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culture et histoire - Page 1511

  • La révolution jacobine à l'origine de notre pseudo démocratie


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    "LES SOCIÉTÉS DE PENSÉE ET LA DÉMOCRATIE MODERNE" PAR AUGUSTIN COCHIN

    Notre "démocratie" a été fondée par la révolution de 1789...

    Or … Qu'en dit Augustin Cochin  ?

    Tout d'abord : "Si l’on veut connaître un pouvoir démocratique comme il est, et non plus comme il veut qu’on le voie, ce n’est évidemment pas à lui qu’il faudra le demander. (...)"

    Comment fonctionnent-elles ?

    "La société de pensée ignore sa loi, et c’est justement ce qui lui permet de se proclamer libre : elle est orientée à son insu, non dirigée de son aveu. Tel est le sens du nom que prend dès 1775 la plus accomplie des sociétés philosophiques, la capitale du monde des nuées : le Grand Orient. (...)

    Où nous conduisent-elles  ?

    "Les sociétés de pensée ne sont pas le socialisme, mais le milieu où le socialisme est sûr de poindre, de croître et de régner, quand rien ne l’annoncerait, comme dans les loges de 1750. La société réelle n’est pas la révolution, mais le terrain où la révolution perdra, où l’autorité, les hiérarchies gagneront, quand tout serait révolutionnaire, hommes et lois, comme dans la France de thermidor an II, sitôt brisé le joug social des Jacobins. (...)

    "LES SOCIÉTÉS DE PENSÉE ET LA DÉMOCRATIE MODERNE" PAR AUGUSTIN COCHIN

    Un livre de 222 pages 20 euros

    → pour commander ce livre sur le site des Éditions du Trident

    → pour en savoir plus sur l'œuvre et l'auteur lire aussi "Complot ou pas complot ?"

    http://www.insolent.fr/2014/10/la-revolution-jacobine-%C3%A0-lorigine-de-notre-pseudo-democratie.html

  • “Combat culturel” partout, “combat culturel” nulle part ? Par Gaël Brustier

    Nouveaux paradigmes, bataille des idées, Gramsci, gramscisme, jamais autant le combat culturel n’a semblé si primordial. Le chercheur en politique Gaël Brustier revient pour le site Slate sur le combat culturel, sa pertinence, le gramscisme de droite, la victoire culturelle de la droite et sur la façon dont la gauche doit reprendre le combat culturel. Membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès (fondation liée au Parti socialiste), chercheur en science politique au Cevipol (Université libre de Bruxelles), spécialiste des droites et des dimensions culturelles de la politique, Gaël Brustier est notamment l’auteur de “Voyage au bout de la droite : des paniques morales à la contestation droitière” et de “La guerre culturelle aura bien lieu”.

    L’oeuvre d’Antonio Gramsci est au coeur de l’idée de combat culturel. Aujourd’hui, l’expression est utilisée aussi bien par les Veilleurs issus de la Manif pour tous que par les Identitaires. Mais la domination culturelle des droites est d’abord une crise de la gauche, qui dépasse à la fois ses piètres résultats économiques et le cadre strictement français.

    Que ce soit au sein de La Manif pour tous ou à la Fête de l’Humanité, au sein du Parti socialiste ou chez les Veilleurs, chez les écologistes ou chez les Identitaires, le terme «combat culturel» est redevenu à la mode, au risque de devenir une nouvelle «tarte à la crème» dénuée de sens.

    Loin de se réduire à un combat pour les «valeurs», le combat culturel prend une dimension autre, dimension qui manque manifestement aujourd’hui à la social-démocratie comme à la gauche radicale des pays européens.

    Né «à gauche», le combat culturel n’a pas manqué d’être utilisé par les droites, qu’elles soient françaises ou étrangères, néolibérales ou radicales. Confrontée à une crise électorale, politique et idéologique majeure, la gauche française semble quant à elle s’en remettre à son invocation sans toutefois en appréhender les profondes implications.

