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actualité - Page 4580

  • Bloquer les migrations maritimes: un vœu pieux ?

    Les pays dits riches et pacifiques disposant de frontières maritimes seront de plus en plus l’objet de migrations venues par la mer: pays européens, via la Méditerranée et dans une moindre mesure l’Atlantique, mais aussi ceux situés dans d’autres parties du monde, tels que l’Australie. Les hommes politiques qui pensent possible de réagir sont-ils incompétents?

    Mais comment interdire l’accès aux eaux territoriales? C’est là que l’on se heurte à l’incompétence en matière maritime des hommes politiques envisageant cette solution.

    Les gouvernements et les opinions de ces pays commencent à se convaincre du fait qu’il faut tarir la source de ces migrations, autrement dit fermer la fuite de la canalisation comme l’a dit Nicolas Sarkozy, pour une fois bien inspiré mais qui a suscité l’indignation vertueuse de ses adversaires politiques. Pour cela il faut interdire l’accès des eaux territoriales aux bateaux de passeurs chargés de plusieurs centaines de migrants, principalement des jeunes hommes, mais aussi d’un certain pourcentage de femmes et d’enfants. Il s’agit dorénavant de migrations illégales, visant à s’imposer en profitant des traditions du monde maritime imposant le secours aux naufragés.

    Il n’est plus possible de compter sur les Etats d’où ils proviennent, en complet délabrement à la suite d’ailleurs d’interventions occidentales, pour empêcher les départs à partir de leurs propres côtes. C’est le cas, concernant la Méditerranée, de la Libye et la Syrie, sans mentionner la Corne de l’Afrique. Il n’est pas possible non plus d’espérer procéder sur le territoire de ces pays à des opérations militaires européennes terrestres destinées à détruire les navires et éliminer les passeurs. Le coût en serait insupportable. Elles provoqueraient par ailleurs une opposition armée générale des populations autochtones.

    Mais comment interdire l’accès aux eaux territoriales? C’est là que l’on se heurte à l’incompétence en matière maritime des hommes politiques envisageant cette solution. Ils devraient considérer des réalités indiscutables:

    – le nombre des bateaux de migrants de toutes catégories, vieux cargos, chalutiers hors d’âge et canots pneumatiques de grande taille, ne cessera d’augmenter. Se comptant aujourd’hui par quelques unités par jour, il atteindra très vite les dizaines d’embarcations, chargées chacune de plusieurs centaines de personnes. Les passeurs et migrants restant libres d’accéder en Europe ne cesseront évidemment pas de tenter le passage. Quant à ceux disponibles, de toutes catégories, ils se comptent par centaines. Au prix même modeste auquel les passeurs les rachètent, ils viendront de toutes les côtes africaines. Ajoutons que de plus en plus de bateaux de migrants embarquent dorénavant des hommes armés qui ont déjà fait feu sur les navires intervenants.

    – en haute mer, soumises au droit de libre circulation, c’est-à-dire en dehors des eaux territoriales dite de compétence exclusive, les marines militaires des pays européens souhaitant interdire l’accès à leurs côtes ne pourront le faire que dans des conditions de droit international sur lesquelles il n’y a pas encore unanimité. De plus, elles ne disposeront jamais des unités en nombre nécessaire pour arrêter les flux. Mobiliser le trafic marchand deviendra par ailleurs très vite impossible, comme le précise la réaction des capitaines de cargos citée par Médiapart .

    – à supposer que des embarcations de migrants soient interceptées par des navires militaires, que pourront faire ces derniers? Les reconduire d’où ils viennent est techniquement impossible. Un escorteur ou un sous-marin ne sont pas des remorqueurs. Ils ne peuvent charger et accommoder que quelques dizaines de personnes. Vu leur tirant d’eau, par ailleurs, ils ne peuvent approcher sauf exception, à une distance suffisante des côtes pour que les migrants puissent débarquer à pied sec, à supposer qu’ils l’acceptent.

    – les navires de guerre pourraient sans doute détacher une ou deux embarcations de service, avec quelques fusiliers marins à bord, pour obliger les bateaux de passeurs à rejoindre la terre. Mais en ce cas, comme l’ont montré certains évènements, les migrants se jetteront en grand nombre à l’eau, parfois contraints de le faire par les passeurs et exigeant d’être secourus, ce qui sera impossible. Beaucoup se noieront et les médias en feront le reproche aux Etats européens. D’autres migrants, dont certains sont armés, résisteront par la force aux militaires.

    – concernant les interventions dans les eaux territoriales, les mêmes empêchements joueront. Arrêter un grand nombre quotidien de bateaux passeurs ne sera pas possible faute d’effectifs à la disposition des agences européennes telles que Frontex ou des marines des pays européens concernés, même assistées par des marines du nord de l’Europe. Par ailleurs, l’inexpérience involontaire ou voulue des pilotes des bateaux de passeurs fera qu’ils seront incapables de se présenter dans des ports abrités. Ils se jetteront purement et simplement sur des côtes rocheuses ou des bancs de sable où il ne sera pas possible de les secourir, s’ils le font en nombre suffisant. Là encore les noyades en résultant seront exploitées par tous les médias, européens ou non européens, pour jeter l’opprobre sur les gouvernements concernés.

    On dira que pour ces diverses raisons, certaines associations humanitaires plaideront pour que soient organisés des couloirs sécurisés d’immigration, à l’entrée desquels les bateaux de passeurs pourraient se présenter. Mais on retrouve là le problème général de l’immigration clandestine. De tels couloirs envisageables pour accueillir, héberger et intégrer quelques centaines de migrants par semaine ne pourront pas fonctionner au profit des milliers voire dizaines de milliers de migrants voulant se réfugier en Europe ou profiter de son niveau de vie.

