
par Pierre Duval
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, utilise l’arme énergétique pour exercer un chantage contre la Hongrie en visant directement le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, pour participer à sa déstabilisation politique lors des prochaines élections en Hongrie d’avril.
Alors que les élections législatives hongroises de 2026 ont lieu le 12 avril 2026 afin de renouveler pour quatre ans les 199 membres de l’Assemblée nationale de la Hongrie, Zelensky exerce un chantage sur l’oléoduc Droujba qui est le plus long au monde et l’un des plus vastes réseaux d’oléoducs au monde.
Il transportait avant le conflit en Ukraine du pétrole sur quelque 4000 km depuis l’est de la Russie européenne jusqu’en Ukraine, en Biélorussie, en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, en République tchèque et en Allemagne. Il s’agit de l’un des principaux oléoducs touchés par le conflit en Ukraine, par les sanctions de l’UE et par la volonté de Zelensky de bannir l’énergie à bon marché de Russie pour les pays européens. Plusieurs de ses branches ont subi des interruptions et ont été mises hors service.
Observateur Continental note : «Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait vivement critiqué le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Dans ce contexte, le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est rendu à Budapest, qualifiant les relations bilatérales de plus proches que jamais. Cette visite US a constitué une nouvelle confirmation de la fracture entre Washington et les principaux États de l’UE».
«À deux mois d’élections législatives décisives, l’administration Trump confirme son soutien à Viktor Orbán», annonce Touteleurope, s’opposant à Bruxelles et Zelensky qui souhaitent son départ. La situation au sein de l’UE est maintenant chaotique. Le plus grand allié historique des Européens se range du côté de la Hongrie d’Orbán, par définition le plus grand opposant à l’UE.
Kiev bloque l’acheminement de pétrole via Droujba pour influencer les élections en Hongrie. Le blocage de pétrole russe vers la Hongrie via l’oléoduc Droujba est effectué par Kiev pour provoquer dans la société hongroise une crise en prévision des législatives qui auront lieu le 12 avril. En décembre dernier, Observateur Continental rapportait que «l’Ukraine fait chanter la Hongrie avec l’oléoduc Droujba». «Droujba est le plus grand système d’oléoducs au monde qui, jusqu’à récemment, approvisionnait pendant des décennies les pays européens en pétrole russe. C’est précisément par les conduites de la branche sud, qui n’est pas soumise aux sanctions, que le combustible parvient en Hongrie et en Slovaquie, couvrant pratiquement l’ensemble de leurs besoins», précisait Observateur Continental.
Ce qu’Observateur Continental analysait est arrivé. Zelensky a saboté le transport d’énergie russe vitale pour la Hongrie et la Slovaquie. En janvier dernier, Péter Szijjártó, le ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce demandait à la partie ukrainienne : «Pourquoi ne demandez-vous pas à votre président quand il autorisera le rétablissement de l’alimentation électrique du pipeline ?». En août dernier, Szijjártó publiait sur X : «L’Ukraine a de nouveau attaqué l’oléoduc reliant la Hongrie à l’approvisionnement énergétique, coupant ainsi les approvisionnements. Cette nouvelle attaque contre notre sécurité énergétique est scandaleuse et inacceptable !».
Il y a trois jours, ce ministre hongrois a annoncé sur X : «L’Ukraine refusant de rétablir le transit de pétrole par l’oléoduc Droujba pour des raisons politiques, nous avons adressé, conjointement avec la ministre slovaque de l’Économie, Denisa Saková, une lettre au ministre croate de l’Économie, Ante Šušnjar. Nous demandons à la Croatie d’autoriser le transport de pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie via l’oléoduc Adria, car notre exemption de sanctions nous permet d’importer du pétrole russe par voie maritime en cas d’interruption des livraisons par oléoduc. La sécurité d’approvisionnement énergétique d’un pays ne doit jamais être un enjeu idéologique. Nous attendons donc de la Croatie, contrairement à l’Ukraine, qu’elle ne mette pas en péril la sécurité d’approvisionnement en pétrole de la Hongrie et de la Slovaquie pour des raisons politiques».