     

    (…)

    Un bloc historique se constitue lorsque le contenu économique et social d’une société et sa forme éthique et politique s’identifient. C’est alors que l’hégémonie culturelle sur une société naît. Cependant, cette hégémonie ne peut effectivement voir le jour que parce que la nouvelle culture qu’elle porte a été largement diffusée et a servi de base à un enracinement par des actions concrètes dans la société. Le combat culturel ne peut être un simple verbalisme.
    On a, depuis, évoqué le cas de l’hégémonie culturelle à propos de différentes situations politiques: l’hégémonie culturelle du reaganisme dans les Etats-Unis des années 1980, celle du thatchérisme dans le Royaume-Uni de la même période, de la gauche dans la France des années 1970-1980, du berlusconisme des années 1990 et 2000…

    (…)

    Dans les années 1970 émerge une nouvelle école de pensée, la Nouvelle Droite, qui revendique un «gramscisme de droite». Fascinée par l’œuvre d’Antonio Gramsci, l’école de pensée d’Alain de Benoist va contribuer à diffuser «à droite» l’importance du combat culturel et de nouveaux thèmes propres à idéologiser un camp politique historiquement réticent à l’être. Cette tentative là est un échec.

    Aujourd’hui encore, les Identitaires tiennent le combat culturel pour leur mission première, consacrant leur militantisme à la constitution d’enclaves relativement fermées («Les Maisons de l’Identité»). En Italie, c’est le mouvement «néofasciste» de la Casa Pound qui incarne le mieux cette aspiration des droites radicales au combat culturel.

    Au cours des années 1980, le Club de l’Horloge se saisit également de cette question en orientant davantage son travail sur la bataille des mots, stratégie dont Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou importeront les grandes lignes au sein du Front national, parti qu’ils contribueront à armer idéologiquement –notamment à travers sa revue Identité. Doté d’un «Conseil scientifique», le FN de Bruno Mégret comporte (au cours des années 1990) en son sein davantage d’énarques ou d’universitaires que le FN de Florian Philippot.

    (…)

    Récemment enfin, des mouvements issus de La Manif pour tous comme les Veilleurs, d’inspiration clairement chrétienne, bien que se proclamant «aconfessionnels», ont mis en avant non seulement Gramsci (et son texteJe hais les indifférents) mais également le terme de «combat culturel». «Mouvement culturel», les Veilleurs sont aujourd’hui l’une des rares organisations de jeunesse à pouvoir mobiliser dans l’espace public des centaines de jeunes autour de lectures et de prises de parole. De quoi inquiéter la gauche sur sa propre incapacité à en faire autant…

    La question qui s’est vite imposée à la gauche fut en effet celle de sa capacité à lutter contre les dominations culturelles des droites, dans leur grande diversité, déclinées différemment selon les pays. Le berlusconisme ou le sarkozysme sont deux des formes de domination dextristes qu’a connues l’Europe des dernières décennies.

    pour lire l'article dans son intégralité

    http://fr.novopress.info/176381/lu-sur-le-net-combat-culturel-partout-combat-culturel-nulle-part-par-gael-brustier/

  • De nombreux chefs de la collaboration furent-ils membres de la LIC(R)A ? (rediff)

    Eric Zemmour s’est exprimé cette semaine [mars 2010 NDLR] sans prendre de pincettes sur les liens troublants entre la LIC(R)A, la gauche dreyfusarde et la collaboration (cf vidéo à partir de 11 minutes). La LICRA n’a pas répondu…

    « L’antisémitisme le plus puissant n’est pas en 40, contrairement à ce qu’on croit aujourd’hui, celui de l’extrême-droite et de l’Action Française : le plus virulent dans les années 40 sous l’occupation c’est l’antisémitisme de la gauche pacifiste, de Laval et de tous les autres. (…) L’historien israélien Simon Epstein** montre que la plupart des collabos viennent de la gauche pacifiste, socialiste, radicale, antiraciste : il note tous les discours qu’ils faisaient à la LICRA dans les années 20 contre l’antisémitisme et le racisme, et tous ceux-là sont passés à la collaboration ! »

     


    Caricature tirée du journal collaborationniste Au Pilori, 1er octobre 1942

     

    **Spécialiste de l’antisémitisme, Simon Epstein a constitué au fil des ans un socle informatif considérable sur les itinéraires contrastés de deux catégories de Français : ceux qui protestèrent contre le racisme et l’antisémitisme dans les années 1920 et 1930, avant de s’engager dans la Collaboration ; et ceux qui exprimèrent une hostilité ou un préjugé à l’égard des Juifs, puis qui se retrouvèrent, l’heure venue, dans la Résistance. Ce livre ne retrace ni l’histoire de l’antiracisme ni celle de l’antisémitisme ; il est l’histoire du passage de l’un à l’autre.

