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géopolitique - Page 976

  • Les Syriens vivent sous la terreur des « rebelles » ! Manuel Ochsenreiter, reporter

    Manuel Ochsenreiter est reporter et rédacteur en chef du mensuel « Zuerst ! » (« D’abord ! ») qui se définit comme « le magazine des intérêts allemands ». On pourrait classer ce journal quelque part entre « Minute », « Valeurs actuelles » et « Éléments ». Il a effectué cette année plusieurs reportages en Syrie (à gauche sur la photo en Une). Revenant de Damas quelques jours avant les accusations d’attaque chimique par le régime de Bachar El-Assad, il nous livre un témoignage particulièrement intéressant. Et Manuel Ochsenreiter n’a manifestement pas vu les mêmes choses que nos nombreux confrères qui savent tout… sans y avoir mis un pied.

    Minute : Vous étiez encore il y a quelques semaines à Damas. Que pouvez-vous nous dire de l’ambiance générale ? Comment la population vit-elle le conflit ?

    Manuel Ochsenreiter : La situation générale paraît assez stable, en tout cas bien plus stable que ce que la plupart de nos médias rapportent. Les habitants de Damas vivent leurs vies et continuent d’aller travailler par exemple. Mais ils font tout cela sous la menace permanente des violences, des crimes et de la guerre.

    A Damas, vous pouvez en tendre les bruits de la guerre au loin. Il y a des affrontements dans plusieurs banlieues de la capitale syrienne. Parfois un obus de mortier tombe quelque part dans la ville, en général dans un quartier chrétien ou un secteur où vivent des Alaouites. Les « rebelles » s’efforcent de maintenir ces zones sous le feu des bombes. Dans la nuit, on peut parfois entendre des accrochages ou des tirs de mitrailleuse. Ce la arrive surtout lorsqu’ils tentent d’entrer dans la ville et attaquent des check-points de l’armée syrienne.

    Mais à Damas ce qui semble encore plus dramatique que la guerre elle-même, ce sont ses effets collatéraux, avec le développement de la criminalité et en particulier des enlèvements. Les bandes locales de criminels profitent de la guerre dans le pays pour kidnapper des gens. Ils « revendent » ensuite leurs victimes aux groupes rebelles qui essaient d’en tirer profit auprès des proches. Parfois les personnes kidnappées sont relâchées… et parfois elles disparaissent.

    Les habitants de Damas sont terrorisés par cette situation. Quasiment tous mes amis ou collègues syriens ont au moins une histoire d’enlèvement dans leur famille ou leur entourage. J’ai eu l’occasion de parler avec un homme qui avait été enlevé par des terroristes et son histoire était déchirante. Il a passé plus de trois semaines entre les mains d’un groupe criminel islamiste se con sidérant comme « l’opposition armée » au pouvoir. Les fameux amis de l’Occident l’avaient kidnappé uniquement pour obtenir une rançon, sans aucun autre motif politique. Il y a des régions de Syrie où cette situation est encore pire, mais là-dessus vous n’entendrez pas de protestations chez les politiciens occidentaux.

    « L’Armée syrienne libre n’existe pas ! » : Que voulez-vous dire ?

    Les habitants d’Alep souffrent du siège imposé par la prétendue « opposition ». Les terroristes ont établi un « blocus de la faim » autour de la ville et ce sont deux millions de civils qui souffrent sous leur joug. Les habitants qui essaient de fuir se font tirer dessus, des bus sont attaqués et – là aussi – des gens sont enlevés. La route pour sortir d’Alep est devenue une véritable route pour l’enfer. Dans la ville d’Al-Raqqa, les « rebelles » ont établi une sorte de petit Etat islamiste et font vivre les habitants dans la terreur.

    A Damas, on nomme Al-Raqqa « little Kandahar » (en référence à la capitale spirituelle des talibans d’Afghanistan). Il y a quelques semaines, un massacre de Kurdes y a été perpétré : près de 450 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été massacrées par des combattants islamistes. Dans le secteur autour de Latakia, les islamistes ont attaqué plusieurs villages et tué des centaines de civils. Le camp occidental continue de se taire. Manifestement, ni Washington, ni Paris, ni Londres ne voient de raisons de freiner leurs amis armés qui – eux – mènent la guerre au peuple syrien.

    Avez-vous rencontré des hommes de l’Armée syrienne libre ? Comment est-elle organisée ?

    Non, je n’ai pas rencontré de combattants de l’ASL. Mais votre question illustre parfaitement la façon dont l’opinion occidentale perçoit la situation sur le terrain syrien. Nos politiciens et médias traditionnels nous donnent l’impression qu’il y aurait les rebelles « gentils et modérés », avec l’Armée syrienne libre, et les rebelles « méchants et extrémistes », les groupes de combattants islamistes liés à Al-Qaida. La logique occidentale devient donc : « Nous devons armer l’ASL pour qu’elle domine le champ de bataille. » Mais cette idée ne peut pas fonctionner.

    « Je n’ai pas vu l’ombre d’un graffiti réclamant la démocratie » : Pourquoi ?

    Parce que l’Armée syrienne libre n’existe pas ! Nous sommes simplement face à des milices utilisant ce label « ASL », mais le terme d’armée est faux : il n’y a aucune structure ni hiérarchie. Même les communiqués de presse de la fameuse ASL se contredisent. J’ai parlé à de nombreux témoins de la guerre, à des réfugiés et à des soldats de l’armée syrienne régulière. Tous rapportent la même chose : sur le terrain les unités de l’ASL et les « extrémistes » coopèrent étroitement. Des groupes de l’ASL recevant des armes des Etats étrangers n’hésitent pas à les revendre à des extrémistes comme le Front Al-Nosra. Dans des zones contrôlées par l’ASL, ces groupes « modérés » installent des tribunaux coraniques, jugent selon la charia et n’hésitent pas à persécuter les chrétiens, les alaouites, les chiites et même les sunnites jugés désobéissants. Les unités de l’Armée syrienne libre se comportent avec la même agressivité et le même sectarisme que les « extrémistes ».

    A Damas, j’ai rencontré des réfugiés qui étaient pourtant des sunnites conservateurs. Ils avaient fui des zones contrôlées par les rebelles. La population fuit ces zones que l’on nous présente pourtant ici comme « libérées » pour rejoindre des secteurs sous contrôle gouvernemental, c’est-à-dire « dictatorial » selon le vocabulaire employé en Occident.

    Le commandant rebelle que l’on a vu dévorer les organes d’un soldat syrien était un « modéré », pas un « extrémiste »… Après avoir coupé le foie et le cœur sur le cadavre, il a été filmé en tenant les organes dans sa main et s’est adressé à la caméra : « Je jure devant Allah que nous allons manger vos cœurs et vos foies, vous les soldats de Bachar le chien. »

    Une brigade s’appelle « Brigade Oussama Ben Laden », elle appartient au bataillon « Souqour Dimashq » (« les faucons de Damas ») de l’Armée syrienne libre.

