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culture et histoire - Page 1815

  • Monarchie active, premiers éléments de définition

    Dans un monde globalisé, que peut l’Etat et, en particulier, l’Etat royal ?
    Je me place ici dans l’hypothèse d’une Monarchie fraîchement instaurée en France, ce qui, pour l’instant, relève évidemment de la simple théorie, puisque nous sommes présentement en République.
    Avouons d’abord que les conditions mêmes de l’instauration royale pèseront sur ses capacités d’action, non pas qu’elles handicapent forcément l’Etat mais qu’elles le placent en position de ne pas décevoir et, donc, de tenir compte, sans en être prisonnière, d’une Opinion publique attentive et impatiente.
    La Monarchie « à la française » se signale, traditionnellement, par une force particulière de l’Etat, par l’autonomie du politique à l’égard des forces économiques et une volonté d’intervention qui ne se confond pas, néanmoins, avec l’étatisme, maladie d’hypertrophie invasive de l’Etat.
    Cette force, cette autonomie et sa capacité d’inscrire sa volonté et son action dans le long terme sont d’autant plus « permises » que la monarchie est bien enracinée dans le temps et la suite des générations, et qu’elle n’a plus l’obligation pour l’Opinion de prouver sa légitimité ou son utilité, celles-ci étant avérées par son « temps passé » et les services rendus, pour autant qu’ils soient reconnus. Cela est sans doute plus délicat dans les premières années de l’instauration, dans le « règne inaugural ». Mais, quoiqu’il en soit, le simple fait de la transmission héréditaire annoncée procure à la magistrature suprême de l’Etat une certaine liberté qui a des possibilités de se vérifier et de se fortifier au fil des règnes.
    Cela étant, il est nécessaire de rappeler que la monarchie, nouvelle ou adulte, ne peut pas tout faire et que, surtout, elle ne doit pas tout faire : son principe lui donne l’autorité nécessaire pour parler et agir, mais lui interdit de monopoliser les pouvoirs et les libertés.
    Son rôle est de donner l’impulsion aux grands projets qui ont besoin d’une garantie politique sur le temps long, d’arbitrer entre les grandes assemblées, conseils ou syndicats, qu’ils soient nationaux ou régionaux, mais aussi d’ouvrir les grands chantiers institutionnels, politiques, sociaux, économiques, environnementaux, … par la convocation de conseils et le lancement de grands programmes de recherche et de prospective. Cette action qui mêle volonté, rapidité d’initiative et enracinement dans la durée, est rendue plus facile qu’en régime électif présidentiel par l’essence même de l’Autorité suprême qui n’a pas à remettre son destin tous les cinq ans entre les mains de ceux qui font (ou défont…) les élections et les opinions. Au contraire du système de la Cinquième République où le calendrier, sauf accident (démission du président ou décès, deux cas possibles, comme en 1969 et 1974), est réglé comme la minuterie d’une bombe à retardement, la monarchie n’est pas maître de son calendrier mais accompagne le temps, offrant, par son principe successoral, la garantie d’une « respiration humaine » et de la continuité statutaire.
    L’action politique n’est pas réductible à la seule parole, et elle se doit de poser des actes : tout l’intérêt d’une monarchie héréditaire est d’en assumer la responsabilité, y compris d’un roi à son successeur, mais le renouvellement par le remplacement d’une génération par une autre au travers du monarque permet aussi de remettre en cause ce qui pourrait s’avérer obsolète sans, pour autant, menacer la continuité et la garantie de la permanence de l’Etat.
    La Monarchie active ne peut être juste une magistrature morale, elle se doit d’être politique : de Gaulle, en établissant la Cinquième République, avait sans doute en tête ce que pourrait être une monarchie au-delà même de celle qu’il fondait, d’une certaine manière, incomplète et inachevée. En somme, le mieux ne serait-il pas de faire de cette Cinquième République qui, par le jeu des partis et des ambitieux, se caricature aujourd’hui en monocratie pipolisée, une monarchie véritable, hors d’atteinte des querelles partisanes et libre de toute attache clientéliste et financière, libre de parler et d’agir, avec le garde-fou des obligations constitutionnelles, des Conseils et des Assemblées, entre autres. C’était le vœu du comte de Paris, de Pierre Boutang et, au moins un temps, du général de Gaulle lui-même. Pour aller au bout de la logique gaullienne (je n’ai pas dit gaulliste…), et restaurer la politique, assumer le souci politique au sommet de l’Etat…
    Jean-Philippe CHAUVIN http://www.actionroyaliste.com

