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culture et histoire - Page 1812

  • Refonder l'école passe par sa désétatisation

    De Michel de Poncins :

    "Il y a toujours du neuf au niveau de la prétendue éducation prétendue nationale. Certains disent que le super mammouths est la dernière armée soviétique du monde.

    Il se révêle qu'il y a de plus en plus de faux boursiers qui encombrent certaines universités. L'administration, en fait, ne les contrôle pas. Certes la bourse n'est pas suffisante pour vivre, mais il peut s'ajouter de petits boulots. C'est un triste exemple pour les étudiants sérieux qui existent tout de même. Cela se traduit au moment des examens. Les faux boursiers étant de faux étudiants n'ont rien à faire de l'examen. De la sorte, dès le début de la séance un flot continu sort de la salle en remettant des pages blanches, l'essentiel étant d'avoir fait acte de présence pour justifier la bourse. Lors d'un examen récent 60 copies blanches sur 360 ont été rendues aux professeurs écoeurés.

    La récente accélération est sans doute corrélée au chômage. La bourse joue le rôle d'assurance-chômage et assure la couverture sociale que les boulots complémentaires parfois bien payés ne donnent pas. L'université devient un parking à chômeurs : c'est vraiment odieux.

    Sous un angle plus vaste, un fait nouveau est la loi sur la refondation de l'école de la république promulguée le 8 juillet. Si l'on veut refonder, c'esst bien qu'auparavant, cela ne fonctionnait pas d'une façon satisfaisante. J'ai souvent informé mes lecteurs du retard de la France dans le système éducatif avec des jeunes en sortant sans qualification véritable. La nouvelle loi ne fera pas mieux ; pour palier la calamité elle prévoie un grand nombre de création de postes : c'est ridicule car le budget du mammouth est déjà ruineux. Des organismes nouveaux sont aussi annonçés avec la promesse de juteux fromages pour les camarades.

    La privatisation de l'enseignement avec vente des un)versités et écoles seraient le seul moyen de refonder. Elle ne saurait, toutefois, être envisagée par le pouvoir provisoirement en place car les syndicats, seuls propriétaire réels du mamouth, s'y opposent férocement.

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  • Rencontre militante nationaliste ce 30 août en Haute-Loire

    haute-loire-rencontre-militante-150x150.jpgRencontre et repas militants le vendredi 30 août au Puy-en-Velay à 20h30, en présence d’Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac. Repas + participation aux frais : 20 €. Inscriptions avant le 25 août (0682376577 – nationaliste43@gmail.com).

  • La démonstration

    Les hommes ont toujours voulu convaincre les autres avec leurs idées. Pour cela, il y a plusieurs moyens.
    1/ L'aphorisme : On énonce une assertion. Sa compréhension vient de la maturité de ou des interlocuteurs pour qui cette phrase peut être un dévoilement ou une intuition qui vous cisaille. Il faut pour cela un vécu qui court-circuite tout développement.
    2/ Une histoire, une parabole comme le fit Jésus ou une fable comme en écrivit La Fontaine. Dans « le Loup et l'Agneau », on veut « prouver » que la raison du plus fort est toujours la meilleure.
    Ceci peut même prendre la forme d'une œuvre littéraire où par exemple Balzac dans « la Comédie Humaine » veut montrer les hommes mus par l'ambition.
    3/ L'expérience : cette forme de conviction a ses limites si l'on en croit Goethe qui la définit ainsi : « l'expérience est une lanterne qui n'éclaire que celui qui la porte ».
    4/ La foi ou l'argument d'autorité : On a foi en celui qui émet une opinion sans remettre en question ce jugement ou cette assertion.
    5/ La doxa : On s'en remet à l'opinion commune. Comme le soulignait Heidegger, il existe la dictature du « on ». On répète ce que tout le monde dit. Ceci peut prendre la forme de la tradition. Comme pour la foi ou l'autorité, on ne remet pas en question les idées reçues.
    6/ La répétition : Un argument ou une assertion répétés à l'infini finissent par apparaître comme des vérités. C'est le principe de la rumeur mais des idées générales par un rapport de forces sociétal finissent par s'imposer de cette façon. Le combat politique utilise cette forme de conviction, la répétition s'appelant slogan.
    La mise en condition intellectuelle ou idéologique d'une société fonctionne avec tous les moyens énumérés ci-dessus. Il existe pourtant un moyen plus rare que nous allons étudier réservé aux « clercs » qui est celui de la démonstration qui s'oppose essentiellement à la doxa et se veut de l'ordre de l'épistémè, tout au-moins dans la rigueur du développement de l'argumentation.
    Descartes
    Dans la démonstration, il y a l'objectif d'établir la certitude. Comment parvenir à des vérités certaines ?
    Pour Descartes, on peut partir des évidences premières pour arriver de façon ordonnée par de longues chaînes de raison aux vérités.
    Descartes ne s'appuie pas sur la logique. Il y a dans le « Discours de la méthode » quatre principes pour bien raisonner. Le philosophe fait appel à l'évidence qu'on peut appeler aussi intuition intellectuelle.
    Les quatre principes sont :
    1/ « la première étant de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connaisse évidemment être telle... » Ce principe s'oppose à la tradition et à l'argument d'autorité.
    2/ « Le second de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour mieux les résoudre ».
    3/ « conduire par ordre nos pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu'à la connaissance des plus composés,... ».
    4/ « faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre »
    Leibnitz à la différence de Descartes, fera confiance à la logique. Il se méfie de l'évidence. L'histoire des mathématiques se fera plus selon la vision de Leibnitz que selon celle de Descartes. L'intuition n'existe pas dans l'idée de démonstration.
    Pascal
    Le mathématicien-philosophe a vu les limites de la démonstration qui repose sur des propositions premières qui sont indémontrables.
    « Certainement cette méthode serait belle, mais elle est absolument impossible car il est évident que les premiers termes qu'on voudrait définir en supposeraient des précédents pour servir à leur explication, et que de même les premières propositions qu'on voudrait prouver en supposeraient d'autres que les précédents, et ainsi il est clair qu'on n'arriverait jamais aux premières... ».
    Pour Hume, nos raisonnements n'ont aucune certitude logique et ne viennent que de l'habitude qui vient de l'expérience.
    Se pose la question alors, comment établir des vérités ?
    On a là la problématique de la science. Pour Russell, la connaissance scientifique est basée sur l'induction.
    Le principe d'induction est basé ainsi.
    1/ Si on a découvert qu'une certaine chose A est associée avec une autre chose B, et si on ne l'a jamais trouvée en l'absence de B, plus grand est le nombre de cas où A et B ont été associés, plus grande est la probabilité qu'ils soient à nouveau associés dans une situation où l'on sait que l'un des deux est présent.
    2/ Sous les mêmes conditions, un nombre suffisant de cas d'associations fera que la probabilité d'une nouvelle association tende vers la certitude, et s'en approchera au-delà de tout limite assignable.
    Un philosophe des sciences comme Karl Popper critiquera l'idée d'induction par son critère de falsifiabilité.
    (voir le texte : la Philosophie des Sciences sur internet)
    Logique et mathématique   
    La logique a été un modèle pour la pensée, les mathématiques pour la science. Pourtant, Wittgenstein disait que les vérités mathématiques ne sont que des tautologies. Elles ne disent rien et n'apprennent rien sur le monde. Les mathématiques sont devenues le langage de la science et un modèle selon Descartes et Kant pour la connaissance.
    « Par là, on voit clairement pourquoi l'arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : c'est que seules, elles traitent d'un objet assez pur et simple pour n'admettre absolument rien que l'expérience ait rendu incertain et qu'elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par raisonnements... » (Règles pour la direction de l'esprit, Descartes)
    Ce modèle pour la connaissance ne semble pourtant guère judicieux si l'on prend des domaines comme la sociologie, la psychologie ou l'Histoire et même d'autres domaines.
    Les vérités mathématiques ne disent rien puisqu'elles ne sont qu'hypothético-déductives. Elles ne dépendent que des hypothèses. Les mathématiques ont évolué vers un pur formalisme. Les hypothèses ne font plus appel à l'intuition comme cela se trouve par exemple dans les géométries non euclidiennes. La logique qui est pour certains le fondement de ce formalisme a pourtant été mise à mal par Gôdel qui a démontré qu'il était impossible de démontrer la non-contradiction d'un système mathématique.
    Donc même dans son domaine qui servait de modèle, les mathématiques, l'idée de démonstration a ses limites.
    Conclusion
    L'idée de démonstration est la continuité d'un vieux mythe de l'homme où l'on pourrait tout démontrer et établir. La logique elle-même a montré ses limites. La connaissance humaine même si elle le nie, contient une grande part de métaphysique. On connaît par induction, par intuition, par dévoilement, par expérience... même lorsqu'on utilise la démonstration, il y a toujours des présupposés comme par exemple en économie où l'on suppose souvent la rationalité des agents économiques. Le « savoir » restera toujours quelque chose de partiel et d'approximatif. Le savoir absolu tel que le voulait Hegel n'existe pas.
    Patrice GROS-SUAUDEAU

