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culture et histoire - Page 1815

  • Relocalisons la révolution !

    Les idées du localisme et de la démondialisation sont séduisantes, elles connaissent actuellement un vogue liée à la crise du système globalisé. Mais il faut s'entendre sur les mots, et ne pas se laisser berner par des politiciens qui les récupèrent pour mieux les dénaturer.

    Relocaliser pour produire différemment

    Le fait de relocaliser la production industrielle en Europe n'est pas une utopie aussi folle qu'elle peut paraître aux yeux des dirigeants des multinationales. Elle est nécessaire pour redonner à la France et à l'Europe la maîtrise de son économie et garantir son indépendance. Mais ce retour doit se faire en rupture avec la logique du profit capitaliste et impliquer une transformation radicale du système économique et social.

    Jouant sur les législations nationales ou régionales, les tenants de l'ultra-compétitivité misent déjà sur la désunion des travailleurs européens pour mieux les exploiter. L'Union Européenne a ainsi permis la libre concurrence en son sein, permettant aux grands groupes (mais aussi à des PME) de délocaliser en son sein des secteurs entiers de la production.

    Le cas récent des travailleurs de FRALIB, l'usine des thés "Eléphant", dont la lutte contre la délocalisation de leur usine proche de Martigues, vers la Pologne, éclaire ce mauvais tour. «Ils nous proposaient 5600 euros de salaire pour aller travailler à Katowice en Pologne, se souvient un ouvrier. On s'est dit, c'est énorme. En fait, c'était le salaire annuel, soit 460 euros par mois». Un autre fait le calcul simple de la logique de l'opération : «La part salariale de FRALIB coûte actuellement 15 centimes par paquet de thé. En Pologne, ça passe à 6 centimes. Ils veulent supprimer 182 emplois pour économiser 9 centimes par boîte ?».

    Lors des événements en Tunisie, certains chefs d'entreprises du secteur textile ont évoqué l'éventualité de relocaliser en France une partie de leur production pour éviter les risques d'arrêts de celle-ci. Mais ils l'ont fait en demandant qu'une partie de leurs personnels tunisiens soit autorisée à immigrer en France pour continuer à produire avec les mêmes législations qu'en Tunisie (c'est-à-dire des salaires de misère et des rythmes de travail très souples pour les employeurs). L'Etat n'a pas donné suite à la démarche, mais l'idée est lancée.

    On l'a compris, la relocalisation vers l'Europe pour avoir une impact positif doit être l'oeuvre d'un pouvoir qui serait au service du peuple. Elle doit servir les intérêts de la communauté et non le patronat. Il est d'ailleurs illusoire de croire que dans le cadre local, le capitalisme soit moins vorace. Au contraire, l'Histoire prouve que les «petits patrons» nationaux peuvent devenir de véritables prédateurs de leurs congénères, soumis qu'ils restent aux impératifs de la concurrence, dictés par la nature même du fonctionnement du capitalisme. Lorsqu'on voit la «success story» du groupe Leclerc, on est vacciné quant à l'éloge de la petite boutique.

    La socialisation et le localisme

    «Produire français pour exploiter français», non merci ! Dans le cadre d'une socialisation de la France et de l'Europe, nous devrons veiller à mettre en place un mode de production qui soit adapté aux besoins réels des populations européennes. Cela implique que l'activité productive soit dirigée vers le bien commun, qu'elle prenne en compte la préservation de la santé des travailleurs et la préservation de la nature. Une production qui pose aussi le problème du dépassement du salariat et donc de sa réorientation vers des finalités non mercantiles.

    La socialisation se fonde sur l'assujettissement de l'économique au politique, la direction politique de l'économie nationale à travers la planification, la transformation des formes de la propriété et la considération du travail comme un service à la communauté générateur de droits politiques.

    Cette situation n'est envisageable que dans la mesure où le rapport de force entre les classes commence à s'inverser en faveur des prolétaires à l'échelle de plusieurs pays européens. A partir de là, des mesures de gratuité, de réappropriation de moyens de production et de distribution deviennent possibles.

    Le localisme doit être lié au socialisme pour porter un projet alternatif de société. Suivant le principe de subsidiarité, une Europe et une France authentiquement socialistes auront besoin d'être indépendantes dans un monde multi-polaire envers lequel s'appliquerait une politique aux antipodes des rapports de force impérialistes actuels. Pour ce faire une étroite collaboration devrait être envisagée avec les nations de tous les continents s'opposant au modèle de domination mondialiste.

    Dans cette optique, l'Europe devra redéfinir ses propres besoins en se donnant les moyens adéquats de les satisfaire. Une planification de l'économie et un développement harmonieux devront s'appuyer sur un vaste réseau de communautés locales qui viseront à une participation collective à la vie économique, sociale et politique. Nous ne considérons pas la production économique comme un programme élaboré par des organismes bureaucratiques ou technocratiques. Comme pour le domaine de la souveraineté politique, des articulations nouvelles seront à créer afin de permettre l'élaboration d'un tissu social riche et vivant.

    De nouveaux liens seront tissés entre les individus sur leurs lieux de vie et de travail. D'anciennes solidarités seront ranimées par une volonté de construire un avenir commun.

    Source: Rébellion

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Le chant de Walther, étonnant témoignage sur l’époque des grandes invasions

    La chanson des Nibelungen est au coeur de la culture allemande. L'hypothèse des historiens est qu'elle serait une réminiscence de l'époque troublée des Vème et VIème siècles qui a vu le royaume burgonde au sommet de sa gloire puis sombrer. Une réminiscence, certes, mais réécrite en y ajoutant des éléments plus récents, sublimée en outre dans une vision romantique qui caractérise la littérature et les moeurs de la société féodale.

    Je reprends le fil de mon raisonnement dans la suite de mes articles précédents. (1)

    Tout commence avec le chant de Walther. Je le fais remonter au Vème siècle, avant la bataille des champs catalauniques de 451 qui n'a pas encore eu lieu au moment où il est écrit. Je résume ma thèse. 
    En 413, les Burgondes avaient été installés par les Romains en tant que troupes fédérées pour garder la frontière du Rhin dans ce qu'on appelle le royaume de Worms. Or ceux qui étaient installés à l'est du Rhin, les plus exposés, étaient constamment harcelés par les incursions des Huns (2) (évidemment, parce que ce sont eux qui tenaient le limes en avant du fleuve).
    En 428/429, Gondicaire, roi des Burgondes, réussit à les vaincre. Leur chef Octar, (Optar ou encore Oktar), oncle d'Attila perdit la vie dans cette campagne (2). Cet affrontement correspond, à mon avis, au passage du chant où il est dit au vers 170 "qu'une des nations récemment domptées se mettait en révolte".
    En 436/437, Aétius vainquit Gundicaire roi des Burgondes habitants en Gaule, et accorda la paix à ses supplications, mais celle-ci fut de courte durée puisque les Huns l'anéantirent avec son peuple (3). Les Burgondes avaient tenté d'agrandir leur territoire dans l'arrière-pays. Ils furent battus par le général romain Aetius qui, néanmoins, leur accorda la paix. La deuxième partie de la phrase concerne un autre événement, la bataille qu'ils perdirent contre les Huns, apparemment sur la rive droite du Rhin. C'est cette bataille que pourrait relater le chant de Walther... les javelots volent drus et incessants de part et d'autre. Le frêne et le cornouiller prennent les mêmes ébats, et le fer projeté brille comme l'éclair... A l'exemple de son chef, la forte armée des Huns s'élance avec furie et multiplie le carnage. On brise toute résistance, on écrase les fuyards, jusqu'à ce qu'on soit certain d'une victoire complète. Puis on se jette sur les morts et on les dépouille tous...(4). Les historiens estiment que c'est à la suite de cette défaite que les Burgondes durent se replier en Bourgogne abandonnant leur royaume et la ville royale de Worms.
    Remarque 1. La description que l'auteur donne de cette bataille pourrait, certes, tout aussi bien s'appliquer à la bataille des champs catalauniques (grande plaine du champ de bataille)... hypothèse peu crédible. Ici, c'est Walther qui commande et il a gagné ; aux champs catalauniques, c'est Attila et il a apparemment perdu.
    Remarque 2. On peut m'objecter qu'il n'est pas possible que Walther ait livré bataille contre des Burgondes alors que sa fiancé burgonde Hildegonde est encore en otage auprès d'Attila et alors que ses ennemis sont Francs. Je réponds en faisant l'hypothèse d'un peuple burgonde divisé en deux, l'un à Cabillo, dont est issue Hildegonde, l'autre à Worms, que les chroniqueurs considèrent toujours comme burgonde mais que l'auteur du chant considère comme passé - vendu - aux Francs. 
    Toutes choses égales d'ailleurs, constatons que dans le chant, les Huns sont conduits au combat par un héros nommé Walther. Mon hypothèse est que ce Walther y désigne l'ancienne noblesse germaine de Germanie. C'est un Goth. Attila l'a mis à la tête de ses troupes, mais il est vassal, ayant reconnu en Attila son suzerrain et protecteur depuis que ce dernier a conquis le pays. L'auteur du chant le dit Aquitain, originaire d'Aquitaine, né en Aquitaine, mais il se contredit au vers 580. Je m'explique : candidat à l'immigration en Gaule, le Goth Walther déclare au poste frontière : je suis né en Aquitaine (wisigothe), je suis donc Aquitain et veux retourner au pays où je suis né. Très logiquement, l'autorité chargée de la garde aux frontières répond : Qu'on aille d'abord lui demander quelle est sa race, sa patrie, son nom, le lieu d'où il vient, s'il veut avoir la paix sans effusion de sang en livrant son trésor. Par la réponse nous connaîtrons l'homme, et si Walther n'a pas changé...(4) Et le candidat se fait refouler, à moins de glisser la "pièce" (son trésor) au gardien.
    Les combats héroïques et homériques que mène ce Walther contre les douze chevaliers qui gardent la frontière du Rhin illustrent les multiples tentatives germaines de franchissement. Ces douze chevaliers représentent les différentes unités franques réparties tout au long du limes pour le défendre (Metz, Strasbourg etc).
    Comme je viens de l'expliquer, pour l'auteur du chant, le Gunther qui règne à Worms n'est plus burgonde mais franc. Il dispose à sa botte d'un fidèle vassal, Hagen. J'ai écrit, dans mes précédents articles que Hagen était un Franc. J'en doute, bien qu'à la fin du poème, il semble l'être (vers 1299 et 1446). Au début, le chant le dit d'origine troyenne (5) et à la fin, Sicambre. Mon avis est qu'il est descendant des Gaulois belges, chevalerie autochtone d'élite toujours existante. De même que le Goth Walther est vassal d'Attila, le Gaulois Hagen est vassal du roi franc Gunther, ayant reconnu en lui son suzerrain et protecteur depuis que les Romains ont installé les dits Francs en Gaule - ancienne Gaule belge - au titre de peuples fédérés. La preuve en est l'extraordinaire tentative de subversion des vers 1237 à 1279, dans lesquels le Goth rappelle l'ancienne ancienne amitié gallo-germaine (du temps de Civilis ?), tout en dénigrant au vers 1413 l'occupant franc Gunther. Pour parler clairement, disons que le Goth demande au Gaulois de changer de camp, de rompre avec le Franc et de s'allier à lui.

