culture et histoire - Page 1808
-
Goldofaf - Le Combat de Demain
-
L’énigme de la servitude volontaire
Posée pour la première fois par Étienne de La Boétie, la question de la servitude volontaire demeure un mystère que maintes théories politiques ont tenté en vain d’élucider. Aujourd’hui, le texte initial continue de susciter l’intérêt des philosophes politiques.
« Je désirerais seulement qu’on me fît comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire (1). »
Lorsqu’il écrivit ses lignes, Étienne de La Boétie n’aurait eu que 16 ans. Une précocité qui ne manque pas de forcer l’admiration tant l’œuvre dont il est question, Discours de la servitude volontaire, a su traverser les siècles, préservant en elle l’actualité toujours intacte d’une interrogation, d’une énigme politique qu’aucune époque n’a su résoudre jusqu’alors : comment est-il possible qu’un ensemble d’individus aussi vaste qu’une nation puisse se soumettre à la volonté d’un seul et perdurer sous sa domination ?
Formulée et reformulée à de multiples reprises auprès de divers penseurs, la réponse à cette question semble presque fondamentalement échapper à celui qui la pose, à tel point qu’elle apparaît souvent comme l’énigme par excellence de la politique, celle qui se trouve au cœur même de sa définition. Pourquoi les sociétés humaines se construisent-elles sous le joug d’un État qui les gouverne ? Longtemps perçu comme un pamphlet politique en faveur de la république contre la monarchie, le Discours de la servitude volontaire ouvre, cependant, une voie de réflexion qui dépasse la simple lecture militante pour trouver un écho universel qui n’épargnerait aucun régime politique.
La question de la servitude volontaire, en effet, semble indépendante de toute appartenance historique. Elle ne pose pas seulement la question de la domination mais celle de sa persévérance et de son apparente acceptation par le peuple. Elle cherche à débusquer ces mystérieuses forces spirituelles et matérielles qui poussent l’homme à accepter la soumission et à aller, parfois, jusqu’à la souhaiter.
Une œuvre universelle
Né à Sarlat le 1er novembre 1530 dans une famille de magistrats, La Boétie appartient à la classe des bourgeois éclairés. De lui, la postérité ne retient généralement que son amitié, devenue emblématique, avec un autre penseur humaniste de son temps, Michel de Montaigne. Mais il revient justement au Discours de la servitude volontaire d’avoir réuni les deux amis. Condamné dans les premiers temps à une diffusion clandestine à cause de sa portée subversive, l’ouvrage souffre d’une circulation restreinte auprès d’une élite d’hommes éduqués dont Montaigne fait partie.
Troublé par la lecture de ce texte, Montaigne veut très vite en connaître l’auteur et rencontre La Boétie en 1557 à Bordeaux, entamant une amitié fusionnelle qui ne s’achèvera qu’avec la mort de La Boétie en 1563. C’est alors que Montaigne se charge de publier les œuvres de son ami défunt, à l’exception du Discours qu’il a l’intention d’inclure comme partie principale de sa prochaine œuvre. Mais en 1557, des partisans calvinistes, reprenant à leur compte l’appel à la révolte porté par le texte de La Boétie, contrarient son projet et publient une édition pirate du Discours, sans indiquer le nom de l’auteur. En 1576, une nouvelle édition du Discours est éditée sous le nom de La Boétie avec comme titre Le Contr’un. Forcé d’y renoncer, Montaigne abandonne son projet. C’est donc comme un pamphlet d’idéologie calviniste que le texte se fait connaître, entraînant l’œuvre dans des considérations étroitement partisanes que La Boétie lui-même n’aurait assurément pas voulu. En effet, l’ouvrage de ce dernier, bien que repris à travers le prisme de multiples lectures militantes, se veut fondamentalement ouvert.
Ni pamphlet antimonarchique, ni éloge de la démocratie, le Discours de la servitude volontaire est un traité politique, à l’image du Prince de Nicolas Machiavel à qui l’on attribue volontiers la naissance de la science politique.
Mais les deux auteurs adoptent des points de vue opposés. Alors que Machiavel se situe franchement du côté du prince et assume le point de vue de celui qui gouverne, La Boétie se place du côté du peuple asservi, celui qui a à se libérer de la tyrannie et de l’oppression. Mais cette oppression semble, pour lui, ne se justifier sur rien d’objectif, rien d’extérieur. En effet, la crainte ou la lâcheté ne peuvent être les seuls mobiles de l’acceptation d’être dominé puisqu’il suffit de cesser de servir celui qui asservit pour le voir démuni de toute arme de répression, de tout pouvoir de punition.
Tout porte à croire que La Boétie a eu l’idée de rédiger le Discours suite à la grande révolte de la gabelle survenue en 1548 en Guyenne. Alors que les paysans s’insurgeaient contre l’exigence fiscale du roi, la répression du mouvement a été sans pitié. Cette information nous prémunit contre l’idée que le terme « servitude » sous la plume de La Boétie soit synonyme de passivité. Le peuple sait se révolter. Il lui arrive d’ailleurs d’en faire la démonstration courageuse à de nombreuses périodes de son histoire.
La servitude est toujours là
Ce que montre La Boétie, c’est que la servitude demeure, même pendant les soulèvements. La servitude est toujours là, dans le mouvement même de la liberté. C’est pourquoi il n’appelle pas à la révolution qui ne saurait, selon lui, avoir d’autre dénouement que celui d’un nouvel ordre asservissant. Tuer le tyran ne suffit pas à tuer la tyrannie.