    Les principaux chefs de la Collaboration ont traversé, chacun à sa manière, une phase de dénonciation de la haine antijuive ; beaucoup furent même militants de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA, l’ancêtre de la LICRA).Réciproquement, de nombreux résistants, et non des moindres, sont originaires d’une extrême droite nationaliste qui, dans les années 1930, fut fertile en prises de positions hostiles aux Juifs. C’est ce phénomène paradoxal que Simon Epstein décrit puis analyse, en s’appliquant aussi à démonter l’occultation dont ces chassés-croisés, déroutants certes mais significatifs, ont fait l’objet dans les mémoires françaises.

    Biographie de l’auteur
    Économiste et historien, Simon Epstein vit à Jérusalem depuis 1974. Auteur de plusieurs ouvrages sur le racisme et l’antisémitisme, il a publié, en 2001, un livre remarqué sur Les Dreyfusards sous l’Occupation.

    Voir la page Amazon de l’ouvrage

    http://www.fdesouche.com/104686-des-membres-de-la-licra-dans-la-collaboration

  • L’État-nation contre la démocratie libérale

    Le libéralisme peut parfaitement prospérer en dehors du cadre national. Par Ferghane Azihari, libéral proudhonien, membre des Jeunes européens fédéralistes et du comité de rédaction du Taurillon.

    L’État-nation, pur produit du nationalisme, a beau être le lieu de naissance de la démocratie moderne, cela n’en reste pas moins accidentel. Cette rencontre relève du fruit hasardeux de l’histoire. Il est en ce sens totalement absurde de décréter, comme le font certains conservateurs étatistes-nationalistes, que l’union du libéralisme et de l’État-nation est entachée de fatalité organique. De la même manière que l’on admet que le caractère universel de la démocratie lui permet de s’exporter en dehors des frontières occidentales malgré ses origines athéniennes, le libéralisme peut pour les mêmes raisons parfaitement prospérer en dehors du cadre national. En vérité, l’épanouissement complet de cette doctrine requiert même l’abolition de cette construction arbitraire, xénophobe et liberticide. C’est en ce sens que la construction européenne est salutaire.

    Une construction arbitraire et irrationnelle

    L’État-nation part du principe que seule l’identité nationale peut constituer le lien fédérateur politique principal. La nation est ainsi érigée en fondement de l’action politique là où le contrat social ne devrait solliciter que la liberté. L’État-nation pervertit donc l’essence même de la société. L’identité nationale n’est en effet qu’un discours mythologique dont les contours et le contenu sont arbitrairement définis. Tous les êtres humains ayant une origine commune, la tentative de définir une histoire et une culture propres à une communauté et non à une autre relève nécessairement d’une démarche arbitraire. Doit-on en effet rappeler qu’aucune civilisation ne s’est construite en autarcie et que toutes les cultures ont noué d’intenses interdépendances avec des civilisations extérieures ? De la même manière que l’on peut conter une histoire de France, il est également possible, pour peu que l’on cite les faits adéquats, de conter une histoire des civilisations franco-allemande, franco-espagnole, franco-africaine, gréco-persane, gréco-turques, arabo-chrétiennes, euro-asiatiques etc. Le récit national n’étant qu’une construction arbitraire, il n’a strictement rien à faire dans les fondements du politique qui se doivent d’être rationnels avant toute chose.

    Une construction xénophobe et liberticide

    En érigeant l’identité nationale en lien fédérateur politique principal, l’État-nation développe une vision exclusive du contrat social en légitimant la discrimination fondée sur l’identité nationale de l’individu. Au contraire, l’individualisme défendu par le libéralisme a toujours combattu l’institutionnalisation de la xénophobie pour satisfaire la protection de la plus petite minorité susmentionnée. Le nationalisme n’est finalement qu’une déclinaison de l’étatisme. Il s’agit d’une idéologie qui autorise l’État à faire de l’ingérence dans la détermination de l’identité de l’individu tout en niant sa singularité pour mieux la soumettre à un standard qu’il a lui-même arbitrairement défini. En témoigne cette tendance chez toute la classe politique française à blâmer les individus qui revendiquent d’autres appartenances collectives que celle relative à l’État français. « Communautarisme » devient ainsi l’élément de langage préféré de tous les étatistes. Au contraire, un État libéral ne peut être forcément que post-national, c’est-à-dire qu’il doit revenir aux fondamentaux du contrat social : fonder son action sur la protection des libertés individuelles sans les limiter à des cadres identitaires arbitrairement définis. Cela revient autrement à brider l’universalité de la liberté pour mieux la dénaturer. Dissocier définitivement la nationalité de la citoyenneté semble ainsi nécessaire. La construction européenne apparaît à cet égard comme étant un formidable outil contre les États-nations.[....]