    Gunther est-il un individu ou un conseil ? Un conseil, pourquoi pas ? Voyez la représentation d'un conseil germain sur la colonne de Marc-Aurèle (cf Wikimédia). Remarquez les sept sages assis : un conseil de gouvernement de sept membres ? Deuxième indice, je rappelle la fin du poème montrant les héros blessés et réconciliés. Le roi franc Gunther a perdu sa jambe, Hagen, son oeil droit et Walther sa main. Cela suggère, bien évidemment, des pertes subies par des groupes ou des ensembles. Mais il s'y trouve aussi un autre sens, car la perte d'une jambe pour le roi, c'est une condamnation à l'impuissance à gouverner alors que Hagen et Walther restent frais et dispos. La perte d'un oeil pour Hagen, c'est l'engagement de fermer plus ou moins les yeux quand passent les clandestins. La perte de la main droite de Walther, c'est l'engagement réciproque de renoncer aux harcèlements répétés des postes militaires du limes. A noter que Hagen, bien que qualifié de Sicambre, est bien Gaulois par la plaisanterie au sanglier que lui balance Walther au vers 1436.

    Mais revenons à la période d'avant l'an 428, au temps où, selon le chant, les nations étaient encore sous la coupe d'Attila. Les Huns de plus en plus puissants commencent à exiger des tributs de leurs riches voisins. S'ils ne paient pas, ils lancent des razzias qui rapportent autant si ce n'est plus de butin (6).
    Renonçant à se battre, les notables francs avaient préfèré livrer en otage Hagen, l'un d'entre eux, d'origine troyenne, avec le tribut exigé. Le roi goth de l'Aquitaine, Alpher, avait pris la même décision. Il préféra payer tribut et livrer son fils Walther en otage

    Pour légitimer son manifeste - bis repetita - tout en laissant entendre qu'il plaisante, l'auteur du chant imagine que Walther est un Aquitain originaire d'une Aquitaine, pourtant wisigothe, emmené en otage par Attila au cours d'une de ses courses et dont le retour en Gaule se justifie par le désir de retrouver son pays d'origine. Le même périple invoqué pour Hagen suppose une reconnaissance tributaire des Francs envers les Huns et son retour en Gaule, la rupture de cette reconnaissance.
    Quant aux Burgondes du castrum de Chalon-sur-Saône qui ont donné la belle Hildegonde en otage à Attila, il faut comprendre qu'ils avaient, de par l'histoire de la cité, un quelque chose que les deux autres n'avaient pas à ce niveau de qualité.

    Qui était la belle Hildegonde ? Si son père, Herrich est un individu, c'est une personne, mieux, une personne royale, unique héritière, accompagnée de toute une suite. Mais alors, pourquoi Attila ne l'épouse-t-il pas pour récupérer l'héritage ? Comment se fait-il qu'une femme aussi noble assure le guet alors que Walther se repose au vers 504 ? Tout cela est très bizarre ! Herrich est un nom qu'il faut très probablement rapprocher d'Hendinos. Or, en latin, le suffixe hend est en rapport avec le chiffre onze. Il s'agirait donc là d'un conseil de onze membres qui pourrait s'élever à douze si on lui ajoute le grand prêtre nommé "sinistus". Il est bien entendu que ce système de gouvernement collégial n'a pas perduré (7) mais il n'en reste pas moins qu'à cette date, on ne voit pas comment un conseil pourrait avoir engendré une fille comme on le pense.
    La belle Hildegonde est une énigme. C'est, au Vème siècle, une énigme à l'image de la nouvelle société burgonde qui se met en place, une société qui préfigure déjà la société chevaleresque du moyen-âge, chevaleresque mais néanmoins toujours combattante.
    Je suis très étonné que, dans les flots de sang répandus de ce chant, les commentateurs ne mettent pas en exergue l'absence totale de pitié et de compassion qui s'y trouve. Mais où est la douceur des évangiles ? Où est l'Eglise ? Quel est ce Jésus, curieusement absent, auquel, à la dernière ligne, on lui demande seulement qu'il vous, qu'il nous maintienne en vie ? .. Vos salvet Iesus
    Certes, il ne fait pas de doute que le public des châteaux, où ce poème était chanté, y voyait surtout l'image idéale du chevalier et de sa dame, vertueuse, fidèle, aimante et effacée (comme les hommes les aiment) ; mais l'énigme n'est pas là. Pour la percer, je pense qu'il faudrait accepter de me suivre dans la lecture des chapiteaux que je propose dans mes ouvrages, à Mont-Saint-Vincent, Gourdon, Chalon, Autun, Vézelay, Notre-Dame-du-Port, etc...
    Nous sommes en présence d'une société émergente, d'une société dont l'auteur du chant est partie prenante. J'en ai eu le pressentiment et la conviction dès le moment où j'ai commencé à écrire mes ouvrages dans les années 80, tout en sachant que ce que j'écrivais ne serait pas accepté par la communauté dite scientifique. Je cite : Je suis le pauvre trouvère. Personne ne m'écoute, personne ne m'entend et personne ne me croit. Je marche dans le brouillard et dans la nuit et je chante...Je chante pour les âmes de tous ceux qui ont vécu ici... à Mont-Saint-Vincent, l'illustre Bibracte gauloise... Ils s'appelaient : les Nibelungen, les fils du brouillard.(8)
     
    Et encore, ce commentaire très amusant qui me concerne, de la part d'un journaliste pas très doué : « Un franc-tireur dans la bataille de Gergovie : un lieutenant-colonel de Zouaves à la retraite soutient que c’est au Crest, à l’extrémité de la montagne de la Serre qu’il faut situer l’oppidum gaulois défendu par Vercingétorix. Dans son livre "Histoire de Gergovie", il avance également l’hypothèse que Gergovie serait l’Atlantide terrestre... L’auteur ne se revendique ni historien ni archéologue, mais poète » (Journal "La Montagne" du 9.12.1993)

    Aujourd'hui, après avoir racheté ce qui restait des ruines de l'ancien oppidum de Cabillo - ce que j'ignorais - je foule la même terre que l'auteur de ce chant a foulée. J'y ai remis au jour l'ancien castrum du roi franco-burgonde Gontran. J'y ai imaginé les anciens rois burgondes qui l'ont précédé, le roi Clovis venant demander la main de la Burgonde Clotilde, la reine Brunehilde, alias Brunehaut, née Wisigothe. Non loin de là, j'ai retrouvé les basiliques franco-burgondes à Châtenoy-le-Royal et à Sevrey. J'ai redonné à la splendide cathédrale de la ville des bords de Saône son illustre origine, extraordinaire témoignage du III ème siècle, le plus beau temple de l'univers selon le rhéteur Eumène (9).

    Mais rien n'y fait. La ministre de la Culture continue d'apporter sa caution aux archéologues d'un mont Beuvray en déficit chronique, foulant au pied la récente promesse de transparence du Président de la République et condamnant notre tourisme à la médiocrité et à l'enfantillage.(10)
    Madame la Ministre de la Culture, où est Bibracte ?
    Emile Mourey, château de Taisey, le 21 mai 2013
    Renvois :
    2. Socrate, Historia Ecclesiastica 7, 30.
    3. Prosper Tiro d'Aquitaine, Chroniques, 1322
    4. http://remacle.org/bloodwolf/histor.... Traduction Adrien Vendel, vers 173
    6. La stratégie du tribut, http://fr.wikipedia.org/wiki/Attila
    7. Le nom générique du roi chez ce peuple est Hendinos (Ammien Marcelin, Histoire, Livre XXVIII)
    8. Histoire de Bibracte, l'épée flamboyante, chap 13, dépôt légal avril 1995.
    9. Panégyrique de Constantin Auguste, vers 312 après J.C. 
    10. La dernière gauloiserie du musée : une maison romaine en pierre de taille sur ce faux site de Bibracte où les Romains n'ont jamais mis les pieds. http://www.agoravox.fr/tribune-libr...
  • La situation est-elle prérévolutionnaire ? Six thèses sur les bouleversements politiques