« Il n’est pas besoin de combattre le tyran. Il n’est pas besoin de se défendre contre lui ; il se défait de soi-même. Le pays doit seulement ne pas consentir à la servitude ; il ne faut pas lui ôter rien, mais ne lui donner rien ; il n’est pas besoin que le pays se mette en peine de rien faire contre soi… Si l’on ne donne rien aux tyrans et si on ne leur obéit plus, alors, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien ; comme une racine qui ne trouve plus d’humidité ni de nourriture, devient un morceau de bois sec et mort. »
Déroutante solution que nous propose La Boétie. La liberté ne s’acquiert pas par des actes, elle se gagne simplement en la désirant de telle sorte qu’être libre et vouloir être libre ne sont qu’une seule et même chose : « Soyez résolus de ne servir plus et vous voilà libres. » Il suffirait alors de cesser d’obéir, sans même avoir besoin de s’insurger, pour que le pouvoir sur lequel repose le tyran s’évanouisse.
La servitude très concrète du peuple qui doit payer ses impôts, s’enrôler dans l’armée pour défendre le pouvoir de son chef, sacrifier parfois la pratique de sa propre religion pour adopter celle du régime dominant, ne tiendrait, pour La Boétie, que sur la servitude des esprits qui consentent à reconnaître le pouvoir comme légitime.
L’état naturel de la liberté
Néanmoins, La Boétie ne dit rien sur les possibles réprimandes que subirait le peuple s’il se mettait vraiment à ignorer les lois du tyran. Il oublie que le recours à la force de la part du pouvoir n’est pas seulement réservé aux grandes révoltes mais aussi aux petites désobéissances concrètes. La Boétie semble passer un peu trop vite sur la capacité matérielle d’un tyran de réprimander son peuple lorsqu’il n’obéit plus. Cette capacité aurait tout lieu, pourtant, de dissuader, par la peur, tout acte de résistance et d’expliquer ainsi le choix de la servitude. En vérité, pour lui, il existe un dédoublement intérieur qui lie le désir de servir à celui de se révolter. Un peuple se montre un jour capable de révolte, l’autre jour d’une soumission religieuse. Mais alors, comment expliquer le mouvement qui consiste à désirer contre notre propre intérêt ?
Pour répondre à cela, La Boétie imagine la genèse de l’asservissement des peuples. À l’origine, les hommes vivaient libres jusqu’à ce qu’un événement extérieur, une attaque ou une ruse viennent les asservir. D’autres hommes viennent alors au monde et n’ont jamais connu l’état de liberté dans lequel vivaient leurs aînés et en ignorent même jusqu’à son bénéfice. C’est alors la coutume qui est la première chaîne de la servitude. Les hommes ont oublié qu’ils ont été libres un jour et que cela fait partie de leur droit le plus naturel. Mais pour La Boétie, la nature a moins d’emprise que la coutume :
« Le naturel pour bon qu’il soit se perd s’il n’est pas entretenu. Nous devenons toujours ce que notre nourriture nous fait, quelle qu’elle soit, malgré la nature. (…) De même que les arbres fruitiers portent des fruits étrangers, dont des entes leur ont été greffées, de même les hommes portent la non-liberté. Les hommes ne savent rien, hormis qu’ils sont sujets : il en a toujours été ainsi, disent-ils. »
La Boétie dévoile ici le caractère historique, c’est-à-dire non nécessaire, de la domination.
Le passage de la liberté à la servitude relève alors d’un accident de l’histoire humaine qui a provoqué la division de la société. Cet événement contingent se trouve à l’origine de l’histoire, au sens marxiste, c’est-à-dire fondée sur l’opposition entre ceux qui dominent et ceux qui sont dominés. Elle correspond à la naissance du pouvoir politique.
La « chaîne des gains »
Par ailleurs, La Boétie avance une autre explication de la servitude volontaire, plus fondamentale selon lui, Il s’agit de la « chaîne des gains ». Un petit groupe de personnes proches du tyran tâche de le conseiller afin de profiter des profits qu’ils partagent avec lui. Ceux-là dirigent un autre groupe de personnes plus grand, qu’ils corrompent afin d’obtenir leur loyauté et cela ainsi de suite jusqu’à ce qu’« il se trouve presque un aussi grand nombre de ceux auxquels la tyrannie est profitable que de ceux auxquels la liberté serait utile ». Chaque individu a alors l’impression d’avoir négocié sa servitude selon des conditions qui le confortent au mieux. Il croit avoir vendu sa servitude assez cher en échange d’un gain en pouvoir, en titres honorifiques, en gains matériels.
Cette logique accompagne l’émergence d’une nouvelle catégorie intermédiaire, appelée « les tyranneaux », qui vient complexifier le rapport social qui n’est plus à penser sous le mode simple du face-à-face entre le peuple et le tyran. Deux aspects de la servitude volontaire sont ainsi révélés. D’une part, la servitude volontaire comme résignation d’un peuple qui a oublié le caractère naturel de sa liberté, vivant sa servitude comme une seconde nature. D’autre part, la servitude de ceux qui soutiennent activement le tyran, pensant précisément échapper ainsi à une plus grande servitude, en acquérant quelque pouvoir sur d’autres hommes.
La philosophie et les sciences humaines vont par la suite tenter d’apporter une réponse à cette énigme. Telles sont les théories de l’aliénation (dans l’optique marxiste), de la légitimation du pouvoir (Max Weber), de la soumission à l’autorité (Hannah Arendt, Stanley Milgram), de « l’amour du chef » (Freud) ou encore de la violence symbolique (Pierre Bourdieu) (encadré ci-dessous). Toutes ces théories postulent l’existence d’une forte emprise mentale du pouvoir en place sur les citoyens. Mais ce constat massif d’une subordination des consciences au pouvoir est-il vraiment avéré ? Les études sur les régimes autoritaires (Béatrice Hibou) ou la faible adhésion citoyenne dans les sociétés démocratiques laissent supposer que la plupart des citoyens ne sont pas massivement asservis « volontairement » au pouvoir en place.
Dans les pays autoritaires comme dans les pays démocratiques, il existe tout un spectre de postures entre l’adhésion, la résignation, l’hostilité, le désintérêt, la résistance passive ou active que ne rend pas assez en compte la théorie unilatérale de la servitude volontaire.
