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culture et histoire - Page 1814

  • Les racines chrétiennes de l’Europe : Saint Benoît et le droit

    Dans La Règle de Saint Benoît : aux sources du droit…, Gérard Guyon, professeur émérite de l’Université de Bordeaux, montre que Saint Benoît, père de l’Europe, a eu une influence non négligeable sur le doit et les institutions occidentales.

    B« Alors que la civilisation juridique romaine laissait la personne pratiquement isolée et sans droit devant le pouvoir, l’idée selon laquelle celui-ci devait, au contraire, être au service de la personne, est inscrite en toutes lettres dans le texte [de la Règle bénédictine, NDMJ].  Cette conception s’est largement répandue en Europe, grâce à la multiplication des monastères bénédictins et cisterciens, dans lesquels l’abbé est à la fois un législateur soucieux de respecter la lettre de la loi divine et d’exercer sa justice d’une manière non vindicative. Appliquant sa sanction – comme nous le verrons – en tenant compte des circonstances et de la personnalité du délinquant. Cette attitude nouvelle est remarquable. Elle inclut aussi une anthropologie liée à la transcendance, consciente des exigences de la responsabilité morale. On est loin des conceptions obscurantistes médiévales si souvent décrites et heureusement dénoncées par Jean-Marie Carbasse. Au contraire, il s’agit de caractéristiques juridiques et processuelles considérées comme les plus modernes aujourd’hui et que tous les Etats ne sont pas encore parvenus à mettre en œuvre. »

    http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • L'héritage de Dominique Venner

     

    L'héritage de Dominique Venner
    L’historien et essayiste, ancien combattant de l’Algérie française et fondateur de la Nouvelle Revue d’Histoire (NRH) s’est donné la mort le lendemain de Pentecôte devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, laissant un testament politique dans lequel il appelait à des actions spectaculaires et symboliques pour « ébranler les somnolences », expliquant que « nous entrons dans un temps où les paroles doivent être authentifiées par des actes »… De nombreux hommages lui ont été rendus.
    Entretien d’Aliénor Marquet avec Philippe Randa qui lui a consacré un chapitre de son livre Ils ont fait la guerre. Les écrivains guerriers, préfacé par Jean Mabire (éditions Déterna, « Documents pour l’Histoire », 3e édition).
    Quel souvenir vous a laissé votre première rencontre rencontre avec Dominique Venner ?
    Il s’agissait de l’interviewer pour la revue Hommes de Guerre, dirigée par Jean Mabire. Le souvenir d’avoir affaire à quelqu’un qui savait très exactement, très minutieusement, comment devait se dérouler notre entretien. Il avait préparé questions et réponses ; les premières rejoignaient celles que j’avais préparées et donc « l’interview » pour article a été rapidement exécuté… Nous avons pu passer la suite de notre déjeuner dans une discution qui n’a fait que confirmer que Dominique Venner était quelqu’un dont la vision du monde, l’action et la pensée était parfaitement réfléchies, organisées…
    Qu’il ait mis fin volontairement à ses jours ne m’étonne donc pas ; c’est dans la droite ligne de son personnage.
    Certains qualifient Dominique Venner de « réformateur du nationalisme français » et même de « créateur de l’extrême-droite moderne » ; partagez-vous cet avis ?
    Pour ma part, j’ai toujours été plus sensible au Dominique Venner historien que théoricien. Peut-être parce que je ne l’ai pas connu à l’époque où il était engagé politiquement… Je suis même assez surpris que beaucoup l’appréhende comme un théoricien, mais c’est un fait… Si par ailleurs, j’ai eu toujours de très bons contacts avec Dominique Venner, je n’en ai jamais été proche, comme je l’ai été de Jean Mabire, par exemple… Si cela avait été le cas, mon opinion serait sans doute différente.
    Vous partagez avec lui une vision européiste pour l’avenir de notre pays… Ne pensez-vous pas que l’Union européenne actuelle a déconsidérée une telle vision ?
    La ligne « souverainiste », défendue par un éventail assez large de la classe politique, ne me semble pas être d’un dynamisme remarquable, se contentant généralement de pointer les défaillances évidentes de l’Union européenne actuelle… Étant pour ma part un partisan de l’Europe des régions, je ne peux que reconnaître la justesse de la plupart des critiques émises par les souverainistes, sans adhérer le moins du monde à leur obsession d’un retour au pré carré des Nations… Pour faire une comparaison avec votre prochaine question, c’est comme les critiques que certains émettent sur les religions monotéïstes en prônant un retour à des religions polythéïstes mortes, mais qu’ils envisagent pourtant avec le plus grand sérieux de ressusciter.
    Êtes-vous choqué par l’endroit choisi par Dominique Venner pour mettre fin à ses jours ?
    Dominique Venner a laissé une lettre expliquant qu’il admirait ce lieu de culte, « génie de ses aïeux » et ne voulait en rien choquer les chrétiens, mais « choquer » dans le sens de « réveiller » sa « patrie française et européenne » ; il a demandé à ses proches de comprendre le sens de son geste… Prenons acte de ses intentions. Quant à être fondateur de quoi que ce soit, je ne le crois pas… Nous sommes à une époque où un suicide, quelles qu’en soient les motivations, est perçu comme le simple acte d’un déséquilibré… Comme l’a dit Alain Soral à Nicolas Gauthier dans un entretien paru sur le site Boulevard Voltaire : « L’immense majorité des soumis, n’y verront que “le bon débarras d’un vieux con d’extrême droite” et sont déjà passés à autre chose… » On ne peut, hélas, être plus cyniquement réaliste.
    Dominique Venner n’ouvrait pas les colonnes de la NRH à certains auteurs jugés sulfureux… Pensez-vous que l’intérêt de la revue de Venner – qui savait jusqu’où aller trop loin –, n’était pas justement, en ne franchissant pas la ligne rouge, de pouvoir durer et toucher un public « hors milieu » par le biais de sa distribution en kiosque ?
    J’ignore absolument tout de la non-collaboration de certains auteurs à sa revue et des motifs pour cela… Qui sont les « On » et de quels droits reprochent-ils les choix de collaboration d’un directeur de publication ? Il est quand même, me semble-t-il « maître et charbonnier chez lui »… Pour ma part, quand j’émets des reproches, c’est sur un texte qui a été publié et non sur ceux qui ne l’ont pas été… Et pour ma part toujours, je juge ce qui a été écrit et non pas par qui cela a été écrit… Les collaborations à la NRH ont été suffisamment éminentes, riches et multiples pour qu’on s’en réjouisse sans chercher chicagne sur celles qui n’y ont pas figurées.
    Votre politique éditoriale est différente…
    J’applique évidemment dans ma politique éditoriale ce que je viens d’expliquer… Libre à ceux que je n’ai pas publié pour des raisons que leur ai indiqué et qui ne regardent qu’eux et moi, d’en penser ce qu’ils veulent… Quant à ceux qui jugent les auteurs ou les œuvres que j’ai ou vais publier dans le futur comme des « provocations », c’est participer à la diabolisation de certains auteurs, de certaines pensées, c’est admettre implicitement qu’on ne peut pas lire certains livres ou certains auteurs pour comprendre le passé ou répondre aux défis du présent, mais simplement pour « faire du buz », selon une expression contemporaine… Si certains me considèrent comme un provocateur, qui puis-je ? Je n’ai pas de temps à perdre avec eux.
    Dominique Venner avait ses choix de collaboration, j’ai les miens éditoriaux… Je doute que lui m’ait considéré comme un provocateur, pas plus que je ne l’ai considéré comme d’une trop grande prudence… « On » peut bien penser ça de lui ou de moi… Je doute qu’un tel jugement l’ait beaucoup chagriné de son vivant. Quant à moi, ai-je besoin d’être plus explicite ? Sinon, je peux citer Michel Audiard qui avait des saillies assez justes pour qualifier tous les « On » de France et de Navarre. Et d’ailleurs !
    La dichotomie nationaux/nationalistes qu’il avait introduite s’appliquerait donc aussi à la presse et à l’édition ? Et lui, le révolutionnaire, aurait tenu le rôle du national pendant que vous tenez celui du nationaliste ?
    Je suis fatigué de l’éternel débat entre « nationaux » et « nationalistes », entre « révolutionnaires » et « réactionnaires », entre « républicains » et « fascistes »… C’est un vocabulaire obsolète qui empêche tout véritable débat et ne correspond plus en rien à notre siècle. Que l’on prenne position sur des débats actuels avec un vocabulaire adapté me semble plus fécond… Quant à savoir si Dominique Venner ou moi-même ou d’autres encore tiennent des « rôles » et quelles sont les différences entre nous, c’est vouloir absolument étiqueter les uns et les autres… L’ennui, avec les étiquettes, c’est qu’elles correspondent rarement à la réalité et n’ont d’autres finalités que réduire l’expression ou la crédibilité de ceux qui en sont victimes… Intéressons-nous à ce qu’écrivent les uns ou les autres, cherchons à en tirer le bon grain utile de l’ivraie stérile… Pour jouer un rôle, il faut être dans une pièce où un maître-d’œuvre distribue justement les rôles… Je ne pense pas que Dominique Venner ait obéi à qui que ce soit pour « jouer » une partition écrite par d’autres… Ce n’est pas mon cas non plus.
    Quel regard le professionnel de la presse et de l’édition que vous êtes porte-t-il sur l’œuvre de Dominique Venner ?
    Dominique Venner a vécu une époque où les idées qu’il défendait n’étaient pas en « odeur de sainteté politique »… Il n’a donc pas connu la notoriété des plateaux de télévisions et n’a guère été invité dans les grandes universités pour débattre comme tant d’autres auteurs de bien moindre talent… Ce n’est pas le seul dans ce cas ; ses amis et complices Jean Mabire ou Jean Bourdier hier, Alain de Benoist aujourd’hui encore, sont cloués au même pilori d’exclusion… Reste son œuvre. Des centaines de milliers, sans doute même des millions d’exemplaires de ses livres, de ses articles, une revue d’histoire qui va perdurer au-delà de sa disparition… Pour ses détracteurs, il a peut-être « débarrassé le plancher », mais il a, à l’évidence, laissé aux générations futures de fructueuses munitions qui pourraient être d’importance pour « refonder notre future renaissance en rupture avec la métaphysique de l’illimité, source néfaste de toutes les dérives modernes », selon ses derniers désirs exprimés dans sa lettre-testament.
    Notes :
    Ils ont fait la guerre. Les Écrivains guerriers, Philippe Randa, collection « Documents pour l’Histoire », éditions Déterna, 304 pages, 31 euros
  • Vivre hors de la matrice : José et le génie de la montagne andalouse