    Nous ne pouvons pas dans ce court article traiter de la question entière de l’émigration des effectifs considérables de personne qui, par des voies maritimes ou terrestres, voudront inévitablement, avec le développement des guerres locales puis très vite le réchauffement climatique, quitter l’Afrique pour l’Europe, provoquant nécessairement la révolte des populations européennes.

    Bornons nous seulement à une observation. Pourquoi les jeunes africains en pleine forme qui choisissent de se réfugier en Europe, malgré les dangers de la traversée, ne prennent-ils pas les armes chez eux pour combattre les mouvements terroristes qui selon eux les font fuir. Les Kurdes l’ont bien fait pour leur compte, y compris les femmes. Les Houthis le font au Yémen. Personne ne croira par exemple que quelques milliers de militants de Boko Aram, même lourdement armés par certains pays non africains voulant déstabiliser l’Afrique afin de profiter de ce qui lui reste de richesse, seraient capables de résister à une population en armes, fut-elle seulement dotée de vieux fusils ou de machettes.

    Une fois les fauteurs de troubles éliminés, ils pourraient s’organiser pour tirer eux-mêmes parti de leurs propres ressources. C’est bien ce qu’ont fait les Chinois et les Indiens. Ils n’émigrent pas, quelles que soient les difficultés internes qu’ils rencontrent.

    Complément au 21/06 à 20h

    Les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé, lundi 22 juin au matin, à Luxembourg, de lancer la première phase de l’opération EURONAVFOR Med, destinée à démanteler les réseaux de passeurs opérant à partir de la Libye. « Notre cible, ce ne seront pas les migrants, mais bien ceux qui gagnent de l’argent à leur détriment », a insisté la haute représentante Federica Mogherini. Encore faudra-t-il pour ce faire un mandat de l’ONU ou du Conseil de Sécurité.

    La première phase de l’opération visera à recueillir des renseignements précis sur les embarcations utilisées par les passeurs, leurs origines, les routes suivies. Pour cela un important réseau d’avions et de drones sera déployé.

    La seconde phase consisterait, si l’on interprète bien l’annonce, à détruire par des frappes aériennes le plus grand nombre de ces embarcations dans leurs ports d’origine.

    Que l’on améliore par des observations aériennes et navales la connaissance du phénomène serait certainement utile. Elle permettra notamment d’évaluer son évolution géographique et dans le temps. Quant à la destruction, seule mesure efficace, nous pensons que ce sera une illusion.

    D’une part des conditions de droit international délicates seront à résoudre, avec sans doute intervention du Conseil de Sécurité. Elles susciteront des réactions armées des islamistes de Daesh déjà installés en Libye. Il faudra y faire face, là encore dans des conditions complexes compte tenu de l’incohérence des Etats européens en matière de défense.

    D’autre part, ce sont des centaines de bateaux grands et petits qui sont aujourd’hui disponibles pour les passeurs, certaines appartenant à des pécheurs. Dans le meilleur des cas, il serait possible d’en détruire quelques exemplaires, non sans risques de dommages collatéraux pour les populations. Bref EURONAVFOR Med, sous sa forme actuelle, n’aura qu’un effet d’annonce.

    Jean-Paul Baquiast
    , 22/06/2015

    Pour approfondir

    * 07 juin 2015 | Les capitaines de cargos démunis face aux sauvetages en Méditerranée
    La marine marchande est en émoi. Alors que les traversées s’accélèrent en Méditerranée (près de 6 000 migrants ont été secourus ce week-end), les cargos sont de plus en plus mis souvent à contribution pour les opérations de sauvetage. Les risques encourus par les rescapés comme par les marins sont importants. Des capitaines pourraient être tentés de « regarder ailleurs », prévient le commandant Hubert Ardillon.

    * 29 mai 2015 Afrique 2050- 2100. La catastrophe démographique
    * 15 avril 2015 L’Europe doit se défendre dans les nouvelles formes de guerre de 4e génération
    * Sur EURONAVFOR Med, voir 21 juin 2015 Bruxelles 2. Comment a-t-on décidé sur EUNAVFOR Med ? Qui finance ? Qui contrôle ? etc.

     

    http://www.polemia.com/bloquer-les-migrations-maritimes-un-voeux-pieux/

  • Crise grecque et acharnement "thérapeutique" du système financier

    De Guillaume de Prémare, d'Ichtus, à propos de la crise grecque :

    "Il est vrai que le peuple grec n’est pas l’innocent aux mains pures. Il a péché par insouciance, cru trop longtemps que pourrait perdurer cette folie qui consiste à vivre à crédit de manière démesurée, le cas échéant en comptant sur la solidarité supposée de ses voisins de l’Union. Rattrapé par la réalité, il est entré dans une phase d’intenses souffrances. Mais cette insouciance grecque n’est-elle pas la nôtre aussi, à un degré peut-être moindre ? Croyons-nous que nous soyons, en France, à l’abri d’un scénario comparable, dans sa nature sinon dans son ampleur ? Comme les choses seraient simples s’il s’agissait simplement d’un « mauvais élève » qui a triché aux dépens des autres et mis ainsi en danger un système prospère et pérenne. Non, le fond de l’affaire n’est pas là, il est bien plus large : non seulement ce système économique et financier n’est pas pérenne, mais encore est-il fou et prédateur, pas seulement à l’échelle de l’Union européenne, mais à l’échelle mondiale. Nous le savons au fond de notre conscience mais nous acceptons, selon les mots du pape, « son empire sur nos êtres et nos sociétés ». Le pape est pourtant explicite quand il écrit, au paragraphe 61 de Laudato si’ : « Il est certain que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux fins de l’action humaine ». Mais peut-être avons-nous peur de ce que pourrait-être la vie sans ce « système mondial », sans la dette, sans cette incessante injection massive de liquidités fabriquées, éventuellement sans l’Euro etc.