Les théories de la soumission
◊ Karl Marx (1818-1883)
L’idéologie comme dominationPour l’instigateur du matérialisme historique, la cause de la domination est à comprendre à partir du problème de l’idéologie. L’idéologie, représentée par l’idéalisme allemand et plus particulièrement par Georg Hegel, fait de la conscience le lieu de manifestation du réel. Or pour Karl Marx, « ce n’est pas la conscience qui détermine la vie mais la vie qui détermine la conscience ». La conscience n’est que le produit des rapports sociaux déterminés eux-mêmes par les rapports de force de production. L’idéologie consiste à inverser ce rapport et à faire croire que c’est la pensée qui détermine la vie matérielle. La bourgeoisie assoit sa domination en distillant une idéologie, c’est-à-dire une conception de la réalité erronée puisque pensée indépendamment des rapports de production.
◊ Sigmund Freud (1856-1939)
La légitimité de la dominationDans Psychologie des masses et analyse du moi (1921), Sigmund Freud développe sa théorie de « l’amour du chef ». Selon lui, les foules se soumettent aux chefs parce qu’elles éprouvent pour eux une véritable fascination, dont les racines psychologiques se trouvent dans le rapport que l’enfant a eu avec ses parents. La source psychologique de la soumission serait ainsi l’amour. Celui d’un enfant à ses parents, d’un fidèle à son dieu ou d’un peuple à son chef.
◊ Max Weber (1864-1920)
La légitimité de la dominationPour Max Weber, la servitude volontaire n’est autre que la légitimation du rapport de domination par le dominé. Le dominé reconnaît le maître comme maître et par conséquent lui obéit. Selon Weber, cette légitimation fonctionne selon trois types de domination : traditionnelle, charismatique et légale-rationnelle.
◊ Stanley Milgram (1933-1984)
L’état agentiqueConnu pour son expérience de psychologie qui vise à évaluer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime, Stanley Milgram s’est attaché à analyser le processus de soumission lorsque celle-ci implique des actes donnant lieu à des cas de conscience, telle que la cruauté envers un autre individu. Pour Milgram, l’être humain n’est cependant pas un monstre en puissance trahi par cette expérience. L’essentiel repose sur la crédibilité accordée à l’autorité, au fait que celle-ci endosse la responsabilité ultime de ses propres actes. Cette résignation à n’être qu’un instrument au service d’un supérieur hiérarchique s’appelle l’« état agentique ».
◊ Hannah Arendt (1906-1975)
La banalité du malCouvrant le procès d’Adolf Eichmann pour le New York Times, la philosophe Hannah Arendt estime qu’il est donné à tout le monde de participer à des actes monstrueux en toute bonne conscience, pourvu que l’on se montre soumis à une hiérarchie responsable, au sein d’un appareil d’État totalitaire, nous empêchant de penser et d’émettre le moindre esprit critique. Ainsi, nul besoin d’être un monstre pour se montrer capable, dans un contexte où le mal est banalisé et prend le visage de la légitimité.
◊ Pierre Bourdieu (1930-2002)
La violence symboliquePour le sociologue Pierre Bourdieu, le dominé, s’il est complice de sa servitude, n’engage pas sa volonté. L’adhésion du dominé réside dans l’intériorisation des structures sociales. Cette intériorisation appelée « habitus » est constituée de schémas conceptuels déterminés par la société. Les structures cognitives apparaissent au dominé comme légitimes puisque naturelles. Mais les structures objectives sont, en vérité, celles des dominants, présentées comme universelles. En intériorisant ces structures, l’homme reproduit la domination.
http://fortune.fdesouche.com/318361-lenigme-de-la-servitude-volontaire
Notes :
1. Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1576), transcription par Charles Teste, 1836, rééd. Flammarion, coll. « GF », 2011. Toutes les autres citations sont issues du même ouvrage.
-
Churchill et les horreurs de la guerre démocratique
« L’Angleterre est en système habituel, je dirais presque naturel de guerre, ou du moins d’opposition, avec tous les peuples du monde, et le repos ne peut être pour elle qu’un état forcé et accidentel. »
Bonald
Un commentaire récent d’un lecteur âgé de 91 ans, ancien soldat de la Deuxième Guerre Mondiale, et que je salue ici (alors que je trouve les commentaires trop souvent à côté de la plaque, je le dis comme je le pense - avec le temps), souligne les aléas sordides de ladite guerre et ses tromperies. Le lecteur évoque l’affaire scandaleuse de Dakar en rappelant que peut-être l’or français y était, et que les Anglais le voulaient à tout prix, c’est le cas de le dire, sentant sans doute qu’ils allaient sous peu être ruinés par les Américains dans le cadre de la grande croisade pour les démocraties, croisade coûteuse dont nous ne sortirons jamais avant mille ans sinon fort endettés et embêtés. Sur ces fâcheux et éternellement reproductibles événements de Juin 40, nul ne nous a aussi bien verbalisés que Céline en 37 :
« Nous serons déjà tous asticots quand débarqueront dans les Flandres les premiers invertis d’Oxford. »
Mon lecteur souligne la trahison britannique à Dunkerque, l’inféodation de la France à Albion depuis 1815 - 1830 exactement -, l’inutilité absolue de cette guerre qu’Hitler ne voulait qu’à l’Est où, cela tombait bien, on avait droit à un monstre pire que lui et Tamerlan réunis. Mais c’était compter sans l’Angleterre et sa conspiration démocratique - voyez le groupe Focus. On prit donc soin en France de se prendre une énième raclée avec l’Allemagne (comme aujourd’hui avec l’euro) au nom d’une Pologne qui, outre sa législation antisémite, avait tout de même reçu des offres d’échange territorial de la part des nazis et avait surtout accepté de se partager avec les autres vautours les dépouilles de la Tchécoslovaquie en 1938 - Tchécoslovaquie créée comme la Yougoslavie par les irréels traités wilsoniens avec les résultats que l’on sait. Ce pays très moral, la Pologne donc, un peu trop sûr de lui et de l’alliance anglaise, fut aussi occupé par l’URSS qui extermina ses élites à Katyn (les maîtres-chanteurs de Nuremberg en accusèrent les Allemands), tout en massacrant les cadres des petites républiques baltes, mais à l’URSS personne chez les bons alliés anglo-saxons ne se proposa de déclarer la guerre. Staline put envahir, tuer, saccager, piller, violer avec la bénédiction de la démocratie occidentale trop occupée ailleurs. Le tsarisme fut toujours abhorré, le communisme sous sa forme la plus rogue adoré à l’Ouest, on est comme ça, on ne se refera pas. Le bolchevisme et ses crimes de masse, l’oncle Joe et ses vingt millions de morts, l’oncle Joe et son Holodomor ukrainien (je sais, je sais, c’est la propagande de Goebbels...) devenait un prodige de la vie démocratique et post-démocratique. Née sur les échafauds des rois anglais et français, sur les cadavres des Irlandais de Cromwell et des Vendéens, née de la barbarie mathématique et quantitative du monde postchrétien, la démocratie qui aujourd’hui professe la liquidation des nations blanches, des sexes et des familles, ne m’aura il est vrai jamais déçu, que ce soit sous son aspect rond-de-cuir, sans-culotte ou commissaire politique. Car le rond-de-cuir, a dit Cochin, est successeur du sans-culotte. Un lynchage une élection : voyez la Libye. Une élection, une trahison. Et quand vous vous plaignez, conspiration !
