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culture et histoire - Page 1851

  • La démocratie, un mythe ?

    par Grégoire Arnould

    L’Institut Coppet, présidé par Damien Theillier, est connu pour promouvoir l’école française d’économie politique. Aujourd’hui, il s’attaque à la forme moderne de la démocratie.

    Say, Turgot, Bastiat. Ce sont les noms des penseurs les plus fameux de l’école française d’économie politique. Aujourd’hui méconnue en France, celle-ci connut un âge d’or au XIXe siècle, portée par une revue : Le journal des économistes.

    C’est à l’étranger que les idées de l’école française d’économie politique se sont le plus propagées. En Autriche, où Ludwig Von Mises et Friedrich Von Hayek se sont appuyés sur ses travaux et aux Etats-Unis, chez les libertariens - à ne pas confondre avec liberal ou libertaire - qui s’enracinent dans cette tradition de pensée. [...]

    La suite sur Politique Magazine

  • Les raisons de vivre et les raisons de mourir sont bien souvent les mêmes

    Hommage d’Alain de Benoist à Dominique Venner.
    Voici la transcription du très bel hommage rendu par Alain de Benoist à Dominique Venner lors de la cérémonie publique du 31 mai 2013.

    Les raisons de vivre et les raisons de mourir sont bien souvent les mêmes. Tel était le cas indéniablement pour Dominique Venner dont le geste a cherché à mettre en accord profondément sa vie et sa mort. Il a choisi de mourir de la manière qui, disait‑il, constituait l’issue la plus honorable en certaines circonstances et en particulier lorsque les mots deviennent impuissants à décrire, à exprimer ce que l’on ressent. Dominique Venner est mort finalement comme il avait vécu, dans la même volonté, dans la même lucidité, et, ce qui frappe le plus tous ceux qui l’ont connu, c’est de voir à quel point toute sa trajectoire d’existence se situe dans une ligne à la fois claire et droite, une ligne parfaitement rectiligne d’une extrême droiture.

    L’honneur au-dessus de la vie
    Le geste accompli par Dominique Venner est évidemment un geste dicté par le sens de l’honneur, l’honneur au-dessus de la vie, et, même ceux qui pour des raisons personnelles ou autres réprouvent le suicide, même ceux qui contrairement à moi ne le trouvent pas admirable, doivent avoir du respect pour son geste, car on doit avoir du respect pour tout ce qui est accompli par sens de l’honneur.
    Je ne vous parlerai pas de politique. En juillet 1967, Dominique Venner avait définitivement rompu avec toute forme d’action politique. Il regardait, en observateur attentif, la vie politique et il faisait connaître, bien entendu, son sentiment. Mais je crois que l’essentiel pour lui était ailleurs, et beaucoup de choses qui ont été déjà été dites aujourd’hui le montrent à foison.
    Au‑dessus de tout, Dominique Venner plaçait l’éthique et cette considération première était déjà la sienne lorsqu’il était un jeune activiste. Elle est restée la sienne, lorsque peu à peu le jeune activiste s’est mué en historien, en historien méditatif, comme il le disait. Si Dominique Venner s’intéressait tellement aux textes homériques dans lesquels il voyait les textes fondateurs de la grande tradition immémoriale européenne, c’est que l’Iliade et l’Odyssée, c’est d’abord l’éthique : les héros de l’Iliade ne délivrent aucune leçon de morale, ils donnent des exemples éthiques, et l’éthique est indissociable, bien sûr, d’une esthétique.

    C’est le beau qui détermine le bien
    Dominique Venner ne faisait pas partie de ceux qui croient que le bien détermine le beau, il était de ceux qui pensent que le beau détermine le bien ; il croyait en l’éthique et les jugements qu’il portait sur les hommes, ce n’était pas tant en fonction de leurs opinions ou de leurs idées, mais en fonction de leur plus ou moins grandes qualités d’être, et d’abord de cette qualité humaine par excellence qu’il résumait en un mot : la tenue.

    La tenue
    La tenue, qui est une façon d’être, une façon de vivre et une façon de mourir. La tenue qui est un style, ce style dont il avait si bellement parlé, dans Le Cœur rebelle, son livre paru en 1994, et, bien sûr, aussi dans tous ses ouvrages et je pense plus particulièrement au livre qu’il avait publié en 2009 sur l’écrivain allemand Ernst Jünger, et dans ce livre Dominique disait très clairement que, si Jünger nous donnait, nous donne un grand exemple, ce n’est pas seulement par ses écrits, mais c’est aussi parce que cet homme, qui a eu une vie si longue et qui est mort à 103 ans, n’a jamais failli aux exigences de la tenue.
    Dominique Venner était un homme secret, attentif, exigeant, et d’abord exigeant de lui-même ; il avait intériorisé en quelque sorte toutes les règles de la tenue : ne jamais se laisser aller, ne jamais se répandre, ne jamais s’expliquer, ne jamais se plaindre car la tenue appelle et va vers la REtenue. Evidemment, lorsque l’on évoque ces choses, on risque d’apparaître aux yeux de beaucoup comme l’habitant d’une autre planète, à l’époque des smartphones et des Virgin Mégastores, parler d’équanimité, de noblesse de l’esprit, de hauteur de l’âme, de tenue, c’est là employer des mots dont le sens même échappe à beaucoup, et c’est sans doute la raison pour laquelle les Béotiens et les Lilliputiens qui rédigent ces bulletins paroissiens de la bien-pensance que sont devenus les grands médias aujourd’hui ont été incapables pour la plupart de comprendre le sens même de son geste qu’ils ont essayé d’expliquer par des considérations médiocres.

