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culture et histoire - Page 1243

  • Six février : souvenons-nous de 1934

    Jamais la république ne montre son vrai visage autant que lorsqu'elle noie une manifestation de rue dans un bain de sang. Se défendre est le souci primordial de ce régime d'arrivistes. En huit cents ans aucun de nos rois ne fit tirer sur le peuple ; l'État républicain, ce monstre anonyme et froid, se prévalant de la souveraineté populaire, n'a plus aucun scrupule.

    La caverne de brigands

    Le sacrifice de dix-neuf Français morts et de quelque deux cents autres blessés il y a quatre-vingt-deux ans, place de la « Concorde ! » en criant « À bas les voleurs ! », ne doit pas rester vain. Il nous invite à réfléchir aux conditions dans lesquelles un sursaut national peut aboutir.

    À la fin de l'année 1933, la France était en crise : crise économique venue d'outre-Atlantique et qui rongeait le tissu social du pays ; crise politique, conséquence d'un système parlementaire facteur d'instabilité ministérielle ; crise morale révélée par les multiples scandales qui éclaboussaient régulièrement la classe politique de la république ; crise de civilisation enfin, à l'heure où les démocraties et les régimes forts se faisaient concurrence et où technique et consommation installaient de plus en plus le règne de l'Argent au détriment des cultures et des personnes...

    C'est dans ce contexte que le 24 décembre 1933 un article publié dans L'Action Française évoquait une affaire d'escroquerie découverte à Bayonne et l'arrestation du directeur du Crédit municipal de cette même ville, coupable d'avoir émis de faux bons pour des sommes importantes. En quelques jours le scandale de Bayonne allait prendre des proportions inquiétantes pour le monde parlementaire. Chaque jour amenait son lot de révélations et la liste des escrocs et des corrompus s'allongeait. Ainsi L'AF reproduisit-elle les lettres du radical Albert Dalimier (1875-1936), ancien ministre de la Justice» conseillant de se procurer les fameux bons du Crédit municipal de Bayonne et mettait-elle en cause le magistrat Pressard, beau-frère du président du Conseil, Camille Chautemps... En janvier, les colonnes des journaux fourmillaient d'accusations et d'explications sur la vaste escroquerie mise en place par un certain Alexandre Stavisky (1886-1934), juif polonais en fuite depuis Noël...

    D'une banale affaire d'escroquerie, l'« Affaire Stavisky » devenait un scandale politico-financier qui touchait tous les milieux de la république établie, en particulier le parti radical et la franc-maçonnerie, l'inspiratrice du régime. Léon Daudet "exécutait" les "voleurs" de sa plume trempée dans le vitriol. Il évoquait « une bande de traîtres, de voleurs, d'assassins » qu'il s'agissait de poursuivre jusque dans « la caverne des brigands », c'est-à-dire le Palais-Bourbon.

    La magistrature et la police complices

    C'est justement ce qu'allaient faire les Camelots du roi et les militants d'Action française à partir du 9 janvier, jour de la rentrée parlementaire mais aussi de l'annonce de la mort assez très étrange de Stavisky, retrouvé par la police de Chamonix "suicidé" avec deux balles dans la tête... Dès le 9 janvier, jour de la rentrée parlementaire et de l'annonce de l'étrange disparition de Stavisky, ils prirent l'habitude de descendre dans la rue avec des objectifs très précis, dont celui de déclencher « une réaction nationale ». Maurice Pujo publia le 7 janvier un appel aux Parisiens dans les colonnes de L'Action Française : « Un scandale éclate montrant que la pauvre épargne publique dont le régime prétendait assurer la protection à si grands frais, est livrée par les pouvoirs mêmes qui en avaient la garde aux rafles colossales d'un métèque escroc. Il n'y a plus, pour les honnêtes gens dépouillés, de recours auprès d'une magistrature et d'une police complices de malfaiteurs. Il faut que pour défendre leurs biens avec la propreté du pays, ces honnêtes gens se dressent pour faire eux-mêmes la tâche. »

    À la suite de quoi les Camelots du roi manifestèrent boulevard Saint-Germain le 9 janvier, alors que d'autres manifestations avaient lieu place de la Concorde et au carrefour Richelieu-Drouot. Les jours suivants, les manifestations furent de plus en plus nombreuses et de plus en plus motivées. La chambre des députés était particulièrement visée, et l'antiparlementarisme revigoré par le scandale qui touchait de nombreux élus et d'anciens ministres, ou pire, des ministres en exercice. Le président de Conseil lui-même, Camille Chautemps (1885-1963), était éclaboussé : il crut pouvoir s'en tirer en concoctant un projet de loi sur la diffamation ; L'AF lui répondit en le traitant d"'étrangleur" de la liberté d'expression et de "camoufleur" de la vérité.

