culture et histoire - Page 1848
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Les Espérances Planétariennes (Hervé Ryssen) par Franck ABED
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Le tyran est celui qui gouverne contre la raison
Extraits d'une réflexion de Michel De Jaeghere aux veilleurs :
"Je précise que mon propos ne vise pas ici ceux qui se trouveraient contraints, malgré eux, à céder à la nécessité ; à faire appliquer cette loi sous la menace de sanctions pénales : la résistance est toujours affaire de conscience, d’appréciation individuelle des risques et des conséquences. Ceux qui ne sont pas exposés à ces risques n’ont pas qualité pour donner des conseils à ceux qui sont en première ligne.
Ceux que je voudrais contredire, et pourquoi pas, convaincre, vous en connaissez certainement ; ce sont tous ceux qui contestent désormais le principe même de votre résistance, sous prétexte que la loi a été adoptée par le Parlement, et qu’elle l’a été, somme toute, démocratiquement. Je vais essayer de le faire en faisant un grand détour : un détour par l’Histoire. Je voudrais en effet essayer avec vous de remonter aux sources. Aux sources de la loi.
Qu’est ce qu’une loi ?
Peut-on lui opposer sa conscience, quand on a contre soi la légalité de son adoption, le consentement, dit-on, de la majorité de la population. Peut-on, doit-on, résister à ce que François Mitterrand a appelé autrefois « la force injuste de la loi » ? J’essaierai de répondre en évoquant la naissance de la loi, là où elle est apparue, en Grèce, en m’aidant, notamment, des travaux de Jacqueline de Romilly. [...]Comme le proclamera Eschyle, ce qui différenciait les Grecs des peuples barbares c’est qu’ils n’étaient « esclaves ni sujets de personne ». Qu’ils étaient des hommes libres. Être un homme libre, à leurs yeux, c’était n’être soumis qu’à une seule souveraineté : la souveraineté de la loi. Cette différence entre grecs et barbares allait être cristallisée, au Ve siècle avant J.-C. par l’expérience des guerres médiques, ces guerres qui allaient voir les troupes innombrables de l’empire perse déferler sur la Grèce, et finalement échouer à Marathon, aux Thermopyles, à Salamine et à Platées. [...]
« Ils ne sont esclaves ni sujets de personne. » Cette opposition est le sujet même du livre que compose alors, pour raconter ces guerres médiques, celui qui est considéré comme le père de l’Histoire : Hérodote. Hérodote y met en scène un étrange dialogue entre Xerxès, le roi des Perses, et un roi de Sparte exilé à sa cour, Démarate. Dialogue au cours duquel le spartiate aurait prévenu le conquérant, à la veille de l’expédition, que son entreprise était vouée à l’échec parce que les troupes perses étaient formées d’esclaves qui marchaient sous le fouet et qu’elles allaient trouver devant elles des hommes libres, éduqués dans l’obéissance aux lois.
Dialogue imaginaire, et sans doute inspiré a posteriori par l’attitude des Spartiates à la bataille des Thermopyles. Texte fondamental parce qu’il illustre la ligne de partage que tracent désormais les Grecs entre civilisation et barbarie. Ici, des hommes soumis à la crainte d’un maître. Là des hommes laissés libres d’agir, mais qui se révèlent supérieurs parce que leur liberté s’accomplit dans l’obéissance aux lois.
« Ils ne sont esclaves ni sujets de personne. » Xerxès n’incarne pas le despotisme parce qu’il est un monarque (la royauté subsiste en Grèce, notamment en Macédoine), mais parce qu’il prend des décisions selon son caprice, parce qu’il n’a pas d’autre loi que ses désirs. Les Grecs ne représentent pas la liberté parce qu’ils vivent sous des régimes démocratiques (beaucoup de leurs cités ne le sont pas, à commencer par Sparte) mais parce qu’ils obéissent aux lois.
Dans une scène saisissante, Hérodote montre le roi des Perses étouffé de colère, parce qu’une tempête a détruit le pont de bateaux qu’il a fait construire sur l’Hellespont, notre détroit des Dardanelles. Il prend alors une décision inouïe : il fait fouetter la mer qui s’est ainsi rebellée contre lui. Le despote, le tyran, pour le Grec, c’est celui qui gouverne contre la raison, le Logos. L’homme libre, c’est celui qui n’est pas soumis à l’arbitraire, au caprice, parce qu’il connaît ses devoirs et ses droits, parce que ceux-ci sont fixés par la loi. Le gouvernement légitime, c’est celui qui s’exerce conformément aux lois. [...]
J’ai parlé il y a un instant de la revendication des peuples en faveur de lois écrites. Mais les Grecs reconnaissaient, en réalité, l’autorité de deux sortes de lois : d’une part celles qui ressortissaient du comportement, de la morale et qui étaient restées non écrites ; d’autre part celles qui réglaient le fonctionnement des institutions, la propriété, la justice, et dont ils avaient exigé l’écriture pour échapper à l’arbitraire des grands.
Les lois non-écrites, ce sont celles qu’invoque Antigone, l’héroïne de Sophocle, lorsque Créon prétend lui interdire d’ensevelir son frère. La légalité du pouvoir de Créon n’est pas mise en cause. Il est le roi légitime de Thèbes. Son décret n’en a pas plus de valeur pour autant parce qu’il n’est pas conforme aux lois non-écrites que les dieux ont inscrites dans le cœur de l’homme. Antigone n’est pas une anarchiste. Elle obéit à un ordre supérieur, elle obéit à d’autres lois : « Aux lois non-écrites, inébranlables, des dieux, dit-elle. Elles ne datent, celles-là, ni d’aujourd’hui, ni d’hier, et nul ne sait le jour où elles ont paru. Ces lois-là, pouvais-je donc, par crainte de qui que ce fut, m’exposer à leur vengeance chez les dieux. »
Ces lois non-écrites, ce sont toutes celles qui commandent la vie morale de l’homme. Elles ressemblent étrangement, nous dit Jacqueline de Romilly, au Décalogue. Elles obligent à la loyauté, à la reconnaissance, à la fidélité en amitié. Elles commandent le respect des dieux, la sépulture des morts, la piété filiale, l’inviolabilité des hôtes. Elles interdissent de trahir sa patrie, de déserter au combat, de s’emparer d’un criminel réfugié dans un temple, de s’en prendre à un ambassadeur, de violer un serment, d’agir contrairement à un traité, de tuer un combattant qui se rend. Elles interdisent évidemment de former une famille autrement qu’avec un homme et une femme. Elles n’ont jamais la forme d’un droit. [...]
