« Privilège blanc », un concept lourd de conséquences
Un entretien réalisé par Guy Denaere.
— Le concept de « privilège blanc » est récent en France, mais il a une histoire. Où et quand s’est-il forgé ?
— Le premier à employer l’expression est Theodore W. Allen, un militant communiste américain. Dans un livre publié en 1975, L’Invention de la race blanche, il explique que les planteurs blancs ont instauré un « privilège de la peau blanche » dans les colonies américaines afin de diviser les travailleurs, pour que les Européens se sentent supérieurs aux esclaves noirs. Selon Allen et ses continuateurs, il pouvait exister de la haine raciale avant cela, mais seuls les Européens sont allés jusqu’à la hiérarchisation des races, l’infériorisation de certains peuples. Le privilège blanc serait l’expression de ce racisme fondateur qui structurerait toujours les sociétés occidentales, par l’histoire de l’esclavage en Amérique et de la colonialisation en Europe.




Diplômé d’histoire et de sciences politiques, Thibaud Gibelin a travaillé quelques années dans les arcanes du Parlement européen. Il se consacre aujourd’hui à une thèse de doctorat, entre Paris et Budapest. Cette double expérience, professionnelle et personnelle, voire sentimentale, offre à son premier essai une profondeur et une acuité précieuses. Beaucoup d’écrits traitent en effet de la Hongrie de Victor Orbán, de la Pologne du PIS et plus généralement du groupe de Visegrád que ces pays forment, avec la Tchéquie et la Slovaquie, dans les confins centraux et orientaux de l’Union européenne. Peu arrivent à en saisir l’identité profonde, la vitalité à l’œuvre, la vision du monde qu’ils véhiculent. épine dans le pied de Bruxelles, ce groupe de nations « périphériques » ne constitue-t-il pas l’avant-garde d’une « alter-Europe » en devenir ?