    La suite sur Contrepoint

    Ce libéral proudhonien (! !!) nous démontre mieux que l’on aurait fait la nocivité de la pensée libérale (NDLR)

  • « Des chansons contre la pensée unique »


    Tel est le titre du nouveau livre de Thierry Bouzard.

    Ce spécialiste réputé du chant militaire y mène étude originale, complète et approfondie, sur les différentes musiques rebelles, depuis l’apparition de la chanson engagée.

    Tout ce qui a pu se faire « à droite » est répertorié et mis en perspective. Le tout est accompagné d’une réflexion savante sur le lien entre ces expériences musicales et l’engagement politique.
    En fin d’ouvrage, on retrouvera divers entretiens, dont l’un, conséquent et étonnant, avec Jean-Marie Le Pen (qui eut pendant des décennies un rôle musical important avec la SERP).

    332 p., 22 €, Éditions des Cimes. Ce livre est disponible ici.

    4e de couverture :

    Lire la suite

    http://www.contre-info.com/

  • Jeune Nation Action devant l'église de sainte-Rita (4/10/2014)

  • Rémy de Gourmont

    Rémy de Gourmont est né au manoir de la Motte à Bazoches-au-Houlme, près d'Argentan (Orne), le 4 avril 1858. Il est le fils du comte Auguste-Marie de Gourmont et de la comtesse, née Mathilde de Montfort. Une branche de sa famille, originaire du Cotentin, s'était installée à Paris dès le XVIe siècle pour y fonder une maison d'édition qui publia de nombreux livres, des gravures et des estampes. En 1866, sa famille s'installe près de Villedieu (Manche) et Rémy de Gourmont sera interne au lycée de Coutances de 1868 à 1876. Excellent élève, on note chez lui une imagination débordante. Bachelier en droit, il s'installe à Paris et obtient un emploi d'attaché à la Bibliothèque nationale. Débute sa collaboration à diverses revues catholiques. Son premier roman, Merlette, (1886) ne rencontre aucun succès. Il fait la connaissance de Berthe de Courrière, modèle et légataire universelle du sculpteur Auguste Clésinger, chez qui il s'installe, 71 rue des Saints-Pères, où il vivra jusqu'à sa mort. Il se lie d'amitié avec Villiers de l'Isle-Adam, Joris-Karl Huysmans, et fréquente les mardis de Stéphane Mallarmé. En 1889, Rémy de Gourmont sera, avec Jules Renard, un des fondateurs du Mercure de France, auquel il collaborera pendant vingt-cinq ans. Il y publiera en avril 1891 un article dont le titre est « Le joujou patriotisme ». Il y développe l'idée du rapprochement de la France et de l'Allemagne, les affinités artistiques et culturelles entre les deux pays étant profondes, et dénonce les passions nationalistes. La polémique qui s'en suit lui vaut d'être révoqué de la Bibliothèque nationale et lui ferme les colonnes de la majeure partie de la grande presse, malgré les efforts de son défenseur Octave Mirbeau, qui parvient tout de même à le faire entrer au Journal.

    Mais Gourmont est atteint d'une forme de lupus, qui le fait terriblement souffrir et qui le défigure. Il restera longtemps cloîtré chez lui. Pour lui, désormais, n'existent plus que le travail et les livres. Il publie une œuvre vaste et abondante, composée de romans, de pièces de théâtre, de recueils de poésie et surtout d'essais qui témoignent d'une profonde érudition. La Première Guerre mondiale le déprime profondément. La plupart de ses amis sont sous l'uniforme, le Mercure de France est fermé. Il marche de plus en plus difficilement. L'abbé Munier raconte ainsi une de ses visites à Gourmont, en 1915 : « Nous avons été ensuite tous les trois (avec Mme de Brimont et Nathalie Clifford Barney) chez Rémy de Gourmont, rue des Saints-Pères, tout en haut d'un petit escalier où l'écrivain habite un modeste appartement uniquement rempli de livres. Je ne l'avais pas revu depuis 1892 ! Vêtu d'une robe qui avait l'air d'une bure, il ressemblait à un vieux capucin qui porte binocle mais un capucin studieux et avec cela boitant un peu et bégayant toujours. Il parle peu, trop peu et on ne se douterait guère qu'il soit l'auteur de tant d'articles et de livres sur tous les sujets [...] » Il meurt d'une congestion cérébrale en 1915 et est inhumé au cimetière du Père-Lachaise dans le tombeau de Clésinger, aux côtés de Berthe de Courrière. Voici quelques-unes de ses citations : « Savoir ce que tout le monde sait, c'est ne rien savoir. Le savoir commence là où commence ce que le monde ignore » ; « Un vice est comme un amour, il n'y a rien qu'on ne lui sacrifie » ; « L'intelligence de l'homme n'a pas progressé depuis son apparition sur terre » ; « L'irréligion est une religion » ; « Le peuple, c'est tous ceux qui ne comprennent pas. »

