralisme et socialisme reposent tous deux sur la même hypothèse (moderne) du pacte social, le premier affirmant que les individus doivent avoir la priorité parce que, sans eux, il n’y aurait pas de société, le second considérant que cette dernière, constituée par l’addition des individus, doit primer sur ceux-ci puisque le tout est plus grand que les parties.

    C’est désormais dans un autre domaine que droite et gauche peuvent être véritablement distinguées : dans la lignée de mai 68, elles s’opposent sur les questions identitaires (immigration, multiculturalisme) et civilisationnelles (mœurs, bioéthique). Ainsi, les corps sociaux (qu’il s’agisse de la famille ou de la nation) sont-ils des manifestations d’un ordre naturel des choses supérieur à l’homme (position classique) ou des constructions artificielles produites exclusivement par la volonté humaine (vision moderne) ? L’affrontement entre ces deux philosophies – le réalisme et l’idéalisme –, que d’aucuns auraient pu croire dépassé et relégué aux oubliettes de l’histoire, est de nouveau crucial. Dès lors et, ce, bien avant l’émergence et la victoire d’Emmanuel Macron, la ligne de fracture passe au sein du camp classé à droite, non pas entre les partis mais, de manière sinueuse, en leurs seins. Sur la droite du spectre politique, il y a ceux qui sont véritablement « de » droite et ceux qui ne sont (pour l’heure) qu’ « à » droite, l’avenir de ces derniers étant, sous la pression du mouvement dextrogyre, de retourner à gauche.

    A suivre

    Michel Janva

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