Divines, ces lois sont, par-là même, éternelles et universelles. Elles s’imposent aux individus comme aux institutions. Elles sont sanctionnées par une réprobation, une honte universelle, par les châtiments que ne manquent pas d’infliger les dieux à ceux qui y contreviennent. [...] À côté, en dessous des lois non écrites, se trouvent les lois écrites. Ce sont les règles qui fixent les droits et les devoirs de chacun, déterminent le fonctionnement des institutions. Elles ont commencé, elles aussi par être non-écrites (tout simplement parce que l’écriture avait disparu). On a vu que leur transcription avait été une revendication du peuple contre les aristocrates et les rois, pour échapper à leur arbitraire. Qu’elles furent l’œuvre des législateurs comme Lycurgue ou Solon. Mais la façon même de procéder de ces législateurs est éclairante. Pour rédiger les lois, ils ne recueillent pas, en effet, le sentiment de l’opinion. Ils ne demandent pas ce qu’elle veut à la population. Ils ne font pas de sondages. Ils s’entourent de juristes, de savants, dont le rôle est de recueillir la tradition des ancêtres et d’en faire la retranscription. Ils n’inventent pas les lois, ils se contentent de mettre en forme celles que leur a léguées une tradition immémoriale. Derrière les usages, les coutumes, les habitudes séculaires, les Grecs croient en effet pouvoir discerner un nomos divin : un ordre naturel du monde dont tout l’effort du législateur sera de tenter de reproduire les contours. [...]
Vous voyez qu’on est là aux antipodes de l’idée que la loi soit l’expression d’une volonté humaine, serait-elle « la volonté générale » chère à Jean-Jacques Rousseau et à notre déclaration des droits de l’Homme. Qu’elle doive refléter l’évolution des mœurs ou l’état de l’opinion. Ériger « en loi ses caprices », c’est, au contraire, aux yeux des anciens grecs la marque même de la tyrannie. [...]
Qu’est-ce qu’une loi ? Une loi est certes un commandement de l’autorité légitime, mais elle n’est pas seulement cela. C’est un commandement qui vise au bien commun sans heurter les lois non-écrites qui sont inscrites dans le cœur de l’homme, non plus que l’ordre naturel du monde, tel qu’il est connaissable par l’exercice de la Raison. Tel est l’enseignement de la Grèce antique, dont notre civilisation est le prolongement. La loi qu’on vous oppose n’apparaît, à cette lumière, que comme un simulacre. Elle a pu être régulièrement adoptée par les institutions compétentes. Elle ne mérite pourtant pas le nom de loi :
- parce qu’elle n’est pas conforme aux lois non écrites qui sont dans le cœur de l’homme,
- parce qu’elle est étrangère à nos traditions ancestrales,
- parce qu’elle n’est pas conforme à la nature humaine, à l’ordre naturel du monde, à la raison.[...] Héritière de la pensée classique, l’Église s’est inscrite dans ce sillage. Elle l’a proclamé par la bouche de saint Thomas d’Aquin : « Toute loi portée par les hommes n’a raison de loi que dans la mesure où elle découle de la loi naturelle. Si elle dévie en quelque point de la loi naturelle, ce n’est plus alors une loi, mais une corruption de la loi. » Jean-Paul II renchérit en parlant, sur le même sujet d’une « tragique apparence de loi » à laquelle toute conscience éclairée se doit de faire objection.
S’opposer à la loi Taubira était un devoir. Exiger son abrogation en est un autre. L’une et l’autre attitude relèvent en effet de la véritable obéissance aux lois : aux lois non écrites qui sont inscrites dans le cœur de l’homme, à la loi naturelle et à l’ordre du monde, tels qu’ils sont connaissables par la droite raison. C’est en restant fidèle à ces lois, comme vous le faites ici ce soir, que vous continuerez à n’être esclaves ni sujets de personne, que vous continuerez d’être libres."
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Daniel Mermet, un communiste aux méthodes capitalistes
Daniel Mermet est le producteur de l’émission (ouvertement d’extrême gauche) « Là-bas si j’y suis » diffusée sur la radio publique France Inter. Le site gauchiste Article11 sort un article au vitriol sur les pratiques managériales peu orthodoxes de celui qui ne cesse de vociférer sur les patrons. Il est à noter que la direction de France Inter couvre les agissements de ce monsieur depuis de nombreuses années.
Après Jacques Chancel l’année dernière, c’est Daniel Mermet qui vient de recevoir le Grand Prix de la SCAM (Société civile des auteurs multimédias) pour « l’ensemble de son œuvre ». Décernée le 21 juin dernier, cette gratification récompense un journaliste hétérodoxe de 71 ans qui a hissé le reportage radiophonique au rang d’art sonore et battu le pavé des luttes sociales en France et à l’étranger depuis un quart de siècle. Elle distingue aussi l’émission qu’il produit et anime chaque jour sur France Inter, « Là-bas si j’y suis », l’un des rares espaces dans l’empire audiovisuel français à faire écho aux luttes sociales et aux pensées dissidentes. Pour tout ce que la « gauche de gauche » compte en éditeurs, auteurs, artistes ou chercheurs ignorés par les grands médias, « Là-bas si j’y suis » (LBSJS pour les intimes) représente un refuge intellectuel en même temps qu’une fantastique aubaine promotionnelle : il n’y a guère que « chez Mermet » qu’ils peuvent accéder à un public de 610 000 auditeurs en moyenne (chiffres Médiamétrie 2012), réputés fidèles et réceptifs. Mais la remise du hochet de la SCAM – lesté tout de même d’un chèque de 7 000 euros – au baryton de la résistance FM fournit aussi l’occasion d’éclairer une facette plus méconnue du personnage : les pratiques managériales pas toujours très scrupuleuses dont il use avec les plus précaires de ses collaborateurs. L’heure étant venue d’honorer « toute son œuvre », arrêtons-nous un instant sur cette œuvre-là.