     

    L’Espagnol est sobre, loyal, patient et désintéressé ;
    il est fier, il est brave, il est religieux. Que lui veut-on
    de plus, ou de moins ? Il a les défauts de ses vertus,
    mais il n’a pas de vices.

    Bonald

    José et sa laitue avec un grand sourire

    Pour vivre hors de la matrice, il ne faut pas filer au fin fond de l’Amazonie ou de la Sibérie. Cette folie ne dure que quelque temps, le temps de faire un reportage. On sautille partout et puis il faut rentrer en avion ou en bécane.

    Il faut rester en un lieu où l’on ait la force de rester. C’est une question d’habiter avec soi-même, non de filer avec soi-même. La matrice est la fuite, et le refus de l’être. Il faut donc être en un lieu où l’on ne mesure pas le temps d’une fuite. L’église est une nef, un vaisseau, et pas un fleuve. On laisse le fleuve à Héraclite et au capitalisme en continu, on réalise le christianisme champêtre, ce clavecin bien tempéré du monde. C’est cela "habiter", et c’est le champ du monde. Comme a dit un écolo pour une fois bien inspiré, la terre donne et produit pendant mille ans ou plus, la construction deux mois par an ou bien zéro. A méditer à l’heure où notre terre est recouverte (disait Mumford) de détritus urbains, à méditer quand notre euro vaudra zéro.

    ***

    Vivre hors de la matrice ne doit pas durer le temps d’un caprice, d’une rupture, d’une vacance. Je ne mesure jamais, me dit mon logeur José, ancien maire de Trevelez. José a construit des centaines de mètres carrés avec les pierres de sa rivière, mais il n’a pas mesuré ! Il travaille douze à quinze heures par jour, mais il n’a pas mesuré. Il porte la même chemise propre et repassée pour travailler depuis dix ans, mais il n’a pas mesuré. Il a peut-être trop construit mais comme dit Bonald, c’est le défaut de ses vertus et ce n’est pas un vice.

    Le vice est venu dévorer la côte d’usure en Espagne, car comme a dit Piéplu, les cons sont sur les bords. José me donne l’exemple de sa sagesse dans son village construit non seulement à la campagne mais aussi - mais aussi, pour faire rager le trop spirituel Allais - à la montagne. Il a gardé sa famille autour de lui, grands enfants y compris. Pourquoi envoyer ses enfants comme tant de Français à Singapour ou à Seattle ? Qu’y a-t-il là-bas, à part quelques dollars de plus, vite dépensés dans les avions et dans l’immobilier ? La société où tout est basé sur le fric est de moins en moins rentable, elle est de plus en plus radine. Que j’en ai connais des gens, partout, qui vivent mal avec dix ou vingt mille dollars mensuels...

    José a vu arriver les touristes dans ces parages hauturiers de nos Alpujarras, mais il affirme que le tourisme de Trevelez est un tourisme lent. Eloge de la lenteur... On vit d’autre chose ici, et c’est cette autre chose qu’il convient de découvrir et de préserver. Maire humble, sans indemnités ni casseroles aux fesses, candidat à la non-réélection (ce qui me paraît une excellente option en politique : on ne se fait réélire que si l’on veut durer par intérêt, alors qu’on se fait élire pour un programme (soi-disant ; le programme de José c’était les sentiers, José était un pontife !).

    Un de mes cousins aussi, nommé Augustin, était maire en Lozère de son village. Le reste de sa vie, il taillait des pierres, construisait des maisons qu’il me signalait sur la route, à des kilomètres de chez lui. Lui aussi n’a été maire qu’une fois. Il faut être mère plusieurs fois et maire une seule, notre société fait tout à l’envers.

    ***
    Un cheval sibyllin sachant cheminer seul

    Les grands américains ont tout dit en deux phrases : Thoreau, qu’il ne faut pas être l’esclave de sa conscience (on accuse la société de notre malheur, mais nous en sommes les seuls auteurs) ; Poe qu’il faut renoncer à toute ambition abstraite. De ce fait nous restons alors tranquilles pour nous adonner à la grandeur concrète : la maison, le jardin potager, la forêt, l’animal, la famille, l’équilibre vital. La civilisation industrielle presque a tout détruit et tout homogénéisé pour presque rien en 200 ans, et elle a disparu ; la civilisation postindustrielle et virtuelle, nous le voyons, n’est rien, quand on n’est pas dans la technophilie et l’addiction médiatique. Elle n’est que "presse digitation", "com. inique action". Elle passera après avoir occupé l’esprit de quelques agités de la politique et des affaires à qui il faut empêcher de détruire ce qui reste à détruire, libertés y compris. Mais ne polémiquons pas, Léon Bloy l’ayant fait mieux que nous :

    « Et l’époque est sans doute peu éloignée où les hommes fuiront toutes les vanités du monde et tous ses plaisirs et se cacheront dans les solitudes pour se consacrer entièrement, exclusivement, aux AFFAIRES. »

    Et bien c’est fait.

    Le coeur de Trevelez - avec les jambons, de haute tenue, et qui incarnent ici, vrais instruments de combat, l’esprit serein de la Reconquista - ce sont ses jardins. Ils compénètrent le village, ils vivent avec lui. La construction n’a pas osé trop empiéter, c’aurait été trop d’impiété. Au contraire en Espagne depuis la Crise (une expérience intéressante, qui finalement renforce la famille, la non-violence, la balance commerciale, les solidarités, qui déconnecte les gens des ruineux médias, et qui les rapproche de ce qui donne immédiatement, la terre justement comme on dit aujourd’hui encore ici à la télé...) on reconnaît une petite renaissance terrienne et tellurique. On redécouvre l’intérieur, on n’est plus à la plage.

    ***
    Un homme non marteau avec une faucille!

    Donc José file à cinq heures du soir à sa huerta, où il cultive son jardin. Il a planté beaucoup de framboises, des cerisiers, des pommiers, de poiriers, il aime les patates, les tomates, du persil pour chaque jour, des courges et courgettes, des haricots pour plats typiques (dit ma femme, élevée dans le devoir de Dvor dans la défunte Union soviétique), concombres et carottes (attaquées par des taupes aussi aveugles que nos politiciens), des aubergines (le mot en castellan, berenjena, m’a toujours enchanté !). Il ne fatigue guère, comme tous les gens qui travaillent durement. Ils se plaignent brièvement, se remettent à l’ouvrage, et la douleur trépasse. L’inverse du citadin que je suis, et qui emphatise sa douleur, quand il ne la crée pas mentalement. Tout est dans la conscience, Thoreau toujours. Le dynamisme de la population du village, dans une région enkystée par l’obésité, fait plaisir à voir. Il faut voir ces ancianos comme on dit dresser les meules à la nuit tombante ou se presser le matin dans un sentier de montagne pour quelque petite affaire. Trevelez est d’ailleurs une cité silencieuse : le flot de purin de la mélodie mondiale ne l’atteint pas, ou alors peu. On apprend à vivre avec un petit silence mondain, entrecoupé des chansons du torrent, du hennissement équestre, de l’aboiement lointain, (les chiens d’ici sont bien doux, bien élevés et le maître n’a pas été dressé à ramasser leur merde). Le frémissement de la montagne à l’apparition de la lune pleine (assez phénoménale ici) ou du soleil suffit à exalter le silence. La montagne d’ailleurs, l’été comme l’hiver, devient terrain de sport, avec le touriste moyen en bâton de marche nordique et maillot de bain, la tête couverte comme Lawrence d’Arabie mais les cuisses grillées à l’air, sous une intensité solaire tout aussi olympique. Mais ces gens-là repartent vite et la montagne reste la source de l’eau pure et du discret mystère. On voit parfois un promeneur libre se livrer à l’étude de l’herboristerie.