  • La fin du cycle initié par la philosophie des Lumières

    L’association Renaissance catholique vient de publier les actes de son université de l’été 2011, intitulés L’Ordre immoral, avec des textes qui rejoignent la sombre actualité de ces derniers mois (dénaturation du mariage, recherche destructrice de l’embryon humain, avortement…). Dans l’un des textes, intitulé « Devoir de mémoire et diffamation de l’histoire nationale », l’historien Philippe Conrad appelle à ne pas désespérer, deux années avant la formidable mobilisation de millions de Français déterminés à défendre les principes de la loi naturelle :

    I« Nous vivons dans un monde marqué par d’énormes turbulences. Nous arrivons au bout d’un cycle d’un demi-millénaire qui a vu l’Europe réaliser la découverte du monde et s’imposer comme puissance dominante. A la suite la monstrueuse guerre civile dans laquelle elle a été plongée de 1914 à 1945, l’Europe a perdu cette hégémonie planétaire. Tout bouge aujourd’hui très vite, mais les nations ne réagissent pas toutes de la même manière.

    La Chine, qui était entrée en hibernation dans les années 1840, en est sortie en 1978. […] De la même manière, on voit se manifester en Russie, après le monstrueux XXe siècle, une volonté très claire de renouer avec les traditions de la Sainte Russie. Nous vivons effectivement Le Renversement du monde, selon le titre de l’essai d’Hervé Juvin en 2010, une phase qui se caractérise par l’échec du cycle universaliste, individualiste et hédoniste initié par la philosophie des Lumières.

    Cet échec a été marqué par les grands massacres du XXe siècle. La perspective de la fin du cycle de prédominance occidentale peut permettre à l’Europe, dans un monde en crise, de renouer avec ses fondamentaux et de se réapproprier son identité […].

    L’avenir n’est écrit nulle part. L’imprévu et la surprise sont la loi en Histoire. Nous savons que l’Histoire est faite par des minorités convaincues, conscientes et volontaires, qui sont le levain dans la pâte et permettent à la situation de changer. »

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  • Y a-t-il eu une "révolution conservatrice" ?