    1/ Contrairement à ce que soutiennent les historiens et les sociologues, les bouleversements politiques, et notamment les révolutions, sont imprévisibles :
    Il faut se méfier en effet de la tendance contemporaine à rationaliser a postériori des évènements, pour y plaquer une grille de lecture idéologique et souvent moralisante, sinon religieuse : l’histoire est alors perçue comme fatalité ou comme châtiment des « fautes » commises par ceux qui perdent le pouvoir. On se souvient de l’ouvrage de Tocqueville L’Ancien Régime et la Révolution, emblématique du genre, puisque son auteur conclut que c’est la monarchie centralisatrice qui est responsable de la Révolution.
    Mais cette approche idéologique sert en général surtout à légitimer le nouveau pouvoir issu de ces mêmes bouleversements et accessoirement à valoriser auprès des nouveaux maîtres, celui qui se livre à cette lecture rétrospective de l’histoire. Les universitaires sont passés maîtres en la matière. Ces analyses a posteriori expriment aussi la croyance dans le sens de l’histoire que des esprits « éclairés » pourraient décrypter.
    En réalité très rares sont ceux qui sont capables de prévoir de tels évènements : ils sont surtout incapables de les dater. Ils ne sont en outre jamais écoutés.
    L’exemple de la chute de l’URSS est éclairant : on peut certes trouver de bons auteurs qui ont annoncé sa décadence ou sa fin (comme par exemple G. Le Bon et son analyse de l’utopie) : mais personne n’a prévu exactement les circonstances ni encore moins la date où elles se sont produites. Sans parler de tous ceux qui se sont trompés quant aux modalités (ex. H. Carrère d’Encausse).
    2/ Il est extrêmement rare en outre que les acteurs, sans parler des spectateurs, de ces bouleversements aient conscience de ce qui se produit vraiment :
    La lecture des « journaux » rédigés par les contemporains de bouleversements politiques majeurs est éclairante sur ce plan : tels Fabrice à Waterloo, ils ne relèvent souvent que des détails insignifiants qui ne permettent pas d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se passe vraiment. De fait comme le dit la sagesse populaire « l’histoire est comme l’herbe : on ne la voit pas pousser ». On se souvient que Lénine fait une conférence à Zurich au début de 1917 pour faire le constat que la révolution n’éclatera pas ! Quelques semaines plus tard il est à Petrograd.
    En outre ces témoignages passent à côté d’un phénomène politique essentiel mis en lumière par J.Monnerot : l’hétérotélie qui fait que les acteurs politiques conduisent souvent sous le poids des circonstances des politiques contraires à leurs intentions déclarées. Bien rares sont ceux qui veulent le reconnaître. Qui aurait prévu que le Général De Gaulle serait l’artisan d’un rapprochement franco-allemand ? Certainement pas en 1940 !
    3/ Les explications économiques et sociales des bouleversements politiques sont en général dénuées de fondement :
    Ce type d’explications a posteriori des bouleversements révolutionnaires est réductionniste et traduit  l’influence de la sociologie marxiste de l‘histoire, très en vogue depuis le XXème siècle dans l’université et la recherche : les révolutions seraient la conséquence de l’exploitation sociale, devenue insupportable aux masses (comme le fascisme en Europe serait la conséquence de la crise de 1929 et de l’inflation). Le triomphe du capitalisme en Occident conduit en outre à survaloriser les facteurs économiques par rapport à tous les autres.
    Il est pourtant contestable que la pauvreté ou la misère conduise toujours à la révolte et surtout débouchent sur des bouleversements politiques durables. Ils conduisent tout autant à l’apathie et au repli sur soi. Les révolutions ont comme moteur l’espoir en un monde meilleur. La grande misère débouche tout aussi bien sur le désespoir.
    En outre les pauvres sont en général fragiles : ils sont dès lors peu capables d’ébranler à eux seuls un ordre politique, encore moins un état moderne. Ces concepts sont enfin extrêmement relatifs : un chômeur aujourd’hui n’est pas dans la situation d’un chômeur dans les années 30.
    On peut surtout défendre tout aussi bien le point de vue inverse : les révolutions sont plutôt le fait de ceux qui veulent préserver leur situation ou qui veulent renforcer leur position. Comme le dit l’adage « les mutineries éclatent à l’arrière, jamais au front » : c’est-à-dire qu’elles sont en général le fait de ceux qui ont peur d’aller au front.
    L’analyse de l’origine sociale des principaux acteurs révolutionnaires du XVIIIème au XXème siècle est d’ailleurs éclairante : ils étaient avant tout originaires de la petite ou moyenne bourgeoisie provinciale et non pas des miséreux et très rarement des « travailleurs manuels ».
    Beaucoup de bouleversements politiques ont été initiés en réalité par l’action de certaines élites à l’encontre des aristocraties en place, plus que par une révolte populaire : par exemple la révolution anglaise a été provoquée par la petite noblesse soucieuse de préserver ses libertés locales face au pouvoir royal. Et ce sont les libéraux qui ont conduit par leurs intrigues le tsar, l’empereur d’Allemagne ou le roi d’Espagne à l’abdication, ouvrant la voie à la révolution. La Révolution française aurait-elle eu lieu si Louis XVI et la Cour n’avaient pas été si sensibles aux Lumières ? Ne vivons nous pas justement aujourd’hui la « révolte des élites » en Occident, selon l’expression de Ch .Lasch ? Le poisson ne pourrit-il pas d’abord « par la tête » ?
    4/ Les révolutions frappent tout aussi bien  les régimes et les Etats réputés jusqu’alors solides et forts, que les plus instables :
    C’est l’autre aspect de leur caractère imprévisible.
    En Europe tous les pays ont connu des révolutions politiques plus ou moins violentes. Les plus brutales ont touchées des Etats considérés alors comme puissants: France en 1789, Russie en 1917, Allemagne en 1919.
    Le phénomène révolutionnaire a pour caractéristique en effet l’implosion rapide de tout le système institutionnel : les régiments se mutinent, la police disparaît du jour au lendemain, les fonctionnaires n’obéissent plus, les usines s’arrêtent, les amis d’hier se haïssent.
    Mais jusqu’au moment fatal rien ne le laissait vraiment prévoir. Ce qui prouve que les révolutions ont avant tout des causes psychologiques et morales.
    À l’époque contemporaine la France a connu un temps ce phénomène étrange : en mai 1968, avant le retour de Baden-Baden de De Gaulle, qui a justement réussi à interrompre le processus d’implosion.
    5/ C’est la combinaison catastrophique de multiples causes qui conduit aux révolutions :
    Le propre d’une catastrophe est de combiner différentes causes normalement indépendantes mais qui brusquement produisent des effets convergents et inattendus.
    Le Titanic coule sans secours parce que le commandant veut naviguer vite de nuit (sans radar..) dans une zone d’icebergs, parce qu’un iceberg est de forme biscornue, parce que toutes les cloisons étanches ne sont pas posées et parce qu’aucun bateau alentours n’interprète correctement les signaux de détresse qu’il émet.
    Il en va de même des bouleversements politiques qui sont assimilables à des catastrophes. Ils ne peuvent se réduire à une cause unique.
    Car l’accumulation de petites causes peut produire de grands effets comme le savait la sagesse populaire et comme le redécouvre la théorie du chaos. C’est aussi ce qui rend difficile les prévisions politiques car les régimes sont des systèmes complexes.
    Plus grande la complexité, plus élevé le risque de conjonction imprévue.
    Souvent un évènement joue à lui seul le rôle de catalyseur de la crise politique : dans l’histoire il s’agit souvent d’un évènement extérieur (défaite militaire notamment). Il est intéressant de relever d’ailleurs que les républiques en France ont toutes chuté à l’occasion de conflits extérieurs.
    6/ Malgré les apparences, on ne doit donc pas exclure l’occurrence de bouleversements politiques majeurs dans les sociétés occidentales d’aujourd’hui :
    Les sociétés occidentales modernes sont certes dotées d’appareils de répression et de sidération de l’opinion – en particulier grâce au pouvoir médiatique – formidables et qui paraissent sans précédent dans l’histoire. Les citoyens sont en général réduits au silence (« majorités silencieuses ») car ces sociétés sont devenues de puissantes oligarchies.
    Mais ne disait-on pas la même chose de tous les puissants empires qui se sont pourtant effondrés ?
    On ne doit pas oublier en outre que ces sociétés sont de plus en plus hétérogènes, en particulier du fait de l’immigration de masse, donc plus complexes. La domination des valeurs marchandes a conduit en outre à l’atomisation sociale. Sous l’influence des médias ces sociétés deviennent composées de foules psychologiques, aux réactions sentimentales imprévisibles.
    Pour l’instant le Système qui s’est imposé en Occident paraît inexpugnable. Mais pour combien de temps ?
    Michel Geoffroy, 07/05/09 http://www.polemia.com

  • Entretien avec Arnaud Bordes

     

    Entretien avec Arnaud Bordes
    Arnaud Bordes, vous publiez aux éditions Auda Isarn votre dernier livre Pop Conspiration. Entre espionnage, conspirologie et post punk, l’héroïne, AnneMarie Pop, semble évoluer dans un univers fortement inspiré par Jean Parvulesco. Avez-vous connut le maitre de l’oniroman ? Quelle a été son influence sur vous ?
    Je l’ai rencontré assez régulièrement, vers Saint-Sulpice, ou dans un café près La Muette (lieu qui participait de son esthétique du secret). Il me racontait des anecdotes sur de Roux, Hallier, Bergier…, d’étourdissantes choses sur Staline et le GRU. Nous parlions de littérature fantastique.
    M’a-t-il influencé ? On le dit. D’autant, sans doute, que dans Pop Conspiration les références sont davantage politico-historiques. Et que lui-même y apparaît.
    J’ai cependant toujours apprécié manipuler les références, littéraires, esthétiques. Aussi, cette fois, mes influences seraient plutôt dans Grasset d’Orcet et Pierre Dujols.

    Pop Conspiration se compose de 37 petits chapitres, a l’écriture incisive et vaporeuse. On y trouvera moins l’influence du style décadent que je vous affectionnez par ailleurs. Pourquoi de tels changements stylistique ?
    Pour le plaisir de changer.
    De même qu’en alchimie, il y a dans l’écriture la voie humide, qui est celle de l’Asianisme et des nébulosités sophistes, des rhétoriques dissolvantes et complexes (l’apogée étant chez certains Grands Rhétoriqueurs du XVe siècle ou dans les Histoires tragiques de François de Rosset) ; et la voie sèche, qui est celle des clartés soufrées, de « l’éclat de l’escarboucle leste ».
    Disons que j’ai pris la voie sèche.

    Œuvre également politique, Pop Conspiration narre l’affrontement entre les agents de Murcie et Morvan. Vous semblez prendre parti pour Murcie. Serais-ce là le symbole des anciennes – mais toujours très actuelles luttes entre Guelfes et Gibelins ? Ou dans un autre ordre d’idée, entre la modernité et la tradition ? Qu’est-ce qui vous amené à vous rangez ici plutôt que là ?
    Morvan et Murcie tiennent ensemble pour la Tradition, dont ils sont et qu’ils portent. Aucun n’est moderne ou progressiste.
    L’Histoire est peut-être un labyrinthe, où l’on se perd. Perdition et labyrinthe entendus initiatiquement (voir Mircea Eliade). Morvan et Murcie ne s’y égarent pas, ils sont le labyrinthe.
    Labyrinthe qui est également celui des Silentiaires (autre désignation probable de Morvan et Murcie). Les Silentiaires sont ces chroniqueurs énigmatiques (quoique attestés par Nicolas de la Mare, commissaire du Roi au Chatelet, et Adolphe Thiers) qui turent l’Histoire, dont ils dissimulèrent la vérité, bien des événements aussi, qu’ils chiffrèrent, manipulant la chronologie, les dates, les séquences, les intervalles…
    C’est à rapporter, éventuellement, à l’école Récentiste qui postule que l’Histoire n’est pas telle qu’on la croit, que la chronologie des événements diffère et que les faits sont autres.
    Murcie, en effet, incline vers la paroisse, la cité, Rabelais, les Catholiques, les Armagnacs… Ce doit être, j’imagine, mon côté guelfe qui me le fait apprécier.

    Il est rare que des héroïnes soient aussi cruelles et déterminées. Pourquoi avoir choisi une femme pour incarner Murcie ?
    Pour le romanesque d’abord – rien de mieux qu’une jeune femme dépravée et nostalgique, qui, bien raisonnablement, n’admire rien ni personne.
    Elle n’est pas de Murcie. Elle en fut, à un moment de sa vie.
    Elle a, pour reprendre à nouveau Eliade, « ce goût de la vanité des choses qui pénètre tout [son] être, circule avec [son] sang. »
    Le « poids de l’Histoire » l’ennuie. Pour s’en affranchir, alors que d’autres cherchent un ou le temps sacré, elle se plaît dans la pose, le geste, la somptueuse futilité, dans l’instant pop. La différence n’est d’ailleurs pas là de nature, mais de degré.
    Certains, férus d’archétypes, pourront y trouver un avatar de l’éternel féminin. Lequel ? Je leur laisse le plaisir de choisir.

    Votre livre est émaillé de références musicales, avec un goût prononcé pour le post punk et le néo-folk. Quelle est l’influence de la musique sur votre écriture ? Participe-t-elle de l’élaboration de votre style ?

    Malgré des incursions plus ou moins longues dans le Classique ou l’Industriel, je ne me suis jamais vraiment dépris du post-punk. Joy division, la plupart des groupes Factory, Section 25, The Wake, The Names…, m’importent. Sans omettre Minimal compact ou encore The Sound… ou, tout autrement, les Byrds.
    J’écris, oui, avec ces musiques. Je ne saurais sans.