    ***

    Ce n’est pas parce qu’on est dans un village que l’on est hors de la matrice. Voyez le village de France, ses banques, ses débits de boisson (relire Céline et Mirbeau à ce propos), ses salons d’esthétique (Marguerite, suis-je belle, mon miroir, etc.), ses agences immobilières (ô désastre mondain !) ; et puis aussi ses pharmacies car dans notre monde de malades imaginaires... Il faut donc bien considérer en entrant dans un village pour s’y retirer ou s’y étirer à quelle distance il se tient de la matrice. Au cas contraire, rester en ville. La banque a été ici le vrai détonateur, le vrai problème, la vraie matrice, avec l’euro le vrai péché (la dette, en latin d’église : dimitte debita nostra...) ; profitant comme tous les tentateurs moins du vice que de l’absence d’une certaine vertu que l’on nommait jadis méfiance. On la transforma en préjugé et tout le monde se ruina pour faire plaisir à la Bête.

    Un village tout blanc au fond de la montagne

    Ce n’est pas non plus parce qu’on est hors de la matrice que l’on ne sait rien faire. Je dirai même l’inverse : en sortant de la matrice, on redécouvre le monde matériel, on quitte l’idéalisme et puis le virtuel, on redécouvre la matière et l’incarnation. Tout le monde ici sait bêcher, sarcler, planter, réparer, bricoler, repriser, édifier, dépanner, se soigner. L’homme autarcique, contraire au libre-échange globalisé, règne en maître sur son petit territoire qui devient grand comme le monde. C’est Chesterton qui en parle quelque part de ce bourgeois mondialisé qui vit dans un monde petit (à Seattle, à Singapour), quand notre paysan polyfacétique et polytechnicien, banquier, chimiste aussi, cuisinier, physicien, survit en vrai seigneur dans le microcosme absolu.

    Comme le marin hauturier ou le pêcheur d’antan, José a appris à tout faire. Je me rappelle avec émotion mon cousin Augustin, dieu bricoleur (le samilnadach chez nos ancêtres) lorsqu’il discutait avenir avec sa soeur en un patois parfait. C’était aussi un homme de la Renaissance, la vraie, pas de celle des pauvres comme Jobs qui tripotent leur Androïd ou le Smartphone sans savoir ni ce que c’est ni où c’est fabriqué.

    Il faut apprendre dans quel monde on survit, le savez-vous, amis ?

    ***

    On raconte que Tolkien fut émerveillé à Venise par l’absence de l’automobile. Ailleurs, il écrit qu’à l’occasion de l’ouverture d’une énième station-service on se trouve au Mordor. Il est important au vrai d’échapper à l’information, à la presse oppressante (on ne voit même pas de journaux ici, cela n’intéresse plus personne comme dans ce film de Philippe de Broca où Marielle découpe toutes les mauvaises nouvelles, ne laissant au pékin qu’un lambeau de journal) qui remue le scandale, mais il est aussi important de retrouver le cheval. Ce serait bon un monde où l’on renoncerait au moteur. Le village interdit ici physiquement l’utilisation de la bagnole, donc on monte, on descend, on monte à cheval, on vit dans l’essence de la science silencieuse. Evidemment, on doit bien sûr avoir parfois recours à cette mécanique pour quelques courses lointaines. Sortir du village ou y venir en temps de crise avec un baril coûteux devient obtus.

    Les travailleurs de meule à la tombée du jour

    José, qui est politiquement d’une gauche bon teint travailleuse - sans donc me prendre la tête une seconde, ni se la prendre -, me raconte sa jeunesse : il avait seize ans, il avait quitté l’école avec donc toute sa tête, il transportait les vaches dans la province de Cordoue, plus belle ville de ce monde, par groupes de 400. Il y allait à pied, avec un petit groupe, dormant à la belle étoile ; on partait en novembre au moment des frimas de la montagne (on est quand même à 1600 m ici). Pas une plainte, pas un bobo, des petits veaux naissaient, ils retrouvaient leur mère dans le petit troupeau, et on suivait la route jusqu’à Cordoue. Parfois on se perdait dans un pueblo, on doutait d’une route ou pire de la rue. Eh bien me dit José, on laissait partir avant les plus expérimentées des vaches et elles retrouvaient bravement le chemin, avec toute leur tête. Ce n’est pas si sot une vache ; on la trouvait d’ailleurs dans notre crèche.

    ***

    J’arrête là, je n’écris plus de livre, l’époque ne s’y prêtant plus (on a autre chose à faire, des affaires et des guerres notamment). José apprend deux choses : la chair est faible, certes : on ne veut pas se baisser pour travailler la terre, on ne veut pas se lever, on ne veut pas marcher ; mais l’esprit aussi est faible. On préfère l’HLM et le poulet aux hormones comme dit Jean Ferrat, à toute autre vie moins urbaine.

    Et qu’on ne me casse pas les pieds ou souille mon texte avec le retour à la terre.

    Je parle d’un retour à la raison.

    Nicolas Pérégrin http://www.france-courtoise.info/?p=1483#suite


    Contact José : Meson Del Jamon, barrio Medio, Treveléz. Espagne
  • Octave Mirbeau et la décadence à la française

    La fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième sont marqués par un grand désespoir culturel et spirituel, qui accompagne un grand boom économique et industriel. La modernité n’a pas encore accouché de son athéisme jouissif et de son nihilisme soft remixé au développement personnel, et il lui semble encore qu’elle a perdu tous ses repères ancestraux, spirituels, agricoles, aristocratiques, monarchiques. Bien des esprits s’en plaignent aussi bien en France qu’en Russie : Tchékhov, Tolstoï en Russie, Belloc ou Chesterton en Angleterre, Bloy, Mirbeau ou même Maupassant en France.

    Octave Mirbeau est un écrivain Français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Anarchiste et provocateur, il ne cesse de dénoncer dans des pamphlets ou des romans osés ("le Journal d’une femme de chambre"...) son époque et l’humanité qui l’accompagne, qu’il juge lamentable. Grand journaliste et voyageur, grand styliste aussi, il publie un tas d’ouvrages qui lui valent une reconnaissance internationale, dont celle du comte Tolstoï tout aussi convaincu de la décadence des temps (voir son essai sur le déclin de l’art). Mirbeau apprécie d’un autre côté les inventions médicales et techniques de son temps, la révolution industrielle et commerciale le fascine et il publie en 1907 une chronique de son fastueux voyage en automobile, titrée "La 628-E8" (quel titre expérimental pour son époque, et même la nôtre !). Mirbeau déteste le colonialisme de la gauche républicaine, le surarmement et le nationalisme agressif de son temps et il espère ainsi un peu rapprocher les peuples de l’Europe ; mais voici ce qu’il écrit de la population d’Anvers en Belgique :

    « J’ai remarqué, à quelques exceptions près, que les villes, surtout les villes de travail et de richesses, qui, comme Anvers, sont des déversoirs de toutes les humanités, ont vite fait d’unifier, en un seul type, le caractère des visages... Il semble maintenant que, dans les grandes agglomérations, tous les riches se ressemblent, et aussi tous les pauvres. »

    Cette homogénéisation reflète bien sûr la fabrique industrielle d’un modèle nouveau d’être humain. A l’époque seule la Russie résiste avec ses communautés alors innombrables de moujiks comme le remarquera le grand voyageur et écrivain anglais Stephen Graham.

    Mirbeau voit aussi notre paysan français se faire happer par la matrice de la vie moderne. Dans son roman à clés très ironique, "Lettres de ma chaumière", Mirbeau dévaste la bonne opinion que nous pourrions avoir du paysan français traditionnel :

    « Le paysan, comme tout le monde, veut être de son siècle, et il suit, comme tout le monde, le vertige de folie où tout dégringole. On peut dire même qu’il n’y a plus de paysans. »

    En 1907 ! Il n’y a déjà plus de paysans ! Tout comme Gautier qui déclare qu’il n’y a plus que des touristes dans les églises et que l’Espagne elle-même n’est plus catholique - en 1840 !

    Devenu paresseux, joueur, alcoolo, le paysan ne veut plus travailler, ou alors il lui faut du Champagne, se plaint un employeur ! Il est d’ailleurs très bien protégé par les barrières douanières du mélinisme. Mirbeau en apporte l’explication avec une belle ironie d’expression qui frise le pastiche de pastorale :

    « Le suffrage universel en t’apportant les révoltes et les passions, et les pourritures de la vie des grandes villes, t’a découronné de ta couronne de gerbes magnifiques où l’humanité tout entière venait puiser le sang de ses veines, et te voilà tombé, pauvre géant, aux crapules de l’or homicide et de l’amour maudit ! »

    Comme on voit l’humour ne perd pas ses droits. La parodie remplace le paradis perdu.