    Antiparlementarisme

    Les autres ligues nationalistes participaient amplement à la montée en puissance de la contestation, notamment les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger, conseiller municipal de Paris, et un mouvement d'anciens combattants, les Croix de Feu, dirigé par le colonel de La Rocque, lequel cherchait à récupérer le mécontentement des classes moyennes dans le respect de la légalité républicaine. C'est dire que tous les manifestants de janvier 1934 ne partageaient pas la foi royaliste des Camelots du roi : leur diversité aurait pu être une richesse, mais elle entraîna alors trop de concurrence et de rivalités, voire de jalousies, et il ne fut guère facile de les faire marcher pour des objectifs communs, dont l'essentiel eût été la mise à bas de la république. Avec cela, L’A.F, dont le tirage avait augmenté sensiblement en janvier, était handicapée par la condamnation vaticane de 1926 qui n'allait être levée qu'en 1939 - ce qui la privait du soutien effectif de beaucoup de ceux qui auraient pu aider au changement de régime. Quant à la province, s'il y avait eu quelque agitation à Lille, Nantes, Marseille, Bordeaux, elle ne semblait guère vouloir bouger, les instituteurs de l'école laïque ayant accompli leur misérable besogne, tout au long des décennies précédentes...

    Les dirigeants de l'AF ne se découragèrent pas pour autant. Le 27 janvier, une grande manifestation, fortement encadrée par les Camelots du roi, bouscula le service d'ordre policier en de multiples lieux de Paris, malgré l'arrestation préventive de deux cents militants près des différents locaux du journal et du mouvement. Le lendemain 28 janvier L’Action Française pouvait chanter victoire et titrait : « Paris soulevé a chassé le ministère Chautemps ». Chautemps hors-jeu fut remplacé par Edouard Daladier (1884-1970), le « taureau du Vaucluse », surgi lui aussi de ce parti radical lourdement compromis et assisté d'un faux nouveau venu dans le jeu politique, l'énigmatique Eugène Frot (1893-1983), lequel devenait ministre de l'Intérieur. Les manœuvres de couloir indiquaient le désarroi des parlementaires, effrayés d'être ainsi assiégés dans Paris.

    Les royalistes cherchaient toujours qui pourrait être un "Monk »(1) susceptible de faire basculer la France de république en monarchie. Ils avaient fondé quelques espoirs en Jean Chiappe (1878-1940), le si populaire préfet de police de Paris, lequel entretenait avec Maurice Pujo des relations très cordiales. Mais Chiappe fut révoqué par Daladier le 3 février. Cela n'empêcha pas l'Action française de maintenir la pression comme s'il s'agissait d'une répétition grandeur nature de ce qui pourrait arriver le jour où un nouveau "Monk" se présenterait et assumerait son rôle historique...

    Morts sous les balles de la république 

    Une grande manifestation était annoncée pour le mardi 6 février « contre le régime abject », comme titrait L'AF. Les dirigeants royalistes savaient bien que, malheureusement, cette démonstration, faute d'union des patriotes autour d'une même idée, ne ramènerait pas la monarchie, mais il n'était pas question pour eux de renoncer à montrer la malfaisance du régime.

    Les cortèges partant de l'Hôtel de Ville,du Châtelet, du Grand Palais ou du Quartier latin devaient tous converger vers la chambre des députés. Les barrages des forces de « l'ordre » étaient donc en place tout autour du Palais-Bourbon bien décidés à ne pas laisser approcher la foule. Avaient été mobilisés la police parisienne, la garde républicaine à cheval, les pompiers avec leurs lances, aux ordres du tout nouveau préfet de police, le franc-maçon Adrien Bonnefoy-Sibour (1881-1966). Tout était en place pour qu'une manifestation de masse dégénérât en drame.

