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  • Le Président islandais : penser davantage au peuple qu’aux banques, c’est bon pour l’économie

    DAVOS (NOVOpress) – A la grand messe du récent Forum économique mondial à Davos, au milieu des discours des grands patrons mondiaux et homme politiques souvent faits d’autocongratulations, un vilain petit canard est venu prendre le contre-pied des autres participants. Penser davantage au peuple qu’aux banques c’est bon pour l’économie a indiqué le Président islandais Olafur Ragnar Grimsson. Malgré la présence importante de journalistes français le silence a été presque complet dans les grands médias hexagonaux.
    Et en plus Olafur Ragnar Grimsson a osé justifier cette opinion par les résultats obtenus par son pays :

     

    Dans l’interview vidéo ci-dessus, fait à Davos, il déclare “Nous avons été assez sages de ne pas suivre les politiques traditionnelles qui ont prévalu normalement en Occident au cours des 30 dernières années. Nous avons introduit le contrôle des changes, nous avons laissé les banques faire faillite, nous avons soutenu les plus pauvres, nous n’avons pas adopté les mesures d’austérité comme ailleurs en Europe, et le résultat final, 4 ans plus tard, est que l’Islande profite de progrès et d’une relance très différents des autres pays européens qui ont souffert de la crise financière”.

    Déjà le 11 janvier 2013 il avait indiqué “Accepter de laisser les banques tomber en faillite fut l’acte le plus difficile qu’il m’ait été donné de prendre. Mais sans doute le meilleur. Il est l’une des raisons fondamentales de la forte reprise économique de notre pays au regard des autres pays européens.”

    “Pourquoi considère-t-on que les banques sont des saintes-chapelles de l’économie moderne, et pourquoi ne peuvent-elles pas faire faillite comme les compagnies aériennes ou les entreprises de télécommunication, si elles ont été gérées d’une façon irresponsable ? La théorie que vous devez payer pour sauver les banques est une théorie selon laquelle les banquiers peuvent jouir de leurs propres bénéfices et de leur succès, puis que les gens ordinaires payent pour leurs échecs au moyen des impôts et de l’austérité” poursuit-t-il dans l’interview ci-dessus (à 1min20).

    Il a ensuite développé (à 2 min dans la vidéo) une critique du développent exagéré des banques, pour la prospérité. “L’une des choses que nous avons apprises après l’effondrement des banques en Islande, c’est que les banques islandaises, comme les banques britanniques ou les banques américaines, sont devenues des entreprises de haute technologie, qui recrutent des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens. Et quand elles se sont effondrées, le secteur innovant de notre économie, le secteur informatique, le secteur des technologies de l’information s’est mis à prospérer, et en fait, sur les trois dernières années, il a eu de bien meilleurs résultats que jamais auparavant dans son histoire. Donc la leçon à en tirer, c’est la suivante : si vous voulez que votre économie soit compétitive dans le secteur innovant du 21ème siècle, un secteur financier fort qui prend les talents de cet autre secteur, même un secteur financier qui marche bien, est en fait une mauvaise nouvelle”.

    Olafur Ragnar Grimsson aurait pu aussi évoquer l’idée que l’absence en Islande du fardeau de l’immigration extra-européenne (elle est presque nulle dans ce pays) a pu être un autre élément expliquant la rapidité de la récupération économique de son pays. Mais cela aurait été vraiment trop  politiquement incorrect, il ne faut pas exagérer…

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  • 1883 : Des Bourbons aux Orléans

    Le comte de Chambord s'éteint le 24 août. Le comte de Paris semble s'imposer à la tête de la maison de France. Mais dans l'entourage de la comtesse de Chambord, certains contestent le droit des Orléans : pour eux la couronne de France doit revenir à l'aîné de tous les Bourbons.
    Cette année-là, Henri V comte de Chambord, soixante-trois ans, petit-fils de Charles X, de jure roi de France depuis le 2 août 1830, s'éteignit le 24 août en exil à Frohsdorf. Depuis l'échec de la restauration monarchique en 1873, il n'avait renoncé à rien et se tenait toujours très informé des affaires de France.
    Philippe VII
    Il avait appris avec peine les succès des républicains, lesquels, depuis la démission du maréchal de Mac-Mahon, président de la République, en 1878, accaparaient tous les pouvoirs. Jean-François Chiappe disait de ce roi éminemment chrétien : « Il se montre épris de modernité et souhaiterait reformer la France de saint Louis et de Philippe le Bel, créatrice des états généraux. [...] Il se passionne pour le monde ouvrier et se désespère de la condition de ces déracinés. » 1 Nous savons que, pour garder la liberté d'améliorer le sort des humbles, il refusa de régner avec le drapeau tricolore symbole à ses yeux de l'assujettissement de la couronne aux intérêts des capitalistes sans coeur.
    Le drame d'Henri V fut de ne pas avoir eu d'enfant de son épouse Marie-Thérèse de Modène. La succession n'était pourtant pas un souci pour les milliers de fidèles venus de toute la France assister aux obsèques de leur roi dans la ville de Gorizia, où reposait déjà Charles X (alors en Vénétie autrichienne, aujourd'hui en Slovénie). En leur nom le duc de La Rochefoucauld-Bisaccia adressa à Philippe, comte de Paris, un télégramme rédigé par René de La Tour du Pin, marquis de La Charce, et approuvé par le général de Charette, où tous les assistants saluaient en lui Philippe VII, nouveau chef de la maison de France. Quelques jours plus tard, à Paris, l'Association de la Presse monarchique et catholique, fondée l'année précédente, rendait un fervent hommage au roi défunt et saluait d'un seul coeur son successeur Philippe VII.
    Une dispute déplorable
    C'était là tout simplement s'inscrire dans la grande tradition capétienne qui voulait qu'en cas d'extinction d'une branche régnante de la famille, la succession revînt au chef de la branche la plus proche par ordre de primogéniture, à condition que celle-ci ne fît pas tomber la couronne dans des mains étrangères et donc ne rompît pas l'union d'âge en âge de la famille royale et de la France. C'est pour sauvegarder ce principe et empêcher la France de devenir anglaise que l'on dut exclure les femmes et leur descendance de la succession.
    Il se trouva hélas un petit nombre de royalistes, notamment dans l'entourage de la comtesse de Chambord, pour contester le droit des Orléans. Pour eux la couronne de France devait revenir à l'aîné de tous les Bourbons, donc à Jean de Bourbon, comte de Montizon, infant d'Espagne (1822-1887), fils de Charles de Bourbon, lequel, refusant à sa nièce Isabelle II le titre de reine d'Espagne, était à l'origine de la branche carliste. Le comte de Montizon, par ailleurs beau-frère d'Henri V (il avait épousé Marie-Béatrice de Modène) était évidemment l'héritier en droite ligne de Philippe V, roi d'Espagne, et par celui-ci de Louis XIV. Sans même s'attarder à des considérations juridiques et spécieuses sur la valeur des renonciations de Philippe V au trône de France (traité d'Utrecht, 1713), le fait est que, les générations passant, cette branche espagnole des Bourbons s'hispanisait et pouvait de moins en moins incarner la France. On ne se transplante pas roi de France, il faut être des entrailles de la France. Or les Orléans, bien que ne descendant que du frère de Louis XIV, avaient, eux, toujours servi la France seule.
    Souvenir douloureux
    Hélas le débat était passionnel. On rappelait toujours Philippe Égalité : il avait voté la mort de Louis XVI en 1793, son crime était horrible, mais on oubliait qu'il s'en était repenti avant sa mort, et que le fils de celui-ci, Louis-Philippe (futur "roi des Français") s'était réconcilié avec les Bourbons dès 1809 en épousant Marie- Amélie de Bourbon-Siciles, nièce de la reine Marie-Antoinette. Quant à l'épisode fâcheux de la monarchie de Juillet, il eut au moins l'avantage de reculer de dix-huit ans l'avènement de la IIe République : Louis-Philippe ne prétendit jamais remplacer les Bourbons et, à la fin de sa vie, souhaita un rapprochement entre les deux branches, ce à quoi la reine Marie-Amélie et ses fils, notamment le duc de Nemours, s'employèrent dès 1850, et surtout en 1873. Ils trouvèrent un accueil très affectueux de la part d'Henri V, lequel déclara peu avant sa mort à un journaliste de La Liberté : « Le principe que je représente m'interdit de choisir mon successeur. Puisque j'ai le malheur de n'avoir pas d'enfant, les princes d'Orléans sont mes fils. » 2
    Tout était dit, et cette parole aurait dû clore une dispute qui dure encore de nos jours, où s'engagent avec une foi monarchique indiscutablement vibrante des Français qui ne se rendent pas toujours compte que cette division risque tout simplement de rendre une fois encore impossible la restauration pourtant si nécessaire à la France...
    Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 18 novembre au 1er décembre 2010
    1 Jean-François Chiappe : Le comte de Chambord et son mystère ; éditions Perrin, 1990.
    2 Cité dans Xavier Vallat : Le Grain