    Sans être un nostalgique des temps anciens, sacrés et médiévaux, Mirbeau voit avec toute sa lucidité anarchiste et sa jactance pamphlétaire les responsabilités de la démocratie moderne ; car à partir de 1870 la France ne cesse plus de sombrer, y compris démographiquement d’ailleurs :

    « L’anémie a tué nos forces physiques ; la démocratie a tué nos forces sociales. Et la société moderne, rongée par ces deux plaies attachées à son flanc, ne sait plus où elle va, vers quelles nuits, au fond de quels abîmes on l’entraîne.

    La démocratie, cette grande pourrisseuse, est la maladie terrible dont nous mourons. C’est elle qui nous a fait perdre nos respects, nos obéissances, et y a substitué ses haines aveugles, ses appétits salissants, ses révoltes grossières. Grâce à elle, nous n’avons plus conscience de la hiérarchie et du devoir, cette loi primitive et souveraine des sociétés organisées. »

    Attention bien sûr au deuxième degré chez Mirbeau !

    La grande catastrophe de l’époque est - entre autres ! - l’alcoolisme qui se développe partout, en Russie aussi bien qu’en France d’ailleurs, et alimente une décadence à la fois morale et physique à laquelle seront sensibles bien des responsables politiques - voir la Prohibition en Amérique. Et Mirbeau de décrire comment l’alcoolisme comme une peste dévaste et ronge toutes les campagnes :

    « Alors, ils se réfugient au cabaret, au cabaret que la politique énervante d’aujourd’hui a multiplié dans des proportions qui effraient.

    En un village de trois cents habitants, où il y avait autrefois cinq cabarets, il y en a quinze maintenant, et tous font leurs affaires.

    Plus de règlement, plus de police. Ils ferment le soir à leur convenance, ou ne ferment pas si bon leur plaît, certains de n’être jamais inquiétés ; car c’est là que les volontés s’abrutissent, que les consciences se dégradent, que les énergies se domptent et s’avilissent, véritables maisons de tolérance électorale, bouges de corruption administrative, marqués au gros numéro du gouvernement... »

    C’est que la vie politique démocratique s’établit alors sur la dette publique, la propagande de terrain et l’alcoolisme de masse. Rien n’est alors assez bon pour s’emparer de l’électeur, comme s’en rend alors compte le sociologue Ostrogorski qui fait une description dantesque de la vie politique américaine et de ses partis contrôlés par les bosses et les parrains les plus cruels.

    On laisse Mirbeau conclure avec sa verve coutumière :

    « Sommes-nous donc dans une époque d’irrémédiable décadence ? Plus nous approchons de la fin de ce siècle, plus notre décomposition s’aggrave et s’accélère, et plus nos coeurs, nos cerveaux, nos virilités vont se vidant de ce qui est l’âme, les nerfs et le sang même d’un peuple. »

    Mais nous savons au moins depuis les romains que la décadence bien menée peut durer cinq siècles ! On se consolera avec ce que Mirbeau nous dit des officiers allemands de la prestigieuse prussienne armée :

    « Ils ne travaillent pas et ne s’occupent que de leurs plaisirs : le jeu, les femmes, et même les hommes... »

    Sans commentaire !

    Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info/?p=1480#suite

  • Charles le Bien servi et les siens

    Charles VII a-t-il été victime, aux yeux de la postérité, de la gloire de Jeanne d’’Arc, et de la présence, autour de lui, de personnalités plus flamboyantes que la sienne ? Le fait est que ce roi, malgré l’’un des bilans les plus éclatants de notre histoire, paraît souvent y faire triste figure.
    Un personnage méconnu
    Lorsqu’’il vient au monde, le 22 février 1403, le onzième enfant du roi Charles VI et d’’Isabeau de Bavière, baptisé Charles, comme deux de ses aînés disparus en bas âge, et titré comte de Ponthieu, ne paraît vraisemblablement pas promis à un grand destin. L’’état de santé mentale de son père étant alors fort ébranlé, et la reine se refusant d’’ordinaire à partager la couche d’un dément qui la rosse, de bonnes âmes murmurent que le prince n’est pas du souverain, mais du frère de celui-ci, le beau duc Louis d’’Orléans. Vaines rumeurs, mais qui pèseront de tout leur poids sur le destin de l’enfant, et qui expliquent, en partie, le caractère de celui qui, en dépit des obstacles, deviendra un jour Charles le Victorieux et le Bien Servi.
    Des surnoms dont son dernier biographe, Georges Minois, souligne l’’ambivalence, pour ne pas dire la malveillance. Charles VII n’aurait-il donc été, finalement, qu’’un assez pauvre personnage, sauvé par des seconds rôles de grand dévouement et de grand talent ? Plus d’un historien l’a dit, et parfois même démontré. Pour beaucoup, « le gentil dauphin » doit tout à Jeanne, qui l’aurait arraché à son apathie en le confortant, « de par Dieu » dans la certitude de sa filiation légitime. Pour d’’autres, derrière la bonne Lorraine se profilerait la remarquable Yolande d’’Aragon, duchesse d’’Anjou, antithèse opportune de la Bavaroise, dont le sens politique et l’’intelligence auraient « inventé » l’’épopée johannique, et donné à son jeune gendre la motivation qui lui manquait. Il faudrait encore mettre en évidence la qualité des capitaines, de certains princes de la famille royale, du financier Jacques Cœœur, des commis de l’’État, qui, à eux tous, auraient réussi, à refaire de la France annexée, vaincue, démembrée, des lendemains d’’Azincourt et du traité de Troyes, le pays puissant, réunifié, riche, destiné à s’imposer comme la nouvelle grande puissance de l’’époque.
    Georges Minois, pour sa part, refuse cette version qui réduirait Charles VII à rien, ou peu s’’en faut, et cherche à prouver que le roi ne fut pas le jouet de son entourage et des circonstances, mais que, lucidement, patiemment, intelligemment, il a peu à peu construit lui-même l’œ’œuvre de résurrection française. Dans ce contexte, les initiatives de son entourage, jusque’’aux mieux intentionnées, s’’avéraient gênantes, pour ne pas dire nuisibles, face au plan de génie médité par le roi. Et Jeanne elle-même, avec ses témérités inspirées d’’En Haut, ne pouvait être qu’’une trouble-fête agaçante, à ranger ni plus ni moins dans la catégorie des nombreux illuminés des deux sexes qui pullulaient alors dans un pays aux abois… …C’’est un défaut fréquent des biographes qui veulent trop défendre un personnage par ailleurs réellement méconnu et sous-estimé de dénigrer ceux jugés lui faire de l’’ombre. Georges Minois n’’y échappe pas et ce travers gâte un peu ce gros livre documenté, foisonnant, tapisserie de haute lice qui, loin de se borner à la personne de Charles VII, brosse autour de lui l’’immense fresque de l’’époque, des événements et des protagonistes. Synthèse nécessaire, certes, car l’’on ne peut parler du roi sans parler de son œœuvre et de la France. Mais, dans l’’ampleur du tableau, Charles VII, l’’homme, dont Minois souligne combien nous sommes renseignés sur lui, disparaît un peu. Et c’’est un comble puisque le but est de démontrer quelle place il tient dans l’’ensemble. Au vrai, le bilan du règne parle pour lui, et l’’on serait tenté de dire qu’’il n’’y a pas de honte, dans ces conditions, à être « le Bien Servi », car seuls ceux qui le méritent trouvent des serviteurs à la hauteur de leurs rêves. Ne pas l’’admettre serait accréditer la légende injuste qui fit aussi du roi Charles l’’Ingrat.
    Première favorite
    Certains historiens, sentimentaux ou romanesques, ont cru trouver une explication à la transformation du souverain en homme enfin sûr de lui et en triomphateur : l’’amour. Marié par raison d’’État à sa cousine Marie d’’Anjou, femme exquise mais dont les chroniqueurs du temps disaient aimablement « qu’’elle était laide à faire peur aux Anglais », Charles VII se serait soudain épanoui dans les bras d’’Agnès Sorel, fille d’’honneur de la duchesse d’’Anjou, rencontrée à Toulouse en 1443.
    En fait, la métamorphose du roi est assez largement antérieure à l’’apparition de la demoiselle dans sa vie. Il eût été surprenant, sans cela, que ce timide renfrogné trouvât l’’audace d’’imposer à la face du monde, non point la première maîtresse royale, mais la première favorite en titre ; autrement dit que le roi très-chrétien se revendiquât publiquement adultère, ce qui ne s’’était jamais vu, du moins en France.
    Sur la beauté d’’Agnès, fantasmée, exaltée, entre autres par la fameuse Vierge à l’’Enfant de Jehan Fouquet, pour laquelle l’’impudique aurait servi de modèle, les contemporains demeurèrent divisés. Les uns la portaient aux nues, un évêque, scandalisé, ne la trouvait « qu’’une assez jolie garce ». La question semblait insoluble jusqu’’à ce qu’’en 2004, le retour de sa dépouille mortelle en la collégiale de Loches, d’’où les chanoines l’avaient délogée en 1777 avec l’’accord de Louis XVI, entraînant une énième exhumation, permît à la science de trancher la question.
    Cet événement macabre a servi de prétexte à la biographie que Françoise Kermina publie et qui prend en compte les dernières découvertes. Étrange illustration du thème pieux des vanités que cette vie d’une jeune femme tant admirée, tant aimée, morte à vingt-cinq ans environ, retracée ici à la lumière des analyses de quelques fragments osseux. Enfin, s’’il semble maintenant certain qu’’Agnès fut victime d’un empoisonnement au mercure, il demeure impossible de dire si ce fut le résultat d’une erreur médicale, ou un crime politique. L’’histoire, il est vrai, n’’est pas une science exacte.
    Roi plein de charmes
    René d’’Anjou, involontaire complice des trahisons conjugales de son royal beau-frère, n’’était pas lui-même un parangon de vertu, mais il mit à tromper ses épouses, Isabelle de Lorraine puis Jeanne de Laval, plus de discrétion, et une espèce de bonne humeur, de sorte que, loin de lui nuire, ses passades ajoutèrent à sa légende.
    Certains historiens ont estimé que c’’était faire trop d’honneur à ce prince léger, maladroit, incapable de grands actes politiques, guerrier malchanceux et dilapidateur de son hoir. Jacques Levron, dans une biographie parue en 1954 et sans cesse rééditée depuis, a, pour sa part, justifié « le bon roi René » et son heureuse réputation tant auprès des Angevins que des Provençaux. Sous sa plume alerte et souriante, ce cadet de la Maison de Valois-Anjou, jamais idéalisé ni excusé, apparaît cependant plein de charmes.
    Certes parfait produit d’’une société chevaleresque expirante qui vivait un peu trop dans ses rêves, René, s’il perdit son royaume de Naples par maladresse, eut au moins la sagesse, qui manquerait à d’’autres, de ne pas s’’enliser dans une guerre italienne. Si, politiquement, il n’’avait pas vu la société évoluer, intellectuellement, il annonce déjà les princes mécènes de la Renaissance. Poète, de moindre talent que son cousin Charles d’’Orléans, peintre, musicien, grand amateur de joutes et de spectacles, il fut aussi et surtout un horticulteur et un agronome, soucieux de ses jardins, de ses vergers, de ses vignes, qui fit beaucoup pour l’’acclimatation d’’espèces méditerranéennes dans la vallée de la Loire et en Lorraine. Proche de la spiritualité franciscaine, il aimait les oiseaux, les animaux, et les pauvres qu’il savait secourir et protéger. C’’est cela d’’abord que ses sujets ont retenu de lui, et sans doute ont-ils eu raison.
    Tueur en série
    Gilles de Rais était, lui aussi, le produit d’un monde qui finissait dans des tumultes tels que ses contemporains en perdaient parfois l’’esprit. Comme les princes angevins, dont il fut tour à tour féal et adversaire, il aimait le luxe, le faste, et cultivait un besoin de paraître propre aux grands seigneurs de son temps. L’’ennui étant que le sire de Rais, tout maréchal de France qu’il fût devenu par la grâce de son protecteur Georges de La Trémoille, n’’avait pas su gérer une carrière militaire et politique si bien commencée.
    À trente ans, son rôle était achevé, le condamnant, faute de trouver à s’employer à sa mesure, à se muer en seigneur brigand qui cherchait, en jetant son argent par les fenêtres, à retrouver dans la société la place qu’’il n’’avait pu garder. Cette prodigalité fut le premier signe qui inquiéta sa parenté, avant les rumeurs insistantes qui faisaient état de disparitions de petits garçons autour des demeures du terrible baron.
    Comment, pourquoi, un tueur en série, assassin d’au moins cent quarante enfants en trois ans, homosexuel honteux, pédophile, sataniste, a-t-il pu laisser dans la mémoire collective, non pas un souvenir innommable et horrible, mais une image troublante et pathétique ? Il s’’est même, depuis un siècle, trouvé des auteurs pour soutenir son innocence, prétendre qu’’il avait été victime de la haine du duc de Bretagne et de l’’évêque de Nantes, et réclamer sa réhabilitation solennelle. Jacques Heers, dans une biographie parue en 1992 et rééditée en édition de poche, démontre que Gilles de Rais fut coupable, ce que, d’’ailleurs, il ne nia jamais, mais aussi que l’’homme, entre lumière et ténèbres insondables, est plus surprenant encore qu’’on l’’imagine.
    Très loin des suppositions gratuites, l’’ouvrage, appuyé uniquement sur les documents d’’époque, montre un personnage de plus modeste importance qu’’on l’a dit, bon capitaine, mais point des premiers, compagnon de Jeanne, sans conteste, mais sans doute pas lié à elle par la passion souterraine que certains se sont plu à imaginer. Heers montre combien Gilles est de son temps, en illustrant la part noire. Cependant, et c’’est certainement pourquoi, en dépit de ses crimes épouvantables, le sire de Rais n’’est pas victime de la malédiction de la postérité, il demeura, jusque dans ses pires turpitudes, ses pires dérives, sa pire folie, un chrétien épouvanté de ce qu’’il faisait, qui trouva la force de demander pardon, et de ne pas désespérer de la miséricorde. Telles sont la véritable grandeur et la noblesse d’’un personnage qui serait, sinon, dénué d’’épaisseur et d’intérêt.
    Cette dimension mystique, cette quête de la rédemption n’’est pas ce qui a retenu les innombrables littérateurs qui, depuis le XVIIIe siècle, ont glosé sur l’’histoire sanglante du « Barbe Bleue breton ». Au contraire, c’’est l’’aspect démoniaque, la transgression, surtout sexuelle, qui ont inspiré leurs fantasmes. De Sade aux maîtres anglo-saxons du roman gothique, des romantiques celtisants aux sous-littérateurs amateurs d’’érotisme et d’’horreurs, le thème du seigneur maudit se livrant, en de sombres forteresses isolées, à des jeux interdits et cruels, a beaucoup inspiré. Avec Gilles de Rais et la littérature, Michel Meurger recense tous les ouvrages de ce genre parus sur le sujet, les compare à l’’histoire officielle, et tente de comprendre cette métamorphoses et ses causes. Un travail universitaire d’’une exhaustivité remarquable.
    Anne Bernet L’’Action Française 2000 du 4 au 17 mai 2006
    * Georges Minois : Charles VII, Perrin, 850 p., 26 euros.
    * Françoise Kermina : Agnès Sorel, Perrin, 200 p.,17 euros.
    * Jacques Levron : Le bon roi René, Perrin, 295 p., 21 euros.
    * Jacques Heers : Gilles de Rais, Perrin Tempus, 250 p., 8 euros.
    * Michel Meurger : Gilles de Rais et la littérature, Terre de Brume ; 74 rue de Paris, 35000 Rennes. 235 p. 18,25 euros.

  • SUR LE DOS DES ENFANTS (2008)

    Le 10 mai, Nicolas Sarkozy a présidé dans le jardin du Luxembourg à Paris, une nouvelle cérémonie de repentance, dite de commémoration « des mémoires de la traite négrière, de l' esclavage et de leurs abolitions ».
    Naguère, le même Nicolas Sarkozy proclamait : « La mode de la repentance est une mode exécrable. Je n'accepte pas que l'on demande aux fils d'expier les fautes des pères, surtout quand ils ne les ont pas commises. Je n'accepte pas que l'on juge toujours le passé avec les préjugés du présent. Je n'accepte pas cette bonne conscience moralisatrice qui réécrit l'histoire dans le seul but de mettre la nation en accusation. »( discours de Caen, 9 mars 2007)
    Ce qu'il n'accepte pas, c'est précisément ce qu'il a fait samedi.