    R. S. Rivarol du 11 septembre 2014

  • Nous sommes des révolutionnaires malgré nous

    1949 : Bernard Charbonneau (1910-1996) édite son maître ouvrage : L’état. 1954 : Jacques Ellul (1912-1994) publie son œuvre maîtresse : La Technique ou l’enjeu du siècle. L’État et la Technique, tels sont les deux enjeux de notre temps. Il s’agit de leurs premiers livres, mais non de leurs premiers écrits. Et l’on est surpris de voir combien ces essais de maturité, rédigés autour de la quarantaine, déploient méthodiquement, comme toute la suite de leur œuvre, des intuitions de jeunesse, écrites dans la vingtaine. 

    Ce sont quelques-uns de ces textes fondateurs, au génie si particulier et si parlant à la fois, parfois parus dans des revues spécialisées, que quelques-uns se transmettaient jusqu’ici de la main à la main, qui sont enfin aujourd’hui, réunis et présentés par Quentin Hardy, livrés au grand public dans un recueil au titre éloquent, Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, qui est sans doute pour le profane la meilleure introduction à leur pensée : « Directives pour un manifeste personnaliste » (1935), « Le Progrès contre l’homme » (1936), « Le sentiment de la nature, force révolutionnaire » (1937), « An deux mille » (1945). 

    Leurs textes ont la fraîcheur des commencements, et le sérieux d’une fidélité intellectuelle qui durera toute leur vie – comme leur amitié. Les deux Bordelais sont alors membres de la revue Esprit, et animent les groupes personnalistes du Sud-Ouest. Face au règne de l’anonymat, de l’économie, de la technique et de l’État, les personnalistes défendent « la cité à hauteur d’homme », « une cité ascétique pour que l’homme vive ». Ainsi, « la révolution doit se faire contre la misère et contre la richesse », elle est avant tout « une lutte pour les libertés de l’homme », qui passe par le sens des limites, des communautés, des patries, des pays. Pour être incarnées, liberté et justice nécessitent « de petites sociétés locales basées sur la culture, la famille et la possession directe du sol. » 

    Nés il y a cent ans, morts il y a vingt, souvent isolés, à contre courant, les deux penseurs chrétiens connaissent une fécondité posthume qui se traduit à travers une abondante actualité éditoriale : nombreuses rééditions qui rencontrent un public nouveau, mais aussi inédits, comme Théologie et Technique qui résume dans une critique théologique de l’idolâtrie technique la pensée ellulienne, déployée par ailleurs dans une soixantaine de livres et plus d’un millier d’articles : 

    « Actuellement, c’est la Technique qui permet à l’homme une élimination de Dieu, qui n’est même plus une révolte. Il n’est plus nécessaire de lutter : la puissance technicienne a remplacé celle du Créateur. (…) La Technique a enfin permis à l’homme de changer les pierres en pain. Et il est bien content. Mais il ne comprend pas pourquoi il n’est pas encore dans le Paradis après ce miracle. » 

    Face à la technique qui se développe selon la volonté de puissance, la vocation de la théologie, biblique et évangélique avant tout, est de rappeler à temps et à contretemps une éthique de la fragilité et de la vulnérabilité, une éthique christique de la non-puissance qui seule peut sauver la vie. La non-puissance n’est pas l’impuissance, mais la résistance par « l’abandon de l’esprit de puissance » : « Il faut sans cesse reprendre l’exemple de Jésus qui a récusé tous les moyens de puissance (…) Dans un monde voué par la Technique à la puissance, seuls l’esprit et le comportement de non-puissance sont la critique. » 

    Falk van Gaver 

    Bernard Charbonneau & Jacques Ellul, Nous sommes des révolutionnaires malgré nous, Seuil, 2014, 222 p., 18€ 

    Jacques Ellul, Théologie et Technique. Pour une éthique de la non-puissance, Labor et Fides, 2014, 370 p., 29€ 

    Article paru dans La Nef N. 262 de Septembre 2014

    http://www.oragesdacier.info/2014/10/nous-sommes-des-revolutionnaires-malgre.html