    A propos des nouvelles thèses de Stefan Breuer
    En mai et en juin 1993, le programme scolaire du Norddeutscher Rundfunk (NDR) a produit une émission en trois volets sur la ³révolution conservatrice² (RC). Le premier volet s'est penché sur les fondements de la Weltanschauung de la RC, les deux autres avec ses deux plus célèbres représentants: Carl Schmitt et Ernst Jünger. La façon de traiter le sujet était objective et pluraliste (on aurait toutefois pu se passer des tirades de Nicolaus Sombart sur Carl Schmitt), mais le plus remarquable, c'était qu'une telle thématique ait été choisie pour une émission radiophonique.
    Comment l'expliquer ? Les rédacteurs de la NDR ont-ils redécouvert subitement un courant inconnu de l'histoire des idées ? Ce n'est apparemment pas le cas: leurs intérêts n'étaient pas ³archéologiques². Leur émission témoigne bien plutôt d'un changement de climat en RFA. Depuis quelques années, on perçoit nettement un regain d'intérêt pour la droite politique. Jusqu'à présent la plupart des analyses consacrées aux droites ne s'intéressaient qu'aux liens personnels entre leurs protagonistes et ne visaient qu'à découvrir et à mettre en exergue les ³passerelles² et les ³chevilles ouvrières² entre les différentes composantes de cette nébuleuse. A quelques exceptions près (par exemple Uwe Backes et Eckhard Jesse qui ont des préoccupations scientifiques), la plupart des auteurs qui s'intéressent aux droites allemandes visent des objectifs de ³pédagogie populaire², à montrer combien les droites sont ³dangereuses², parce qu'on peut, paraît-il, démonter qu'elles cultivent toutes ouvertement ou de façon cachée des sentiments qualifiables de ³(néo)-nazis². Pour la plupart des politologues, sociologues et journalistes d'inspiration ³anti-fasciste², ce type de travail soi-disant ³démasquant² reste à l'ordre du jour. Mais ils ont fini par lasser, un phénomène d'érosion est désormais perceptible dans ces cénacles comme dans les modèles interprétatifs culturels dominants; les chercheurs plus intelligents se rendent compte de l'insuffisance des méthodes ressassées et tentent de les corriger partiellement. Résultat: on a constaté récemment que des travaux essayaient de proposer une vision plus différenciée des ³familles de pensée² à l'intérieur de la droite.
    Les interprétations de la RC jouent un grand rôle dans ce processus de clarification. Certes, Hermann Lübbe a déclaré qu'il n'était pas question d'envisager une renaissance, car le phénomène d'un ³nouveau conservatisme révolutionnaire² n'était que marginal. Cependant, le politologue Hans-Gerd Jaschke constatait au début de l'année 1992, dans un essai sur le ³revival des idées de la RC², qu'il ³s'agissait de l'amplification d'une expression élitiste et intellectuelle de la protestation contre les exclusions de la société moderne². Tandis que Jaschke estimait qu'un recours à la ³carrière d'idées² que représente la RC présentait essentiellement un danger pour le ³centre² (die Mitte), Klaus Kleinschmidt, dans un appel rédigé dans les colonnes du quotidien libéral Süddeutsche Zeitung, exhortait les intellectuels conservateurs à revivifier l'héritage de la RC afin de barrer la route à l'extrémisme de droite. La situation est fort confuse, on le voit, et nécessité d'être clarifiée. Ce sont sans nul doute ces réflexions éparses et ces glissements dans les méthodes d'approche qui ont incité Stefan Breuer à publier son nouveau livre, Anatomie der Konservativen Revolution (= Anatomie de la RC).
    Les thèses de Breuer
    L'ouvrage de Breuer commence par la phrase suivante: "Le syntagme ³révolution conservatrice² est une création de la nouvelle historiographie des idées et elle a connu son succès". La signification de ce concept était au départ fort vague, on aurait d'ailleurs pu le relier à la Réforme tout comme à la Première Guerre Mondiale ou à la tentative de forger une Weltanschauung d'un type nouveau. Une relative clarté conceptuelle s'est révélée plus tard, grâce ³au livre d'Armin Mohler² (p. 5). Breuer songe évidemment au monumental Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932, paru en 1950 dans une première version, complétée et présentée sous forme de manuel en 1972, finalement republiée en une troisième mouture par Mohler en 1989, flanquée d'un volume complémentaire, avec bibliographie sélective et un résumé des nouvelles pistes de recherche qui se sont révélées dans le monde universitaire.
    Dans une première phase, Breuer accepte les concepts mis au point par Mohler, de même que les critiques que celui-ci s'était adressé à lui-même au fil du temps, notamment contre la répartition de la RC en cinq groupes principaux ‹les folcistes (Völkische), les jeunes-conservateurs (Jungkonservative), les liguistes (Bündische), les nationaux-révolutionnaires, et le Mouvement Paysan (Landvolk-Bewegung)‹ ce qui l'amène à concentrer son attention sur le ³noyau dur² que sont les Jungkonservativen (Max Hildebert Boehme, Ernst Forsthoff, Hans Freyer, Heinrich von Gleichen, Albrecht Erich Günther, Edgar J. Jung, Arthur Moeller van den Bruck, Carl Schmitt, Oswald Spengler, Wilhelm Stapel, Hans Zehrer et les autres auteurs du Tat-Kreis), d'une part, et les nationaux-révolutionnaires (Helmut Franke, Friedrich Hielscher, Ernst et Friedrich-Georg Jünger, Ernst Niekisch, Franz Schauwecker), d'autre part. Mais l'accord entre Mohler et Breuer se limite finalement à la reconnaissance de ces deux groupes. Pour le reste, Breuer formule trois objections fondamentales à l'encontre de Mohler et développe sur 200 pages une argumentation contradictoire.
    1. Breuer commence par faire référence à l'énorme et solide étude que le philosophe grec Panajotis Kondylis a consacré au ³conservatisme². Sur base de sa lecture de Kondylis, Breuer conteste le fait que la RC ait été véritablement ³conservatrice² au sens propre du terme; en effet, pour Breuer, la RC ³est un ensemble de tentatives d'orientation, un éventail de mouvements de recherches à l'intérieur même de la modernité, qui tous s'opposent effectivement à l'idéologie des Lumières et au libéralisme qui dominent le mainstream, mais qui sont tellement compénétrés de volontarisme et d'esthétisme, attitudes typiques de la modernité, que l'on ne peut plus parler de conservatisme au sens historique et spécifique du terme² (p. 5).
    2. L'hétérogénéité idéologique (sur le plan des Weltanschauungen), que Mohler avait remarquée, lui aussi, a plus de conséquences, selon Breuer, que Mohler ne veut bien l'admettre. Il existe bel et bien une sorte d'³unité générationnelle² (p. 33), car la plupart des Jungkonservativen et des nationaux-révolutionnaires appartiennent à la génération des combattants de la Grande Guerre. Mais cela ne suffit pas pour affirmer qu'ils appartiennent tous sans distinction à une même Weltanschauung cohérente. Pour Breuer, la vision défendue par Mohler, prétendant qu'il existe entre tous ces protagonistes une ³mentalité² commune générée par l'idée nietzschéenne d'³éternel retour², n'est pas davantage démontrable. Ce qui compénétrait vraiment la mentalité de l'époque, c'était ³une combinaison d'apocalyptique, de recours à la violence et d'esprit communautaire masculin (Männerbund)² (p. 47). Mais cette combinaison n'est pas typique de la RC, elle a touché l'ensemble de la droite radicale sous la République de Weimar; en tant que telle, elle ne peut nullement servir de critère pour prouver l'existence d'une ³idéologie de doctrinaires² indépendante (p. 48).