    [...] Haro sur les Grecs, haro sur la Grèce : le processus du bouc émissaire est en marche. Ce n’est pas raisonnable car le problème de fond est ailleurs : l’affaire grecque est le symptôme d’un dérèglement global. [...] Ce système est en soins intensifs depuis 2008, sous perfusion, en situation active d’acharnement thérapeutique. Et la poursuite de cet acharnement se pratique au prix d’une tyrannie : quand un « patient » mal en point demande l’arrêt de soins dépourvus de sens, on voudrait les lui imposer. [...]

    Ce qui se passe avec la Grèce est à observer avec attention : c’est un laboratoire vivant d’une tentative de retour du politique face à l’économique, face au technocratique. Que Tsipras échoue ou réussisse, il y aura des leçons à tirer pour tous les pays aujourd’hui soumis à « la dictature d’une économie sans visage », parce qu’il n’y aura pas de solution sans un retour puissant du politique. [...]"

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Pierre LECOMTE acheteur d’argent ! « Pourquoi avons-nous commencé à acheter l’argent-métal et les matières premières mais pas l’or ? »

    Une news très importante : le monétariste Pierre LECOMTE repasse acheteur sur l’argent , et quand on connaissait sa position depuis des années …. ! Notez qu’il dit comme moi à court -moyen terme (pas sur l’or) C’est vrai que l’argent est trés sous évalué et arrive à des prix trés bas .

    Voici ses raisons : 

    Indépendamment des caractéristiques propres de chacun des deux métaux précieux tenant à leur offre et à leur demande différenciées répondant à des motifs eux-aussi différents (l’argent-métal étant un métal plus sujet à une demande industrielle que l’or qui est un métal plus sujet à une demande de placement) comme de leur évolution différente depuis leurs plus hauts de 2011 (l’argent-métal, ayant beaucoup plus baissé que l’or en pourcentage, est actuellement bien meilleur marché que ce dernier), nous avons commencé à acheter MODÉRÉMENT le métal blanc (via le ZKB Silver USD ETF) mais pas le métal jaune. Et cela pour trois raisons:

    1/ D’une part, parce qu’historiquement le plus haut des métaux précieux a généralement coïncidé avec le plus haut du ratio argent-métal/or (ou le plus bas du ratio or/argent-métal si l’on préfère), ce qui signifie que l’or ne peut remonter que si l’argent-métal remonte d’abord;

    Le graphique ci-dessous montre que le plus haut des deux métaux précieux en 2011 a coïncidé avec le plus bas du ratio or/argent-métal à 32 et que le plus bas des deux métaux précieux en 2008 a coïncidé avec le plus haut du même ratio à 80:

    ratio

    2/ D’autre part, parce que l’or étant beaucoup plus politisé que l’argent-métal, du fait de sa fonction toujours actuelle de réserve de change des banques centrales alors que l’argent-métal a été presque complétement démonétisé, il y a moins de manipulations d’origine étatique ou publique affectant le métal blanc que le métal jaune;

    3/ Sans compter que le volume des transactions sur l’or en terme de quantité de monnaie concernée étant beaucoup plus important que celui de l’argent-métal, ce qui explique la plus forte volatilité du dernier par rapport à celle du premier de nature à attirer les spéculateurs (donc exagère ses fluctuations), mais aussi le fait que lorsque les bullion banks s’en détournent comme actuellement (son bas niveau de prix présentant sans doute un risque trop grand pour aller massivement short), l’argent-métal est moins sujet que l’or à la pression baissière.

    Lire la suite 

  • France: la dette publique bondit de 51,6 milliards d'euros

    La dette publique de la France a augmenté de 51,6 milliards d'euros au premier trimestre pour atteindre 97,5% du PIB. Fin mars, elle s’élevait à 2.089,4 milliards d'euros, selon les statistiques publiées mardi par l'Insee.

    Cette hausse du premier trimestre est la plus forte depuis les trois premiers mois de 2012. Elle se situe au-dessus des objectifs de la trajectoire des finances publiques adoptée au printemps. Cette dernière prévoyait que la dette publique atteindrait 96,3% du PIB fin 2015, après 95% en 2014, et culminerait à 97,0% en 2016 avant de revenir à 96,9% en 2017.

    Le ministère français des Finances estime que cette flambée de la dette "est fréquente en début d'année" car le volume d'émissions d'OAT (obligations de l'Etat français) est plus concentré sur les deux premiers trimestres. "Aussi, ce chiffre apporte peu d'information sur le niveau de la dette en fin d'année", a-t-on déclaré à Bercy.

    Dominique Barbet, économiste de BNP Paribas CIB, pense, pour sa part, que les chiffres de la dette du premier trimestre ne sont pas significatifs de la tendance de l'année au vu de la faiblesse des amortissements d'OAT, plus conséquents sur les autres trimestres.

