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actualité - Page 5183

  • Dans un excellent numéro de Politique Magazine...

    Institutions : A la recherche du politique perdu, par Frédéric Rouvillois

    Sans rien connaître à la médecine, chacun sait que l’homme de l’art qui se trouve devant un grand blessé a le choix entre deux options : les cautères, pommades et onguents qui calmeront un peu sa douleur et lui permettront de mourir plus doucement ; ou l’opération lourde, incertaine, risquée, mais qui peut lui sauver la vie.

    Il en va de même dans l’ordre politique. En ce qui concerne la France, on pourrait certes énumérer les nombreuses réformes « faisables », susceptibles d’améliorer le système à la marge - et de lui procurer l’apparence d’une rémission : l’amélioration de la composition du Conseil constitutionnel, la suppression du cumul des mandats, l’introduction de la proportionnelle ou l’abolition de l’article 89-3 qui permet au Congrès de réviser la constitution à tout bout de champ. Autant de réformes techniquement réalisables, sans doute bienvenues - mais strictement capillaires. Dérisoires, au regard de la crise du politique et des menaces qui pèsent sur l’existence même de la France.

    L’état : une dispendieuse fiction [...]

    La suite ici

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Dans-un-excellent-numero-de

  • Etats-Unis/Russie : la guerre est déjà en cours

    Selon Paul Craig Roberts, économiste et journaliste paléoconservateur américain, ancien sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982). Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Il est l’actuel président de l’Institute for Political Economy (Institut des sciences économiques) :

    "[...] Mais si on a la possibilité d’une Guerre froide sans combattre soi-même, on peut la faire durer des années, comme cela a été le cas pour la Guerre froide avec l’Union soviétique. C’est d’ailleurs la Guerre froide qui a engendré le complexe militaro-sécuritaire américain.

    C’est tout au moins une ligne rouge pour Washington. Néanmoins,je ne suis pas certain que l’on puisse attendre de Washington le bons sens d’éviter de transformer l’invasion de l’Ukraine en guerre chaude. Cela dit, il paraît difficile de croire que Washington puisse s’engager dans une guerre chaude contre la Chine et la Russie. Il s’agit là de deux pays vastes et puissants dotés d’armes nucléaires.

    Mais beaucoup de choses difficiles à croire se sont réellement produites. Il arrive souvent que les gouvernements succombent aux sirènes de leur propre propagande. Et il est clair qu’à Washington quelqu’un est persuadé qu’une guerre nucléaire est gagnable, parce que sinon, à quoi bon modifier la doctrine de guerre pour que les armes nucléaires cessent d’être des armes de représailles et deviennent une arme de première frappe ? Pourquoi construire des missiles anti-missiles et les déployer à la frontière de la Russie et sur des navires en mer Noire et en mer de Chine méridionale ?

    Il est certain qu’à Washington, il y a des gens pour croire que les Etats-Unis peuvent gagner une guerre nucléaire. Dans les faits, un article a été publié il y a quelques années dans Foreign Affairs, le magazine de réflexion du Council on Foreign Relations – un aréopage influent d’analystes en stratégie et d’ex-responsables gouvernementaux. Il y était affirmé que les Etats-Unis avaient une telle avance sur la Russie en matière d’armement nucléaire que nous pourrions sans difficulté attaquer la Russie sans risquer de représailles. Il y a des gens qui pensent réellement cela. [...]

    L’un des effets pervers de l’usage brutal de la force par Washington serait que les pays de l’OTAN réalisent qu’ils sont menés vers un conflit par un gouvernement devenu fou, qui prend des risques invraisemblables avec la vie humaine et même avec la planète.

    Ainsi, il se pourrait bien que Poutine parie sur une prise de conscience du danger que représente Washington pour les vivants. Il espère que plus la Russie se montrera pondérée, moins elle adoptera une attitude provocatrice, plus grandes seront les chances que les gouvernements allemand et français réalisent que l’agenda de Washington est funeste pour le genre humain ; plus grandes seront les chances que l’Europe prenne des décisions pour s’affranchir, elle, ses pays et ses peuples, du contrôle de Washington. Dans ce cas, l’empire s’effondrerait.

    Je suis convaincu c’est là que se situe le pari de Poutine. Il n’est pas fou, loin de là, il prend la mesure de la menace d’une guerre, il en a conscience. Et c’est très certainement la raison pour laquelle il a demandé à la Douma d’abroger le droit au déploiement de forces russes en Ukraine. Il tente de dire aux Allemands et aux Français – Vous voyez bien, ce n’est pas moi, ce n’est pas nous.

    J’espère qu’il réussira. Car en fin de compte, l’avenir du monde est suspendu à la question suivante : l’usage de la diplomatie par Poutine prévaudra-t-il sur celui de la force par Washington ?"

    Michel Janva

  • Bruxelles et les Bruxellois : la vérité si je mens,

    Mensonge délibéré ? Absence de professionnalisme ? Fainéantise ? Manque de rigueur? Toujours est il que le 22 juillet a été publié sur le site du magazine Marianne un article signé  du dénommé Kevin Erkeletyan, (« FN : l’Elysée servi sur un plateau ») qui recycle un vieux bobard qui traîne sur la toile, dont nous avons pourtant fait justice depuis de très nombreuses années et de nouveau officiellement à l’occasion de la présidentielle de 2012. M. Erketelyan écrit ainsi  que « le traité transatlantique est l’exemple parfait de l’intelligence politique du Front qui a su adapter sa position sur le sujet à celle de ses adversaires : en 2008, Marine Le Pen et Bruno Gollnisch votaient pour des parties d’un texte qui serait son embryon au Conseil économique transatlantique ; aujourd’hui, le parti fait bloc contre le projet ».

     Pourtant, dans un communiqué officiel publié il ya deux ans sur ce blogue, sur le site du Front National et envoyé comme tel aux centaines de journalistes figurant sur la liste de diffusion du service de presse du FN, Bruno Gollnisch rappelait très clairement que les personnes à l’origine de ce  mensonge « ne savent pas lire ou ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent ».

     Les députés frontistes d’alors n’ont pas voté bien sûr « en faveur du grand marché transatlantique ». «  L’un des votes (du FN, NDLR) incriminés porte non pas sur l’ensemble d’un texte (RC6-0209/2008) mais sur un amendement, dont le rôle, comme chacun sait ou devrait savoir, est de modifier le texte initial. L’autre vote porterait sur une autre résolution (B6-0280/2008). Là, c’est pire : cette résolution n’a pas été mise aux voix ».