    3. Breuer confirme ce postulat après avoir analysé quelques-uns des champs thématiques qui ont préoccupé la RC (définition de l'ennemi, ordre économique, position vis-à-vis de la technique, définitions de la nation, du peuple et de la race, autorité, Reich) et après avoir explicité quelques jugements politiques concrets émis par des intellectuels classés dans la catégorie de la RC (position vis-à-vis des partis de la droite après la fin de la monarchie, jugements sur le fascisme italien, sur le national-socialisme, sur l'Union Soviétique, attitude face aux cabinets présidentiels sous la République de Weimar, positions adoptées sous le Troisième Reich). Breuer écrit: "On ne peut trouver aucun noyau dur de convictions politiques, sociales ou économiques qui n'aurait été le propre que des auteurs de la RC et qui les aurait distingués des autres orientations [...]. On ne peut s'y soustraire: la RC est un concept intenable, qui génère plus de confusion qu'il n'apporte de clarté. Il faudrait donc le biffer de la liste des courants politiques du 20ième siècle" (p. 181).
    Mais, chose étonnante, Breuer n'en reste pas à ce jugement négatif. Il propose de conceptualiser les formations considérées jusqu'ici comme ³jeunes-conservatrices² ou nationales-révolutionnaires au sein de la RC comme les courants d'un ³néo-nationalisme² ou d'un ³nouveau nationalisme². Ce nouveau nationalisme, d'après Breuer, se définissait pour l'essentiel par son approche ³holiste² de la nation (p. 187), par son caractère révolutionnaire mais anti-jacobin, par l'accent mis sur les vertus guerrières mais sans intention impérialiste. Breuer note: "Si le nouveau nationalisme et non pas le national-socialisme avait triomphé en Allemagne, nous aurions certes eu à l'intérieur une dictature et à l'extérieur un régime nettement révisionniste [i. e. des clauses du Traité de Versailles], mais, objectivement, nous pouvons dire que les Juifs d'Europe n'auraient pas subi l'enfer de l'holocauste et que le reste du monde n'aurait pas eu à subir la seconde guerre mondiale" (p. 194).
    Une critique de la critique
    Breuer a eu un jour l'occasion de dire qu'un travail scientifique, pour avoir l'appui de la communauté scientifique, doit être caractérisé par l'absence de tout enthousiasme nébuleux (ce qui conduit à l'incompréhension) et de toute redondance (des répétitions de ce qui existe déjà) (5). S'impose-t-il ses propres exigences? Pour répondre à cette question, nous devons examiné l'argumentation de Breuer dans chaque détail.
    1. D'abord, nous devons rappeler que la critique adressé à la conceptualisation mohlerienne de la RC n'est pas nouvelle. Déjà peu après la parution de la première édition de son livre, Klemens von Klemperer, dans son étude intitulée Germany's New Conservatism. Its History and Dilemma in the Twentieth Century (Princeton, 1957) et dans sa traduction allemande Konservative Bewegung zwischen Kaiserreich und National-Sozialismus (Munich, s.d.) développe la thèse suivante: le courant politique que Klemperer lui-même désigne sous l'étiquette de ³néo-conservateur² en Allemagne reniait en fait l'essence même du conservatisme: "On défilait trop, on battait trop le tambour, on s'enivrait de discours exaltés, qu'est-ce que tout cela avait encore à voir avec le conservatisme?". Mais Klemperer avait des difficultés à définir positivement le contenu de son propre concept de ³conservatisme², au-delà de son appel à une tradition anglo-saxonne considérée comme ³idéaltypique².
    Cette première critique à l'encontre de Mohler nous révèle combien le recours opéré par Breuer à l'¦uvre de Kondylis est bien plus efficace. En effet, Kondylis a bien mis en exergue que le ³conservatisme² n'avait de sens que pour désigner une position politique concrète, consistant à défendre la conception vieille-européenne de societas civilis. L'élimination du pouvoir de la noblesse, caste porteuse du conservatisme historique et concret, a conduit, dès la fin du XIXième siècle, à réinterpréter les linéaments du conservatisme historique, notamment en les ³esthétisant². La RC serait partie prenante dans ce processus d'³esthéticisation². La RC aurait au fond repris à son compte des conceptions du paléo-libéralisme; son importance dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres résulte dès lors pour l'essentiel de l'humiliation et de l'isolement du Reich. Breuer : "Si ces idées de la RC ont pu exercer une influence politique temporaire en Allemagne, la raison n'en était pas une affinité particulière entre celles-ci et l'esprit ou la ³voie particulière² (Sonderweg) de la germanité ou de la Prusse, comme l'a laissé sous-entendre l'idéologie des vainqueurs, mais plutôt une situation hautement paradoxale et unique dans l'Allemagne d'après 1918, où de larges strates de la bourgeoisie se sont radicalisées" (7). Kondylis, dans d'autres passages de son maître-ouvrage, a exprimé des doutes: les dénominations idéologiques issues de l'époque bourgeoise, telles le ³libéralisme² ou le ³conservatisme², sont-elles encore utiles et pertinentes à l'ère des démocraties de masse? Nous avons donc affaire à un processus de ³réinterprétation² constante, qui conduit à une confusion linguistique totale, où ³l'instabilité du vocabulaire témoigne de son obsolescence².
    Les résultats de cette analyse sont certes bien séduisants, mais, quelque part, on peut en être insatisfait. Notamment parce que, dans ses travaux, Kondylis n'a pas (encore?) traité d'un problème: la montée des mouvements désignés au sens large par l'étiquette de ³fasciste². On ne peut les ramener que fort difficilement aux principes de stabilité de la société d'abondance moderne (l'³hédonisme² et la ³rationalité technique² selon Kondylis) et, par ailleurs, on ne peut qu'à grand'peine les interpréter comme des chutes, des retours aux systèmes bourgeois ou féodal. Ensuite, Kondylis n'a rien proposé pour imposer une dénomination nouvelle aux composantes de l'échiquier politique et idéologique, où les uns tendent vers l'égalitarisme et les autres vers la méritocratie, si bien que nous sommes condamnés, jusqu'à nouvel ordre, d'utiliser avec scepticisme les concepts de ³gauche² et de ³droite², de ³socialisme², de ³libéralisme² et de ³conservatisme². Cependant, cet emploi peut se justifier puisque la formation/constitution de toutes les traditions, et en particulier des traditions politiques, opère par sélection et par invention de continuités plutôt que par découverte de continuités.