    Les affrontements furent rugueux vers le Quai d'Orsay, violents boulevard Saint Germain, mortels place de la Concorde. Le 7 février au matin, Paris comptait ses morts, ses blessés par centaines : treize manifestants avaient été tués ; deux autres allaient mourir des suites de leurs blessures ; quatre autres allaient s'éteindre dans les jours suivants : dix-neuf morts au total(2) tombés sous les balles de la république ! Les forces de l'ordre ne comptaient qu'un seul mort, un garde républicain tombé de son cheval. À la mi-journée, la foule applaudit à l'annonce de la démission de Daladier, alors que les curieux se pressaient sur les boulevards où deux autobus avaient été brûlés. Les casseurs et les voyous venus de banlieue brisaient les vitrines et dévalisaient les étalages. L'Action Française du 7 février pouvait titrer « Après les voleurs, les assassins ».

    « Défense républicaine »

    Alors la gauche, absente de la rue durant les semaines qui avaient précédé le 6 février, se mit à dénoncer le « coup de force fasciste » et à agiter le drapeau de la « défense républicaine », voyant dans les événements de quoi remobiliser ses troupes autour d'un thème "consensuel" pour ses partisans, d'ordinaire si divisés. Dans La Montagne, de Clermont-Ferrand, le député socialiste Alexandre Varenne éructait : « Le régime républicain traverse les heures les plus graves qu'il ait vécues en temps de paix depuis sa fondation. Le gouvernement légal [de Daladier] a été renversé hier par l'émeute. Le palais de la représentation nationale, assiégé par une masse énorme de manifestants furieux, a failli être envahi par l'insurrection [...] Ce sont les ennemis de la République, en particulier les royalistes, qui mènent l'opération. Le véritable chef des émeutiers en furie, c'est M. Charles Maurras, apôtre de la monarchie et théoricien de l'assassinat. » C'étaient les forces de police qui avaient tiré, mais ce furent les manifestants qui furent traités d'assassins !

    Arrivé de Toulouse, le 8 février au matin, pour succéder à Daladier, l'ancien président de la République Gaston Doumergue (1863-1937) composa immédiatement son gouvernement. Y figuraient entre autres le maréchal Pétain, Pierre-Etienne Flandin, Pierre Laval, Louis Barthou, André Tardieu...

    L'agitation ne se calma pas pour autant, mais elle fut d'une autre nature. La gauche se mobilisait contre la droite. Socialistes et communistes lançaient la campagne qui leur permettrait d'écarter la droite du pouvoir et d'envoyer en 1936 au Palais-Bourbon la chambre du Front populaire. Puis un incident lors des obsèques de Jacques Bainviile (13 février 1936) permit au gouvernement de signer la dissolution de toutes les ligues réputées de droite, puis d'emprisonner Charles Maurras quelques mois plus tard...

    La république avait connu une grande frousse ; affolée, elle avait fait couler le sang français. Aujourd'hui, les "affaires" d'enrichissement personnel et de détournements de fonds publics appartiennent toujours à la vie politique et ce, malgré le financement des partis aux frais des contribuables. Elles sont inhérentes au système électif ! Elles ne font plus descendre les foules dans la rue, le terrorisme intellectuel ayant grandement émoussé dans le pays toute aptitude à la colère, mais les Français sont de plus en plus indifférents au sort d'hommes politiques déconsidérés. Un grand soulèvement national se produira-t-il un jour ? Il faudrait alors que les organisations nationalistes, renonçant aux illusions d'une « bonne république », s'unissent alors au service de la seule France.

    Michel Fromentoux. Rivarol du 4 février 2016

    1) George Monk, général anglais qui contribua, sous la dictature de Cromwell, en changeant de camp, à la restauration du roi catholique légitime Charles II.

    2) Pierre Pellissier : 6février 1934. Perrin, 2000.