    Lire la suite: http://fr.sputniknews.com/france/20150630/1016784878.html#ixzz3eYq6NeqX

  • La France rurale est plus pauvre que les banlieues mais on n’y brûle pas de voitures…

    Un criminologue tient à l’antenne des propos de bons sens qui font du bien. Il a analysé la répartition de la pauvreté en France et constate que les zones les plus pauvres ne sont pas les banlieues mais la France rurale, notamment le Cantal. Et pourtant on n’y brûle pas de voitures et on n’y constate pas d’augmentation de la délinquance.

    Expliquer la délinquance des personnes d’origine immigrée par la pauvreté est donc bien un mensonge et une manipulation.

    http://www.medias-presse.info/la-france-rurale-est-plus-pauvre-que-les-banlieues-mais-on-ny-brule-pas-de-voitures/34316

  • Après sa visite à Poutine, Giscard prend tout le monde à contrepied

    Roland Hureaux, universitaire, ancien diplomate.

    ♦ « Vieux motard que jamais », VGE devient lucide sur le tard !

    En prenant une position favorable à Poutine dans l’affaire ukrainienne, Valéry Giscard d’Estaing a pris tout le monde à contrepied.

    La grande presse s’est contentée de signaler la rencontre entre Giscard et Poutine le 28 mai dernier et ses déclarations les plus générales : « Les relations entre l’Europe et la Russie seraient meilleures si Bruxelles était réellement indépendant ». On n’a guère répercuté que l’ancien président est allé beaucoup plus loin dans un entretien avec Politique internationale, une revue pourtant atlantiste : il y justifie l’annexion de la Crimée qui, selon lui, a toujours été russe, et pense que « probablement » les événements de la place Maïdan et le renversement du président Ianoukovitch, il y a un an, sont le résultat d’une manipulation de la CIA.

    Il considère que les sanctions, non seulement ne sont pas dans l’intérêt de l’Europe, mais sont contraires au droit international.

    Valéry Giscard d’Estaing prend ainsi à revers une classe politique française et européenne tellement tétanisée qu’aucune figure de premier plan n’y ose encore critiquer la ligne aveuglément proaméricaine de l’Europe occidentale à l’égard de la Russie. La servilité des dirigeants européens au dernier G7 est à cet égard significative. Une ligne proche de l’assujettissement dans le cas de Hollande qui, en refusant de livrer les Mistral sur ordre de Washington, discrédite la parole de la France.

    L’ancien président prend aussi à contrepied tous ceux qui le tenaient depuis toujours, à tort, pour un « libéral atlantiste ». C’est oublier qu’en 1981, il fut vaincu par une coalition de la gauche unie et de l’ambassade des Etats-Unis et qu’il avait en revanche reçu, contre le parti communiste, l’appui discret de l’ambassade d’URSS. Ses positions de fin de mandat où il avait cherché à jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Est et l’Ouest (le « petit télégraphiste » dit Mitterrand) n’étaient guère appréciées à Washington. On peut certes discuter leur opportunité à un moment où la menace venant de Moscou était bien plus sérieuse qu’aujourd’hui. Mais elle témoignait d’une indépendance dont nous avons perdu l’habitude.

    Différence de posture, différence d’envergure aussi avec tous ceux qui prétendent aujourd’hui à la magistrature suprême. Le président académicien n’envisagerait-il pas de  se présenter à la primaire de droite ?

    La position de Giscard est proche, ce n’est sans doute pas un hasard, de celle de son vieil ami Helmut Schmidt qui, il n’y a pas si longtemps, vitupérait la politique irresponsable de la commission de Bruxelles, à la fois incompétente et belliciste, faisant courir, selon lui, à l’Europe le risque de la guerre mondiale.

    En prenant cette position audacieuse, Valéry Giscard d’Estaing va dans le sens de l’opinion française éclairée, celle qui ne se laisse pas influencer par le matraquage anti-Poutine des médias, une opinion de plus en plus décalée par rapport à la positon officielle de Hollande et de la direction de l’UMP. Il y a un ou deux ans, les pro-russes se trouvaient isolés dans les dîners en ville. Aujourd’hui c’est inverse : presque personne, en dehors de quelques intellectuels ne prend plus parti pour les Etats-Unis dans les affaires de l’Ukraine.

    Il ne s’agit bien entendu pas d’être pro-ceci ou pro-cela. Il s’agit que notre diplomatie soit celle de nos intérêts et non pas des intérêts de quelqu’un d’autre. Cela suppose qu’on évacue toutes considérations infantiles sur « qui est le bon ? » et « qui est le méchant ? » auxquelles se résume aujourd’hui la diplomatie dite des droits de l’Homme. En d’autres circonstances cela pourrait nous conduire à être antirusse ou antisoviétique, mais en aucun cas à l’alignement absurde sur les Etats-Unis dont nous sommes aujourd’hui les témoins.

    Roland Hureaux, 21/06/2015

    Source : atlantico.fr

    http://www.polemia.com/apres-sa-visite-a-poutine-giscard-prend-tout-le-monde-a-contrepied/

  • Financement de mosquées par la mairie de Paris

    Communiqué de Wallerand de SAINT JUST, Secrétaire de la fédération FN-RBM de Paris, Tête de la liste FN-RBM aux élections régionales en Île de France :

    "Alors qu’il manquait 400 millions d’Euros dans le budget municipal de cette année et qu’un trou de 300 millions est déjà annoncé pour le prochain exercice, la Mairie de Paris déclare réfléchir à de nouveaux moyens pour financer la seconde phase des travaux de l’Institut des Cultures d’Islam.

    Que l’on ne s’y trompe pas, derrière cette hypocrite dénomination culturelle, il s’agit bien de la construction de mosquées dont la ville de Paris est le maitre d’œuvre dans le XVIIIe arrondissement de la capitale.