    Dans cette optique, il nous apparaît utile de rappeler la tentative d'Ernst Nolte, de redéfinir la RC. Il distingue la RC du totalitarisme national-socialiste en la décrivant comme une ³solution minimale², alors que le nazisme serait une ³solution maximaliste². Certes, entre les intellectuels conservateurs-révolutionnaires et les nationaux-socialistes, il y a eu des convergences doctrinales, notamment en ce qui concerne la critique de la civilisation (au sens technique et mécanique du terme), l'hostilité au marxisme et au libéralisme, etc., mais tandis que le mouvement de Hitler est issu d'une volonté de lutter contre la Russie bolchevique, la RC tire ses racines d'un processus qui, depuis le XIXième siècle, conduit à ceci: "lors de chaque grand changement dans la situation historique et au fil des générations, on a vu des branches jeunes du conservatisme s'opposer à des branches plus anciennes, et ces branches jeunes considéraient la ³révolution² comme la ³sixième grande puissance² du siècle et se trouvaient dès lors, dans une certaine mesure, plus proches d'elle que les anciennes branches, tout en y étant simultanément hostiles". Cette position noltienne a l'avantage de retenir l'élément ³continuité² en dépit de toutes les discontinuités dans l'histoire des idées conservatrices, et de prendre au sérieux l'étiquette auto-référentielle de ³conservatisme² jusque dans les groupes nationaux-révolutionnaires.
    Par rapport à Mohler, la ³période axiale² (Achsenzeit) de la pensée conservatrice est ramené en arrière sur la ligne du temps. Mohler lui-même a accepté cette correction, en appréciant largement le point de vue proposé par Zeev Sternhell. Certes, le concept extensif de ³fascisme² chez Sternhell pose problème, cependant, l'historien israëlien est convaincant quand il démontre qu'à la fin du XIXième siècle, à la suite d'une crise de la démocratie libérale et du marxisme, des mouvements potentiellement révolutionnaires émergent, qui n'étaient ³ni de gauche ni de droite² et que l'on doit interpréter comme l'³expression d'un changement radical, portant toutes les caractéristiques d'une crise de civilisation². Breuer reprend partiellement cette position de Sternhell à son compte, mais, malheureusement, cette ³pré-histoire² du conservatisme révolutionnaire ne joue absolument aucun rôle dans son enquête.
    Pour pousser nos investigations plus loin, il ne suffit pas d'adopter la perspective de l'oiseau ou du sociologue, il faut se soumettre à un travail de bénédictin, comme l'a fait Mohler pendant tant d'années. Pour être plus précis, il conviendrait d'enquêter sur les n¦uds de questions suivants :
    a. Le champ sémantique du concept de RC n'a pas encore été exploré en suffisance. Nous ne voulons pas dire par là qu'il faut encore et toujours trouver des exemples dans le XIXième siècle, mais qu'il faut aussi aller voir comment le fascisme italien et le national-socialisme ont repris ultérieurement à leur compte cette terminologie.
    b. Une bonne et intelligente analyse du conservatisme révolutionnaire ne pourra désormais plus être faite sans comparaison avec les courants intellectuels apparentés dans les autres pays européens.
    c. Il demeure toutefois légitime de mettre l'accent sur le rapport entre la RC et la ³conscience particulière² (Sonderbewußtsein) des Allemands. Dans cette optique, il ne conviendrait pas seulement d'accorder davantage d'attention au nietzschéisme mais surtout à ce que l'on appelle dans les pays anglo-saxons le ³bismarckisme allemand², isme qu'il faudra s'efforcer de comprendre au-delà de tous les préjugés habituels. Souvenons-nous ici, par exemple, des réflexions de Norbert Elias qui défendait le point de vue suivant: en Allemagne, il n'y a jamais eu péréquation entre les anciennes conceptions guerrières et aristocratiques, d'une part, et l'universalisme moderne, bourgeois et moraliste, d'autre part, propre de l'Angleterre ou de la France, car cet universalisme, à la fin du XIXième siècle, c'est-à-dire au moment du triomphe social de la classe moyenne allemande, était ³actif dans son erreur². L'Allemagne, pour cette raison, l'a refusé. Thomas Nipperdey avance les mêmes arguments dans sa réhabilitation prudente des ³idées de 1914².
    2. Revenons au deuxième ensemble problématique étudié par Breuer: l'unité interne de la RC. De fait, on peut douter de la validité du modèle proposé à l'origine par Mohler. Mais Mohler lui-même a apporté quelques corrections à son modèle en tenant compte des critiques qui lui avaient été adressé. Il s'est en quelque sorte mis à la remorque de Sternhell et ne considère plus tant la conception cyclique/sphérique du temps et le rejet du christianisme comme les clefs permettant de comprendre la RC, mais privilégie désormais un ensemble d'idées directrices parmi lesquelles l'anti-matérialisme, l'anti-individualisme, le scepticisme anthropologique, les conceptions volontaristes exigeant un renouveau de la société, la conception agonale de la politique et l'accent placé sur le ³perspectivisme² dans cette vision du monde.
    Breuer ne prend pas au sérieux l'idée qui voit dans la RC une ³conspiration intellectuelle² et s'aperçoit très bien qu'à la fin du XIXième siècle, le ³nouveau climat intellectuel² ne produit pas une idéologie aussi compacte que le marxisme, mais l'ébauche ‹née de la réalité transformée par les masses post-libérales, légitimée par elles‹ d'une ³consistance et d'une force explosive² qu'on ne doit pas sous-estimer. Breuer ne se préoccupe pas de certaines attitudes propres à la RC, telles la ³volonté d'être efficace dans le monde² (Welttauglichkeit) ou le ³réalisme héroïque²; pour cette raison, il semble ne pas percevoir quelle est la teneur de la communauté d'esprit que constitue la RC. Quand Mohler parlait d'³arraisonnement physiognomique², on pouvait ne pas s'estimer satisfait car la pertinence de ces termes ne pouvait être vérifiée par des méthodes scientifiques. Pourtant, force est de constater que comprendre les mentalités politiques exige un certain degré d'intuition et de sympathie (Einfühlung), plus important et fructueux finalement que le maniement de procédés ³autonomes². On ne peut effectivement pas répéter ici les arguments rationalistes et superficiels d'un Virchow, qui avait déclaré devant le Landtag de Prusse, qu'il n'y avait pas d'âme immortelle, car il n'en avait jamais vue, alors qu'il avait découpé toutes les parties du corps humain dans sa carrière de chirurgien.