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Croire, obéir et combattre
Cette semaine, j’ai réussi à réveiller la conscience d’un ami sur certaines réalités. Pas toutes les réalités, mais disons certaines réalités assez dérangeantes. Ce n’était pas une tâche facile, loin de là. L’esprit humain a une capacité de résilience énorme lorsqu’il est bousculé. En abordant des sujets épineux, je percevais dans son regard troublé comme une sorte d’angoisse existentielle mélangée à de l’espoir mystique. À travers lui, je me revoyais, quelques années plus tôt, avec le même regard, et cela apaisait mon âme. Mais pas le temps de me reposer sur mes lauriers, car la marche de l’histoire n’attend pas. Pour quelques brebis sauvées, combien de vaines paroles perdues dans le désert ?
Gare à l’autosatisfaction primaire, le militant nationaliste n’est pas un prophète. Pas encore. Il n’en a pas le pouvoir, et pourtant devenir prophète doit être notre objectif. Nous sommes tout au plus une lanterne légèrement plus éclairée que les autres, qui tente, avec ses maigres moyens, d’étendre la portée de sa lueur. Notre but doit être tourné vers la recherche de la perfection et la propagation de la Vérité.
Ce constat m’a fait réfléchir sur la complexité de la psychologie humaine. Je ne vais pas vous parler ici de la psychologie moderne déviante des coreligionnaires de Freud. Ce genre de procédé finit toujours par les mêmes conclusions. À savoir qu’au final on vous ressort la même réplique rédhibitoire, qui consiste à faire croire aux individus, qu’ils veulent inconsciemment pénétrer leur parent de sexe opposé, pour mieux tuer celui de leur propre sexe. Navrant de stupidité. Et dire que ces préceptes sont à la base de la psychologie moderne et gonflent abondamment les portefeuilles de ces gourous malicieux que sont les « psys ».
Ici s’arrête ma digression. Je vais être plus consensuel. L’idée est juste d’établir une sorte de classification, volontairement simplifiée, des différentes catégories psychologiques dans lesquelles s’enferment les hommes. Le but est simple : combattre plus efficacement nos deux principaux ennemis que sont le déni et l’ignorance.
Vous êtes arrivé sur cet article avec vos convictions, vos doutes, votre expérience et vos connaissances. Lorsque l’on prétend chercher la vérité, il convient généralement de se servir de ces attributs (peu importe qu’ils soient des forces ou des faiblesses, seule la volonté de s’améliorer importe) pour augmenter son érudition. La mauvaise méthode consiste à s’appuyer uniquement sur ses acquis, ou à nier une évidence qui pourrait raviver nos doutes, ou nous plonger dans une situation intellectuelle inconfortable. Aussi, je ne peux que conseiller au lecteur que vous êtes, d’essayer au maximum de faire le vide dans son esprit. Ce n’est pas une chose facile, j’en conviens, mais c’est primordial.
De la même manière, prenez aussi en compte que votre interlocuteur n’est pas forcément aussi ouvert que vous l’êtes. Beaucoup de personnes sont prêtes à refuser des réalités criantes pour conserver leur confort intellectuel ou leur routine. Les gens ne se remettent pas en question, ou très peu. Quelle hérésie de croire que l’autre est prêt à douter, pour caresser un espoir de vérité, diront certains.
À vrai dire, que ce soit lors d’échanges privés, de correspondances diverses ou même de débats sur des réseaux sociaux, j’ai pu répertorier grossièrement 3 types de personnalités typiques. Il en existe bien d’autres.
Le premier type d’individu est celui qui ne se pose aucune question. De nature individualiste et égocentrique, il se complaît dans son train-train quotidien et ne cherche simplement qu’à jouir comme il peut de l’instant présent. Lorsqu’il est amené de force à un débat qu’il aurait volontiers refusé, il répète machinalement les dogmes de la pensée unique. Il prêche aveuglément sans prendre le temps de mesurer la portée de ses paroles ou privilégiant la passion à la raison. Pour information, l’attitude qui consiste à faire passer son cœur avant son cerveau est le terreau fertile sur lequel repose le sophisme destructeur.
Qu’on se le dise, la proportion de ce fragment de la population n’est pas aussi élevée que ce que l’Engeance voudrait nous faire croire. Verre à moitié plein ou verre à moitié vide, notre perception des choses ne dépend que de notre pugnacité à vouloir inverser la tendance. Pour être parfaitement honnête, j’affirme sans aucun détour, ni aucun calcul, qu’une orientation guidée vers les contradictions énormes qui pullulent dans ce système pourri, peut suffire à bousculer leurs consciences. D’ailleurs, au départ, ne sommes-nous pas tous passés par cette étape douloureuse avant d’entrevoir la lumière ? Je ne connais personne qui, dès la naissance, a eu le culot d’affirmer connaître tous les pièges que nous tend l’Engeance. Le Système tente de nous décourager et de nous faire croire que notre extinction est une fatalité immuable. Pourtant, ôter les masques est possible, puisque nous l’avons fait. Là où il y a une volonté, il y a un chemin.
Le second stéréotype, plus rare, mais très dangereux, est celui de l’éclairé calculateur. Lui a compris les pièges qui découlent du Système, par expérience ou par intelligence. Son vécu l’a poussé à reconsidérer ses positions, non dans le but de parfaire son érudition, mais pour profiter malicieusement des failles d’un système, uniquement à des fins personnelles. Comprenant que, dans son intérêt matériel, par volonté de conserver son intégration sociétale ou par aspiration d’une élévation sociale, il est préférable de tenir des faux discours ou de répandre des semi-vérités (donc des semi-mensonges), il ne cherche surtout pas à détruire les inepties républicaines, car il en vit. Il pousse parfois le bouchon jusqu’à se présenter comme un dissident intellectuel persécuté, galvaudé par le surplus d’égo que lui procure le fait de se présenter comme rebelle, alors même que sa doctrine n’est en rien anticonformiste. Il s’agit au mieux d’une façade éphémère destinée à attirer les égarés non avertis, ou, au pire, d’un conformisme politique avoué, destiné à rehausser son désir de respectabilité. Inutile de dire qu’il est pratiquement impossible de raisonner ces derniers. Ils n’agissent que pour leurs aspirations personnelles et sont prêts à valider toutes les compromissions, même les plus folles, afin de prolonger leur présence publique agréable.