    Une façon de protester contre le suicide de l’Europe
    Dominique Venner n’était ni un extrémiste ni un nihiliste et surtout pas un désespéré. Les réflexions sur l’histoire auxquelles il s’était livré pendant si longtemps l’avaient amené, au contraire, à développer un certain optimisme. Ce qu’il retenait de l’histoire c’est qu’elle est imprévisible et qu’elle est toujours ouverte, qu’elle fait les hommes, et que la volonté des hommes la fait également. Dominique Venner récusait toutes les fatalités, toutes les formes de désespoir.
    Je dirais paradoxalement, parce qu’on ne l’a pas suffisamment remarqué, que son désir de se donner la mort était une façon de protester contre le suicide, une façon de protester contre le suicide de l’Europe auquel il assistait depuis tant de temps.

    Un suicide d’espérance pensé comme acte de fondation
    Dominique Venner ne supportait tout simplement plus de voir l’Europe qu’il aimait, sa patrie, sortir peu à peu de l’Histoire, oublieuse d’elle‑même, oublieuse de sa mémoire, de son génie, de son identité, vidée en quelque sorte de cette énergie dont pendant tant de siècles elle avait su faire preuve ; c’est parce qu’il ne supportait plus ce suicide de l’Europe que Dominique Venner lui a opposé le sien, qui, lui, n’était pas un suicide d’affaissement, de démission mais au contraire un suicide d’espérance.
    L’Europe, disait Dominique, est en dormition. Il a voulu la réveiller. Il a voulu, comme il le dit, réveiller les consciences assoupies. Il faut donc être très clair sur ce point : il n’y a aucun désespoir dans le geste de Dominique Venner. Il y a un appel à agir, à penser, à continuer. Il dit : je donne, je sacrifie ce qui me reste de vie dans un acte de protestation et de fondation. C’est ce mot de « fondation », je crois, qui doit être retenu ; ce mot de « fondation » qui nous a été légué par un homme dont le dernier souci a été de mourir debout.

    Un samouraï d’Occident
    Dominique Venner n’était pas non plus un nostalgique, mais il était un véritable historien qui s’intéressait, bien sûr, au passé en vue de l’avenir ; il ne faisait pas de l’étude du passé une consolation ou un refuge ; il savait simplement que les peuples qui oublient leur passé, qui perdent la conscience même de leur passé, se privent par là même d’un avenir. L’un ne va pas sans l’autre : le passé et l’avenir sont deux dimensions de l’instant présent mais pas n’importe lesquelles : des dimensions de profondeur. Et dans cette démarche, Dominique Venner se souvenait, bien sûr, d’un certain nombre de souvenirs et d’images. Il avait le souvenir des héros et des dieux homériques ; il avait le souvenir des vieux Romains, de ceux qui l’ont précédé dans la voie de la mort volontaire : Caton, Sénèque, Regulus, tant d’autres. Il avait en mémoire les écrits de Plutarque et les histoires de Tacite. Il avait en tête le souvenir de l’écrivain japonais Yukio Mishima, dont la mort à tant d’égards ressemble tellement à la sienne et ce n’est certes pas un hasard si le livre, le dernier livre qu’il aura publié et qui va paraître d’ici quelques semaines et qui sera publié par Pierre‑Guillaume de Roux, s’appelle Un samouraï d’Occident : un samouraï d’Occident ! Et dans les images sur la couverture de ce livre Un samouraï d’Occident, on voit une image, une estampe, une gravure célèbre : Le Chevalier, la Mort et le Diable, de Dürer.

    Le Chevalier, la Mort et le Diable, de Dürer

    Cette gravure, Dominique Venner l’a choisie à dessein. C’est à ce personnage du chevalier que Jean Cau, il y a quelque temps, avait consacré un livre admirable qui portait d’ailleurs ce titre : Le Chevalier, la Mort et le Diable. Dans l’une de ses toutes dernières chroniques, rédigée quelques jours à peine avant sa mort, Dominique Venner a précisément écrit un texte d’hommage à ce chevalier qui, dit‑il, chemine et cheminera, continuera toujours de cheminer, vers son destin, vers son devoir, entre la mort et le diable.
    Et Dominique Venner dans cette chronique relevait un anniversaire. C’est en 1513, il y a très exactement 500 ans, que Dürer a gravé cette estampe Le Chevalier, la Mort et le Diable, et cette insistance m’a donné personnellement une idée, un geste, que tout le monde peut faire, très simple : je suis allé voir les dates de naissance et de mort de Dürer, l’homme qui a gravé, il y a très exactement 500 ans, Le Chevalier, la Mort et le Diable, et je me suis aperçu que Dürer était né en 1471, qu’il était né le 21 mai 1471. Dürer est né un 21 mai, Dominique Venner a choisi de mourir un 21 mai. Si c’est une coïncidence, elle est extraordinaire, mais on n’est pas forcé de croire aux coïncidences.

    Le cœur rebelle sera toujours là
    Voilà ce que je voulais vous dire en souvenir de Dominique Venner qui maintenant est parti dans une grande chasse sauvage, dans un paradis où l’on voit voler les oies sauvages. Ceux qui l’ont connu, et moi je le connaissais depuis 50 ans, ceux qui l’ont connu se disent sans doute qu’ils ont perdu un ami ; je crois qu’ils ont tort, je crois que depuis le 21 mai 2013 à 14h42 ils doivent savoir, au contraire, qu’il sera désormais nécessairement toujours là. Toujours là aux côtés des cœurs rebelles et des esprits libres confrontés depuis toujours à l’éternelle coalition des Tartuffes, des Trissotins et des Torquemadas.
    Alain de Benoist, 31/05/2013  http://www.polemia.com
    L’intégralité de l’hommage public du 31 mai est visible sur : Cérémonie d’hommage à Dominique Venner - ProRussia.tv …

