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culture et histoire - Page 1813

  • Néandertal travaillait déjà le cuir avec des outils en os

    Néanderthal Dordogne

    Plusieurs petits fragments d’outils en os ont été découverts dans deux sites paléolithiques de Dor­dogne – l’abri Peyrony et le Pech-de-l’Azé – exclusivement occupés par les néandertaliens.

    Fabriqués à partir de côtes de cervidés, ils portent des rayures semblables à celles que l’on retrouve sur les lissoirs servant encore aujourd’hui à façonner les peaux. «Ce sont les plus vieux outils en os trouvés à ce jour en Eu­rope occidentale. Il s’agit du premier témoignage probable d’une transmission de technologie de Neandertal à nos ancêtres directs, les hommes anatomiquement modernes», souligne Marie Soressi, pre­mier auteur de l’étude publiée cette semaine dans les PNAS.

    Cette découverte enfonce un coin dans la théorie de la supériorité technologique de l’homme moderne (Homo sapiens) sur Neandertal (Homo neandertalensis).

    [...]

    Le Figaro  http://histoire.fdesouche.com/

  • Vers l'indignité nationale ? (arch 1998)

    Les princes qui ne peuvent avoir raison de leurs adversaires politiques par le poids de leurs arguments et qui n'osent user directement de la force sont tentés de se servir de la justice pour les éliminer. Ce fut le cas du Second Empire, régime issu d'un coup d'État, et, plus récemment, de l'Épuration qui profita, elle aussi, d'un changement de régime brutal. C'est dire si les procès politiques d'aujourd'hui entrent dans une logique de guerre civile.
    Le procès de Versailles n'est pas une procédure isolée dans notre France contemporaine. Les avatars de la loi Pleven revue à la hausse par le communiste Gayssot entraînent en effet chaque année des cohortes de journalistes et de quidams réputés mal pensants devant les tribunaux : et ce pour des motifs toujours plus subjectifs. Le but, on peut le craindre, étant de légitimer à terme les procès d'intention fondés sur le seul délit d'opinion.
    Cela, pour autant, est-il nouveau dans notre beau pays ? Non. Nous comptons quelques précédents historiques dus à ces alliances réputées pourtant contre nature entre le pouvoir et les juges; c'est toute l'histoire de l'hypocrisie politique, celle des régimes prétendument démocratiques et libéraux qui s'arrangent toujours pour tripatouiller la loi et la justice afin de se débarrasser des adversaires gênants, surtout lorsqu'il paraît évident qu'on ne peut les combattre par les urnes.
    Nous avons ainsi, dans notre passé proche, une période qui peut servir de référence : c'est l'immédiat après-guerre. Double référence, car, d'une part, ce qui s'est alors passé semble tenir lieu de modèle à nos réformateurs sur le plan technique, d'autre part nous avions de sérieuses leçons à en tirer quant aux conséquences. François Brigneau a traité cela avec tout le talent qu'on lui connaît dans son cahier consacré au Racisme judiciaire. Il y détaille minutieusement la mise en place par le général de Gaulle et son ministre de la Justice, le communiste Marcel Willard, de toutes ces nouvelles structures - les Chambres civiques, notamment - appelées à constituer « une appréciable amélioration de notre arsenal répressif ». Couvert par l'urgence de la nécessité