Le troisième et dernier comportement est de loin le plus intéressant. Je veux bien sûr parler de l’homme érudit et intègre. Lui, ne cherche pas à satisfaire ses envies personnelles ou à briller sur les plateaux de télévision. Seule la quête éternelle de la Sainte Vérité le préoccupe. Et c’est cette force qui l’a amené à démystifier les attrape-nigauds déversés volontairement par le pouvoir, sur la route qui mène à la connaissance. La perfection n’étant pas de ce monde, il se peut tout de même qu’il n’ait pu éviter, dans son passé, de glisser sur toutes les peaux de banane qu’on lui a jetées. Mais, à chaque fois qu’il s’est rendu compte de la supercherie, il a pris ses distances.
C’est la catégorie à laquelle nous devons tous aspirer, si ce n’est pas encore le cas. Si vous êtes sur propagandes.info, c’est probablement votre cas. En effet, il n’y a rien à gagner physiquement en adoptant une doctrine radicale et pure. Les seules récompenses que récoltent généralement les plus intègres sont les diffamations, les coups et le mépris. Tel est le prix de la réelle dissidence. Mais de ces considérations ils n’ont que faire, puisqu’ils savent qu’ils sont dans le vrai, ou très proche de ce dernier.
Lorsque l’on pense appartenir à cette catégorie, il est de notre devoir de tout faire pour élever au maximum son niveau de conscience ainsi que celui de son entourage, tout en gardant une humilité exemplaire. C’est d’ailleurs la maxime qui anime l’Œuvre Française : « militer est un devoir au service de notre idéal ». Ne dit-on pas qu’il n’y a rien de plus dangereux pour le Système qu’un homme sûr de ses convictions ?
C’est aussi la position que partage Hervé RYSSEN dans son dernier ouvrage de très grande qualité, La Guerre eschatologique. Et puisque l’on parle de son essai, notons aussi que l’auteur explique pourquoi il est important de garder les pieds sur Terre. Je m’explique. Il met judicieusement en garde ceux qui pêchent par excès d’orgueil ou par frustration et qui traitent avec mépris ceux dont le niveau est plus modeste, voire carrément faussé. Voici un court extrait de sa pensée qui force le respect :
« Tous les espoirs sont permis, à condition d’avoir une foi absolue dans la victoire. Dans cette perspective, le mitant nationaliste n’est pas un « initié » qui « médite » seul en « haut des cimes », mais un prêtre, dont le devoir est d’aller au peuple, d’instruire le peuple, de trouver dans le peuple celles et ceux qui vont comprendre le monde, rayonner autour d’eux et marcher avec nous en entraînant les autres. Il est certes beaucoup plus simple de mépriser son prochain que de l’affranchir de ses servitudes. Mais nos compatriotes méritent un peu d’indulgence : ce ne sont que des pauvres goys trompés par une propagande insidieuse et omniprésente, et non pas des « veaux » comme on l’entend trop souvent, dans la bouche de tous ceux qui ont déjà renoncé à la victoire. » (1)
Je sais combien il est difficile des fois de garder la tête froide, surtout lorsque l’on se confronte au déni le plus évident. Moi-même, je l’avoue honteusement, mon manque de patience m’a amené à adopter la mauvaise réaction (que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre). Pourtant, il est de notre devoir de multiplier en toutes circonstances les révolutions intellectuelles, aussi difficile que cela soit à mettre en œuvre.
Je voudrais terminer là-dessus, car c’est peut-être ça le militant parfait : inaltérable dans sa soif de perfection, intraitable sur les principes, infatigable dans sa volonté de convaincre. C’est peut-être aussi la solution à une énigme dont un internaute m’a fait part il y a quelques jours. Pour replacer dans le contexte, mon interlocuteur, conscient du fait que les Européens disparaîtront dans peu de temps si rien n’est fait, me demandait de choisir entre deux positions : agir dans la hâte ou prendre le temps de planifier. Ma réponse l’a quelque peu étonné. Je lui ai répondu : « les deux ! ». Puisque nous ne pouvons rien contre la course du temps, déployons toutes nos énergies et nos forces pour utiliser ce temps précieux au service de notre idéal. Soyons des soldats politiques parfaits, formés idéologiquement, présents sur le terrain et dans les consciences, partout où nous le pouvons. À ceux qui tremblent devant le fait qu’une journée ne dure que 24 heures, cessez de contempler passivement la course du sablier. Utilisez votre âme et vos tripes pour faire qu’à chaque grain de sable écoulé, cela se concrétise par une victoire pour la Cause. Si chacun adopte cette stratégie, notre idéal triomphera vite et avec un éclat sans précédent.
Haut les cœurs ! La victoire est à portée de main. Tout ce que nous avons à faire, c’est la saisir !
Pierre Petrus http://pierrepetrus.wordpress.com/
(1) Hervé RYSSEN, La Guerre eschatologique, Éditions Baskerville, p.175.
Si vous désirez le commander, voici le lien : http://herveryssen-leslivres.hautetfort.com/. Il s’agit du livre le plus radical et le plus authentique du moment. Un vrai régal ! -
Mieux vaut en rire ! : ne dites plus... mais dites....