  • Parution du nouveau numéro de "Salut public", la revue dirigée par Serge Ayoub

    Salut public, la revue dirigée par Serge Ayoub

    Erreur

    N°19 (Hiver 2015 - 2016), avec des contributions de :
    - Georges Feltin-Tracol
    - Kali Yuga
    - Anthonin Lamoureux
    - Jean-Claude Rivière

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  • Action française [Marseille] Cercle du 5 février

    Conférence sur les liens entre l’Eglise catholique et l’AF ce vendredi. Beaucoup de questions sur un sujet qui revient.

     

  • Pourquoi le 6 février 1934 a été stérile : l'analyse de Maurice PUJO

    Pourquoi les manifestations de janvier et février 1934, dont celle, tragique, du 6 février, n’ont pas débouché sur ce changement de régime, pour lequel l’Action française s’était toujours battue ? Maurice Pujo, après avoir conduit toute la campagne de l’Action française sur l’affaire Stavisky et dirigé l’action des Camelots du Roi, en a donné l’explication en termes simples * : sans une Action française suffisamment forte et reconnue tant sur le plan de la pensée politique que de la conduite de l’action proprement dite, l'union des patriotes est stérile. Et la leçon vaut pour aujourd’hui. LFAR

    À force de le répéter, les gens du Front populaire ont fini par croire que le Six Février était le résultat d’une terrible conjuration tramée de toutes pièces par d’affreux "fascistes" contre les institutions républicaines.

    Rien ne correspond moins à la réalité. Le 6 Février a été, à son origine, le sursaut national le plus spontané, le plus pur d’arrière-pensées. Il a été la révolte de l’honnêteté et de l’honneur français contre un scandale qui était une des hontes naturelles et cachées du régime : le pillage de l’épargne sans défense avec la complicité des gouvernants qui en ont la garde. 

    Sans doute, ce scandale a été mis en lumière, développé, "exploité", si l’on veut, par des patriotes conscients qui étaient les hommes de l’Action française. Là-dessus, M. Bonnevay, président de la Commission du Six Février, ne s’est pas trompé lorsqu’il nous a désignés comme les responsables de la mobilisation de l’opinion et de la rue.

    C’est nous qui avons publié les deux fameuses lettres Dalimier qui avaient été, aux mains de Stavisky, les instruments de l’escroquerie. C’est nous qui, par nos premières manifestations, avons chassé du ministère ce Dalimier qui se cramponnait. C’est nous qui, pendant trois semaines, encadrant tous les patriotes accourus à nos appels, avons fait à dix reprises le siège du Palais-Bourbon. C’est nous qui, par cette pression sur le gouvernement et les parlementaires, avons arraché chaque progrès de l’enquête, empêché chaque tentative d’étouffement. C’est nous aussi qui avons publié la preuve de la corruption d’un autre ministre, Raynaldi, et c’est nous qui, en rassemblant des dizaines de milliers de patriotes, le 27 janvier, au centre de Paris, avons chassé le ministère Chautemps qui cherchait à se maintenir [...]

    Tenter le coup ?

    Dira-t-on que nous envisagions le renversement du régime ? Eh ! nous ne cessons jamais de l’envisager ! Nous avons, dès nos débuts, proclamé que nous formions une conspiration permanente pour la destruction de la République, cause organique de nos maux, et pour la restauration de la monarchie, qui seule pourra les guérir.

    Mais, en menant la chasse aux prévaricateurs complices de Stavisky, nous n’avions pas visé, de façon préconçue, cet heureux événement. Il y avait des services immédiats à rendre à la France ; nous les lui rendions. Si, au terme de cette crise, la restauration de la Monarchie pouvait être tentée, nous n’en manquerions certes pas l’occasion. C’est seulement un fait qu’il n’y a pas eu d’occasion parce que les conditions nécessaires ne se sont pas trouvées réunies.