et la nécessité de l'urgence, le premier gouvernement gaulliste accouche de cette petite merveille qu'est l'ordonnance du 29 août 1944. Il faut rappeler ici le parcours du ministre Willard : avocat, communiste pur et dur depuis l'adolescence, ardent défenseur du pacte germano-soviétique en 1939 et même défenseur des députés communistes déchus de la nationalité française et traduits devant le Tribunal militaire début de l'année 1940, il est donc intronisé par de Gaulle « patron de la nouvelle justice ».
    Légalité républicaine
    C'est ainsi que Willard a l'idée d'instituer un délit sans délit à caractère rétroactif. L'ordonnance stipule : « Tout Français qui, même sans enfreindre une loi pénale existante, s'est rendu coupable d'une activité antinationale caractérisée s'est déclassé : il est devenu un citoyen indigne dont les droits doivent être restreints dans la mesure où il a méconnu ses devoirs ». C'est l'ouverture de la voie royale vers l'épuration et la guerre civile par la légalisation de l'arbitraire. Willard ne s'en biche pas qui écrit : « le système de l'indignité nationale ne trouve pas sa place sur le terrain de l'ordre pénal proprement dit : il s'introduit délibérément sur celui de la justice politique où le législateur retrouve son entière liberté et plus particulièrement celle de tirer, à tout moment, les conséquences de droit que comporte un état de fait. » Cela, et il n'en est pas fait mystère, vise purement et simplement à éloigner les gêneurs : « ce principe d'égalité devant la loi ne s'oppose pas à ce que la nation fasse le partage des bons et des mauvais citoyens, à l'effet d'éloigner des postes de commandement et d'influence ceux des Français qui ont méconnu l'idéal et l'intérêt de la France au cours de l'épreuve la plus douloureuse de son histoire ».
    En vertu de quoi furent écartés tous les adversaires gênants (il y en avait d'ailleurs de tous bords politiques). Citons Paul Faure de la SFIO (Section française de l'internationale ouvrière), Jean-Louis Tixier-Vignancour, ancien monarchiste ou Clamamus, le député communiste de la Seine, trois noms parmi la centaine de parlementaires rendus inéligibles pour avoir voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (les sept-huitièmes de la Chambre avaient voté oui). 
    Se flattant de rétablir la légalité républicaine, de Gaulle fit de l'arbitraire la norme légale et prit donc prétexte du changement de régime pour faire le ménage. Aujourd'hui, sans changement de régime - à moins qu'on n'ait omis de nous en avertir - on prononce l"'indignité nationale" pour des faits qui, au pire, relèvent de la simple contravention. À l'évidence, l'ordonnance de 1944 - « tout Français qui, sans même enfreindre une loi pénale existante », etc - est encore en application. À cette nuance près qu'il convient de remplacer l'expression « coupable d'une activité antinationale » par « coupable d'une activité nationaliste ». Pour autant, les censeurs n'ont pas changé : militants de l'internationale communiste avant la guerre, ils étaient devenus, après la guerre, épurateurs au nom de la nation. Cinquante ans après, ils combattent le nationalisme au nom du mondialisme ... Les mots changent mais les méthodes demeurent.
    Marie-Claire ROY National Hebdo du 19 au 25 novembre 1998

