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culture et histoire - Page 1814

  • Orientations

    On ne répétera jamais assez que les bisbilles entre structures de la mouvance ne sont principalement le fait que de certains chefs, soucieux de voir perdurer leur groupe, mais aussi de ne pas perdre le contrôle de leurs troupes suite à l’éventuelle émergence de ce qui serait une grande confédération voire une fusion. Membre décidé de la grande fraternité des « affreux » depuis plusieurs décennies, j’ai eu l’occasion durant tout ce temps d’échanger avec toutes les composantes des milieux nationaux, nationalistes et assimilés. Je suis donc très bien placé pour savoir que ce qui nous rassemble – tout au moins à la base et en ce qui concerne nos détestations – dépasse de beaucoup ce qui nous sépare. Je sais aussi que chacun dispose de sa clef de voûte de prédilection, constituant la colonne vertébrale de sa pensée politique.
    Je suis aujourd’hui convaincu que le grand pas en avant ne pourra être effectué que si justement, nous cessons tous de mettre en exergue le violon d’Ingres qui caractérise chaque groupement (ethnie, religion, Europe, nation,…) pour passer à l’offensive en nous présentant comme fondamentalement d’opposition. En clair, il ne s’agirait donc plus d’affirmer sous la forme d’un Bejahung mais plutôt d’être ceux qui osent dans une société dont il faut bien admettre qu’elle est assez consensuelle, dirent haut et fort, Non. Cela n’empêcherait nullement des recherches internes quant au violon d’Ingres de chacun. Stratégiquement, il faudrait donc, non plus défendre comme on le fait depuis si longtemps – à commencer donc par nos convictions propres - mais bien d’attaquer, en l’occurrence bien sur la structure en place.
    Pour ce faire, celle-ci doit être étudiée en détail, ce qui le plus souvent n’est pas réalisé. Si le fait eschatologique le plus souvent nous échappe – laissons aux diseuses de bonne aventure, la lecture et l’interprétation des lignes de la main – il n’en est pas de même quant à l’étiologie. L’absence de lectures dont je veux bien reconnaître qu’elles sont abstruses, obère la connaissance réelle des fondements essentiels de la société dans laquelle nous vivons. Or, nous savons très bien que l’idée intuitive, spontanée que nous nous faisons d’un sujet d’étude est le plus souvent tout à fait différente, de celle à laquelle nous parvenons, à posteriori, c'est-à-dire après un travail pointu. En ce sens – nulle envie chez moi de pousser le lecteur à se convertir au communisme - nous nous devons de pratiquer, une fois les ouvrages fondamentaux lus et assimilés, une étude au quotidien, comme le faisaient naguère les marxistes – devenus depuis jean-foutre –, de la société contemporaine. Il ne s’agit nullement de simplement se contenter d’énoncer les faits réels, bien sur occultés par les media volontairement soumis aux ordres du pouvoir en place, mais bien de les incorporer de façon cohérente à une matrice explicative. Celle-ci ne doit nullement être posée à priori – démarche des doctrinaires et autres idéologues – mais développée parce que progressivement découverte suite à la prise en compte de l’ensemble de la base de donnée empirique.
    Le fait arabo-musulman par exemple, presque totalement délaissé voici une trentaine d’années, est aujourd’hui omniprésent au point d’occulter toutes les autres problématiques. Il m’est venu l’idée voici bien longtemps que ce fait que beaucoup considèrent comme une tare, peut tout aussi bien être perçu comme un grand avantage. Je l’avais d’ailleurs écrit voici plusieurs années. Si ce fait n’était, il y a fort à penser que la mouvance serait aujourd’hui en terme de suffrages bien proche du zéro. En tant que tel, si nous avions la possibilité de faire disparaitre nos chers indésirables à l’aide d’une baguette magique, nous ne devrions surtout pas le faire sous peine de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
    Je persiste à penser que le fait arabo-musulman n’est somme toute que secondaire dans le monde actuel, y compris en France, seuls les américains et leurs affidés prétendant le contraire. On ne compte au demeurant plus les séries télévisées américaines où l’ennemi arabe et/ou musulman est désigné alors que l’on sait paradoxalement les très nombreuses alliances qui ne datent pas d’aujourd’hui entre Etats-unis et pays arabes, à commencer par les plus radicaux d’entre eux. Vous aurez l’occasion dans l’avenir de constater que la focalisation américaine sur le fait arabo-musulman ne perdurera plus très longtemps, remplacée qu’elle sera par la sinophobie à venir qui est d’ailleurs déjà à l’ordre du jour. On peut à ce titre constater que les reportages télévisés en France, dès lors où ils concernent la Chine mais aussi la Russie ou l’Iran, sont toujours à charge. Ce serait ainsi une grande erreur que de penser que la logique des blocs n’est plus depuis l’effondrement du mur de Berlin, la levée du rideau de fer ou la dissolution du pacte de Varsovie. Nous sommes en fait exactement aujourd’hui dans la même logique et si le combat n’oppose plus l’occident aux Rouges, il existe bel et bien à ce jour encore deux blocs dont l’un est l’occident et l’autre constitué de ceux qui s’y opposent.
    La France n’a nullement changé suite à des influences internes. C’est au contraire l’adoption, tant par les gouvernements français que par les Français eux-mêmes – de grâce, minorons à ce titre la célébration bien souvent imbécile du peuple – de données étrangères, qui a progressivement modifié la nature de notre patrie. L’erreur bien compréhensible que commettent les plus jeunes – ils n’ont connu la France de jadis et nous ne pouvons leur reprocher – c’est de croire que le Français bien de chez nous ne serait nullement contaminé par le virus métèque. A ce titre, il eut mieux fallu que nous fussions envahi et dominé par une puissance étrangère – auquel cas, chacun aurait eu conscience de l’oppression – plutôt que de connaître la situation d’aujourd’hui où désormais la majorité des Français, nullement conscients du fait d’ailleurs, et le plus souvent de bonne foi, participe au quotidien à la destruction du fait authentiquement français. Nos contemporains mais aussi compatriotes sont davantage marqués par l’inculture que par la bêtise. A titre d’exemple, le fait qu’ils soient pour la majorité d’entre eux, prêts à beaucoup de sacrifices pour sauver ce qui justement devrait être détruit, nous l’indique.
    Sachant cela, je pense que nous ne devons plus, comme nous avons propension à le faire, célébrer le ghetto. Bien beau d’avoir une page personnelle facebook avec pour « amis » presque uniquement des membres de la mouvance. Je sais le fait agréable et rassurant. Mais nullement politique. Ce qu’il faudrait au contraire faire, c’est via un centre d’intérêt commun qui n’est pas politique, nouer contact avec des personnes nullement politisées. Et par la suite très progressivement surtout, aborder discrètement la politique. Cette dernière est prosélytisme et nullement commémoration ou repli sur soi.
    « Formule de mon bonheur : un oui, un non, une ligne droite, un but. » F. Nietzsche.