     Bref, si ceux qui colportent ce bobard « avaient poursuivi un peu leurs recherches, ils auraient constaté que les députés du FN ont toujours, depuis que ce projet a été lancé dans les années 1990, voté contre le marché transatlantique. Comme ils s’opposent à tous les accords de libre-échange que l’Union européenne conclut avec les pays les plus divers. Comme ils ont voté contre l’entrée de la Chine à l’OMC, ou les premières étapes pour intégrer certains pays du sud de la Méditerranée au marché unique européen. En parfaite cohérence et conformité avec les analyses et le programme du Front National que défendMarine Le Pen » concluait Bruno Gollnisch.

    De l’avis général des spécialistes,  le milieu journalistique –qui n’est pas épargné, très loin s’en faut par une baisse assez dramatique du niveau culturel que l’on retrouve chez nos actuelles et futures « élites » – est un milieu très autoréférencé. Formule aimable  pour  dire que beaucoup de journalistes (pas tous), recyclent et reprennent à leur compte sans recul, par conformisme et/ou paresse, des informations glanées ici ou là sous la plume de leurs confrères dans des journaux, sur internet, ou comme chacun sait,  le pire et le médiocre (souvent)  côtoie le  meilleur (parfois).

     S’il fallait une confirmation de la netteté du combat mené par les nationaux Français et leurs amis contre l’euromondialisme, nous la trouvions ces derniers  jours dans la  bouche deFrank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères. Ce dernier, comme les pontes du PS et de l’UMP, en France,  s’est sans surprise félicité de l’élection, avec les voix de gauche, du libéral Jean-Claude Junker comme président de la Commission de Bruxelles (« Merci de ne pas voter pour moi » at-il lancé  dans l’hémicycle à l’adresse de Marine et des députés FN !),  et de celle, avec les voix de droite, du socialiste sectaire, baptisé social-démocrate, Martin Schulz à la présidence du parlement européen.

     Comme le notait dernièrement Bruno ces deux là et leurs écuries respectives font mine de s’opposer un mois tous les cinq ans et s’entendent comme larrons en foire  le reste du temps sur la politique antinationale à mener.

     La priorité énoncée par le très fédéraliste M. Steinmeier (voir l’édition du Monde en date du 9 juillet) est limpide. Il a fustigé   « la résistance des extrémistes et des populistes » qui s’opposent à l’ultra libre échangisme et au projet d’éclatement de nos nations sous les coups de boutoir du  multiculturalisme.

     Vœu à double tranchant pour ses amis politiques, il a prôné l’idée d’«un seuil minimal pour entrer au Parlement européen» afin d’en écarter les affreux. En toute logique il a donc martelé que «lutter contre la xénophobie, le racisme constituera la mission importante de la politique européenne dans les années à venir.» Et ce défenseur ardent des minorités de tous poils de pointer les méchants du doigt: les députés…minoritaires patriotes, souverainistes et nationalistes que le ministre de Mme Merkel  accuse  d’être « ouvertement opposés à la libre circulation et aux droits des minorités. »

     On se souviendra, notons le au passage, que Jean-Claude Juncker avait fait campagne à la présidence de la commission en promettant un « Commissariat à la migration » dans le but d’harmoniser les politiques migratoires des pays membres, alors que nombre d’entre eux sont assaillis par l’immigration clandestine.

     Le cas de l’Italie avec Lampedusa est emblématique, sachant qu’une fois entrée dansl’espace Schengen, les immigrés se précipitent en France où les prestations sociales  sont réputées les plus généreuses…

     Bien sûr les élections étant passées, la promesse de M. Juncker a disparu, au motif a-t-il déclaré,  que cette idée d’harmonisation est « impraticable »… il ne le savait donc pas avant !? Les 25 % d’électeurs Français qui ont voté pour les listes FN en mai dernier n’ont décidemment aucune raison de regretter leur vote !

    http://gollnisch.com/2014/07/25/bruxelles-les-bruxellois-verite-mens/

  • Najat Vallaud-Belkacem propose de punir fiscalement les familles pauvres (archive décembre 2013)

    En début de semaine, je consacrais un billet à Fleur Pellerin. LOL et rigolance mis à part, pour des raisons évidentes d’égalité homme-femme, je me dois donc aujourd’hui de faire un billet sur Najat Vallaud-Belkacem, le porte-parlote du gouvernement qui ne m’a d’ailleurs pas laissé le choix : le ministre des droits des femmes souhaite à nouveau attaquer la réalitéavec le burin de la loi et le marteau de la règlementation afin de rendre la fiscalité plus câline au travail des femmes.

    Peut-être fallait-il faire oublier le débat parlementaire inexistant sur la pénalisation des clients de la prostitution, et tenter de camoufler les vociférations outrées et pourtant argumentées des principaux concernés (tant clients que prestataires de service) ? Peut-être était-il devenu nécessaire d’agiter une nouvelle fois le microcosme parisiano-politicien ou journalistico-médiatique en tentant la résolution d’un problème que personne ne se posait ? Difficile à savoir, tant la stratégie globale du gouvernement et de chacun des ministres semble impénétrable au commun des contribuables. Quoi qu’il en soit, voilà notre effervescente minustre lancée dans un nouveau chantier qui cumule l’avantage de concerner les Femmes, ces créatures éternellement bafouées par la société patriarcale capitaliste mondialisée qui croque du chaton au petit déjeuner, et l’avantage de rejoindre Berny Bercy dans son combat contre l’Hydre Budgétaire en plein choc anaphylactique de simplification. Il y a un autre avantage qui est celui de l’illisibilité complète du charabia proposé, mais on est ici en terrain normal pour la porte-parlote.

    Tout part du constat évident et non-discutable que les femmes sont discriminées, notamment dans l’accès à l’emploi de certaines professions comme grutier, marin pêcheur, égoutier ou informaticien. Et ça tombe bien : en terme d’égalité des droits des femmes, tout le pays réclamait instamment que soit fait quelque chose, avec des actions fermes et décidées, tout plein de leviers à mobiliser, des revalorisations à faire et des interventions concrètes très palpables à base de tangible qui laisse des traces. M’ame Najat a donc décidé de prendre les dispositions nécessaires pour mobiliser son ministère afin d’encourager une prise d’action décisive. Et concrète, bien sûr.