    La vérité est simple, peut-être trop simple pour que nos médias traditionnels la relaient : vous ne pouvez pas livrer des armes en Syrie et prétendre que ces armes ne seront utilisées que « pour la bonne cause ». Si vous prétendez cela, alors vous êtes soit un crétin, soit un menteur, soit les deux à la fois.

    Quand j’ai visité des secteurs contrôlés par l’ASL, je n’ai pas vu l’ombre d’un graffiti réclamant la démocratie, la liberté, ou les droits de l’homme. Au lieu de ça, tous les graffitis de l’ASL « informaient » la population sur l’identité des « chiens » : les chrétiens, les alaouites, le président Al-Assad et son épouse Asma et, en fait, tous ceux qui n’embrassaient pas la « révolution ». A côté de ces slogans était peinturluré le drapeau rebelle noir-blanc-vert et ses trois étoiles rouges. Ce sont ces zones que les habitants fuient pour rejoindre celles qui sont sous contrôle de l’armée syrienne. Là encore, les médias occidentaux ont omis d’en parler.

     Des terroristes venant de plus de 25 pays !
    Dans plusieurs entretiens et articles, vous avez parlé de « guerre par procuration » en Syrie. Il ne s’agit donc pas pour vous d’une révolution ou a minima d’une guerre civile ?

    C’est l’un des points cruciaux. Jusqu’ici, les médias occidentaux évoquent une « guerre civile » faisant rage en Syrie. Les politiciens de leur côté parlent de l’armée syrienne – « les forces d’Assad » comme ils l’appellent – faisant la guerre « contre la population ». Mais la réalité est très différente.

    Des milliers de mercenaires et de djihadistes venant du monde entier combattent l’armée syrienne régulière. Des terroristes venant de plus de 25 nations sont actifs en Syrie ! Les autorités de l’Union européenne estiment que plus de 1 000 combattants viennent de pays de l’Union et plus de 100 terroristes arrivés d’Allemagne se battent actuellement en Syrie [Ndlr : les chiffres sont sensiblement les mêmes pour la France comme l’a confirmé Manuel Valls sur Europe 1 dimanche]. A Alep, ce sont des djihadistes tchétchènes qui sont à l’œuvre.

    En juillet, les talibans afghans ont annoncé que leurs soldats venaient d’arriver en Syrie. Lorsque j’ai visité des soldats blessés à l’hôpital militaire de Damas l’an dernier, ils me disaient : « Le monde entier nous combat ! » Et ces mêmes soldats m’ont évoqué des insurgés ne parlant même pas arabe.

    Nous ne devons pas oublier ce point important : les insurgés ne respectent généralement aucune loi dans la guerre. Par définition, ce sont des criminels. Ils tuent, torturent et terrorisent les populations. Même la pire des armées régulières possède des ressorts et des mécanis mes pour freiner les criminels de guerre dans ses propres rangs. Des standards sont fixés quant au sort des prisonniers ou à la préservation des civils et de leurs biens. Mais aucun mécanisme de cette sorte n’existe dans des groupes comme ces milices liées à Al-Qaïda. Ce sont les « bulldozers » de la guerre, et les pays qui les soutiennent peuvent ainsi se présenter comme « innocents ».

    Venons-en au sujet brûlant : Pensez-vous que le régime de Bachar El-Assad soit à l’origine des attaques chimiques qu’on lui reproche ?

    Les Syriens vivent sous la terreur des « rebelles » ! Manuel Ochsenreiter, reporter

    Diversion

    Ces allégations sont profondément discutables. L’utilisation d’armes chimiques ne présenterait aucun bénéfice militaire ou politique pour l’armée syrienne. C’est en revanche dans l’intérêt des forces « rebelles » et de tous ceux qui espèrent une intervention pouvant faire avancer leur combat contre le pouvoir.

    J’ai suivi la conférence de presse de John Kerry au cours de laquelle il a annoncé détenir la « preuve » que le gouvernement syrien avait perpétré cette attaque chimique. J’ai lu en détails le document « Rapport du gouvernement des Etats-Unis sur l’utilisation par le gouvernement syrien d’armes chimiques le 21 août 2013 ». Vous pouvez le lire en cinq minutes, le document fait quatre pages. Je suis rédacteur en chef d’un magazine : si un auteur osait entrer dans mon bureau avec un article de ce genre, je serais forcé de lui demander s’il ne s’est pas trompé de métier ! Ce rapport est ridicule.

    Celui qui prétend trouver dans celui-ci la preuve d’une attaque chimique par le gouvernement syrien la trouverait alors tout autant dans le manuel d’une machine à laver.

    Propos recueillis par Lionel Humbert http://fr.novopress.info

    Article de l’hebdomadaire “Minute” du 4 septembre 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

    Les Syriens vivent sous la terreur des « rebelles » ! Manuel Ochsenreiter, reporter

  • « Il ne faut jamais exclure l’hypothèse de la bêtise »

    C’était un appel au secours, un cri d’incompréhension, un parmi les milliers d’autres qui nous sont parvenus, émanant de Syriens de toutes confessions et minorités. «Je voudrais que tout le monde sache qu’en soutenant les révolutionnaires, l’Occident soutient les extrémistes religieux et aide à tuer les chrétiens». « Avec cette attitude, il ne restera pas un seul chrétien dans ces zones ». Telle était la réaction début juillet du responsable régional des franciscains de Syrie, Halim Noujaim, après l’assassinat par des miliciens islamistes du père François Mourad, dans le couvent de Ghassanieh, près de Homs, qui a été entièrement pillé et en partie détruit. De simple dégâts collatéraux pour Washington qui il est vrai, n’avait pas hésité à tuer des centaines de milliers d‘enfants irakiens dans les années 90 pour punir par un embargo inhumain un  pays alors dirigé par Saddam Hussein.

    Fort du soutien de la plupart des dirigeants républicains et démocrates,  Barack Obama (prix Nobel de la paix!) a obtenu mercredi, le feu vert de la commission des affaires étrangères du Sénat qui a voté le projet de résolution autorisant  une agression militaire en Syrie.

    Devant la Chambre des représentants, le secrétaire d’Etat John Kerry a précisé que les principaux soutiens aux  extrémistes salafistes que sont l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, mais aussi la Turquie et plus largement des pays de la Ligue arabe, pourraient constituer l’ossature d’une  coalition internationale pour briser le régime laïc syrien et épauler Paris et Washington.

    M. Kerry a montré à cette occasion toute l’étendue de sa mauvaise foi et le fait qu’il ne reculera comme ses prédécesseurs devant aucune énormité. Il n’a pas craint d’affirmer qu’il n’y avait  aucun d’éléments d’al-Qaida dans les rangs de l’opposition syrienne…pointés pourtant notamment par les rapports des services de renseignements américains ! John Kerry est un « menteur » a constaté Vladimir Poutine. Difficile de lui donner tort.

    Si MM. Hollande et Fabius semblent bien disposés à jouer les supplétifs de Washington, les atlantistes de l’UMP ont du mal à être audibles…et crédibles, loin de l’unité et de la cohérence du FN dans son  analyse de la crise syrienne.