Mon lecteur pense qu’il est impossible de savoir ce qu’il y avait à Dakar dans un livre d’histoire français. Je n’en lis jamais, de livre d’histoire en français, donc je ne peux pas lui répondre. Mais de l’or, je sais qu’il y en avait.
Il se trouve que dans son livre sur la guerre de Churchill publié il y a longtemps déjà et téléchargeable gratuitement sur son exceptionnel site, David Irving évoque cette histoire ; qu’il souligne la dégoûtante tentative de vol churchillien et la patriotique participation des gaullistes (on comprend pourquoi ils étaient si peu nombreux...) qui se heurtèrent à une résistance rageuse des soldats présents à Dakar et déjà révoltés (comme une partie de l’amirauté britannique !) par le massacre de Mers-El-Kébir (Churchill tua nos deux mille marins comme il bombarda nos villes et tua 70 000 civils mais c’est un allié démocrate, alors il pouvait se le permettre). L’Angleterre du grand libérateur du continent (Hitler aussi lorsqu’il attaque l’URSS se présenta un temps en libérateur, et Staline ou Mao à peu près tout le temps) désirait aussi voler l’or des Belges et des Polonais. L’Angleterre avait déjà volé l’or des Baltes et des Tchèques, avant à son tour de se faire voler tout son or par le vénérable Roosevelt. Irving rappelle au passage une chose : Vichy n’est pas le jouet des nazis, Vichy la dilettante passe l’éponge sur Mers-El-Kébir et marche main dans la main avec les puissances anglo-saxonnes. Irving rappelle ce qu’il en coûtera plus tard à Pétain, Darlan et Huntzinger, et on ne les plaindra pas. Vichy aura été méprisable de bout en bout et méritera son destin d’infamie.
En 1939 l’Angleterre nous envoie donc comme d’habitude - pourquoi se gêner ? - nous faire « crever la poitrine tout en mandant la note pour la chemise trouée » (Bernanos). Mais il y a les fables de la Fontaine, plus utiles que nos historiens hexagonaux, et Churchill trouva un Grippeminaud plus gourmand et mieux fourré que lui : Roosevelt, qui ne savait que faire de douze millions de chômeurs (et réélu quand même !) et buvait du petit laid devant la deuxième guerre européenne qu’il avait aidée à déclencher. David Irving précise très bien que pour entrer dans cette guerre dans laquelle il voyait avec un grand sourire une liquidation de l’Europe, Roosevelt voulait essentiellement trois belles choses :
- L’anéantissement de l’Allemagne par le rêve - dès 41 - de la castration chimique, l’application dès 45 de l’extermination physique de sa population (famine organisée, camps de prisonniers, plan Morgenthau appliqué au moins jusqu’en 48 par le preux Truman, etc.), dont l’avocat canadien James Bacque a horriblement rendu compte dans ses livres sur les "autres pertes", celles de l’ennemi vaincu, dont on ne parle jamais (pensez aux deux millions de Vietnamiens morts sous les bombes au nom d’une ubuesque et déplacée lutte contre le communisme par exemple). Bacque est pourtant un modéré, un de ces Canadiens qui ont eu un beau comportement - peut-être un peu trop soumis aux British, non ? - pendant toute cette guerre (je pense à l’étonnant ministre McKenzie King, à Beaverbrook, etc.). Cette destruction généralisée fut une fioriture de plus à mettre à l’actif de Churchill, ancien antisémite politique, ancien adorateur du Duce, raciste dilettante et butor bombardier, grand responsable de la ruine totale de son pays, de l’effondrement de l’empire et de l’Europe, du dérapage final de cette guerre en monstruosité humanitaire et de l’invasion soviétique de notre continent puis de l’avènement de la décolonisation et du communisme en Chine. Mais quand on aime la guerre et la démocratie, on ne compte pas, ni les blocus ni les bombes, n’est-il pas vrai ? Tête de mule (bullheadedness) ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Joe Kennedy, le père du futur accidenté de la route démocratique, alors ambassadeur à Londres, et qui voit que Churchill aime la guerre comme une affaire à suivre propre à sauver sa laborieuse carrière. Il voit surtout que le contrôle churchillien sur les médias est total : on est bien en démocratie. Car comme on sait, en démocratie, on fait confiance à ses journaux, à sa radio : ils sont démocrates comme le gouvernement, alors va pour le gaz sarin, le gaz hilarant surtout et le lynchage de Kadhafi : on est là pour montrer l’exemple !!!