  • Le phénomène New Age ou l'individualité sous surveillance 1/2

    Mettre l'Espèce à la place de Dieu - c'est-à-dire être toujours obsédé par l'Un -, alors que c'est l'individu qui peut seul la revendiquer, voilà donc le dénominateur commun des totalitarismes rouge et brun, et donc la source de toute Terreur, et aussi de notre désir contemporain de standardisation (le phantasme du clone!). Parce qu'ils voulaient éradiquer l'âme, le "moi", les régimes totalitaires du vingtième siècle postulaient que l'homme est totalement malléable, indéfiniment réformable par le collectif. Il s'agissait de le reconstruire via le conditionnement, la propagande, l'eugénisme. Le fantasme de l'homme nouveau ne visait que la réification de la personne. Et l'on est bien forcé de constater qu'une certaine philosophie New Age imprégnant fortement notre temps, si chère au cœur des soixante-huitards et "bourgeois bohèmes" de toutes sortes, s'inscrit nettement dans cette filiation, via l'idée du "Cerveau global". Elle est encore un autre visage du rêve totalitaire "mou", un visage également serein, car elle ne croit pas, elle non plus, à la violence physique. Son projet de réforme radicale de l'humain, de transformation personnelle n'est souvent que le synonyme de cette réduction de l'homme à un simple matériau de construction