    Le Monde le rapportait, « l’UMP ne sait plus où elle habite sur le dossier syrien. Guidée par des considérations tactiques –qui pourraient la pousser à voter NON à une intervention de la France en cas de vote à l’Assemblée, NDLR-, elle apparaît comme déboussolée. Son incapacité à parler d’une seule voix illustre l’absence de leadership à la tête d’un parti de culture pourtant bonapartiste, habitué à s’aligner sur la position de son chef. »

     « Sa difficulté à adopter une position claire met également au jour un manque de repères en matière de politique étrangère. Depuis le 27 août, date à laquelle François Hollande a exprimé sa volonté de punir le régime de Bachar el-Assad, l’UMP a ainsi affiché ses divisions sur l’opportunité d’une intervention militaire et sur la nécessité d’un vote préalable au Parlement. »

    Alors que débute aujourd’hui dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg le sommet du G20, Vladimir Poutine incarne plus que jamais aux yeux de millions d’Européens la voix de la sagesse et de la mesure.

    Il expose les conséquences potentiellement « catastrophiques » d’une attaque  sur la Syrie et défend  une résolution politique et non militaire de ce conflit, les principes du droit international, notamment celui de non-ingérence. Depuis mars 2011, la Russie, en tant  membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a fait usage à trois reprises de son droit de veto  pour bloquer des projets de résolution qui auraient condamné le régime de Bachar el-Assad.

    Hier, le chef de l’Etat russe a immédiatement réagi aux manœuvres bellicistes en cours dans les allées du pouvoir à Washington en estimant que le blanc-seing donné par Congrès américain à une  attaque contre la Syrie équivaudrait « à une agression.  Car tout ce qui se fait en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU est une agression, à l’exception de l’autodéfense. Mais la Syrie, comme on sait, n’attaque pas les Etats-Unis, il ne peut donc être question de défense ».

    En signe d’apaisement  et de bonne volonté, la Russie a pourtant suspendu ses livraisons d’un matériel sophistiqué à Damas, des batteries sol-air S300. Le président  russe a par ailleur  subordonné son accord à une intervention militaire à la preuve de l’implication du régime syrien dans l’horrible massacre au gaz toxique du 21 août dernier.

    « Pour nous convaincre, a-t-il déclaré, il faut nous présenter une étude approfondie du problème et l’existence de preuves évidentes permettant d’identifier ceux qui ont utilisé des armes chimiques ainsi que la nature des armes employées. Après cela, nous serons prêts à agir de la façon la plus résolue et la plus sérieuse possible. »

    M. Poutine, fort des informations recueillies par  les services de renseignements russes, serait-il a priori certain que lesdites preuves évidentes n’existent pas…ou qu’elles accusent les milices djihadistes ?

     Dans un entretien accordé hier à l’Afp, le vice-ministre des affaires étrangères syrien, Fayçal Moqdad, s’est félicité de « la position russe », «une position responsable (d’un pays) ami qui est en faveur de la paix ».

    « La Syrie, en vertu de la charte de l’ONU, aura le droit de riposter (à l’ agression militaire en préparation, NDLR) qui n’a aucune justification dans le droit international » a-t-il indiqué. Il  a déploré que Paris soit « inféodé » à Washington. «Il est honteux que le président français (dise) si le Congrès (des Etats-Unis) approuve, je vais en guerre, sinon je n’irai pas, comme si le gouvernement français n’avait pas son mot à dire »

    « Si la France veut soutenir al-Qaida et les Frères musulmans comme elle les a soutenus en Égypte et dans d’autres régions du monde, elle va vers un échec en Syrie », a répété le diplomate syrien.

    Zemanta Related Posts ThumbnailPour celles et ceux qui n’en ont pas encore pris connaissance, nous publions ici à la suite de cette  article l’entretien de Bruno Gollnisch sur la Syrie mis en ligne le 3 septembre  sur le site d’Egalité & Réconciliation.

    Alimuddin Usmani : Bruno Gollnisch, les événements à propos de la Syrie s’accélèrent. Le président François Hollande a annoncé qu’une action militaire en Syrie serait prise « dans les prochains jours ». Il a également reçu jeudi dernier, en grande pompe, l’opposition au gouvernement syrien à l’Élysée. Quelle est votre réaction face à cette prise de position ?

    Bruno Gollnisch : Je pense qu’il s’agit d’une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures d’un État souverain, dont naguère encore nous recevions le chef d’État, Bachar el-Assad, à la tribune officielle du 14 juillet.

     Il y a dans ce pays une guerre civile, alimentée pour une bonne part depuis l’étranger. Le principe de non-ingérence, principe traditionnel du droit international, peut paraître insatisfaisant. Il a pour but cependant d’éviter les contagions et les extensions de ce genre de conflits.

    Un peu comme le commandant d’un navire qui ferme les portes étanches d’un compartiment gagné par l’incendie ou par une voie d’eau, afin d’éviter que le sinistre n’entraîne tout le navire à sa perte. Les atteintes portées à ce principe ces dernières années, toujours sous des prétextes « humanitaires », ont révélé des conséquences désastreuses la plupart du temps. Il faut en revenir au droit international classique, et rompre résolument avec cet interventionnisme brouillon dont les peuples ne mesurent, ni les causes réelles, ni les conséquences possibles.

    Alimuddin Usmani: L’inquiétude d’une intervention militaire américaine gagne une grande partie de la population syrienne. La population chrétienne craint notamment qu’un changement de régime n’amène à une catastrophe d’une ampleur sans précédent. Quel message souhaitez-vous adresser aux chrétiens de Syrie ?

    Bruno Gollnisch : Le régime syrien respectait indiscutablement leur liberté. Peut-être cependant leur faut-il éviter de paraître liés à un camp dans cet affrontement. Je crois qu’il leur faut être prudents. Je salue leur courage et leur volonté de garder leur foi et leur identité. La disparition des chrétiens du Proche-Orient (Syrie, Irak, Liban, Jordanie, Égypte, etc.) serait un recul en arrière de trois mille kilomètres pour notre civilisation.

    Alimuddin Usmani : Les critiques de la politique extérieure américaine pensent que les États-Unis mènent des guerres d’agressions sous prétexte de venir en aide à la population civile. Un document datant de 1983 démontre que Washington a assisté Saddam Hussein dans le gazage des troupes iraniennes. Où vous situez-vous par rapport à ces critiques ?

    Bruno Gollnisch : Il est certain que les Occidentaux ont puissamment aidé l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. Dans le cas présent, en Syrie, il semble bien qu’il ait été fait usage de gaz Sarin, mais par qui ? On peut penser ce qu’on veut de Bachar el-Assad, mais c’est un homme rationnel.

     Il était en train de gagner sur le terrain. Et c’est ce moment qu’il aurait choisi pour utiliser le gaz, alors que toutes les déclarations occidentales, et américaines en particulier, avaient annoncé à l’avance que c’était la « ligne rouge », autrement dit, un casus belli ? Cela me paraît incohérent.