    Conçu au départ pour régler le scandale des prières de rues de la Goutte d’Or, le projet initial prévoit la construction de deux bâtiments avec au rez-de-chaussée une vocation culturelle et à l’étage, la véritable raison de ce projet immobilier public, des salles de prières destinées à être revendues à des associations cultuelles. Un seul des deux bâtiments a pour l’instant vu le jour. Le second, et par conséquent la seconde mosquée, se cherche un moyen de financement, public bien évidemment.

    Le bâtiment actuel a déjà coûté officiellement 13,5 millions d’Euros aux contribuables parisiens. On parle pour l’ensemble du projet d’un coût final de 22 à 28 millions d’Euros. Des ajouts, sous forme de subventions, ont dès maintenant été votés ces derniers mois en Conseil de Paris, à l’exemple de cette rallonge de 600 000 Euros pour que les sanitaires prévus soient remplacés par un modèle « à la turc », convenant mieux aux usagers. [...]"

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Fermez les mosquées salafistes ! (Présent 8385)


    8385-Une

    Comment combattre un mal sans vouloir le nommer ? Si l’on esquive le mot, comment peut-on affronter sa réalité ? C’est pourtant ce que ne cesse de faire François Hollande.

    De Bruxelles, apprenant la tuerie en Isère, il a doctement révélé qu’il s’agissait « d’une attaque de nature terroriste ». Mais quel terrorisme ? Il a promis qu’il allait « éradiquer les groupes ou les individus responsables de tels actes ». Quels groupes ? Quels individus ? Ils n’ont ni visage, ni idéologie, aucune appartenance, comment éradiquer ces assassins anonymes ? Il sait pourtant que ne sont pas des terroristes péruviens du Sentier lumineux, ce sont des islamistes. Mais le mot lui écorche les lèvres. Car, si le président entend combattre le terrorisme, il lutte dans le même mouvement contre « l’amalgame » et « l’islamophobie », comme s’il s’agissait de maux aussi redoutables que le terrorisme lui-même. Dans « islamisme », il y a islam, il espère que ses périphrases le feront oublier aux Français. La vérité est qu’il ne veut faire nulle peine, même légère, aux musulmans qui, en 2012, ont voté à 93 % pour lui, il espère qu’ils recommenceront en 2017.

    Ce que l’égorgeur isérois a en commun avec les autres terroristes, ce n’est pas seulement l’islamisme, c’est d’être bien connu de la police. Yassin Salhi figurait au fichier « S », c’est-à-dire des personnes signalées comme ayant un lien avec l’islamisme radical, comme les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, les tueurs du 7 janvier, comme Mohamed Merah ou cet autre qui a attaqué trois militaires à l’arme blanche à Nice. Après chaque attentat, Cazeneuve nous « rassure » : ils étaient connus de nos services.
    Tous fichés, ou presque. Tous recensés, tous répertoriés, tous signalés et tous perdus de vue, tous oubliés, tous enfuis, tous négligés et tous, finalement, ont frappé, tué, massacré ou égorgé.
    C’est qu’il y en a tellement qu’on ne peut pas les suivre à la trace, comprenez-nous ! Les policiers ne sont pas assez nombreux. Et alors ? Il faut donc en recruter autant que nécessaire ou, au moins, en prendre la décision, c’est cela « tout faire » pour combattre le terrorisme. Ce n’est pas rester les bras ballants en déplorant dans un soupir résigné le manque d’effectifs. D’autant que, lorsque le gouvernement le veut, il le peut. Dès lundi sont prévus 200 policiers de plus en renfort dans les rues de la capitale. Il n’a fallu que quarante-huit heures pour en décider et trouver les hommes. C’est à cause de la guerre. Pas celle que nous livre le terrorisme islamique, non, celle qui sévit entre taxis et chauffeurs d’UberPop, que la police veut verbaliser massivement.

    La nécessaire répression doit s’accompagner de l’extinction de ces foyers de propagande islamiste que sont les mosquées salafistes, comme le demande Marine Le Pen. Tous les salafistes ne sont évidemment pas de la graine de terroriste, mais tous les terroristes, ou presque, sont salafistes. C’est pourquoi le gouvernement tunisien, après l’attentat de Sousse, a annoncé la fermeture des 80 mosquées de cette obédience, comme avant en Égypte. Hollande sera-t-il plus protecteur de ces musulmans-là que ces chefs d’État musulmans ?

    Guy Rouvrais

    http://fr.novopress.info/

  • « Populisme / Les demeurés de l’Histoire » de Chantal Delsol

    Note de lecture de Bernard Mazin, essayiste.

    L’ouvrage de Chantal Delsol a déjà été présenté sous la plume de Pierre Le Vigan qui, au moment où j’écris ces lignes, revient opportunément sur le sujet à propos d’un autre livre plus ancien, Eloge du populisme, de Vincent Coussedière. Le phénomène du populisme étant au cœur des débats politiques, et étant en passe d’y demeurer bien ancré dans les prochaines années, il ne me paraît pas inutile de se pencher à nouveau sur l’analyse de Chantal Delsol, que l’on peut ranger dans la catégorie de la « philosophie appliquée » et qui frappe le lecteur par sa pertinence et sa mesure.

    « Je ne connais pas de plus grande brutalité, dans nos démocraties, que celle utilisée contre les courants populistes. La violence qui leur est réservée excède toute borne. Ils sont devenus les ennemis majuscules d’un régime qui prétend n’en pas avoir. Si cela était possible, leurs partisans seraient cloués sur les portes des granges. »

    Pourquoi tant de haine ?