    Vous êtes également l’Altmeister des éditions Alexipharmaque, comment devient-on éditeur ? Pourquoi avoir choisi ce chemin difficile ?
    S’il est une chose que je crois savoir faire, c’est rechercher des livres et lire, tout le temps, de tout, en quantité. Devenir éditeur est peut-être une manière de rendre un rien utile une telle obsession.
    Notes :
    Arnaud Bordes, Pop Conspiration, récit, 12 euros, Auda Isarn, http://www.reflechiretagir.com/auda.html
  • Démocratie représentative ou démocratie organique

     

    Ma dernière chronique avait brossé un schéma des causes et des conséquences de la situation actuelle et proposé des réformes fondamentales pour sortir du régime des partis politiques et de la principale cause du désastre : le libéralisme économique, instauré en 1789, qui a cassé les structures naturelles de la société. Je voudrais approfondir quelques points évoqués à propos du concept GaucheDroite, de Simone Weil et des partis politiques, de Sieyès et Rousseau face au mandat représentatif, enfin de Pétain et de Gaulle.

     

    Tout le monde se rend bien compte que les concepts de gauche et de droite n’ont plus de sens. Et cependant inconsciemment, on se positionne toujours dans un de ces camps, qui correspondent à deux idéologies : le libéralisme et son antidote, le socialisme, classification qui correspond aux partis politiques. On n’imagine pas de se situer autrement.

     

    J’entendais dans un débat récent, l’un des participants reprocher à l’autre qui présentait une candidature de droite, hors des partis, de diviser la droite. Certains rêvent encore d’une union des droites. La politique devient ainsi un jeu d’opposition permanente entre deux idéologies qui ont accompagné la naissance des partis et leurs conséquences : l’abolition des États et des frontières, des monnaies, la libre circulation des hommes et des marchandises, le dogme du marché avec la concurrence et le prêt à intérêt comme principes directeurs, la dette généralisée, l’industrialisation de tous les secteurs de productions, de l’agriculture au commerce, l’emprise de l’État, la croissance sans règles, la financiarisation de l’économie, le chômage, la pauvreté…

     

    Or, devant les désastres de la mondialisation, on assiste à la résurgence de concepts qui ont débouché sur des totalitarismes. J’entendais récemment des hommes politiques de la droite populaire envisager comme remède un nationalisme libéral, qui ne manquera pas de susciter la réaction d’un national socialisme aux multiples visages.

     

    Alors, je vous en supplie, sortez de ce classement gauche/droite. Ce n’est pas notre famille. C’est un concept diviseur qui contient les germes de la guerre, de l’opposition systématique entre citoyens, alors que la vie sociale, la vraie vie de tous les jours est beaucoup plus complexe. Sortez de ce système des partis politiques, dont la nocivité était déjà bien perçue sous la IIIe République. On s’est souvent gaussé de la formule « Travail, Famille, Patrie ». On trouve cette référence dans une directive de Jules Ferry aux enseignants. Ce sont les trois valeurs fondamentales de l’organisation sociale et la base de tout un programme. On en débattait dans des cercles républicains, dans des clubs de réflexion, dès avant le désastre de 1940. La grande crise des années 30 avait engendré de tels ravages avec la lutte des classes, le chômage, le prolétariat, qu’il fallait retrouver un régime qui unit et non qui divise. La doctrine sociale de l’Église allait dans ce sens de l’union des classes

     

    Le débat allait continuer à Londres, comme à Vichy. D’autant plus que le Président Albert Lebrun avait confié au Maréchal Pétain, président par intérim, la mission de rédiger une nouvelle constitution par l’article unique de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, qui fut votée par 569 députés et sénateurs réunis :

     

    « L’Assemblée Nationale donne tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du Maréchal Pétain à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle Constitution de l’État français. Cette nouvelle constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie.

     

    Elle sera ratifiée par la nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées. »

     

    Ainsi, le Maréchal, dépositaire temporaire du pouvoir légitime, confia cette rédaction à des juristes, qui mirent en valeur ces trois fondamentaux naturels de la société. Le projet regroupait le Sénat avec le Conseil économique et social. Il donnait ainsi des pouvoirs aux professions face à une Assemblée des partis qu’ils maintenaient cependant. Ce dont on peut en discuter.

     

    Pour la petite histoire, il rédigea un préambule, qui énonce en 116 articles les Principes de communauté, dont le premier stipule :                  «  L’homme tient de la nature ses droits fondamentaux, mais ils ne lui sont garantis que par les communautés qui l’entourent : la Famille qui l’élève, la Profession qui le nourrit, la Nation qui le protège. »

     

    C’est l’esprit de la doctrine sociale de l’Église, qui avait inspiré les auteurs du projet. Le Maréchal sollicita l’avis du pape Pie XII, qui l’amena à modifier ce texte en remplaçant « la » par « sa » nature.

     

    Ce projet devait être présenté aux Chambres à nouveau réunies, ce qu’il fit le 19 août 1944, en adressant le projet 8 bis aux deux présidents Jeanneney et Herriot. Des éléments gaullistes emprisonnèrent le général Brécard, Grand-Chancelier de la Légion d’Honneur, second personnage de l’État, chargé par le Maréchal de faire la transition et de restituer la légitimité aux Chambres.

     

    Et le Général de Gaulle, malgré son discours de Bayeux, hostile aux partis, engagea la France sur une autre voie. Il ne put représenter son projet qu’en 1969, sans succès d’ailleurs.

     

    Mais je reviens aux cercles de Londres qui, en 1942 – 1943, réfléchissaient à une profonde réforme de nos institutions; remettant en cause les partis politiques, nés après la suppression des corps intermédiaires professionnels. Simone Weil, la philosophe, rédige en cinquante pages une Note sur la suppression des partis politiques, qu’André Breton préfacera et qu’avec Alain, ils qualifièrent comme une des plus pénétrantes analyses de l’auteur. Elle ne paraîtra qu’à Paris en 1950; les éditions Climats l’ont rééditée en 2009, mais on en a peu parlé dans une classe politique dominée justement par les partis.

     

    Pour Simone Weil, le système des partis (la démocratie représentative) aboutit inéluctablement au totalitarisme : « L’idée de parti n’était pas inscrit dans la conception politique de 1789 [tiens ! tiens !], sinon comme mal à éviter… Mais il y eut le Club des Jacobins… C’est l’aspiration du parti à rester seul, à éliminer les autres partis, en détenant la majorité… (p. 23) ». Une voix suffit.

     

    Déjà Jean-Jacques Rousseau avait émis quatre conditions très strictes au bon fonctionnement de la démocratie : la taille, la simplicité des mœurs, l’égalité dans les rangs et les fortunes, la renonciation au luxe.

     

    Simone Weil explique (p. 29) : « Le véritable esprit de 89 consiste à penser, non pas qu’une chose est juste, parce que le peuple le veut, mais qu’à certaines conditions le pouvoir du peuple a plus de chances qu’aucun autre vouloir d’être conforme à la justice ». Et elle y met de suite deux conditions : « la première, c’est qu’au moment où le peuple exprime son vouloir, il n’ait aucune passion collective. La seconde c’est que le peuple s’exprime sur les problèmes de la vie publique et non sur le choix d’une personne, d’un candidat (pp. 30 – 32) ».

     

    Simone Weil constate que depuis 1789, nous n’avons jamais eu rien de tel : « On peut énumérer trois caractères essentiels du parti politique : c’est une machine à fabriquer de la passion collective. C’est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chaque membre. L’unique fin de tout parti est sa propre croissance (p. 35) ». Tout est dit.

     

    Il est surprenant qu’aucun historien ou philosophe – à droite ou à gauche – ne se soit appesanti sur ce document.

     

    Quant à Jean-Jacques Rousseau, il avait déjà formulé, deux siècles auparavant, de sérieuses réserves sur la délégation de pouvoir avec le mandat représentatif émis par l’électeur. Sieyès, qui en était un ardent partisan, était catégorique sur le mécanisme du mandat représentatif dans le système révolutionnaire des partis : « les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif, ce serait un état démocratique. Le peuple, dans un pays qui n’est pas une démocratie, (et la France ne saurait l’être) ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants ».

     

    Dès lors, « tout mandat impératif, est nul » (art. 27 de la Constitution de 1958).

     

    Jean-Jacques Rousseau a bien vu tous les défauts du système. On lui a attribué à tort la paternité du mandat représentatif et de la souveraineté nationale. Pour lui, ce qui approche le plus de la volonté générale est le vote direct qui se pratique de façon idéale dans de petits États.

     

    Certes, il a condamné les régimes absolus et les verrous qui doivent sauter, comme 1) la monarchie de droit divin, – car pour lui le pouvoir vient de l’homme et du citoyen – ainsi que 2) le pouvoir individuel et le régime parlementaire représentatif qui donne un blanc-seing au député : le peuple ne donne, dit-il, ni ambassades, ni charges,  ni pensions (Contrat social, chapitre II,3). »

     

    Mais c’est Olivier Kraft, qui, dans La Politique de Rousseau (Godefroy de Bouillon, 1998) cite Rousseau qui est d’une clarté éblouissante : « La souveraineté ne peut être représentée… les députés ne sont donc pas et ne peuvent être ses représentants; ils ne sont que ses commissionnaires : ils ne peuvent rien conclure définitivement ».

     

    Le régime parlementaire est ainsi une spoliation du pouvoir du citoyen : « À l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre, il n’est plus (Contrat social, chapitre III,15) ». Pour faire bonne mesure, il explique : « Cela [la députation] a son mal et son bien, mais le mal l’emporte. Le législateur en corps est impossible à corrompre, mais facile à tromper. Ses représentants sont difficilement trompés, mais aisément corrompus et il arrive rarement qu’ils ne le soient pas (Gouvernement de Pologne, ch. 7). » C’est à l’occasion de l’envoi d’une délégation  en Pologne que Rousseau va préciser ce qu’il pense du mandat impératif qu’il préconise : « Les nonces doivent à leur retour rendre compte de leur conduite ».

     

    Et Rousseau en arrive à l’instauration d’un pourcentage de voix pour créer la loi selon l’objet de cette loi. « Il n’y a qu’une seule loi qui par sa nature exige un consentement unanime : c’est le pacte social. Plus les délibérations sont importantes et graves, plus l’avis qui l’emporte doit approcher de l’unanimité; l’autre, que plus l’affaire exige de célérité, plus on doit resserrer la différence prescrite dans le partage des voix. [Jean-Jacques serait outré de voir le traité de Maastricht ratifié à 1% de majorité.] Quant au vote de la constitution, tout abandon de souveraineté nécessite près de 100 %, en réalité 90, 80, 75 %… »

     

    Rousseau est le seul philosophe à avoir inclus cette étude des majorités dans son système politique. Il tempère le régime représentatif par le mandat impératif et l’établissement de quora de pourcentage dans le compte des voix.

     

    En conclusion, le choix à faire n’est pas entre libéralisme et socialisme, qui sont deux faces d’un même système. Ceux qui se classent dans un de ces camps adoptent, qu’ils le veuillent ou non, les principes de ce système. Le choix à faire aujourd’hui est entre cette fausse démocratie représentative avec son mandat représentatif de même nature et une démocratie organique directe fondée sur les corps intermédiaires avec le mandat impératif.