         Pourquoi le soixante-huitard cultive-t-il d'ailleurs son penchant New Age ? Il trouve ça chic et plaisant : c'est une marque (c'est-à-dire un "produit de luxe") et une manière de diminuer le stress ! Bref, le New Age est carrément tendance... Le côté "pouvoir des fleurs" ne lui déplaît pas ! Cette touche de désinvolture et de distance qu'apportent les pratiques du "Nouvel Age", ou supposées telles, le font passer pour un "sage" épris de spiritualité, en quête d'"authentique", et attentif à "ce monde qui nous parle". Le soixante-huitard adore passer pour un autre ! Depuis tout petit il aime bien se déguiser. Il paraît que c'est un passe-temps très répandu entre le 7e et le 16e arrondissement de Paris... Il y a là plein de types en Mercedes et de nymphes évaporées qui adorent se prendre pour ceux qu'ils ne sont pas...
         Mais le fond de l'affaire, c'est que le soixante-huitard adore les climats de douce torpeur, celui-là même qu'il retrouve dans le New Age. Il y a dans tout cela une claire volonté de sortir de l'Histoire qui n'est pas pour lui déplaire. Pourquoi ne pourrait-on pas en avoir assez du bruit et de la fureur ? Des siècles de combats, de conquêtes et de vastes constructions politico-idéologiques ont épuisé l'espèce humaine au-delà du supportable. Désormais, le temps vient du repos... Le soixante-huitard pense sincèrement que le "bobo" est l'avenir de l'homme... Pétards, parties fines, soirées branchées et séjours réguliers sur des plages ensoleillées : oui, pourquoi pas après tout... Le problème est que tout cela a un prix : celui de notre humanité. Le soixante-huitard l'accepte. Il acquiesce à la mort de l'individu souverain, solaire, et il fait siens les oukases du politiquement correct, de la pensée unique et de la novlangue qui assurent la tranquillité de l'esprit. Il acquiesce également au creusement des inégalités sociales puisque la douceur de vivre pour une minorité exige l'adaptation de la majorité à une précarité socio-économique plus ou moins relative et chronique. Le New Age est donc une manière de condenser cet état d'esprit global. Mais voyons de plus près comment se constitua se mouvement sociétal. 
         Pour les "maîtres du Verseau", il n'existe pas de nature humaine immuable, définissable : l'homme n'est qu'un programme, une variable constamment révisable, adaptable à volonté. Ils s'échinent à nous convaincre que nous pouvons "gérer" nos croyances, les modifier, ou même les éradiquer : on imagine aisément qu'ils n'hésiteraient guère à procéder au décapage mental nécessaire pour que certains récalcitrants "s'émancipent" de cadres de pensée jugés inadéquats
         Né en Californie et en Écosse au milieu des années 1960, à Big Sur, près de San Francisco, et à Findhorn, le New Age portait le message d'une nouvelle ère, celle du Verseau, évoquée pour la première fois par Paul Le Cour, et qui succédait à l'ère sombre des Poissons. Un "Nouvel Age" débuterait, tissé d'harmonie et communication entre les hommes ! Véritable "changement de paradigme", comme aiment à le qualifier ses adeptes, ce nouveau cadre de pensée marquerait l'élargissement décisif de la conscience humaine et l'actualisation de soi, c'est-à-dire la réalisation du potentiel intellectuel, affectif, spirituel et mystique de l'individu. Le nouveau millénaire, exploré par Marylin Ferguson dans Les Enfants du Verseau, publié au cours des années 1970, serait censé ouvrir une époque de synthèse des connaissances humaines (et donc d'équilibre et de bonheur). Il est en effet frappant de constater à quel point le New Age pioche dans toutes les sciences, qu'elles soient physiques ou humaines. Dans le corpus doctrinal des fils spirituels du fondateur d'Esalen - Michael MacMurphy -, et des "Écossais" - Peter Caddy, David Spangler ou George Trevelyan -, la Gnose de Princeton, les théories du physicien Fritjof Capra, auteur du Tao de la physique et les thèmes écologiques côtoient les thèses d'Helena Petrovna Blavatsky, pivot de la Société théosophique, créée en 1875, ou celles du transcendantalisme d'Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Louisa May Alcott. A l'instar de la gnose, la mouvance New Age postule que c'est le savoir qui sauve, et non la foi ou la grâce. 

    Éric Delbecque, La métamorphose du pouvoir

    http://www.oragesdacier.info/

  • Le phénomène New Age ou l'individualité sous surveillance 2/2

    Le "Nouvel Age", c'est également des pratiques : celle du channeling - que l'on peut traduire en français par spiritisme, dont la figure emblématique fut Allan Kardec -, celle aussi du voyage astral, du lying, c'est-à-dire de la régression dans des vies antérieures, ou celle encore du tantra sky dancing, mariage du sexe et de la spiritualité. Il faut y ajouter l'exercice certainement salutaire du yoga ou de la respiration holotropique - chère à Stanislas Grof -, la propagation de la sophrologie ou du biofeedback, c'est-à-dire l'apprentissage du contrôle de ses propres réactions physiologiques. 