    Philippe Delbauvre  http://www.voxnr.com

  • Paganisme et philosophie de la vie chez Knut Hamsun et David Herbert Lawrence

    Conférence prononcée lors de la quatrième université d'été de la F.A.C.E., Lombardie, juillet 1996

    Analyse: Akos DOMA, Die andere Moderne. Knut Hamsun, D.H. Lawrence und die lebensphilosophische Strömung des literarischen Modernismus, Bouvier, Bonn, 1995,
    284 p., DM 82, ISBN 3-416-02585-7.
    Le philologue hongrois Akos Doma, formé en Allemagne et aux Etats-Unis, vient de sortir un ouvrage d'exégèse littéraire, mettant en parallèle les œuvres de Hamsun et de Lawrence. Leur point commun est une “critique de la civilisation”, concept qu'il convient de remettre dans son contexte. En effet, la civilisation est un processus positif aux yeux des “progressistes” qui voient l'histoire comme une vectorialité, pour les tenants de la philosophie de l'Aufklärung et les adeptes inconditionnels d'une certaine modernité visant la simplification, la géométrisation et la cérébralisation. Mais la civilisation apparaît comme un pro­cessus négatif pour tous ceux qui entendent préserver la fécondité incommensurable des matrices culturelles, pour tous ceux qui constatent, sans s'en scandaliser, que le temps est plurimorphe, c'est-à-dire que le temps de telle culture n'est pas celui de telle autre (alors que les tenants de l'Aufklärung affirment un temps monomorphe, à appliquer à tous les peuples et toutes les cultures de la Terre). A chaque peuple donc son propre temps. Si la modernité refuse de voir cette pluralité de formes de temps, elle est illusion.
    Dans une certaine mesure, explique Akos Doma, Hamsun et Lawrence sont héritiers de Rousseau. Mais de quel Rousseau? Celui qui est stigmatisé par la tradition maurrassienne (Maurras, Lasserre, Muret) ou celui qui critique radicalement l'Aufklärung sans se faire pour autant le défenseur de l'Ancien Régime? Pour ce Rousseau critique de l'Aufklärung, cette idéologie moderne est précisément l'inverse réel du slogan idéal  qu'elle entend généraliser par son activisme politique: elle est inégalitaire et hostile à la liberté, même si elle revendique l'égalité et la liberté. Avant la modernité du XVIIIième siècle, pour Rousseau et ses adeptes du pré-romantisme, il y avait une “bonne communauté”, la convivialité règnait parmi les hommes, les gens étaient “bons”, parce que la nature était “bonne”. Plus tard, chez les romantiques, qui, sur le plan politique, sont des conservateurs, cette notion de “bonté” est bien présente, alors qu'aujourd'hui on ne l'attribue qu'aux seuls activistes ou penseurs révolutionnaires. L'idée de “bonté” a donc été présente à “droite” comme à “gauche” de l'échiquier politique.
    Mais pour le poète romantique anglais Wordsworth, la nature est “le théâtre de toute véritable expérience”, car l'homme y est confronté réellement et immédiatement avec les éléments, ce qui nous conduit implicitement au-delà du bien et du mal. Wordsworth est certes “perfectibiliste”, l'homme de sa vision poétique atteindra plus tard une excellence, une perfection, mais cet homme, contrairement à ce que pensaient et imposaient les tenants de l'idéologie des Lumières, ne se perfectionnera pas seulement en développant les facultés de son intellect. La perfection de l'homme passe surtout par l'épreuve de l'élémentaire naturel. Pour Novalis, la nature est “l'espace de l'expérience mystique, qui nous permet de voir au-delà des contingences de la vie urbaine et artificielle”. Pour Eichendorff, la nature, c'est la liberté et, en ce sens, elle est une transcendance, car elle nous permet d'échapper à l'étroitesse des conventions, des institutions.
    Avec Wordsworth, Novalis et Eichendorff, les thématiques de l'immédiateté, de l'expérience vitale, du refus des contingences nées de l'artifice des conventions, sont en place. A partir des romantiques se déploie en Europe, surtout en Europe du Nord, une hostilité bien pensée à toutes les formes modernes de la vie sociale et de l'économie. Un Carlyle, par exemple, chantera l'héroïsme et dénigrera la “cash flow society”. C'est là une première critique du règne de l'argent. John Ruskin, en lançant des projets d'architecture plus organiques, assortis de plans de cités-jardins, vise à embellir les villes et à réparer les dégâts so­ciaux et urbanistiques d'un rationalisme qui a lamentablement débouché sur le manchestérisme. Tolstoï propage un natura­lisme optimiste que ne partagera pas Dostoïevski, brillant analyste et metteur en scène des pires noirceurs de l'âme humaine. Gauguin transplantera son idéal de la bonté de l'homme dans les îles de la Polynésie, à Tahiti, au milieu des fleurs et des va­hinés.
    Hamsun et Lawrence, contrairement à Tolstoï ou à Gauguin, développeront une vision de la nature sans téléologie, sans “bonne fin”, sans espace paradisiaque marginal: ils ont assimilé la double leçon de pessimisme de Dostoïevski et de Nietzsche. La nature, pour eux, ce n'est plus un espace idyllique pour excursions, comme chez les poètes anglais du Lake District. Elle n'est pas non plus un espace nécessairement aventureux ou violent, ou posé a priori comme tel. La nature, chez Hamsun et Lawrence, est avant tout l'intériorité de l'homme, elle est ses ressorts intérieurs, ses dispositions, son mental (tripes et cerveau inextricablement liés et confondus). Donc, a priori, chez Hamsun et Lawrence, cette nature de l'homme n'est ni intellectualité ni pure démonie. C'est bien plutôt le réel, le réel en tant que Terre, en tant que Gaïa, le réel comme source de vie.
    Face à cette source, l'aliénation moderne nous laisse deux attitudes humaines opposées: 1) avoir un terroir, source de vitalité; 2) sombrer dans l'aliénation, source de maladies et de sclérose. C'est entre les deux termes de cette polarité que vont s'inscrire les deux grandes œuvres de Hamsun et de Lawrence: L'éveil de la glèbe pour le Norvégien, L'arc-en-ciel  pour l'Anglais.
    Dans L'éveil de la glèbe de Hamsun, l'espace naturel est l'espace du travail existentiel où l'Homme œuvre en toute indépen­dance, pour se nourrir, se perpétuer. La nature n'est pas idyllique, comme celle de certains pastoralistes utopistes, le travail n'est pas aboli. Il est une condition incontournable, un destin, un élément constitutif de l'humanité, dont la perte signifierait dés-humanisation. Le héros principal, le paysan Isak est laid de visage et de corps, il est grossier, simple, rustre, mais inébran­lable, il est tout l'homme, avec sa finitude mais aussi sa détermination. L'espace naturel, la Wildnis, est cet espace qui tôt ou tard recevra la griffe de l'homme; il n'est pas l'espace où règne le temps de l'Homme ou plus exactement celui des horloges, mais celui du rythme des saisons, avec ses retours périodiques. Dans cet espace-là, dans ce temps-là, on ne se pose pas de questions, on agit pour survivre, pour participer à un rythme qui nous dépasse. Ce destin est dur. Parfois très dur. Mais il nous donne l'indépendance, l'autonomie, il permet un rapport direct avec notre travail. D'où il donne sens. Donc il y a du sens. Dans L'arc-en-ciel (The Rainbow)  de Lawrence, une famille vit sur un sol en toute indépendance des fruits de ses seules récoltes.
    Hamsun et Lawrence, dans ces deux romans, nous lèguent la vision d'un homme imbriqué dans un terroir (ein beheimateter Mensch), d'un homme à l'ancrage territorial limité. Le beheimateter Mensch se passe de savoir livresque, n'a nul besoin des prêches des médias, son savoir pratique lui suffit; grâce à lui, il donne du sens à ses actes, tout en autorisant la fantaisie et le sentiment. Ce savoir immédiat lui procure l'unité d'avec les autres êtres participant au vivant.
    Dans une telle optique, l'aliénation, thème majeur du XIXième siècle, prend une autre dimension. Généralement, on aborde la problématique de l'aliénation au départ de trois corpus doctrinaux:
    1. Le corpus marxiste et historiciste: l'aliénation est alors localisée dans la seule sphère sociale, alors que pour Hamsun ou Lawrence, elle se situe dans la nature intérieure de l'homme, indépendemment de sa position sociale ou de sa richesse maté­rielle.
    2. L'aliénation est abordée au départ de la théologie ou de l'anthropologie.
    3. L'aliénation est perçue comme une anomie sociale.
    Chez Hegel, puis chez Marx, l'aliénation des peuples ou des masses est une étape nécessaire dans le processus d'adéquation graduelle entre la réalité et l'absolu. Chez Hamsun et Lawrence, l'aliénation est plus fondamentale; ses causes ne résident pas dans les structures socio-économiques ou politiques, mais dans l'éloignement par rapport aux ra­cines de la nature (qui n'est pas pour autant une “bonne” nature). On ne biffera pas l'aliénation en instaurant un nouvel ordre socio-économique. Chez Hamsun et Lawrence, constate Doma, c'est le problème de la coupure, de la césure, qui est es­sentiel. La vie sociale est devenue uniforme, on tend vers l'uniformité, l'automatisation, la fonctionalisation à outrance, alors que nature et travail dans le cycle de la vie ne sont pas uniformes et mobilisent constamment les énergies vitales. Il y a im­médiateté, alors que tout dans la vie urbaine, industrielle et moderne est médiatisé, filtré. Hamsun et Lawrence s'insurgent contre ce filtre.