    3. Quoi qu'il en soit, une faiblesse a marqué l'enquête de Mohler : jamais il ne s'est vraiment penché sur les tentatives de concrétisation politique des Jungkonservativen, des nationaux-révolutionnaires et des folcistes. Il s'est concentré exclusivement sur l'histoire des idées. Breuer, au contraire, ‹et c'est son principal mérite‹ nous donne un bon aperçu synoptique des orientations politiques des intellectuels de la droite au temps de Weimar. A ce niveau, on perçoit parfaitement la volonté de connaître de l'auteur et son honnêteté intellectuelle, même s'il omet de parler de certains auteurs à la périphérie de la RC (notamment Werner Sombart et pratiquement tous les géopolitologues), dont l'esprit terre-à-terre se démarque résolument de certaines excentricités esthétiques ou idéologiques. Si Breuer avait inclus ces auteurs périphériques dans son analyse, il aurait pu explorer d'autres caractéristiques importantes du Zeitgeist. L'un des meilleurs connaisseurs en la matière, Louis Dupeux, fondateur en 1975 du Groupe d'Etude de la Révolution Conservatrice, un institut que les Allemands envient à leurs voisins de l'Ouest, considère que la RC a été ³de fait, l'idéologie dominante dans l'Allemagne de l'époque de Weimar. On ne s'en aperçoit pas souvent, malgré l'évidence, mais cette position dominante explique pourquoi le conservatisme révolutionnaire est hétérogène. La crise de l'époque et la brièveté du temps de déploiement de cette RC (seulement quinze ans, entre 1918 et 1933!) n'ont pas permis d'homogénéiser les corpus doctrinaux, mais, il nous semble que l'impact intellectuel a été tel que, par la force des choses, il ne pouvait être que pluriel, différencié, hétérogène.
    Mettre cette hétérogénéité en évidence aurait sans nul doute permis d'expliciter clairement les rapports entre la RC et le national-socialisme. Il ne s'agit pas tant de savoir si les intellectuels de la RC seraient entrés en conflit avec l'hitlérisme ou s'ils s'y seraient ralliés, mais d'analyser concrètement les rapports qu'ils ont entretenus avec le nouveau régime après 1933 : ce fut pour les uns le ralliement (Alfred Baeumler, Werner Best, Ernst Krieck), pour les autres l'adaptation (Franz Schauwecker), l'³immigration intérieure² (Ernst et Friedrich-Georg Jünger) ou l'opposition ouverte (Friedrich-Wilhelm Heinz, Ernst Niekisch, Karl-Otto Paetel, Beppo Römer). On regrettera aussi que l'influence de la RC sur la jeune génération de la Résistance, surtout sur les nationaux-bolcheviques autour de Harro Schulze-Boysen et sur le cercle ³prussien-socialiste² autour de Stauffenberg et de Tresckow n'a pas du tout été étudiée.
    Pour terminer notre analyse, formulons une remarque sur le concept de ³nouveau nationalisme². Breuer lui-même pose d'emblée une limite: les intellectuels révolutionnaires-conservateurs n'ont pas tous été ³nationalistes². Se définissaient comme ³nouveaux nationalistes²: les amis des frères Jünger, qui, de fait, entendait la ³nation² comme une ³totalité²; mais pour d'autres, comme Leopold Ziegler, Edgar J. Jung ou Max Hildebert Boehm, la référence était le Reich, l'Empire, qui constituait évidemment une grandeur supra-nationale, laquelle devait être servie, devait faire l'objet de toutes les obligations politiques. Quoi qu'il en soit, l'un des protagonistes de la RC, Wilhelm Stapel, a accepté a posteriori le concept de ³nouveau nationalisme², le hissant au niveau d'un concept global incluant aussi le national-socialisme, celui-ci devenant toutefois ³hérétique² sous l'influence de Hitler. Breuer tente une nouvelle fois d'opérer une différenciation, en montrant que le concept central de l'idéologie nationale-socialiste est celui de la ³race², ce qui est évident pour une bonne part, mais ne permet toutefois pas de poser une dichotomie nette et claire et donc convaincante; en effet, sur le plan pratique, à la base des mouvements, il n'y a pas de concept central clairement défini, les militants mêlent leurs vénérations pour la nation, le Reich et la race dans la plus parfaite confusion.
    La lecture du livre de Breuer nous laisse donc une impression ambigüe. L'auteur se hisse très au-dessus de la littérature de ³troisième main² que l'on a l'habitude de lire sur le sujet, ne cherche pas à manipuler l'histoire des idées au profit d'une idéologie actuelle, et ne voit pas partout l'œuvre de ceux qui ont ³préparé la voie² au national-socialisme. Breuer nous livre un manuel, sans pour autant nous révéler de la nouveauté, n'explore aucune piste nouvelle pour nous permettre de mieux comprendre la genèse et la postérité de la RC.
    La "Révolution Conservatrice" est-elle actuelle ?
    Revenons à la question de savoir si la RC est actuelle ou non. Dans le dernier paragraphe de la conclusion de Breuer, on peut lire, que l'Occident doit désormais admettre ³que son universalisme, qu'il répand dans le monde, n'est pas pure philanthropie, mais est aussi l'arme, le véhicule et l'idéologie accompagnatrice d'une civilisation technocentrée, qui demeure absolument indifférente à l'égard de toutes les traditions particulières, nées de l'histoire. Le nationalisme allemand est le premier nationalisme dans une suite de nationalismes modernes à avoir pris conscience de cela; on s'en sert désormais comme l'exemple a contrario, pour montrer à quelles conséquences catastrophiques le nationalisme peut mener, s'il s'écarte de la voie de développement imposé par cette civilisation [occidentale]. Mais ne pourrait-il pas être conçu, dans l'avenir, comme l'aiguillon qui obligerait cette civilisation à réfléchir sur elle-même et à amorcer sa propre auto-critique?" (p. 201 et ss.).
    Ce passage constitue indubitablement une manifestation de sympathie étonnante, que nous aprécions d'autant mieux qu'elle provient d'un homme qui n'a jamais renié ses origines idéologiques, situées à gauche de l'échiquier politico-philosophique. De ce fait, cette manifestation de sympathie est dépourvue de toute espèce de nostalgie. Car, effectivement, les nombreux amateurs de textes de la RC sont trop souvent des bibliomanes ou des passéistes qui rêvent de reconstituer un passé bien révolu, exercice stérile s'il en est. L'³actualité² de la RC, ce n'est pas de citer Moeller van den Bruck avec emphase, de rêver tout haut de l'³Etat des états² (Ständestaat), de se livrer à des jeux archaïsants, de gloser à l'infini sur le principe de ³décision² ou d'imiter le style des dynamiteros nationaux-révolutionnaires. La RC historique est née dans une situation historique exceptionnelle, très différente de notre situation actuelle; nous ne pouvons donc pas revenir à la naïveté des origines. Certes, il existe bon nombre de points de comparaison, notamment dans la perception des phénomènes de décadence, de cette ³utopie du malheur², qui a toujours sous-tendu les sentiments des conservateurs-révolutionnaires et les mobiles de leurs actions. Aujourd'hui, ce sont surtout les éléments de la critique révolutionnaire-conservatrice de la modernité qui retiennent l'attention, car c'est une critique de fond qui transcende largement les barrières temporelles. Tous ceux qui estiment que la RC conserve une actualité, donnent au fond un signal, amorcent une libération intellectuelle. Armin Mohler l'avait déjà annoncé en 1955 : "Où se situe aujourd'hui la RC ? Sa cause ne se situe ni dans la réaction ni dans le fidéisme progressiste. Comme elle aperçoit la durée dans le changement, elle se gardera de s'enliser dans le passé comme de s'enliser dans l'avenir. Elle veut replacer l'homme dans son présent".
    (article tiré de Criticón, n°138, juillet-août 1993).
    Karlheinz Weissmann http://www.voxnr.com