  • « Le mariage pour tous » Une supercherie linguistique doublée d’un mensonge

    Dans le concert des arguments développés par les « pour » et les « anti » mariage gay, il est une voix qu’on n’a jamais entendue : celle de la langue française.
    Au cours de mes 40 années d’enseignement (collège et lycée) en qualité de professeur de Lettres Classiques, j’ai toujours attaché une grande importance à la valeur des mots. Choisir le mot exact, le « polir sans cesse » comme disait Boileau, c’est à la fois s’assurer qu’il exprime parfaitement ce que l’on veut dire mais c’est aussi s’assurer que l’on sera bien compris de son auditoire.
    La polémique que suscite le projet de loi sur le mariage gay offre un bel exemple de cette dilution de la pensée dans le brouillard d’une terminologie approximative. A force de triturer les mots dans tous les sens, les mots n’ont plus de sens et l’opinion déboussolée y perd son latin. Les slogans réducteurs répercutés par les médias ne font qu’entretenir la confusion au point qu’on a parfois l’impression d’avoir perdu le sens commun.
    Prenons quelques exemples :
    Premier exemple : La notion de « couple » homosexuel est-elle adaptée ? La réponse est non.
    Si l’on se réfère à la terminologie du « Bon Usage », l’assemblage de deux éléments de même nature ne constitue pas un « couple » mais une « paire ». Ainsi, on dira une paire de ciseaux, une paire de lunettes et non un couple de ciseaux ou un couple de lunettes. Il en est de même pour les êtres vivants. Deux boeufs assemblés sous le même joug forment une paire de boeufs et non un couple de boeufs. Deux jumeaux de même sexe constituent une paire de jumeaux et non un couple de jumeaux. On pourrait multiplier les exemples.
    La langue française nous indique clairement que la notion de « couple » repose sur un principe de différenciation et d’altérité. Le couple, c’est « un homme et une femme unis par des relations affectives, physiques » (Robert 2012). La prise en compte de la fin de la définition ne doit pas faire oublier le début. La distorsion sémantique à laquelle on s’adonne chaque fois qu’on évoque un « couple » homosexuel crée une confusion dommageable que rien ne peut justifier, pas même une évolution des moeurs. Il s’agit bien ici d’appeler un chat « un chat »
    2ème exemple : qu’est-ce qu’un parent ?
    La reconnaissance officielle du « couple » homosexuel entraîne nécessairement – tout le monde le sait - une modification du Code Civil. La disparition des mots « père » et « mère » au profit de la notion de « parent 1 » et « parent 2 » n’est en fait qu’une supercherie linguistique doublée d’un mensonge puisque le mot désigne étymologiquement les deux personnes (père et mère) qui conjointement sont à l’origine de toute naissance. En latin, le verbe parere veut dire « engendrer » pour le père, et « enfanter » pour la mère. Comment peut-on expliquer à un enfant que ce mot de « parent » (quel que soit son numéro) s’applique à une personne qui est totalement étrangère à sa naissance, un clandestin en quelque sorte ? La loi peut-elle cautionner ce mensonge ?
    Ces deux exemples suffisent à démontrer que la terminologie avancée par les partisans de la loi n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer une stratégie plus sournoise que les récentes manifestations viennent d’ailleurs de confirmer. Il semble en effet que les partisans du « mariage pour tous » se soient déjà engouffrés dans une brèche : l’incohérence du projet de loi :
    Une incohérence interne à la loi : un « couple » homosexuel est par définition stérile. Il est donc logique que les homosexuels aient recours à des artifices s’ils veulent avoir des enfants. C’est le sens de leur revendication première : le droit à l’adoption, baptisé outrageusement « droit à l’enfant ». Le projet de loi prévoit cette disposition mais interdit la PMA (procréation médicalement assistée pour les femmes) et la GPA (gestation pour autrui pour les hommes c’est-à-dire le recours possible à une mère porteuse). Comment justifier cette contradiction alors que la loi du « mariage pour tous » est présentée comme une extension des droits ? Les récentes manifestations des partisans du mariage ont clairement démontré que les homosexuels entendaient s’appuyer sur cette contradiction pour pousser plus loin leurs exigences. Sur cette question, on note les premiers signes d’un fléchissement de la part des promoteurs de la loi. Le recours à la PMA, exclue dans un premier temps, pourrait faire l’objet d’un amendement présenté par les députés de la majorité. Cette concession, logique en elle-même, met à nu la vraie nature du débat. Le « mariage pour tous », présenté au départ comme l’objectif essentiel, apparaît de plus en plus clairement comme un simple point de passage, une étape transitoire pour obtenir « in fine » une égalité de droit pleine et entière avec les couples hétérosexuels stériles.
    Comme le droit à l’adoption ne changera pas grand-chose à la situation des homosexuels, vu les réticences de la plupart des états à confier des enfants à des homosexuels, c’est bien sur la PMA et la GPA que se concentre toute la pression. Une fois acquis le droit à la PMA pour les femmes homosexuelles, comment interdire aux hommes, au nom de ce même principe d’égalité, d’avoir recours à la GPA ? Si c’était le cas, il y aurait là une discrimination incompréhensible, voire une injustice, tout à fait contraire à l’esprit même du projet de loi.
    Le piège des slogans
    Il est une autre supercherie linguistique qu’il convient de dénoncer et qui tient au discours même des homosexuels. Pendant longtemps, leur combat a été placé sous le signe du « droit à la différence », droit qui leur a été reconnu par l’ensemble de la communauté nationale avec la création du PACS. Aujourd’hui, le thème du « droit à la différence » a totalement disparu du glossaire homosexuel. Bizarre ! Ce virage à 180 degrés a quelque chose de surprenant et pourtant personne ne s’en étonne. Il est vrai que le slogan « le mariage pour tous » est plus rassurant et plus rassembleur que « le droit à la différence » jugé sans doute trop « clivant » pour employer un terme à la mode, un concept dépassé en tout cas que l’on range sans complexe au rayon des accessoires. Au contraire, « le mariage pour tous » sonne comme un appel à la fête, à la fusion universelle de toute l’humanité, un remake d’ « Embrassons-nous, Folleville », en somme une préfiguration du « paradis pour tous ». Qui peut résister à un tel programme ?
    Malheureusement, cette vision édénique du mariage est en décalage complet avec la réalité des faits. Il est d’abord étrange que le PACS ait eu si peu de succès auprès de la communauté homosexuelle alors que cet aménagement de la législation était notamment prévu pour elle. Et si le mariage présente tant d’attraits, comment expliquer que tant d’hommes et de femmes, de la base jusqu’au sommet de l’Etat, choisissent l’union libre c’est-à-dire le non-mariage ?
    Il est notable également que nombre d’homosexuels vivent leur vie le plus naturellement du monde sans réclamer nécessairement le passage devant Monsieur le Maire. Certains même s’étonnent de ce déchaînement médiatique sur une question qui leur est totalement étrangère.
    Alors, au bout du compte, que penser de tout ce tapage, de tout ce galimatias ?
    Pas grand chose, sinon que derrière ces acrobaties sémantiques ou stylistiques, il y a la volonté de nier une évidence.
    La négation d’une évidence :
    Quel que soit le mode de procréation choisi, la naissance d’un enfant est nécessairement le résultat de la rencontre de deux cellules, masculine et féminine. La différenciation sexuelle est constitutive de l’être humain, même si les choix de vie peuvent ensuite amener certains individus à la vivre différemment. De ce fait, on ne peut admettre qu’une simple évolution des moeurs soit un argument suffisant pour modifier le statut du couple et celui de la famille, tels qu’ils nous ont été transmis depuis les origines de notre civilisation. Les Romains eux-mêmes, qui pratiquaient librement et indifféremment les deux formes de sexualité, n’ont jamais songé à remettre en question ce mode d’organisation de la famille pour une raison très simple mais essentielle : cette structure de la cellule familiale est la seule à garantir la filiation. Grands législateurs (ne pas oublier au passage que notre Code Civil découle directement du Droit Romain), ils ont toujours tenu à préserver ce socle de l’organisation sociale. Quant à l’adoption, très courante à Rome, elle a toujours été soigneusement encadrée par tout un arsenal juridique de manière à préserver l’intégrité des liens du sang. De ce fait, l’adoption n’était juridiquement admise que dans le cadre d’une famille déjà constituée et sur le modèle du couple hétérosexuel.
    Jamais deux sans trois :
    Mais il y a plus grave : la stérilité naturelle du « couple homosexuel » induit nécessairement l’intervention d’un tiers de l’autre sexe pour le rendre fécond. Dès lors, l’accès à la PMA ou à la GPA (quelle que soit la procédure adoptée, c’est-à-dire avec ou sans rapport sexuel) conduit à s’interroger sur la nature de ce prétendu « couple » qui ne peut assurer à lui seul son désir d’enfant. Ce qui revient à dire que le contrat de mariage que signeraient deux personnes de même sexe inclut nécessairement l’intervention prévisible d’une troisième personne. Il ne s’agit donc plus d’un « couple » mais d’une « triade », une forme d’adultère biologique accepté et reconnu par la loi. Sans parler des inévitables dérives financières qu’entraînera nécessairement la recherche effrénée de donneurs et de mères porteuses. Dans certains pays, on assiste déjà à des combinaisons multiples où les homosexuels s’adjoignent - pour un temps ou pour longtemps et moyennant finances –
    le concours d’une ou plusieurs personnes pour mener à bien leur projet. Nous sommes là devant le risque majeur d’une marchandisation de l’enfant et par extension de la vie humaine. L’embryon devient un objet de convoitise assimilable à n’importe quel produit de consommation. Dans un proche avenir, on peut même imaginer l’achat en pharmacie de paillettes de sperme ou d’ovules congelées qu’on pourrait se procurer aussi facilement que la pilule contraceptive ou le Viagra, le tout remboursé par la Sécurité Sociale, au nom de ce « droit à l’enfant » brandi comme un dogme par les partisans de la loi.
    Au terme de cet argumentaire, une conclusion s’impose :
    Le « mariage » pour quelques-uns est en fait une menace « pour tous » :
    A l’évidence, l’adoption de ce projet de loi fait courir à notre société un danger d’autant plus grand qu’il est paré de toutes les vertus aux yeux du plus grand nombre. Pour employer le langage des internautes, c’est un dangereux « cheval de Troie » qu’on introduit dans la législation française. « Malheureux citoyens, quelle folie est la vôtre ! » s’écriait Laocon en voyant les Troyens disposés à introduire ce cheval maudit dans les murs de leur ville (Enéide, II, 42).
    Abandonné sur la plage, ce cheval imaginé par Homère avait tous les attraits d’un cadeau des dieux. Les Troyens sont restés sourds à l’avertissement de Laocoon. Ils ont fait mieux. Pour faciliter l’entrée du cheval dans la ville, ils n’ont pas hésité à abattre une partie de leurs murailles.
    On connaît la suite ! …
    Il est vain d’imaginer qu’on puisse contenir toutes les dérives inhérentes au projet de loi tel qu’il est présenté aujourd’hui. C’est bien sur la notion même de « mariage pour tous » qu’il faut se battre et résister. Si cette digue saute, le risque de submersion est hors de tout contrôle.
    Daniel Godard,  Professeur de Lettres Classiques
    Dans le cortège des partisans de la loi « le mariage pour tous », il y avait un slogan intéressant :
    « UNE PAIRE DE MERES VAUT MIEUX QU’UN PERE DE MERDE »
    Si l’on accepte de faire l’impasse sur le caractère outrancier et injurieux du propos, ce slogan est une aubaine !
    Pour la première fois, l’union de deux femmes est reconnue comme une « paire » et non comme « un couple »
    J’y vois la confirmation (involontaire) de mon analyse du mot « couple »
    Les arguments en faveur du mariage homo s’effondrent d’un coup devant cette évidence.
    Merci à celui ou à celle qui est à l’origine de ce slogan lumineux et providentiel !

  • LE CHOMAGE ENTRETENU PAR LE POUVOIR

    Les nouvelles sur le front du chômage sont sinistres et le pouvoir ne cesse d'en gémir à juste titre ; il pleure en fait sur sa propre incapacité à mener le combat, celle-là venant hélas de son idéologie destructrice.
    Nous donnerons peu de chiffres, ces derniers se trouvant dans les journaux et les médias. Le pays compte fin 2012 pas moins de 284 600 chômeurs de plus pour l'année et le total représente 10% de la population active. Il est utile de noter qu'une grande partie de cette population n'est pas sujette à la maladie : fonctionnaires et assimilés. Après les rectifications nécessaires, il serait possible que le vrai taux soit de 20 %.
    Les plans sociaux se succèdent les uns après les autres. Un effet cumulatif se produit, les entreprises profitant de la panique pour fermer des sites.
    L'exemple de l'automobile est frappant. Cette industrie, si riche d'emplois variés, est prise en ciseaux. D'une part se trouve la paupérisation, œuvre volontaire du gouvernement comme nous l'avons montré souvent dans ces flashs et de l'autre la cherté relative de la main d'oeuvre à cause de charges indues.