- Roosevelt veut surtout en bon démocrate mondialisé la ruine de l’Europe, de l’Angleterre, de la France et la fin de leurs empires coloniaux. Il a pris son temps pour entrer en guerre, voulant affaiblir l’Angleterre un peu plus, et confisquer toutes ses colonies et ses richesses. John Bull finit ainsi la guerre "bare stripped" et furieux contre Churchill (10 % dans les sondages !) qu’il abandonne dès 45 pour les sirènes rouges des travaillistes ; son stoïcisme coutumier et son aveugle soumission à ses élites ne lui auront en rien servi. Le prix du légendaire flegme.
Roosevelt confirme qu’Hitler était certainement une meilleure affaire pour l’Angleterre puisque le 16 juillet 40 le trop anglophile tyran propose un partage du monde à l’empire britannique, qu’il croit encore vivifié par l’esprit de Kipling (par ailleurs auteur d’un colossal poème antisémite mis sous le boisseau par Churchill) ; mais l’Angleterre préfère la guerre d’anéantissement et la fin de l’Histoire. Mais Roosevelt est là qui exploite le bellicisme ultra, la germanophobie, l’humanisme agreste (il voudra que la population germanique baisse de trente millions en 45) et surtout la sidérante naïveté de Churchill qui fera comme s’il n’avait pas vu venir le rapace yankee.
- La puissance de la Russie soviétique, qu’il veut renforcer à n’importe quel prix pour l’Europe. Roosevelt annonce très bien nos élites hostiles (voir ce qu’il a fait de ses paysans blancs pendant son passage aux affaires, de 34 à 40) qui renforcent le communisme comme notre islamisme. Il le dit tel quel, pourquoi ne pas le croire ? La montée du communisme à cette époque dans les élites anglo-saxonnes n’est une surprise pour personne, même si nous savons tous que le maccarthysme correspond pour l’Amérique aux heures les plus sombres de l’histoire de notre pauvre France à nous ! Quand on résiste, cela donne Patton. En 45, Patton ne veut ni de la paix avec la Russie ni de la famine en Allemagne ; il est viré et puis victime d’un fameux double accident de camion (dans la même journée, il fallait le faire !) avant d’être retrouvé mort dans son lit d’hôpital d’où il envoya un message désespéré à sa femme (- ils vont me tuer !). Il restait aux Allemands abattus et naïfs à leur tour à perdre environ quatre millions des leurs dans les camps de prisonniers polonais (1250 camps en Pologne à la fin de 1945 et cinq millions d’expulsés, lisez John Sachs et son remarquable "Eye for Eye"), français, américains, russes. Ce fut chose faite peu après. Les Allemands estimant leur punition méritée et donc ne se plaignant pas (sauf Adenauer dans ses mémoires !!!), on ne se montrera pas plus royaliste que le roi. Mais aujourd’hui que la Russie n’est plus une dictature communiste et qu’elle n’a plus le programme impérial stalinien ou mao-rooseveltien, elle redevient comme par enchantement l’homme à abattre du temps des tzars. Quand donc l’homo democraticus sera moins bête ? je suis trop vieux pour le dire maintenant. Il doit se charger de la Syrie puis de l’Iran, du Yémen libre, de toute la liste. On enverra des drones et des juges androïdes jugeront les victimes vitrifiées.
Personne ne va excuser les Allemands pour leurs crimes et pour leur inconduite. Hitler a ses lubies lunaires sur les oranges en Crimée, sur les sous-hommes Juifs et Slaves, et des dadas sur les Saxons. On parle souvent des crimes d’Hitler, pas de ses erreurs ; or ce sont ses erreurs (l’Angleterre, Mussolini, la Russie, l’aviation) qui lui ont fait perdre la guerre, pas ses crimes. Mais je répète : les chefs nazis ne veulent pas de la guerre contre l’Angleterre, et l’exigence churchillienne fera soixante millions de morts et nous créera le monde cauchemardesque, post-français ou post-humain dans lequel nous émargeons au quotidien en 45. Nous ne sommes plus rien et nous serons bientôt moins que rien. L’Angleterre a tué cinquante fois plus d’hommes, de femmes ou bien d’enfants que l’Allemagne sous ses bombardements inutiles (85 % du potentiel industriel est intact en 45 en attendant l’établissement de l’esclavage, le démontage d’usines et les vols de patentes) et elle a immédiatement assisté Staline en 41, pour après la guerre avoir le culot de dénoncer le rideau de fer et préparé une guerre froide interminable, encore renforcée à la chute du mur (OTAN, suspends ton vol !) et empêchant pour une période indéterminée la construction de l’Europe. Bien entendu tous les oligarques sont allés vivre à Londres après avoir pillé "leur" chère terre russe. Sur la dimension méphitique de la métropole londonienne, je recommande les journaux de voyages de Dostoïevski et de mon cher Théophile Gautier. C’est Baal et Babylone à chaque page, vers 1860.
Pour ce qui est de l’or que des malandrins et autres banksters ont fait baisser récemment sans même en posséder (lisez le courageux et compétent Paul Craig Roberts à ce sujet), je rappelle que Roosevelt en avait interdit la possession en Amérique pendant son lamentable New Deal qui ruina dix fois son pays ; et qu’il s’empara de tout l’or qui traînait alors dans notre pauvre monde, de provenance anglaise ou autre. A l’heure où Mme Lagarde parle de dettes de niveau de guerre, fruits de la guerre de l’euro, je fais juste ce petit rappel, qu’il vaudrait mieux avoir de l’or ; mais gare aux gabelous dans le futur proche. Ils ne prendront pas plus de gants que la Royal Navy. On n’en a pas fini avec les élites hostiles qui sont la marque de l’époque démocratique (à quelques exceptions près, citées plus haut, et canadiennes !).
Concluons :
« The great majority are rarely capable of thinking independently. »
C’est Hayek qui le disait dans sa route de la servitude, qui est un peu la route de l’histoire humaine (plus que celle du "totalitarisme"). Hayek ajoute une autre vérité que Churchill pouvait mieux méditer en pseudo-libéral qu’il était. Voyez sa prose :
« The war economy created in Germany in 19 14 is the first realisation of a socialist society. »
En 45, le monde entier est communiste, à des degrés divers.