* Ne dites plus ... "clandestin" mais "candidat à l'immigration" (Figaro)
Ils sont 85% dans les médias, les journalistes "de gauche et d'extrême gauche"; ils ont inventé leur sabir, leur nov'langue, alors, pour les comprendre, apprenez à parler (!) comme eux ! On ne disait déjà plus "un aveugle " mais un mal voyant, un "sourd" mais un malentendant, un "handicapé", mais une personne a mobilité réduire, une caissière, mais une hôtesse de caisse, un balayeur mais un technicien de surface etc... Mais maintenant... * Ne dites plus ... "Gitans, rôdeurs, Monte en l'air", mais "gens du voyage" (Tous les médias)
* Ne dites plus ... "clandestin, immigré illégal, ni même sans-papiers", mais "privés de papiers" (La Dépêche)
* Ne dites plus ... "quartier à majorité immigrée" mais "quartier populaire" (Tous les médias)
* Ne dites plus ... "crimes, agressions, violences" mais "actes de délinquance", "incivilités", "bêtises" (Le Parisien) ou "faux-pas" (France 2), et plus récemment "les inconduites" (CNRS)
* Ne dites plus ... "émeutes" ou "guerre des gangs" mais "incidents" (Partout)
* Ne dites plus ... "immigration" mais "mobilité européenne" (Frattini, commissaire européen)
* Ne dites plus ... "bandes" mais "identités de quartier" (LCI.fr)
* Ne dites plus ... "Des bandes de noirs et d'arabes" mais "Des jeunes qui se regroupent souvent sur des considérations ethniques"
* Ne dites plus ... "enfants d'immigrés" mais "enfants issus de familles d'éducations éloignées"
* Ne dites plus ... "attraper les voleurs" mais "lutter contre les délits d'appropriation" (Midi Libre)
* Ne dites plus ... "des vauriens font des graffitis" mais des "graffeurs habillent la ville de couleurs"
* Ne dites plus ... "un voyou notoire" mais "un individu défavorablement connu de la justice"
* Ne dites plus ... "mosquée" mais "centre culturel et religieux"
* Ne dites plus ... "fusillade" mais "bagarre par balles" (TF1)
* Ne dites plus ... "invasion" mais "excès d'immigration" (Claude Guéant, notre ministre de l'intérieur)
* MAIS SURTOUT, ne dites plus "un Français attaché à son Pays, à sa Culture, à ses Traditions et Fier de son Drapeau" ... mais dites " un RACISTE " ...
Et, si possible, avec un "sale", devant, ce sera encore plus apprécié chez les bobos/gauchos/trotskos....
http://lafautearousseau.hautetfort.com -
Rivarol, l'hebdomadaire nationaliste par excellence
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Un nouveau livre sur Vercingétorix, réhabilitant le chef gaulois
Il vient de sortir aux éditions Ellipses. 528 pages, 24,4 €, disponible ici.La 4e de couverture est explicite :
« Alésia, 52 av. J.-C. Un pays se soulève à l’appel d’un jeune homme. Moins de dix mois de lutte. La réussite, si proche… et la célèbre reddition du vaincu.
Les études sur Vercingétorix et César sont nombreuses. Pourtant la controverse actuelle sur l’emplacement d’Alésia pourrait remettre en cause bon nombre d’idées reçues sur le jeune Arverne. Entre les tenants de l’Alésia bourguignonne (Alise-Sainte-Reine) et les défenseurs d’une Alésia jurassienne, une âpre guerre s’est déclenchée.
Il ne s’agit pas là d’une simple affaire de spécialistes car l’appréciation que l’on peut porter sur Vercingétorix est intimement, absolument, irrévocablement liée à la question de l’emplacement d’Alésia. Dès lors qu’il n’est plus gibier mais chasseur, Vercingétorix acquiert une autre envergure, ses desseins une autre profondeur, sa lutte juvénile et généreuse une plus grave autorité. Et ce nouveau personnage mérite la découverte.
Dans un style alerte et savoureux, l’auteur examine une à une les pièces du dossier, en commençant par une relecture attentive de la Guerre des Gaules confrontée à des observations géographiques, archéologiques et stratégiques. Elle nous livre la biographie d’un Vercingétorix audacieux, énergique et fin stratège, qui aurait pu vaincre Rome. » -
LE PHILOSOPHE, LE VOYOU ET LE LEGIONNAIRE
Un parallèle risqué est-il possible ?
Michel Lhomme*
Ex: http://metamag.fr/
"Le guerrier est grand non parce qu’il tue, mais parce qu’il meurt. Ou parce qu’il sait qu’il va mourir et y consent, et que ce n’est pas si simple que cela, d’accepter de mourir".
Charles Péguy.
Pour trop d’éducateurs formatés, il y aurait une incompatibilité entre l’institution militaire et l’enseignement philosophique et l’image commune de l’enseignant de philosophie demeurerait celle d’un libertaire crasseux ou d’un anarchiste névrosé, réprouvant l’ordre et la discipline et enseignant à ses élèves la révolte et l’insoumission. Pourquoi ?
La philosophie en appelle à la pensée et comme aimait à le répéter le vieux radical Alain, "penser, c’est dire non". On imagine le philosophe nihiliste, ami des délinquants et copain des voyous. Disons-le de suite, au risque de déplaire, il y a un peu de vrai dans l’image. Le premier acte mythique d’Apollon, dieu de la parole, fut de cracher dans la bouche de son premier devin. L’attitude philosophique consiste à s’arrêter en face de faits qui vont apparemment de soi et à les remettre en question.
Remettre tout en question, ce n’est pas, on le comprendra aisément, la tasse de thé des officiers, fussent-ils anglais, comme des policiers d'ailleurs ! Le nouvel enseignant de philosophie qui débarque dans un lycée militaire, semble demeurer une source d’inquiétude pour son proviseur. Pourtant, on imagine mal s’en prendre dans les lycées à la philosophie alors que tout à l’extérieur conspire à anéantir l’esprit critique des étudiants. La philosophie risque même d’être, dans le désarroi général des pédagogies de la compétence, des psychologies de la résilience, et des accompagnements personnalisés, le seul espace, l’unique espoir de stimuler le désir d’en savoir plus, par l’aiguillon de la parole et le retour sur soi, une primitive méditation qui ferait découvrir, au seuil de chaque classe franchie, l’émerveillement de l’intellect et la stupéfaction de la connaissance. Une fois sorti de la tourmente de l’interrogation et du refus, le regard du jeune sceptique s’illumine en comprenant que toute l’éducation ne vise qu’à bien savoir conduire sa vie, à faire percevoir ce que nous sommes destinés à devenir, à combattre.