         Qu'importe toutefois de croire aux chakras, à la possibilité d'applications médicales de l'occultisme - enseignées par Eliphas Lévi - où l'astrologie karmique, de réciter des mantras ou d'articuler son existence autour de l'enseignement de la Gnose : qui peut dire où est la vérité ? Il semble vain de vouloir discuter les croyances les plus répandues chez les new-agers. Pourquoi disserter pour savoir si nous avons ou non plusieurs corps - trois, cinq ou sept - qui seraient des champs d'énergie vibratoire formant autour du corps physique un corps de lumière, c'est-à-dire l'aura ? Quel intérêt d'engager le fer pour démontrer ou infirmer qu'il n'y a pas de hasard, que nous sommes entraînés dans le flux des réincarnations, que l'au-delà a été exploré, que le corps est notre inconscient, que l'on peut communiquer avec les anges, qu'à force de croire nous pouvons rendre vrai, c'est-à-dire que la visualisation de ce que nous désirons est créatrice de ce rêve ? En faisant connaître à l'Occident les philosophies de l'Orient et en cherchant à percer à jour la tradition commune à toutes les religions, Helena Blavatsky œuvra peut-être utilement ; de même, les mouvements de développement du potentiel humain présentent bien des aspects stimulants : d'Alice Bailey, qui créa avant l'heure l'expression de "Nouvel Age", à la divinisation équivoque de l'homme, but de la transformation personnelle, en passant par la "Jesus Révolution" et Woodstock, l'éventail des chemins spirituels est large et ne mérite pas systématiquement la suspicion...
         Il importe en effet de ne pas se méprendre : si un certain recyclage de ces différentes approches intellectuelles et philosophiques du phénomène humain apparaît lourd de menaces, on ne peut invalider pour autant la démarche de ces pensées alternatives. 
         En revanche, c'est le paradigme holistique, et donc désindividualisant, qui peut rendre inquiétant l'univers de pensée New Age. Le millénarisme du grand tournant ou l'impératif de la transformation personnelle ne prennent souvent sens, positivement ou négativement, qu'à travers le prisme holiste. Il n'est pas anodin que les new-agers les plus résolus fréquentent les écrits de René Guénon tout autant - et parfois plus - que les textes de Teilhard de Chardin ou les nombreux ouvrages de Papus, pourtant une référence essentielle à leurs yeux. Il n'est pas indifférent non plus que l'on retrouve Maître Eckart, Paracelse ou Tommaso Campanella dans leurs auteurs favoris. 
         Ce qu'ils recherchent essentiellement chez tous ces théoriciens, comme dans certaines interprétations du bouddhisme ou de la gnose, de la philosophie orientale et la mystique, c'est l'apologie d'un monisme panthéiste dressé contre le moi souverain. Pour les accros du New Age, autrui n'est pas unique. Ils ne veulent d'ailleurs pas l'envisager comme un objet de désir, comme le seul être pouvant combler la béance qui nous mutile. Leur conception fusionnelle de l'espèce humaine est férocement anti-humaniste. Leur obsession de bâtir une communauté organique, indivise, les rend inaptes à la rencontre de l’altérité, les enfonce conséquemment dans le solipsisme le plus désespérant, et leur fait croire qu'ils n'ont nul besoin d'autrui. 
    Eric Delbecque, La métamorphose du pouvoir
  • C’était un 9 août : Nagasaki ou la guerre selon les démocrates

    Le 9 août 1945, les Etats-Unis, champions de la Démocratie, lâchaient sur la ville japonaise de Nagasaki une bombe atomique.

    Il s’agissait bien d’une politique de terreur destinée à faire plier plus vite l’Etat nippon (dont la défaite était en cours) en massacrant ses civils.
    Notons que les Etats-Unis attaquent, depuis, un peu partout sur la planète au motif de la défense des civils, et qu’ils s’indignent que d’autres qu’eux puissent avoir l’arme atomique, alors qu’ils sont les seuls à l’avoir utilisée (par deux fois), sans même qu’il s’agisse de se défendre.

    La première bombe A avait été lâchée sur Hiroshima trois jours plus tôt (entre 100 000 et 200 000 morts).

    Nagasaki a été entièrement soufflée (au moins 60 000 morts).
    Rappelons que cette ville était celle qui comptait le plus de catholiques japonais. Un hasard ?

    L’URSS en profita pour déclarer (enfin!) la guerre au Japon, et s’accaparer ainsi les îles Kouriles et Sakhaline.

    http://www.contre-info.com/

  • Identité française : relire Renan !