En réalité tous les mouvements politiques modernes ont été d’essence démocratique. Churchill, Roosevelt, Staline en Russie restent d’ailleurs les idoles des foules, laissant à Hitler l’aura luciférienne des aubes dorées à venir. Seul le culte du général de Gaulle se fait plus discret. C’est la mécanisation de la mémoire.
Bernanos disait lui que la France avait déjà assez eu à payer pour la démocratie. C’était dans "La France contre les robots", son plus beau pamphlet qui célèbre notre France d’avant 89, élite de l’univers. Je le pense aussi.
Quant à ceux qui vont m’accuser de me faire l’avocat des diables et le pourfendeur de nos vertueuses démocraties, je hausse les épaules et leur recommanderai ce propos de l’illustre Robert Mc Namara, bombardier en chef en Allemagne et au Vietnam, dans the Fog of War, documentaire fabuleux passé sous silence en France en 2004 : « Si nous avions été vaincus, c’est nous qui aurions été pendus pour crimes de guerre. »
Shocking ! En tout cas merci cher lecteur, de m’avoir permis de faire mon abstruse mais nécessaire mise au point.
Toute sa vie, il a fait des affaires avec le diable.
C’est la méchanceté et l’alcool qui le conservent.De Gaulle (sur Churchill)
Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info/?p=1484#suite
-
Dimanche 25 août : manif pic-nic devant l’église Saint Pierre de Gesté
Lu ici :
"Le collectif St Jacques d’Abbeville et le Souvenir Chouan de Bretagne vous invitent à manifester votre opposition à la destruction illégale de l’église St Pierre, le dimanche 25 Aout à 12 h 30.
Ceux qui habitent trop loin peuvent envoyer au maire une simple carte postale avec l’église de leur ville ou de leur village et écrire : Touche pas à mon église.
Son adresse : Jean Pierre Léger, Hotel ville 9 place Monseigneur Dupont BP 9 49600."
-
Goldofaf - On m'a dit
-
Chronique de livre: Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, 1880 - 1883
Paul Lafargue est un auteur socialiste marxiste plutôt méconnu qui n’est rien de moins que le gendre de Karl Marx. Il est membre de la 1ere Internationale à partir de 1866 et participe également à la Commune de Paris en 1871. Co-fondateur du Parti Ouvrier en 1880 avec Jules Guesde, il est incarcéré en 1883. C’est à cette période qu’il rédige son plus célèbre pamphlet Le Droit à la Paresse. Il deviendra par la suite député du Nord de 1891 et 1893.L’ouvrage est réédité en 2009 par Gérard Filoche qui anime une revue nommée « Démocratie & Socialisme », mensuel de la gauche du PS. Celui-ci adjoint des considérations personnelles dénuées d’intérêts en préambule de l’ouvrage où il bat en brèche les conceptions de Christine Lagarde et du gouvernement de Nicolas Sarkozy sur le travail. En revanche l’article de Jean Zin, philosophe et militant écologiste sur le travail à la fin de l’ouvrage donne quelques pistes intéressantes. Ce qui n’est pas étonnant pour un homme visiblement inspiré par Jacques Ellul.
Revenons à nos moutons.
Paul Lafargue cherche dans son ouvrage à démontrer l’absurdité de la « valeur travail ». Le propos est dynamique et bien mené. L’auteur puise autant dans le passé, en s‘appuyant sur le mépris du travail des anciens Grecs et Romains, que dans son analyse de la démence capitaliste du XIXe siècle. Il brocarde toutes les catégories de la population, le prolétariat, qui est responsable d’après lui de son propre malheur, les économistes et autres zélateurs du capitalisme, l’armée qui n’a pour fonction que de réprimer les révoltes dans le sang, l’Église qui par sa morale encourage au travail car l’homme doit souffrir sur Terre, les usuriers (très explicitement reliés à une certaine communauté) qui font de l’argent sur le dos des patrons emprunteurs et des salariés qui triment. Il s’insurge sur le travail des enfants et sur le fait que le travail dans la société capitaliste ait contribué à faire dégénérer le peuple, jadis vigoureux.
« Nous avons aujourd’hui les filles et les femmes de fabrique, chétives, fleurs aux pâles couleurs, au sang sans rutilance, à l’estomac délabré, aux membres alanguis ! » pp. 38-39Paul Lafargue pointe la fuite en avant du capitalisme, obligé de conquérir des marchés partout dans le monde ou encore de dégrader la qualité des produits pour contraindre à la consommation (ce qu’on appelle aujourd’hui l’obsolescence programmée). Il se fait aussi très critique à l’égard de la « religion du progrès » et des « Droit de l’homme » qui sont pour lui liés au capitalisme et à la bourgeoisie (ce en quoi je suis totalement d’accord). Il s‘interroge aussi sur la technique, qu’on perçoit à la fois source de problèmes, quand elle devient la matrice de la production industrielle capitaliste mais aussi possible solution pour permettre aux ouvriers de ne travailler que 3h par jour et de faire « bombance » le reste du temps. La société communiste utopiste de Paul Lafargue est une société où l’on travaille peu, où l’on produit ce qui est nécessaire et où les hommes peuvent profiter de la vie (selon une expression consacrée). On pourrait tout à fait envisager une société où les robots auraient la même fonction que les esclaves de l’antiquité et permettraient à une majorité de la population de se dégager du travail. Encore faut-il se dégager du mirage de la surconsommation…
Ce pamphlet s’appuie aussi sur des considérations d’auteurs et démontre que même la réduction du travail a été une volonté des capitalistes…
Il est assez court (une cinquantaine de pages) est très intéressant autant du point de vue de la critique du capitalisme (certaines intuitions et remarques de Paul Lafargue sont toujours d’actualités), que pour plonger dans l’histoire des idées et des sociétés de l’Europe de la fin du XIXeme siècle.