    FLORAISON DE DISPOSITIFS
    Dans ce désastre dont le pouvoir est l'auteur, celui-ci a deux comportements. Il galope de-ci de-là dès qu'un plan social se dessine et vient pleurer sur place en dépêchant un ou plusieurs ministres ; des promesses intenables, soit économiquement soit juridiquement, sont émises et, tout aussi tôt, il court ailleurs.
    Son autre stratégie est d'inventer des dispositifs : ce mot qui devrait être banni de l'action publique, reflète la volonté des politiques de réparer les calamités dont ils sont si souvent les auteurs ; en général, le dispositif n'est qu'une usine à gaz de plus s'ajoutant à la galaxie d'usines à gaz préexistantes : voir les emplois d'avenir ou les contrats intergénérationnels. C'est pourtant, sur cette base que, par ignorance ou légèreté, le Président avait promis dans des vœux de terrasser la bête avant la fin de 2013. Le voici aujourd'hui contraint piteusement de faire du rétropédalage.
    C'est en ce moment, le mardi 22 février, que la Cour des comptes lance un rapport assassin sur les aides publiques en faveur du marché du travail, à savoir justement ces dispositifs. Ces aides représentent 50 milliards d'euros par an, soit 2,5 points de PIB. Elles s'accompagnent de la hausse du chômage dont la Cour remarque qu'elle risque de se prolonger, les plus faibles en souffrant davantage. Elle en profite pour épingler le régime des intermittents du spectacle : il creuse le déficit de l'assurance-chômage d'un nouveau milliard chaque année pour seulement 3 % des demandeurs d'emploi.
    Les lamentos sur le chômage ne sont pas nouveaux car les mauvaises nouvelles déferlent depuis longtemps, que ce soit sous des gouvernements de la fausse droite ou de la vraie gauche. L'énoncé de la kyrielle des dispositifs censés le corriger est impossible.

    POURQUOI ET COMMENT LE CHOMAGE
    En fait il y a deux causes majeures : le code du travail et la fiscalité en folie.
    Le code du travail compte 4 200 pages et augmente chaque année de 500 pages. Il est rempli d'obstacles à l'emploi. Signalons en particulier la difficulté de licencier, avec le temps et l’argent perdus dans les prud'hommes. C'est comparable au maintien dans les lieux qui a ruiné le logement pendant de longues années.
    L'immense tissu des entreprises est prêt à créer des emplois en grand nombre si on ne les en empêche pas par les lois fiscales et sociales. Cela peut concerner aussi bien des firmes de milliers de personnes que des PME ou des TPE. Comment se prend la décision d'embaucher ou pas ? Il faut légitimement que l'embauche maximise les profits. Le risque est toujours important. Il faut que ce risque soit largement inférieur aux profits espérés, ceci si possible d'une façon pérenne. C'est là que la fiscalité intervient dans le cadre de la centaine d'impôts que paient les entreprises. Aux impôts plus ou moins connus s'ajoute une incertitude permanente qui avec Hollande s'est fortement aggravée. Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que les entrepreneurs restent l'arme au pied en rongeant leur frein.
    L'histoire du TITANIC est instructive. Le capitaine était seul maître à bord comme le veut l'usage. Il a mal analysé les faits et, surtout, s'est obstiné dans l'erreur : la suite est connue. Par un pur hasard électoral, le capitaine du vaisseau France a tous les pouvoirs, ce qui est très rare. A lui de s'informer sur les causes réelles du chômage. Sur cette base, il est facile de définir la route de l'emploi. Il peut, grâce à ses pouvoirs, bousculer les oppositions inévitables. S'il s'obstine dans l'erreur, il va précipiter les passagers du vaisseau contre l'iceberg dur de la réalité.
    MICHEL de PONCINS http://libeco.net

  • En Italie, comme en France, les jeunes des classes populaires votent à droite

    En Italie, comme en France, les jeunes des classes populaires votent à droite

    ROME (NOVOpress) – C’est un lieu commun à la vie dure qui vient d’être mis à bas en Italie par une étude menée par l’institut IPSOS sur le vote des jeunes.

    Si 21% des jeunes (de 18 à 29 ans) interrogés ont déclaré ne pas avoir l’intention de voter aux prochaines échéances électorales, 30% se sont affirmés de gauche contre 31,5% de droite. Dans la catégorie des jeunes affirmant « voter à droite », les classes populaires et les enfants d’ouvriers sont beaucoup plus représentés que parmi les jeunes votant à gauche.

    « Aujourd’hui, les jeunes qui votent à gauche sont souvent des fils de cadres ou de professions libérales bénéficiant d’un certain confort économique tandis que les jeunes s’affirmant de droite sont souvent des fils d’ouvriers, ayant dû abandonner assez tôt leurs études ou travailler parallèlement à celles-ci. C’est une nouveauté et presque une inversion totale de la dichotomie droite/gauche présente dans l’imaginaire collectif. » commente ainsi un de membres de l’institut Toniolo, à l’origine de cette enquête

    La conclusion de l’enquête est ainsi sans appel: les jeunes de gauche appartiennent très majoritairement à la classe moyenne-supérieure.

    Crédit photo : DR.

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  • Le bonapartisme, examen d’une pensée politique évanouie

    Le bonapartisme, examen d’une pensée politique évanouie Dans l’histoire française des idées politiques, le bonapartisme demeure, malgré des recherches fructueuses, une doctrine non identifiée. Pour René Rémond, il établit une tradition autoritaire et protestataire dont les manifestations ultérieures seront tour à tour le boulangisme, l’anti-dreyfusisme, l’Action française, les Ligues des années trente, le régime de Vichy, le poujadisme et le Front national. Par simplification et généralisation abusive, on peut même jusqu’à lui attribuer une responsabilité dans la naissance du fascisme, surtout si l’on postule, à la suite de Zeev Sternhell, que la droite révolutionnaire française en est l’amorce.
    Dans sa biographie récente sur Napoléon III, le spécialiste universitaire français du fascisme italien, Pierre Milza, explique au lecteur qu’« il est tentant de comparer l’Empire autoritaire et le régime mussolinien : surtout pour qui […] a longuement étudié le second et s’intéresse aux antécédents du fascisme (1) ». Le bonapartisme serait-il par conséquent l’ancêtre du populisme, de l’extrême droite, voire du fascisme ? Il importe au préalable de définir le bonapartisme.

    Qu’est-ce que le bonapartisme ?

    « Le mot “ bonapartisme ”, écrit Frédéric Bluche, apparaît en 1814. Utilisé d’abord par les royalistes, qui parlent surtout des “ buonapartistes ”, le mot conserve une nuance péjorative jusqu’en 1848, date à laquelle les partisans de Louis-Napoléon, en l’adoptant, lui donnent son véritable sens (2). » Il a pour synonymes « impérialiste », « plébiscitaire » ou, plus rarement, « napoléoniste ». Ces appellations désignent le soutien et la défense de la politique d’un membre de la famille Bonaparte. Toutefois, ni Napoléon Ier, ni Napoléon III ne sont des idéologues. Certes, « il existe une “ doctrine ” napoléonienne sous le Consulat et l’Empire, même si celle-ci n’est pas une construction abstraite, car Napoléon lui-même l’aurait récusé à ce titre. Son principal handicap est l’absence de théoricien bonapartiste après l’Empire. Par voie de conséquence, le bonapartisme n’est pas né de la légende napoléonienne. Il puise ses éléments dans la “ doctrine ” du premier Empire, simplifiée et schématisée sous la Restauration (3) ». Cette absence d’idéologie se retrouve sous le second Empire puisque P. Milza estime que le bonapartisme « est davantage une praxis, une pratique de gouvernement, vaguement théorisée après coup… (4) »
    Frédéric Bluche en retrace la généalogie politique et pense que « ni en 1799, ni en 1804, en 1848 ou 1851 le bonapartisme n’a coïncidé avec les grands courants d’opinion qui divisaient le pays : jacobinisme et contre-révolution, république et monarchie. S’il les a volontiers transcendés, il a aussi évolué, s’adaptant aux circonstances : au centre gauche en 1799 – 1800, au centre en 1802 – 1804, sans doute au centre droit sous l’Empire, à gauche en 1815, au centre et en pleine ambiguïté en 1848 et en 1851… (5) ». Pour Jean-Christian Petitfils, « le bonapartisme, après avoir hésité sous l’Empire à basculer à droite, représente à partir de 1815 une force de gauche. Ceci explique sous la Restauration l’étroite association du bonapartisme et du libéralisme en lutte contre l’ordre établi (6) ». Le bonapartisme ne peut se défaire de son origine révolutionnaire.
    Son hétérogénéité se manifeste à l’élection présidentielle du 10 décembre 1848. La victoire triomphale, à 75 % des suffrages dès le premier tour, de Louis-Napoléon Bonaparte indique que, « pour une large fraction de l’électorat qui s’est prononcé en faveur du neveu de l’empereur, le vote a une signification protestataire, ou si l’on veut tribunitienne (7) ». D’après P. Milza, les électeurs « ont voté contre la République bourgeoise – à droite parce qu’elle était censée faire le lit des “ partageux ” et de l’anarchie; à gauche parce que ses représentants avaient fait tirer sur le peuple en juin 1848 -, et ils ont opté pour un candidat qui promettait d’associer l’autorité, la grandeur de la nation, le respect de la souveraineté populaire et le souci du sort des plus démunis (8) ». Sans craindre l’anachronisme, P. Milza s’étonne de « ce bric-à-brac d’engagements contradictoires [qui] constituait moins un programme de gouvernement qu’un miroir aux alouettes destiné à rassembler sous le nom du candidat bonapartiste une clientèle hétéroclite dont les intérêts et les inclinations politiques étaient loin de converger. Première mouture d’une stratégie électorale à laquelle auront recours par la suite tous les postulants à l’établissement d’un pouvoir fort d’inspiration national-populiste, en passant par les divers avatars de la contestation ligueuse, la Révolution nationale et les brèves apparitions d’un fascisme à la française. La majeure partie des électeurs du 10 décembre qui ont choisi de voter pour Louis-Napoléon Bonaparte ne l’ont pas fait pour des raisons idéologiques; pas plus que les électeurs du général Boulanger en 1889 ou ceux de Jean-Marie Le Pen en avril 2002 (9) ». On peut retourner l’affirmation : les électeurs du général de Gaulle en décembre 1965 ont-ils voté en faveur du gaullisme ? Ou bien ceux de François Mitterrand, le 10 mai 1981, étaient-ils tous de chauds partisans du Programme commun de la gauche ou, plus certainement, souhaitaient-ils se débarrasser de Valéry Giscard d’Estaing ? L’argument de Milza n’est qu’un poncif éculé !