  • Emmanuel Ratier Les citoyens français payent le prix de la politique anti-iranienne de Paris

  • La découverte de Cioran en Allemagne

    Cioran, inclassable philosophe, Roumain exilé à Paris, sceptique et mystique à l'écriture limpide, n'a pas encore trouvé beaucoup de biographes. Outre-Rhin, il commence à intriguer ; il devient l'objet d'études minutieuses, de spéculations audacieuses. Parmi celles-ci, l'œuvre de Cornelius Hell, natif de salzbourg, formé dans l'université de sa ville natale. Hell a enseigné à Vilnius en Lithuanie soviétique et est l'auteur d'un livre consacré à la mystique, au scepticisme et au dualisme de Cioran.
    Difficile à cerner, la pensée de Cioran se situe in toto dans ces trois univers dualiste, mystique et sceptique. À la question que lui posaient des journalistes allemands du Süddeutsche Zeitung :  « Êtes-vous un sceptique ou un mystique ? », Cioran répondit: « Les deux, mon ami, les deux ». Comment décortiquer cet entrelacs philosophique et métaphysique ? Hell croit pouvoir apporter une réponse. La pensée dualiste de Cioran lui donne les catégories nécessaires à décrire le monde en tant que situation, à saisir la condition humaine. Le scepticisme indique la voie pour trouver la thérapeutique. La mystique, pense Hell, sert à déterminer les objectifs positifs (pour autant que l'on trouve des objectifs positifs à déterminer dans l'œuvre de Cioran).
    Cette tripartion de l'œuvre de Cioran peut nous apparaïtre assez floue. Le Maître parvient à échapper à toutes les classifications rigides. Reste une tâche à accomplir, à laquelle Hell s'essaie : repérer les influences philosophiques que Cioran a reçues. Pour lui, l'homme a tout de l'animal et rien du divin mais le théologien analyse mieux notre condition que le zoologue. L'homme a échappé à l'équilibre naturel, par le biais de l'esprit, ce trouble-fête. L'homme est donc tiraillé entre deux ordres irréconciliables. Pour Hell, cette vision de la condition humaine se retrouve chez Kleist, dans son Marionettentheater et, plus récemment, chez cet héritier de la tradition romantique que fut Ludwig Klages. Pour ce dernier aussi, la conscience, l'esprit, trouble l'harmonie vitale. Klages comme Cioran partagent la nostalgie d'une immersion totale de l'être humain dans un principe vital suprapersonnel. Klages comme Cioran critiquent tous les deux la fébrilité, la vanité et la prétention activiste de l'homme, notamment dans la sphère politique.
    On pourrait, poursuit Hell, rapprocher Schopenhauer de Cioran car les deux philosophes rejettent la volonté et la thématique du péché originel. Hell mentionne également les influences de Simmel, de Spengler, d'Elias Canetti et d'Adorno. Les sources françaises de la pensée de Cioran doivent être recherchées, elles, chez Montaigne et Pascal. Face à Sartre et Camus, ses contemporains, la position de Cioran se résume en une phrase : « Pour moi, Sartre n'a rien signifié. Son œuvre m'est étrangère et sa parution ne m'intéresse pas… Il serait pour un existentialisme objectif. Dans ce cas, je qualifierai le mien de “subjectif”. J'ai, moi, une dimension religieuse. Lui n'en a certainement aucune ». Quant à Camus, sa conclusion dans La Peste se situe aux antipodes de la pensée de Cioran, puisqu'il affirme qu'il y a davantage à admirer chez l'homme qu'à mépriser.
    Pour Hell, c'est le néo-conservatisme allemand d'un Gerd-Klaus Kaltenbrunner et d'un Armin Mohler qui a contribué à mettre l'œuvre de Cioran en valeur Outre-Rhin. Ce néo-conservatisme et cette “Nouvelle Droite”, issue de sa consœur parisienne, ont attiré les regards sur ce marginal des années 50 et 60.
    En résumé, une analyse philosophique profonde et une mise en perspective prometteuse.

    ►Article publié sous le psuedonyme de Luc Nannens , Vouloir n°25/26, 1986.

  • En lisant Barrès (Scènes et doctrines du nationalisme)