-
Éducation nationale : une rentrée qui a mauvais “genre”…
La rentrée scolaire approche. Quelle est la priorité du gouvernement ? Lutter contre les « stéréotypes de genre », afin qu’ils soient « déconstruits et mis à distance », selon les mots d’un rapport remis fin juillet au ministre de l’Enseignement.
Vincent Peillon, flanqué de l’inénarrable Najat Vallaud-Belkacem, y travaille donc dur : une formation obligatoire des professeurs est prévue dans les « ESPE » (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation), qui remplaceront en septembre les IUFM ; les manuels scolaires seront revisités, et dès la rentrée, un dispositif baptisé « Les ABCD de l’égalité » sera lancé dans 500 classes de primaire, visant, comme dans la crèche Bourdarias que Najat Vallaud-Belkacem a visitée il y a quelques mois, à éradiquer dès le plus jeune âge les clichés et comportements sexistes. Une formation et des outils spécifiques sont prévus pour repérer les attitudes « genrées »…
Même si nos deux compères au gouvernement ont conscience, comme le dit toujours le même rapport, que la question du « genre » peut susciter de « fortes résistances et des réactions très négatives ». On rigole. La gauche fait l’expérience du mot piégé qui vous explose entre les mains. Eux, les maîtres artificiers du verbe, les spécialistes de la manipulation sémantique à la nitroglycérine viennent de comprendre qu’ils ne pourront plus dégoupiller le mot « genre » qu’avec d’infinies précautions.
Quoi qu’il en soit, comme le stipule le rapport, il faudra par exemple en finir avec le cliché de la « fille sage et laborieuse ». Quelle bonne idée. Vive la fille agitée et qui n’en fout pas une. Il restait un segment de population tenant à peu près en place pendant les heures de cours, il serait dommage de ne pas l’encourager à mettre le boxon. Dans la crèche Bourdarias aussi, on recommande aux fillettes de « faire du bruit, crier, grimper ». C’est le ci-devant secrétaire d’État à la Justice Jean-Marie Bockel qui ne doit pas en revenir… lui qui, fin 2010, dans un rapport sur la prévention de la délinquance juvénile, mettait en garde contre le développement exponentiel des bandes de filles « mimant des conduites jusqu’à présent masculines ».
Est dénoncée aussi, dans le secondaire, la sous-représentation des filles dans les filières scientifiques. Non qu’elles n’en aient pas le choix – puisque les filles, « sages et laborieuses », réussissent mieux à l’école –, mais elles n’en ont pas le goût. Et libérer la femme, ce n’est pas, pour le gouvernement, lui laisser le choix, c’est la forcer à faire le « bon » choix, comme on l’a déjà vu pour la réforme récente du congé parental. Il faudra donc faire rentrer à la trique et au chausse-pied les récalcitrantes dans une filière scientifique, faire d’elles des malgré-nous du BTP, de l’informatique et de la maintenance de plate-forme off shore. Ce qui contribuera fortement, on s’en doute, à leur épanouissement.
Si l’on voulait réellement œuvrer pour les femmes, ne faudrait-il pas au contraire revaloriser les filières littéraires, pour lesquelles elles ont visiblement de l’appétence ? À l’instar de Serge Villepelet, président (jusqu’au mois dernier) de PricewaterhouseCoopers France et auteur du livre Un patron qui aime les littéraires, ne faudrait-il pas mettre en avant les qualités propres d’une formation littéraire – de rédaction, de synthèse et d’analyse – pour l’entreprise ? Ne faudrait-il pas en finir avec le « tout sélection par les sciences », voulu par le sociologue marxiste Bourdieu, celui-ci accusant les formations littéraires d’être socialement discriminantes et de favoriser « l’endorecrutement » des classes dominantes ?
Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire
-
La Chine se dit prêt à déclencher la troisième guerre mondiale pour protéger l'Iran
-
Entretien de Pierre le Vigan concernant la modernité: une réflexion.
Le philosophe allemand Windelband a établi une distinction entre jugement de fait « cette table est noire » et jugement de valeur « cette table est belle ». Dans le premier cas, la formulation est incontestable car objective : toute personne rationnelle et normalement constituée considérera donc qu’une table noire est … noire. A contrario, le fait qu’une table soit belle est motif à contestation, y compris pour une personnalité rationalle. On retrouve ici donc la distinction entre objectivité et subjectivité. Pour autant, il ne faut pas céder à la simplicité, au premier élan, et considérer que les jugements esthétiques soient nécessairement subjectifs comme beaucoup le croient de prime abord. Autant que je me souvienne par exemple, Kant a établi une distinction entre le Beau et le Sublime. Et une théorie scientifique comme celle des angles privilégiés semblent nous pousser à accroire que les jugements esthétiques par exemple, ne sont pas nécessairement motif à subjectivité : le Beau serait objectif…
La postmodernité dans laquelle nous sommes entrés voici quatre décennies environ fut annoncée à l’avance par des personnalités d’exception comme le furent le baron Evola mais aussi Guy Debord. Je ne cacherai pas aux lecteurs que mes amis sont miens et, par voie de conséquence, me ressemblent. C’est ainsi que, au même titre que le personnage principal du « meilleur des mondes », la postmodernité n’a su les formater. Il ne faut pas croire que ces personnalités ont rationnellement décidé de combattre l’empreinte du monde contemporain comme on pourrait le croire spontanément. Le fait est que pour de multiples raisons, et j’insiste, sans qu’ils l’aient voulu, ils sont sortis indemnes du grand moule contemporain. Bien peu nombreuses sont aujourd’hui les personnalités différenciées pour reprendre une expression chère au baron et l’on peut songer que déjà chez Platon, la notion de « Peuple » ne désigne nullement les basses classes mais la quasi-totalité de la population. La partie du corps qui selon le philosophe grec la plus à même de représenter le peuple n’est autre que le ventre et, pourrait-on ajouter, le bas-ventre.