    Dans la “nature”, surtout selon Hamsun et, dans une moindre mesure selon Lawrence, les forces de l'intériorité comptent. Avec l'avènement de la modernité, les hommes sont déterminés par des facteurs extérieurs à eux, tels les conventions, l'agitation politicienne, l'opinion publique qui leur donnent l'illusion de la liberté, alors qu'elles sont en fait l'espace de toutes les manipulations. Dans un tel contexte, les communautés se disloquent: chaque individu se contente de sa sphère d'activité auto­nome en concurrence avec les autres. Nous débouchons alors sur l'anomie, l'isolation, l'hostilité de tous contre tous.
    Les symptômes de cette anomie sont les engouements pour les choses superficielles, pour les vêtements raffinés (Hamsun), signes d'une fascination détestable pour ce qui est extérieur, pour une forme de dépendance, elle-même signe d'un vide in­térieur. L'homme est déchiré par les effets des sollicitations extérieures. Ce sont là autant d'indices de la perte de vitalité chez l'homme aliéné.
    Dans le déchirement et la vie urbaine, l'homme ne trouve pas de stabilité, car la vie en ville, dans les métropoles, est rétive à toute forme de stabilité. Cet homme ainsi aliéné ne peut plus non plus retourner à sa communauté, à sa famille d'origine. Pour Lawrence, dont les phrases sont plus légères mais plus percutantes: “He was the eternal audience, the chorus, the spectator at the drama; in his own life he would have no drama” (Il était l'audience éternelle, le chorus, le spectateur du drame; mais dans sa propre vie, il n'y avait pas de drame). “He scarcely existed except through other people” (Il existait à peine, sauf au travers d'autres gens). “He had come to a stability of nullification” (Il en était arrivé à une stabilité qui le nullifiait).
    Chez Hamsun et Lawrence, l'Ent-wurzelung et l'Unbehaustheit, le déracinement et l'absence de foyer, de maison, cette façon d'être sans feu ni lieu, est la grande tragédie de l'humanité à la fin du XIXième et au début du XXième. Pour Hamsun, le lieu est vital pour l'homme. L'homme doit avoir son lieu. Le lieu de son existence. On ne peut le retrancher de son lieu sans le mutiler en profondeur. La mutilation est surtout psychique, c'est l'hystérie, la névrose, le déséquilibre. Hamsun est fin psychologue. Il nous dit: la conscience de soi est d'emblée un symptôme d'aliénation. Déjà Schiller, dans son essai Über naive und sentimen­talische Dichtung (= De la poésie naïve et sentimentale), notait que la concordance entre le sentir et le penser était tangible, réelle et intérieure chez l'homme naturel mais qu'elle n'est plus qu'idéale et extérieure chez l'homme cultivé («La concor­dance entre ses sensations et sa pensée existait à l'origine, mais n'existe plus aujourd'hui qu'au seul niveau de l'idéal. Cette concordance n'est plus en l'homme, mais plane quelque part à l'extérieur de lui; elle n'est plus qu'une idée, qui doit encore être réalisée, ce n'est plus un fait de sa vie»).
    Schiller espère une Überwindung (= un dépassement) de cette césure, par une mobilisation totale de l'individu afin de combler cette césure. Le romantisme, à sa suite, visera, la réconciliation de l'Etre (Sein) et de la conscience (Bewußtsein),  combattra la réduction de la conscience au seul entendement rationnel. Le romantisme valorisera et même survalorisera l'“autre” par rapport à la raison (das Andere der Vernunft): perception sensuelle, instinct, intuition, expérience mystique, enfance, rêve, vie pastorale. Wordsworth, romantique anglais, exposant “rose” de cette volonté de réconciliation entre l'Etre et la conscience, plaidera pour l'avènement d'“un cœur qui regarde et reçoit” (A Heart that watches and receives). Dostoïevski abandonnera cette vision “rose”, développera en réaction une vision très “noire”, où l'intellect est toujours source du mal qui conduit le “possédé” à tuer ou à se suicider. Sur le plan philosophique, dans le même filon, tant Klages que Lessing reprendront à leur compte cette vision “noire” de l'intellect, tout en affinant considérablement le romantisme naturaliste: pour Klages, l'esprit est l'ennemi de l'âme; pour Lessing, l'esprit est la contre-partie de la vie, née de la nécessité («Geist ist das notgeborene Gegenspiel des Lebens»).
    Lawrence, fidèle en un certain sens à la tradition romantique anglaise de Wordsworth, croit à une nouvelle adéquation de l'Etre et de la conscience. Hamsun, plus pessimiste, plus dostoïevskien (d'où son succès en Russie et son impact sur les écrivains ruralistes comme Belov et Raspoutine), n'a cessé de croire que dès qu'il y a conscience, il y a aliénation. Dès que l'homme commence à réfléchir sur soi-même, il se détache par rapport au continuum naturel, dans lequel il devrait normalement rester imbriqué. Dans les écrits théoriques de Hamsun, on trouve une réflexion sur le modernisme littéraire. La vie moderne, écrit-il, influence, transforme, affine l'homme pour l'arracher à son destin, à son lieu destinal, à ses instincts, par-delà le bien et le mal. L'évolution littéraire du XIXième siècle trahit une fébrilité, un déséquilibre, une nervosité, une complication extrême de la psychologie humaine. «La nervosité générale (ambiante) s'est emparée de notre être fondamental et a déteint sur notre vie sentimentale». D'où l'écrivain se définit désormais comme Zola qui se pose comme un “médecin social” qui doit décrire des maux sociaux pour éliminer le mal. L'écrivain, l'intellectuel, développe ainsi un esprit missionnaire visant une “correction po­litique”.
    Face à cette vision intellectuelle de l'écrivain, Hamsun rétorque qu'il est impossible de définir objectivement la réalité de l'homme, car un “homme objectif” serait une monstruosité (ein Unding), construite à la manière du meccano. On ne peut ré­duire l'homme à un catalogue de caractéristiques car l'homme est changeant, ambigu. Même attitude chez Lawrence: «Now I absolutely flatly deny that I am a soul, or a body, or a mind, or an intelligence, or a brain, or a nervous system, or a bunch of glands, or any of the rest of these bits of me. The whole is greater than the part»  (Voilà, je dénie absolument et franchement le fait que je sois une âme, ou un corps, ou un esprit, ou une intelligence, ou un cerveau, ou un système nerveux, ou une série de glandes, ou tout autre morceau de moi-même. Le tout est plus grand que la partie). Hamsun et Lawrence illustrent dans leurs œuvres qu'il est impossible de théoriser ou d'absoluiser une vision claire et nette de l'homme. L'homme, ensuite, n'est pas le véhicule d'idées préconçues. Hamsun et Lawrence constatent que les progrès dans la conscience de soi ne sont donc pas des processus d'émancipation spirituelle, mais une perte, une déperdition de vitalité, de tonus vital. Dans leurs romans, ce sont toujours des figures intactes, parce qu'inconscientes (c'est-à-dire imbriquées dans leur sol ou leur site) qui se maintiennent, qui triomphent des coups du sort, des circonstances malheureuses.
    Il ne s'agit nullement là, répétons-le, de pastoralisme ou d'idyllisme. Les figures des romans de Hamsun et de Lawrence sont là: elles sont traversées ou sollicitées par la modernité, d'où leur irréductible complexité: elles peuvent y succomber, elles en souffrent, elles subissent un processus d'aliénation mais peuvent aussi en triompher. C'est ici qu'interviennent l'ironie de Hamsun et la notion de “Phénix” chez Lawrence. L'ironie de Hamsun sert à brocarder les idéaux abstraits des idéologies mo­dernes. Chez Lawrence, la notion récurrente de “Phénix” témoigne d'une certaine dose d'espoir: il y aura ressurection. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres.
    Le paganisme de Hamsun et de Lawrence
    Si cette volonté de retour à une ontologie naturelle est portée par un rejet de l'intellectualisme rationaliste, elle implique aussi une contestation en profondeur du message chrétien.
    Chez Hamsun, nous trouvons le rejet du puritanisme familial (celui de son oncle Hans Olsen), le rejet du culte protestant du livre et du texte, c'est-à-dire un rejet explicite d'un système de pensée religieuse reposant sur le primat du pur écrit contre l'expérience existentielle (notamment celle du paysan autarcique, dont le modèle est celui de l'Odalsbond  des campagnes norvégiennes). L'anti-christianisme de Hamsun est plutôt a-chrétien: il n'amorce pas un questionnement religieux à la mode de Kierkegaard. Pour lui, le moralisme du protestantisme de l'ère victorienne (en Scandinavie, on disait: de l'ère oscarienne) exprime tout simplement une dévitalisation. Hamsun ne préconise aucune expérience mystique.