     

    C’est ce qu’avaient proposé le Maréchal Pétain en 1944 et le Général de Gaulle en 1969 en référendum : une constitution reflétant ces structures selon la mission dictée par le Président Albert Lebrun. Il faudra bien un jour y arriver.

     

    Benjamin Guillemaind http://www.europemaxima.com/?p=2312

  • 25 juin 1950 Début de la guerre de Corée

     

    Dans la nuit du 24 au 25 juin 1950, à 4 heures du matin, 600.000 soldats nord-coréens franchissent la ligne de démarcation du 38e parallèle qui sépare leur État, sous gouvernement communiste, de la Corée du Sud, sous régime pro-occidental.

    C'est le début de la guerre de Corée. Trois jours plus tard, Séoul, capitale de la Corée du Sud, tombe entre les mains des communistes. Il va en résulter le conflit le plus meurtrier depuis la capitulation de l'Allemagne et du Japon, avec même la menace d'un bombardement nucléaire.

    André Larané

    Une Nation, deux États

    Colonie japonaise depuis 1910, l'antique royaume de Corée a été libéré conjointement par les Soviétiques et les Américains en 1945. Comme convenu à la conférence de Yalta, les deux vainqueurs partagent le pays en deux zones d'occupation avec une séparation sur le 38e parallèle. Mais la guerre froide, qui éclate presque aussitôt, fait de cette ligne artificielle un lieu de grande tension internationale.

    L'ONU entérine la création de deux États distincts en 1948 :

    - La République démocratique populaire de Corée (Corée du nord, capitale : Pyongyang) est dirigée avec une poigne de fer par le secrétaire général du Parti des travailleurs (communiste), Kim Il-sung (38 ans), valeureux résistant à l'occupation japonaise, charismatique et au demeurant bel homme ; il s'empresse de réaliser une grande réforme agraire et de donner la terre aux paysans qui la travaillent ; il réalise aussi une sévère épuration parmi les anciens collaborateurs de l'occupant japonais. 

    - La République de Corée, au sud (capitale : Séoul), est dirigée de façon au moins aussi autoritaire par Syngman Rhee (75 ans) ; vieil héros de l'indépendance, c'est aussi un homme vénal et corrompu, incompétent, dont le principal atout aux yeux de ses protecteurs américains est de parler l'anglais ; il se garde de procéder à une quelconque chasse aux anciens collaborateurs.

    Là-dessus, Staline annonce l'évacuation de ses troupes et demande aux Américains d'en faire autant. Ceux-ci s'exécutent, ne laissant en Corée du Sud que quelques centaines de «conseillers». Les Soviétiques, quant à eux, réarment à la hâte les Nord-Coréens communistes.

    Vive réaction américaine

    Le jour même de l'attaque nord-coréenne, le président américain Harry Truman saisit l'Organisation des Nations Unies (ONU). La jeune instance internationale joue sa crédibilité sur ce conflit. Aussi le Conseil de sécurité ne se fait-il pas prier pour condamner l'agression et annoncer la mise en place d'une force internationale pour rétablir la paix dans la région.

    Cette décision a été rendue possible par l'absence des Soviétiques qui, depuis plusieurs mois, boycottaient le Conseil de sécurité...

    Un corps expéditionnaire sous les ordres du général Douglas MacArthur (70 ans) débarque dans la péninsule et préserve de l'invasion une tête de pont à Pusan, au sud-est. Le général lance sa contre-offensive le 15 septembre, reprend Séoul le 2 octobre, repousse les envahisseurs vers le nord, franchit le 38e parallèle et atteint en un mois la frontière avec la Chine.

    Contre-offensive communiste

    Dans une situation désespérée, les Nord-Coréens reçoivent l'appui d'innombrables «volontaires» venus de Chine où une révolution communiste a triomphé quelques mois plus tôt. Six armées chinoises d'un total de 180.000 hommes franchissent le Yalou, le fleuve qui sépare la Corée de la Chine.

    Le 26 novembre 1950, c'est au tour des Nord-Coréens et de leurs alliés chinois de reprendre l'offensive.

    Incapable de faire face à ces brusques vagues d'assaut, le corps expéditionnaire de l'ONU doit se replier au sud du 38e parallèle et au prix de nombreux efforts arrive à se rétablir sur l'ancienne ligne de démarcation. La Chine est condamnée par l'ONU.

    Néanmoins, le général MacArthur ne se satisfait pas de cette condamnation diplomatique et réclame une intervention aérienne contre les bases arrières des Nord-Coréens situées en Mandchourie, de l'autre côté de la frontière avec la Chine. Dans les médias, il recommande rien moins que de larguer vingt ou trente bombes atomatiques sur la Mandchourie pour établir une barrière radioactive qui coupe la péninsule coréenne de la Chine.

    Le monde tremble. Dans les villes d'Occident, les manifestants envahissent les rues et font signer l'«appel de Stockholm». Cette pétition d'inspiration communiste, rédigée sous l'égide du savant Frédéric Joliot-Curie, a été lancée le 19 mars 1950, peu avant le déclenchement du conflit de Corée.

    Au grand soulagement de l'opinion internationale, le président Truman rappelle le turbulent général le 11 avril 1951 et le remplace par le général Matthew Ridgway (56 ans) qui s'en tiendra sagement à une guerre de positions conventionnelle.

    «Ridgway-la-Peste» 

    Commandant suprême des forces alliées en Europe en remplacement d'Eisenhower, de 1952 à 1953, Ridgway a été accusé (à tort) par la propagande communiste d'avoir utilisé des armes bactériologiques en Corée. Il est affublé du surnom «Ridgway-la-Peste».

    La guerre de Corée, 1950-1953 (document : Alain Houot, pour Herodote.net)

    Un conflit très meurtrier

    Des négociations de paix s'engagent entre les deux parties. Elles traînent en longueur et c'est seulement la mort de Staline, protecteur des Nord-Coréens, qui va débloquer le processus.

    Un armistice est signé quatre mois après sa mort, le 27 juillet 1953, à Pammunjon, sur le 38e parallèle. Il est toujours en vigueur dans l'attente d'un hypothétique traité de paix. La division de la Corée est confirmée par la conférence de Genève (1954). Ravagée par la guerre et dirigée jusqu'en 1960 par l'ineffable Syngman Rhee, la Corée du Sud fait figure de grand perdant. Jusqu'en 1974, d'ailleurs, elle paraît économiquement en retard sur sa soeur ennemie, la Corée du Nord.

    Vite oubliée, la guerre de Corée reste le conflit le plus meurtrier de la deuxième moitié du XXe siècle. On évalue le nombre de victimes à 38.500 dans les forces onusiennes, à 70.000 dans les forces sud-coréennes et à 2 millions chez les combattants nord-coréens et chinois. À cela s'ajoutent les civils victimes des bombardements, des disettes et des épidémies (peut-être trois millions de victimes en plus des combattants).

    Cette guerre illustre la stratégie des deux superpuissances (États-Unis et URSS) pendant la «guerre froide» : maintenir la tension localement en évitant qu'elle ne débouche sur un conflit généralisé. Mais les élucubrations du général MacArthur ont montré que cette stratégie n'était pas sans risque. Les tensions extrêmes occasionnées par la guerre de Corée ont par ailleurs contribué à la «chasse aux sorcières» aux États-Unis.