    Le sous-titre du livre, Les demeurés de l’Histoire, peut sembler relever de la provocation, mais l’auteur s’en explique dès le début de son propos. Elle rappelle que dans la philosophie de l’Antiquité grecque, il existe une quasi-constante : l’opposition entre les « quelques-uns » et les « nombreux ». Les premiers ont la faculté de rechercher ce qui est commun à tous, le logos, c’est-à-dire le discours universel ; les « nombreux » sont au contraire des idiotès, c’est-à-dire ceux qui ne voient que ce qui est particulier et qui le considèrent comme la Vérité. Cette réflexion ne distingue pas la philosophie de la politique, puisque l’aspiration à l’universel et l’aspiration au bien de la cité se confondent. Tout au plus existe-t-il un début d’interrogation sur la démagogie.

    A beaucoup d’égards, l’on peut considérer que les actuelles attaques contre les populistes trouvent leur origine dans Platon :

     « L’identification de la multiplicité avec la médiocrité, son identification avec le chaos, traduisent un élitisme qui repousse toute tentative, ou espoir, de tenir compte de l’expression populaire. […] Cette vision de Platon est annonciatrice des points de vue actuels sur le populisme : aujourd’hui, si l’opinion du peuple ne correspond pas avec le discours des droits de l’homme envisagés d’une manière spécifique, cette opinion est identifiée à une dispersion de caprices et de passions, et celui qui lui prête attention, à un démagogue. »

    Malgré tout, la véritable histoire du populisme coïncide avec celle de la démocratie représentative, et ce n’est guère que depuis une vingtaine d’années que le qualificatif de populiste est devenu un gros mot, et même une injure. « Je ne connais pas de plus grande brutalité, dans nos démocraties, écrit Chantal Delsol, que celle utilisée contre les courants populistes. La violence qui leur est réservée excède toute borne. Ils sont devenus les ennemis majuscules d’un régime qui prétend n’en pas avoir. Si cela était possible, leurs partisans seraient cloués sur les portes des granges. » Comment en est-on arrivé là en si peu de temps ?

    L’auteur en voit la cause dans l’important changement qui s’est produit depuis la fin des Trente Glorieuses : la désaffection du peuple à l’égard de l’idéologie émancipatrice des Lumières. Celle-ci trouve une certaine généalogie dans la conception platonicienne : convergence entre le logos philosophique universaliste et la finalité politique ; méfiance à l’égard des masses incapables de saisir le Bien commun, qui conduit corrélativement à la confiscation de l’expression du peuple des idiotès par une « élite » autoproclamée. Mais cette homothétie n’est qu’apparente : alors que la raison, le logos, était pour les Grecs « une vérité encore introuvée et probablement introuvable », la Raison cartésienne qui inspire les philosophes du XVIIIe siècle est devenue celle « qui éteint au fur et à mesure qu’elle avance les ténèbres de l’ignorance, et désigne les vérités illuminées que tous doivent dès lors accepter pour telles. »

    Il faudrait de plus longs développements pour préciser l’articulation entre les Lumières et la pensée économique libérale, qui fusionnent sous nos yeux dans le melting pot de l’idéologie libérale-libertaire. Mais ce sont là des concepts bien connus des familiers de Polémia, et l’auteur ne manque pas de les résumer, faisant référence à des penseurs tels que Christopher Lasch (1) ou Jean-Claude Michéa (2).

    Quoi qu’il en soit, le résultat est que « aujourd’hui, une vérité morale unique impose à la politique ses finalités, jugeant idiots ceux qui voudraient défendre des particularités face à cet universel imposé. »

    Le populisme se loge ainsi dans les interstices d’une démocratie qui déçoit le peuple, qui « n’a pas été à la hauteur des espérances de ceux qui le veillaient amoureusement. C’est du moins ainsi que l’élite a compris les choses. En réalité, elle avait nourri des illusions : non pas sur les capacités du peuple, mais sur la vérité de ses propres doctrines. Mais elle l’ignore. Elle voit un peuple qui fait défection. Qui trahit. Qui refuse d’agréer avec reconnaissance une nouvelle vie qu’on lui confectionne. Qui reproche à l’idéologie de lui confisquer ses aspirations légitimes. C’est là le début de l’histoire du populisme. »

    Précisant son propos, Chantal Delsol nous conduit à travers différentes étapes de ce processus de diabolisation des populistes : ces étapes procèdent parfois d’une réflexion théorique élaborée. Il en va ainsi de la démarche léniniste de différenciation entre « spontanéité » et « conscience », qui conduit à résoudre le problème en l’éliminant, au besoin physiquement. Mais bien plus souvent – et l’exemple des grangers américains illustre bien ce cas de figure – c’est un processus de récupération qui est mis en œuvre. « D’abord, les élans populistes développent des idées dont personne ne veut mais qui sont portées par une partie de la population. Ensuite, les partis officiels n’aiment pas voir les plébéiens réclamer leur part du pouvoir et préfèrent donc adopter une partie de leur programme pour faire taire leurs velléités de participation au gouvernement. »

    De nos jours en France, on retrouve cette même cohabitation des deux attitudes : celle de l’élite de gauche, qui procède de la réflexion de Lénine en niant la légitimité de la réalité et en assimilant le pragmatisme populiste à du nihilisme, puisqu’il n’y a aucun concept là-dessous ; celle d’une frange des soi-disant Républicains, Sarkozy en tête, qui s’évertuent à courir derrière le FN pour essayer de rallier les voix de droite. On peut constater tous les jours le sort de ces deux stratégies, face au mur de la réalité.