    Lawrence, lui, perçoit surtout la césure par rapport au mystère cosmique. Le christianisme renforce cette césure, empêche qu'elle ne se colmate, empêche la cicatrisation. Pourtant, la religiosité européenne conserve un résidu de ce culte du mystère cosmique: c'est l'année liturgique, le cycle liturgique (Pâques, Pentecôte, Feux de la Saint-Jean, Toussaint et Jour des Morts, Noël, Fête des Rois). Mais celui-ci a été frappé de plein fouet par les processus de désenchantement et de désacralisation, entamé dès l'avènement de l'église chrétienne primitive, renforcé par les puritanismes et les jansénismes d'après la Réforme. Les premiers chrétiens ont clairement voulu arracher l'homme à ces cycles cosmiques. L'église médiévale a cher­ché au contraire l'adéquation, puis, les églises protestantes et l'église conciliaire ont nettement exprimé une volonté de retour­ner à l'anti-cosmisme du christianisme primitif. Lawrence: «But now, after almost three thousand years, now that we are al­most abstracted entirely from the rhythmic life of the seasons, birth and death and fruition, now we realize that such abstraction is neither bliss nor liberation, but nullity. It brings null inertia» (Mais aujourd'hui, après près de trois mille ans, maintenant que nous nous sommes presque complètement abstraits de la vie rythmique des saisons, de la naissance, de la mort et de la fé­condité, nous comprenons enfin qu'une telle abstraction n'est ni une bénédiction ni une libération, mais pure nullité. Elle ne nous apporte rien, si ce n'est l'inertie). Cette césure est le propre du christianisme des civilisations urbaines, où il n'y a plus d'ouverture sur le cosmos. Le Christ n'est dès lors plus un Christ cosmique, mais un Christ déchu au rôle d'un assistant so­cial. Mircea Eliade parlait, lui, d'un «Homme cosmique», ouvert sur l'immensité du cosmos, pilier de toutes les grandes reli­gions. Dans la perspective d'Eliade, le sacré est le réel, la puissance, la source de la vie et la fertilité. Eliade: «Le désir de l'homme religieux de vivre une vie dans le sacré est le désir de vivre dans la réalité objective».
    La leçon idéologique et politique de Hamsun et Lawrence
    Sur le plan idéologique et politique, sur le plan de la Weltanschauung,  les œuvres de Hamsun et de Lawrence ont eu un im­pact assez considérable. Hamsun a été lu par tous, au-delà de la polarité communisme/fascisme. Lawrence a été étiquetté “fasciste” à titre posthume, notamment par Bertrand Russell qui parlait de sa “madness” («Lawrence was a suitable exponent of the Nazi cult of insanity»;  Lawrence était un exposant typique du culte nazi de la folie). Cette phrase est pour le moins simpliste et lapidaire. Les œuvres de Hamsun et de Lawrence s'inscrivent dans un quadruple contexte, estime Akos Doma: celui de la philosophie de la vie, celui des avatars de l'individualisme, celui de la tradition philosophique vitaliste, celui de l'anti-utopisme et de l'irrationalisme.
    1. La philosophie de la vie (Lebensphilosophie)  est un concept de combat, opposant la “vivacité de la vie réelle” à la rigidité des conventions, jeu d'artifices inventés par la civilisation urbaine pour tenter de s'orienter dans un monde complètement dé­senchanté. La philosophie de la vie se manifeste sous des visages multiples dans la pensée européenne et prend corps à partir des réflexions de Nietzsche sur la Leiblichkeit  (la corporéité). 
    2. L'individualisme. L'anthropologie de Hamsun postule l'absolue unicité de chaque individu, de chaque personne, mais re­fuse d'isoler cet individu ou cette personne hors de tout contexte communautaire, charnel ou familial: il place toujours l'individu ou la personne en interaction, sur un site précis. L'absence d'introspection spéculative, de conscience, d'intellectualisme abs­trait font que l'individualisme hamsunien n'est pas celui de l'anthropologie des Lumières. Mais, pour Hamsun, on ne combat pas l'individualisme des Lumières en prônant un collectivisme de facture idéologique. La renaissance de l'homme authentique passe par une réactivation des ressorts les plus profonds de son âme et de son corps. L'enrégimentement mécanique est une insuffisance calamiteuse. Par conséquent, le reproche de “fascisme” ne tient pas, ni pour Lawrence ni pour Hamsun.
    3. Le vitalisme tient compte de tous les faits de vie et exclut toute hiérarchisation sur base de la race, de la classe, etc. Les oppositions propres à la démarche du vitalisme sont: affirmation de la vie/négation de la vie; sain/malsain; orga­nique/mécanique. De ce fait, on ne peut les ramener à des catégories sociales, à des partis, etc. La vie est une catégorie fondamentalement a-politique, car tous les hommes sans distinction y sont soumis. 
    4. L'“irrationalisme” reproché à Hamsun et à Lawrence, de même que leur anti-utopisme, procèdent d'une révolte contre la “faisabilité” (feasability: Machbarkeit),  contre l'idée de perfectibilité infinie (que l'on retrouve sous une forme “organique” chez les Romantiques de la première génération en Angleterre). L'idée de faisabilité se heurte à l'essence biologique de la nature. De ce fait, l'idée de faisabilité est l'essence du nihilisme, comme nous l'enseigne le philosophe italien contemporain Emanuele Severino. Pour Severino, la faisabilité dérive d'une volonté de compléter le monde posé comme étant en devenir (mais non un devenir organique incontrôlable). Une fois ce processus de complétion achevé, le devenir arrête forcément sa course. Une stabilité générale s'impose à la Terre et cette stabilité figée est décrite comme un “Bien absolu”. Sur le mode lit­téraire, Hamsun et Lawrence ont préfiguré les philosophes contemporains tels Emanuele Severino, Robert Spaemann (avec sa critique du fonctionalisme), Ernst Behler (avec sa critique de la “perfectibilité infinie”) ou Peter Koslowski (cf. NdSE n°20), etc. Ces philosophes, en dehors d'Allemagne ou d'Italie, sont forcément très peu connus du grand public, d'autant plus qu'ils criti­quent à fond les assises des idéologies dominantes, ce qui est plutôt mal vu, depuis le déploiement d'une inquisition sournoise, exerçant ses ravages sur la place de Paris. Les cellules du “complot logocentriste” sont en place chez les éditeurs, pour refu­ser les traductions, maintenir la France en état de “minorité” philosophique et empêcher toute contestation efficace de l'idéologie du pouvoir.
    Nietzsche, Hamsun et Lawrence, les philosophes vitalistes ou “anti-faisabilistes”, en insistant sur le caractère ontologique de la biologie humaine, s'opposent radicalement à l'idée occidentale et nihiliste de la faisabilité absolue de toute chose, donc de l'inexistence ontologique de toutes les choses, de toutes les réalités. Bon nombre d'entre eux  —et certainement Hamsun et Lawrence—  nous ramènent au présent éternel de nos corps, de notre corporéité (Leiblichkeit).  Or nous ne pouvons pas fabri­quer un corps, en dépit des vœux qui transparaissent dans une certaine science-fiction (ou dans certains projets délirants des premières années du soviétisme; cf. les textes qu'ont consacrés à ce sujet Giorgio Galli et Alexandre Douguine; cf. NdSE n°19).
    La faisabilité est donc l'hybris poussée à son comble. Elle conduit à la fébrilité, la vacuité, la légèreté, au solipsisme et à l'isolement. De Heidegger à Severino, la philosophie européenne s'est penchée sur la catastrophe qu'a été la désacralisation de l'Etre et le désenchantement du monde. Si les ressorts profonds et mystérieux de la Terre ou de l'homme sont considérés comme des imperfections indignes de l'intérêt du théologien ou du philosophe, si tout ce qui est pensé abstraitement ou fabri­qué au-delà de ces ressorts (ontologiques) se retrouve survalorisé, alors, effectivement, le monde perd toute sacralité, toute valeur. Hamsun et Lawrence sont les écrivains qui nous font vivre avec davantage d'intensité ce constat, parfois sec, des phi­losophes qui déplorent la fausse route empruntée depuis des siècles par la pensée occidentale. Heidegger et Severino en phi­losophie, Hamsun et Lawrence au niveau de la création littéraire visent à restituer de la sacralité dans le monde naturel et à revaloriser les forces tapies à l'intérieur de l'homme: en ce sens, ils sont des penseurs écologiques dans l'acception la plus profonde du terme. L'oikos et celui qui travaille l'oikos recèlent en eux le sacré, des forces mystérieuses et incontrôlables, qu'il s'agit d'accepter comme telles, sans fatalisme et sans fausse humilité. Hamsun et Lawrence ont dès lors annoncé la di­mension géophilosophique de la pensée, qui nous a préoccupés tout au long de cette université d'été. Une approche succincte de leurs œuvres avait donc toute sa place dans le curriculum de 1996.
  • Saint-Exupéry