    Dépassement ou intégration de la dichotomie ?

    La démarche de Milza traduit bien la difficulté qu’ont les historiens à inscrire le bonapartisme sur un axe droite-gauche. Ils ne comprennent pas sa plasticité, son pragmatisme, son adaptation permanente aux événements, d’où son ambivalence paradigmatique. « Le bonapartisme est encore (en 1848 – 1849) un centrisme instable, pouvant aussi bien verser dans un bonapartisme de gauche, populaire, démocratique et anticlérical, que dans un bonapartisme de droite, conservateur, clérical, défenseur de la propriété contre la menace des “ rouges ”. Il ne se confond en tout cas avec aucune des deux traditions de la droite, observe J.-Ch. Petitfils (10). » Cette dualité appartient à la nature même du bonapartisme, d’où une lecture biaisée et simpliste qui en fait le prototype du « populisme », d’autant – circonstance aggravante – qu’il « cherche à s’enraciner dans les milieux populaires en faisant éclater le carcan des cadres traditionnels, en éliminant les influences patriarcales, les liens de la clientèle (11) ». Bref, pour J.-Ch. Petitfils, « voter […] pour les candidats bonapartistes signifie bien souvent voter contre l’emprise des notables et pour le maintien des conquêtes de la Révolution (12) ». C’est un vote d’opposition aux cadres sociaux de la société traditionnelle. On comprend mieux la raison qui incita René Rémond à caractériser sa troisième droite autour d’« un amalgame d’éléments originellement hétérogènes, mais qui a acquis une cohérence et une consistance propre sous le signe de l’autorité et du nationalisme (13) ». Néanmoins, R. Rémond reconnaît que « le bonapartisme n’est ni de droite ni de gauche. Il récuse pour lui-même ces étiquettes et refuse d’entrer dans une classification qu’il entend précisément dépasser et abolir. Reprenant le dessein de son oncle, le prince-président se propose de supprimer les partis qui divisent la nation et veut réconcilier les Français en les tournant vers une œuvre d’avenir (14) ».
    L’ambiguïté du bonapartisme augmente encore quand on se penche sur sa conception de l’État et des rapports sociaux. Prenant acte de la Modernité individualiste et de la perte de sens des communautés d’appartenance traditionnelles, « ce qui prime, aux yeux du futur Napoléon III dans L’Extinction du paupérisme, c’est ce que nous appelons l’intégration des “ masses ” (15) ». Dans cette brochure, on y lit : « Aujourd’hui, le régime des castes est fini : on ne peut gouverner qu’avec les masses; il faut donc les organiser pour qu’elles puissent formuler leurs volontés et les discipliner pour qu’elles puissent être dirigées et éclairées sur leurs propres intérêts (16). » On ne peut que constater que « le bonapartisme se sépare des conceptions libérales, l’évolution naturelle des sociétés ne peut s’accomplir de manière harmonieuse que si elle est organisée et encadrée par une forme de pouvoir qui en assure le plein épanouissement (17) ». Fort de cet étatisme directif et de cet « illibéralisme démocratique » (P. Milza), « Louis-Napoléon n’a pas attendu d’être empereur pour proclamer, dans un texte datant de 1839, qu’ “ un gouvernement n’est pas (comme tels le prétendent) un ulcère nécessaire, mais c’est plutôt le moteur bienfaisant de tout organisme social ”. L’État bonapartiste ne saurait être un simple veilleur de nuit en charge des classiques fonctions régaliennes (défense, justice, sécurité publique, etc.), tels que le souhaitent les défenseurs de l’orthodoxie libérale. Il est appelé à légiférer en matière économique. […] Il a surtout un rôle primordial à jouer en matière de crédit, de commandes et de travaux d’intérêt public (18) ». Napoléon III « assigne à l’État un rôle moteur dans le financement et la gestion de l’entreprise (19) ».

    La vision d’un État interventionniste en économie procède d’un intérêt certain pour la question sociale. Disposant du soutien sans réserve de la population rurale, Napoléon III se préoccupe du sort de la classe ouvrière. Ainsi, « la France s’est trouvée en 1870 dotée d’une législation sociale en avance sur celle des autres États européens et que les mesures prises par l’Empire en matière de reconnaissance des premiers droits des travailleurs n’ont pas été sans conséquence sur l’essor d’un mouvement ouvrier condamné jusqu’alors à manifester ses frustrations et son désespoir par l’unique voie de la rébellion sanglante (20) ». Le droit de grève est reconnu en 1864 et le second Empire encourage ouvertement les associations de solidarité ouvrière, naguère clandestines, et leur « mutuellisme » qui emprunte au proudhonisme et au catholicisme social. N’étonnons-nous pas de retrouver aux obsèques de Napoléon III en 1873, « une petite délégation d’ouvriers parisiens et plusieurs anciens communards chassés de France par la répression versaillaise (21) ». La même année, les mineurs d’Anzin se mettent en grève aux cris de « Vive Napoléon IV ! ».
    Toutefois, « le prince-président, note P. Milza, aurait souhaité faire adopter des réformes en faveur des classes populaires. On envisagea de supprimer l’octroi et l’impôt sur les boissons – impositions indirectes qui frappaient de la même manière tous les consommateurs – pour les remplacer par un impôt sur le revenu. Sous la pression des milieux conservateurs, il fallut vite renoncer à ce projet et à d’autres mesures jugées tout aussi “ démagogiques ” par les nantis : impôt sur la rente, droit de mutation sur les charges, rachat des compagnies d’assurances, etc. Le chef de l’État ne pouvait se lancer dans une politique sociale que réprouvaient ses appuis. L’heure n’était pas au renversement des alliances et Proudhon constatait en mars 1852 : “ Louis-Napoléon est arrêté net dans ses projets socialistes. […] Les banquiers boudent, la bourgeoisie se range du côté de Cavaignac, La Patrie, Le Constitutionnel protestent contre les bruits calomnieux de socialisme gouvernemental et, pour arrêter le président, compromettent ainsi sa politique (22) ». Ces velléités sociales – fort peu autoritaires d’ailleurs – et les quelques réalisations en faveur des classes laborieuses amènent Pierre Milza à reprendre sa grille d’interprétation absconse et anachronique : « Tout cela n’est pas sans relation, certes, avec le socialisme, mais aussi, et davantage peut-être, avec certaines dictatures populistes du XXe siècle. Autorité, étatisme, méfiance à l’égard des classes dirigeantes libérales et de l’idéologie du “ laisser faire ”, intérêt marqué (au moins au niveau des intentions) pour les classes populaires, militarisation du corps social, etc., autant de principes que l’on retrouvera, un siècle plus tard, dans le fascisme (23). » Mais avec quel fascisme Milza souhaite-t-il le comparer ? Le fascisme fondateur (1919 – 1921), on le sait, n’a que peu de similitudes avec le fascisme au pouvoir en Italie entre 1922 et 1943. Quant au fascisme crépusculaire de la « République sociale », sa radicalité et les circonstances de son apparition en font un cas particulier. Milza aurait pu simplement montrer que, comme tout parti dominant, il existe différentes tendances sociologiques (le « Ratapoil » de 1848 n’est pas le fonctionnaire impérial de 1859) et politiques. En 1870, on distingue les « Arcadiens » ou « Mamelouks » qui sont des bonapartistes conservateurs et autoritaires avec Paul de Cassagnac, les bonapartistes libéraux et parlementaristes avec Émile Ollivier, les bonapartistes sociaux fort proches de l’empereur, et les bonapartistes de gauche, jacobins et anticléricaux, conduits par le propre cousin de Napoléon III, le prince Napoléon-Jérôme dit « Plon-Plon » ou surnommé le « Prince de la Montagne » puisque, député en 1848, il a siégé à l’extrême gauche au sommet de l’hémicycle.

    Bonapartisme de gauche, bonapartisme de droite et centrisme bonapartiste

    Jugeant que le bonapartisme n’est ni de droite ni de gauche, E. Borne estime qu’il « donne à ces politiques – dont il n’abolit pas les contradictions réciproques – un je ne sais quoi de flamboyant, de rigoureux, d’extrême, bref de romantique, qui tranche avec les forces classiques de la gauche et de la droite (24) ». Est-ce pour autant entériner la spécificité du bonapartisme ? Non, répond Marc Crapez qui étudie la genèse de la gauche et de la droite en France. Il signale que André Siegfried « sépare de la droite les bonapartistes [… qu’il nomme] “ Gauche indépendante ” (25) ». Pour étayer son affirmation, M. Crapez ajoute que « le bonapartisme est une “ vigoureuse conception gouvernementale, où l’égalité subsiste mais où l’ordre prime la liberté ”. Ses adeptes veulent une “ République consulaire ”, “ démocratiques et autoritaire ”, une “ France, conservatrice parfois, démocratique toujours ”. Le bonapartisme populaire “ est au fond démocratique, égalitaire et anticlérical, quoique fortement porté sur l’ordre et l’autorité ”. […] Au début de la IIIe République, certains candidats bonapartistes vont “ reporter ou laisser reporter leurs voix sur le candidat de gauche ”. En certains endroits du département de la Loire-Inférieure, par exemple, plus d’un bonapartiste préfère “ donner sa voix aux républicains plutôt que d’en faire bénéficier le parti blanc. […] De temps à autre on reparle d’une combinaison où tous les bleus, c’est-à-dire les républicains et les impérialistes, s’uniraient contre les blancs ” (26) ». Ce report de voix de la part des électeurs bonapartistes démontre que « la République décennale et le second Empire, tout comme le premier, développent sur le mode autoritaire les principes de la République modérée (27) ». Plus clairement, s’il est l’« héritier de la Révolution comme son vieil ennemi l’orléanisme, et comme lui visant à la synthèse équilibrée, le bonapartisme s’en distingue à jamais par ses caractères autoritaires et démocratiques (28) ». Allant plus loin dans l’analyse, Frédéric Bluche et Stéphane Rials considèrent d’une manière qu’ils voudraient définitive, que « quelle que soit la méthode adoptée, on aboutit toujours à une négation de la définition droitière du bonapartisme. […] Il y eut toujours des hommes de droite ralliés au bonapartisme ou égarés dans ses rangs, mais sur la longue durée (de l’an VIII à 1870, et même au-delà) le bonapartisme est essentiellement un centrisme. Un centrisme autoritaire. Un centre n’est pas une droite, et surtout pas celui-là (29) ». Un centrisme autoritaire et modernisateur, peut-on préciser. Or M. Crapez conteste l’analyse : « Il ne paraît pas assuré que cet hapax puisse résoudre le problème (sauf à baptiser le fascisme centrisme totalitaire). En effet, si l’on veut bien prêter attention aux pères fondateurs de l’analyse politologique (André Siegfried, Charles Seignobos, Albert Thibaudet), ils perçurent le bonapartisme comme un phénomène hybride, une sorte de “ croisement ” idéologique (30). » Dans l’annexe de La gauche réactionnaire, M. Crapez bouleverse et affine la typologie ternaire émise par R. Rémond. Il met en évidence « la droite conservatrice [qui] entend freiner des évolutions jugées néfastes, sans se laisser intimider par la gauche, tout en détestant la droite réactionnaire. La version libérale est une grande tradition de pensée qui de Tocqueville […] à Raymond Aron, se sent proche du modèle britannique. Le courant impérial est de souvenir bonapartiste ou de copie allemande (Révolution conservatrice). Il souligne que la grande école sociologique allemande est en quelque sorte à mi-chemin de la droite conservatrice libérale et de l’impériale. Ainsi Raymond Aron et, toutes choses égales par ailleurs, Alain de Benoist, peuvent partager nombres de référents (Weber, Pareto, Schmitt, etc.) (31) ». Quand P. Milza considère que le bonapartisme a engendré le national-populisme (Le Pen) et le « démocratisme plébiscitaire » (De Gaulle), il ne donne qu’une opinion convenue et dépassée.