    Ce qui se traduit immédiatement par l’inévitable création d’un GrRrand Service Public de l’Orientation qui a pour ambition de se fixer des objectifs, et notamment de mixité dans les études supérieures. Oui. Elle est cash comme ça, la Najat. Ca ne s’arrête pas là, bien heureusement. Par exemple, pour les pôle « emplois d’avenir », elle explique que son ministère a veillé « aux objectifs sexués » qui sont mis en place, ce qui pourrait vouloir dire qu’il y aura donc des emplois d’avenirs réservés aux femmes pour des raisons de quota, ou ce qui pourrait aussi vouloir dire également que certains objectifs auront un petit zizi et d’autres un petit trilili. Je penche pour la seconde option, bien plus poétique. Il y a bien sûr tout un épais nuage de vapeurs stato-égalitaristes supplémentaires, mais ce ne sont pas celles-là qui m’intéressent ici.

    En fait, de tout le fatras de propositions vaguement articulées entre le désir compulsif d’égalitarisme aplanissant et celui de se faire mousser médiatiquement, la plus choupinette reste sans doute celle qui consiste à adosser cette fumeuse fameuse égalité à la fiscalité. Comme il est à la mode actuellement de faire des réformes à la dynamite devant les micros (et au pinceau triple zéro en coulisse), la minustre s’est donc mis au diapason des autres clowns gouvernementaux en proposant une vaste refonte de l’impôt sur le revenu. C’est certes la troisième ou quatrième depuis le début de l’année, mais après tout, chaque ministre peut bien tenter sa chance. Pourquoi pas elle ?

    S’appuyant sur les palpitantes conclusions du volumineux rapport commandé pour l’occasion, Najat Vallaud-Belkacem propose de revenir sur le principe de l’impôt par foyer fiscal pour en faire un impôt individuel. L’idée du foyer fiscal était de tenir compte des cas, assez fréquents, où l’un des deux conjoints ne travaille pas. Comme cette réalité — où un conjoint (forcément la femme, faible et au foyer) ne travaille pas — est globalement assez intolérable dans une République des Droits de la Femme, la politicienne propose de moduler le quotient familial afin de favoriser les couples ou les deux sont actifs, ou, au contraire, pour réduire les avantages des couples déviants pardon monoactifs. Ceci permet, sans tenter directement dans l’individualisation de l’impôt, de moduler un peu plus la façon dont ils sont calculés et ponctionnés, transformant une usine à gaz déjà violemment tubulurée en usine à gaz égalitariste féministo-compatible dont les subtilités occuperont à n’en pas douter des cohortes de comptables et d’avocats fiscalistes sur les trois prochains millénaires. Et concrètement (puisqu’on nage dans le concret depuis quelques lignes), cela veut dire que les ménages qui n’ont qu’un revenu mais tout autant de bouches à nourrir se retrouveront donc à payer plus d’impôts. Oui, vous avez compris : Najat Vallaud Belkacem s’attaquera ainsi de front à la pauvreté en punissant solidement les familles où un seul des conjoint travaille. Voilà qui va être extrêmement populaire.

    Rassurez-vous, il existe une autre possibilité, comme plafonner l’avantage du quotient conjugal, un peu comme pour le quotient familial. Là encore, on sent nettement l’ajout verruqueux sur le furoncle global de l’imposition en France, ce qui tombe juste à point pour rejoindre le fameux Choc de Simplification dont Berny Les Bons Budgets a la charge. À force de simplifier de la sorte, il est raisonnable de dire qu’absolument plus personne n’y comprendra rien et les redressements fiscaux tous azimuts pourront enfin être parfaitement arbitraires sans la moindre source possible de contestation. On a les chocs de simplification qu’on peut, mais à ce titre, la tâche des inspecteurs sera considérablement simplifiée. Ça tombe bien, c’était le but.

    Vous l’aurez compris en lisant ces élucubrations foutraques pour péronnelles aux hormones mal contrôlées : il ne s’agit pas tant d’égalité devant le droit que d’égalité effective, à la Procuste, où tout ce qui dépasse sera coupé (et il y a toujours quelque chose qui dépasse). Le réel ne s’accommode pas des coups de boutoir du gouvernement ? Le réel s’obstine à trouver plus de femmes dans l’Éducation Nationale et dans les infirmières que dans le BTP ou la marée-chaussée ? Le réel, décidément chafouin, colle plus de femmes au foyer que d’hommes ? Qu’à cela ne tienne, chaque ministre redoublera d’effort pour plier le réel à ses lubies. Et quand ce n’est pas le chômage comme récemment, c’est la fiscalité qu’on tripotera pour aboutir au résultat que l’on cherche.

    Le résultat, bien sûr, ne sera pas là. Les couples continueront obstinément à se répartir les tâches de façon horriblement sexuée, ou, pire, les bricolages fiscaux aidant, la famille traditionnelle partira en quenouille, malgré son historique assez solide prouvant qu’elle est une bonne idée de base. La réalité, on s’en doute, continuera à faire des pieds de nez de moins en moins citoyens, de moins en moins festifs et de plus en plus féroces. Les passionarias du gouvernement s’acharneront donc toujours plus loin dans les froufroutages inutiles et déstructurants. Pendant ce temps, de simplification fiscale, point il n’y aura, et d’amélioration générale de l’économie française, non plus.

    Mais Najat s’en fiche. Elle aura eu ses quarts d’heure de gloire.

    http://h16free.com/2013/12/13/27903-najat-vallaud-belkacem-propose-de-punir-fiscalement-les-familles-pauvres

  • Comment souder entre elles l'Europe et la Russie

    Après quelques mois de délire, nous nous rapprochons des vacances, un moment où les cyber-révolutionnaires quitteront leurs bureaux et n'auront plus autant de temps pour refaire le monde à partir d'un ordinateur. 

    Malgré la chaleur, cet été pourrait être un bon moment pour réfléchir. 

    Le choc des civilisations va aller en vacances avec les ultras pro-russes et les anti-russes, et après la Coupe du Monde on découvrira que rien n’aura changé. 

    Je saisis cette occasion pour récapituler les faits saillants de ma pensée sur Maidan et les perspectives d'avenir. 

    Maidan 

    La révolte contre le gouvernement ukrainien "pro-russe" de Ianoukovitch pour autant qu'elle puisse être considérée comme «other-directed », puise ses racines dans un sentiment populaire de longue date qui ne permet pas une relation simple entre Moscou et Kiev.  