    Un plongeur affirme avoir retrouvé au fond de la Méditerranée l'épave de l'avion de Saint-Ex - la vraie, cette fois ! L'importance accordée à cette découverte rappelle que la mort mystérieuse de l'écrivain aviateur fait partie de sa légende. Alors, de l'écrivain ou de l'aviateur, lequel est le plus intéressant ?
    On a accusé Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) d'être l'écrivain du « lieu commun prononcé à trois mille pieds d’altitude ». Ce qui est se tromper sur la nature de son œuvre, car Saint-Ex n'est pas un pilote d'avion qui raconterait ses campagnes, ni un écrivain qui se délasserait en pilotant. Chez lui, la vocation littéraire et la vocation de pilote ne sont pas vraiment séparables.
    Au collège, cet élève studieux montre du goût pour la poésie et la mécanique (il est aussi très doué en mathématiques, ce qui ne gâche rien). Après avoir fait son service militaire dans l'aviation (1919), il publie un premier récit, dont le sujet s'impose de lui-même. Ce n'est que l'année suivante, en 1926, qu'il entre chez Latécoère, dans la légendaire Aéropostale. L'essentiel de son œuvre littéraire, qui commence pour de bon avec "Courrier Sud" (1929) et "Vol de nuit" (1931), sera liée à l'aviation.
    Certes, celle-ci n'est pas un simple décor, un papier peint étoilé tendu pour agrémenter un propos passe-partout. Saint-Ex n'est pas non plus un auteur de récits d'aventures. Ses œuvres ne sont pas un témoignage sur l'aviation entre les deux guerres. S'il témoigne, c'est de sa manière d'être un homme.
    Loin du cliché pittoresque de l'écrivain aviateur, ou même du professeur de morale, ce qui fait la valeur de son œuvre est d'abord son style, mélange profondément original de récit quasi documentaire et de lyrisme poétique.
    Ce mélange n'appartient qu'à Saint-Ex, qui, selon Jules Roy, « était un de ces hommes qui ne croient à la vertu des mots que 'lorsqu'ils y engagent leur vie en otage ». Le contraire de "l'engagement" tel que le conçoivent les habitants du quartier latin.
    Ennemi du communisme comme du nazisme, Saint-Exupéry hait le premier pour « le totalitarisme où il conduit » et le second pour « le totalitarisme où il prétend par son essence même ». Il n' apprécie guère pour autant le régime parlementaire, tombé dans un grand discrédit à son époque.
    II ne s'engage pourtant pas en politique, au contraire de son ami Mermoz. Pendant la guerre, c'est au combat qu'il veut s'engager. En 1940, il est mobilisé, expérience qui lui inspirera son livre "Pilote de guerre". Après la défaite, il rechigne pourtant à se ranger sous la bannière du général de Gaulle, et dès 1940, à Alger, il prévoit de funestes conséquences à la querelle des pétainistes et des gaullistes.
    « Le gaullisme en très résumé ? écrit-il. Un groupe de particuliers qui se bat pour la France vaincue qui a à sauver sa substance ... Mais ce groupe de particuliers se prend pour la France. » Et il ajoute : « De ce qu'il constitue une bien normale légion étrangère, il prétend tirer comme bénéfice de gérer la France de demain. »
    En 1942, au lendemain du débarquement allié du 29 novembre en Afrique du Nord, Saint-Ex publie une lettre ouverte dans laquelle il prêche la réconciliation : « Les seules places à prendre sont celles des soldats », écrit-il. Non sans mal à cause de son âge, il parviendra à tenir la sienne, à bord d'un Lightning.
    Cette guerre, Saint-Ex l'a faite « par amour et par religion intérieure ». « Je serais moralement bien malade de ne pas prendre ma part de risques », dit-il. Pour lui, hors de toute idéologie et de tout calcul, le devoir revêt ce caractère immédiat. Ce n'est pas aux autres qu'il s'impose, mais à soi-même.
    Saint-Ex n'était-il pas cependant semblable à l'albatros de Baudelaire, que « ses ailes de géant empêchent de marcher » ? Car lui, chantre de l'enracinement et de l'action, celui qui sait aussi bien tenir le palonnier que la plume, n'a-t-il pas été toujours en fuite, n'a-t-il pas toujours choisi la solitude, et son engagement, à force d'être individuel, n'est-il pas égoïste ?
    Égoïste, certainement pas, mais Saint-Ex est, d'une certaine façon, resté un enfant, comme le prouvent ses relations avec sa mère et même avec sa femme Consuela. Et c'est souvent à la part d'enfance, ou tout au moins d'adolescence que chacun garde en soi qu'il s'adresse. D'ailleurs, ne reste-t-il pas avant tout l'auteur du "Petit Prince" (1943) ?
    Comme La Fontaine, Jules Verne, Marcel Aymé, c'est par un livre destiné aux enfants que sa place dans la culture française - littéraire et populaire - est le mieux assurée. Et ce petit livre illustré par l'auteur, désarmant de naïveté, mais qui ne ressemble à aucun autre, a fait le tour du monde.
    Naïveté ? Ce n'est pas tant dans le "Petit Prince" qu'il faut la chercher, mais dans "Citadelle", ce gros livre posthume qu'il croyait, bien à tort, devoir être son chef d'œuvre. Saint-Ex n'est pas un philosophe. Il demeure, et c'est ce qui compte, non pas un littérateur mais un grand écrivain, au style profondément original, et riche d'une humanité qui donne à son œuvre son authenticité.
    Individualiste, Saint-Ex l'a été parce qu'il était écrivain. Mais son œuvre suffit à donner un sens à cette existence. Si les écrivains ont une mission à remplir, Saint-Exupéry peut dire : "Mission accomplie."
    Pierre de Laubier. Français d'abord! - juin 2000