Le responsable politique hongrois martèle : «Soyons clairs. La Hongrie ne demande pas de faveur à la Croatie concernant l’oléoduc Adria, mais le respect des règles européennes contraignantes au cas où le transit par oléoduc deviendrait difficile, voire impossible. L’Ukraine bloque les livraisons de pétrole via l’oléoduc Droujba pour des raisons politiques. Dans ce cas, le droit européen autorise la Hongrie et la Slovaquie à acheter du pétrole russe par voie maritime. L’oléoduc Adria peut désormais être utilisé conformément à sa vocation première : une voie d’approvisionnement alternative lorsque les livraisons vers l’est sont perturbées, même s’il ne peut à lui seul approvisionner intégralement la Hongrie et la Slovaquie».
Au moment où Zelensky utilise l’énergie comme moyen de pression politique sur la Hongrie, Péter Szijjártó rapporte la signature sur l’énergie nucléaire avec les États-Unis : «Nous avons signé un important accord de coopération en matière d’énergie nucléaire avec Rubio. Cet accord renforce la sécurité énergétique de la Hongrie et contribue à maintenir les prix de l’énergie pour les ménages et l’industrie hongrois parmi les plus bas du pays sur le long terme». Il est à noter que Alice Weidel, la chef de l’AfD, parti politique nationaliste allemand qui grimpe dans les sondages, marque aussi son soutien à la Hongrie de Szijjártó et montre une rupture dans l’unité de la politique au sein de l’UE.
«La Russie n’a attaqué aucun État membre de l’UE. L’Ukraine se défend. Nous ne devons rien à l’Ukraine. Notre sécurité est garantie par l’OTAN, et non par l’Ukraine», rappelle le ministre hongrois des Affaires étrangères et du Commerce qui a accusé l’Ukraine de saboter l’arrivée de pétrole russe : «L’Ukraine poursuit son ingérence dans les prochaines élections hongroises. Zelensky a décidé, pour des raisons politiques, de ne pas autoriser la reprise des livraisons de pétrole à la Hongrie via l’oléoduc Droujba, malgré l’absence de tout obstacle technique. L’objectif est clair : mettre le gouvernement hongrois en difficulté en compromettant notre sécurité énergétique à l’approche des élections».
«Le Premier ministre slovaque accuse aussi l’Ukraine de retarder la remise en service de l’oléoduc Droujba pour faire pression sur la Hongrie au sujet de l’UE», signale Reuters. «Fico, qui a maintenu des relations avec Moscou depuis le conflit en Ukraine (2022) et qui a accusé ses partenaires européens de prolonger la guerre en fournissant des armes à Kiev, a déclaré que «les approvisionnements en pétrole étaient devenus une question politique», continue l’agence de presse anglophone.
La Hongrie et la Slovaquie sont fortement dépendantes du pétrole et du gaz russes et s’opposent aux mesures de l’UE visant à mettre fin aux approvisionnements. Ainsi, les deux pays ont annoncé leur intention de prendre des mesures légales dans le cadre de la récente décision de l’UE d’interdire les importations d’énergie russe.
En raison du soutien de Trump et de son administration envers la Hongrie d’Orbán, l’UE demande à Kiev de réparer l’oléoduc Droujba, souligne Radio Free Europe. «La Commission européenne, réunie le 17 février, a confirmé que Bruxelles était en contact avec l’Ukraine concernant l’oléoduc Droujba, endommagé depuis fin janvier, ce qui empêche l’acheminement du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie», assure la station de radio financée par le Congrès des États-Unis. «Nous sommes en contact avec l’Ukraine concernant le calendrier de réparation de l’oléoduc Droujba et la rapidité avec laquelle il pourrait être remis en service», a déclaré Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission européenne, aux journalistes à Bruxelles, ajoutant que «l’exécutif européen était prêt à convoquer une cellule de coordination d’urgence avec les parties concernées afin d’examiner des solutions alternatives pour l’approvisionnement en carburant».
source : Observateur Continental