    De quoi le populisme est-il le nom ?

    L’auteur énumère ce qui fait la spécificité du discours et des programmes populistes :

    la critique de l’individualisme, qui rompt le lien social et les solidarités ;

    la critique des excès de l’Etat-providence, d’autant plus accentuée que ces excès bénéficient à des clientèles non reconnues comme faisant partie de la communauté du « vivre ensemble » ;

    la défense de l’identité de la nation ou des groupes d’appartenance ; de là procèdent l’euroscepticisme, le refus de la mondialisation, la volonté de réduire l’immigration, l’hostilité à l’égard de l’empire américain ;

    l’aspiration à la moralisation de la vie politique (lutte contre la corruption) et des mœurs (contre la morale dominante des droits de l’homme, de la victimisation systématique et de la transgression) ;

    sur la forme, le recours à une parole libérée – qui ose « dire tout haut ce que les gens pensent tout bas » – et le « refus du mensonge et de la sophistication élitaires», qui ne sont autres que la novlangue utilisée par la super-classe mondiale.

    On voit avec ce rapide survol que le populisme, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, n’est réductible ni à un mouvement contre la démocratie, ni à une forme de démagogie, ni à une dimension protestataire. Il est en outre autonome par rapport au débat sur le libéralisme économique. Il est en fait une réaction à la tendance post-moderne «  à la dé-différenciation, au mélange, à l’effacement des caractéristiques. La mondialisation est applaudie lorsqu’elle permet la « culture-métis », elle est vilipendée quand elle produit la concurrence, c’est-à-dire quand elle valorise les singularités. »

    Le populisme, rempart contre les conceptualisations universalistes

    Le populiste se dresse contre la dogmatique universaliste dominante. Il représente l’enracinement contre l’idéologie de l’émancipation, celle de « l’homme détaché de ses racines temporelles et spatiales, et des obligations communautaires [qui] vit dans un monde ouvert, traversant les frontières aussi bien que transgressant les limites dont il ne reconnaît plus la légitimité ».

    Revenant à l’histoire des idées, Chantal Delsol rappelle que depuis les Lumières, l’idée d’émancipation se présente comme « une idéologie, un système conceptuel complet, historiquement triomphant et, par la force de son argument historique, déblayant tout sur son passage ». Mais alors qu’au XIXe siècle de nombreux courants de pensée ont tenté de critiquer ces conceptualisations émancipatrices, au XXe siècle « ces arguments se sont pratiquement tus, comme si l’évidence de l’émancipation avait fini par épuiser tous ses adversaires ».

    Cet étouffoir est partiellement la conséquence des excès des totalitarismes nazi et fasciste, qui bien que n’étant pas populistes stricto sensu, permettent aux idéologues de l’émancipation, aujourd’hui encore, de disqualifier leurs adversaires par la reductio ad Hitlerum et la pratique de l’amalgame à sens unique.

    Mais cette référence n’explique pas tout : est aussi et surtout à l’œuvre dans l’idéologie dominante l’idée du progrès continu, rejetant dans les ténèbres de l’obscurantisme tout ce qui vient du passé, de l’histoire, de la tradition, des modes de vie, en bref tout ce qui fait l’enracinement. Dès lors, cette idéologie « qui se croit et se veut désormais seule au monde, considère que toute critique extérieure, plaidant pour un monde disparu et privé de justification, vaut pour une apostasie ». Et c’est ce qui conduit les tenants de cette idéologie à assimiler les populistes à des « demeurés de l’Histoire », qui continuent de cultiver une nostalgie pour un retour sur le passé dépourvu de pertinence et entravant la marche en avant vers la « mondialisation heureuse » que l’on nous promet pour demain, mais qui est en passe de rejoindre les « lendemains qui chantent » au magasin des illusions perdues.

    Le monde réel, planche de salut du populisme

    L’objectif de l’auteur n’est pas de prédire l’avenir des mouvements populistes. Elle ne cache pas, et nous serons d’accord avec elle sur ce point, la puissance des moyens dont dispose la super-classe mondiale pour imposer l’idéologie cosmopolite, l’individualisme débridé et le déracinement érigé en principe moteur du progrès illimité.

    Pourtant, on peut trouver en filigrane de l’ouvrage de nombreuses raisons d’espérer. L’utopie de l’émancipation totale est en effet un colosse aux pieds d’argile, pour plusieurs raisons :

    • Tout d’abord, Chantal Delsol remarque que les populistes ne cherchent pas à sortir du champ de la démocratie, mais au contraire à y entrer, car ils souffrent précisément de n’être pas entendus, alors que leurs idées sont sinon majoritaires, au moins dignes d’être prises en compte. Jean-Claude Michéa décrit ainsi l’instrumentalisation du terme « populisme » par l’idéologie libérale-libertaire : « Si le mot “démocratie” doit être, à présent, affecté à la seule définition du libéralisme, il faut nécessairement un terme nouveau pour désigner ce “gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple” où chacun voyait encore, il y a peu, l’essence même de la démocratie. Ce nouveau terme, choisi par les ateliers sémantiques, sera celui de “populisme”. Il suffit alors d’assimiler le populisme (au mépris de toute connaissance historique élémentaire) à une variante perverse du fascisme classique, pour que tous les effets désirables s’enchaînent avec une facilité déconcertante. Si l’idée vous vient, par exemple, que le Peuple devrait être consulté sur tel ou tel problème qui engage son destin, ou bien si vous estimez que les revenus des grands prédateurs du monde des affaires sont réellement indécents, quelque chose en vous doit vous avertir immédiatement que vous êtes en train de basculer dans le “populisme” le plus trouble, et par conséquent que la “Bête immonde” approche de vous à grands pas. »(3). Dont acte. On remarquera simplement que ce tour de passe-passe a longtemps fonctionné, mais que ses promoteurs sont de plus en plus comme ces prestidigitateurs qui ne veulent pas se rendre compte que leurs trucs ont été dévoilés, et ne comprennent pas pourquoi ils se produisent devant des salles vides.