    Après la Shoah, l'esclavage
    L'esclavage, a-t-il dit, « est une blessure profonde qui pèse encore sur nos consciences ». Et « les mémoires portent le poids de cette histoire», car « il existe encore aujourd'hui, des inégalités qui trouvent leurs origines dans cet héritage si douloureux ». 
    Par ces paroles, le président de la  République donnait raison au lobby raciste le CRAN, qui avec d'autres « organisations noires » du même acabit manifestaient au même moment en d'autres endroits de la capitale, précisément contre les inégalités soi-disant dues à l'esclavage. Il donnait raison aussi aux prétendus « Indigènes de la République » qui, deux jours plus tôt, manifestaient leur haine des « souchiens », célébraient la victoire du « peuple vietnamien » à Dien Bien Phu, dénonçaient la République raciste et coloniale et la « suprématie blanche et chrétienne ».
    C'est le 10 mai 2001 que l'Assemblée nationale a héroïquement reconnu l'esclavage comme un « crime contre l'humanité ». En 2005, sur le conseil du comité ad hoc qu'il avait nommé, Jacques Chirac décrétait que ce jour serait désormais celui de la commémoration de l'esclavage. Mais la gauche et les lobbies antiracistes boycottaient ce 10 mai, considérant que la date adéquate était le 23 mai, date d'une marche qui avait réuni en 1998 à Paris 40 000 Français originaires des Antilles, de Guyane et de La Réunion. En outre, le 10 mai de repentance ternissait le souvenir du glorieux 10 mai 1981... 
    Eh bien Nicolas Sarkozy a annoncé que désormais le 23 mai serait « une journée commémorative » de l'abolition de l'esclavage « pour les associations qui regroupent les Français d'Outre-mer de l'hexagone et qui souhaitent célébrer le passé douloureux de leurs aïeux ». Comme, en France,  il n'y a eu d'esclavage qu'Outre-mer, le 10 mai n'a plus guère de raison d'exister, si tant est qu'il en est eu. Mais officiellement il y a désormais deux dates de commémoration de l'esclavage en France, ce qui est proprement extravagant. Car si l'esclavage a été répandu sur toute la surface de la terre, et s'il existe toujours (dans des pays que le président de la République, se garde bien de citer), la traite négrière  n'en a été qu'un aspect très particulier, et il est terriblement injuste de faire ainsi de notre pays le plus grand coupable, alors qu'il fut celui qui lutta le plus contre l'esclavage, particulièrement par la... colonisation.
    Et ce n'est pas tout. Il ne suffit pas d'expier rituellement chaque année, par une immonde parodie laïque des rites religieux, les péchés de nos aïeux, et de légitimer ainsi, en grattant d' anciennes blessures, les lobbies de dénigrement de la nation et de son histoire.
    Non. Il faut encore en faire porter le poids par les enfants : « Cette histoire doit être inscrite dans les manuels scolaires afin que nos enfants puissent comprendre ce qu'a été l'esclavage: afin que nos enfants puissent mesurer les souffrances que l'esclavage a engendré [engendrées, monsieur le plumitif de l'Elysée], les blessures qu'il a laissées dans l'âme de tous ceux que rien ne peut délier de ce passé tragique. La traite des Noirs, l'esclavage, ainsi que leur abolition, seront donc introduites dans les nouveaux programmes de l'école primaire dès la rentrée prochaine. »
    Nicolas Sarkozy avait déjà décidé de chaque enfant de CM2 devait endosser la « mémoire » d'un enfant juif victime de la Shoah. Face au tollé, il avait reculé. Mais cela ne l'empêche pas de continuer. On croyait que l'école primaire était faite pour apprendre à lire, à écrire et à compter. On croyait qu' il y avait bien du travail à faire pour que cela redevienne réalité. Mais non. Il importe d'abord que les enfants de l'école primaire soient accablés par le poids de l'histoire. Qu'ils se sentent coupables de la Shoah et de l'esclavage au lieu d'apprendre d'abord un peu de piété nationale, de fierté d'être Français.
    Car c'est cela, l'histoire de leur pays, insiste Sarkozy. C'est l'esclavage, avant Clovis et saint Louis, avant Jeanne d'Arc et Louis XIV. Ou à la place. Car une fois de plus, dans son allocution, Nicolas Sarlcozy s'est exprimé comme si l'histoire de France commençait en 1789, quand la Révolution a instauré les « valeurs » de la France, celles du « philanthropisme » des Lumières ... On se repentira de l'esclavage et on chantera la gloire de la Révolution. En oubliant soigneusement, par exemple, que tant de négriers étaient d'impeccables républicains et de vénérables frères de ces loges où s'élabore la conscience philanthropique de la République.
    Quant aux Vendéens, qui ont bénéficié de façon très spéciale du philanthropisme révolutionnaire, ils attendront encore longtemps que la République se repente de leur génocide. 

    La sélection des mémoires
    Car on sélectionne soigneusement les devoirs de mémoire. Et c'est ce qui rend absurde ce que dit ensuite le président de la République : quand les Français auront « compris » cette histoire, elle « deviendra notre histoire commune, l'histoire de tous les Français, pas simplement l'histoire d'une partie d'entre eux », et alors « l'ensemble de la société s'en trouvera apaisé ». Car « le devoir de mémoire ne peut souffrir des concurrences et des clivages. Il ne peut pas y avoir de clivages. Le devoir de mémoire doit nous rassembler ».
    C'est très exactement le contraire qui se produit. En sélectionnant des « mémoires » particulières, on exacerbe le sentiment victimaire, moteur des lobbies subversifs qui s'en servent comme aliment du communautarisme et comme prétexte pour attaquer la France et salir son histoire.
    On constate que ce même 10 mai, SOS Racisme a lancé un appel, signé par une multitude d'artistes, d'écrivains et de politiciens, « à donner enfin une place digne de ce nom dans les programmes scolaires à l'enseignement de l'histoire de la colonisation et de celle de l'esclavage, parties intégrantes de l'Histoire de France ».
    Aussitôt dit, aussitôt fait. Nicolas Sarkozy est le président de SOS Racisme et de tous les lobbies de l'Anti-France.
    Yves Daoudal National Hebdo du 15 au 21 mai 2008.
    daoudaI@fr.oleane.com