    Le gouvernement des oligarques "pro-russes", en réalité, était composé de gens qui avaient leurs intérêts dans les deux camps , ce qui est aussi le cas du nouveau : le gouvernement "pro-européen" aujourd'hui est l'expression des mêmes oligarques. 

    L'intervention des camarades de Pravy Sektor n'a pas produit la révolte, ni imposé le «nouveau»  gouvernement. Nos camarades, en combattants tels qu’ils sont, sont allés prendre la tête de l'action. S'ils le n'avaient pas fait, le parti l'atlantique l'aurait remporté sur tous les fronts sans plus aucune opposition, même potentielle. 

    Quand les gens descendent dans la rue l'avant-garde révolutionnaire se retrouve à sa tête, ou bien il n'y a pas d'avant-garde. C'est sa tâche et son devoir. 

    Je sais que les comptables, les intellectuels et les gens qui n'ont jamais entendu le sifflement d’une balle ou connu de guerre civile, peuvent penser autrement. 

    Mais ce n'est qu'une vue abstraite de la réalité. Qui a une perception réelle et charnelle des choses sait bien que sur cela, il n'y a pas de débat. 

    En outre, la solidarité avec les combattants est une priorité hiérarchique: quand s'affrontent deux parties, chacune liée à sa tradition historique et politique,  derrière leurs symboles respectifs, seul celui qui n’a pas  de passion ne peut pas ne pas   frémir dans le côté de qui, historiquement, symboliquement et par le mythe, est le sien. Permettre à cela un calcul, bon ou mauvais qu'il soit, trahit un tarissement de l'âme et une détérioration des valeurs. 

    L'implication ne doit non plus assombrir et nous rendre incapables de regarder froidement vers l'avenir.

    Le jeu américain 

    Ce n'est pas exactement celui que l’on croit. 

    Les Etats-Unis n'ont pas besoin d'une épreuve de force parce que leur énorme puissance nucléaire, militaire, financière, et satellitaire, les garde au niveau d’une puissance au-dessus de toutes les autres, et cela pour de nombreuses années, peut-être même pour de nombreuses décennies. 

    Ce que les Américains poursuivent c’est une synarchie multi-polaire basée sur la rivalité et les déséquilibres entre les différents puissances et en même temps sur le « franchising » américain avec toutes ces puissances. 

    Ce que n'aiment pas les Américains c’est la renaissance européenne, qui doit être maintenue sous contrôle strict. 

    En particulier Washington veut éloigner Berlin de Moscou. 

    Il faut comprendre l'idéologie américaine, qui est basée sur la haine du Père (Europe). 

    C'est la seule clé non «matérialiste» de la stratégie américaine qui, pour le reste, se manifeste très brutalement non seulement dans la politique internationale et dans le contrôle des sources d'énergie, mais aussi dans le trafic de drogue, les migrations ethniques , les spéculations boursières et ainsi de suite. 

    Et nous ne parlons pas ici des redoutables armes du climat et de la santé pour ne pas être catalogués comme des fous obsédés du complot par des gens moins avertis.

    Le jeu anglais 

    L'île des spéculateurs et des faiseurs de rois joue sur tous les terrains. 

    En particulier, elle se préoccupe - historiquement elle l’a toujours fait - de casser l'Europe et de rester présente dans l'Hearthland par le Commonwealth. 

    Londres est le sujet le plus subversif de tous. 

    D’après les aveux du Financial Times, c’est la City qui gère l'assaut de la zone euro. C’est toujours la Grande Bretagne qui insiste pour le «bouclier Otan » à l'est. 

    L'accélération de la crise en Ukraine a été causée aussi de la nécessité de récupérer la Pologne dans la sphère d'influence britannique, puisque elle avait basculé vers l'allemande, qui joue l’apaisement à l'est.

    Le jeu allemand 

    Je ne vais pas parler ici du potentiel qui réside dans l'ADN de ce peuple: j'ai mes convictions et je sais que d'autres en ont de différentes; je continue d’alimenter mes espoirs. 

    Ce qui est sûr, cependant, c’est que les marchands et les industriels allemands ne sont pas aussi individualistes que mes compatriotes et les français. 

    Les relations euro-russes nous viennent d’eux et pour l'Allemagne elles sont devenues importantes et incontournables. 

    La politique allemande, quelle que soit la conception culturelle et éthique que l’anime, est inextricablement liée à l'économie et la vie sociale en Allemagne. 

    La locomotive allemande avait conduit l'Europe à un choix pro-Poutine (crise de 2008) et depuis lors, la spéculation financière est partie pour nous déstabiliser, jouant principalement à embarrasser Berlin sur lequel tous les partenaires faibles se sont mis à jurer, en ignorant leurs propres fautes et les responsabilités anglo-américaines dans le déclanchement et dans la gestion de la crise économique et sociale. 

    Le gouvernement allemand n'est évidemment pas un exemple, mais celui-ci n'est pas l'Allemagne tout comme Valls n'est pas la France. Nous devons avoir une perspective qui se base sur les fonctions objectives des peuples, leurs économies, leurs relations historiques. C'est alors seulement que nous pouvons réaliser que l'Europe n'a pas d'avenir, mais moins encore l’ont l'Italie, la France ou la Méditerranée, si les lignes directrices géo-économique de Berlin et éthico-politique de Budapest ne seront pas suivies et renforcées . 

    Mieux encore avec des contributions révolutionnaires. 

    Le jeu russe 

    La Russie fait le sien. 

    Ni d’Europe ni d'Asie, elle est "eurasiatique" d'une manière très particulière et pas du tout exportable. 

    Poutine, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, reste l'un des quatre leaders mondiaux intéressants (avec Orban, Assad et Shinzo Abe) ; il est aussi l'ancien directeur des services secrets soviétiques. Il a une culture du pouvoir, et pas seulement du pouvoir, stalinien, ou si vous voulez post-stalinien. 

    C'est aujourd'hui ce qu'il l'était hier. 

    Hier j’acceptais cela et aujourd’hui je le pourrais encore mais dans la mesure où s’arrêteraient ses récentes croisades "anti-nazis" ainsi que ses revendications de «guerre patriotique» accompagnées de propositions répressives, style loi Gayssot, contre ceux qui font du révisionnisme « pro-Axe ». 