    Un adage latin nous dit : « Is fecit cui prodest. » En français on dit également : « Cherche à qui le crime profite. » Ce qui est certain, c’est qu’il ne profite pas à Bachar. Certes, il détient des gaz de combat. Mais on sait que leur emploi est très facile.

    Au Japon, une petite secte, Aum Shinrikyô, en a fabriqué pour son compte et utilisé en 1995 dans le métro de Tôkyô, faisant douze morts et cinq mille cinq cents blessés. La police japonaise en a alors retrouvé cinquante tonnes, de quoi tuer six millions de personnes.

    Je ne dis pas pour autant que l’usage vient de la rébellion ; je dis qu’à l’heure actuelle nous n’avons pas de certitudes. En tous cas, je pense que le gouvernement de Washington, qui a fait périr de faim des centaines de milliers d’enfants irakiens par l’effet d’un blocus impitoyable durant des années, n’est pas qualifié pour donner des leçons de morale sur ces sujets.

    Alimuddin Usmani : Jean-Marie Le Pen a participé en tant qu’officier à la guerre de 1956 en Égypte et à la guerre d’Algérie (1954-62). Il s’est farouchement opposé à la guerre contre l’Irak, la Serbie ou la Libye. BHL ou Kouchner, qui n’ont jamais pris les armes, ont toujours poussé la France à intervenir militairement partout dans le monde (notamment au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, au Darfour, en Libye et en Syrie). Que vous inspirent de tels personnages ?

    Bruno Gollnisch : C’est une constante de ces personnages. Ils ne sont jamais avares du sang des autres. Et ceci, toujours au nom des grands sentiments. Quitte, le reste du temps, à restreindre les crédits de la défense, à critiquer les valeurs militaires, etc.

    Ce qui me choque aussi, c’est la prétention à « punir » Assad, par des « frappes limitées ». On présuppose donc que la Syrie n’aura d’autre choix que de subir ? Il n’y aura pas de riposte possible ? Et quand Bachar répond que cela portera atteinte aux intérêts français, ils s’indignent de ses « menaces ».

    De qui se moque-t-on ? Ces histoires de « guerre limitée » me font penser à juillet 1914. L’empire austro-hongrois a voulu « punir » la Serbie, dont le gouvernement était selon lui coupable de complicité dans l’assassinat de son archiduc héritier, à Sarajevo. Ce devait être une guerre « limitée ». En août, l’Europe entière s’embrasait, et c’était le début de la guerre mondiale !

    Alimuddin Usmani : Alain Soral pense que l’oligarchie bancaire mondialiste joue à un jeu pervers, qui consiste à désigner les groupes salafistes comme ennemis tout en assurant leur financement, notamment via le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Cette stratégie aurait déjà été utilisée avec Hitler lors de la Deuxième Guerre mondiale. Quel est votre regard en tant qu’historien sur cette analyse ?

    Bruno Gollnisch : Je me garderai bien de prendre position sur ces sujets, car je ne dispose pas d’informations en qualité et nombre suffisants. C’est une hypothèse intéressante.

    Ce qui est certain, c’est que les politiques occidentales sont parfaitement incohérentes. On a détruit le régime baasiste en Irak, et d’une façon plus générale le nationalisme arabe, qui était un rempart contre l’islamisme radical, au nom de la lutte contre ce même islamisme, dont les bases se trouvaient plus à New York, à Londres et à Hambourg qu’à Bagdad!

    On invite Kadhafi à Paris, puis on participe en direct à l’organisation de son assassinat. On prétend combattre le salafisme, et l’on reste au mieux avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui en sont les principaux bailleurs de fonds. Est-ce qu’il s’agit d’erreurs grossières, ou de machiavélisme ?

    Avons-nous affaire à des éléphants piétinant avec lourdeur ce magasin de porcelaine délicat qu’est l’Orient ? Ou à des comploteurs subtils qui y jouent un coup de billard à trois bandes ? J’hésite encore. La fréquentation des milieux politiques depuis un quart de siècle m’a appris qu’il ne faut jamais exclure l’hypothèse de la bêtise. Dans la deuxième hypothèse, celle des calculs cyniques, il faut reconnaître que ces combinaisons savantes et ces stratégies tortueuses ont généralement manqué leur but. Mais à quel prix pour les peuples !

    (Fin de l’entretien).

  • Vladimir Poutine s'exprime sur les menaces d'intervention militaire en Syrie

  • Syrie : Feu à volonté !

    Pierre Lours, libre propos.
    François Hollande, qui croyait dur comme fer qu’il allait pouvoir envoyer ses Rafales bombarder la Syrie, se retrouve seul après avoir été lâché par Cameron désavoué par les députés britanniques, et par Obama qui se retranche derrière un vote du Congrès ne pouvant pas intervenir avant le 9 septembre. Comme le dit si bien la presse française ce matin, avec une forte majorité de l’opinion française contre lui il se trouve « piégé » (Voir la dépêche AFP de ce matin*). Quelle déconvenue ! Malgré tout, il s’obstine et tente une dernière cartouche en chargeant son premier ministre de convaincre nos parlementaires en leur apportant ses « preuves » de la culpabilité exclusive de Bachar el-Assad dans le « massacre » du 21 août. Outre la nécessité de redorer son blason dans les sondages, François Hollande, qui n’a aucun compte à rendre à l’Assemblée, aurait de bonnes raisons pour lancer ses missiles sur Damas. C’est ce que Pierre Lours avance dans son libre propos que nos lecteurs trouveront ci-après.
    Polémia
    Depuis que le monde est immonde, un Chef ça doit montrer qu’il a un gros bâton pour cogner sur les récalcitrants et les discutailleurs, quitte à faire croire que c’est pour le bonheur de tous, idéologie hypocrite des droits de l’Homme oblige. En l’occurrence, quand on est habillé, à tort ou à raison, d’un costume de capitaine de pédalo façon petit baigneur joufflu, il devient urgent de bombarder les esprits avec des arguments frappants !
    Et puis une bonne diversion digne de Tartarin de Tarascon ne peut que détourner les esprits chagrinés par la réforme des retraites et autres dures réalités automnales.
    De toutes manières, l’occasion Syrienne est trop bonne !
    D’abord les dirigeants de ce pays ont une mauvaise réputation depuis des décennies, c’est un fait acquis, ce sont des affreux, des horribles, des bachibouzouks  comme il n’en existe pas ailleurs, à tel point qu’il serait irresponsable de ne pas profiter d’un si bon ennemi !
    Bombarder la Syrie et détruire un pays comme on a su si bien le faire en Lybie ne peut que contenter l’incontournable Israël  qui verra ainsi disparaître un Etat hostile à ses visées au profit de groupes islamistes qu’il  pourra manipuler, utiliser ou combattre, en fonction de ses intérêts bien compris, ce qui est une règle immuable dans les relations internationales où il n’y a ni amis, ni ennemis, mais seulement des intérêts.
    Apparaître en plus comme le serviable bras armé de l’oncle Sam, plutôt de l’Oncle Bens, suffit à vous donner une carrure internationale appréciée par tous les chefs d’Etat en quête de respectabilité dans un monde où il ne leur reste plus beaucoup de terrains d’action, coincés qu’ils sont entre la mondialisation capitaliste et celles des instances internationales, ces « machins » tant vilipendés par De Gaulle.
    J’oubliais le contentement de nos chères, très chères Banlieues, qui ne peuvent voir que d’un bon œil les opportunités qui  seront offertes aux Islamistes par l’effondrement de l’État Syrien : les municipales arrivent, mobiliser le vote arabe en faveur des socialistes est de bonne guerre…
    Enfin, comment ne pas offrir à nos Journaux télévisés de si belles images de bombardements, comment ne pas donner du grain à moudre à nos gentils journalistes-organisateurs qui animent si bien le vaste club med que nous sommes devenus, où l’exhibition et le spectacle ont chassé la réalité et la recherche du beau, du juste, du vrai.
    Alors, feu à volonté !
    Pierre Lours, 31/08/2013
    * Syrie : Hollande « piégé » par Obama, selon la presse française
    http://actu.voila.fr/actualites/politique/2013/09/02/syrie-hollande-piege-par-obama-selon-la-presse-francaise_14724892.html
    http://www.polemia.com/syrie-feu-a-volonte/