  • Au sujet d'un ouvrage faisant l'objet d'un entretien concernant le paganisme

    Au sujet d'un ouvrage faisant l'objet d'un entretien concernant le paganisme
    Dans le cadre d'un entretien (1) effectué par Fabrice Dutilleul, Guillaume Sincyr nous présente son livre (2) intitulé « Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe ». L'entretien n'étant pas long et disponible à la lecture, le point de vue de l'auteur, qui est assez bien explicité, n'est pas difficile à pénétrer.
    Si l'on peut apprécier le retour aux origines (3) et adopter une démarche essentialiste quant à la France ou l'Europe, il faut se méfier d'une adhésion par trop catégorique. Se pose par exemple le problème de savoir si ces origines, au motif qu'elles sont, doivent nécessairement être célébrées. Est-il besoin, par exemple de rappeler que, et Vercingétorix (un celte), et Clovis (un germain), furent en leur temps, eux aussi, des métèques envahisseurs ? Ce que l'on a coutume de qualifier d'indo-européens, sont en fait des peuplades qui n'avaient rien à faire sur le sol de l'Europe. On peut donc considérer que si les zélateurs d'aujourd'hui des Celtes et des Germains avaient été présents à l'époque dans l'hexagone, ils les eurent alors très probablement combattus. La France des origines, c'est peut être bien celle de Néanderthal... Est-ce donc bien sérieux, sachant cela, d'aller célébrer une certaine forme d'essentialisme ? Que le christianisme soit étranger à l'Europe des origines, c'est en effet exact puisqu'il est issu du terroir palestinien. Rappelons en toute honnêteté que ce ne sont nullement les druides qui sont allés faire du prosélytisme en Palestine alors que la réciproque est fausse. Quant à célébrer la catholicité, phénomène d'importation, au motif qu'elle a structuré la France, un autre problème appert: on ne peut plus alors de façon définitive exclure l'islam, parce que religion d'importation elle est aussi. Et en effet, rien ne permet d'affirmer définitivement avec certitude que l'islam, lui aussi, n'apportera pas beaucoup sur le long terme.
    On perçoit donc dès lors la double erreur consistant à se rattacher ou à l'essentialisme, ou à l'historicisme.
    Il n'est pas impossible d'ailleurs qu'il faille chercher du côté de l'animisme pour trouver la proto-religion de l'Europe.
    Au sujet de certaines formulations effectuées par l'auteur, elles peuvent être motif à légitime interrogation. Ainsi:
    « Si les églises se vident, ce n’est pas parce que l’homme a perdu le sens du sacré, c’est parce que l’Européen se sent mal à l’aise vis-à-vis d’une religion qui ne répond pas à sa sensibilité. ».
    Il semblerait, bien au contraire, que la période dans laquelle nous sommes entrés voici une quarantaine d'années, qualifiée par le terme de postmodernité, se marque justement par la perte du sacré. Plus grave, il semble y avoir consensus sur le sujet au vu des études effectuées sur le sujet. Qui méconnaît « le désenchantement du monde » (4) écrit voici une trentaine d'années ? Ce qui caractérise les temps présents, c'est justement une positivité poussée à l'extrême: efficacité, utilité, facilité... Et notre contemporain donc de vous interroger sur le pourquoi de son absence à la messe ? « Pas amusant et puis, à quoi ça sert ? ». De surcroît, si le problème venait d'une religion au motif qu'elle ne fusse pas conforme à la sensibilité de l'Européen, pourquoi alors tous ces siècles durant lesquels, les églises furent remplies ? On constate bien que les arguments ne tiennent pas.
    Mais aussi,
    « Plus les populations sont évoluées, plus on constate leur rejet de l’approche monothéiste avec un Dieu responsable de tout ce qui est bon, mais jamais du mal ou de la souffrance, et devant qui il convient de se prosterner. »
    Evoluées ? C'est en effet un droit que de considérer que Français et Européens sont de plus en plus évolués; il me semble au contraire, et c'est là le point de vue des Nôtres et de la mouvance, que plus nous avançons dans l'histoire et plus nous chutons. Est-on certain par exemple que la chute de la monarchie constitua une réussite ? Pense t-on vraiment qu'aujourd'hui le Français, ne serait-ce qu'en terme de politesse, d'état d'esprit, de lien avec les siens, ait « évolué » depuis un demi-siècle ?
    Et enfin,
    « Le Paganisme est une Vue du monde basée sur un sens du sacré, qui rejette le fatalisme. »
    Et l'heimarménè des Grecs ? Et le fatum des Romains ? Sans commentaire...
    Philippe Delbauvre http://www.voxnr.com
    Notes :
    (1) Entretien avec Gilbert Sincyr, auteur du livre Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe (préface d’Alain de Benoist) par Fabrice Dutilleul
    Votre livre Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe est un succès. Pourtant ce thème peut paraître quelque peu « décalé » à notre époque.
    Bien au contraire : si les églises se vident, ce n’est pas parce que l’homme a perdu le sens du sacré, c’est parce que l’Européen se sent mal à l’aise vis-à-vis d’une religion qui ne répond pas à sa sensibilité. L’Européen est un être qui aspire à la liberté et à la responsabilité. Or, lui répéter que son destin dépend du bon vouloir d’un Dieu étranger, que dès sa naissance il est marqué par le péché, et qu’il devra passer sa vie à demander le pardon de ses soi-disant fautes, n’est pas ce que l’on peut appeler être un adulte maître de son destin. Plus les populations sont évoluées, plus on constate leur rejet de l’approche monothéiste avec un Dieu responsable de tout ce qui est bon, mais jamais du mal ou de la souffrance, et devant qui il convient de se prosterner. Maintenant que l’Église n’a plus son pouvoir dominateur sur le peuple, on constate une évolution vers une aspiration à la liberté de l’esprit. C’est un chemin à rebours de la condamnation évangélique, originelle et perpétuelle.