On pourrait rédiger une longue étude sur cette puissance formatrice de la formation littéraire classique, mise au sommet de notre éducation au moment précis de la déthéologisation révolutionnaire. Pour instaurer l’école laïque, on introduisit l’enseignement philosophique comme une rhétorique moralisatrice qui prétendait se substituer à la religion. Une éloquence conceptuelle supplanta l’éloquence jésuitique devenue trop littéraire et latine. Les professeurs de philosophie endossèrent alors sans le dire le manteau des grands prédicateurs et des grands prêcheurs pour éduquer et moraliser les apprentis citoyens.
Pourtant, face à face, sur l’échiquier de la vie et au fond de la classe, on retrouvait, souvent, côte à côte le voyou et le futur légionnaire. Le voyou se plonge dans le refus et la négation parce qu’en réalité, il n’acquiesce qu’à lui-même. Le légionnaire se sacrifie, il passe Noël loin des siens et même pour certains, - requiescat in pace, pax animae suae - ne finissent pas l’année parce qu’ils obéissent sur le front en se refusant à eux-mêmes. Le voyou et le légionnaire posent le plus fort des dilemmes qui se pose à un homme : devons- nous supporter ou nous surmonter et comment ? Par les sens, ou par la transcendance ? En fait, nous n’avons rien d’autre à tester que cette double possibilité : peser et penser par les sens ou par la transcendance ! Supporter ou se surmonter comme méthodologie de la liberté, doigt militarisé sur la couture du pantalon avec le sens canaille de la magnanimité et de la gâchette ou l’esprit rebelle du règlement de compte au pied d’une barre d’immeuble désaffecté de Marseille.
Le travail philosophique est artisanal.
Il n’a rien du professionnalisme des armées. Pour le voyou, la philosophie n’apporte rien d’autre que l’art de retrouver la bonne voie, la rectitude c’est-à-dire la joie même du refus initial. Cette notion de liberté fondamentale qu’est la liberté de vouloir est le plus souvent un mot galvaudé. Généralement pour l’homme non-philosophe, la « vraie » liberté, celle qui a un sens, c’est l’ensemble des libertés d’agir. Et, l’éducation n’est devenue justement que cela, une somme de libertés d’agir, de revendications stridentes, de droits affichés au détriment des devoirs, des politiques éthiques construites au gré de lois mémorielles qui muent les oublis en délits véritables ? Quand allons-nous enfin nous « surmonter », apprendre à chevaucher des cavales rétives et des étalons sauvages, réentendre le bruit de sabots d’une horde de chevaux qu’on rentre au haras, après un pari européen victorieux ?
Dans ses Principes de la Guerre, le maréchal Foch écrivait qu’"être discipliné ne veut pas dire encore se taire, s’abstenir ou ne faire que ce que l’on croit pouvoir entreprendre sans se compromettre, l’art d’éviter les responsabilités, mais bien agir dans le sens des ordres reçus, et pour cela trouver dans son esprit, par la recherche, par la réflexion, la possibilité de réaliser ces ordres ; dans son caractère, l’énergie d’assurer les risques qu’en comporte l’exécution" (Maréchal Foch, Des principes de la guerre, Paris, Berger-Levrault et Cie, 1903, p. 94).
Le voyou, la caillera qui fuit la peur au ventre avec son scooter dans les parkings de la cité pour échapper aux flics après un larcin, le militaire engoncé dans son char ou son matériel sur une route cabossée et poussiéreuse de Kapisa, connaissent quelque chose de la vie, cette correspondance si étroite entre le corps et l’âme, ce mariage si problématique qu’on ne saurait sous la peau distinguer l’un de l’autre puisqu’il faut bien, au final, ramener l’âme au corps comme on ramène à la caserne son camarade blessé pour lui sauver la peau, oui, et, risquer sa peau. Dans la peur, le jugement se perfectionne et l’âme se raffermit. Quand le choc des armes brise le corps et paralyse les membres, la raison chancelle, l’esprit et la langue s’embarrassent. Tout s’affaisse à la fois et manque sa cible.
La philosophie n’enseignerait que la force du refus et mesurerait par cette force de résistance aux penchants du corps les degrés variables de la qualité des âmes. C’est l’image d’Alexandre le Grand : à la traversée d’un désert, l’empereur macédonien, mourant de soif reçoit un casque plein d’eau. Boire, tremper ses lèvres, avaler une gorgée, tel est le désir d’Alexandre le plus naturel et le plus pressant. Or, Alexandre ne boit pas, ne boira pas. Il n’aura pas l’indécence d’étancher sa soif devant son armée, tout autant assoiffée que lui. Il est empereur et seul peut être autorisé à gouverner celui qui se gouverne lui-même. Ce fut d’ailleurs la leçon indirecte de l’affaire DSK : la providence écarte naturellement l’homme injuste. Alexandre s’interdit de boire car il sait qu’on ne peut pas légitimement demander aux autres plus qu’on ne se demande à soi-même. Ainsi, Alexandre, formé par Aristote, peut-il être conducteur d’hommes, ainsi pourra-t-il obtenir d’eux le courage de marcher malgré les affres de la soif et de la chaleur, des vapeurs et des mirages du désert. Le geste d’Alexandre force l’estime des soldats mais aussi l’estime qu’Alexandre peut avoir pour lui-même. Dans ce déploiement de la force d’âme formée philosophiquement, l’empereur fait resplendir les valeurs morales au nom desquelles s’effectue la vertu. Alexandre, c’est la vertu du légionnaire.