    http://www.herodote.net/25_juin_1950-evenement-19500625.php

  • Front Populaire : un bilan très médiocre

    On sait sur quels mythes repose la légende du Front populaire : les congés payés, la loi des 40 heures, l’’amélioration de la vie de la classe ouvrière et la baisse du chômage. Tout cela fut magnifié par la suite. Pour en juger aussi impartialement que possible, nous nous appuierons sur l’’ouvrage fondamental en la matière, celui d’Alfred Sauvy : Histoire économique de la France entre les deux guerres (1), ouvrage d’’autant plus précieux que son auteur était de tendance socialiste.
    Les premières mesures
    L’’expérience sociale et économique menée par le Front populaire est d’autant plus importante que c’’est la première fois qu’’un gouvernement à majorité socialiste était amené à diriger la France et que son programme, assez flou au départ mais bousculé par les grèves, fut appliqué intégralement, et cela dès son arrivée au pouvoir.
    Il ne faut pas oublier, en effet, qu’’avant même que le nouveau gouvernement ne soit formé, éclatèrent, le 24 mai, les premières grèves dans la métallurgie parisienne. Elles s’’étendirent rapidement dans toute la France avec occupations d’’usines. Le 6 juin, Blum se présenta devant la Chambre en prenant l’’engagement solennel de ne pas dévaluer, ce qui était bien imprudent. Il annonça surtout toute une série de mesures concernant les conventions collectives, l’’établissement de deux semaines de congés payés et la loi des 40 heures. En outre, syndicats et patronat furent invités à se rencontrer à Matignon où ils se mirent d’’accord pour une augmentation dégressive des salaires allant de 15 % pour les salaires les moins élevés à 7 % pour les salaires les plus élevés.
    Incidences économiques
    Si l’’on ne retient que la revalorisation des salaires décidée à la suite des accords de Matignon afin de faire cesser les grèves, celle-ci semble très raisonnable. Mais pour avoir une vue exacte des choses, il faut y ajouter le coût des congés payés et surtout celui des 40 heures. Hausse des accords Matignon : 15 % ; hausse due aux congés payés : 4 % ; hausse attendue de la semaine des 40 heures : 20 %. Total (par multiplication) : 43,5 %.
    Le coût total que devait supporter l’’économie française était énorme même si la réduction à la semaine des 40 heures n’’entrait en application qu’’au premier trimestre 1937. Les prix de gros augmentèrent de plus de 10 % et ceux de détail de 7 à 9 % mais, curieusement la balance commerciale s’’améliora en passant de -797 millions de francs en mai à 669 en septembre. Cette amélioration résultait de la baisse des achats de matières premières (-140 millions), signe de récession industrielle ce qui se traduisit par une augmentation du chômage, 34 000 chômeurs de plus qu’’un an auparavant. Bref, les belles promesses commencèrent à s’’envoler avec les feuilles de l’’automne, l’’échec pointait à l’’horizon.
    Le 26 septembre 1936, sous l’’euphémisme d’’”alignement général des monnaies”, le franc fut dévalué de 25 à 34 % puisque la définition de la monnaie était comprise à l’’intérieur d’une fourchette allant de 43 à 49 milligrammes d’’or.
    Dévaluation
    En fait, pour rester compétitive, la France aurait dû dévaluer deux ans plus tôt. La mesure fut malgré tout bénéfique puisque la production industrielle remonta de 81 (2) en septembre à 91 en décembre. Les autres indices d’’activité allèrent dans le même sens, l’’indice des wagons chargés passa de 67 en septembre à 74,7 en décembre et le trafic dans les ports évolué de 130 à 139 pendant la même période.
    De son côté le chômage baissa de 174 en septembre à 158 en décembre. Le nombre des chômeurs conjoncturels passait de 756 000 à 598 000 pendant cette période. Comme l’’écrit Alfred Sauvy : « Jamais une pareille baisse n’’a été encore enregistrée. »
    En dépit de la hausse des prix de détail à la consommation (mai 1936 : 100 ; septembre : 104,6 ; décembre : 117,8), la dévaluation permit de faire passer les prix français en-dessous des prix anglais pour la première fois depuis 1931 (septembre 1936 : 1,15 ; octobre : 0,86 ; novembre : 0,90 ; décembre : 0,92).
    La dévaluation française produisit donc les mêmes effets qu’’à l’’étranger, c’’est-à-dire une reprise de la production : en 1931, en Angleterre, en 1933 aux États-Unis, en 1935 en Belgique. De brillantes perspectives s’ouvraient à l’’économie française. La production rattrapait le niveau 100, c’’est-à-dire le niveau de 1929 à toute allure.
    La reprise cassée
    Cependant, du 1er novembre 1936 au 30 avril 1937, en fonction de la parution des décrets par profession, s’’appliqua brutalement la loi des 40 heures.
    Alors qu’’en 1919, la journée de 8 heures avait été l’objet d’’un consensus international et qu’’elle avait été appliquée progressivement, ici comme pour les 35 heures, la gauche fit comme si la France n’’avait pas à tenir compte de l’’environnement international menaçant. Or, la semaine de 40 heures, en termes de production, revenait à donner deux mois de congés supplémentaires, en plus des deux semaines légales. La production industrielle, qui culminait à l’’indice 94 en mars 1937, recula à 89 en juin. L’’essor économique était brisé. Le déficit de la balance commerciale en mai-juin 1937 était le double de celui qui existait un an plus tôt. Ainsi, comme dans le cas des 35 heures, les mesures socialo-communistes eurent pour effet de transférer le travail à l’’étranger et le chômage qui avait diminué de 158 000 en trois mois, de septembre à décembre 1936, ne diminua que de 156 000 en six mois, de janvier à juin 1937.
    Chute de Blum
    Le 13 février 1937, prévoyant l’’échec, Blum réclame une “pause” mais il était trop tard. Le recul de l’’économie se traduisait par des baisses de rentrées fiscales. L’’or fuyait. Le 15 juin 1937, le gouvernement demanda les pleins pouvoirs financiers. Ceux-ci accordés à la Chambre, lui furent refusés au Sénat. Le 22 juin le gouvernement démissionnait. Se succédèrent alors deux gouvernements Chautemps et un deuxième gouvernement Blum. On assista à une légère reprise de l’’activité au deuxième semestre de 1937 due à une nouvelle dévaluation du franc, mais cette amélioration fut très provisoire. Au début de 1938 se produisit une rechute de l’’économie. La production industrielle baissa de 92 à 83, le trafic ferroviaire de 75,5 à 65,6 tandis que l’’indice du chômage montait de 145 à 151.
    Ces mauvais résultats étaient dus à l’’effet second de la loi des 40 heures. Les industries les plus performantes dont la production était limitée par cette loi achetaient moins aux autres qu’’elles ne l’’auraient fait sans cette limitation. La loi des 40 heures obligeait donc les industries les plus dynamiques à s’’aligner sur les moins dynamiques.
    Le 10 mars 1938 Chautemps se retirait et Blum formait un deuxième gouvernement qui avalisa sans coup férir l’’Anchluss par lequel Hitler annexait l’Autriche. En avril Blum abandonna la partie. Cela marquait la fin du Front populaire dont il faut examiner les résultats.
    Deux ans de démagogie
    L’’indice de la production industrielle était de 82 en mai 1938 contre 87 en mai 1936. Les deux ans de Front populaire furent donc plus défavorables dans ce domaine que la précédente politique de déflation de Laval. Les investissements, qui sont les gages de l’’avenir, reculèrent de 11 % et la consommation de 1,5 %.
    Dans certains domaines, mines de charbon, chemins de fer, la productivité s’’effondra. La diminution du chômage total a été de 150 000. Elle résulta presque entièrement des effets des deux dévaluations et pratiquement pas de l’’application de la loi des 40 heures qui eut des conséquences maléfiques sur le chômage partiel, lequel, après avoir diminué, est remonté à partir de 1937 : mai 1936, 35,4 % ; septembre 1936, 26,8 % ; décembre 1936, 12,1 % ; mai 1938, 20,1 %.
    Le pouvoir d’’achat des travailleurs, qui est une donnée essentielle puisque c’’est avec des promesses fallacieuses d’’augmentation des revenus que la gauche a fait voter pour elle en 1936, n’a pratiquement pas bougé. Il était à 118,5 en mai 1936, il est à 119,2 en mai 1938. Normalement les progrès de la productivité auraient dû assurer une augmentation de 4 %. Le Front populaire a donc escroqué les ouvriers ainsi que les autres couches sociales à l’’exception des chômeurs qui ont retrouvé du travail.
    Le pouvoir d’’achat des retraités s’’est effondré. De 1936 à 1938, il a baissé de 20 %. Il en alla de même pour les fonctionnaires dont la baisse du pouvoir d’achat fut de 18 % pour les traitements les plus bas, 20 % pour les traitements moyens et 14 % pour les traitements supérieurs.
    On peut dire que la politique du Front populaire s’est faite au détriment des plus faibles : les traitements féminins ont été moins augmentés que les traitements masculins, les salaires provinciaux moins que ceux des Parisiens, les allocations familiales et les retraites ont été négligées.
    En conclusion, le Front populaire a fait baisser la production industrielle française de 4 à 5 % tandis que celle de l’’Allemagne augmentait pendant la même période de 17 %. À cet égard, Léon Blum et les socialo-communistes ont été des alliés objectifs d’’Hitler.
    Yves Lenormand L’’Action Française 2000 du 1er au 14 juin 2006
    (1) Alfred Sauvy : Histoire économique de la France entre les deux guerres, tome II, Éd. Fayard, Paris, 1972.
    (2) La base 100 est fournie, généralement, par les chiffres de 1929, dernière année d’’activité « normale » avant la crise.

  • Louis-Ferdinand Céline – L’école des cadavres (1938)

    La République maçonnique française n’est plus qu’une carambouillerie électorale très dégueulasse, une fantastique entreprise de duperie pour Français naïfs, brimés, saignés, escroqués cent et mille fois plus cruellement par les Juifs internationaux qu’ils ne furent jamais pendant 18 siècles par le pouvoir monarchique absolu.
    La République maçonnique dévergondée, dite française, entièrement à la merci des sociétés secrètes et des Banques juives, (Rothschild, Lazare, Barush, etc…) entre en agonie.
    Gangrenée plus qu’il n’est possible, elle se décompose par scandales. Ce ne sont plus que lambeaux purulents dont le Juif et son chien franc-maçon arrachent malgré tout chaque jour encore quelques nouvelles gâteries, bribes cadavériques, s’en bâfrent, bombance ! prospèrent, jubilent, exultent, délirent de charogneries.
    Nous sommes parvenus de compromis en soumissions au stade pré-soviétique, stade frémissant, intensif, du Juif en complot, l’Heure de la Transe kabalique, où toute la youtrerie mondiale engage à fond toutes ses batteries, tous ses politiciens, toutes ses troupes militantes, journalistiques, bancaires à l’assaut des pouvoirs suprêmes, de toutes les commandes, de tous les échanges, prébendes, fauteuils, trafics, bénéfices, où l’on mate une bonne fois pour toutes l’indigène, lui rive à la mitraille, au sang, son carcan, toutes ses ferrures.
    L’orgueil juif commande ! les soviets partout ! En langage clair : domination juive 100 pour 100. Cavalcade du Juif à ciel ouvert. Dépeçage, goinfrage de toutes les richesses de la Terre Promise, la nôtre ! conquise, asservie. Énorme partouze d’assassinats. Grands massacres d’indigènes bien crétinisés, saoulés, effondrés, au préalable, par le mondial, inimaginable, irrésistiblement hypnotique baratinage juif. Le Processus est infaillible.
    Voir : Bela Kuhn – Hongrie : Rosenberg – Espagne ; Trotzky – Russie ; etc… Blum en France. Le programme éternel juif. 
    Pour ce qui concerne la France, ostentation bien superflue puisque les Juifs possèdent déjà toute la puissance. Banques, Industries, Ministères, Commerce, Loges… Tous les leviers, tous les profits, tous les privilèges, toutes les immunités, toutes les cartes blanches. Simple surcroît de pavanerie négroïde. Afro-vanité. Tam-tam. Cet État français judéo-maçonnique constitue bien la plus ignoble escroquerie du Patriotisme que l’on puisse rêver.
    Nous sommes, Français de souche, asservis, brimés, opprimés, cocufiés, dépouillés, minimisés, ridiculisés, à chaud, à vif, autant qu’il se peut, admirablement, implacablement, frénétiquement, trahis il faut ajouter, minutieusement, perpétuellement, inlassablement, par nos frères de race arrivistes, les francs-maçons, chiens volontaires des Juifs, goinfreurs, en toutes poubelles, en tous déchets juifs, meute à la curée, à la ripaille de toutes les gangrènes d’agonie, éperdus au sifflet des juifs. Les loges détiennent tous les pouvoirs.
    Les Youtres n’ont qu’à se servir. Aucune résistance. Ils s’installent, exploitent, rançonnent en définitive où ils veulent, comme ils veulent, où leur caprice les chatouille. Ils nous enculent, si telle fredaine les anime, publiquement, très impunément. Auriez-vous rêvé d’un négrite Maître de l’Instruction Publique ? Vous l’avez. En voulez-vous un autre,maître de nos Colonies ? Vous l’avez ! Juste retour des choses ! Demain Président du Conseil, ordonnateur de nos abattoirs (Il le fut déjà).
    La Haute Juiverie s’amuse de savoir à quel point l’on peut nous avilir, nous faire ramper, avaler des couleuvres, des hontes, des glaviots.
    Je trouve, pour ma part, que les Juifs n’en feront jamais assez. Je voudrais qu’il soit décrété une bonne fois, définitivement, que toutes les Grandes Écoles, les Grands Corps de l’État, Académies, Polytechniques, Internats, Électorats, Hôpitaux, Radios, Théâtres subventionnés, Théâtres ordinaires, Banque de France, sont absolument réservés aux Juifs (comme en U.R.S.S.) et strictement interdits aux Goyes. Dans la pratique évidemment, c’est déjà bien entendu. Mais enfin la chose n’est pas encore officielle et ça me choque. L’exclusive contre l’indigène doit être prononcée officiellement.
    Il est temps. Tout ce qui commande, tout ce qui émine, reluit, ordonne, enseigne doit être en France, à partir de ce jour, strictement juif. C’est tout. Ce serait absolument loyale constatation d’un état de fait qui crève les yeux. Ce décret officiellement pris, l’indigène se le tiendrait pour dit, plus de paroles, plus de démarches inutiles, il se cantonnerait strictement, une bonne fois pour toutes, dans les fonctions de son mérite, aux Abattoirs ou dans la merde.
    Louis-Ferdinand Céline http://alter-natife.blogspot.fr

  • Lovecraft l’hyperboréen

    « Le sang d’un million d’hommes n’est pas versé pour rien s’il permet la naissance d’une légende glorieuse qui fait vibrer la postérité… et la raison pour laquelle il a été versé n’a aucune importance » (Lettres d’Arkham).