    Alors, qu’est-ce que le Paganisme ?
    C’est d’abord un qualificatif choisi par l’Église pour désigner d’un mot l’ensemble des religions européennes, puisqu’à l’évidence elles reposaient sur des valeurs communes. C’est donc le terme qui englobe l’héritage spirituel et culturel des Indo-européens. Le Paganisme est une Vue du monde basée sur un sens du sacré, qui rejette le fatalisme. Il est fondé sur le sens de l’honneur et de la responsabilité de l’Homme, face aux évènements de la vie. Ce mental de combat s’est élaboré depuis le néolithique au fil de milliers d’années nous donnant une façon de penser, une attitude face au monde. Il est à l’opposé de l’assujettissement traditionnel moyen-oriental devant une force extérieure, la volonté divine, qui contrôle le destin de chacun. Ainsi donc, le Paganisme contient et exprime l’identité que se sont forgés les Européens, du néolithique à la révolution chrétienne.
    Vous voulez donc remplacer un Dieu par plusieurs ?
    Pas du tout. Les temps ne sont plus à l’adoration. Les Hommes ont acquit des connaissances qui les éloignent des peurs ancestrales. Personne n’a encore apporté la preuve incontestable qu’il existe, ou qu’il n’existe pas, une force « spirituelle » universelle. Des hommes à l’intelligence exceptionnelle, continuent à s’affronter sur ce sujet, et je crois que personne ne mettrait sa tête à couper, pour l’un ou l’autre de ces choix. Ce n’est donc pas ainsi que nous posons le problème.
    Le Paganisme, qui est l’expression européenne d’une vue unitaire du monde, à l’opposé de la conception dualiste des monothéismes, est la réponse spécifique d’autres peuples aux mêmes questionnements. D’où les différences entre civilisations.
    Quand il y a invasion et submersion d’une civilisation par une autre, on appelle cela une colonisation. C’est ce qui s’est passé en Europe, contrainte souvent par la terreur, à changer de religion (souvenons-nous de la chasse aux idoles et aux sorcières, des destructions des temples anciens, des tortures et bûchers, tout cela bien sûr au nom de l’amour). Quand il y a rejet de cette colonisation, dans un but de recherche identitaire, on appelle cela une libération, ou une « Reconquista », comme on l’a dit de l’Espagne lors du reflux des Arabes. Et nous en sommes là, sauf qu’il ne s’agit pas de reflux, mais d’abandon de valeurs étrangères au profit d’un retour de notre identité spirituelle.
    Convertis par la force, les Européens se libèrent. « Chassez le naturel et il revient au galop », dit-on, et voilà que notre identité refoulée nous revient à nouveau. Non pas par un retour des anciens Dieux, forme d’expression d’une époque lointaine, mais comme un recours aux valeurs de liberté et de responsabilité qui étaient les nôtres, et que le Paganisme contient et exprime.
    Débarrassés des miasmes du monothéisme totalitaire, les Européens retrouvent leur contact privilégié avec la nature. On reparle d’altérité plutôt que d’égalité, d’honneur plutôt que d’humilité, de responsabilité, de volonté, de défi, de diversité, d’identité, enfin de ce qui constitue notre héritage culturel, pourchassé, rejeté et condamné depuis deux mille ans.
    S’agit-il alors d’une nouvelle guerre de religion ?
    Pas du tout, évidemment. Les Européens doivent dépasser ce qui leur a été imposé et qui leur est étranger. Nous devons réunifier sacré et profane, c’est-à-dire réaffirmer que l’homme est un tout, que, de ce fait, il est le maître de son destin car il n’y a pas dichotomie entre corps et esprit. Les Européens ne doivent plus s’agenouiller pour implorer le pardon de fautes définies par une idéologie dictatoriale moyen-orientale. Ce n’est pas vers un retour du passé qu’il nous faut nous tourner, gardons-nous surtout d’une attitude passéiste, elle ne serait que folklore et compromission. Au contraire des religions monothéistes, sclérosées dans leurs livres intouchables, le Paganisme, comme une source jaillissante, doit se trouver de nouveaux chemins, de nouvelles expressions. À l’inverse des religions du livre, bloquées, incapables d’évoluer, dépassées et vieillissantes, le Paganisme est l’expression de la liberté de l’homme européen, dans son environnement naturel qu’il respecte. C’est une source de vie qui jaillit de nouveau en Europe, affirmant notre identité, et notre sens du sacré, pour un avenir de fierté, de liberté et de volonté, dans la modernité.
    (2) Le Paganisme. Recours spirituel et identitaire de l’Europe de Gilbert Sincyr, éditions de L’Æncre, collection « Patrimoine des Religions », dirigée par Philippe Randa, 232 pages, 25 euros.
    http://francephi.com/boutique/le-paganisme-recours-spirituel-et-identitaire-de-leurope/
    (3) Jean Guilaine – La France d'avant la France, Du néolithique à l'âge du fer. Hachette. 1980
    (4) Marcel Gauchet, Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion, Gallimard, Paris, 1985 (ISBN 207070341X).