  • Socle des connaissances et droits des parents

    L'obligation faite aux parents des 16 garçons, élèves du collège Don-Bosco-Saint-Projet à Bordeaux, de les inscrire ailleurs à la rentrée sous peine de poursuites pénales devrait, aurait dû susciter un élan de solidarité de la part de tous ceux qui se battent pour la liberté de l'enseignement et pour le droit des parents d'éduquer leurs enfants comme ils l'entendent. Je dis « aurait dû » parce qu'on a assisté plutôt, depuis vendredi dernier, au silence radio, quand ce n'était pas à une forme de re-lynchage de l'école Saint-Projet par la répétition absurde des manipulations et des montages de l'émission « Les Infiltrés » à son sujet. Absurde parce que l'inspection subie par l'école n'a en rien confirmé les accusations de racisme, d'antisémitisme, de révisionnisme lancées par l'émission tournée dans les conditions intolérables que l'on sait. À quoi s'ajoute l'inconscience : si le collège bordelais est aujourd'hui menacé d'être vidé de sa substance par le départ « obligé » de ses élèves, c'est que demain, sauf opposition vigoureuse et solidaire de la part de tous ceux qui en ont assez de voir leurs enfants autrement déformés par l’Éducation nationale, toutes les écoles hors contrat catholiques pourront être persécutées au motif qu'on y enseigne l'histoire et les autres matières en respectant la doctrine catholique. Au fond, rien d'autre n'est aujourd'hui reproché à Saint-Projet ... Et nous savons depuis longtemps que c'est toujours par les affaires « à la marge » que la culture de mort progresse ou que les libertés sont attaquées : c'est précisément « à la marge » qu'il faut se battre et ne pas se laisser gagner par la logique de l'adversaire.
    Il faut lire et relire la chronique de Jacques Trémolet de Villers dans Présent de mercredi. Il dit tout sur ce devoir de solidarité, même et surtout si la haine de l'adversaire n'est pas absolument sans fondement du fait de fautes, d'erreurs, de négligences. Il ne s'agit pas de dire que tout était et que tout sera parfait dans toutes les écoles hors contrat du pays : c'est impossible et d'ailleurs encore moins vrai - litote des écoles de la République qui font entrer chaque année dans les classes de 6e quelque 40 % d'élèves qui ne maîtrisent pas véritablement la lecture, l'écriture, l'arithmétique. Encore s'agit-il là de chiffres officiels. Dans L'école des illusionnistes Elisabeth Nuyts montre que la face cachée de l'iceberg est aussi inquiétante que l'illettrisme désastreux d'une minorité : ceux qui « réussissent » dans le système peuvent ne pas avoir appris à penser, à raisonner, ni même à s'entendre lire dans leur tête, confondre indéfiniment sujet et objet.
    La lecture superficielle du décret instaurant le « socle des connaissances » (11 juillet 2006) qui n'est en rien un programme, ni une indication de calendrier de progression des acquis, laisserait presque croire que le but recherché est précisément d'assurer à chaque enfant un véritable accès à la pensée, au raisonnement, à la culture (et même aux dictées et aux textes de la littérature appris par cœur !).
    Mais il faut en dégager trois mots-clefs : « humanisme », « stéréotypes », « laïcité ». Parmi les exigences purement scolaires qui à l'échelle de l'Éducation nationale ressemblent trop souvent à des vœux pieux, ce sont là les outils de combat qui permettent aux interprétateurs du « socle commun » d'imposer le relativisme dans l'enseignement. Mais oui, la dictature, pour être telle, a quand même besoin de textes réglementaires ...
    « Humanisme », ici, s'entend à peu près sûrement dans un sens « maçon » ; il est beaucoup question de confronter les cultures, de mieux comprendre « l'autre », mais au sens de vertus chrétiennes devenues folles puisqu'en dehors de la démocratie et de l'État de droit rien ne saurait exister. Quoi de plus « humaniste » que d'apprendre l'histoire ? Eh bien, dans le cas des collégiens de Saint-Projet, il est essentiellement reproché à cette école explicitement catholique, et qui croyait avoir le droit de l'être, d'enseigner l'histoire à travers un « prisme catholique ». C'était l'épée de Damoclès qui pesait sur tout enseignement confessionnel depuis le décret sur le socle des connaissances et, depuis le 5 mars 2009 sur les écoles hors contrat et l'instruction à domicile, puisqu'un décret signé Pillon-Darcos leur étend l'obligation de respecter celui de 2006.
    Je décrivais ici, cette année-là - le 19 mai 2006 - le décret dont on connaissait à peu près l'intégralité : j'avais retenu cet élément qui éclaire bien « l'humanisme » européen qui lui sert de toile de fond. Chaque élève doit ainsi « être en mesure de comprendre les grands défis de l'humanité, la diversité des cultures et l'universalité des droits de l'Homme, la nécessité du développement et la protection de la planète ».
    Pour la laïcité - qui aura été au cœur du mauvais procès fait à Saint-Projet - elle se veut bien sûr ouverte. C'est à la mode. Mais ouverte veut dire « tolérante », au sens relativiste. On exige la connaissance du « fait religieux en France en Europe et dans le monde en prenant notamment appui sur des textes fondateurs (extraits de l'Ancien Testament, du Nouveau Testament, du Coran) ». Dans l'entier « respect » des « croyances» de chacun. Que le catholique puisse affirmer la fausseté de l'islam (en restant modeste !) sort déjà du cadre.
    Venons-en aux « stéréotypes ». Ils sont à éviter, ils concernent les « autres », ceux d'autres pays, d'autres cultures, d'autres origines. Si le texte reste discret son contexte, que nous connaissons, est bien lourd : tout comme combattre le « racisme » consiste d'abord, dans cette idéologie, à préférer ce qui est étranger à ce qui nous est proche, combattre les « préjugés et les stéréotypes » ne concerne pas tant la recherche de la vérité que le rejet des principes et des réactions d'ordre culturel.
    À l'époque je notais également que certains aspects du décret étaient quasiment en mode subliminal mais non moins révélateurs : « En un seul souffle, le jeune de demain est sommé d'''être éduqué à la sexualité, à la santé et à la sécurité (connaître notamment les règles de sécurité routière)". On sait ce que cela recouvre. Pour être un bon citoyen, il faut savoir éviter les bébés et le sida aussi bien que l'alcool au volant et la matière grasse dans le hamburger... »
    De fait, les élèves de Saint-Projet ont notamment été priés de changer d'école parce que l'enseignement des « sciences du vivant » y était jugé insuffisant (alors même qu'aucune exigence de temps d'enseignement ou de moment dans le cursus scolaire n'est fixée par le décret).
    Pourtant une seule phrase comme celle-là permet d'en référer aux programmes officiels pour exiger une « éducation sexuelle » axée sur la contraception et les aspects techniques des relations humaines, enseignés dans l'indigence humaine, morale et même scientifique qui est celle des manuels actuels (au point que même la HALDE, évaluant les manuels du secondaire, a jugé indispensable de mettre en évidence cette affligeante nullité du contenu).
    À l'époque du débat sur le socle des connaissances, c'était pourtant la gauche qui était montée au créneau, et peu de voix s'étaient élevées parmi les défenseurs de la liberté de l'éducation contre un projet qui sur certains points, dits les « bons » mots, semble vouloir instituer une vraie réforme. On hésitait à jouer les Cassandre, les éternels rabougris, les coupeurs de mouches en quatre qui ne peuvent jamais se réjouir de la part de bon qu'il peut y avoir dans une réforme.
    Il n'empêche.
    Les armes contre les parents et les écoles libres se mettaient discrètement en place. Les bien-pensants vantaient les qualités de la corde qui un jour, pouvait bien être destinée à les pendre. Comme aujourd'hui des bien-pensants croient mieux défendre les « écoles différentes » soit en restant muets sur ce qui se passe à Bordeaux, soit en ajoutant leurs critiques aux résultats des inspections. Je crois que leur calcul n'est pas le bon. En apportant de l'eau au moulin de l'Éducation nationale, ils donnent encore plus de poids à la fiction selon laquelle il appartient à un corps de fonctionnaires de juger ce que l'on doit et ce que l'on ne doit pas enseigner aux jeunes, à l'école, dans la famille ou ailleurs.
    Cela est même d'une extrême gravité. Lorsqu'il s'agit des droits - sacrés ! - des parents, il faut admettre que leurs libertés comportent des risques. Des risques d'inefficacité (mais l'école « officielle », en ce domaine, est déjà championne), des risques d'erreur (mais en feront-ils jamais autant que l'Éducation nationale en matière d'endoctrinement ?), des risques d'excès.
    Mais tant qu'il n'y a pas délit, mauvais traitements, violence, maintien volontaire dans l'ignorance, il est plus dangereux de laisser intervenir l'État que de ne point le laisser faire.
    Pour ce qui est des violences et du maintien volontaire dans l'ignorance, on est déjà bien assez servi dans les écoles du « système » !
    JEANNE SMITS PRESENT du 11 juin 2010

  • Réponse à Guillaume Lenormand au sujet du socialisme organique.

    Cher Guillaume,

    Je partage avec vous l’idée centrale de votre article consistant à mettre en exergue une faille majeure dans la plupart des milieux nationalistes concernant le peu d’intérêt pour l’économie.

    Or, me parait-il, on ne peut faire fonctionner une société sans argent. A commencer par les groupuscules pour lesquels, à moins de rester dans la figuration, le financement ou plus exactement l’auto-financement est nécessaire. Si très majoritairement les nationalistes, fustigent le nombre toujours croissant de taxes qui frappent les Français, on comprend bien que l’on ne peut limiter une politique économique dans le cadre d’une prise de pouvoir, à une simple suppression de ces taxes.

    Autant en matière de politique étrangère que de politique intérieure, l’histoire postérieure à la seconde guerre mondiale nous montre que le nationalisme révolutionnaire se réclame de la troisième voie, communément appelé tercérisme. Il y a donc depuis près de trois quarts de siècle une prise de conscience dans le cadre de cette idéologie, bien antérieure à celle de la plupart des autres que, et le communisme, et le capitalisme sont malsains. Chez les Nôtres, nous n’avons pas eu besoin d’attendre les écrits et protestations des dissidents soviétiques pour y voir clair. De la même façon, le regain d’intérêt pour le capitalisme qui s’est effectué voici environ 35 ans sur une bonne partie de la planète, consécutive à une nouvelle vague initiée aussi bien par Thatcher que par Reagan, dont on sait qu’il perdure, ne nous a pas séduits. Et d’ailleurs il faut bien remarquer que, ne serait-ce qu’en France, pays qui nous préoccupe au premier chef, ce néo-capitalisme (Giscard était durant les années 70 plus social-démocrate que libéral), les ravages ont déjà bien commencé.

    Tant que l’Ouest avait face à lui un système dont je reconnais volontiers qu’il n’était pas séduisant, il lui était nécessaire de ne pas être par trop caricatural. Tel n’est plus le cas depuis la levée du rideau de fer, le concurrent majeur ayant été défait. C’est justement peu après ce moment historique que le monde capitaliste a commencé à nous monter son véritable visage ; à titre d’exemple, bénéficiant d’une retraite dont on pouvait profiter dès l’âge de 60 ans, nous entendons seulement 30 ans plus tard, de plus en plus évoqué un recul de cet âge à 70. D’une certaine façon, la thèse de Montesquieu insistant sur l’équilibre des pouvoirs, s’avère tout aussi valide à l’échelle internationale : si une hyperpuissance exerce sa domination sans concurrents, elle écrase tout sur son passage. Alors que les interventions américaines étaient justifiées naguère, bien souvent de manière bien peu honnête, par le monde soviétique, on peut constater qu’aujourd’hui, alors que les Etats-Unis n’ont plus militairement de concurrents majeurs, qu’ils sont omniprésents à l’échelle mondiale et enchainant les interventions militaires. Voilà le capitalisme réel dévoilé, nous montrant son visage authentique.

    A mes yeux donc, le titre de l’ouvrage de Lénine, intitulé « l’impérialisme, stade suprême du capitalisme », se voit validé dans les faits.

    Croire aussi que la vie économique n’est qu’affaire d’argent est totalement faux. Le statut économique d’une personne a des influences sur le comportement mais aussi les pensées de la plupart des individus. Il va de soi, et le terme n’est pas dépourvu de sens, que la notion « d’intéressement » au travail a des conséquences sur le comportement des salariés. Si en revanche, quelle que soit la vitesse d’éxécution, on est rémunéré de façon similaire, la plupart des individus concernés, ne verront nullement l’intérêt de se presser.
    Entre le « laisser-faire, laisser-passer » du capitalisme qui laisse les personnes sans défense, et la chape de plomb communiste, une forme d’économie mixte sera toujours la bienvenue : ni tout public, ni tout privé, et l’on retrouve de nouveau la notion d’équilibre chère à Montesquieu. Peut être aussi serait-il souhaitable de distinguer nationalisation et étatisation que beaucoup, à tort, considèrent comme synonymes. Il me semble normal dans le cadre d’un pouvoir esercé par le nationalisme-révolutionnaire que les Français, économiquement comme politiquement, soient acteurs de leur montée en puissance.