    Le temps de « l’Appel au Peuple »

    On aurait pu croire que l’effondrement du second Empire eût entraîné dans sa chute le bonapartisme. Il n’en est rien. De son exil britannique, Napoléon III nomme le fidèle Rouher (le « vice-empereur » sous l’Empire autoritaire) chef du parti avec la mission de le réorganiser. Élu à l’Assemblée nationale, Rouher met en place une infrastructure militante au nom révélateur : « L’Appel au Peuple ». Il s’appuie sur de puissants journaux Le Gaulois, L’Ordre et Le Pays qui comptent « en 1872 entre un sixième et un quart selon les départements des lecteurs abonnés aux journaux venus de Paris (32) ». Dès 1873, le bonapartisme renoue avec le succès grâce aux élections législatives partielles. Aux élections générales de 1876, les bonapartistes obtiennent « un million de voix, 90 députés (sans compter cinq sympathisants) élus sans aucune pression administrative et une quarantaine de sénateurs, souvent anciens serviteurs de l’Empire (33) ». Ces résultats contredisent R. Rémond qui pense qu’aux débuts de la IIIe République, « le parti bonapartiste négligea de s’organiser en fonction de nouvelles règles du jeu politique et de se constituer en parti de type moderne : il eût fallu se donner des structures fortes et observer une discipline rigoureuse, pour compenser notamment la perte de l’appui administratif qui le dispensait précédemment de se doter d’un appareil en propre. Faute de quoi, les bonapartistes furent obligés de chercher le soutien de notables traditionnels, c’est-à-dire de ceux-là même dont les électeurs manifestaient clairement le désir de s’émanciper (34) ». La poussée de la gauche républicaine contraint les bonapartistes à se tourner vers le conservatisme. Les candidats font campagne en 1876 au nom du Comité national conservateur et représentent « la moitié de la droite (contre 5 % en 1871) (35) ». Désormais, commente F. Bluche, il « est historiquement dépassé. En devenant partie intégrante de la droite, il a perdu sa raison d’être (36) ». Le déclin du bonapartisme s’amplifie avec le brusque décès du prince impérial en Afrique en 1879. Celui-ci sent la nécessité de rénover les principales « idées napoléoniennes ». Outre le recours au plébiscite à l’avénement de chaque nouvel empereur et pour, le cas échéant, le révoquer, Alain Frérejean montre que l’héritier de Napoléon III envisage la division de la France en dix-huit régions chacune pourvue d’un parlement local et d’un budget régional (37).
    Devenu le nouveau prétendant impérial, Napoléon-Jérôme « Plon-Plon » mécontente la frange la plus conservatrice et la plus cléricale de ses soutiens. Une scission s’opère entre ses partisans, minoritaires, constituent les Comités plébiscitaires et les bonapartistes conservateurs et autoritaires qui suivent Victor Napoléon, le fils de « Plon-Plon ». Plus que familiale, la rivalité est d’ordre politique. Faut-il tenir un discours à droite ou à gauche de l’échiquier politique ? Le bonapartisme doit-il rester fidèle à son origine révolutionnaire, devenir un conservatisme issu de la Révolution, une variante française de torysme ou bien se fondre dans la tradition contre-révolutionnaire en lui apportant l’autoritarisme, l’étatisme et le militarisme ? Dépités par ces querelles internes, certains bonapartistes optent pour une solution « providentialiste », le « solutionnisme » ou « n’importequinquisme » : « si la dynastie napoléonienne ne correspond plus aux décisions de la nation, résume F. Bluche, l’appel au peuple peut amener au pouvoir une nouvelle dynastie qui, elle, aura su les comprendre (38) ».
    Quand éclate la crise boulangiste, les instances officielles plébiscitaires jérômistes et bonapartistes victoriens n’apportent pas leur soutien au « général revanche » alors que le bonapartiste de base, tenté par le radical-socialisme, le rejoint, y reconnaissant un style bonapartiste. Dix ans plus tard, au moment de l’affaire Dreyfus, les divergences s’accentuent au sein du bonapartisme. S’il influence en partie le nationalisme anti-dreyfusard en gestation, « c’est en tant qu’il est de gauche et non point conservateur, observe M. Crapez, c’est en ce qu’il s’inscrit dans l’héritage jacobin. Ce sont par exemple les bonapartistes de gauche qui se délectent des clabauderies drumontiennes, alors que les bonapartistes conservateurs y sont très réticents (39) ». L’impératrice Eugènie est dreyfusarde. Le fossé s’élargit entre l’élite (incarnée par la Maison impériale) et la base de plus en plus perméable aux thèses du nationalisme radical (ou « droite révolutionnaire »). L’obsolescence du bonapartisme se poursuit au début du XXe siècle. En 1914, les derniers plébiscitaires se rallient à l’Union sacrée. Après la Grande Guerre, « en dépit de la disparition de leurs principaux organes de presse, dont L’Autorité, certains sont élus députés dans la Chambre » bleu horizon ”, tels Pierre Taittinger – président de l’Union de la Jeunesse Bonapartiste de la Seine – Paul Chassaigne-Goyon, Paul de Cassagnac. En 1923, lors d’un banquet, le comité politique annonce la création du “ Parti de l’Appel au peuple ”, et d’une revue, La Volonté Nationale, dirigée par André Desmaret. De leur côté, les Jeunesses Bonapartistes fondent le groupe des Étudiants plébiscitaires, animé par Roger Giron et Charles-Louis Vrigoneaux (rédacteur en chef de La Revue Plébiscitaire). Le Parti de l’Appel enregistre un net recul lors des élections de 1924, tandis qu’une part importante des militants adhèrent aux Jeunesses Patriotes ou à la Ligue des Patriotes, ressuscitée par le général de Castelnau, créateur de la Fédération nationale catholique. En 1925, la direction du parti est assurée par le duc de Massa, de Rudelle et le prince Joachim Murat, alors que le prince Jérôme meurt l’année suivante. Outre le Parti de l’Appel, le courant bonapartiste compte également l’Association Bonapartiste des Anciens combattants, fondée par Edmond Neveu et A. Dufour, les Jeunesses Bonapartistes qui publient à partir de 1929 L’Aiglon, Les Abeilles, groupement des dames bonapartistes et l’Association des journalistes plébiscitaires présidée par Robert Laënnec. Tant à la Chambre que lors des manifestations nationalistes, les bonapartistes doivent s’associer aux autres mouvements, défilant en 1934 aux côtés des Jeunesses Patriotes, des Croix de feu, de l’Action française, de la Solidarité française et des Francistes de Bucard (40) ».

    Les derniers feux

    En 1940, alors que les cendres de l’Aiglon sont ramenées à Paris sur ordre d’Hitler, le prince Louis Napoléon (1914 – 1997) ordonne la dissolution de toutes les organisations bonapartistes d’audience nationale et participe à la Résistance. Arrêté par la Gestapo, il rejette tout projet de restauration impériale avec l’aide de l’occupant et déclare : « Je suis Français et national ». Après la guerre, du fait de son état de résistant, avec l’accord du président Vincent Auriol et malgré la loi d’exil qui impose aux chefs des dynasties ayant régné sur la France de vivre à l’étranger et qui n’est abrogé qu’en 1951, le prince Napoléon s’installe à Paris. Vers 1957 – 1958, certains de ses partisans essaient de profiter de la déliquescence de la IVe République et de la crise algérienne pour envisager une nouvelle république consulaire. Il en rejette là encore l’idée et apporte son soutien au général de Gaulle. En 1992, le prince impérial appelle à voter « oui » au traité de Maastricht. Deux ans plus tard, il se brouille avec son fils aîné, le prince Charles Napoléon. Comme au temps de la querelle entre Napoléon-Jérôme et Victor, le conflit porte sur une question politique. Cette année-là, lors des élections européennes, Charles Napoléon encourage la liste régionaliste « Régions et peuples solidaires » de l’euro-député sortant Max Siméoni. En réaction, le prince impérial désigne son petit-fils Jean-Christophe (né en 1986) futur chef de la Famille impériale, la règle de succession des Napoléonides étant moins rigoureuse que les lois fondamentales chez les Capétiens.
    En 2001, le prince Charles Napoléon se présente aux élections municipales d’Ajaccio et, s’alliant avec le social-démocrate Simon Renucci, remporte la municipalité au détriment – ô ironie ! – du Comité central bonapartiste. Localement influent, cette structure autonome relève en fait du mouvement chiraquien. Dans les années 1990 existe un Rassemblement bonapartiste qui périclite assez rapidement. À l’orée du nouveau siècle, d’anciens militants de ce rassemblement, en compagnie des membres de la Fédération bonapartiste de Franche-Comté, fondent France bonapartiste (41). Présidé par David Saforcada, c’est un mouvement politique qui continue à réclamer du bonapartisme ! il paraît se positionner sur un créneau assez souverainiste et « républicain ». En matière européenne, il s’apprête à voter « non » au référendum sur la Constitution européenne.
    Finalement, « on doit à R. Michels ainsi qu’à J. Burnham, qui a repris les idées de Michels, d’avoir défini le bonapartisme comme une catégorie particulière du monde politique moderne. Le phénomène du bonapartisme est présenté par ces auteurs comme une des conséquences auxquelles aboutit, dans des circonstances déterminées, le principe démocratique de la représentation populaire, c’est-à-dire le critère politique du nombre et de la masse pure. […] Le bonapartisme, bien qu’il soit l’antithèse de la démocratie, peut être considéré comme son ultime conséquence. C’est un despotisme fondé sur une conception démocratique qu’il nie en fait mais que, théoriquement, il porte à son accomplissement (42) ». Sous des aspects séducteurs, (« populisme », État impartial, recours à l’homme providentiel, dépassement des clivages partisans), le bonapartisme constitue une réplique à cette secousse majeure qu’est la Modernité. Loin d’être anti-moderne, il est au contraire éminemment moderne. Il n’est donc pas surprenant qu’il soit apparu en France. Par bien des aspects, notre pays ressemble à un « Parc jurassique » des idées politiques puisqu’on y trouve tout aussi des bonapartistes que des royalistes, des gaullistes que des communistes, des souverainistes « nationistes » que des gauchistes, des fascistes que des socialistes, des libéraux que des démocrates-chrétiens. Les Français se complaisent dans des stéréotypes politiques désuets et dans des postures idéologiques datées. Longtemps lieu de la confrontation entre les pensées, l’Hexagone n’est plus qu’un dispensaire, un musée ou une vieille maison aux fenêtres cadenassées. Il serait tant de l’ouvrir de nouveau au grand air frais de la postmodernité, de la philosophie communautarienne et du fédéralisme intégral.