  • “Le cauchemar pavillonnaire” de J-L. Debry – Analyse par Pierre Le Vigan

    Depuis plus de 10 ans la construction de logements individuels dépasse celle de logements collectifs. Par voie de conséquence les zones périurbaines s’étendent. La campagne est mitée par les lotissements et perd son caractère propre. C’est un phénomène qui relève de l’imaginaire même de notre société : l’idéal pavillonnaire se confond avec l’accès aux classes moyennes. Le pavillon est toutefois bien différent des maisons de l’aristocratie ouvrière des années trente. Ces maisons généraient une autre forme de ville. Il s’agit maintenant de nier la ville.

    « Les zones pavillonnaires effacent la notion de ville » écrit l’auteur. Aucune activité ne peut plus se faire sans la voiture d’où un accroissement des dépenses contraintes, des risques de surendettement et une dépendance accrue aux banques.

    Le libéralisme fonctionne selon une sainte trinité : le travail, la consommation, la propriété. L’accession à la propriété du pavillon regroupe ces trois éléments. Elle représente donc le salut. La société se recompose sur le mode du huit-clos et du règne de l’ego. Symbole de réussite, le pavillon, dans une société d’hyper-compétition, apparait en même temps un refuge. Mais en fait, il aggrave l’acculturation et privatise l’anxiété sociale. Loin d’être une autre forme de ville, l’espace pavillonnaire devient un non-lieu. Le social est réduit à « une immense et unique communauté de consommateurs segmentée en tribus ». Un entre-soi accroit la misère culturelle d’un homme réduit à un consommateur en quête d’un « bonheur conforme » dont le pavillon est la figure archétypale. Cette critique métaphorique de l’univers pavillonnaire, nourrie de Jacques Ellul et de Jean Baudrillard, fera date.

    Pierre Le Vigan http://fr.novopress.info/

    - Jean-Luc Debry, Le cauchemar pavillonnaire, éditions l’échappée, 164 pages, 12 euros.

    Source : Metamag.

  • John Law ou la chute spectaculaire d’un banquier central

    Quand John Law a fait face à la dette énorme de l’État en France au dix-huitième siècle, il a émis beaucoup de papier monnaie -avec succès- et le pays s’est senti riche. Il était intelligent, courageux, charmant, honnête – et pour un temps- extrêmement populaire. Malheureusement, il a ainsi ruiné tous ceux qui avaient de l’argent en France, ce qui a fait de l’ombre à ses autres qualités. Il est intéressant de se pencher sur ce qui s’est passé.

    John Law était écossais. Il est né à Edimbourg en 1671, d’un père banquier et joaillier qui avait réussi. A l’âge de 14 ans, il commença son apprentissage dans ces métiers et s’en retourna à 17 ans, juste à temps pour hériter de son père qui décéda cette même année. Il était déjà connu alors pour ses talents mathématiques et sa popularité auprès des dames.

    Apprendre son métier
    Riche du domaine familial, il s’en fut à Londres où il ajouta le jeu à ses compétences. Il gagnait régulièrement et s’attira ce mélange de respect et de jalousie qui poursuivent un homme qui réussit tant aux tables de jeux qu’en chambre.

    Malheureusement, ses conquêtes en chambre cachaient certains risques. Londres était à cette époque un lieu où l’honneur d’une dame était une raison suffisante pour mourir (c’était il y a vraiment longtemps) et quand Law fut défié en duel, et qu’il accepta, il tira sur son adversaire et, ce qui n’était pas déraisonnable, le tua.

    Condamné à être pendu, il est communément accepté qu’il obtînt une aide amicale pour s’échapper pendant le procès en appel et comme Londres était n’était plus un lieu sûr pour lui, il se mit en route pour l’Europe continentale.

    Obtenir le meilleur poste

    Pendant quelques années, il vécut grâce à son esprit dans les salons. Il était gros joueur et ce train de vie le conduisait à entrer en contact régulier avec le duc d’Orléans. Et pourtant, de manière surprenante pour un joueur, il existait des signes précurseurs montrant que Law croyait fermement à un destin plus élevé.

    Il avait déjà, sans qu’on le remarqua beaucoup, publié des traités sérieux d’économie et s’intéressait de près aux métiers de la finance dont il avait tout appris à Amsterdam. Le duc pensait suffisamment de bien de lui pour prendre au sérieux ses idées sur le commerce et la finance.

    L’Histoire, pendant ce temps, poursuivait normalement son cours avec un grand roi. Louis XIV était mourant et ayant été largement célébré et honoré pendant toute sa vie, on se souviendrait bientôt de lui avec quelque amertume en raison de la taille de la dette nationale qu’il laissait à ses héritiers. A sa mort, le jeune Louis XV avait seulement sept ans et c’est le duc d’Orléans qui fut nommé Régent. Son problème immédiat, c’étaient les trois millions de livres emprunté par feu le Roi.

    Une dévaluation eu lieu rapidement. Le gouvernement ôta 20% de la quantité de métal précieux des pièces, ce qui n’eut d’autre conséquence que mener à l’éviction des pièces anciennes en circulation. Ensuite, l’État décida d’offrir des primes aux informateurs dénonçant les thésaurisateurs. Les coupables étaient enfermés à la Bastille.

    Alors que les choses se détérioraient, Law était introduit auprès du duc à Paris. Son plan était simple. On lui donnerait une banque et la gestion des revenus royaux et le droit d’émettre de la monnaie-papier. Le papier serait garanti par une combinaison des revenus royaux et de ses domaines –une idée qu’il avait proposé dans ses articles sérieux plusieurs années plus tôt.

    La Banque de France royale

    Le 5 mai 1716, la banque de Law fut créée. Ses billets seraient ensuite utilisés pour le paiement des impôts. Son capital était constitué de 25% en pièces et 75% de bons du Trésor -trop nombreux- comptabilisés à leur valeur nominale (mais qui à cette époque se négociaient avec un taux d’escompte élevé).

    Ensuite en garantissant sa monnaie-papier non pas par n’importe quelle monnaie mais par les pièces émises lors de la création de ses billets, il vit rapidement que son papier était préféré aux pièces récemment dévaluées et qui allaient certainement être encore dévaluées davantage.

    Grâce à cette manœuvre impressionnante, il récolta la majeure partie du stock de métal précieux du pays. A la fin de l’année, ses billets valaient 15% de plus que les pièces équivalentes et la dette de l’État se négociait à environ 80% en dessous de sa valeur nominale.