    Quand on parle d’identité française, « Qu’est ce qu’une nation » d’Ernest Renan reste un texte incontournable. Le seul problème c’est que cette très belle conférence du 11 mars 1882 est davantage commentée que réellement lue et comprise.
    Retour au texte : http://www.bmlisieux.com/archives/nation01.htm

    Le socle objectif d’une nation : race, langue, religion, intérêts, géographie
    Les commentateurs rapides retiennent souvent du texte de Renan une et une seule chose : « la nation est un plébiscite de tous les jours » ; ils en tirent la conclusion que Renan a défendu une conception exclusivement subjectiviste de la nation. Ce qui est parfaitement inexact. La partie la plus longue du texte – le chapitre II – est consacrée à une longue discussion sur les bases objectives de la nation. Renan s’écarte effectivement d’une conception purement déterministe de la nation tout en reconnaissant l’importance de données objectives.
    Certes, pour Renan la nation n’est pas la race (au sens de peuple : celte, germain ou romain) et « Ce que nous venons de dire de la race, il faut le dire de la langue. La langue invite à se réunir ; elle n’y force pas » (…) « La religion ne saurait non plus offrir une base suffisante à l’établissement d’une nationalité moderne ». Mais « La communauté des intérêts est assurément un lien puissant entre les hommes ». (…) et « La géographie, ce qu’on appelle les frontières naturelles, a certainement une part considérable dans la division des nations. »
    Il faut bien comprendre ce que Renan dit ici : refus du déterminisme mais prise en compte de la réalité. La dernière phrase du chapitre II est déterminante pour comprendre : « Nous venons de voir ce qui ne suffit pas à créer un tel principe spirituel : la race, la langue, les intérêts, l’affinité religieuse, la géographie, les nécessités militaires. Que faut-il donc en plus ? »
    Deux phrases sont ici essentielles : « ce qui ne suffit pas » et « Que faut-il donc en plus ? ». En clair la race, la langue, la religion, les intérêts, le territoire ne sont pas des conditions suffisantes à l’existence d’une nation mais ce sont des conditions, sinon nécessaires, du moins préalables.

    Le socle subjectif d’une nation : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes »
    La suite montre d’ailleurs l’idée très exigeante que Renan se fait de la nation et l’importance qu’il attache à l’héritage moral et historique, à l’inscription dans le temps long : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. L’homme, Messieurs, ne s’improvise pas. La nation, comme l’individu, est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements. Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. Un passé héroïque, des grands hommes, de la gloire (j’entends de la véritable), voilà le capital social sur lequel on assied une idée nationale. Avoir des gloires communes dans la passé, une volonté commune dans le présent ; avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. On aime en proportion des sacrifices qu’on a consentis, des maux qu’on a soufferts. On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet. Le chant spartiate : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes » est dans sa simplicité l’hymne abrégé de toute patrie. »
    Pour Renan, il n’y a pas pour une nation de présent commun possible, sans passé commun revendiqué ou assumé. Le socle subjectif d’une nation renvoi à un socle objectif : l’héritage.
    Jean-Yves Ménébrez,30/11/2009
    Polémia

  • Les deux types fondamentaux de collectivités

    par Adolf Gasser*

     

    Ex: http://www.horizons-et-debats.ch

     

    L’existence des collectivités politiques – prenons-y bien garde – n’est concevable qu’en vertu de ce que nous nommerons un «principe ordinateur». Or, tout bien considéré, il n’existe que deux principes ordinateurs fondamentaux: celui de subordination et celui de coordination – ou, en d’autres termes: le principe d’administration impérative et celui d’administration autonome. Ou bien l’ordre social est obtenu par le moyen d’un appareil coercitif du mode autoritaire, ou bien il est fondé sur le droit de libre disposition du peuple. Dans le premier cas, la structure de l’Etat est imposée de haut en bas; dans le second, elle se détermine de bas en haut. Là, le principe ordinateur se résume dans l’habitude du commandement et de l’obéissance; ici, dans la volonté générale de libre coopération. A vrai dire, il a existé des Etats dans lesquels les deux principes ordinateurs semblaient être parvenus à s’harmoniser. Mais dans les formes hybrides de ce genre – l’histoire le démontre – le principe ordinateur primitif conserve toujours la prédominance.