    Il y eut l’impudique campagne antipatriotique qui, aux dernières années du Second Empire, s’étendit comme une lèpre sur le visage de la France pour aboutir aux désastres militaires de 1870, au Quatre Septembre - toujours honoré par une des rues les plus laides de Paris (*) - et à la guerre à tout prix de Gambetta, Ferry - l’homme pour qui « les armées de l’empereur » venaient d’être battues - et consorts.
    L’histoire se répète ou bégaye : mêmes tentatives d’affaiblissement de l’armée et de démoralisation du pays en 1869-1870 et aux beaux jours de l’Affaire Dreyfus ; même volonté d’une guerre inutile en 1870-1871 et en 1939-1940, avec des résultats semblables : affolement des populations, occupation prolongée d’une importante partie du territoire national.
    Ce n’est pas un des moindres intérêts de la lecture de Maurice Barrès que de nous amener à réfléchir sur ces répétitions de l’histoire. Déjà les trois volumes du Roman de l’Energie nationale avaient mis sous nos yeux le problème posé par les réactions d’un pays réel qui se sent écrasé par un pays légal en qui il ne se reconnaît plus.
    Le plus grand regret de Charles Maurras fut peut-être de n’avoir pas réussi à amener Barrès au nationalisme intégral, c’est-à-dire à la monarchie, comme seule véritable sauvegarde du bien commun en France. Ce que la conversion de Barrès eut représenté pour lui, on peut s’en rendre compte à la lecture de la longue et passionnée correspondance qu’ils échangèrent au cours de ces années décisives et qu’a naguère si opportunément restituée Guy Dupré (1) : un enjeu capital. Ce fut la première des épreuves que rencontra son intelligence.
    Barrès ! Tout le nationalisme de sentiment comme de raison semblait alors contenu dans ce nom. Barrès et Maurras, Barrès et l’A.F., avec l’un comme avec l’autre, l’accord est immédiat et profond, et pourtant, déjà, quelle ambiguïté … Ou plutôt quel déconcertant désaccord. Ainsi le 15 juin 1901, au banquet anniversaire de l’Action française, parlant après Henri Vaugeois dont les conclusions avaient été monarchistes, Barrès ne déclare-t-il pas ex abrupto : « Il est certainement fâcheux pour des nationalistes, qui voudraient être d’accord dans le présent, dans le passé et dans l’avenir, de constater que cette triple solidarité leur manque ».
    Et lorsqu’il parle de doctrine, il est bien clair qu’il pense : sentiment. Il est d’ailleurs curieux de constater que, si Maurras, malgré le handicap de sa surdité, s’est jeté, corps et âme, dans l’océan de la politique, Barrès n’est, en fait, jamais vraiment sorti de lui-même. Les thèmes qu’il invoque, lors de la grande campagne nationaliste des années 1900, sont encore ceux de ses trente ans : la Terre et les Morts, l’Appel au Soldat. Il n’a pas évolué. Malgré les périls redoutables qui obscurcissent l’avenir et mettent en question l’identité même de la France, il ne changera pas (2).
    Pour lui, comme pour beaucoup d’entre nous un siècle plus tard, le nationalisme, plus qu’une doctrine, est un mouvement, c’est à dire un rassemblement d’esprits, unis par un souci, ayant choisi de former un rempart à une formidable agression, mais incapables de s’unir sur un programme politique, et, en définitive, oeuvrant chacun dans sa sphère propre.
    Voici un fait que rapporte Guy Dupré en marge d’une lettre de Barrès à Maurras d’octobre 1898, dans laquelle le premier fait allusion à la démission du général Chanoine, ministre de la Guerre, à la tribune de la Chambre des Députés. Après cette démission, « la population frémissante, prête aux émeutes libératrices, couvrait la place de la Concorde - le récit est emprunté à un discours du comte de Lur-Saluces. Partout des troupes, mais ces troupes elles-mêmes n’étaient pas solides, elles se sentaient en communication intime avec les patriotes qui les entouraient. Un général passa devant un régiment qui barrait le pont de la Concorde. Et le colonel lui dit en montrant la Chambre des députés :
    - Mon général, faut-il entrer ? Allez-vous enfin nous dire de marcher ?
    - Marcher, lui dit le général, et pour qui ?
    Le colonel resta sans réponse… »
    *
    Les Scènes et Doctrines du Nationalisme furent publiées en 1902 par l’éditeur Félix Juven. Une édition définitive en fut donnée en 1925 par la librairie Plon.
    « Le triomphe du camp qui soutient Dreyfus-symbole installerait décidément au pouvoir les hommes qui poursuivent la transformation de la France selon leur esprit propre. Et moi je veux conserver la France. » Barrès est nationaliste et patriote, comme l’était sans doute alors l’immense majorité des Français et le nationalisme, c’est, dit-il, « de résoudre chaque question par rapport à la France ». Bien, mais qui résoudra la question, alors qu’il est clair que « nous n’avons pas de la France une définition et une idée communes » et d’ailleurs, ajoute-t-il, la France, depuis un siècle, est « dissociée et décérébrée ».
    Une doctrine est nécessaire pour aider chacun à clarifier sa pensée par rapport à un point commun et rassembler les divers courants qui, entraînant la France dans des directions divergentes, l’ont conduite à un état proprement anarchique. La pensée de Barrès est, en fait, le confluent de plusieurs courants qui s’additionnent sans parvenir à former une synthèse : antiparlementarisme, socialisme, décentralisation, voire césarisme. Il représente bien ainsi la tendance générale des Français de l’époque et c’est pourquoi la lecture de ce livre sincère et passionné est encore aussi intéressante aujourd’hui.