    C’est ce que nous devons répondre à ceux qui, nous faisant le reproche inverse de celui de M. Bonnevay, estiment que nous aurions dû "tenter le coup". Il y avait sans doute – ce qui est important – un malaise incontestable qui, au-delà des hommes au pouvoir, était de nature à faire incriminer le régime. Il y avait même, à quelque degré, dans l’esprit public, un certain état d’acceptation éventuelle d’un changement. Il y avait aussi l’inorganisation relative et le sommeil des éléments actifs chez l’adversaire socialiste et communiste. Mais ces conditions favorables, en quelque sorte négatives, ne pouvaient suppléer à l’absence de conditions positives indispensables pour avoir raison de cette chose solide par elle-même qu’est l’armature d’un régime resté maître de son administration, de sa police et de son armée. Et il faut un simplisme bien naïf pour s’imaginer qu’en dehors des jours de grande catastrophe où les assises de l’État sont ébranlées, comme au lendemain de Sedan, le succès peut dépendre d’un barrage rompu...

    Pourquoi Monk n’a pas marché

    Ce qui a manqué au Six Février pour aboutir à quelque chose de plus substantiel que des résultats "moraux", c’est – disons-le tout net – l’intervention de ce personnage que Charles Maurras a pris dans l’Histoire pour l’élever à la hauteur d’un type et d’une fonction, l’intervention de Monk. Un Monk civil ou militaire qui, du sein du pays légal, étant en mesure de donner des ordres à la troupe ou à la police, eût tendu la main à la révolte du pays réel et favorisé son effort. Un Monk assez puissant non seulement pour ouvrir les barrages de police, aussi pour assurer immédiatement le fonctionnement des services publics et parer à la grève générale du lendemain.

    La question de ce qu’on a appelé à tort l’échec du Six Février se ramène à celle-ci : pourquoi Monk n’a-t-il pas marché ?

    Répondra-t-on qu’il n’a pas marché parce qu’aucun Monk n’existait ? Il est certain que personne ne s’était désigné pour ce rôle. Mais c’est essentiellement un domaine où le besoin et la fonction créent l’organe. Il y aurait eu un Monk et même plusieurs si les circonstances avaient été telles qu’elles pussent lui donner confiance.

    Certains s’imaginent qu’ils décideront Monk par la seule vertu de leurs bonnes relations avec lui et dans quelques conciliabules de salon. Singulière chimère ! Monk éprouve très vivement le sentiment de sa responsabilité. Ce n’est qu’à bon escient qu’il acceptera les risques à courir pour lui-même et pour le pays et il a besoin de voir clairement les suites de son entreprise. Devant apporter une force matérielle qui est tout de même composée d’hommes, il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante. Il ne réclame pas de civils armés – c’est là l’erreur de la Cagoule – qui doubleraient inutilement et gêneraient plutôt les soldats, mais il veut trouver autour de lui, lorsqu’il descendra dans la rue, une "opinion" claire, forte et unie.

    Et cela n’existait pas au Six Février. Si les manifestants étaient unis par le sentiment patriotique et le mépris de la pourriture politicienne, ils n’avaient pas d’idée commune sur le régime qui conviendrait à la France pour la faire vivre "dans l’honneur et la propreté". De plus, les rivalités de groupes et les compétitions des chefs empêchaient même que, séparés dans la doctrine, ils pussent s’unir dans l’action.

    Depuis le début de l’affaire Stavisky jusqu’au 27 janvier où notre manifestation des grands boulevards renversa le ministère Chautemps, il y avait eu, dans l’action, une direction unique : celle de l’Action française. C’est à ses mobilisations que l’on répondait ; c’est à ses consignes que l’on obéissait. (On lui obéit même le jour où, en raison de la pluie et pour épargner un service plus pénible à la police, nous renonçâmes à la manifestation) Mais, à partir du 27 janvier, devant les résultats politiques obtenus et ceux qui s’annonçaient, les ambitions s’éveillèrent, et les groupements nationaux préparèrent jalousement, chacun de son côté, leur participation à une action dont ils comptaient se réserver le bénéfice. Cette agitation et cette division ne firent que croître, après la démission de M. Chiappe, préfet de police, survenue le 3 février.

    Aucune entente

    La Commission d’enquête a cherché un complot du Six Février. Mais il n’y avait pas un complot pour la bonne raison qu’il y en avait cinq ou six qui s’excluaient, se contrariaient et se cachaient les uns des autres. Il y en avait dans tous les coins et sur les canapés de tous les salons. On peut se rendre compte qu’il n’y avait aucune entente entre les groupes divers en examinant les rendez-vous qu’ils avaient donné pour la soirée historique, et les dispositions qu’ils avaient prises, sans parler des manœuvres qu’ils firent et dont à peu près aucune n’était d’ailleurs préméditée.