    Pour désigner les deux principes ordinateurs fondamentaux, on peut se servir de couples d’adjectifs antonymes tels que: dominatif – associatif; hiérarchique – fédératif; autoritaire – populaire. Désireux de nous servir selon l’opportunité soit de l’un, soit de l’autre de ces couples, nous tenons cependant à constater que l’antinomie domination – association est sans doute le contraste le plus important que connaissent la sociologie et l’histoire. L’antithèse Etat autoritaire – Etat populaire oppose, en effet, les notions politiques les plus graves qui soient, notions qui concernent les assises mêmes de toute collectivité humaine. Ces deux types de structure de l’Etat se différencient surtout sur le plan moral. Selon la prédominance de l’un ou de l’autre des principes ordinateurs, les Etats sont animés d’un esprit de coopération.
    Il a existé jadis des corps politiques autoritaires, même en des espaces restreints et sous une forme très décentralisée. Telles furent les seigneuries féodales du Moyen Age. Un fait pourtant est notable: partout où l’esprit de domination vise à l’unification politique de vastes contrées, il a recours à la centralisation, obtenue par un appareil militaire et bureaucratique distinct du peuple. Chose bien connue, l’absolutisme a été, dans les provinces françaises, dans les principautés allemandes, dans les Etats mineurs de l’Italie fragmentée, le régime centralisateur qui absorba la féodalité et la dépassa. Depuis lors, le centralisme administratif est resté le destin de presque tous les Etats de l’Europe continentale. Jusqu’à aujourd’hui, c’est une bureaucratie impérative, imposé d’en haut, un fonctionnariat allochtone (venu d’ailleurs) qui, dans ces Etats, trancha péremptoirement les questions d’administration régionale et locale.
    L’Etat associatif, lui, s’est toujours développé, cela est logique, en territoire peu étendu. C’est seulement dans la modeste unité spatiale de la commune que l’autonomie administrative a pu se développer, prospérer, s’affirmer. Le principe ordinateur associatif exerce toujours son action à partir de la commune populaire franche et armée, c’est-à-dire, dans un groupement subalterne autonome, net de tout appareil bureaucratique ou militaire impératif.
    Fait intéressant à signaler, aucun Etat du type associatif n’a jamais pu se former autrement qu’à partir de ces collectivités populaires restreintes que sont les communes libres et capables de se défendre par les armes. Les démocraties d’ancienne tradition: nations scandinaves et anglo-saxonnes, Pays-Bas, Suisse, n’ont toléré à aucune époque que leurs communautés élémentaires fussent administrées sur le mode impératif ou par des fonctionnaires subalternes allochtones.

     

    * Ce texte est un extrait du livre « L’autonomie communale et la recon­struction de l’Europe – principes d’une interprétation éthique de l’histoire » Paris/Neuchâtel 1946, p 13sq.

    http://euro-synergies.hautetfort.com/

  • Pourquoi faut-il être anti-américain ? par Robert Steuckers

     

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    1. Parce que l'Amérique est l'ennemi géopolitique:

    Quand l'Amérique a proclamé la Doctrine de Monroe en 1823, elle souhaitait chasser les puissances européennes hors du Nouveau Monde et les remplacer en Amérique latine. C'était de bonne guerre. Mais elle n'a pas poursuivi cette politique de domination de l'hémisphère occidental, où un nord développé entendait organiser un sud moins développé. Infidèle à la Doctrine de Monroe, elle n'a cessé d'intervenir en Extrême-Orient et en Europe, pour empêcher les processus d'unification continentale à l'¦uvre dans ces régions du monde. D'isolationniste, l'Amérique est devenue interventionniste, mondialiste, globaliste. Elle a cassé les axes de développement nord-sud, créant en chaîne des conflits est-ouest. Or toutes les oppositions est-ouest de l'histoire génèrent des conflits insolubles, des guerres civiles au sein des unités civilisationnelles. Pour nous, l'avenir réside a) dans une collaboration nord-sud eurafricaine, où la Russie est partie intégrante de l'Europe et où les flux migratoires s'écoulent vers le sud, et b) dans une synergie pacifique nippo-centrée où les flux migratoires et culturels s'écoulent également vers le sud, sans interférences américaines.