    Il n’avait pas encore fini. Son projet suivant était d’activer l’optimisme des possessions françaises aux États-Unis. Il persuada donc le duc de lui octroyer un monopole complet sur le négoce de la partie française du Mississippi. Ayant déjà le contrôle de la frappe de la monnaie, de l’émission du papier-monnaie et de la levée des impôts, il eut alors le pouvoir exclusif du plus grand espoir français- le commerce avec le nouveau monde.

    Il leva du capital de manière conventionnelle en vendant ses actions pour un prix fantastique payable en bons du Trésor très discomptés et dont personne ne pouvait se débarrasser suffisamment vite.

    “C’est alors que la griserie de la spéculation commença se répandre sur la nation. La banque de Law avait réalisé tant de bien, que toutes les promesses qu’il pensait être autorisé à faire pour l’avenir étaient crues instantanément. Le Régent conférait chaque jour de nouveaux privilèges à l’entrepreneur fortuné. La banque obtint le monopole de la vente de tabac, le droit unique de raffinage de l’or et de l’argent et fut finalement élevée au rang de Banque Royale de France.

    En plein milieu de l’extase due à la réussite, Law et le Régent oublièrent tous deux la maxime proclamée si bruyamment par ce dernier, selon laquelle un banquier qui émettait du papier-monnaie sans le garantir par des fonds équivalents méritait la mort. Dès que la banque privée devint une institution publique, le Régent fut à l’origine de la fabrication de billets pour plus de mille millions de livres. Ce fut le premier écart aux principes sains et un pour lequel on ne peut pas blâmer Law. » Charles Mackay -1841.

    Peu de temps après, le monopole des droits de commerce avec l’Est fut également octroyé à la compagnie et dans une succession d’émissions d’actions- chacune à un prix plus élevé que la précédente – un public complaisant se battait pour le droit de convertir ses bons du trésor qui possédaient de moins en moins de valeur en échange des billets de Law et des certificats de participation du Mississippi proliférant de toutes parts.

    La bête avait développé sa propre dynamique. Paris fleurissait. Les biens de luxe étaient vendus dès qu’ils entraient dans les magasins. Les jardins proches de la banque de Law s’étaient transformés en une cité de tentes et servaient de bourse financière impromptue. La valeur des biens immobiliers et des loyers explosait alors que le marché des actions montait et montait jusqu’à ce que les propres cochers des spéculateurs deviennent eux-mêmes des magnats et emploient ceux qui avaient été leurs égaux.

    Le duc en conclut que ce qui était clairement bénéfique dans cette quantité particulière pourrait difficilement ne pas être deux fois aussi bénéfique dans une quantité deux fois plus grande. Et que dire du commerce supplémentaire et de la simple difficulté à distribuer suffisamment de liquidités pour tenir le rythme de la conversion des actions de la compagnie ?

    Il se décida donc à émettre encore plus de papier-monnaie en contournant Law, qui lui probablement en connaissait les risques, mais qui avait probablement déjà suspendu sa discipline rigoureuse de banquier au profit des applaudissements nombreux de son ingénuité financière. De plus, l’en empêcher aurait très certainement ennuyé son patron.

    C’était à peu près à cette époque, tandis que Paris frétillait et se ravissait, que le Prince de Conti arriva avec l’intention d’acheter autant d’actions qu’il pourrait en obtenir. Il fut outragé qu’on lui refuse sa part entière et envoya trois charriots à la banque de Law pour demander une restitution immédiate – en pièces d’or- de son stock complet de billets émis par Law.

    Le prince fut payé mais fut aussi instruit, qu’au risque de déplaire grandement au duc –une chose fort peu conseillée-, il devait rendre deux charriots immédiatement. Il le fit. Mais ce fut suffisant pour que les opérateurs les plus malins entrevoient la lumière.

    Au début, par petites quantités les professionnels commencèrent à convertir leur papier. Les pièces, les lingots et toutes les autres choses de valeur étaient subrepticement transportés ailleurs – en Belgique, Hollande et Angleterre.

    Bientôt, il devint nécessaire de fixer par décret la prime que les billets, de manière naturelle, avaient appelé sur les pièces et le parlement déclara qu’à partir de maintenant les pièces n’auraient plus comme valeur que 95% de celle du papier. Le décret fut tout aussi utile que les décrets similaires du passé et du présent.

    Law n’eut pas d’autre choix que de jouer le dernier atout de sa carrière de banquier. Pour briser la traditionnelle thésaurisation française de l’or et de l’argent, Law interdit la possession de plus de 500 livres de métaux précieux par foyer, sous peine de confiscation et d’amende. Une récompense est promise aux dénonciateurs, et des perquisitions ont lieu, même chez les ecclésiastiques.

    Le 11 mars, pour décourager le public de la monnaie métallique, il suspend la valeur libératoire de l’or, à dater du 31 décembre. Alors que l’opinion publique gronde, il fait arrêter les « semeurs de faux bruits », qui sont déportés aux colonies, ce qui crée un scandale. Dès le 24 mars, la banqueroute est connue des initiés.

    Parallèlement, la propagande orchestrée par Law sur l’Eldorado de la Louisiane ne trouve plus preneur. Les grands, comme Louis Armand de Bourbon-Conti, prince de Conti, ou le duc de Bourbon, viennent en personne retirer de l’or au siège de la banque, rue Quincampoix, ce qui entraîne des émeutes. Le cours des actions chute, sans que Law parvienne à le contrôler.

    Le 17 juillet, 17 morts sont ramassés suite aux émeutes rue Quincampoix. Le 21 juillet, un arrêt institue une semi-banqueroute. Le Parlement, qui tente de résister, est exilé à Pontoise. Ceci précipite la chute du système, qui est supprimé par paliers en septembre et octobre. Le 10 octobre, on annonce la suspension des billets de banque à partir du 1er novembre.