    Des emplois en Europe, nous en avons beaucoup sous les yeux. Le phénomène de délocalisation dont on nous abreuve depuis peu, n’est pourtant pas du tout nouveau. Lorsque volontairement, les gouvernements ont décidé de fermer sidérurgie et textile, cela n’a pas signifié la fin de ces activités : elles se sont simplement déplacé vers l’Est asiatique lointain. L’une des premières actions d’un exécutif de type national-révolutionnaire, serait donc de mettre économiquement l’Europe sous un globe de pendule, la protégeant ainsi de la concurrence extra-européenne. Ce serait alors toutes les industries perdues depuis une quarantaine d’années qu’il faudrait alors relancer : on imagine la manne en matière d’emplois…

    Philippe Delbauvre. http://www.voxnr.com/cc/tribune_libre/EFZyyuEppyirnBkfaJ.shtml

  • 15 aout 1769 : naissance de NAPOLÉON BONAPARTE

    Né le 15 août 1769 à Ajaccio (Corse), Louis Napoléon Bonaparte est le 2ème fils de Carlo Maria Buonoparte et de Letizia Ramolino. Son père, avocat au conseil supérieur de Corse, le reconnaît noble en 1771, assesseur de la juridiction royale des provinces et de la ville d’Ajaccio. Il fut aussi élu député de la noblesse de Corse auprès du roi en 1777.
    Bonaparte en 1792
    Le 1er janvier 1778, Napoléon et son frère Joseph entrent au collège d’Autun. Le 15 mai 1779, Napoléon est admis au collège militaire de Brienne. Il le quittera en 1784 pour l’école royale militaire de Paris.
    En 1785, alors qu’il n’a que seize ans, il devient lieutenant en second dans l’artillerie et est affecté en garnison à Valence. Mais son père meurt la même année et il est contraint de soutenir les intérêts familiaux et d’entretenir ses frères et sœurs.
    La nuit du 4 août 1789, l’abolition des privilèges ouvre toutes les portes d’une grande carrière militaire à Napoléon. Pourtant, comme son père, il s’engage dans les luttes politiques de l’île. Néanmoins il est réintégré dans l’armée royale et nommé capitaine tout en s’opposant, comme lieutenant-colonel de la Garde nationale d’Ajaccio, aux " paolistes " qui cherchent à établir l’indépendance de l’île avec l’appui des Anglais. En juin 1793, lors de la déclaration de l’indépendance de la Corse, il se rallie définitivement à la France. 
    Durant l’été 1793, la France, dirigée par le Directoire, est menacée par l’Europe des rois coalisés. Napoléon est nommé chef d’artillerie et affecté au siège de la ville de Toulon qui se trouve sous l’emprise des Anglais. Il contribue dès lors à sa prise le 17 décembre 1793. En récompense, il est nommé général de brigade par le Comité de Salut public.
    Le 5 octobre 1795, il est chargé par Barras de réprimer l’insurrection royaliste de Paris dirigée contre le Directoire. En récompense, il est nommé général de division et commandant de l’armée de l’Intérieur. Le 11 mars 1796, Napoléon part pour l’armée d’Italie dont il a reçu le commandement le 2 mars 1796 en tant que général en chef ; et ce jusqu’au 5 décembre 1797, date de son retour à Paris.
    Le 19 mai 1798, Napoléon Bonaparte s’embarque cette fois-ci pour l’Égypte. Il y restera jusqu’au 23 août 1799. Cette expédition achèvera de parfaire sa popularité. Les 9 et 10 novembre 1799 (18 et 19 brumaire de l’an VIII), les conjurés désignent un consulat provisoire à la tête duquel ils nomment le général Bonaparte assisté de Ducos et de Sieyès. Le 15 décembre 1799, Napoléon proclame la Constitution de l’an VIII, pour ensuite devenir 1er Consul muni d’un pouvoir considérable.
    En 1801, Napoléon signe le Concordat avec le pape Pie VII. Il obtient le droit de veto sur les nominations ecclésiastiques. Suite à ce rétablissement de l’Église et du culte catholique, Napoléon amnistie les émigrés le 26 avril 1802. Durant quatre ans, le 1er Consul pacifie le pays, réorganise l’administration, les finances, la Justice et l’Église, donne donc à la France de grandes institutions : il crée notamment la Banque de France, affirme la liberté d’entreprise, introduit un livret de travail, ainsi que le Code d’honneur et promulgue le Code civil le 21 mars 1804. À l’extérieur du pays, Napoléon part de campagnes en campagnes (Italie, Allemagne, Angleterre, Hollande, Suisse, Autriche,…).
    En 1802, assuré de tous les pouvoirs, la Constitution de l’an X le désigne Consul à vie. Jusqu’à son sacre d’Empereur en 1804, Napoléon ne cessera de s’investir dans sa fonction. Il deviendra d’ailleurs le médiateur de la Confédération suisse en 1803. Grâce à son prestige auprès du peuple et à son génie politique, le 18 mai 1804, le sénat vote à l’unanimité l’instauration du gouvernement impérial, proclamant ainsi Napoléon empereur héréditaire des Français. Finalement le 2 décembre 1804, Napoléon, désormais appelé Napoléon Ier, est sacré empereur par le pape Pie VII à Notre-Dame de Paris.
    Napoléon Bonaparte se popularise très vite par son génie militaire, ses capacités de général, sa science, sa bravoure et son sens stratégique. Durant les premières années de sa vie, il fut un enfant querelleur, orgueilleux, " corse de caractère et de nation ", turbulent, émotif et colérique par la suite.
    Au combat, son courage lui valait l’adoration des grognards. Toujours en première ligne et s’exposant volontiers au feu de l’ennemi, il risqua sa vie plusieurs fois. Il fut notamment touché au pied. La mort ne lui faisait pas peur ; il affirmait notamment " La mort n’est rien, mais vivre vaincu et sans gloire, c’est mourir tous les jours ". L’honneur et la gloire étaient pour lui les valeurs les plus importantes. On les retrouve toujours présentes dans ses paroles : " Tout homme qui estime la vie plus que la gloire nationale et l’estime de ses camarades ne doit pas faire partie de l’armée française " ou " L’armée c’est la nation ". Napoléon était un homme d’honneur et de nation.
    Seulement, il parlait très peu. Son caractère farouche d’insulaire le rendait insociable, frondeur, sauvage et silencieux avec ses condisciples, dans un milieu où il se sentit longtemps étranger. De plus, Napoléon, homme de pouvoir, se révèle souvent hésitant au moment de prendre des décisions, surtout lorsqu’il ne se trouve pas sur un terrain familier. Facilement porté à la dépression, il portait souvent un sachet de poison " au cas où ". Il tentera, semble-t-il, de se suicider en 1814.
    Réaliste et empiriste, Napoléon ne semblait pas avoir tenu à des principes arrêtés. Il était difficile de voir en lui, sur le plan religieux, un croyant. Sa conception de Dieu et de la religion rejoignait celle de Voltaire : le christianisme est un facteur d’ordre social. Rumeur ou certitude, il aurait été initié en Égypte à la franc-maçonnerie.
    Napoléon Bonaparte était doté d’une intelligence exceptionnelle. Doué en mathématiques, il inventa même un problème qu’il exposa devant l’Institut. Cependant, il n’en dévorait pas moins des traités d’art militaire, lisait les philosophes (comme Montesquieu, Rousseau et Voltaire) et les grands penseurs politiques (dont Mirabeau et Necker). Il était capable de travailler 18 heures par jour ! Pourtant, la seule matière qu’il ne parvint jamais à maîtriser fut l’orthographe. Apparemment, cette lacune ne l’a pas trop handicapé.
    Au physique, Bonaparte était maigre aux longs cheveux, mesurait 1,686 m, portait de petits chapeaux originaux et une redingote souvent rapiécée et faisait preuve d’une grande hygiène. Côté dépenses, il économisait la moitié de son salaire ; quant à la cour, malgré son faste, elle ne coûtait pas le quart de celle de Louis XVI. Le luxe lui était indifférent.
    Napoléon, soldat, lieutenant, capitaine, général, consul puis empereur, ses fonctions se sont sans cesse multipliées. Pourtant, ses qualités d’administrateur surpassaient celle de général. Pour les guerres nationales, les effets fondés sur la surprise ne jouèrent bientôt plus contre l’adversaire lorsque celui-ci eut compris la leçon. En revanche, il a imposé des conceptions administratives qui annoncent une nouvelle époque.
    Finalement le génie de Napoléon se conclut par son impressionnant sens de la propagande. Il utilisait la presse et l’image à son profit, comme aujourd’hui. " C’est le succès qui fait les grands hommes " disait-il. Ce nom même de Napoléon devint désormais le symbole du conquérant.¢