    2. Parce que l'Amérique est l'ennemi intérieur:

    L'Amérique est en nous, parce que le parti américain détermine la gestion de nos Etats et influe leur diplomatie. L'Amérique parie toujours sur les strates sociales corruptibles pour installer son pouvoir. C'était évident au Sud-Vietnam comme ce l'est depuis toujours en Amérique latine. Mais, à regarder de près, cette règle ne vaut-elle pas pour l'Europe aussi? Lutter contre l'Amérique signifie lutter contre les strates sociales qui hissent l'économisme au rang de valeur cardinale, oubliant que les règles de la politique nécessitent d'autres vertus, non matérielles, et que la "plus-value de légitimité" repose sur la mémoire historique et non sur le présentisme de la jouissance. Le parti américain regroupe ceux qui ont perdu le sens de l'Etat, du devoir politique, pour poursuivre des objectifs lucratifs, toujours axés sur le court terme. A ces politiques à court terme, nous opposons le long terme de la mémoire historique.

    3. Parce que l'Amérique est l'ennemi culturel:

    Les Etats-Unis véhiculent une culture purement individualiste et dépourvue de racines pluriséculaires voire plurimillénaires. Cet individualisme et cette absence de mémoire ont un effet dissolvant sur les cultures périphériques, ne disposant pas d'emblée d'un "marché" de 250 millions de consommateurs. Sur l'ensemble de la planète, la culture léguée par les ancêtres fait peu à peu place à une culture artificielle, construite à l'aide d'affects psychologiques, de lambeaux de mythe, de fiction minable, collés bout à bout. Cette culture artificielle n'est pas arrivée en Europe et en Asie de manière fortuite: elle y a été sciemment greffée. Rappellons que la France a été mise au pied du mur en 1948: ou elle acceptait sans restriction l'importation massive de produits culturels et cinématographiques américains ou elle était rayée de la liste des bénéficiaires du Plan Marshall. L'Amérique, en tant que puissance dominante, pratique l'ethnocide culturel; quand les peuples auront perdu leur mémoire, ils seront archi-mûrs, c'est-à-dire suffisamment pourris, pour accepter le super-ersatz offert par Washington. Mais cette éradication à l'échelle planétaire des mémoires recèle le danger de l'uniformité: elle ôte quantité de potentialités à l'humanité, quantité d'alternatives, qui auront été gommées irrémédiablement.

    4. Parce que l'Amérique est l'ennemi du genre humain:

    L'Amérique a réintroduit dans la pratique politique et diplomatique la notion d'"ennemi absolu", c'est-à-dire d'un ennemi qu'il ne s'agit plus seulement de vaincre mais d'exterminer. Tous les peuples de la planète peuvent devenir, au gré des circonstances, ennemis de l'Amérique. Ils risquent l'extermination, à l'instar des populations amérindiennes, liquidées par des couvertures vérolées, de l'alcool frelatée, les balles de la cavalerie, etc. Le XVIIIième siècle et l'Europe du XIXième, régie par la Pentarchie (France, Angleterre, Prusse, Autriche, Russie), avaient tenté d'humaniser la guerre, de traiter correctement les prisonniers, de soigner les blessés, de mettre les populations civiles à l'abri des conflits. L'irruption de l'Amérique dans les conflits du monde, surtout à partir de la dernière guerre mondiale, a conduit à la destruction massive d'objectifs civils (Dresde, Hiroshima, Hanoï, villages vietnamiens, Panama), au pilonnage de colonnes en retraite (Koweit/Irak), au meurtre collectif des prisonniers de guerre (les "morts pour raisons diverses", dont a parlé l'historien canadien James Bacque). Cette déshumanisation de la guerre dérive en droite ligne de l'idéologie messianique américaine: quand une personne, un pouvoir ou une puissance politique croit détenir la Vérité Ultime, elle ne tolère plus la moindre déviation idéologique, la moindre entorse à sa volonté. Et elle frappe. Cruellement. Sans égard pour autrui. Parce qu'il incarne le Diable. Aux guerres messianiques, réintroduites par les Etats-Unis, nous entendons substituer un nouveau jus publicum qui redonnera à la guerre une dimension moins absolue.