    Si, par impossible, les patriotes l’avaient emporté dans de telles conditions, s’ils avaient chassé le gouvernement et le parlement, le désaccord entre eux n’aurait pas manqué d’apparaître presque aussitôt et les gauches vaincues n’auraient pas tardé à reprendre le pouvoir.

    C’est à quoi le Monk inconnu, le Monk en puissance, devait songer. C’est pourquoi il s’est abstenu d’une intervention qui aurait été stérile. C’est pourquoi la journée du Six Février n’a pas donné de plus grands résultats.

    Maurice Pujo

    * Étude (extraits) publiée par la Revue Universelle du 15 juillet 1938.

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2016/02/05/pourquoi-le-6-fevrier-1934-a-ete-sterile-l-analyse-de-mauric-5755876.html

  • François René de la Tour du Pin (1834 - 1924)

    Le lieutenant colonel René de la Tour du Pin Chambly, marquis de la Charce, est né le 1er avril 1834 à Arrancy, non loin de Laon en Picardie.

    Il est issu d’une vieille famille dauphinoise, catholique et royaliste, il entre à Saint-Cyr en 1852. Jeune officier, il sert sous le Second Empire en Crimée, en Italie et en Algérie avant de participer à la guerre contre la Prusse en 1870. Fait prisonnier cette même année, lors de la chute de Metz, il sympathise en captivité avec Albert de Mun. En septembre 1871, de la Commune, alors qu’il est encore capitaine aide de camp du gouverneur militaire de Paris, il s’engage, à la demande de Maurice Maignen (des Frères de Saint Vincent de Paul) dans l’ « Œuvre des cercles catholiques d’ouvriers » avec son ami de Mun. Son action est alors inspirée des travaux de Frédéric Le Play. En 1877 il est nommé attaché militaire en Autriche Hongrie et rencontre le « comte de Chambord », prétendant légitimiste au trône de France, dans son exil de Frohsdorf. À Vienne il est également marqué par l’influence des catholiques sociaux autrichiens, le plus représentatif d’entre eux étant le baron Karl von Vogelsang (1818-1890) qui anime la revue Vaterland.

    En 1881, il démissionne de l’Armée et se retire sur ses terres d’Arrancy, dont il sera maire. À la mort du  comte de Chambord, en 1883, La Tour du Pin reporte logiquement sa fidélité royaliste sur l'aîné des Orléans, Philippe d’Orléans,  comte de Paris  qu’il rencontre à Eu. Au début 1885, de passage à Rome, il est reçu par le Pape Léon XIII. En 1891, contrairement à Albert de Mun, il refuse le Ralliement des catholiques français à la République. Le futur maréchal Lyautey, qui publie au même moment son Rôle social de l’officier, largement inspiré de l’expérience des « cercles catholiques » demeurera pareillement fidèle à ses idées royalistes.

    En 1892 le marquis épouse sa cousine, Marie de La Tour du Pin Montauban. La même année, il rencontre pour la première fois le jeune Charles Maurras, encore républicain, amorce d’une correspondance qui devait se poursuivre jusqu’à la mort du colonel. Une fois l’Action française fondée en 1899, La Tour du Pin apporte son concours. Il livrera ainsi trois études à la Revue grise d’AF entre 1904 et 1906, sur la noblesse, la représentation professionnelle et l’organisation territoriale de la France. En 1907 il publie son maître livre, imposant recueil d’articles écrits à partir de 1882 : Vers un ordre social chrétien. Le marquis René de La Tour du Pin meurt à Lausanne le 4 décembre 1924 à 90 ans révolus.

    L’ Action française constituera la principale postérité de la pensée de La Tour du Pin. Comme dira Charles Maurras : « Ce n’est pas La Tour du Pin qui est à l’Action française, c’est l’Action française qui est de La Tour du Pin. » La pensée de la Tour du Pin marquera également le général de Gaulle. En 1970, Edmond Michelet, ministre du général, faisait remarquer à ce sujet « s’il est un personnage que le général de Gaulle connaît mieux que Marx, c’est peut être le très ignoré aujourd’hui La Tour du Pin »

    La Tour du Pin et Albert de Mun sont les grands représentants de l'école des catholiques sociaux. Tous deux s'inspirent dans leurs écrits et dans leur action des travaux de Frédéric Le Play et puisent leur sagesse dans les enseignements spirituels et sociaux de l'Eglise.