    • D’une manière plus générale, il est permis de penser que la montée des populismes a de beaux jours devant elle, car le « déni de réalité » dans lequel cantonnent les élites dirigeantes est de plus en plus visible, et d’autant moins bien accepté que ces élites se gardent de mettre en pratique pour elles-mêmes les préceptes qu’elles imposent au peuple. Chantal Delsol résume ainsi la situation : « L’élite défend une idéologie qu’elle concrétise à travers des mesures politiques au fil des ans. Cette idéologie s’avère, sur bien des points, plus destructrice que bénéfique pour la vie quotidienne de ceux qui la subissent. Et pourtant il faut bien la défendre, puisqu’elle est une dogmatique. On impose donc au peuple de supporter les sujétions idéologiques, pendant que l’élite, plus informée et surtout plus puissante, crée des systèmes à la fois humains et performants. » On n’en finirait pas d’illustrer cette schizophrénie et cette hypocrisie des classes dominantes, qui évacuent vers les humbles et les sans grade les dégâts de la mondialisation (insécurité, chômage, immigration, école publique en perdition, etc.), et qui en réservent les effets positifs aux « heureux du monde », soit à eux-mêmes.

    • Mais il ne suffit pas d’attendre passivement que l’idéologie dominante s’écrase contre le mur de la réalité. Les mouvements populistes ont souvent tendance à camper sur des positions défensives, et se contentent d’engranger des succès électoraux qui ne sont dus que très partiellement à leur action propre, et bien plus souvent aux événements extérieurs, ou à l’incurie et à la perte de crédibilité des autres forces politiques en présence. Ces mouvements sont aussi parfois tentés de jouer à contre-emploi, ou de manier la démagogie, espérant ainsi gagner quelques électeurs. Ces stratégies sont suicidaires et démontrent l’incapacité des dirigeants de ces formations à déceler la contradiction qu’il y a à utiliser pour leur propre profit des instruments dont ils critiquent l’usage par leurs adversaires, et alors même qu’ils passent leur temps à répéter que le peuple n’est pas dupe ! Certes, il ne s’agit pas de substituer une dogmatique populiste à la dogmatique dominante. Mais si l’on entend que les partis populistes ne soient pas qu’un feu de paille vite étouffé par les extincteurs du cosmopolitisme mais offrent une véritable réponse au cri de souffrance des peuples européens, il est nécessaire d’articuler un corpus d’idées cohérent, qui manque cruellement à certains d’entre eux.

    • Un autre élément joue en revanche en faveur de la montée du populisme : les excès de la politique de stigmatisation et de diabolisation menée par les idéologues de l’émancipation contre tout ce qui n’entre pas dans leurs vues. Le populiste sera ainsi qualifié de « violent », « brutal », « bête », « replié sur lui-même », « rance », « moisi », « frustré », sans parler de tous les qualificatifs en « -phobe » … Le problème que ne semblent pas voir les utilisateurs de ces adjectifs fleuris est qu’ils ne visent pas essentiellement des individus, mais des opinions portées par des groupes de taille très importante, voire majoritaires. Venant d’élites ultra-minoritaires et qui plus est largement déconsidérées, il est inéluctable que ces mises au pilori soient perçues comme une forme de mépris, ou de haine du peuple. Et ce ne sont pas les incantations de nos dirigeants qui y changeront grand-chose.

    De plus en plus, l’idée fait son chemin, aidée par le spectacle du monde, que les Lumières nous conduisent dans les ténèbres et que l’obscurantisme a changé de camp. C’est tout à l’honneur d’auteurs comme Chantal Delsol, et d’autres de plus en plus nombreux, d’oser sortir des catacombes où les reléguait la pensée dominante, et d’exprimer à voix haute de fortes convictions. Ce sont eux, plus que les stratèges des formations politiques, qui contribueront probablement au nécessaire aggiornamento de la pensée populiste. Je tirerai de Populisme / Les demeurés de l’Histoire, une dernière citation qui me paraît en peu de mots résumer tout le livre : « L’accusation injurieuse de populisme pourrait bien être la dernière défense par laquelle l’idéologie de la Raison, menacée dans sa légitimité, tente sa sauvegarde. »

    Bernard Mazin, 20/6/2015

    Chantal Delsol, Populisme / Les demeurés de l’Histoire, Ed. du Rocher, janvier 2015, 267 p.

    Notes :

    Cf. notamment Christopher Lasch, La Révolte des élites et la Trahison de la démocratie, Ed. Champs-Flammarion, 2007.

    Cf. notamment Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche, Ed. Climats, 2013.

    Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal, Ed. Champs-Flammarion, 2010, p. 84.

    Voir aussi :

    « Populisme : les demeurés de l’histoire » de Chantal Delsol
    Note de lecture de Pierre Le Vigan

    « L’éloge du populisme » de Vincent Coussedière
    Note de lecture de Pierre Le Vigan

    « Populisme, mouvements dissidents : le grand basculement qui vient »
    de Jean-Yves Le Gallou

     

    http://www.polemia.com/populisme-les-demeures-de-lhistoire-de-chantal-delsol-2/