    Georges Feltin-Tracol http://www.voxnr.com

    Notes :

    1 : Pierre Milza, Napoléon III, Perrin, 2004, p. 259.
    2 : Frédéric Bluche, Le bonapartisme. Aux origines de la droite autoritaire (1800 – 1850), Nouvelles Éditions latines, 1980, p. 12.
    3 : Idem, p. 10.
    4 : P. Milza, op. cit., pp. 625 – 626.
    5 : F. Bluche, Le bonapartisme. Aux origines…, op. cit. , p. 336.
    6 : Jean-Christian Petitfils, La droite en France (De 1789 à nos jours), P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1983, p. 21.
    7 : P. Milza, op. cit., p. 159.
    8 : Idem, pp. 157 – 158.
    9 : Idem, p. 157.
    10 : J.-Ch. Petitfils, op. cit., p. 42.
    11 : Idem, p. 42.
    12 : Id., pp. 41 – 42.
    13 : René Rémond, Les Droites en France, Aubier, 1982, p. 37.
    14 : Idem, p. 107.
    15 : P. Milza, op. cit., p. 122.
    16 : Louis-Napoléon Bonaparte, L’Extinction du paupérisme, Paguerre, 1844, p. 265.
    17 : P. Milza, op. cit., p. 96.
    18 : Idem, p. 389.
    19 : Id., p. 123.
    20 : Id., p. 406.
    21 : Id. p. 616.
    22 : Id. , pp. 406 – 407.
    23 : Id., p. 124.
    24 : E. Borne, « Contradictions du bonapartisme », France-forum, février 1970, p. 20, cité par F. Bluche, Le bonapartisme. Aux origines…
    25 : Marc Crapez, Naissance de la gauche, Michalon, 1998, p. 78.
    26 : Id., p. 88. Souligné par l’auteur.
    27 : F. Bluche, Le bonapartisme. Aux origines…, op. cit. , p. 338.
    28 : Idem, p. 332.
    29 : Frédéric Bluche et Stéphane Rials, « Fausses droites, centres morts et vrais modérés dans la vie politique française contemporaine », dans Stéphane Rials, Révolution et contre-révolution au XIXe siècle, D.U.C. – Albatros, 1987, p. 44. Souligné par les auteurs.
    30 : M. Crapez, Naissance…, op. cit., p. 281. Souligné par l’auteur.
    31 : Marc Crapez, La gauche réactionnaire, Berg International, 1996, pp. 283 – 284. Souligné par l’auteur.
    32 : René Rémond, Les Droites…, op. cit. , pp. 139 – 140.
    33 : Frédéric Bluche, Le bonapartisme, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1983, p. 111.
    34 : René Rémond, Les Droites…, op. cit. , p. 146.
    35 : Frédéric Bluche, Le bonapartisme…, op. cit., p. 111.
    36 : Id. , p. 117. Souligné par l’auteur.
    37 : Voir à ce sujet Alain Frérejean, Napoléon IV. Un destin brisé, Albin Michel, 1998.
    38 : Frédéric Bluche, Le bonapartisme…, op. cit., p. 116.
    39 : M. Crapez, Naissance…, op. cit., p. 129.
    40 : Ariane Chebel d’Appollonia, L’extrême-droite en France. De Maurras à Le Pen, Éditions Complexes, coll. « Questions au XXe siècle », 1988, pp. 171 – 172.
    41 : Pour plus d’informations sur l’actualité du mouvement bonapartiste, on peut consulter le site officiel de France bonapartiste : //francebonapartiste.free.fr, et le site très intéressant d’un des cofondateurs de ce mouvement bonapartiste, Christophe Guay : www.bonapartisme.monsite.wanadoo.fr. Signalons qu’il existe un Parti bonapartiste néerlandais. Serait-ce l’ébauche d’une nouvelle Internationale ?
    42 : Julius Evola, Les hommes au milieu des ruines, Guy Trédaniel – Pardès, 1984, pp. 75 – 76.

    source : http://www.europemaxima.com/

  • La malédiction du gaz de schiste

    De la Pologne à la Pennsylvanie, Lech Kowalski met à jour le fossé entre le discours des industriels et la réalité de l’exploitation du gaz de schiste.

  • AFFAIRE CAHUZAC La gauche mondialisée

    L’affaire Cahuzac symbolise, à certains égards, la "mondialisation" de la gauche, qui s’est définitivement détournée d'un socialisme enraciné, au point de faire cause commune avec l’UMP.
    Arnaud Montebourg, L'Écho républicain, 7 juillet 2011 : « Je suis désolé, il y a un système affairiste au sein du Parti socialiste qui n'a rien à voir avec le socialisme. » Assurément, depuis l'affaire Urba, apparue sous le premier septennat de Mitterrand, un affairisme récurrent caractérise les socialistes et leur conception du pouvoir comme leur rapport à l'argent.

    Trahison du pays réel
    On ne peut que souscrire aux paroles du ministre du Redressement productif, lesquelles ont été subliminalement reprises, en écho, par Jean-Luc Mélenchon, le tonitruant coprésident du Parti de gauche qui lança à la face d'un Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget, peu à l'aise, qu'il représentait « la vieille gauche sociale-libérale ». Sans tomber dans une trop longue exégèse, précisons tout de même que Mélenchon est loin, très loin de pouvoir se réclamer d'une gauche plus authentique que celle de son contradicteur. Si ce dernier semble approuver le ralliement de son parti au libre-échangisme mondialisé, le premier, qui prône la régularisation de tous les clandestins et l'assouplissement des conditions d'accès à la nationalité française, se fait également le chantre d'un communisme de marché dans lequel les immigrés tiennent le rang d'armée de réserve du capitalisme, pour paraphraser Marx. Et c'est bien là le problème. La gauche radicale ou socialiste contemporaine française n'a plus rien à voir avec le mouvement socialiste ouvrier tel qu'il est né dans la première moitié du XIXe siècle. Dans Le Complexe d'Orphée, Jean-Claude Michéa explique comment le socialisme s'est littéralement et définitivement perdu dans un compromis hasardeux avec la gauche dite républicaine, au moment de l'affaire Dreyfus : « en acceptant ainsi de se mêler, pour la première fois de son existence, à la guerre civile bourgeoise » contre les "blancs" antidreyfusards, « le mouvement socialiste français venait donc de sceller l'acte de naissance de la gauche moderne. [...] Il ne faudrait alors que quelques décennies à l'historiographie républicaine pour conférer à ce nouveau clivage ("rouges" et "bleus" enfin réconciliés sous le drapeau unitaire de la "gauche" contre les "blancs" de la "droite" et de la Réaction) la dignité rétrospective d'une vérité éternelle. » La droite de gouvernement n'est pas en reste dans ce que l'on pourrait appeler l'appropriation privée de la chose publique. Mais lorsque c'est la gauche donneuse de leçons et incarnation autoproclamée du Bien que l'on prend la main dans la confiture, l'affaire prend un tour autrement plus scabreux. La trahison des classes laborieuses est consommée !
    Qui oserait soutenir que l'UMPS (avatar de ces anciens États confédérés que furent, le PC «F», le PS, le RPR et l'UDF) n'est pas en collusion systémique et que là où les moutons d'électeurs croient voir de l'alternance, il n'y a, en réalité, qu'une absence d'alternative ? Si la monarchie, comme toute institution humaine, n'est pas la panacée, il convient de reconnaître qu'elle tient ses serviteurs un peu mieux éloignés que les autres des forces centrifuges de l'accaparement clientéliste.

    Des vices décuplés
    Dans Mes idées politiques, Charles Maurras écrivait ces phrases fortes et d'une confondante évidence : « Corrompu, corrupteur, c'étaient les vices du prince. Ils ne découlaient pas du principe [monarchique]. Lui mort, il suffisait qu'un prince honnête et modéré lui succédât pour que l'intégrité reprît ses droits. Au lien qu'en démocratie l'élu peut être vertueux, il n'en est pas moins le produit et le producteur, l'effet et la cause de la ploutocratie souveraine. Elle l'a fait nommer, il la soutient donc, elle régénère son autorité en faisant renouveler son mandat, et la défend de son mieux contre la justice et contre la nation. » En épousant le dogme du marché, les néo-socialistes marchent à contre-courant du peuple et de la patrie et inoculent, à l'un comme à l'autre, les terribles poisons du sans-frontiérisme, du transgenre indifférencialiste et du consumérisme hédoniste. Ils ont tout trahi, au point d'en avoir perdu le sens commun. Cette « common decency » décrite par Georges Orwell, qui fait défaut à notre oligarchie hors-sol, demeure fondamentalement la chose la mieux conservée par le pays réel, ainsi que l'ampleur de la manifestation contre le "mariage" homosexuel l'a bien montré ce dimanche 13 janvier.
    Aristide Leucate Action Française 2000 du janvier-février 2013

    
aleucate@yahoo.fr

  • Hugh Fitzgerald : Il faut donner une bonne baffe au Qatar

    « Une bonne baffe au Qatar et les autres pays arabes du Golfe comprendront… » L’article qui suit est signé par l’Américain Hugh Fitzgerald, rédacteur associé de la New English Review et membre du conseil d'administration du World Encounter Institute.


    Le riche, le petit Qatar mène allègrement son propre djihad contre l’Occident, à grands coups de pognon, de tous ces milliards qu’il ne mérite pas (ils ne sont que le résultat du hasard qui a placé de gigantesques gisements de gaz naturel à sa portée). Sa principale arme, c’est la propagande de la chaine Al Jazeera, dans sa version arabe comme dans sa version anglaise légèrement édulcorée.