    Quant à la realpolitik du Kremlin, les accords avec Israël (avec une ligne rouge établie directement avec Nethanyau), avec la Chine et - comme il vient d’être annoncé - avec l'Arabie Saoudite, ça ne me choque pas en soi. Si je mets l'accent sur ces étapes « choquantes », c’est pour agiter sous les yeux bovins de ceux qui accusent nos camarades ukrainiens  d’être des serviteurs du sionisme, et leur montrer combien ils sont confus et tordus. 

    Ce que je conteste à Poutine aujourd'hui ce sont bien d'autres choses: à savoir  que l'abandon de l’axe Paris-Berlin-Moscou, qui à vrai dire est une faute tout d’abord française, tourne dans un cynisme renouvelé qui a conduit à l'acceptation de la partition de l'Ukraine qui a poussé la bed company sur nos épaules et les nationalistes des deux côtés à être sacrifiés sans aucun soutien réel. Cela ressemble à un ajustement excessif dans la logique de Yalta, qui menace une fois de plus de diviser l'Europe en deux. 

    Une Yalta géo-énergétique pousserait le nord-est de notre patrie commune vers Moscou et le sud-ouest par tous les moyens vers Washington. Dans cette clé de lecture, nous pouvons aisément comprendre les mésaventures de Berlusconi et celles qui menacent aujourd’hui Erdogan.  

    Uni-polarisme ou multi-polarisme 

    Celle-ci semble être la question actuelle. 

    Mon impression c’est que nous avons une vision déformée de ce qui se passe. 

    L'uni-polarisme ne peut avoir aucune étanchéité et je crois que les Américains ne pensent pas du tout à cette hypothèse; le multi-polarisme ne déplait pas aux États-Unis : il est partie prenante dans les stratégies inhérentes aux programmes de la Commission Trilatérale. 

    Je ne vois vraiment rien échapper des mains des États-Unis, qui sont  gagnants sur tous les étages et finalement associés partout un peu avec tout le monde. 

    Le multi-polarisme, si l'Europe n'existe pas en tant que civilisation et aussi comme une puissance, se révélera être une synarchie dans laquelle les différents sujets rivaux parmi eux, seront en fait subordonnés aux Américains. 

    La clé n'est pas là. 

    A mon avis ils en existent deux autres. 

    Une clé est la puissance basée sur l'alliance et la coopération entre l'Europe et la Russie. 

    A cette fin, cependant, il est nécessaire qu'il y ait avant l'Europe. 

    Sinon, le partage des sphères d'influence ne changera pas grand-chose, et certainement pas en mieux. 

    Le deuxième clé est dans l'autonomie, même dans une pulsion animée d’un esprit sur-hommiste : l’autonomie des hommes, des élites, des communautés et des peuples. Et celle-ci prime sur l'autre, car il n'y a pas de formules qui libèrent les hommes ou les peuples qui ne sont pas déjà libres pour nature. 

    En conclusion 

    La fierté ukrainienne n'est pas à marchander. 

    Le nationalisme européen, ou plutôt le nationalisme révolutionnaire européen est essentiel. 

    L'Europe doit se tourner vers l'est; et peut le faire en démarrant, à différents niveaux, de Budapest et de Berlin. 

    La Russie est essentielle pour l'Europe. 

    Mais pour une Europe juste et pas servile. 

    Maidan peut bien équilibrer la « Guerre patriotique » des soviets, afin que nous puissions commencer à raisonner avec les russes, fiers, la tête haute,  pour notre coopération et non seulement pour sortir de l’uni-polarisme (auquel je ne crois pas vraiment), mais aussi pour que le multi-polarisme ne corresponde plus à un système de mafia à hégémonie "mondialiste ". 

    C’est une possibilité. Elle dépend essentiellement de nous et de notre passage mental du rôle des sujets et de cireurs de chaussures (il n'est pas de meilleur maître qui rend moins serviteur un asservi) à celui de cives et de milites. 

    Enfin, comme d’habitude, je repars toujours de là : « Europe. Fascisme. Révolution ». 

    Je suis « resté à cela» parce que j’ai refusé toutes les diversions et je suis entré ainsi dans l'avenir.

    Gabriele Adinolfi

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2014/07/15/comment-souder-entre-elles-l-europe-et-la-russie-5411362.html

  • Pierre de Brague: le Cercle Proudhon, une révolution conservatrice à la française?


  • Alain de Benoist L’Europe ne pourra se faire que contre les Etats-Unis !

    Après la chute du Mur de Berlin, les États-Unis sont devenus une « hyperpuissance ». Où en est aujourd’hui la puissante Amérique, entre crises financières et guerres erratiques ?

    Le débat sur le « déclin américain » a été lancé aux États-Unis dès la fin des années 1980, par Paul Kennedy, dont le livre (Naissance et déclin des grandes puissances) est aujourd’hui célèbre dans le monde entier. Beaucoup de ceux qui partagent son point de vue raisonnent à partir de l’adage selon lequel « tout Empire périra ». Les États-Unis n’ont pourtant jamais créé un véritable Empire, mais une zone d’influence, ce qui n’est pas la même chose. Les alliés y sont considérés comme des vassaux, les ennemis comme des figures du Mal (le dernier en date étant Vladimir Poutine). Ces dernières années, la montée en puissance des pays émergents, à commencer par la Chine, le bilan catastrophique des guerres en Irak et en Afghanistan, l’affaiblissement du système du dollar, aujourd’hui ouvertement contesté par les Chinois et les Russes, l’accumulation depuis Reagan de déficits d’une ampleur encore jamais vue, voire l’évolution démographique (la population d’origine européenne ne représente déjà plus qu’une minorité des naissances), ont donné une certaine crédibilité à cette thèse. Cela dit, les États-Unis sont encore la principale puissance du monde, d’autant que la mondialisation crée un environnement favorable au développement de leur « soft power », théorisé en 1990 par Joseph Nye dans Bound to Lead.

    Le fait que l’Amérique du Nord soit la seule nation au monde à avoir vu le jour à la suite d’un génocide peut-il expliquer sa psychologie si spécifique et l’idée que certains Américains puissent se faire de cette « destinée particulière » ?