    The_Faces_of_Capitalism_by_Pit_Kuruma.jpg5. Que faire ?

    A l'heure où le capitalisme américain semble triompher, où il est de fait la dernière idéologie économique en lice, des lézardes strient déjà l'édifice. Au sein de l'économie-monde capitaliste, des contradictions apparaissent; ses pôles accusent des divergences entre eux parce que des mémoires culturellement déterminées les agissent en dépit de l'arasement que Washington avait voulu. Incontournable demeure la solidité des communautés japonaises et de l'épargne allemande, soit autant de signes que les peuples non-américains, même largement américanisés, ont le sens de la durée et ne se contentent pas de jouir de l'instant. Qu'ils privilégient le long terme et ne s'abandonnent pas entièrement à l'"individual choice", indice économique de l'American Way of Life. Et que ce pari pour le long terme, amorcé depuis plusieurs décennies déjà, en dépit de Reagan et de Thatcher,engrange désormais de formidables succès. L'éducation japonaise, le taux d'épargne nippon, scandinave et germanique, la formation des apprentis allemands en tous domaines, la plus-value que donnent tous les enracinements, battent à platte couture la permissivité américaine, l'économie basée sur le crédit, l'absence d'investissements pour la formation du personnel, l'absence de racines stabilisantes. Les Etats-Unis battent de l'aile parce que leurs écoliers demeurent analphabètes, ne maîtrisent même plus un anglais simplifié, parce que leurs ménages dépensent plus qu'ils ne gagnent, parce que l'angoisse de vivre, dû à l'absence de racines solides, conduit à la toxicomanie. Les rodomontades de Panama ou du Golfe n'y changeront rien.
    Nous Européens devons adopter le modèle rhénan du capitalisme (comme nous l'enjoint Michel Albert dans Capitalisme contre capitalisme), car ce modèle, malgré ses insuffisances, porte quand même en lui la volonté de parier sur l'éducation, d'investir dans la recherche et dans la formation, parce qu'il
    lie le passé au futur grâce à l'épargne de ses citoyens. En germe, cette forme incomplète de capitalisme génèrera la puissance,précisément parce qu'elle conserve des formes qui ne sont pas libérales: rigueur de l'enseignement et de la formation, qui ne sont possibles que si l'on ne se laisse pas aveugler par le profit à court terme, tare du libéralisme. Concrètement, lutter contre l'américanisme aujourd'hui, c'est soutenir toutes les politiques qui visent le renforcement de l'épargne des ménages, l'investissement massif dans la recherche et dans l'éducation, l'euro-centrage de nos énergies. Car alors nous aurons les armes qu'il faudra pour contenir les folies américaines au-delà de l'Atlantique. Et pour laisser, là-bas où le soleil se couche, l'anomalie historique américaine imploser, lentement mais sûrement.

    Robert Steuckers

    Source: http://robertsteuckers.blogspot.fr/2012/09/pourquoi-faut-...

    Note du C.N.C: Bien que nous soyons plutôt favorable au socialisme qu'à n'importe quelle forme de capitalisme, y compris rhénan, nous jugeons secondaire cet aspect du texte de M. Steuckers dont la pertinence est totale sur la question "américaine".

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com