    *
    La morale, l’affaire Dreyfus et le kantisme – Comme le soulignera avec vigueur Léon Daudet dans son célèbre discours à la Chambre des Députés en 1924, la morale issue de la philosophie kantienne avait pris en France, dès les débuts de la Troisième République, le caractère d’une morale d’État et, remarque Barrès, elle était enseignée comme telle même dans l’enseignement privé. Le professeur de philosophie des Déracinés, Bouteiller, devenu homme politique se rangera naturellement du côté de ceux qui préfèrent « la destruction de la société au maintien d’une injustice ».
    La méthode de Barrès - « On s’efforcera vainement d’établir la vérité par la raison seule », car « à la racine de tout il y a un état de sensibilité ». Mais la question de l’autorité, que j’appellerai plus volontiers, comme Blanc de Saint-Bonnet, la question de la légitimité, demeure. Et Barrès, après en avoir appelé à la conscience nationale - ou, plus exactement à l’idée que chacun peut se faire de l’intérêt national à partir de ses variantes familiales, religieuses ou politiques -, demande clairement que celle-ci s’incarne dans une autorité, mais sur les conditions de la création de cette autorité, il reste à la fois ambigu et, quelques pages plus loin, sceptique.
    Deux états de sa pensée que les citations ci-après suffiront à faire comprendre.
    « Si nous étions d’accord pour apprécier nos forces, notre énergie accrue prendrait naturellement une direction, et sans secousse, un organe de volonté nationale se créerait. »
    « Nous avions préparé l’opinion à ratifier des actes qu’il ne nous appartenait point d’accomplir. On laissa oublier Déroulède à Saint-Sébastien. L’affaire Dreyfus passa comme avaient passé le tumulte boulangiste et la crise panamiste. Et la France descendit d’un cran. »
    Il n’y a chez lui aucune naïveté et il connaît parfaitement l’enjeu de la partie qui se joue à la charnière de ces deux siècles. Il souligne « le germe de destruction que notre nation porte en soi » : décroissement de la natalité, difficulté d’assimilation d’un nombre trop important d’étrangers, « qui ne sont peut-être pas assimilables ». Il traite d’ « optimistes insensés » ceux qui, même dans les groupes nationalistes, tendent « à supposer les conditions du monde réel tout autres qu’elles ne sont ».
    Mais le défaut de sa pensée saute aux yeux quand, par exemple, évoquant Boulanger, il cite lui-même quelques lignes de L’Appel au Soldat, où il écrivait : « Avec les pleins pouvoirs que lui donne Paris, le Général devrait être le cerveau de la nation et diriger ce que sollicite l’instinct national. Il défaille, faute d’une doctrine qui le soutienne et qui l’autorise à commander ces mouvements de délivrance que les humbles tentent d’exécuter. » Pourquoi lui ? et surtout parler ici de doctrine, n’est-ce pas un alibi pour ne pas parler d’abord de légitimité ?
    *
    Un long chapitre du livre est consacré au procès de Rennes (2e Conseil de Guerre d’Alfred Dreyfus, 1899). Il est dédié à Charles Maurras vers qui le ramènent les figures des ennemis de la France et dont il loue « cette sagesse française dont nous admirons l’ordre dans toute votre dialectique ».
    On lira et on relira les méditations de sa visite à Combourg où revit le plus beau Barrès et dont je ne peux citer ici que quelques lignes.
    « Nous avons dans le sang la fièvre du premier volume des Mémoires d’outre-tombe. Quel admirable contentement de considérer la triste et sévère façade de ce manoir, de s’engager sous ses voûtes, d’en éveiller à notre tour les échos, et de prêter notre visage au vent de ses donjons ! »
    « J’ai toujours projeté de visiter les lieux où sont les racines des grands arbres à parfums qui, balancés sur le monde, suscitèrent mon imagination. Je ne mourrai point sans m’être assis, pèlerin enchanté, dans Coïmbre, et sous le cyprès de la belle Inès assassinée, - en Crimée, sur le temple où Diane transporta Iphigénie, - à Kerbela parmi les sables qui burent le sang des Alides. Mais dans ce mois guerrier qui me replie sur nos réserves, je ne veux rien qui me détourne de la discipline nationale… À Combourg, je cherche le plaisir d’approcher et de contrôler des magies ; je me promène dans une épreuve en pierre d’un chef-d’œuvre verbal. Les incantations du poète me deviennent présentes, réelles, concrètes ; je les vois, je les touche dans cette architecture. Fils des romantiques, je rentre dans ma maison de famille et je sonne à l’huis d’un château, survivance du passé où je reconnais en même temps le principe de mon activité littéraire. »
    *
    Revenons à Rennes, cette ville mise pendant un mois en état de siège et dans cette salle de classe du lycée de la ville où se déroulent les séances du Conseil de Guerre. En des pages magnifiques, Barrès décrit les juges, le commissaire du gouvernement, les avocats - Demange, Labori -, les témoins enfin et surtout cette atmosphère empoisonnée qui cerne les acteurs de ce drame lugubre. J’oubliais Picquart dont, écrit-il, « la figure orgueilleuse et amère perfectionne d’un dernier trait luciférien la tristesse et la puissance du spectacle rennais ».
    Il admire l’abnégation, la simplicité et le courage moral des officiers qui, à un titre ou à un autre, ont eu à connaître de l’Affaire : les généraux Mercier, Zurlinden, Chanoine - tous trois furent successivement ministres de la Guerre entre 1894 et 1898 - d’autres encore, qui furent ensuite, pour la plupart systématiquement brimés, voire écartés, mais qu’on dut aller chercher en 1914 pour éviter l’effondrement d’une armée débilitée par de mauvais chefs.
    C’est donc, selon sa propre expression, un paysage de ruines que contemple l’écrivain : la magistrature civile mise en contradiction avec elle-même ; notre confiance en nous-même amoindrie - «  nous subîmes cette diminution morale quand le général Mercier dut révéler les terreurs qu’en 1894 le gouvernement ressentit d’une probabilité de guerre » - ; la paix compromise ; enfin notre service de Renseignements anéanti –  sur l’estrade de Rennes, le lieutenant-colonel Gendron a déclaré : « Il ne reste plus rien de l’édifice construit par le colonel Sandherr. Rien ! ni agent, ni argent, ni moyens, ni méthode. Et Sandherr, ce grand patriote, avait construit là un instrument de défense incomparable. »