  • Emballements médiatiques – Attentat de la rue Copernic : l’acte fondateur

    A intervalles réguliers, les médias, auxquels la classe politique emboîte le pas, s’emballent. L’hystérie devient collective. Toute raison disparaît. L’objet de la montée de l’adrénaline médiatique est toujours le même : le nazisme et ses succédanés, le racisme et l’antisémitisme. Durant le mois d’août, « Minute » vous propose de revivre plusieurs de ces crises de folie. En commençant par celle qui a donné le ton à toutes les autres : l’exploitation de l’attentat de la rue Copernic.

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    3 octobre 1980. Il est environ 18 h 45. Une bombe explose à Paris devant la synagogue de la rue Copernic. Le bilan est lourd : 4 morts et 28 blessés. Les caméras sont bientôt sur place. Un micro se tend vers un rabbin britannique : « Quelle explication avez-vous… ? » La réponse fuse, alors que la question n’est pas terminée : « C’est évident, cher Monsieur, c’est une bombe posée par nos amis les antisémites et les nazis de France. » Le décor est planté. L’emballement médiatique peut commencer.

    Union sacrée contre un néo-nazisme imaginaire

    Dès le lendemain, les défilés se multiplient (photo). Marseille. Toulon. Toulouse. Evreux. Strasbourg. A Paris, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes et le Renouveau juif défilent de la place de l’Opéra à la rue Copernic. 20 000 personnes alternent les slogans avec ceux demandant la démission du ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet.A Montpellier, une manifestation rassemble 10 000 personnes derrière une banderole : « Non au fascisme, non au racisme. »

    Le 7 octobre, Antenne 2 ouvre son journal : « Sursaut national contre le racisme dans tout le pays. Des manifestants par dizaines de milliers. A l’assemblée, les députés étaient pour une fois unanimes. » Léon Zitrone, présentateur vedette de l’époque, a le visage grave. Le ton est théâtral : « Des dizaines de milliers de personnes ont pris part cet après-midi à Paris, de la Nation à la République, à la manifestation organisée par le Mrap. Des personnalités politiques, des syndicalistes de tous les horizons, participaient à cette véritable mobilisation contre le racisme, le fascisme et l’antisémitisme. »

    Gauche et droite au coude-à-coude. François Mitterrand ; Bernard Stasi ; Georges Marchais ; Bernard Pons. Le journaliste Jean-François Kahn, présent au sein du cortège, se lance dans un grand morceau d’anthologie d’analyse politique : « Cette manifestation est extraordinaire pour une raison. Les gens qui manifestent ce soir, qui défilent ensemble, c’est peut-être la première fois qu’ils se rencontrent. Hier encore, certains d’entre eux polémiquaient durement, échangeaient des injures, des insultes. Il y a des communistes et des socialistes, il y a des gens qui votent pour l’UDF et le RPR. Mais il y a mieux. Il y a ici ce soir des sionistes et des antisionistes. Il y a des gens fanatiques d’Israël et des gens fanatiques des Palestiniens. Il y a des religieux, des mystiques, des athées, des francs-maçons. Ces gens là ont trouvé normal d’être ensemble parce qu’ils ont vu apparaître la gueule horrible du racisme, la tête immonde du fascisme. Alors ils sont là, et je crois que c’est en soi un événement extraordinaire. »

    Avant le départ du défilé, Albert Lévy, secrétaire général du Mrap, avait fixé sa finalité : « Il faut que s’exprime cette volonté d’obtenir de la part des pouvoirs publics les mesures enfin efficaces contre les groupes néo-nazis qui se livrent à ces violences racistes. »

    Même son de cloche à l’Assemblée nationale où Jacques Chaban-Delmas, son président, ouvre la séance étreint par l’émotion : « L’antisémitisme, comme toute forme de racisme, est une atteinte monstrueuse à la dignité humaine. Il ne sera pas davantage toléré qu’il y a bientôt un demi-siècle. Et ceux qui ont vaincu les nazis sont déterminés à en combattre les résurgences. J’invite l’assemblée à se recueillir dans le souvenir des martyrs, ceux d’hier, ceux d’antan, et ceux de toujours. »

    Vitriol et acide sulfurique : il ne manque que les femmes tondues

    Les protagonistes du psychodrame qui s’empare du pays sont entendus. Des exemplaires du « Figaro Magazine », accusé d’avoir créé un « climat malsain » en accueillant des journalistes de la Nouvelle Droite, sont brûlés publiquement [Ndlr : Le Figaro sera contraint de chasser ces journalistes, la normalisation de la presse était obtenue, voir Novopress].