  • Henri Alleg, un héros comme la gauche les aime

    La gauche vient de perdre l'un de ses « héros » historiques, qui trahit le pays qui l'avait accueilli. Retour sur le parcours pas très clair du militant communiste Henri Alleg.
    La gauche française est en deuil. Le 17 juillet est mort un citoyen modèle, auquel le président de la République, François Hollande, s'est empressé de rendre hommage dès le lendemain : « J'apprends la disparition de Henri Alleg. Son livre, La Question, publié en 1958 aux éditions de Minuit, alerta notre pays sur la réalité de la torture en Algérie. Toute sa vie, Henri Alleg lutta pour que la vérité soit dite. A travers l'ensemble de son œuvre - jusqu'à son dernier livre, Mémoire algérienne, paru en 2005 - il s'affirma comme un anticolonialiste ardent. Il fut un grand journaliste, d'abord à Alger Républicain, dont il assura la direction ; puis à L'Humanité, dont il fut le secrétaire général et auquel il collabora jusqu'en 1980. Henri Alleg est constamment resté fidèle à ses principes et à ses convictions. » Fermez le ban !
    La presse de gauche n'est pas non plus avare de louanges. L'un des meilleurs morceaux choisis des éloges funèbres publiées ces derniers jours a été mis en ligne sur le site Internet du journal Le Monde, signé de Charles Silvestre, ancien rédacteur en chef de l'Humanité, qui dresse le panégyrique du cher défunt. On y relève quelques informations, ou confirmations, que nous soulignerons.
    Henri Alleg, de son vrai nom Harry Salem, est né en 1921 à Londres, de parents juifs russo-polonais, ce qui permet à Silvestre d'écrire qu'il était « un melting-pot à lui tout seul : britannique par sa naissance, il sera français par choix quand sa famille s'installe au nord de Paris, puis algérien par adoption après l'indépendance de 1962 ».
    Il n'est pourtant pas complètement apatride, puisque ce Russo-Polonais d'origine adhère au Parti communiste, plus russe que français.
    « L'envie de bourlinguer le saisit en 1939 au moment où débute la seconde guerre mondiale. Il songe à l'Amérique mais débarque à Alger », poursuit Silvestre. Cette « envie de bourlinguer » tombe à point nommé pour lui éviter de se battre contre les armées du IIIe Reich, comme le font alors des milliers de jeunes Français de son âge. Il est vrai qu'à l'époque, le pacte germano-soviétique ayant été signé le 23 août 1939 entre l'Allemagne de Hitler et l'URSS de Staline, ses amis du Parti communiste n'encouragent pas encore la lutte contre les nazis et refusent la « guerre impérialiste ». Maurice Thorez lui-même, Secrétaire général du PCF, donne à ses « troupes » l'exemple de la désertion.
    À Alger, Alleg fait ses preuves et devient, en 1951, directeur du quotidien Alger républicain, un organe du Parti communiste algérien (PCA). En 1954, dès les débuts de la guerre d'Algérie, les communistes aident la rébellion. En 1955, sous le gouvernement d'Edgar Faure, le PCA est très logiquement dissous, Alger républicain interdit et Alleg « plonge dans la clandestinité », comme l'écrit Silvestre ; une « clandestinité » cependant assez confortable pour lui permettre de continuer à envoyer des articles à L'Humanité, qui continue de paraître librement en France...
    Torture ou paire de gifles ?
    Le tournant dans la vie de Salem/Alleg, qui va faire de lui un « héros », a lieu deux ans plus tard, pendant la bataille d'Alger, gagnée par les parachutistes de la 10e division aéroportée contre les terroristes du FLN, dont les attentats aveugles ensanglantent Alger avec l'active complicité des militants du PCA. Au nombre de ces derniers figure un assistant de mathématiques à l'université d'Alger, Maurice Audin, que les paras arrêtent en juin 1957. Le lendemain, 12 juin, (à cette date, le Garde des Sceaux s'appelait encore François Mitterrand...), Alleg tombe dans la souricière tendue par les soldats au domicile du mathématicien.
    Selon l'Armée, Audin se serait tué en tentant de s'évader ; tandis que selon les communistes, il serait mort sous la torture. Alleg y est lui-même soumis - du moins le prétend-il - et racontera les sévices qu'il aurait subis dans un livre promis à devenir une arme de propagande efficace aux mains du FLN et de ses amis en France : La Question, publié en 1958. (Il n'y pousse pas le scrupule de conscience jusqu'à dénoncer les tortures abominables pratiquées par ses amis du FLN pour soumettre à sa loi les populations...)
    À partir du récit de l'intéressé, Charles Silvestre l'évoque « recroquevillé contre le mur, à moitié groggy. Le para a fait le "boulot" : gégène, étouffement par l'eau, brûlures... (...) Il répond calmement : "Vous pouvez revenir avec votre magnéto [générateur d'électricité], je vous attends : je n'ai pas peur de vous." » Même pas peur !
    La version des militaires est sensiblement différente. À en croire le général Massu, « en fait de tortures, Alleg a reçu une paire de gifles ». Et le commandant Roger Faulques, officier de renseignement du 1e régiment étranger de parachutistes pendant la bataille d'Alger, a affirmé : « Je ne l'ai vu qu'une seule fois, mais il m'a fourni à cette occasion des indications qui m'ont permis d'arrêter les membres du parti communiste algérien. »
    Après l'indépendance, Salem/Alleg choisit de demeurer en Algérie, mais y reste à peine trois ans. Un article paru dans Alger républicain en avril 2011 rapporte qu'il quitta le pays en 1965 parce que le PCA lui avait « confié la mission de participer à l'extérieur au rassemblement des forces démocratiques pour soutenir le combat du peuple Algérien vers le progrès et le socialisme ». À en croire Silvestre, il rentra en France en 1965 après une interdiction de paraître qui frappa Alger républicain sous Boumediene...
    Charles Silvestre souligne encore que le grand honnête homme « était resté longtemps, en dépit de tout, solidaire des pays socialistes » - « en dépit », par exemple, du Goulag? - et qu’ « en désaccord sur ce plan avec le Parti communiste français, il n'avait pas aimé non plus les "dérives social-démocrates " qui, à ses yeux, dénaturaient le marxisme ».
    À quand la panthéonisation de ce véritable héros de gauche ?
    Hervé Bizien monde & vie 30 juillet 2013