    J’ai plutôt l’impression que c’est, à l’inverse, cette psychologie qui explique l’extermination méthodique des Indiens. La mentalité américaine est marquée par une conception économique et commerciale du monde, par l’omniprésence des valeurs bibliques et par l’optimisme technicien. Les États-Unis ont une histoire courte, qui se confond avec celle de la modernité ; la civilisation américaine est une civilisation qui se déploie dans l’espace plus qu’elle ne se déploie dans le temps. Au cours de leur brève histoire, les États-Unis n’ont connu qu’un seul grand modèle politique, pratiquement inchangé depuis les origines – d’où leur conformisme (Céline, en 1925, parlait de la « platitude accablante de l’esprit USA »). La pensée des Pères fondateurs est pour l’essentiel inspirée de la philosophie des Lumières, qui implique le contractualisme, le langage des droits et la croyance au progrès. Christopher Lasch dit à juste titre « qu’aux États-Unis, la suppression des racines a toujours été perçue comme la condition essentielle à l’augmentation des libertés ». Les États-Unis sont nés d’une volonté de rupture avec l’Europe. Tocqueville écrivait : « Les passions qui agitent les Américains sont des passions commerciales, non des passions politiques. Ils transportent dans la politique les habitudes du négoce ». La « démocratie en Amérique » n’est que le règne d’une oligarchie financière.

    Mais les premiers immigrants entendaient aussi créer une société nouvelle qui serait susceptible de régénérer l’humanité entière. Ils ont voulu fonder une nouvelle Terre promise qui pourrait devenir le modèle d’une République universelle. Ce thème biblique, qui est au centre de la pensée puritaine, revient comme un véritable leitmotiv dans toute l’histoire des États-Unis. Il constitue le fondement de la « religion civile » et de l’« exceptionnalisme » américains. Dès 1823, James Monroe avait placé sous le signe de la Providence la première doctrine américaine en matière de politique étrangère. Interventionnistes ou isolationnistes, pratiquement tous ses successeurs adopteront la même démarche. Et c’est aussi la théologie puritaine du « Covenant » qui inspire la doctrine de la « destinée manifeste » (Manifest Destiny) énoncée par John O’Sullivan en 1839 : « La nation d’entre les nations est destinée à manifester à l’humanité l’excellence des principes divins […] C’est pour cette divine mission auprès des nations du monde… que l’Amérique a été choisie ». Autrement dit, si Dieu a choisi de favoriser les Américains, ceux-ci ont du même coup le droit de convertir les autres peuples à leur façon d’exister, qui est nécessairement la meilleure.

    Les « relations internationales » ne signifient alors rien d’autre que la diffusion à l’échelle planétaire du mode de vie américain. Représentant le modèle à la perfection, les Américains n’ont pas besoin de connaître les autres. C’est aux autres d’adopter leur façon de faire. On ne peut s’étonner, dans ces conditions, que les déboires rencontrés par les États-Unis dans leur politique extérieure résultent si souvent de leur incapacité à imaginer que d’autres peuples puissent penser différemment d’eux. En fait, pour beaucoup d’Américains, le monde extérieur (le « rest of the world ») n’existe tout simplement pas, ou plutôt il n’existe que pour autant qu’il s’américanise, condition nécessaire pour qu’il devienne compréhensible.

    Le plus frappant chez les Américains, c’est leur incontestable capacité de rebond…

    Cette capacité de rebond s’explique à la fois par le fait que les Américains n’ont pas d’états d’âme sur la valeur de leur modèle, par l’omniprésence de la violence dans leur culture, et aussi par le fait qu’ils n’ont pas subi au XXe siècle les abominables saignées qu’ont subies les Européens. Les États-Unis ont eu 117.000 morts pendant la Première Guerre mondiale (1,7 million pour la France), 418.000 morts pendant la Deuxième (au moins neuf millions pour l’Allemagne), environ 40.000 au Vietnam, soit au total moins que les pertes humaines enregistrées lors la guerre de Sécession. Les États-Unis ne doivent pas être sous-estimés, non seulement parce que leurs moyens restent considérables, mais parce qu’ils n’ont pas été vidés de leur énergie. Il n’en reste pas moins que, de même que les États-Unis sont nés d’un refus de l’Europe, l’Europe ne pourra se faire que contre les États-Unis.

    source : Boulevard Voltaire 

    http://www.voxnr.com/cc/di_antiamerique/EupypZkyApRejlGJjx.shtml

  • « Transition énergétique » : vers un saccage des paysages ? (archive)

    Débat national sur la Transition énergétique : « Aucune question n’est taboue »

    Le 16 septembre 2013 François Hollande a reçu un rapport sur la « transition énergétique » préalable à la grande messe verte qui a suivi les 21 et 22 septembre. Davantage de pathos que de bon sens. Le nucléaire reste l’atout maître de la France en matière d’énergie. Le remplacer ne sera pas simple : construire des centaines d’éoliennes par département ? C’est saccager les paysages. Isoler 500.000 logements par an c’est mieux mais ni les particuliers, ni l’Etat n’y sont financièrement prêts. André Posokhow fait un point technique pour Polémia.
    Polémia

    Sans que le grand public le réalise vraiment, le gouvernement actuel a lancé une opération importante en 2012/2013 dans le domaine de l’énergie. Celui-ci est, en France, marqué depuis des décennies par les énergies fossiles (pétrole et gaz) et le nucléaire qui fournit plus de 75% de l’électricité. Poussé par son idéologie en matière énergétique, par la réticence de beaucoup de citoyens à l’égard du nucléaire après Fukushima et sous la pression des écologistes, le gouvernement socialiste a ouvert, le 29 décembre 2012, un grand débat sur le futur énergétique de notre pays appelé la « transition énergétique », pour reprendre un terme déjà utilisé en Allemagne. Ce débat a abouti en juillet 2013 à une synthèse des travaux du débat national, accompagnée de 23 annexes, qui contient des recommandations que le gouvernement s’est engagé à intégrer dans la préparation du projet de loi de programmation qui sera présenté au Parlement en octobre 2013.

    L’analyse détaillée des documents annexes très touffus n’a pas sa place ici d’autant plus que c’est le contenu de la loi de programmation qui comptera au bout du processus. Il paraît plus intéressant de dégager les grands principes exposés dans la synthèse et les axes principaux d’effort qui ressortent de ce texte qui, en principe, constitue l’aboutissement de tous les autres.