    (*) ironie du sort, la rue du Quatre-Septembre (primitivement du Dix-Décembre, souvenir de décembre 1848), avait été ouverte, en 1864, dans le cadre des travaux d’Haussmann destinés à éviter ou réprimer les insurrections d’un Paris encore trop populaire ; de nombreux hôtels du XVIIIe siècle et leurs jardins disparurent à cette occasion.
    (1) Maurice Barrès-Charles Maurras : La République ou le Roi, correspondance inédite 1888-1923 réunie et classée par Hélène et Nicole Maurras, commentée par Henri Massis, introduction et notes de Guy Dupré – Plon, 1970.
    (2) N’est-ce pas précisément pour cela que des écrivains aussi divers que Montherlant, Malraux, ou encore Mauriac et Aragon se réclamèrent de lui ?

  • La présence de l'église au coeur du village devient problématique

    L'historien Philippe Boutry, président de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, déclare :

    E"On assiste à ce qu'une sociologue française des religions, Danièle Hervieu-Léger, a proposé d'appeler l'exculturation du catholicisme français. Depuis les années soixante, tout ce qui faisait la puissance et la substance du catholicisme rural s'est en grande partie effondré : la messe dominicale, la pratique sacramentelle, les fêtes et les cérémonies religieuses, le mariage à l'église, dans une moindre mesure les baptêmes et les enterrements, la confession bien sûr, le catéchisme des enfants, autant de repères de l'existence qui ne font plus sens parce qu'ils sont abandonnés par une partie croissante de la population française. Les religieux sont chaque année plus âgés, moins nombreux ; ils desservent parfois des dizaines de paroisses autrefois dotées d'un curé à demeure. Dès lors, la présence même de l'église au coeur du village devient problématique ; les édifices, désertés par les fidèles, sont le plus souvent fermés, par crainte des vols ou par indifférence ; certains ne sont plus entretenus ou sont laissés à l'abandon ; les conseils municipaux enfin, qui sont en charge des lieux de culte construits avant la loi de séparation de 1905, rechignent à financer des travaux de maintenance ou de réparation. Au terme de ce processus de désengagement spirituel, au sens large, de toute une société, il y a la destruction ou, pire peut-être (cela se pratique aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne), la vente".

    Comment expliquez-vous que l'Etat ne s'oppose que rarement à la destruction de ces églises ?