  • Les « preuves » secrètes de la CIA contre Assad

    Le gouvernement syrien a réalisé la pire attaque chimique de ce siècle : c’est ce que déclare le président Obama sur la base de l’enquête de la communauté US du Renseignement, le réseau tentaculaire de services secrets composé de 17 organisations fédérales. En premier lieu la CIA, bien connue pour sa rigueur morale et la fiabilité de ses informations, comme elle l’a démontré en organisant les coups d’État les plus sanguinaires (en Indonésie en 1965, au Chili en 1973) et en fabriquant en 2003 les preuves (exhibées au Conseil de sécurité) justifiant la guerre et l’invasion de l’Irak.

     

    Les résultats de l’enquête sont exposés dans le document de la Maison-Blanche U.S. Government Assessment of the Syrian Government’s Use of Chemical Weapons on August 21, 2013 [1]. Selon de non mieux identifiées « sources indépendantes » ce sont les forces gouvernementales qui ont frappé le 21 août avec des armes chimiques 12 localités de Damas. Inutile cependant de chercher les preuves dans le document. Celui-ci n’est qu’un « résumé déclassifié de ce qui s’est produit ». Les pages contenant les présumées preuves sont « classifiées », c’est-à-dire gardées secrètes pour « protéger les sources et les méthodes ». Elles n’ont de ce fait été fournies qu’ « au Congrès et aux partenaires internationaux fondamentaux » (comme les monarchies absolues du Golfe qui se passent très bien de vrais parlements, NdT).

     

    Le gouvernement étasunien, explique le président Obama, a trouvé les preuves « sans attendre les inspecteurs des Nations Unies ». Sans écouter non plus Carla Del Ponte qui, au terme d’une enquête de l’Onu, avait attribué aux « rebelles » l’utilisation d’armes chimiques. Et en confirmant que le Conseil de sécurité ne compte pour les États-Unis que quand il donne le feu vert à leurs guerres (en autorisant « toutes les mesures nécessaires » comme cela s’était passé contre la Libye), Obama souligne d’un ton méprisant : « Je continue confortablement sans l’approbation d’un Conseil de sécurité des Nations Unies, jusqu’à présent paralysé et hésitant à juger Assad responsable » [2].

     

    En réalité il continue, mais pas si « confortablement ». Même si la Ligue Arabe (poussée par Kerry) demande « toutes les mesures nécessaires » contre Damas, il manque la participation militaire directe de certains alliés européens (due surtout à des difficultés politiques et économiques intérieures). Cameron veut « une riposte dure » contre Assad mais a été recalé par le parlement. Merkel déclare que « l’attaque chimique ne doit pas rester impunie », mais l’Allemagne ne participe pas à une action militaire. Letta accuse le gouvernement syrien de « crime contre l’humanité » et exprime sa « compréhension » pour une intervention militaire des USA et de la France, à laquelle le gouvernement italien ne peut pas participer sans mandat de l’Onu (même s’il y participe en aidant les commandements et les bases étasuniens en Italie à préparer l’attaque, qualifiée par le ministre de la Défense Mauro comme « un signal à Assad, pas une véritable guerre ».

     

    Les doutes et les peurs augmentent donc, pendant que les manifestants contre la guerre descendent dans la rue, devant même la Maison-Blanche. C’est alors que le président Obama se souvient qu’il est « démocratique », en annonçant que « pour l’emploi de la force il demandera l’ autorisation des représentants du peuple américain au Congrès ». Il prévient cependant qu’il est prêt à donner à tout moment l’ordre d’attaquer. « Quel message donnerons-nous si un dictateur peut gazer des centaines d’enfants sans être punis ? » demande Obama.

     

    Un message a déjà été donné par les États-Unis : en tuant des millions de Vietnamiens, dont de très nombreux enfants, y compris avec l’Agent orange à la dioxine qui après la guerre a continué à provoquer des morts et des naissances de bébés malformés ; en faisant des massacres en Irak, Yougoslavie, Afghanistan et Libye avec des bombes chimiques au phosphore blanc.

     

    Sans qu’un président des États-Unis n’ait jamais été puni.

     

    [1] U.S. Government Assessment of the Syrian Government’s Use of Chemical Weapons on August 21, 2013, Voltaire Network, 30 août 2013.

    [2] I’m comfortable going forward without the approval of a United Nations Security Council that, so far, has been completely paralyzed and unwilling to hold Assad accountable”

  • Sondage-Syrie : 74% des Français pour un vote au Parlement

     

    Trois Français sur quatre souhaitent que le Parlement français se prononce par un vote avant une éventuelle intervention militaire en Syrie, selon un sondage CSA diffusé mardi par BFMTV.
    Vingt-six pour cent des personnes interrogées se déclarent opposées à un vote de l'Assemblée nationale et du Sénat.
    Plusieurs responsables de l'opposition de droite réclament un vote au Parlement. Le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, a déclaré mardi sur RTL que le sujet n'était pas "tabou" pour François Hollande, qui n'est pas tenu par la Constitution de solliciter une telle consultation.
    "Nous n'en sommes pas là", a déclaré par la suite le président français.
    L'enquête a été réalisée par internet les 2 et 3 septembre auprès d'un échantillon représentatif de 953 personnes résidant en France âgées de 18 ans et plus.
  • Comment se décide une entrée en guerre selon le pays