    La contribution de marquis de La Tour du Pin à la Contre-Révolution réside essentiellement dans sa doctrine économique et sociale.
    Le fil conducteur de cette doctrine est à chercher, comme il en fait la remarque, dans la lutte acharnée qu'il a menée contre le libéralisme sous toutes ses formes et principalement contre sa forme économique. Il a condensé l'essentiel de sa pensée dans un maître-ouvrage intitulé : "Jalon de route vers un ordre social chrétien".

    Partageant avec son maître Le Play la conviction que "la vie sociale de l'homme se meut autour d'un axe dont les deux pôles sont le foyer et le métier",  le marquis et colonel de la Tour du Pin en a justement déduit que le régime d'économie libérale, qui se fonde sur la loi de l'offre et de la demande, aussi bien en matière d'emploi qu'en matière de ventes et d'achats, " fonctionne à l'inverse de la loi naturelle et divine" .

    Cette erreur, au sujet de la loi de l'offre et de la demande, est bien le signe que l'économie d'inspiration libérale repose sur des principes aussi néfastes que faux. Le libéralisme se trompe, en effet, dès l'origine, quand il définit l'économie comme " chrématistique ", c'est-à-dire comme science des richesse car il méconnait ainsi la finalité profonde du travail humain. Le véritable objet de l'économie n'est pas exclusivement ni direstement la richesse mais l'homme car " le travail n'a pas pour but la production des richesses mais la sustentation de l'homme " . Il est vrai qu'en définissant ainsi la science économique les libéraux ne commettent pas une simple erreur, ils procèdent à une opération de diversion et de camouflage car " que signifient dans la vie économique la liberté du travail, la liberté du commerce, la liberté de la propriété, si ce n'est la facilité au déchaînement de toutes les cupidités contre toutes les faiblesses " ?

    Comme tous les grands contre-révolutionnaires, La Tour du Pin voit dans l'individualisme la racine du libéralisme. Son originalité consiste à mettre en relation l'individualisme libéral avec une certaine conception matérialiste de la propriété.

    Il en résulte que la lutte contre  le libéralisme doit passer par le rejet des " erreurs philosophiques, politiques et économiques dont le capitalisme nous a empoisonnés ".
    A cette conception de la propriété, il est indispensable d'opposer la conception traditionnelle et chrétienne que le jeune La Tour du Pin avait reçue de son père et fidèlement gardée : " Rappelle-toi toujours que tu ne seras que l'administrateur de cette terre pour ses habitants " .

    La solution que La Tour du Pin préconise pour mettre un terme à la question sociale ne consiste évidemment pas à remplacer le libéralisme par le socialisme qui n'en est, à ses yeux, que le " contre-coup " et l'insupportable aggravation.
    Elle ne consiste pas davantage dans une attitude exclusivement morale, comme l'était encore le patronage de son maître Le Play, mais dans l'instauration d'un régime corporatiste moderne.

    Grâce à La Tour du Pin, les Français devraient aujourd'hui savoir qu'il existe, non pas deux, mais trois écoles d'économie politique :

    " celle où l'on considère l'homme comme une chose ",
    c'est le libéralisme,
    " celle où on le considère comme une bête ",
    c'est le socialisme,
    " celle ou on le considère comme un frère ",
    il s'agit alors du corporatisme.

    http://www.royalismesocial.com/index.php?option=com_content&view=article&id=34&Itemid=11

  • "Les Filles au Moyen Âge" : un autre cinéma, une autre Histoire

     

    C'est peu de le dire, Les Filles au Moyen Âge est aux antipodes de ce que produit depuis trente ans le cinéma d'auteur français, trop souvent embourbé dans un pseudo-naturalisme qui peine à saisir les vraies questions du temps, à l'évidence aveuglé par le narcissisme des auteurs eux même, qui préfèrent raconter leur petite vie triviale, plutôt que de tenter de distiller la grande, celle de tout le monde, disons celle du peuple. Analyse socio-politique : néant ! 