    "Presque tous les églises à caractère historique, architectural ou artistique reconnu, sont classées et protégées. Il n'en va pas de même des églises du XIXe et du XXe siècle. Or, à considérer attentivement les listes toujours plus longues d'édifices aujourd'hui détruits ou vendus, ce sont ces églises qui paient le plus lourd tribut à l'effondrement contemporain de la pratique religieuse. Le style des églises - néo-gothique, néo-roman, néo-byzantin ou moderne des années trente ou cinquante - ne parle plus aux sensibilités contemporaines. Une indifférence d'ordre artistique et architectural vient s'ajouter à une indifférence d'ordre spirituel pour condamner un patrimoine paroissial de plus en plus menacé. Il n'est pas sûr cependant que l'État puisse de sa seule initiative, dans ce contexte, classer les monuments afin de les préserver".

    http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • Comment sortir de la matrice en été

    Ce serait presque un sujet de livre de développement personnel... mais oublions un peu les piles de best-sellers des étagères Hachette dans les librairies aéroportuaires.

    On proposait de bâtir des villes à la campagne, mais il est bon de construire les villages agricoles à la montagne, avec beaucoup d’eau, de soleil et d’animaux. Je suis toujours à Trevelez, splendide village des Alpujarras dans le sud de l’Espagne, coupé non pas du monde (c’est devenu impossible et d’ailleurs c’est inutile) mais des tentations du monde : pas de presse, pas d’Internet, 30 euros par semaine pour vivre en famille, pas trop de mouvement, pas trop de discussions, beaucoup de prières, de lectures, de marches et d’écritures. Ce type de vie, de contemplation estivale dira-t-on, mériterait de durer toute l’année. Il est en outre économe et donc permet - permettrait - d’oublier les sordides questions matérielles...

    L’été, avant de devenir la grosse usine de loisirs, était la saison de la moisson ; on travaillait aux champs, y compris les enfants. Et s’il est devenu la saison de la grosse occupation vulgaire, sexy, sportive ou culturelle, l’été pourrait devenir un temps le temps de la moisson spirituelle, puisqu’il nous permet d’être face au vide parfois, donc à la vérité, en marge de la matrice techno et dévoreuse des temps modernes.

    Les grands écrivains américains, ceux du stock colonial comme disait Stoddard, avaient réfléchi sur ces questions quand ils voyaient l’agitation de leur pays jeune, prospère et commerçant au début du XIXe siècle. Et les deux grands esprits d’alors, Edgar Poe et Thoreau se proposaient déjà de vivre hors de la matrice. La vérité c’est de s’oublier, dira Bernanos plus tard. Eux proposent d’oublier le business, l’actualité, l’absence de nature (la ville, quoi), et de se plonger dans autre chose, qui peut être un piège pour certains.

    Voici ce que dit Thoreau à propos de l’actualité à oublier :

    « Pour le philosophe, toute nouvelle, comme on l’appelle, est commérage, et ceux qui l’éditent aussi bien que ceux qui la lisent ne sont autres que commères attablées à leur thé. Toutefois sont-ils en nombre, qui se montrent avides de ces commérages... S’il est permis à qui rarement regarde les journaux de porter un jugement, rien de nouveau jamais n’arrive à l’étranger, pas même une Révolution française. »

    Copié un quatorze juillet ! La révolution française n’a jamais eu lieu, sinon dans la tête de ceux qui sont au courant. Et le 11 Septembre...

    J’ai vu tant de gens, moi y compris, obsédés par l’actualité, déprimés par l’actualité, tourmentés par l’actualité, c’est-à-dire conditionnés par un message flottant, alors qu’il ne se passe jamais rien d’important en fait, que je me dis qu’il faut couper avec. Je n’ai pas de télé depuis longtemps, je ne lis plus de journal, mais je pense qu’il faut rompre aussi avec l’Internet, cette machine à produire du nouveau et de l’obsession de soi, sauf pour copier les bons classiques sur <ebooksgratuits.com> ou surtout <archive.org>, somptueux site universitaire américain. Pour le reste il faut apprendre à oublier le flot de purin de la mélodie mondiale et se réveiller de sa torpeur spirituelle conditionnée par son addiction aux médias et à surtout à soi. La page Facebook (face de bouc) a fait de soi sa propre star, son propre prêtre. Thoreau encore :