Reste la racaille, la "caillera", la petite frappe, le bouffon. Il se laisse aller, il n’est heureux ou malheureux que selon que les choses qui lui surviennent, selon qu’elles sont, pour lui, agréables ou déplaisantes. Il a l’esprit du système du corps pas celui de corps. Finalement, il est conformiste dans l’art du consommable malgré la force de refus que nous avions cru pouvoir déceler en lui un peu plus tôt, au début, lorsqu’il se mettait au fond de la classe. On comprend que tous les hommes ont cette force de refus mais que tous n’ont pas le même courage et n’en font pas du tout le même usage. Il y a ceux qui l’exercent avec droiture et ceux qui, par lâcheté ou pour n’avoir pas reçu d’enseignement philosophique, manquent d’âme. On n’a pas par nature une âme de lâche ou de courageux mais on fait preuve dans l’acte de courage ou de lâcheté. Et cela ne va pas sans une éducation nécessaire de la volonté, sans l’apprentissage par des exercices spirituels et moraux. La volonté n’est pas un effet de mère nature mais elle est une conquête de la volonté raisonnable et réfléchie, une conquête intellectuelle par l’action et pour l’action. En ce sens, la formation philosophique de l’âme est pragmatique et non pas imaginaire, comme si elle aurait pu être, telle la position critique et bien naïve des déconstructeurs postmodernes, qu’un rapport imaginaire à soi-même, l’effet d’affects morbides ou le résultat de stratégies sociales de pouvoir, acharnées à discipliner et à réprimer l’énergie désirante.
L’expérience du philosophe, du voyou et du légionnaire est une attention équivoque au terrain des expériences de la vie, à toutes ces expériences bigarrées qui ne se vivent que comme un affrontement de tensions contradictoires, de déchirements internes entre des postulations opposées, horizontales ou verticales, descendantes ou ascendantes. Tout homme parce qu’il a forcément, un jour, un peu trop bu, a eu l’expérience de ce genre de débat interne, il a connu les affres du désir et c’est peut-être pour en rendre compte que toute une tradition orale et vivante de la transmission philosophique ne cesse de se dérouler, dans certains cours, à la fois comme une transmission psychique et une tradition somatique. Concevoir le vrai de l’homme dans l’unité de forces physiologiques contradictoires, de dimensions psychiques hétérogènes résumerait alors en soi tout le projet philosophique. Mais alors comment puis-je être à la fois le voyou et le légionnaire, celui qui a soif et celui qui s’interdit de boire, celui qui s’irrite et celui qui garde son sang froid ? Il y a là, pour le philosophe et l’officier commandeur d’hommes, une étrangeté typique de l’humanité. De fait, sous l’empire de la soif, l’animal boit ou meurt ; sous l’empire de la peur, il fuit. Le courageux, au contraire, met en œuvre une force qui domine la peur, contrôle le tremblement nerveux et s’avance fermement au devant du danger, fut-il légal ou illégal.
Finalement, le voyou incarne, par son absence de contrôle, la figure déchue du commerçant, le légionnaire, celle noble du guerrier, du templier fondateur d’empires européens. Le philosophe porte trace du clerc célibataire et inutile, dernier témoin de l’école de la discipline civique, bouclier ultime contre la rébellion que la "caillera", au contraire du légionnaire, n’hésitera pas à poignarder, dans une scène hallucinée, comme un pistolet pointé contre tous les manuscrits en menace de l’agonie littéraire. L’agonie, l’agôn, le mot signifie, originellement, lutte et combat. Ce peut être un combat hilarant mais aussi un ring déchirant contre les mots et les choses qui s’enfuient. La leçon du voyou et du légionnaire : il n’y a pas de compréhension possible du monde ; il n’y a qu’un usage sans cesse recommencé et aléatoire du monde. La connexion entre les deux ne tient que de l’antagonisme, dans l’aveuglement du rêve qu’ils poursuivent gaiement.
Le philosophe souffre parfois de terribles maux de têtes. Il ne peut ni dormir ni écrire, expérimentant pendant quelque temps la douleur de l’incompréhension de nombreux textes à déchiffrer. Cette douleur mentale, faite aussi de migraines médicales, lui permet de parvenir à séparer sa tête de soi-même. Platon, Hegel et Marx ont souvent ironisé sur cette tête à l’envers du penseur mais cette douleur devient indissociable de ce qui lui arrive dans la vie comme une sorte d’instinct paranoïaque. Le voyou exhale dans le crime une forme de puissance alors que la meilleure chose à faire est de s’offrir à l’action aussi pure que possible.
Nous ne saurions pardonner à toute la classe politique d’avoir engendré de la boue pour des générations à venir. La rébellion et le sacrifice sont des distorsions mais ils continuent de tenir du beau et du vrai alors que les politiques ne produisent que du chagrin, de la déception, de l’injustice et de la cruauté. En face, la philosophie est militante dans son exigence à la fois héroïque et sacerdotale de poser la destinée humaine comme ouverte et tragique.
*Professeur de philosophie
Ce texte de notre collaborateur a été publié sur le site "Théatrum Belli"
http://euro-synergies.hautetfort.com/ -
Un récit parvulesquien par Georges FELTIN-TRACOL
Arnaud Bordes anime avec brio les excellentes éditions Alexipharmaque dont la production d’ouvrages constitue toujours une belle administration de contre-poison idéologique aux toxines mortifères installées dans nos esprits. On sait moins que c’est aussi un écrivain de grand style, un romancier influencé par l’ambiance fin-de-XIXe siècle et le romantisme gothique. Déjà auteur de quatre romans, le voici qui vient de publier chez Auda Isarn, la maison d’édition du camarade Pierre Gillieth, Pop Conspiration.
Le faible nombre de pages de cette histoire n’en fait pas un roman. S’agisserait-il plutôt d’une nouvelle ? Pas exactement, à moins que cela soit une longue nouvelle… C’est en réalité un kaléidoscope de points de vue, d’impressions instantanées, de personnages à différentes dates (le récit délaisse toute chronologie stricte). La plupart se préoccupent d’une jeune fille de mère normande et de père roumain, ancien militant de la Garde de fer de Codreanu, Annemarie Pop, née sous le signe du Scorpion, qui se révèle être une terrifiante meurtrière.
Oui, Annemarie Pop tue, mais en service commandé, car elle obéit à une très antique organisation secrète, Murcie, à laquelle appartinrent jadis Jeanne d’Arc, Rabelais, le duc de Guise, Henri IV, Louis XIV, Simon Bolivar, Louis-Auguste Blanqui, Charles de Gaulle… Depuis des temps lointains, Murcie affronte une autre organisation secrète, Morvan, dont les membres les plus brillants s’appellent les Albigeois, Jean Calvin, Ulysse S. Grant, Léon Trotski, Winston Churchill ou Nikita Khrouchtchev. Ces deux entités cachées, qui combattent pour le contrôle du monde, sont parfois désignées sous le terme générique de Ménestrels.