    Mais le Qatar contribue également au djihad par son appui et son secours à Youssef Al-Qaradawi, ce religieux sunnite pernicieux qui soutient, qui défend par tous les moyens tous ceux qui prennent part directement au djihad violent. Le Qatar envoie de l’argent et des armes aux pires de tous, c'est-à-dire aux musulmans les plus fanatiques parmi les rebelles de Libye. Car c’est bien ceux-là qu’il soutient, et aucun des rebelles « modernes ». Et maintenant il soutient les fanatiques musulmans qui se sont emparés du Nord Mali –en utilisant sans doute exactement les mêmes armes que les Qataris ont fournies en Lybie. Et ce faisant, le Qatar en vient à s’opposer directement à la France.

    La France est ce pays où les Qataris riches se sont payés appart sur appart dans tous les Champs Élysées, et aussi tous ces nombreux hôtels particuliers des 17ème et 18ème siècles qu’ils réaménagent à leur sauce - avec force salles de gym, ascenseurs pour leurs voitures, et autres - , en s’embarrassant le moins possible des considérations françaises pour la conservation de ce patrimoine national inestimable. Ces rustres se pavanent sur l’avenue Foch, l’avenue Montaigne, avec d’autres nababs arabes, comme ils le font à Belgravia et Mayfair, à Londres. Leur simple présence est corruption, elle corrompt. Et elle dérange même aujourd’hui ceux – banquiers, agents immobiliers, fournisseurs de luxe - qui en profitent tant.

    Mais, depuis 1973 et la tournée royale du cheikh Yamani [ministre du pétrole du roi saoudien] en France et en Angleterre, les riches arabes ont bien été fondés à croire qu’ils pouvaient se comporter comme cela leur plaisait, à faire ce qu’ils souhaitaient ; et bien fondés à croire que les capitales occidentales auraient trop peur de froncer les sourcils. Et c’est alors qu’ils ont adopté ce comportement scandaleux envers l’Occident, fait d’intimidation, de menaces, alors même qu’ils ne disposaient pas encore de réels moyens de nuire. Les milliers de milliards de l’OPEP commençaient tout juste de couler, et ils n’avaient pas encore acheté les armes et l’influence qu’ils leur ont procuré par la suite ; les musulmans n’étaient alors qu’un petit nombre en Occident, et ne représentaient pas la menace d’aujourd’hui – une menace d’autant plus forte qu’ils se sont ré-islamisés, et, plus précisément, une menace d’autant plus forte que, devant leur constat et leur rejet de la supériorité occidentale, devant le refus de céder opposé par les infidèles, ils s’islamisent davantage, se séparent de plus en plus des non-musulmans, et se considèrent comme les héritiers de plein droit des territoires où ils sont - territoires dont ils pensent qu’ils finiront par leur revenir avec le temps et la loi du nombre.

    Alors merci aux gouvernants en Occident qui se sont dévoyés à protéger, à défendre les textes, la doctrine, l’esprit, les comportements de l’islam, à les soustraire à la réaction populaire. Et merci à certains occidentaux qui en veulent tant à l’argent des riches Arabes du Golfe qu’ils en sont prêts à s’humilier pour cela, et à en persuader d’autres de le faire avec eux.

    Mais avec ce qui se passe en Afrique, les choses sont claires dorénavant. Le Qatar soutient les musulmans fanatiques qui menacent la France et le reste de l’Occident. Et à côté de cela, les Français permettent toujours aux Qataris de faire de Paris leur terrain de jeux. Pourquoi diable continuer comme cela ? Pourquoi ne pas rompre les relations diplomatiques ? Et au-delà, pourquoi ne pas signifier clairement au Qatar qu’ils ne sont plus les bienvenus en France ? Et alors dans ce cas, qu’est-ce qu’ils pourraient bien faire ? La seule chose en leur pouvoir, ce serait de protester, mais si les Français restent fermes, et bien les Qataris pourraient certes rester de gros propriétaires dans les villes françaises, mais ils n’auraient alors plus la permission de s’y rendre, et donc, ils pourraient très bien décider de vendre, et de passer tout cela par pertes et profits. Et ils pourraient très bien décider aussi de vendre leurs participations dans les entreprises françaises. Et alors ? D’autres les rachèteraient, et si le Qatar doit subir des pertes à tout céder ainsi trop rapidement, et bien tant mieux.

    Il faut vraiment donner une bonne baffe à ce méchant petit pays d'à peine 200.000 citoyens où chacun a droit, tous les ans, à plus d’un demi-million de dollars, qu’il neige ou qu’il vente, comme chacun a droit de se servir comme il l’entend, comme esclave, d’une main d’œuvre étrangère sous-payée, huit fois plus nombreuse que la population qatarie elle-même.

    Il faut traiter le Qatar comme il le mérite. Les Français n’ont qu’à leur interdire de profiter de Paris. Et les Américains ? Eh bien, au lieu de se prosterner de gratitude devant le Qatar, qui, magnanime, permet à ces « esclaves blonds aux yeux bleus » (comme un prince saoudien avait ainsi décrit de façon notoire les Américains stationnés dans leurs bases aériennes d’Arabie saoudite) d’y disposer d’une base navale, les Américains n’ont qu’à retirer leur base et leurs navires. Les courbettes ne servent à rien. Et il ne sert à rien non plus de protéger le pétrole des Arabes du Golfe. Ils n’ont qu’à le protéger eux-mêmes, leur pétrole – le protéger de l’Iran, on imagine. Pardon ? Ils en sont incapables. Ok, et bien les Américains n’ont qu’à fixer un prix, disons 100 milliards de dollars par an, pour leur louer les forces navales nécessaires, et bien entendu, ils demanderont de la famille de l'émir Al-Thani qu’elle les supplie publiquement de garder une base au Qatar.

    Il faut renverser la perspective. Mettre le Qatar à sa juste place. Les dirigeants occidentaux n’arrivent pas à comprendre à quel point les Qataris sont totalement dépendants – dépendants pour leur sécurité, dépendants pour la production, le transport et la distribution de leur seule et unique source de richesse, qui n’est d’ailleurs que le résultat d’un hasard géologique, dépendants pour leurs soins médicaux (imaginez simplement que l’on refuse l’accès aux Arabes du Golfe à la médecine occidentale et aux hôpitaux occidentaux ...), et bien sûr, dépendants de ces charmants pays de l’Europe de l’Ouest, si différents de leurs Las Vegas du désert, de leurs boulevards en toc, où s'alignent sans fin les boutiques de bijoux du Gold Souk et les centres commerciaux.

    C’est faisable. Une bonne baffe pour le Qatar, et vous verrez que les autres Arabes du Golfe vont vite comprendre.

    Source: Qatari Primitives With Money Enjoy Their Parisian Existence Which Could Be Denied Them, par Hugh Fitzgerald, NER, 26 janvier 2013. Traduction par Olaf pour Poste de veille

    http://www.francepresseinfos.com/

  • Bernays, ou la révolution du spin

    L’indispensable Consciences sous influence de Stuart Ewen – dont la réédition devient plus urgente que jamais – révèle les prodromes du dol patent des décideurs de réduire les hommes au stade de servo-mécanismes actionnables et dirigeables à merci. A l’époque étudiée, maîtriser les masses impliquait la création d’une mentalité mécanique, aux réactions prévisibles et dénuées d’autonomie. L’idée de changement était implantée symboliquement dans l’esprit des sujets. Le consommatisme devait permettre la satisfaction des pulsions tout en assurant le contrôle social. Bref, depuis près d’un siècle la publicité a cherché une méthode scientifique d’influence psychique.

    Dans ce domaine, le pionnier de l’ingénierie sociale fut incontestablement Edward Bernays. Neveu de Freud et lecteur de la Psychologie des foules de Gustave Le Bon, il comprit avant l’heure les mécanismes régissant le comportement humain. On peut d’ailleurs regretter que pratiquement aucun de ses livres ne soit traduit en français, pas même celui dont fut tirée la célèbre formule de « fabrication du consentement » (The engineering of consent). Promoteur d’un « capitalisme cynique », selon Christian Salmon, il anticipa sur les manipulations de masse omniprésentes amenées à se développer pour s’en faire le héraut et le praticien. Il conçut le spin (1), cette propagande de la com’ qu’il rebaptisa « conseil en relations publiques » afin d’en améliorer l’image dans l’opinion.

    Phallus et lard fumé

    Bernays fut sollicité dans divers domaines. L’une de ses opérations de com’ la plus célèbre reste la récupération de la demande d’égalité des féministes. En 1929, l’American Tobacco Company souhaitait pousser les femmes à fumer pour augmenter ses profits et fit donc appel à lui. Ce dernier organisa l’opération « torches de la liberté ». Dix femmes allumèrent une cigarette en pleine rue un dimanche de Pâques pour lutter contre la discrimination sexuelle. Rapporté en une des journaux, l’événement réussit son objectif et les femmes furent autorisées à fumer publiquement (à avoir elles aussi leur symbole phallique). Syndrome mai 68, des activités à première vue relevant d’un désir de liberté avaient été créées en amont « à des fins de profit ou de conditionnement sociopolitique ». Résultat ? Chesterfield tripla ses ventes en quelques mois. Autre exemple d’opération marketing : l’image du petit-déjeuner traditionnel américain à base d’œufs et de bacon, construction fallacieuse demandée à Bernays par les producteurs de lard fumé. En réalité, en 1924 les Américains prenaient des toasts et du café à leur petit-déjeuner.

    Par d’habiles jeux de langage, Bernays détournait l’attention de la signification réelle d’un concept et de sa traduction en actes. Il remarquait à ce titre qu’il fallait créer l’adhésion en faisant appel à une forte charge émotionnelle. Il citait dans Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie le cas des hôpitaux militaires britanniques durant la Première Guerre Mondiale. Pour répondre à une opinion publique indignée par le traitement que l’on y réservait aux soldats blessés, ces hôpitaux furent rebaptisés « postes d’évacuation » : aucun changement structurel mais neutralisation de la critique.

    Précisons que dans son ouvrage, il encense la propagande, passée dans les mains de ses clients, les industriels et publicitaires, « sages » qui représentaient un « gouvernement invisible ». Les contrôles comportementaux induits par la nouvelle économie représentaient d’ailleurs, à ses yeux, une « Déclaration d’indépendance » à l’égard de la démocratie populaire – comprendre « populiste ». Selon Ewen, Bernays « saluait la venue d’une propagande d’entreprise, qui plaçait entre les mains anonymes des publicitaires de la Madison Avenue la responsabilité de définir l’univers du discours politique. »

    Décognition et ingénierie des perceptions

    Mais l’intérêt que représente Bernays dépasse le simple cadre du consommatisme. Il trouve son application dans le domaine politique. D’une part, dans la propagande électorale, ou la réification des citoyens fait partie du jeu (grégarisme, émulation, soumission à l’autorité, etc.), et que le plus manipulateur gagne. D’autre part, en géo-ingénierie pour la CIA contre les non-alignés d’Amérique latine (« révolution colorée » de 1954 au Guatemala, 200 000 morts).