    La chasse aux fascistes est ouverte. Un jeune permissionnaire, aux cheveux trop blonds et trop courts, échappe de peu au lynchage ; des motards, aux vestes kaki, sont tabassés ; des cafés, connus pour être fréquentés par des militants nationalistes, sont attaqués à la batte de base-ball ; le siège de la Fane, un groupuscule néo-nazi dissout le 3 octobre 1980, est pillé.
    La cruauté ne s’arrête pas là. A Neuilly-sur-Seine, un vieux monsieur de 85 ans ouvre sa porte. Il reçoit de l’acide sulfurique au visage. Son crime ? Etre l’homonyme de Pierre Bousquet, responsable du journal nationaliste « Militant » et ancien membre du Front national. L’agression est revendiquée par des « Brigades juives ». Et l‘escalade de la violence continue.

    Le 29 janvier 1981, Michel Caignet, un étudiant de 26 ans, qui est également l’ancien trésorier de la Fane, est agressé par quatre personnes qui le jettent au sol. Les coups pleuvent. Soudain, l’un des agresseurs lui asperge le visage et la main gauche de vitriol. Brûlé au troisième degré, il est défiguré à vie. L’auteur trouvera refuge en Israël. Il ne sera jamais arrêté. Qu’importe. L’hydre fasciste a été terrassée. La France peut retrouver sa sérénité.

    Et les coupables de l’attentat ? Des nazis ? Non ! Ils n’y sont pour rien. Comme toujours. L’attentat est lié au conflit israélo-palestinien. Son auteur serait un Libanais proche du Front populaire de libération de la Palestine. Qu’importe ! L’attentat a perdu de sa gravité s’il n’a pas été commis par une fantomatique extrême droite. Les médias sauront s’en souvenir pour refaire le coup.

    Thierry Normand

    * Prochain article dans Minute de la semaine prochaine  : Danse macabre au cimetière de Carpentras.

    Article de l’hebdomadaire “Minute” du 7 août 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.

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  • 10 août 1792 : naissance de la République dans un massacre

    Depuis la fuite de Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries (aujourd’hui disparu), à l’ouest du Louvre.
    La tension est vive et, excités par Danton, une foule de sans-culottes se massent aux abords du palais.

    La résidence royale est défendue par 900 gardes suisses et quelques centaines de gardes nationaux.
    Louis XVI les passe en revue. Selon l’usage, les Suisses et les gardes nationales crient : «Vive le roi !». Mais les artilleurs et le bataillon de la Croix-Rouge crient de leur côté : «Vive la Nation !». Situation confuse.
    Le roi gagne là-dessus une terrasse et observe la foule des Parisiens massés. Ceux-ci l’insultent : «À bas le veto ! À bas le gros cochon !».
    Apeurés, le roi, la reine et le dauphin traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l’Assemblée.
    Devant le palais, l’émeute enfle. Une porte est malencontreusement ouverte. Un flot de sans-culottes s’y engouffre. Les gardes suisses ouvrent le feu et provoquent un reflux éperdu vers le Carrousel.
    Les émeutiers évacuent la place. Ils semblent près d’abandonner la partie.

    Mais vers dix heures, un groupe de volontaires marseillais parvient à s’introduire à l’intérieur des Tuileries. Le combat reprend de plus belle.
    Le roi griffonne un billet ordonnant aux Suisses de déposer à l’instant les armes et de se retirer dans leurs casernes. Obéissants, les gardes se replient vers la place Louis XV (l’actuelle place de la Concorde).
    Mais ils sont bientôt encerclés, capturés, conduits à l’Hôtel de Ville puis massacrés. Mêlées à la foule, les poissardes des halles se livrent à de honteuses mutilations sur les cadavres.
    Les émeutiers envahissent maintenant les Tuileries et lynchent pêle-mêle gardes, serviteurs et fidèles avant de piller le palais.
    Six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison perdent la vie en ce jour du 10 août.

    L’Assemblée législative, enhardie par le succès de l’émeute, prononce la «suspension» du roi. Elle convoque par ailleurs une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures «pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l’égalité», et instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin).

    Après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple pour y être emprisonnée.
    La période appelée « la Terreur » allait commencer.

    Fin d’un régime millénaire qui avait construit la France mais était certes affaibli de l’intérieur. Naissance de la République.

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  • 17 août, journée identitaire en Isère

     

    17 août, journée identitaire en Isère

    GRENOBLE (NOVOpress) – Le samedi 17 août, à l’occasion de la clôture de l’Université d’Été de Génération identitaire, se tiendra une Journée Identitaire en Isère. Au programme : interventions, concerts acoustiques, stands, sport. Renseignements / inscriptions : contact@generation-identitaire.com

     

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    Interventions :
    > Jean-David Cattin (directeur de l’UdT 2013) : Relire et redécouvrir “Pour une critique positive”
    > Philippe Vardon (association Les Identitaires) : Les identitaires, une résistance sur tous les fronts

    Concerts :
    > Sang & Or – reprises folk, Occitanie
    > Soleil & Acier – folkcore, Nice

    Stands : éditions IDées, Génération Identitaire, Alternative-s productions

    Restauration et buvette sur place.

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  • « Va voir ailleurs » sur M6 : les Français préfèrent leurs villages

    DAKAR (NOVOpress) – Gros bide pour l’émission « Va voir ailleurs » de M6 : elle n’a intéressé que 1,7 million de personnes (8% de part d’audience). Mercredi, M6 s’est hissée seulement à la quatrième marche du podium des audiences de la soirée, largement dépassée par le magazine de France 3, « Des racines et des ailes », consacré aux villages français. La série de M6, elle, misait sur la carte de la mondialisation et des bons sentiments tiers-mondistes.

     

    Le premier reportage racontait le périple de Maria, gynécologue obstétrique, au Congo auprès du Docteur Alain Bikindu. A 22h10, c’était au tour de Johnny, pêcheur sur l’île d’Oléron, de partir au Sénégal. Le troisième épisode voyait Nicole, conductrice de taxi à Marseille, mettre le cap sur Madagascar. Mercredi prochain, la chaîne diffusera les trois derniers épisodes de cette série documentaire façon « Les autres avant les nôtres » avec des virées en Haïti, Bolivie, et au Brésil. Les Français semblent préférer les valeurs sûres de leur terroir et ont compris que la détresse sociale se combat d’abord chez eux.