    Davantage de pathos que de bon sens…

    Comme en souffrent les documents de ce type produits par la classe politique française, la synthèse est encombrée par un pathos abondant et répétitif sur les thèmes habituels : le réchauffement climatique, la préservation des ressources de la planète, la justice sociale, la biodiversité, la construction européenne ; etc., etc., etc. Néanmoins il subsiste des îlots de bon sens, et des enjeux réels et concrets sont rappelés : réduction de la précarité énergétique, renforcement de notre indépendance énergétique, rétablissement de la compétitivité de nos entreprises, valorisation des ressources renouvelables du territoire, accentuation des efforts en matière de recherche et de développement.

    …débouchant sur des projets effarants

    Sur la base de ces principes la synthèse définit les ambitions à long terme de la transition énergétique. Et là il est possible de dire que cet exposé paraît effarant sur plusieurs points.

    • Atteindre le facteur 4 sur les émissions des gaz à effet de serre en 2050 par rapport à 1990, c’est-à-dire une division par 4 de celles-ci.

    Comment peut-on espérer une réduction aussi drastique, sauf à revenir à une société artisanale et agricole, et encore ? Quelle en serait l’utilité lorsqu’on sait que la Chine met à peu près une nouvelle centrale thermique au charbon en exploitation par semaine ? Et au risque d’être considéré comme un paria par la société française ne peut-on pas évoquer timidement qu’il est de plus en plus admis au sein du monde anglo-saxon que les températures n’augmentent plus depuis plus de 10 ans et qu’il n’est nullement certain que le CO2 était à l’origine du réchauffement passé ? N’allons-nous pas engager des efforts et des dépenses démesurés pour un résultat vain ?

    La puissance réelle des éoliennes est le quart de leur puissance théorique

    « Transition énergétique » : vers un saccage des paysages ?

    Parc éolien de Saint-Jean-Lachalm ( Haute-Loire)

    •Porter la part des énergies nouvelles et renouvelables (ENR) à 23% en 2020, ce qui constitue un objectif ancien.

    La Cour des comptes a constaté malheureusement le retard pris par l’éolien et le photovoltaïque par rapport à cet objectif dans son rapport de juillet 2013 sur les ENR. De surcroît, pour atteindre cet objectif il est prévu d’installer 19.000MW d’éolien terrestre à cette date, soit environ 10.000 éoliennes de 2MW sur le territoire français. Mais cette puissance de 2MW est purement nominale et la puissance réelle est quatre fois moindre. Sauf si d’autres ENR prennent le relais, il faudrait quatre fois plus d’éoliennes pour atteindre l’objectif de 2020 en puissance réelle. Il est regrettable que la distinction fondamentale entre puissance nominale et puissance réelle n’apparaisse pas clairement dans la synthèse de la transition énergétique.

    • Réduire l’intensité énergétique finale en application des objectifs de la loi POPE : -2% par an jusqu’en 2015 et -2,5% par an jusqu’en 2030.

    • En application du paquet énergie climat européen de 2008, ramener la consommation d’énergie finale à 130Mtep (million de tonnes d’équivalent  pétrole). Il convient de rappeler qu’en 2012 cette consommation s’est élevée à 259,4Mtep (INSEE). Comment est-il possible d’imaginer dans le cadre d’une réflexion sérieuse que celle-ci pourrait être réduite de moitié en 8 années et même d’ici 2050 ?

    33.000 éoliennes supplémentaires pour réduire la part du nucléaire ?

    • Enfin, cerise sur le gâteau, respecter l’engagement présidentiel de ramener la part du nucléaire dans la production électrique à 50% et non plus 75% en 2025. Pour faire comprendre l’inanité d’une telle ambition il est loisible de se livrer à un petit calcul. En 2011 la France a produit 541TWh d’électricité dont environ 75% en nucléaire. Pour atteindre l’objectif de 50% il faudrait produire de l’électricité issue d’ENR à hauteur de 25% soit 135TWh. En supposant que cette production soit assurée par des éoliennes terrestres d’une puissance nominale de 2MW il faudrait ériger 33.000 aérogénérateurs supplémentaires sur le sol français !

    Economies d’énergie : des objectifs louables mais peu crédibles

    Que les objectifs de la transition énergétique soient concentrés sur la lutte contre la précarité énergétique, l’efficacité et la sobriété énergétique ne peut que recueillir l’approbation. Encore faudrait-il que les objectifs chiffrés soient crédibles et raisonnables. A titre d’exemple il est prévu de rénover l’ensemble du parc bâti au rythme de 500.000 logements par an d’ici 2050. C’est un objectif gigantesque dont le coût pour la collectivité comme pour les particuliers ne fait pas l’objet d’une estimation dans le document de synthèse.

    Un bouquet énergétique d’avenir, bien flou !

    Il en va de même pour les chapitres concernant le bouquet énergétique qui fait la part belle aux ENR. La synthèse indique que le niveau de production d’électricité par les ENR devrait atteindre 27% en

    Centrale thermique de Porcheville (Yvelines)

    Centrale thermique de Porcheville (Yvelines)

    2020 et entre 30 et 40% en 2030 tout en soulignant que ces objectifs font l’objet d’un dissensus. Certains acteurs considèrent en effet que l’objectif à retenir doit se situer dans la valeur haute, ce que ne partagent pas d’autres participants au débat. On comprend ceux-ci pour les raisons évoquées plus haut, d’autant plus que la synthèse apparaît particulièrement avare sur l’inventaire et le chiffrage de ces ENR qui sont censés représenter l’avenir énergétique de notre pays. Elle se contente de souligner l’intérêt de la mobilisation de la biomasse. Certes, la biomasse constitue un vecteur de production d’énergie dès maintenant et dans le futur. Mais elle ne peut être qu’une partie de ce bouquet énergétique, d’autant plus que la synthèse indique que sa contribution ne devrait atteindre que 20Mtep. L’absence dans cette synthèse de précisions détaillées sur la composition, la contribution chiffrée et le coût des composantes de ce bouquet énergétique peut être considérée comme une lacune grave qui reflète les hésitations des auteurs du document et lui confère un caractère vague et imprécis.

    Réduire le nucléaire ou prolonger la durée de vie des centrales ?