    Dans un article du Figaro Magazine paru il y a quelques mois, Christian Durante évoquait l’effervescence venimeuse provoquée dans le marais de l’idéologie dominante par la publication, aux éditions Christian Bourgeois, du tome I des Lettres de Lovecraft. On connaît la virtuosité du « parti intellectuel » à précipiter dans le ghetto des geôles inquisitoriales ses enfants prodiges devenus un beau jour traîtres et renégats. Ce phénomène est en train de se reproduire avec Howard Phillips Lovecraft dont l’œuvre, enfin perçue sous son jour véritable, apparaît aux milieux « bien pensants » comme un intolérable défi. Alors que d’aucuns célébraient, il n’y a pas si longtemps encore, le « reclus » de Providence et « l’étrange génie venu d’ailleurs », les thuriféraires de la Conscience Universelle découvrent avec un frisson d’horreur sacrée un Lovecraft antidémocrate, païen et viking par surcroît, « un adorateur de Thor, Wotan et Alfader qui fait retentir de sa voix rauque le royaume des morts de Niffleheim ». Faute de pouvoir l’ensevelir dans l’oubli « par delà le mur du sommeil », ils tentent de culpabiliser le lecteur en lui suggérant que son épopée cosmique vers les minarets étincelants de la lointaine Kadath est une voie dangereuse et singulièrement blasphématoire pour l’homme de notre temps épris des enclos rassurants du « pâturage démocratique ».

    Au vrai, c’est avec une vigueur rarement égalée que l’auteur stigmatise ces « idées modernes » dont Nietzsche avait déjà chanté le « crépuscule ». La démocratie ? une « fausse idole », tout juste bonne à entretenir « l’illusion des classes inférieures ». L’égalité ? « une plaisanterie ». Le progrès ? « une illusion ». La psychanalyse ? des « marottes éphémères ». L’érotisme ? « une qualité plus animale que noblement humaine ». Né le 20 août 1890 à Providence parmi des chrétiens orthodoxes, en plein milieu puritain, ce citoyen américain qui « chantait God save the King quand les autres chantaient America » stupéfie sa famille à l’âge de huit ans en se déclarant « païen romain ». Alors que la Bible reste pour lui un monde étranger qui le fait bâiller d’ennui, la mythologie gréco-latine lui parle d’une patrie mythique auréolée bientôt de toute la magie des royaumes crépusculaires qu’il découvre à travers son ascendance « teutonne » et les contes fantastiques de Machen, Poe et Dunsany.

    Quand on est à ce point sensible à la voix du ruisseau modulant « pour les faunes cachés, les aegipans et les dryades, quelques incantations runiques », on peut se proclamer « païen jusqu’à la moelle des os ». Ce paganisme originel est la sève puissante d’une œuvre aux méandres plus sinueux que le fleuve « Oukranos », aux noirceurs d’ébène plus compactes que la « fosse aux Shoggoths », aux échos plus lancinants que les délirants appels des « Montagnes hallucinées ». Paganisme viscéral aux sources multiples où, à côté de divinités familières telles que Cybèle, Hermès ou Apollon, nous côtoyons des présences beaucoup plus inquiétantes, qu’elles aient pour noms Dagon, les Maigres Bêtes de la Nuit, ou Shub-Niggurath, le bouc aux mille chevreaux qui hante les forêts du Maine. Contrairement à l’œuvre de ses prédécesseurs, Machen et Dunsany, chez qui le mythe demeure le plus souvent fragmentaire, Lovecraft est parvenu à structurer ces différents mythes en une vision du monde cohérente grâce au livre noir du « Nécronomicon », gardien des secrets immémoriaux d’un « cosmos aveuglément impersonnel ». Ouvrons cette bible païenne aux versets redoutables et sibyllins dictés par « celui qui chuchotait dans les Ténèbres » et plongeons résolument « dans l’Abîme du Temps ».

    Au commencement étaient les Grands Anciens. Leur royaume est Kadath, la cité d’onyx érigée dans l’immense plaine froide d’Hyperborée et « couronnée d’un diadème d’étoiles inconnues ». Constellations que virent peut-être scintiller les premiers Ases en leur citadelle d’Asgard. Plongés dans un profond sommeil, ces Anciens inspirent parfois leurs rêves aux hommes de la terre, monde qu’ils habitèrent jadis avant d’émigrer en leur austère patrie ceinte de montagnes titanesques sculptées à leur effigie. D’humeur ombrageuse et hautaine, vivant dans l’intimité des grands vents, des brumes et des nuages prompts à les dissimuler aux regards sacrilèges, ils vénèrent la démesure et la grandeur, n’hésitant pas, le cas échéant, à reconnaître comme un des leurs l’audacieux qui a osé se frayer un chemin jusqu’à eux, tel Randolph Carter : « Nous vous saluons Randolph Carter, car votre audace vous a fait l’un des nôtres » (Démons et merveilles).

    Mais l’issue de la quête restera toujours indécise, menacée dans son dénouement favorable par l’irruption à tout instant possible des « Autres dieux », les terrifiants « dieux de l’extérieur » que rencontre Barzaï le Sage quand il escalade le Hatheg-Kla aux premiers âges du monde. Délaissant les hautes terres du rêve pour des abîmes plus lointains de la vie originelle, le fils de Prométhée s’expose à une confrontation plus que déplaisante avec Yog-Sothoth, le terrible « gardien du Seuil », et Nyarlathotep, « horreur des formes infinies, âme et messager des Autres dieux » et image blasphématoire du « Chaos rampant ». À moins qu’une intrusion au cœur du vide ultime ne fasse de lui la proie du « sultan des démons » où, dans les cavités inconcevables et sombres qui s’ouvrent au delà du temps « se goinfre le vorace Azathoth, au milieu des battements sourds et insensés d’abominables tambours et des faibles lamentations monotones d’exécrables flûtes ».

    Nullement gratuite, une telle mythologie doit s’interpréter comme la dimension onirique d’une véritable cosmogonie. Lovecraft insiste en effet souvent sur l’absence de « valeurs absolues » et de « but précis » dans un univers où « le plan de la création est, dans son entier, un pur chaos ». Régi par des dieux à son image, plus soumis aux caprices du hasard qu’aux lois de la nécessité, ce monde est, quant au fond, assez proche de celui de Nietzsche. La vision de l’Histoire qui l’inspire apparaît ainsi aux antipodes de tout messianisme, qu’il soit chrétien ou marxiste, qui verrait dans le devenir historique l’empreinte d’une finalité alors que « l’aveugle cosmos broie sans but le néant pour en extraire quelque chose et broie par retour ce quelque chose en un nouveau néant ».

    Comment assigner dès lors à l’homme une place privilégiée au sein « des insondables tourbillons de l’infini et de l’éternité » ? Pas plus que le cosmos, l’humanité dans son ensemble ne saurait avoir « aucun but de quelque nature que ce soit ». On voit mal, alors, pourquoi « une conscience puissante et réfléchie “aurait choisi” cette excroissance purulente comme le seul point où envoyer un fils unique dont la mission est de racheter ces poux auxquels nous donnons le nom d’êtres humains ». Dans un monde privé de sens, où le bien et le mal ne sont que les ornements d’une perspective dont la seule valeur dépend « du hasard chanceux qui fit de nos pères des êtres doués de sensibilité », il faut savoir « rire froidement et de bon cœur avec les dieux à barbe blonde parmi les ombres de Ragnarok qui s’allongent ». Mais ce rire, à la fois tragique et joyeux, ne se veut à aucun moment la marque d’une quelconque amertume car il entend célébrer le destin. Aussi ne saurait-il engendrer qu’un sentiment de malaise et de répulsion instinctive chez nos contemporains enivrés des parfums délétères d’idéologies rassurantes professées par les « faux dieux » de « pitié aveugle » et de « peur ».

    Car des hommes « dégénérés », « incapables d’élever leurs yeux vers l’espace et d’assumer leurs rapports avec l’infini » ont succédé au règne grandiose des Anciens dont l’empreinte demeure gravée à travers les architectures fabuleuses dont seuls quelques archéologues soupçonnent aujourd’hui l’existence. À la force et à la volonté ont fait place la faiblesse et la pusillanimité vénérées désormais comme autant de vertus. Prisonniers de leur vie médiocre, étrangère à la Beauté et à la Puissance, les hommes ont plongé la Terre dans la banalité et la laideur. Pourtant, en marge de la masse vulgaire et vociférante, souvent persécutés et taxés de sorcellerie pour leur côté non-conformiste et « inquiétant », agissent quelques êtres différenciés possédant « toutes les caractéristiques qui les élèvent à l’état d’êtres humains ». La mission de ces « initiés » est de préparer le retour des Grands Anciens sur la Terre « qui n’a plus aucun dieu qui soit vraiment un dieu ».

    Entreprise au demeurant périlleuse, constamment menacée par l’« éternel non » et la rage nihiliste des « Autres dieux ». Ce danger se dévoile avec un relief saisissant dans les dernières œuvres publiées en collaboration avec August Derleth et rattachées au « Mythe de Cthulhu ». Au point que l’auteur, pour suggérer le combat titanesque dont notre planète est désormais l’enjeu, montre ses personnages affrontés en une lutte manichéenne, cosmique et éternelle : « les Vieux, ou Anciens, les Dieux Aînés issus du Bien cosmique, et ceux qui sont issus du Mal cosmique, qui portent différents noms, eux-mêmes appartenant à différents groupes comme s’ils étaient associés aux éléments tout en les transcendant » (Le masque de Cthulhu).

    Lovecraft rejoint ici le monde de la « Tradition » que Julius Evola définit comme une lutte permanente entre des puissances métaphysiques : forces ouraniennes de la lumière et de l’ordre, d’une part, forces obscures, telluriques, du chaos et de la matière d’autre part (Les hommes au milieu des ruines).

    Comme dans l’Edda, enchaînés par la magie des Grands anciens, les « Autres dieux » attendent, derrière la « grille » des « ténèbres extérieures », l’occasion de reconquérir leur antique pouvoir. Car le « charme » qui les tenait liés n’est pas éternel et l’ère qui s’annonce apparaît grosse de menaces. Parmi ces créatures de « l’Âge Sombre », Lovecraft a décerné un rôle majeur au Grand Cthulhu qui, au fond des abîmes sous-marins, dans sa cité de R’lyeh, rêve de « gloire et puissance pour l’éternité ». Énorme masse informe et protoplasmique capable de se métamorphoser à volonté, ce monstre terrifiant, dont on perçoit parfois le chuintement hideux au cours des rêves les plus fous, est le symbole même des forces de dissolution qui, plus que jamais, menacent peuples et cultures. D’autant que, selon l’expression de René Guénon, les adeptes de la « Contre-initiation », particulièrement actifs en cette « fin de cycle », s’avèrent les alliés inespérés de tous les réductionnismes totalitaires dont « le désert glacé de Leng » offre un horrible avant-goût.