    Ce curieux film prend pour trame narrative la chronologie des évolutions sociales et religieuses (on y parle que de Dieu !) qui ont rythmé pendant les mille ans du Moyen Âge, l'émancipation grandissante et inattendue des femmes. Du concile d'Ephese en 431 qui consacre Marie, "Mère de Dieu", jusqu'à l'apothéose de l'Amour Courtois, en passant par les prouesses scientifiques d'une Hildegarde de Bingen, les fondatrices d’hopitaux et d’écoles publics, sans oublier la pucelle de Domremy ; le scénario est librement adapté de La Femme au temps des Cathédrales, ouvrage de la médiéviste Régine Pernoud, grande réhabilitatrice de l'époque féodale, ennemie jurée des féministes de gauche des années 60/70 pour qui l'équation Christianisme = Machisme était malheureusement le béaba… 

    Librement adapté, c’est le moins qu’on puisse dire, car non content de nous raconter l’Histoire comme l’aurait fait un mauvais docu fiction du service public, ou encore un vulgaire téléfilm du genre Les Rois Maudits, Hubert Viel (l’auteur/réalisateur) propose ici un dispositif de mise en scène des plus rafraichissant et surtout des plus étonnants. En effet, tous les personnages historiques sont ici joués par six enfants (3 filles, 3 garçons) d’une dizaine d’année, le tout filmé en noir et blanc avec une caméra pellicule 16mm, ce qui donne un ton étrangement naïf et ludique au film, qui n’est pas sans rappeler la série animée Il était une fois les hommes, ou simplement un tableau du douanier Rousseau. 

    Sur le papier l’idée paraît saugrenue et presque grotesque, mais cela donne à ce procès en réhabilitation une tournure toute légère et joviale. Car c’est à un Moyen Âge lumineux, joyeux et drôle auquel on à affaire ici, dans ce qu’il est permis d’appeler une comédie historique. Pour couronner le tout on notera la présence permanente d’un conteur qui pose son vieux timbre de voix enchanteur et malicieux sur cette succession de saynètes comiques : le grand Michael Lonsdale. 

    Jouant la carte de la comédie dans les situations comme dans les dialogues, Hubert Viel, caché derrière sa douceur et sa naïveté, n’en fait pas moins passer un propos tout à fait sérieux ; qui serait de montrer en quoi les femmes furent bien plus respectés au Moyen Âge que dans les périodes qui lui ont succédé. En effet à partir du XIVème siècle, le Moyen Âge entre en décadence et plusieurs phénomènes concomitants viennent mettre à mal la prospérité de cette civilisation florissante : On commence à tolérer le capitalisme et l’usure, On sombre dans la Guerre de Cent, On subit la peste noire, et le rois de France tombent dans l’obsession de constituer un état centralisé en infantilisant les petits seigneurs et en taxant le peuple à son profit. La bourgeoisie d’affaire tenue à l’écart jusqu’à alors devient une classe grandissante et influente. Bref, une chute sévère qui pourrait se résumer en un mot : Matérialisme. Les femmes ne s’en remettront pas et perdront une grande part de leurs prérogatives, pour devenir jusqu’au XXème siècle de simples mères au foyer qui dépendent pleinement de leur mari qui a tout pouvoir de décision dans les affaires sociales. 

    Courez donc au cinéma voir ce film à la foi pédagogique, poétique et drôle. Film généreux et accessible à tous, même aux plus jeunes. Un grand bol d’air frais dans sa forme comme dans son fond.

    Au cinéma depuis le 27 Janvier.

    Euphrosine

    http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/les-filles-au-moyen-age-un-autre-52188

  • Réflexions sur la culture de masse

    Est-il encore possible de distinguer ce qui ne relève que d'une culture de masse ?

    À lire également : Jean Baudrillard, Vance Packard et Christopher Lasch.
    Lien vers Politeia :
    https://www.youtube.com/channel/UC5KbyalAb8q2plmp1OZ_KBg

    http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/reflexions-sur-la-culture-de-masse-52266