    La méthode ? Fusion du marketing et de la politique, inspiration par les procédés commerciaux mis au point par l’industrie. Le pro-Bilderberg Chomsky résume le fond de la question : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire. » Il ne s’agit que de la mise en adéquation d’un procédé à un système donné. Dans une société massifiée, le contrôle a été remplacé par la simple gestion des groupes sociaux. Le débat d’idées a été remplacé par l’étude de stimuli-réponses en laboratoires puis des apports du cognitivisme (neuro-marketing, etc.). Anticipant la systémique, Bernays constatait effectivement l’organicité de la société, méta-cellule composée d’une multitude de cellules au sein d’un dispositif social : « Excitez un nerf à un endroit sensible, et vous déclencherez automatiquement la réaction d’un membre ou d’un organe précis. »

    Les héritiers intellectuels du mathématicien Bertrand Russell s’inscrivirent dans cette optique. L’Institut Tavistock, explique David Christie, cherchait à créer une psychologie de masse par la découverte des effets de l’exposition à des bombardements intensifs (shell shocks), et créer une névrose de guerre chez des populations (stratégie du choc). Des traumatismes volontairement créés chez le groupe-cible centralisent progressivement les organes décisionnaires du système en place et le poussent à abdiquer sa liberté au profit de davantage de sécurité (au niveau médiatique, la télévision pour le choc des images, la radio celui des mots, la presse écrite pour celui des titres). La technique de l’Institut Tavistock était systématique : stresser l’individu psychiquement et physiquement puis le soulager. Tension et détente s’alternaient, pour que cette perturbation chronaxique finisse par détruire la résistance du sujet. (2) Nous retrouvons ici l’explication de Bernays relative aux mécanismes opératoires de la nouvelle propagande, qui passe par l’émotionnel et le psychologique pour atteindre la cible.

    L’attaque ne se fait pas de front, pour éviter tout risque de schismogenèse, mais procède par suppression de la résistance, via l’incitation, la subversion, la corruption sensorielle. Les patients étaient ainsi « reprogrammés ». Une sous-personnalité de l’homme, ce « divisé » (voir Neuro-Esclaves), laissait place à une autre. Par la recherche du consensus, l’individu, potentiellement agent de diversité, devenait agent de conformité, schéma à l’œuvre dans la destruction des valeurs traditionnelles par la nouvelle économie consommatiste.

    Année après année – jusqu’à aujourd’hui – les progrès en sciences sociales, psychologie et cognitivisme ont poursuivi leur décryptage de l’homme, tant dans sa partie rationnelle qu’émotionnelle, tant individuellement que collectivement. Loin d’être de simples essais-et-erreurs expérimentaux, poursuit Christie, ces techniques employées furent reconnues comme étant réellement efficaces par l’Empire britannique. Aujourd’hui, les apports de la systémique (avec notamment les connaissances sur les organismes dynamiques) et de la théorie du chaos (l’ordre déguisé en désordre avec par exemple l’attracteur de Lorenz, l’effet papillon comme « métaphore de la prévisibilité d’un désordre à l’état pur », l’application isomorphique de la géométrie fractale de Mandelbrot aux organismes dynamiques, i. e. l’invariance d’échelle, une symétrie qu’on retrouve quelle que soit la taille de l’organisme considéré) laissent en outre supposer que les lacunes des travaux de Tavistock ont été plus que comblées.

    Revenons à Bernays et son ingénierie sociale. Didier Lucas et Alain Tiffreau la qualifient d’ingénierie des perceptions (perception management), « action consistant à fournir et / ou à camoufler une information sélectionnée et des indices à des audiences étrangères de façon à influencer leurs émotions, leurs motivations et leurs raisonnements objectifs. » La désignation d’un candidat est censée répondre au souhait du peuple, mais en réalité, notre liberté de choix est restreinte car les chefs publics agiraient sur ordre d’hommes de l’ombre. Ce candidat aura dans les faits « été choisi par une dizaine de messieurs réunis en petit comité. » (3) L’objectif vendu est l’organisation du chaos. Pour gouverner de manière stable, ce gouvernement invisible cherche à simplifier la pensée collective (opérer la décognition générale), via l’omniprésence de la propagande, « tout effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière », arme des minorités actives. Le double discours de Bernays est représentatif de la propagande dite grise, privilégiée dans les opérations d’ingénierie des perceptions. Cette dernière laisse subsister le doute en mêlant des informations vraies et fausses pour mieux faire passer les fausses.

    Par exemple, Bernays expose que la généralisation de l’instruction n’a pas élevé les capacités intellectuelles de l’homme, lequel reste tout autant perméable aux discours. Il omet toutefois de mentionner la destruction de l’esprit critique et l’imposition d’une culture de masse qui requiert justement, pour se pérenniser, « l’enseignement de l’ignorance » mâtiné de tittytainment. Bernays passe ainsi sous silence la volonté Métamètis d’« abaissement du seuil de maturité psychique », dépolitisant et créateur de docilité.

    Au contraire, la propagande qu’il vante aurait certes pour but d’infléchir les comportements mais en s’appuyant sur la vérité (propagande blanche). Elle serait le meilleur moyen de mobilisation des masses. Déjà utilisée en temps de guerre, elle constituerait une extension naturelle au civil en temps de paix. Mais derrière la fausse autonomie tant glorifiée (du style « le pouvoir pliera grâce à notre manif République-Bastille-Nation »), Bernays néglige de préciser qu’il faut y opposer le pouvoir de contre-offensive de l’ingénierie sociale et la désinformation de la multiplicité des supports de propagande, généralement détenus par ses clients les plus riches et influents, les réels « faiseurs d’opinion ». Le summum de la mauvaise foi est atteint lorsque l’auteur de Propaganda écrit que « la propagande est un outil puissant pour contrer la publicité immorale ou déloyale », alors que le spin est précisément fondé sur la manipulation pour arriver à ses fins. Charles Prats le résume en dénonçant que la propagande « fait semblant de s’adresser à notre intelligence mais atteint son maximum d’efficacité quand elle vise nos facultés irrationnelles. » Marco Della Luna et Paolo Cioni le notent dans leur brillant et exhaustif Neuro-Esclaves : Bernays lança la méthode de financement des recherches scientifiques censées démontrer l’effet bénéfique d’un produit lambda, pratique reprise des multinationales. Il suggérait la présence d’un tiers, non partie prenante, pour garantir la crédibilité de l’information. Il créa de ce fait plusieurs instituts et fondations… en réalité financés par les industriels désireux de garantir une image positive de leurs produits.

    Storytelling

    Loin d’être tombée en désuétude, cette méthode de propagande n’a eu de cesse de se perfectionner pour aboutir à la création du storytelling, apparu aux États-Unis au milieu des années 1990. Il représente aujourd’hui, selon le colonel Harbulot, « la clé de la victoire ». Christian Salmon, dans son étude de ce phénomène devenu institution, a constaté un mariage entre le Pentagone et Hollywood afin de mettre au point de nouvelles méthodes d’entraînement des soldats. Le terme de spin a été inventé par les conseillers de Reagan en 1984. Le journaliste-Bilderberger William Safire le définit comme « la création délibérée de nouvelles perceptions et la tentative de contrôler les réactions politiques. » Par conséquent, les spin doctors « se définissaient donc comme des agents d’influence qui fournissaient arguments, images et mise en scène afin de produire un certain effet d’opinion souhaité. »

    Dans le storytelling, un récit est mis en scène, raconté de manière à entraîner l’adhésion. La confrontation politique disparaît au profit du duel d’histoires fabriquées ou amplifiées pour prendre le pouvoir et l’exercer (le sanguinaire Poutine, l’ogre Bachar Al-Assad, le concentré de Zyklon-B Ahmadinejad, mais aussi les pôvres Pussy Riots et les innocentes Femen victimes des hordes fascistes, ou encore les conneries de Steve Jobs l’homme-qui-s’est-fait-tout-seul).

    Il n’est cependant pas nécessaire que l’histoire soit vraie ; celles de Reagan étaient majoritairement fausses. D’après Salmon, la présidence Sarkozy s’est appuyée sur le même procédé, aboutissant à une « narrachie », présidence narrative. Pour Richard Rose, « la clé d’une présidence postmoderne est la capacité à conduire (ou à fabriquer) l’opinion. Le résultat en est une sorte de campagne électorale permanente. » Cette Métamètis vise à manipuler la perception des sujets, transformés en simple audience, au travers d’une fictionnalisation du réel, d’une impossible dissociation entre le sensible et le virtuel. En outre, les spin doctors sont désormais des story spinners : ils aident à la création d’histoires et à la réflexion quant aux meilleurs moyens de les diffuser.

    La propagande héritée de la méthode Bernays a évacué argumentaire et programmes au profit de la création de personnages et de leur mise en récit. La clé du succès repose sur la capacité à mobiliser en sa faveur, dont le storytelling est l’arme la plus efficace. La plausibilité supplante la pertinence, et l’information se fait contre l’information via la construction d’une réalité nouvelle. Les diverses caisses de résonance qui relaient indistinctement et en permanence tant les rumeurs que les fausses nouvelles et les manipulations en garantissent l’effectivité.

    La même méthode est utilisée en entreprise. Rodin diagnostique le manager comme atteint du syndrome du magicien : volonté farouche d’influencer ; peur d’être sans effet ; recours incantatoire à des formules simplistes ; discours d’autorité empreint de fatuité ; désir de manipuler les esprits ; prétention d’être le relais d’une volonté supérieure. La systématisation du storytelling permet de contrôler les sujets puisqu’il permettra, par sa généralisation et sa banalisation, d’habituer chacun à raconter une histoire et donc de récolter en amont de nombreuses informations utiles pour mobiliser et faire accepter des changements ; en somme, fabriquer le consentement. Merci Bernays.

    Notes :

    (1) Normand Baillargeon le définit comme « la manipulation – des nouvelles, des médias, de l’opinion – ainsi que la pratique systématique et à large échelle de l’interprétation et de la présentation partisanes des faits ».

    (2) Dans Le viol des foules par la propagande politique, Tchakotine définit la chronaxie comme la vitesse fonctionnelle constante propre à chaque système nerveux. Elle est son seuil d’excitation au sein de récepteurs donnés. Sa modification, par une chronaxie de subordination, produit une action sur le nerf sensitif. Une chronaxie longue provoque l’inhibition des réactions du sujet, tandis qu’une chronaxie courte l’excite.

    (3) Daniel Estulin rappelle dans sa Véritable histoire des Bilderbergers que depuis plus de soixante ans, candidat républicain comme candidat démocrate sont membres du Council on Foreign Relations (CFR). Tout risque de candidature dissidente sérieuse est ainsi parfaitement écarté.

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