     Le Parlement français doit débattre mercredi 4 septembre d'une intervention militaire en Syrie. Cet échange avec le gouvernement n'a pas besoin d'être suivi d'un vote : le président est seul décisionnaire dans ce domaine. Une particularité qui ne se retrouve pas systématiquement ailleurs dans le monde.
    FRANCE
    En France, la Constitution stipule que le président, en tant que chef des armées, est décisionnaire en matière d’intervention à l’étranger. Il dirige les différents conseils et comités militaires. De son côté, le Premier ministre est garant de la Défense nationale. Historiquement, le Parlement n’avait de compétence dans ce domaine que pour déclarer la guerre, une mesure jamais vue du temps de la Ve République.
    Le Parlement n’a, en réalité, qu’un droit d’information sur les opérations extérieures. Il a d’ailleurs fallut attendre 2008 pour qu’une réforme constitutionnelle garantisse ce pouvoir parlementaire qui reste limité. La présidence n’a comme obligation que d’informer les élus, dans les trois jours qui suivent le déclenchement des opérations. Lors de cette information, qui peut être suivie d’un débat, les données présentées restent à la discrétion de l’Élysée qui doit simplement préciser les objectifs de la mission.
    Au cours des années 2000, les parlementaires ont régulièrement dénoncé ce déséquilibre des pouvoirs, obtenant satisfaction en 2008. Les élus votent désormais le maintien d’une opération au cours d’un débat qui doit se tenir dans les quatre mois suivant le déclenchement des hostilités. Jusqu’ici, ils ont systématiquement reconduit les mandats des troupes déployées en Afghanistan, au Liban, au Kosovo, au Tchad, en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire, en Libye ou encore plus récemment au Mali.
    Le Parlement bénéficie aussi d’un pouvoir réel en matière budgétaire puisque c’est lui qui valide les comptes de la Défense, notamment pour ce qui est du portefeuille consacré aux opérations extérieures.
    Si malgré tout, le gouvernement décide de soumettre la décision d’une intervention extérieure au Parlement, il peut le faire au titre de l’article 49-1 de la Constitution comme ce fût le cas en 1991 lors de la première guerre du Golfe. Il permet d’engager un débat, éventuellement suivi d’un vote, sur un sujet de politique générale. En cas de refus des parlementaires, le gouvernement peut être amené à démissionner. Une autre version de cette démarche existe au travers de l’article 50-1 qui n’amène que l’une des deux chambres parlementaires à voter et qui n’implique pas de renouvellement du gouvernement en cas de déception.
    ETATS-UNIS
    Aux États-Unis, la relation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, en matière d’opérations extérieures, est en perpétuelle évolution. La Constitution prévoit que le président est le commandant en chef des forces armées et qu’il peut, en tant que tel, décider d’une intervention et la mener à son terme. Le texte indique que le Congrès, de son côté, a la possibilité de déclarer une guerre, la financer et suivre son avancement. La pratique a montré que le chef de l’État a bénéficié en général, quelles que soient les critiques, d’une très grande autonomie dans la menée d’une opération à l’étranger.
    En 1973, la Résolution sur les pouvoirs militaires a introduit quelques spécificités plus précises. Elle prévoit notamment que le président consulte aussi souvent que possible le Congrès sur les opérations en cours ou à venir. S’il décide le déploiement de la force sans avoir consulté le Congrès, il doit l’en informer sous 48 heures. Les parlementaires bénéficient alors d’un délai de soixante jours pour s’opposer à l’opération. Le cas échéant, le retrait des troupes est obligatoire, situation qui ne s’est présentée qu’une seule fois dans l’histoire récente des États-Unis, au cours de la crise de Mayaguez en 1975.
    La décision de Barack Obama de soumettre une intervention en Syrie à un vote du Congrès est perçue par de nombreux analystes américains comme un précédent. Le président a promis de se plier à la décision des élus, quitte à mettre de côté sa prérogative en matière de décision dans ce domaine. Pour les observateurs, ce choix pourrait réduire durablement la marge de manœuvre du président.
    Il faudra attendre la rentrée du Parlement américain pour engager le vote en question, au cours de la semaine du 9 septembre au plus tôt. En attendant, les élus ont commencé à s’exprimer dans les médias sur le texte de deux pages présenté par le président. La plupart d'entre eux semblent bien décidés à l’amender au maximum pour prévenir toute interprétation abusive du projet, notamment en ce qui concerne le déploiement de troupes au sol.
    GRANDE-BRETAGNE
    Au Royaume-Uni, c’est le monarque qui est seul habilité à déclarer la guerre. Le Premier ministre peut, au nom du roi – ou de la reine – mettre en œuvre un projet d’intervention militaire.
    Les modalités de décision restent parfaitement informelles en Grande-Bretagne. Ainsi, le Premier ministre n’a pas comme obligation de soumettre son projet au Parlement. La tradition veut que le chef du gouvernement le fasse pour les conflits de grande envergure, comme ce fût le cas en 1939 en Europe, en 1982 pour les Malouines ou encore en 2003 pour l’Irak. Le Premier ministre peut cependant décider de passer outre, si l’urgence l’impose. Il doit dans ce cas justifier « le plus vite possible » sa décision.
    Une fois le projet d’intervention communiqué, le Parlement dispose de 48 heures maximum pour proposer des amendements et voter. Dans le cas de la Syrie, les échanges ont duré un peu plus de sept heures avant que les élus ne refusent le déploiement de forces britanniques, avec 13 voix d’écart.
    Le gouvernement pourrait dès lors décider de proposer un nouveau projet d’intervention, en modifiant les modalités de celle-ci. Il assure cependant que l’idée n’est absolument pas à l’ordre du jour et que, dès lors que le Parlement a rejeté l’idée d’une action militaire en Syrie, la question ne serait plus envisagée.
    ALLEMAGNE
    En Allemagne, la Constitution place l’armée sous tutelle du Parlement. Elle répond cependant aux ordres du Chancelier en temps de guerre et du ministre de la Défense en temps normal. La Loi fondamentale prévoit que ce dernier décide de toute question concernant les forces armées, notamment en matière de déploiements à l’étranger.
    L’armée allemande peut intervenir à l’étranger à condition que le Bundestag approuve la mission confiée. Les parlementaires peuvent autoriser ou mettre fin à une opération à l’étranger. Ils ne peuvent cependant jamais proposer une intervention, cette tâche étant dévolue au ministre de la Défense. Traditionnellement, les débats parlementaires avant un déploiement sont particulièrement longs et précis, rendant Berlin peut réactif face à une crise internationale. La Constitution prévoit une exception en cas de déploiement de faible intensité mais cette mesure n’a jamais été utilisée.
    Au sein du Bundestag, la commission de la défense bénéficie d’un statut spécifique. La Constitution allemande considère ce contrôle sur le pouvoir exécutif comme prioritaire. Les membres de cette commission sont les seuls à pouvoir, de leur propre initiative, se constituer en une commission d’enquête spécifique.
    L’Allemagne dispose de plus d’une spécificité parlementaire supplémentaire. Le Bundestag élit tous les cinq ans un Commissaire parlementaire aux forces armées qui n’est ni fonctionnaire, ni parlementaire. Chargé de veiller au respect des droits des forces militaires, il bénéficie d’un droit à l’information et se rend régulièrement sur le terrain. Sans être directement intégré dans le processus de décision, en ce qui concerne les interventions, il est régulièrement entendu par les élus sur les opérations en cours.
    ESPAGNE
    En Espagne, le Premier ministre engage les forces armées sans avoir besoin d’une autorisation du Parlement. C’est ce qui s’est produit lors de la participation de Madrid aux opérations en Irak, en 2003. Depuis 2004, une tradition de consultation parlementaire s’est cependant instaurée.
    PAYS-BAS
    Aux Pays-Bas, une déclaration de guerre requiert la mobilisation des deux chambres du Parlement dans une session extraordinaire. Pour tous les autres types d’opérations militaires, y compris à l’étranger, le gouvernement bénéficie d’une absolue liberté et doit simplement informer les élus. Dans la pratique, le Parlement a toujours été consulté avant que des militaires néerlandais ne soient envoyés en mission.
    ITALIE
    La Constitution italienne prévoit que le gouvernement est responsable de la politique étrangère et de l’action militaire. Sa seule obligation est d’informer le Parlement, sans que les modalités ne soient précisées. La pratique veut que le gouvernement transmette un dossier aux élus ou à l’une des commissions spécialisées. Un débat peut avoir lieu afin d’orienter le projet militaire. Le Parlement exerce un contrôle budgétaire en décidant des moyens alloués aux différentes opérations auxquelles participent les forces italiennes.
    AUSTRALIE
    En Australie, le Premier ministre décide seul du déploiement de forces militaires. Comme en Grande-Bretagne, il peut soumettre ce type de projet à la Chambre des Représentants. Il s’agit cependant généralement d’une note d’information, plus que d’un vote de confirmation. En 2003, lors de l’invasion de l’Irak, Cambera a ainsi organisé un vote parlementaire alors que l’annonce de la participation des forces australiennes avait déjà été annoncée. Les élus réclament régulièrement un meilleur contrôle parlementaire sur cet aspect du pouvoir exécutif.
    Avec RFI http://www.francepresseinfos.com/2013/09/comment-se-decide-une-entree-en-guerre.html#more