La tragédie auquel je suis confronté au quotidien est la radicale altérité dont je connais rationnellement les motifs mais aussi dont je souffre réellement dès lors où je suis en présence de la plupart de mes contemporains qui ne sont d’ailleurs pas, las, mes compatriotes : « J’habite mon nom, suis de ma langue, n’ai d’autre vraie patrie que celle de mes idées et ne me reconnais véritablement que dans les familles d’esprit que j’ai choisies. « Saint John Perse. La postmodernité parce qu’elle favorise, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Barrès, « le culte du Moi » - il y a un ouvrage majeur à écrire, fondé sur la neurologie pour montrer en quoi le Système triomphe - , ne peut que flatter la subjectivité des uns et des autres qui, elle-même, caresse les fondements de notre être, représentés par notre cerveau reptilien. C’est ainsi que mes contemporains, tellement imprégnés qu’ils sont de subjectivité, considèrent bien à tort que ce que j’exprime est subjectif alors même que je suis répertorié dans la caractérologie jungienne comme Intp, à savoir le profil le plus objectif qui soit.
Pierre le Vigan n’émet en aucun cas un point de vue personnel en déclarant que les hommes des Lumières n’ont nullement suivi ou favorisé volontairement la révolution française. Je connais d’autant bien le sujet qu’au sein de l’université, j’y ai consacré plusieurs années. Lorsqu’on interroge un de nos contemporains sur un sujet, il n’est pas rare qu’il réponde, même s’il est réellement ignorant : dans les faits, on papote bien plus que l’on ne dialogue, considérant que la première idée qui vient en tête ou qu’une prise de position presque consensuelle feront l’affaire. Je vais peut être surprendre le lectorat mais dans certaines circonstances, deux parallèles peuvent se couper. De la même façon, la planète terre qui est approximativement une sphère, est presque entièrement vide. Quant à l’inflation, elle ne signifie pas nécessairement la hausse des prix. De même qu'un cosinus ou un sinus, quoique l'on en dise dans l'enseignement secondaire, n'ont pas l'obligation de rester inférieurs ou égaux à 1. Voici donc quatre propositions – justes – dont beaucoup de nos contemporains eurent postulé le contraire, « la main à couper » …
Pour revenir aux Lumières, le premier penseur auquel on songe qui en soit représentatif est Voltaire. Grave erreur puisque Voltaire n’en fut pas, appartenant à la génération précédente. Pour prendre un intervalle de temps juste à des fins de mémorisation, il faut considérer qu’approximativement, les Lumières françaises, importés du monde anglo-écossais à destination finale de l'Allemagne, ne furent que durant le second quart du XVIII ème siècle, auquel il faudrait ajouter quelques années. Les hommes des Lumières ne furent en aucun cas démocrates et encore moins républicains. Leur admiration va à la monarchie constitutionnelle, anglomanes qu’ils furent. L’expression de « despotisme éclairé » fait partie de leur bagage. Par là il faut comprendre un exécutif fort mais aussi instruit et bienveillant, idéalement conseillé par ce que l’on peut appeler avant l’heure, des intellectuels.
Aucun des hommes des Lumières n’a donc de contact intellectuel privilégié avec la notion de révolution et Pierre le Vigan ne se trompe nullement en affirmant que le premier parmi les grands à être récupérable par les révolutionnaires fut Rousseau.
Je sais que les monarchistes contemporains haïssent le plus souvent le XVIII ème siècle, probablement au motif qu’il fut celui qui vit la fin de l’ancien régime. Pour autant, la mort de cette structure est bien antérieure et les origines de la chute sont à chercher au XVI ème siècle. Apparaîtront à cette époque et le capitalisme développé et le protestantisme. Il faut savoir qu’à cette époque, les lettrés furent bien conscients de la concomitance de ces deux événements. Si confier le pouvoir aux nobles, c'est-à-dire aux guerriers, parait tout à fait légitime dans une société archaïque, tel est de moins en moins le cas au fur et à mesure que la société se civilisait. Le capitalisme du XVI ème siècle que l’on peut appeler commerce international fit de certains Français anonymes, des hommes d’importance, réussissant leurs entreprises. Dans ces conditions, quand bien même un noble lui était hiérarchiquement supérieur, que l’entrepreneur doué avait plus d’importance que lui.
De la même façon, le protestantisme est beaucoup plus moderne que ne l’est le catholicisme. Les justifications ne font pas défaut : autorité supérieure (Vatican) et pas d’équivalent chez les protestants. Si l’on dit « catholicisme », « protestantisme » doit porter un « s ». Le prêtre est « supérieur » à ses paroissiens alors que tel n’est pas le cas du pasteur. Les catholiques n’ont pas accès aux textes religieux, les protestants si. La langue du catholicisme est celle de l’élite, les protestants utilisent celle du peuple… On comprend donc que le catholicisme sied beaucoup mieux à l’ancien régime que le protestantisme.
Ce serait donc de mon point de vue, les développements aussi bien du protestantisme que du capitalisme, qui annoncèrent la fin de l’ancien régime et nullement les hommes de Lumières, hostiles d’ailleurs, y compris par nature, à toute forme de révolution. On peut remarquer aussi que même Louis XIV qualifié de solaire, fit de graves erreurs qui jouèrent un rôle majeur dans le déclenchement du processus révolutionnaire un siècle plus tard ; ainsi en est-il par exemple de la centralisation excessive ; ainsi en est-il aussi de l’anoblissement de beaucoup de bourgeois, non au motif que ces derniers s’étaient distingués en raison de leur noblesse de comportement, mais en raison de leur réussite financière, valeur justement bourgeoise.
Pour conclure, je citerai un penseur d’outre Rhin qui n’est autre que Goethe :
« Avec Voltaire, c'est un monde qui finit : avec Rousseau, c'est un monde qui commence ».Philippe Delbauvre http://www.voxnr.com/
-
Les mystères du 11 septembre"