    Le système de Law n’est plus. Law lui-même, qui a démissionné du contrôle général, s’enfuit de Paris le 14 décembre, avant de s’exiler à Venise. John Law devint l’homme le plus haï de France. Comme tous les joueurs de talent, il s’en était allé vers le jeu suivant grâce auquel il continua son existence pendant encore 9 ans. Beaucoup de l’argent qu’il gagna à cette époque provenait sans doute de ce qui lui avait échappé dans la fuite des capitaux qu’il avait rendue hors-la-loi.

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  • Tocqueville et l’Action Française de Pierre GOUIRAND

    Il peut paraître paradoxal de présenter dans un même ouvrage deux doctrines, politiquement opposées et exposées à quelque soixante ans de distance. Alexis de Tocqueville est surtout connu pour son livre De la démocratie en Amérique et l’Action Française comme le plus actif des mouvements royalistes du début du XX° siècle.

    Entre 1903 et 1942, Charles Maurras et Léon de Montesquiou, ont publié plusieurs articles dans lesquels ils reprochent à Tocqueville de louer le régime démocratique américain et d’affirmer que la mise en place d’une démocratie, en France, était inévitable. Au contraire, les Maîtres de l’Action Française considéraient que le régime américain était une « ploutocratie » et que les élections s’y faisaient « à coup de chèques ». Tocqueville, toutefois avait perçu en Amérique les défauts de la démocratie mais pensait qu’il suffirait de mettre en place un certain nombre de « gardes-fous »pour en protéger le pays. Maurras, à l’opposé, disait qu’il était indispensable de continuer à lutter pour rétablir la Monarchie en France. Si les deux discours étaient politiquement inconciliables en revanche, socialement, ils avaient de nombreux points communs. Tocqueville était né dans une famille royaliste légitimiste qui avait beaucoup souffert de la Révolution et son père, Préfet sous la Restauration, avait été fait Pair de France par Louis XVIII. Lui-même, bien qu’ayant été Ministre de la II° République, était resté un monarchiste légitimiste convaincu. Dans cet ouvrage, l’auteur a voulu montrer que bien souvent la pensée de Tocqueville rejoignait celle de Maurras et que tous deux n’avaient qu’un but : le bonheur des Français.

    A propos de l’auteur :

    Pierre Gouirand, dont le grand-père était "félibre", companion de Frédéric Mistral, dont le père a pour un temps dirigé la revue provençale "Le Feu", après des études au lycée Mignet d’Aix en Provence et à l’Ecole Hôtelière de Nice a fait sa carrière dans l’hôtellerie. Ce métier lui a permis de beaucoup voyager : Angleterre, Etats-Unis d’Amérique, Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Venezuela, Chili, Mexique, etc.) Maroc avant d’être nommé Directeur Général de l’Hôtel Westminster à Nice. À ce moment-là, il repris ses études et obtenu un doctorat de troisième cycle de philosophie sur Tocqueville et doctorat d’Etat ès-lettres d’histoire. Il a été chargé de cours à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, en gestion des aménagements touristiques et hôteliers et en sociologie, tout en continuant à diriger l’Hôtel Westminster. Le présent ouvrage est le fruit de recherches approfondies sur la philosophie politique de la fin du XIX° siècle et les débuts du XX°. Pierre Gouirand est maintenant à la retraite et continue à travailler sur Tocqueville et son histoire.

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  • Celle de qui naquit la France