  • Syrie : c’est tranché, ce sont les rebelles qui ont utilisé du gaz Sarin de combat

    Son rapport fait voler en éclats les mensonges sur lesquels Washington et ses alliés européens fondent leur campagne pour une guerre avec la Syrie, et selon lesquels les Etats-Unis et leurs alliés se préparent à attaquer la Syrie pour protéger la population syrienne des armes chimiques d’Assad. En fait, les preuves disponibles concernant l’utilisation de gaz sarin mettent en cause les « rebelles » dominés par les islamistes et qui sont armés par des pays du Moyen-Orient, alliés aux Etats-Unis et sous la supervision de la CIA.
    Les déclarations de Del Ponte coïncident avec les frappes aériennes totalement illégales d’Israël contre la Syrie et qui ont été approuvées par le président Obama. Ces actes de guerre représentent une intensification majeure de la guerre sectaire, instiguée et soutenue par les Etats-Unis, pour un changement de régime en Syrie, guerre qui est elle-même une préparation à des attaques contre le principal allié du régime syrien dans la région, à savoir l’Iran. 
    Del Ponte a été précédemment procureur général du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ainsi que du Tribunal pénal international pour le Rwanda, tous deux soutenus par l’Occident. Elle siège actuellement dans une commission d’enquête des Nations-unies sur la Syrie. Dans une interview accordée dimanche à la chaîne italiano-suisse RSI, elle a dit, « D’après les témoignages que nous avons recueillis, les rebelles ont eu recours à des armes chimiques, et ont utilisé du gaz sarin. » 
    Elle a expliqué, « Nos enquêteurs sont allés dans des pays voisins pour interviewer des victimes, des médecins et dans les antennes chirurgicales et d’après leur rapport de la semaine dernière que j’ai vu, il existe des suspicions fortes et concrètes, mais pas encore de preuve incontestable de l’utilisation de gaz sarin, d’après la manière dont les victimes ont été traitées. Et c’est de l’opposition, des rebelles, que cela venait, et non des autorités gouvernementales. » 
    Elle a ajouté, « Ce n’est pas surprenant, puisque les opposants [c'est à dire l'opposition anti-Assad] sont infiltrés par des combattants étrangers. » 
    Dans une Vidéo interview à la BBC, del Ponte a dit, « Nous avons rassemblé des témoignages qui laissent penser que des armes chimiques ont été utilisées, en particulier du gaz de combat. Ce qui a émergé de notre enquête c’est que cela a été utilisé par les opposants, par les rebelles. Nous n’avons aucune, absolument aucune indication que le gouvernement, les autorités du gouvernement syrien, aient utilisé des armes chimiques. » 
    Ces déclarations démasquent la campagne des Etats-Unis sur les armes chimiques en Syrie comme étant une série de mensonges concoctés pour justifier une guerre d’agression au Moyen-Orient. Cette campagne a commencé fin mars, au moment où l’armée américaine annonçait les projets d’une intervention intensifiée en Syrie lorsque le régime d’Assad avait accusé l’opposition d’avoir lancé une roquette avec une ogive chimique à Khan al-Asal, près d’Aleppo. Elle avait tué 26 personnes, dont 16 soldats syriens, selon des sources de l’opposition. 
    L’opposition avait réagi en alléguant que c’était le régime d’Assad qui avait tiré cette roquette chimique. C’était fort peu probable étant donné que la roquette visait des forces pro-Assad
    Néanmoins l’establishment politique et médiatique américain a pris les allégations de l’opposition pour argent comptant, exigeant une intensification de l’intervention en Syrie, sur la base des remarques d’Obama d’août 2012 selon lesquelles l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien serait une « ligne rouge » incitant les Etats-Unis à attaquer. 
    Le 26 avril, la Maison Blanche a approuvé cette campagne dans une lettre au Congrès déclarant : « La communauté américaine du renseignement, avec différents degrés de certitude, est parvenue à la conclusion que le régime syrien a utilisé des armes chimiques à petite échelle, en Syrie, en particulier du gaz sarin. » 
    Cette déclaration n’avait en fait aucun fondement et était d’évidence fabriquée sans tenir compte des témoignages rassemblés par les Nations-unies. Même après les interviews de del Ponte, des responsables américains ont continué à faire des déclarations incendiaires laissant entendre qu’ Assad utilisait des armes chimiques. Un conseiller du gouvernement Obama a dit auNew York Times hier, «Il apparaît tout à fait clairement à tous qu’Assad est en train de faire des calculs pour voir si ces armes pourraient le sauver. » 
    L’utilisation de gaz sarin par l’opposition islamiste sunnite soutenue par les Etats-Unis, liée à al Qaïda et qui organise régulièrement des attaques terroristes en Syrie, soulève aussi la question de savoir comment elle a obtenu ce gaz. Le conseil américain des relations internationales décrit le sarin comme un produit «très dangereux et complexe à confectionner, » bien qu’il puisse être fait « par un chimiste formé avec des produits chimiques disponibles pour le grand public. » 
    Que les islamistes aient reçu le gaz sarin de leurs partisans étrangers, puis l’aient synthétisé eux-mêmes peut-être sous la surveillance de l’extérieur, ou qu’ils l’aient volé dans les stocks syriens, une chose est claire : son utilisation montre clairement la nature criminelle et téméraire du soutien des Etats-Unis à l’opposition islamiste. 
    Tout au long de la guerre syrienne, l’Etat et les médias américains ont agi suivant l’hypothèse qu’il est possible de manipuler la population par les mensonges les plus outranciers. Il importait peu que ces mensonges soient même vaguement plausibles, car on pouvait compter sur les médias pour les présenter de façon à ce qu’ils justifient l’attaque contre la Syrie. 