Après un Moyen Âge dominé par Murcie, Morvan « en ce XXe siècle, l’emporte. En deux guerres mondiales, il a réussi à liquéfier – à tous les sens du terme – l’Europe, lui substituant l’Occident, qui en est le spectacle, la hantise (pp. 47 – 48) ». Pis, dans ce recul général, Murcie doit aussi compter avec la défection de l’agent d’élite Pop ! Si elle n’a pas rallié Morvan, ce qui aurait été impensable, elle préfère suivre son propre destin, fatal à coup sûr parce qu’elle devient un obstacle qu’il faut éliminer.
En ces quelques lignes brièvement résumées, on relève l’ascendance intellectuelle marquée du théoricien de la guerre occulte, Jean Parvulesco, sur Arnaud Bordes. Jean Parvulesco ! Après avoir longtemps intégré dans ses romans les personnes réelles qu’il rencontrait, il était justifié que ce partisan de l’Empire eurasiatique de la Fin devînt lui aussi un personnage de fiction. Il apparaît donc dans un des courts chapitres du livre, en pleine opération hautement clandestine à visée géopolitique majeure…
Dans Pop Conspiration, l’ami Bordes montre qu’il ne mésestime pas la géopolitique mystique du Puy-en-Velay, carrefour géomancique entre l’antique château solaire voisin des Polignac, La Chaise-Dieu, l’énigmatique massif du Mézenc et l’étrange plateau du Vivarais – Velay. La préfecture de Haute-Loire célèbre, une fois par an fin septembre, le Roi de l’Oiseau. C’est aussi l’un des points de départ du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle possède enfin une magnifique cathédrale romane de style byzantin qui accueille une mystérieuse Vierge noire. Non loin de la basilique se dresse sur un piton d’origine volcanique l’église Saint-Michel d’Aiguilhe dont les couloirs inconnus conduiraient à une des écoles de formation de Murcie. Or, pendant les Guerres de religion, la cité ponote résista longtemps avant de reconnaître la légitimité d’Henri IV…
Dans une atmosphère de polar gothique cadencée par des groupes musicaux de la Cold Wave des années 1980, le lecteur est à son insu plongé au milieu de quelques arcanes (légèrement) dévoilés. Coruscant Arnaud Bordes !
Georges Feltin-Tracol http://www.europemaxima.com/
• Arnaud Bordes, Pop Conspiration, Auda Isarn, 2013, 62 p., 12 €.
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Délire logique
Comprendre l'univers est une tâche que Dieu n'a pas explicitement assignée à l'homme mais qui l'occupe depuis un certain temps (d'après les meilleures sources). Cet effort incessant pour illuminer la nuit est une aventure formidable, d'autant que chaque avancée épistémologique, depuis les constructions mythiques jusqu'à l'astrophysique contemporaine, se double systématiquement d'une face sombre, l'histoire curieuse et navrante des aberrations scientifiques, des fausses voies, des physiciens désespérés et des mathématiciens fous.
La quête d'un sens purement rationnel aboutit forcément à l'irrationnel, depuis Platon exigeant que tout soit construit sur la forme du cercle (déclenchant des siècles de délires astronomiques) jusqu'à Russell croyant pouvoir asseoir la vérité mathématique sur un fondement absolu - avant que Gôdel et son théorème d'incomplétude ne prouve la radicale inanité de l'entreprise. Koestler retraçant l'histoire de l'astronomie des Grecs à Newton dans Les Somnambules et Logicomix, bande dessinée exposant l'histoire de la logique contemporaine (du XIXe au XXe siècle, en tout cas), nous proposent à chaque fois un voyage fascinant (les deux livres se lisent "comme un roman") dans l'histoire des sciences mais surtout dans l'imaginaire des scientifiques, aussi fous en fait que les poètes ou les tyrans. Résumer l'un ou l'autre ouvrage n'aurait pas de sens mais on est frappé (et les auteurs le soulignent avec force) par le côté proprement délirant de la recherche, par l'inévitable folie monomane qui double chaque entreprise scientifique, depuis la franche démence de ceux qui ont essayé de penser l'infini (comme le mathématicien Cantor), les divers stades de paranoïa et de dépression des grands mathématiciens (y compris Russell et Gôdel). Cette quête si nécessaire, échouant toujours à élucider simplement* son objet, a la grandeur tragique d'une épopée, surtout quand on confronte la vie parfois misérable des grands éclaireurs avec la hauteur, la profondeur et la largeur de leurs vues. On reste confondu par l'ingéniosité de l'esprit humain comme par les péripéties admirables ou grotesques des vies des chercheurs : Russell vivant avec les amants de sa femme au nom d'on ne sait quelle avant-garde ou Kepler rédigeant l'Harmonie des mondes pendant que sa mère est accusée de sorcellerie (en Allemagne protestante), c'est presque aussi surprenant que le Tractatus de Wittgenstein ou la mécanique newtonienne.
Les auteurs de Logicomix, bande dessinée inclassable redoutablement bien construite, comme Koestler, dans son essai magistral, concluent de la même façon : « ce mélange d'inspiration et d'illusion, de prophétique clairvoyance et d'aveuglement dogmatique, d'obsessions millénaires et de dédoublement de la pensée, dont j'ai essayé de retracer l'histoire, nous préviendra peut-être contre l'hybris de la Science, ou plutôt de la conception philosophique que l'on fonde sur elle. »
HC le Choc du Mois
*Car c'est cette simplicité élégante qui est le Graal de la recherche : inventer une théorie qui paraisse aussi évidente que le monde.
» Arthur Koestler, Les Somnambules - Essai sur l'histoire des conceptions de l'Univers, Les Belles lettres, 2010.
» A. Doxiadis et C. Papadimitriou (scén.), A. Papadafos (dessin), Logicomix, 352 p., Vuibert.