    Celle de qui naquit la France Sainte Clotilde manquait dans l’’excellente collection “Histoire des Reines de France” publiée par les éditions Pygmalion. Voici qu’’Anne Bernet vient de combler cette lacune et c’’est avec enthousiasme qu’’ayant à peine fermé son Charette, nous retrouvons sa plume élégante, incisive et si juste, cette fois au service de la première de nos reines, celle de qui naquit la France chrétienne, Clotilde, épouse de Clovis.
    Cette seconde partie du Ve siècle sombrait dans la tragédie et dans le sang. Plus rien ne semblait devoir subsister de ce qui fut le beau pays chrétien des Gallo-Romains. Contrastant avec ces visions d’’apocalypse, quelques rares foyers d’espérance chrétienne ne semblaient guère devoir subsister, mais c’est pourtant sur eux qu’’Anne Bernet, dès les premières pages, attire l’attention du lecteur. Deux petites filles, Chroma, six ans, et Clotilde, quatre ans, nièces du terrible roi des Burgondes Gondebaud, qui venait de massacrer leur père le roi Chilpéric et son épouse, étaient alors envoyées, pour s’’y faire oublier, dans un couvent de Lyon. Mais c’’étaient de belles âmes, et l’évêque de Vienne, Avitus, lui, ne comptait point les oublier...
    La nouvelle Esther
    Preuve que l’’histoire est dans les mains de Dieu plus que dans celles des hommes... Car défile alors la désespérante succession des malheurs des temps : le déferlement des invasions, – l’’installation des Barbares sur le territoire gaulois : les Burgondes sur la Saône et le Rhône, et les Wisigoths occupant dans le sud-ouest les trois quarts de la Gaule, – l’’effritement du dernier bastion de l’’empire chrétien d’occident, entre Seine et Loire, d’’où le valeureux Ætius avait en 451 ligué toutes les forces contre les Huns, avant de se faire occire en 454 par l’’empereur Valentinien, lui-même assassiné à son tour en 455..., – l’’agonie dérisoire de l’empire qui s’’écroula pour de bon vingt ans plus tard (476), – le poison de l’arianisme venu empester les royaumes wisigoths et burgondes, semant l’hérésie et la persécution des chrétiens... Sous le signe de la haine du Christ vrai Dieu et vrai Homme, un grand empire gothique sous l’’autorité de Théodoric, roi des Ostrogoths, régnant en Italie, risquait de s’étendre de chaque côté des Alpes.
    Dans cette apparente éclipse, de grands évêques veillaient. Entre Avitus, à Vienne, et Remi, à Reims, l’’accord était parfait : l’’Église devait aller chercher son défenseur chez... les païens, qu’au moins l’’hérésie n’avait pas gagnés ! Beaucoup étaient fascinés par l’héritage romain : en former un, l’’amener à mettre, ne serait-ce que par calcul politique, son glaive au service de la paix et de l’’unité retrouvée de la Gaule si allègrement chrétienne cent ans plus tôt était possible. Pour ce faire, un moyen : donner pour épouse à ce prince une jeune chrétienne qui le préparerait à la conversion...
    Remi avait le prince en la personne du jeune roi des Francs, Clovis, qui régnait de Tournai à Soissons et qui, comme son père Childéric, avait la confiance des chrétiens et s’imposait de plus en plus comme le véritable continuateur de la pax romana dans le nord de la Gaule.
    Avitus avait la princesse en la personne de Clotilde qui, ayant grandi, était prête à sortir de son couvent pour entrer dans le monde qu’’elle savait cruel, mais qu’’elle vibrait de conduire à Dieu. Être auprès de Clovis une « nouvelle Esther » ne pouvait lui faire peur, n’’en déplaise à l’oncle Gondebaud !
    Le Dieu de Clotilde
    Il fallait évidemment une foi à déplacer les montagnes pour mener à bien un tel projet. Les noces eurent lieu à Soissons en grande pompe, mais tout restait à faire... car Clovis, pour qui Anne Bernet a les yeux de Clotilde, s’il fut aussitôt sous le charme de son épouse, n’était point l’homme à se faire manipuler par une femme. Son âme d’une seule pièce, son sens éminent de l’honneur et de la fidélité, son courage extraordinaire, son respect de la parole donnée... il avait mis tous ces biens au service de ses dieux païens. La miséricorde, la pitié, le pardon, et plus encore l’idée d’un Dieu subissant les outrages de la passion, lui étaient totalement étrangers...
    Et pourtant, Clotilde, par son exemple plus encore que par des paroles, fit fléchir sans jamais l’humilier cette âme obstinée. Les calculs politiques s’’entrecroisaient : d’’un côté la peur de perdre la confiance de ses guerriers ou de passer pour faible auprès des autres rois barbares, de l’’autre la perspective de pouvoir entrer dans Paris que sainte Geneviève refuserait toujours de livrer à un païen, et surtout de refaire au profit de sa famille l’’unité de la Gaule...
    Les pages où Anne Bernet décrit cette lente et périlleuse montée vers la conversion, avec l’’épreuve de la mort de leur premier enfant qu’il avait accepté de laisser baptiser, l’’alternance entre les colères et les élans de candeur du roi barbare, sont d’une grande intensité dramatique et plongent au fond du mystère d’’une âme touchée par Dieu.
    Passées la victoire de Tolbiac où « le Dieu de Clotilde » vint comme donner un coup de pouce à la conversion, puis la sublime nuit de Noël 496, jour de naissance de la France, où Reims resplendit de mille feux, les années n’’allaient pas être douces pour la reine.
    D’’abord le roi baptisé et conquérant restait, tout en faisant rayonner la Croix, un roi aux mœurs encore barbares, lancé dans des guerres cruelles et plongé dans un système monarchique qui faisait du massacre d’’une partie de la famille la condition de l’’unité de la succession.
    Cœœur de femme, devoirs de reine
    Le pire survint après la mort de Clovis quand elle aurait tant voulu retrouver à Tours la solitude et la méditation, mais que ses propres fils se comportèrent à leur tour en monstres. Il lui fallut redevenir la souveraine obligée de défendre sa famille dans des situations où son cœœuf de femme allait être brisé par ses devoirs de reine. Redoutant, comme feu son époux, le déshonneur plus que tout, elle ne sut empêcher ses deux plus jeunes fils, Childebert et Clotaire, de mettre à mort (pour supprimer des concurrents) les enfants orphelins de leur aîné Clodomir : Théodoald et Gonthier, ses chers petits-enfants. Elle se laissa même aller à dire qu’’elle les préférait voir « morts que tondus ». La chevelure était en effet chez les Mérovingiens signe de race royale ; la perdre était le déshonneur le plus vil. Ajoutons que le troisième petit-fils fut sauvé et devint saint Cloud.
    Ravagée de chagrin, se repentant de s’être laissé gagner par les réalités trop immorales de ce monde, ne pouvant plus compter sur le conseil des grands évêques disparus, Clotilde n’avait plus qu’à tenter par la prière et l’expiation de changer ce monde si mauvais. Elle finit ses jours à Tours le 3 juin 545, entourée de toute la dévotion des Tourangeaux, après avoir obtenu du brutal Clotaire (qui ayant liquidé Childebert, était enfin seul roi...) qu’’il laissât entrer au couvent l’’épouse qu’’il tourmentait et qui allait devenir sainte Radegonde...
    Le livre d’’Anne Bernet n’’est en rien une hagiographie. Il est beaucoup mieux : alimentée aux sources les plus sûres des connaissances historiques, la vie tumultueuse de cette sainte n’’a pas besoin d’être embellie pour que le lecteur sache qu’’au temps de la difficile sortie de la barbarie, Clotilde a sauvé la Gaule et changé la face de l’’Europe. Tant pis pour les laïcistes : nous lui devons d’’être chrétiens.
    Michel FROMENTOUX L’’Action Française 2000 du 19 janvier au 1er février 2006
    * Anne Bernet : Clotilde, épouse de Clovis. Éd. Pygmalion, 308 pages, 21 euros. Disponible à nos locaux.