    « Certains manifestent un tel appétit pour les nouvelles qu’ils sont en mesure de rester éternellement assis sans bouger, à la laisser mijoter et susurrer à travers eux comme les vents Etésiens, ou comme s’ils inhalaient de l’éther, lequel ne produit que torpeur et insensibilité à la souffrance... »

    Pour être heureux donc, comme au temps des moines ou des romains, le champ, le silence, le village, les braves gens, le Temple (ou bien l’Eglise !), les animaux : redécouvrez le bruit du sabot, le son du hennissement, et l’amitié avec les poules.

    Edgar Poe cette fois dans son somptueux "Domaine d’Arnheim" qui présente le plan de l’oisiveté noble vécue par le modèle Ellison qui détecte quatre conditions essentielles au bonheur :

    « Celle qu’il considérait comme la principale était (chose étrange à dire !) la simple condition, purement physique, du libre exercice en plein air. "La santé, - disait-il, - qu’on peut obtenir par d’autres moyens est à peine digne de ce nom." Il citait les voluptés du chasseur de renards, et désignait les cultivateurs de la terre comme les seules gens qui, en tant qu’espèce, pussent être sérieusement considérés comme plus heureux que les autres. La seconde condition était l’amour de la femme. La troisième, la plus difficile à réaliser, était le mépris de toute ambition. La quatrième était l’objet d’une poursuite incessante ; et il affirmait que, les autres choses étant égales, l’étendue du bonheur auquel on peut atteindre était en proportion de la spiritualité de ce quatrième objet. »

    La santé, la culture de la terre (la chasse au renard fait un peu carnassier et dépassé !), l’amour, la poursuite spirituelle. On y est : pour un esprit compliqué, Poe ne pouvait pas faire plus simple ! Le mépris de l’ambition me paraît très important : car l’ambition est - avec l’inexpérience naïve - ce qui gâche notre jeunesse sous toutes les latitudes. Le jeune esprit se prend pour Rastignac et veut défier Paris. Il ferait mieux surtout de lire l’Evangile, de trouver l’endroit idoine et la compagne idéale. Nous ne sommes célèbres que dans les journaux ou sur le web c’est-à-dire nulle part. Mais cette lutte contre l’ambition a des aspects pauliniens : c’est renoncer aux puissances du monde (Ephésiens,6) puis oublier la folie du monde en retournant à la sagesse de Dieu (Corinthiens,1,3).

    Thoreau ajoute un élément important dans son fameux "Walden" : il faut oublier l’opinion qu’on a de soi plus encore que celle que les autres ont de nous. Il faut garder la conscience de soi bien sûr, mais oublier la vulgaire opinion fabriquée par l’amour-propre, le social et le collectivisme médiatique. C’est la voix de la libération intérieure. On le répète en anglais, car Thoreau lit ses classiques - y compris grecs - dans le texte :

    « Public opinion is a weak tyrant compared with our own private opinion. What a man thinks of himself, that it is which determines, or rather indicates his fate. »

    C’est une des phrases les plus justes jamais écrites : on n’est pas dépendant des facteurs extérieurs, de la société, de l’actualité, du manque de ceci ou cela ; on n’est dépendant que de soi et du refus de sa volonté de s’oublier un peu. Et Thoreau n’avait pas lu La Rochefoucauld !

    Je découvre qu’en France comme en Espagne beaucoup de gens vivent hors de la matrice ; de grand silencieux que l’on n’entendra pas. C’est pourquoi j’invite mes lecteurs à ne pas faire de commentaires. Il est bon aussi de pratiquer le comment se taire sur le réseau. Le buzz mondain, ça suffit.

    Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info/?p=1478#suite

  • Henri Guillemin : L’autre avant guerre

    Remonter aux sources de la Grande Guerre, pour Henri Guillemin, c’est faire l’inventaire de la naissance de la IIIe République. De Sedan à août 1914, l’historien se confronte aux faux-semblants d’une France coloniale et bourgeoise.

     

    (Les dossiers de l’Histoire, Télévision Suisse Romande, 1972)

    Vidéo trouvée sur Vers la Révolution