    À maintes reprises, lors du massacre de Houla en mai 2012 et du meurtre du journaliste Gilles Jacquier en janvier 2012, les médias ont fait porter sur le régime d’Assad la responsabilité des atrocités perpétrées par l’opposition, puis ont laissé tomber l’affaire lorsqu’il est apparu que c’était l’opposition qui en était responsable. Même l’annonce du gouvernement américain en décembre dernier que des forces d’opposition liées à Al Qaïda avaient perpétré des centaines de bombardements terroristes en Syrie n’ont pas affaibli le soutien des média pour la guerre. 

    A présent les médias américains sont en train d’enterrer la nouvelle de l’interview de del Ponte, au moment où Washington se prépare à une intervention directe en Syrie. Il n’a été fait aucune mention hier de son interview dans aucun des programmes d’information du soir des trois principaux réseaux. 
    Au contraire, après les frappes aériennes d’Israël contre des cibles syriennes jeudi et dimanche, des responsables et des experts des médias américains se sont vanté que les forces américaines étaient en mesure d’attaquer les défenses aériennes syriennes en faisant peu de victimes. (voir Les frappes israéliennes en Syrie) 
    Reprenant les mensonges concernant les armes de destruction massive (ADM) utilisés pour justifier la guerre contre l’Irak, l’élite dirigeante américaine place les armes chimiques au centre de sa propagande de guerre contre la Syrie. Hier le Washington Post écrivait : « Les frappes israéliennes, suite aux reportages de ces dernières semaines disant que les forces d’Assad déployaient probablement des armes chimiques en quantité inconnue, semblaient étayer la position de ceux qui pensent depuis longtemps que les Etats-Unis devraient apporter un soutien direct aux rebelles. » 
    Le New York Times a fait remarquer qu’Obama pourrait utliser les armes chimiques comme prétexte pour faire la guerre s’il attaquait sans l’autorisation des Nations-unies. Il écrit : « Il est presque certain que la Russie mettrait son veto à tout effort visant à obtenir l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU pour une action militaire. Jusqu’à présent, M. Obama a évité de rechercher une telle autorisation et c’est donc une raison pour laquelle l’utilisation passée ou à venir d’armes chimiques pourrait servir d’argument juridique pour mener des frappes. » 
    Le journal n’a pas fait remarquer que, dans un tel cas, la guerre d’Obama contre la Syrie serait tout aussi illégale du point de vue du droit international que l’invasion de l’Irak par Bush, il y a dix ans. Cette guerre-là qui a coûté la vie à un million d’Irakiens et a fait des dizaines de milliers de morts et blessé américains, et a aussi coûté des milliers de milliards de dollars, est profondément détestée par la classe ouvrière américaine et internationale. 
    Ce besoin de l’élite dirigeante américaine de minimiser la guerre en Irak au moment où elle se prépare à lancer un bain de sang similaire en Syrie sous-tend l’article du New York Times d’hier écrit par l’ancien chef de la rédaction du Times, Bill Keller, et intitulé « La Syrie n’est pas l’Irak. » Déplorant le fait que l’expérience de la guerre en Irak, que lui-même et le Times avaient promue avec de faux reportages sur les armes de destruction massive de l’Irak, l’avait rendu «réticent vis à vis des armes », Keller a carrément affirmé, « Pour ne pas se tromper en Syrie, il faut commencer par se remettre de l’Irak. » 
    Par « se remettre de l’Irak », Keller veut dire surmonter les inquiétudes concernant l’action militaire et les massacres de masse pour écraser ceux qui s’opposent à la politique américaine. Il écrit que, « En Syrie, je crains que la prudence ne soit devenue du fatalisme… Notre réticence à armer les rebelles ou à défendre les civils pour qu’ils ne soient pas massacrés dans leur maison a convaincu le régime d’Assad (et le monde) que nous ne sommes pas sérieux. » 
    Déclarant que Washington est en train de préparer des plans militaires « au cas où l’utilisation par Assad d’armes chimiques nous force la main, » il demande une intervention rapide et écrit, « Pourquoi attendre la prochaine atrocité ? » 
    L’article va-t-en guerre de Keller est un exemple particulièrement clair de la manière dont la promotion par les médias d’une politique impérialiste est coupée de la réalité. Le fait qu’il n’existe aucune preuve qu’Assad ait utilisé des armes chimiques, ou que la prochaine atrocité en Syrie sera probablement perpétrée par les forces soutenues par les Etats-Unis, importent peu au Times. La seule chose qui compte est de bien présenter la prochaine guerre américaine, et tant pis pour la réalité des faits. 
    La faillite intellectuelle et morale collective des médias et de l’élite dirigeante explique le fait que les révélations explosives de del Ponte puissent être enterrées sans commentaire. Enivrée par sa propre propagande mensongère, prête à tout pour effacer les conclusions que la population a tirées de la dernière débâcle sanglante de Washington, la classe dirigeante américaine est en train de se précipiter à tombeau ouvert vers une nouvelle catastrophe.

    Source   http://www.oragesdacier.info/2013/09/syrie-cest-tranche-ce-sont-les-rebelles.html

  • Opération Pédalo, de Paul le Poulpe

    Nul doute que la lecture d’Opération Pédalo, et surtout sa conclusion où, en quinze jours, notre Pays réussit à se débarrasser de Hollande et des soldats d’Allah, fera rêver nombre de nos compatriotes dans une période où, en Égypte, les Frères musulmans sont en train de se faire virer par le peuple et l’armée…

     

     

    Ajoutons que Paul Le Poulpe, qui a repris des personnages du « Bobo Jocelyn« , avec l’accord des auteurs, fait également preuve d’un humour féroce et souvent irrésistible à l’encontre de ministres, de journalistes, de philosophes, d’experts, de prédicateurs, de magistrats et d’antiracistes, qu’il ridiculise tout au long d’un ouvrage qui vous captivera dès sa première ligne, et que vous ne reposerez qu’une fois sa lecture terminée, 200 pages plus loin.

     

    À notre avis, vous devriez éclater de rire à de nombreuses reprises, et cela vous fera le plus grand bien…

     

     

    Aux éditions Riposte Laïque