  • Qu’est-ce qu’être français ? archive 2009

    Nicolas Sarkozy s’est fait élire président de la République sur le thème de « l’identité nationale ». À quelques mois des élections régionales de 2010, il remet le sujet sur le devant de l’actualité et charge Eric Besson d’organiser un « débat national sur l’identité nationale ».
    Or dès l’origine du débat, Eric Besson définit son objectif final en rappelant la « commande » qu’il a reçue du président de la République  pour lequel : « notre nation est métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement permanent de notre identité nationale ». Et Eric Besson de rappeler : « On a un président de la République qui a dit : “Je suis un homme de sang mêlé à la tête d’une nation métissée”. »
    Lancer ainsi un débat sur l’identité nationale c’est une imposture : « Être français » ne se réinvente pas tous les jours. Au contraire, c’est s’inscrire dans une continuité, non dans une rupture !

    Voici le point de vue charnel de Polémia
    1/ Être français, c’est appartenir à une lignée ; une lignée « qui vient du fond des âges » (Charles De Gaulle). Parler de « nos ancêtres les Gaulois » est globalement vrai ; car c’est reconnaître que le peuple français demeure l’héritier des Gallo-Romains ; sa composition ethnique est restée quasiment inchangée jusqu’au début des années 1970 : blanche et européenne. Dans sa monumentale Histoire de la population française, le démographe Jacques Dupâquier le rappelle aux ignorants et aux malveillants.
    2/ Être français, c’est appartenir à une civilisation : la civilisation européenne et chrétienne. L’héritage spirituel et culturel prolonge ici l’héritage ethnique. Etre français, c’est partager des croyances communes et un imaginaire commun. Etre français, c’est partager la mémoire des poèmes homériques, des légendes celtes, de l’héritage romain, de l’imaginaire médiéval, de l’amour courtois. Etre français, c’est, qu’on soit chrétien pratiquant ou non, participer de la vision et des valeurs chrétiennes du monde car le catholicisme est un élément de l’identité française.
    3/ Être français, c’est être de langue française ; « la langue française notre mère » qui façonne notre esprit et est le merveilleux outil d’exercice de notre intelligence et de découverte des « humanités ». Un Français, c’est un Européen d’expression française.
    4/ Être français, c’est partager une histoire, une mémoire, c’est avoir en commun « un riche legs de souvenirs » (Renan) ; car « La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime » (Renan). Etre français, c’est partager la fierté de la grande épopée nationale de la Monarchie, de l’Empire et de la République. « La patrie, c’est la terre et les morts » (Barrès). Etre français, c’est avoir son patronyme inscrit, dans un village, sur un monument aux morts  commémorant la grande ordalie de 1914. Et c’est s’interroger sur le sens de ce sacrifice et sur les exigences qu’il nous impose aujourd’hui.
    5/ Être français, c’est partager l’amour d’un territoire : de ses terroirs, de ses paysages, de ses hauts lieux. Etre français, c’est aimer la France, ses rivages, ses vallons et ses sommets, ses vignes et ses prairies, ses champs et ses forêts, ses chênaies, ses châtaigneraies, ses oliveraies, ses villages, ses bourgs, ses collines inspirées, ses cathédrales, ses églises, ses chapelles, ses sources, ses halles au grain, ses maisons de maître et ses fermes fortifiées, ses châteaux, ses palais et ses villes. Être français, c’est aimer le Mont Saint-Michel, Saint-Émilion et Camembert.
    6/ Être français, c’est partager des musiques et des sons, ceux de la lyre et de la cornemuse, du piano et de la guitare, de l’accordéon ou de l’orchestre symphonique. Être français, c’est avoir le sens du travail bien fait, c’est rechercher une certaine perfection dans le métier. C’est aussi, pour les meilleurs des artisans d’art, le sens de ce qui relie l’esprit à la main.
    7/ Être français, c’est partager des goûts et des odeurs. Être français, c’est partager à table des moments de bonheur. Etre français, c’est manger du cochon, de l’andouillette, du petit-salé, du cassoulet et du saucisson. Etre français, c’est partager la baguette et le fromage, l’époisses et le maroilles, le brie de Meaux et le coulommiers, le reblochon et le roquefort, le cantal et le laguiole. Etre français, c’est goûter la Blonde d’Aquitaine et le Charolais, l’Aubrac et la Limousine. Etre français, c’est boire du vin de Loire ou de Bordeaux, d’Alsace ou de Bourgogne. Etre français, c’est déguster de vieux alcools, du cognac, de l’armagnac, du calvados et de la mirabelle.
    8/ Être français, c’est partager « Le désir de vivre ensemble », « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. (…) Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. (…) Le chant spartiate : “Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes” est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie » (Renan).
    Épilogue
    Les mosquées et les tam-tams, le ramadan et les gris-gris, les minarets et les boubous, la charia et la sorcellerie africaine, la langue arabe ou l’ouolof, la arica et le manioc, le palmier et le baobab ne sont nullement méprisables ; seulement voilà : ils ne font pas partie de la civilisation française.
    Bien sûr, les hommes et les femmes qui viennent d’autres mondes peuvent devenir français – au sens culturel, pas seulement administratif et social du terme – s’ils veulent et parviennent à s’assimiler. Mais ce n’est évidemment pas à eux de changer l’identité nationale !
    Il faut ici citer le sage propos de Charles De Gaulle : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » (Cité dans Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, t. 1, éditions de Fallois/Fayard, 1994, p. 52).
    http://www.polemia.com
    28/10/2009