    Centrale nucléaire de Tricastin

    Centrale nucléaire de Tricastin (Drôme)

    L’évocation de la stratégie d’évolution du parc nucléaire apparaît également imprécise et même contradictoire. Certes, il est insisté sur des fermetures

    éventuelles de centrales nucléaires mais surtout de celles présentant des défauts génériques graves ou pour des raisons de sûreté. Or il n’est pas certain que beaucoup de centrales présentant de tels défauts existent en France. L’objectif de Hollande de ramener dans douze ans la part du nucléaire à 50% de la production électrique est rappelé mais la synthèse se borne à demander « une étude de faisabilité pour préciser les trajectoires permettant d’atteindre les engagements du président de la République ». Comme volontarisme on fait mieux, d’autant plus qu’il est demandé de « lisser dans le temps l’évolution du parc » et d’intégrer dans la loi la possibilité pour l’Etat d’arrêter ou de « poursuivre l’exploitation d’une installation d’exploitation de production électronucléaire au-delà de sa durée d’exploitation initialement prévue ». En fait, la synthèse ouvre la porte aux deux options : réduire drastiquement le nucléaire ou prolonger l’exploitation des centrales existantes sans indiquer clairement la direction à prendre.

    Gaz de schiste, flou, flou, flou

    Il en va de même du gaz de schiste pour lequel la synthèse se borne en un quart de page à présenter les arguments opposés des acteurs des deux bords alors que cette question apparaît déterminante pour notre avenir. La synthèse ne tranche pas alors qu’il ressort de la lecture du document que l’expression des points de vue opposés a été vive.

    Gaz de schiste, carte de prospection en France

    Gaz de schiste, carte de prospection en France

    Pour être informé sur les orientations de la transition énergétique en matière d’ENR qui devraient atteindre une production de 35,2Mtep en 2020 contre 15Mtep en 2005, il faut se référer à l’annexe XVII.
    - La production de chaleur doit plus que doubler grâce à l’utilisation du bois et des déchets collectifs, du solaire thermique et de la géothermie : 10 Mtep en 15 ans.
    - L’électricité renouvelable doit, elle aussi, plus que doubler du fait de l’éolien terrestre et marin : hausse de 5Mtep, de la biomasse : +1Mtep et le solaire : +0,5Mtep.
    - Les biocarburants doivent augmenter de 3,3Mtep.

    Il est loisible de formuler plusieurs observations. Tout d’abord une production de 35Mtep ne représente que 13,5% de la consommation d’énergie finale de la France en 2012. Or il n’est nullement certain que tous les objectifs décrits par l’annexe XVII en matière de production d’ENR seront atteints.

    210 éoliennes par département ? Vers le saccage du territoire français

    Déjà il est noté un retard dans la mise en place de programme d’éolien terrestre. Or le document prévoit de prolonger les ambitions déjà formulées dans ce domaine et de  développer celui-ci jusqu’à 34GW en 2030 contre 19GW en 2020. En 2012 le parc installé de 4500 éoliennes produit 7,5GW. Par conséquent une capacité nominale de 34GW, sans tenir compte du facteur de charge de 23%, requerrait en principe plus de 20.000 éoliennes terrestres, soit environ 210 aérogénérateurs par département métropolitain. Ce serait le saccage d’une grande partie du territoire français et de notre patrimoine culturel, architectural et paysager pour une contribution tout compte fait médiocre à notre production énergétique.

    Chateau d'Auneau (Côte d'Or)

    Chateau d’Auneau (Côte-d’Or)

    La synthèse apparaît également très sommaire concernant «  les premiers chiffrages non actualisés » réalisés sur la base des scénarios existants regroupés en quatre trajectoires. Le besoin d’investissements cumulé d’ici 2050 est estimé à environ 2000Md€, soit un an de PIB français ou 50Md€ par an. Il n’est pas présenté un détail entre les investissements indispensables comme ceux qu’il y a à réaliser sur les centrales nucléaires ou sur les réseaux électriques et ceux qui résultent des choix politiques en faveur des ENR. La synthèse indique bien en un paragraphe que la puissance publique a un rôle à jouer pour « mobiliser et orienter les investissements nécessaires » sans accroître la dépense publique. Mais n’est-ce pas un vœu onirique lorsqu’on connaît les prévisions explosives de dérive de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) que la Cour des comptes a dénoncées dans son rapport de juillet 2013 et au sujet de laquelle la synthèse se limite à recommander de veiller à « maîtriser l’évolution » ? Où le financement sera-t-il trouvé dans l’état actuel des finances publiques ? Il n’est pas certain que, sans les tarifs préférentiels d’achat qui constituent des subventions publiques, l’épargne des Français et des entreprises se mobiliseront vers les ENR.

    Pour revenir à la synthèse deux observations complémentaires seront formulées.

    -Tout d’abord plus opérationnel est l’encouragement à la recherche et à l’innovation pour effectuer les sauts technologiques nécessaires : stockage de l’énergie, amélioration des process, énergies marines, etc., encore faudrait-il le chiffrer et dégager les choix entre les différents domaines de recherche.

    Abandonner un système énergétique de qualité ?

    Plus idéologique et plus inquiétant pour la liberté est le chapitre sur la mobilité durable qui consiste à :
    -développer le covoiturage,
    -limiter la vitesse sur autoroutes à 120 ou 110kmh,
    -encourager le déploiement de véhicules électriques,
    -favoriser le transport de marchandises par voie navigable et ferroviaire au détriment de la route.

    En définitive il faut souligner plusieurs points. Le débat sur la transition énergique apparaît aux yeux des pouvoirs publics et du gouvernement actuel comme une étape fondamentale pour l’avenir énergétique de la France. Or la synthèse des travaux de ce débat paraît à de nombreux égards comme générale et imprécise. Elle ouvre en fait la voie à des options opérationnelles de plusieurs sortes dont on voit mal celle qui, en fin de compte, sera choisie. Seuls les principes apparaissent clairement et ils sont très inquiétants. Le système énergétique français a été noté, pour sa qualité, comme le troisième du monde. Il risque fort de connaître une dégradation et un renchérissement qui le conduiront à ne plus constituer un de nos meilleurs arguments économiques.

    André PosokhowConsultant, Expert-Comptable diplômé, Septembre 2013

    * Cet article a été initialement publié le 4/10/2013. C’est l’été : Polémia ralentit ses mises en ligne de nouveaux textes et rediffuse de plus anciens avec un mot d’ordre : “Un été sans tabou”. Voici donc des textes chocs aux antipodes du politiquement correct, des réflexions de fond sans concession et à la rubrique médiathèque, des romans et des essais à redécouvrir.

    http://www.polemia.com/transition-energetique-vers-un-saccage-des-paysages/