    Qu’ils soient au service du Cthulhu ou de quelque autre divinité maléfique, qu’elle se nomme Hastur, Llöigor ou Ithaqua, les alliés terrestres de « Ceux du dehors » sont dotés d’un physique promis aux altérations les plus sordides : marchands à l’œil torve et à la bouche démesurée, coiffés d’un large turban apte à dissimuler une anomalie par trop choquante (Démons et merveilles) ; poissons-hommes-grenouilles aux mains palmées, au corps squameux, pustuleux et luisant, perversion ultime d’une longue suite d’alliances monstrueuses dont l’épicentre paraît être « le récif du Diable » au large de la ville d’Innsmouth (Le cauchemar d’Innsmouth). Étrange cité aux « noires fenêtres béantes » et aux « bicoques abandonnées » qui n’est que l’avant-poste des Êtres de la Mer, sectateurs du Grand Cthulhu. Dans ce cloaque de dégénérescence collective où règne en permanence « une abominable odeur de poisson », la plupart des habitants, d’une « hideur reptilienne », s’en iront rejoindre la horde des « Profonds » qui hantent les ruines de la ville engloutie. Telle est la rançon dans un monde qui refuse de subordonner les valeurs mercantiles à des instances plus hautes.

    Quel contraste avec la noble prestance des marins d’Inquanock que Randolph Carter découvre appartenir à la « race des dieux » ! À travers leurs chants sublimes évoquant des contrées lointaines, on décèle cette nostalgie passionnée, si caractéristique de l’âme germanique, d’un passé de gloire dont le souvenir demeure inscrit à même le visage du dieu, dressé comme une pierre d’appel face aux étendues nordiques : « Impitoyable et terrible brillait ce visage que le couchant incendiait, si grand qu’aucun esprit jamais n’en prendrait la mesure et que Carter comprit aussitôt qu’il n’était l’œuvre d’aucun homme ».

    Inquanock, la cité d’onyx « aux dômes arrondis et aux encorbellements recouverts de cristal » vit dans le culte fervent des Grands Anciens dont le retour régénérera le monde quand seront à nouveau réunies les conditions favorables « à l’épanouissement des choses belles, les beaux édifices, les nobles cités, la littérature raffinée, un art et une musique élaborés… ».

    Aux générations grotesques et répugnantes des créatures d’Innsmouth s’oppose ici la puissance maîtrisée, la noblesse et la solennité des cortèges régis par un rite mystérieux : « Quand le profond carillon du beffroi vibrait au-dessus du jardin de la ville et que des sept loges situées près des portes du jardin lui répondaient les cors, les violes et les voix, de longues théories de prêtres masqués et encapuchonnés de noir sortaient par les sept portes du temple, portant devant eux, à bout de bras, de grands récipients d’or d’où s’élevait une singulière vapeur. Les sept processions marchaient avec orgueil sur une seule file, chacun jetant la jambe en avant sans plier le genou, et descendaient les chemins qui conduisent aux sept loges du temple ».

    Lovecraft dont, on ne le soulignera jamais assez, les fictions fantastiques sont avant tout la projection dans le cosmos de sa vision de l’Histoire et partant, du devenir de la civilisation occidentale, pense qu’un choix crucial s’offrira bientôt au vieux continent : disparaître en tant qu’ensemble de peuples de culture au sein d’une masse anonyme et aussi niveleuse des différences que les « Shoggoths » de la « Cité sans nom », ou bien reconquérir une identité altérée par la longue éclipse solaire qui suivit l’exil des Anciens dieux. Pareil aux esclaves de Nyarlathotep, l’homme européen n’a vénéré que trop de « Bêtes lunaires » dans les nécropoles moisies de sa mauvaise conscience. Il est grand temps de refermer les « trappes » scellées jadis par la sagesse des Anciens (Dans l’abîme du temps) d’où surgit périodiquement quelque nouvelle entité blême et fongoïde, interlude éphémère et nauséabond dans l’existence larvaire d’une société refroidie.

    Comme Nietzsche, Lovecraft est convaincu que seul l’avènement d’un homme nouveau pourra conjurer la fatalité du déclin en redonnant un destin historique au vieux monde moribond. C’est pourquoi à plusieurs reprises dans ses lettres, l’auteur insiste sur la valeur irremplaçable de l’action vécue dont « l’art est seulement un substitut plus ou moins satisfaisant ». À plus forte raison lorsque cette action engage tout le destin d’un peuple rassemblé sous la tutelle énergique de celui en qui s’expriment les pulsions profondes de l’âme collective : « Aucune imitation mesquine, aucun frisson livresque d’occasion n’équivaut au millionième de frisson authentique qu’éprouve l’homme fort qui met en mouvement des destins multiples et qui marche aux côtés du Destin en qualité de frère ou de représentant ».

    Il est donc naturel que l’auteur déclare « admirer la force, les déploiements concentrés d’énergie cosmique qui amènent du changement » et dont on peut suivre la trace dans l’empire romain et le monde germanique. Réflexions qui conduisent Lovecraft à souhaiter ardemment l’avènement d’un nouvel Imperium qui pourrait être le creuset d’où surgirait, comme Minerve casquée, un Occident régénéré. « Puissance… Imperium… Gloria romana ». Cette exaltation de la puissance qui est « la valeur suprême pour toute l’humanité normale » trouve son expression la plus haute dans la « valeur guerrière » devenue aujourd’hui incompréhensible « en ces temps de combat en série, mécanique, à longue distance ». Rejoignant encore Julius Evola, Lovecraft voit dans l’idéal guerrier non pas l’« apologie grossière de la destruction », mais « la formation calme, consciente et maîtrisée de l’être intérieur et du comportement », la chance d’accéder à une forme « d’impersonnalité active » comme en témoigne son rejet formel de toute « sentimentalité romantique » et d’émotions non contrôlées.

    Mais, au lieu de la préfiguration du surhomme à venir, ou plus modestement, de l’homme véritable, c’est plutôt le spectacle navrant du « dernier homme » que lui offre la vue de nos contemporains intoxiqués par des « idéaux pacifistes d’une race sur son déclin ». Laissons aux dévots du freudisme et de son « symbolisme puéril » le soin de sonder l’inconscient de celui qui n’hésite pas à écrire : « je hais l’homme », « je déteste la race humaine ». L’outrance volontaire provocatrice de tels propos est avant tout destinée à dénoncer la platitude d’une civilisation décadente qui, au nom d’idéaux émasculés vénérés par 2000 ans de « superstition syrienne » a renoncé aux pensées « simples, viriles, héroïques, qui même si elles ne sont pas vraies, sont sûrement belles parce qu’elles sont recouvertes d’une grande épaisseur du lierre de la tradition ». Ainsi, à travers la description cauchemardesque d’un quartier de Manhattan aux silhouettes « vaguement modelées dans quelque limon puant et visqueux résultant de la corruption de la terre », l’auteur stigmatise en réalité « la corrosion empoisonnée et la putréfaction de la vieille Amérique en décrépitude avec la malsaine prolifération d’une pierre qui s’étale en largeur et en hauteur ». Diagnostic ô combien prémonitoire et qui à travers la critique de la « ville marchande », étrangère à l’âme de « l’ancien peuple des colons » annonce les propos cinglants de Jean Cau dans La Grande Prostituée dont certaines descriptions ne sont pas sans analogie avec ces métaphores obsédantes que Lovecraft excelle à utiliser chaque fois qu’il veut provoquer un réflexe de répulsion panique : masses gélatineuses et protéiformes « semblables à un conglomérat de bulles », « dhôles » aux extrémités visqueuses et décolorées familiers de tous les ossuaires…

    C’est pour avoir su s’ancrer si bien dans les cauchemars de son époque que l’œuvre de Lovecraft parvient à transcender l’Histoire dans une appréhension de la pure horreur. Car « tout art authentique est localisé et possède des racines profondément enfoncées dans le sol ; même lorsqu’on se met à célébrer les terres crépusculaires et lointaines, on ne célèbre rien d’autre, en fait, que les mérites de son propre pays déguisé en contrée fabuleuse », laquelle nous est d’autant plus chère qu’elle apparaît gravement menacée.

    À l’occasion d’une étude sur Lovecraft parue dans les Cahiers universitaires en 1966, Jean Moal se demande « si nous ne sommes pas là devant l’une des plus extraordinaires sagas dues à un conteur humain, la dernière à ma connaissance ». Saga à la mesure d’un monde aux horizons singulièrement élargis par les découvertes en tous genres, grosses d’épopées cosmiques dont l’Héliopolis d’Ernst Jünger constitue le génial exorde. Mais, comme son frère spirituel d’outre-Rhin, Lovecraft sait que la science, aussi loin qu’elle recule l’étendue de ses frontières, ne parviendra jamais à lever le dernier voile du mystère qui repose au fond de l’inconnu. De même qu’il est vain de prétendre explorer notre cosmos intérieur à grand renfort d’introspection socratique. « La vérité est que je ne suis rigoureusement pas intellectuel ». À l’idée qui morcelle et divise, Lovecraft préfère l’image capable d’unifier les contraires et qui s’adresse à la sensibilité beaucoup plus qu’à l’esprit.

    L’imagination et le rêve qui n’ont rien à voir avec « la fausseté, la stupidité et l’incohérence de la pensée », apparaissent une source autrement plus féconde que les concepts arides des philosophes car ils sont les dépositaires fidèles de tout notre héritage mythique. C’est pourquoi, en prélude à sa quête, Randolph Carter demande au rêve de le « noyer au fond des vieilles sources » en le rapatriant au cœur de son ancestrale lignée. C’est bientôt le prodige de l’enfance retrouvée, chrysalide miraculeusement sauvée de « l’inharmonie » et de la « laideur » et qui, libérée des affres du temps linéaire, sait désormais que « tout ce qui a été, est et sera, existe simultanément ». Le rêve est assurément le « grand refuge » des esthètes aux goûts rares et raffinés, tels le roi Kuranès, prince d’un merveilleux royaume intemporel dans l’Ooth-Nargaï. Cet ultime descendant d’une « noble famille ruinée par un brasseur millionnaire particulièrement odieux » évoque irrésistiblement la figure d’Antoine IV, roi de Patagonie, dans Le jeu du Roi de Jean Raspail. Car même si « le ressac joue avec le corps d’un vagabond qui a traversé à l’aube un village désert », Kuranès restera à jamais roi au cœur de l’Ooth-Nargaï dans sa cité de Céléphais « et ses galères voguant vers le ciel ».

    Éternel défi au « Gouffre noir » où griffent, mordent et se déchirent les larves des « Autres dieux », se dresseront à jamais, dans la lumière dorée du rêve apollinien, Kiran « et ses terrasses de jaspe », Thran, aux milles spires incendiées par le soleil couchant et Serranian, « la cité de marbre rose des nuages »…

    1979. http://grece-fr.com