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  • Gyp 1849-1932

    Gyp est le pseudonyme en littérature de Sibylle, Gabrielle, Marie, Antoinette de Riquetti de Mirabeau, devenue comtesse de Martel par son mariage. Mirabeau, le talentueux homme politique révolutionnaire, était son arrière-grand-oncle mais elle descendait en ligne directe du frère de ce dernier, le célèbre Mirabeau-Tonneau, dont l'engagement contre-révolutionnaire fut flamboyant. Romancière prolifique et à succès, elle ne se contenta pas de décrire son époque et d'en déplorer certaines évolutions mais elle fut aussi une militante acharnée et participa à tous les combats d'une droite qui, héritière du bonapartisme, se voulait à la fois nationaliste et populaire.
    Gyp est née en 1849 dans le château breton de Coètsal près de Mériadec. Ses parents ne s'entendent pas. Elle a un an lorsqu'ils se séparent. Son père reste en Bretagne; sa mère rentre en Lorraine, à Nancy, et récupère très vite sa fille. Elle passera sa jeunesse à Nancy dans la belle demeure de son grand-père, monsieur de Gonneville. Sa mère menant une vie très mondaine, elle sera élevée par son grand-père qui l' éduquera comme un garçon: exercices physiques, équitation, escrime ... Une préceptrice lui donnera une certaine instruction. La petite fille est très tôt fascinée par l' épopée napoléonienne. Elle rencontre assez régulièrement son père en Bretagne ou en Lorraine. Ce dernier, légitimiste, se rend avec elle à Frohsdorf où il la présente au comte de Chambord, en 1859. Gyp demeure bonapartiste. En 1860, son père, engagé chez les zouaves pontificaux afin de défendre le pape, est tué accidentellement.
    Elle est bientôt inscrite au Sacré-Cœur de Nancy, établissement pour les jeunes filles de la bonne société. Elle y fait preuve d'hostilité envers les jésuites auxquels elle reproche d'être des religieux entremetteurs et d'esprit cosmopolite. Durant plusieurs années, chaque été, elle passe quinze jours auprès de la reine de Prusse qui apprécie sa vivacité.
    En 1869, elle épouse Roger de Martel, frère d'une de ses amies. Le jeune couple réside quelques mois à Paris. Mais la guerre de 1870 éclate. Pour Gyp le choc est rude. Elle souffre de la défaite et de la chute de Napoléon III pour lequel elle éprouvait beaucoup de sympathie. Le couple séjourne à Nancy de 1873 à 1879. Trois enfants vont naître : deux garçons en 1873 et 1875, une fille en 1877. Puis, la famille s'installe à Neuilly. Les liens entre les époux se distendent rapidement et chacun va désormais multiplier les aventures sans se soucier de l'autre mais tout en maintenant des relations amicales. Gyp commence à écrire et fréquente les milieux intellectuels. Sa propre mère, depuis des années, mène une carrière littéraire assez médiocre. En 1882, le couple est partiellement ruiné par le krach de l'Union générale, la grande banque catholique. Gyp doit intensifier sa production pour faire vivre sa famille et éduquer ses enfants. Elle multiplie les articles et fait paraître plusieurs livres. Le succès est réel. Elle bénéficie de l'amitié d'écrivains de talent comme Anatole France. Cela n'empêche pas certaines jalousies. En 1884, on l'agresse au vitriol et, en 1885, on lui tire dessus.
    Peu à peu, elle va se laisser tenter par l'action politique. Elle se lance dans le combat en faveur du général Boulanger qui tente de réunir les opposants à la république parlementaire et libérale et se pose en incarnation de la revanche face à l'Allemagne. À partir de 1887, elle se montre très active chez les boulangistes et demeurera fidèle à cette cause jusqu'à son lamentable effondrement en 1890. Elle fait la connaissance de plusieurs personnalités nationalistes qui deviendront ses amis : Barrès, Rochefort, Déroulède ... Son salon est fréquenté par des célébrités intellectuelles et artistiques. Quoique catholique affichée, Gyp est aussi une femme très libre qui choque certains de ses contemporains. Sur le plan politique, elle s'affirme nationaliste, défenseur du peuple, critique envers le règne de l'argent. Hostile à la franc-maçonnerie, elle affiche aussi un antisémitisme aussi excessif qu'obsessionnel, tout en conservant des amis juifs. Toujours très militante, elle s'intéresse à l'action du marquis de Morès dans les milieux populaires, mais elle est surtout attirée par le dynamisme de Paul Déroulède. Collaboratrice de La Libre Parole et d'autres publications nationalistes, elle se retrouve parmi les principaux animateurs de la droite nationaliste durant l'affaire Dreyfus. Elle participe aux activités de la Ligue des patriotes de Déroulède ainsi qu'à celles de la Ligue de la patrie française. Elle joue un rôle de liaison entre les différents courants de cette famille politique. En 1900, elle est victime d'une mystérieuse tentative d'enlèvement. La même année, Gyp a la douleur de perdre un de ses fils, officier de cavalerie, mort du typhus au Soudan. Elle ne renonce pas à l'action politique mais le coup est terrible. Elle refuse de se rallier à l'Action française et lui deviendra même bientôt très hostile. Elle l'accuse en effet d'être velléitaire et de contribuer à la division de la droite. Durant la guerre 1914-1918, elle se montre très patriote, soutient l'action de Clemenceau et dénonce sans relâche embusqués et profiteurs. Son fils, chirurgien célèbre, fait preuve de courage et son petit-fils est tué au combat. La mort de son époux en 1920 et celle de Barrès en 1923 l'éprouvent beaucoup. Elle commence en 1927 la rédaction de ses mémoires qui se révèlent passionnants. Ils constituent un remarquable tableau de la société ancienne. Elle décède en 1932. Les plus hautes personnalités littéraires et politiques assisteront à ses obsèques. Son fils, le docteur Thierry de Martel, engagé lui aussi à l'extrême-droite, se donnera la mort en juin 1940 lors de l'entrée des Allemands dans Paris.
    Elle laisse une œuvre abondante composée d'innombrables articles et de nombreux livres, essentiellement des romans. Le seul qui a réellement survécu est Le Mariage de Chiffon (1894). Toute son œuvre a été écrite sous la pression des difficultés financières. La dimension militante de cette œuvre est incontestable. Son style, très direct, avec de nombreux dialogues, est étonnamment moderne. Elle fut aussi une dessinatrice et une caricaturiste de talent. Gyp mérite de ne pas être oubliée .
    Jacques Saint-Pierre Monde&Vie octobre 2007

  • Le nouveau numéro de la revue L’Héritage est disponible

     

    Sous-titrée revue d’études nationales, c’est une publication de qualité dont nous vous recommandons vivement la lecture !

    Un moyen agréable (format A4 en couleur et bien illustré) de se former et de s’informer.

    On peut commander ce numéro en ligne ici.
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    Dans ce numéro, nous avons retenu en particulier :
    - un article de fond, synthétique, sur la question du « mariage homosexuel » : fondements, manipulations, perspectives… signé Thibaut de Chassey
    - une excellente présentation de la querelle des universaux : une question philosophique très concrète.
    - une étude introductive sur la question raciale
    - un article de l’abbé Schaeffer sur sainte Jeanne d’Arc
    - dans les recensions de livres, celui à grand succès de Laurent Obertone sur l’insécurité, la France Orange mécanique, est lui-même victime d’un lynchage de la part de Paul Thore. Vous comprendrez pourquoi en lisant ce numéro.

    http://www.contre-info.com/