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culture et histoire - Page 1850

  • Pierre Mauroy, un des destructeurs de la France

    Pierre Mauroy (1928-2013) vient de recevoir quelques jours après son décès le vendredi 7 juin un hommage national aux Invalides ce mardi 11 juin, avec un discours de vibrant hommage, souvent à la limite de l'absurde, du président François Hollande. Le défunt n'aurait eu que des qualités, aurait mené une œuvre utile et sans tache en tant que Premier ministre de 1981 à 1984, maire de Lille de 1973 à 2001. Ce n'est bien sûr pas l'opinion de l'extrême-droite, même si elle partagée évidemment par la fausse opposition parlementaire, avec des communiqués émus de l'UDI, et même de l'UMP. Nous nous y attendions quelque peu ; par contre, et que l'on ne nous caricature pas encore en hystériques irrationnels haineux, nous avons encore constaté hélas simplement qu'il y a décidément de gros problèmes idéologiques au néo-FN : nous avons été surpris en particulier du vibrant hommage de Steeve Briois, proche de Marine Le Pen - qui certes plus sobre, se contente personnellement et au nom du mouvement de ses condoléances -, secrétaire général du FN, saluant « l'homme des 39 heures et de la retraite à 60 ans », le « défenseur des travailleurs français » - lourd contresens historique - , saluant son « opiniâtreté et son courage ». Ah bon ? Nous lisons sous la plume de Briois : « Pierre Mauroy n'était pas soumis à l’ultralibéralisme et à la financiarisation à outrance »... Eh bien si, nous le verrons ! Tout ceci est parfaitement lisible sur le site officiel du mouvement, < www frontnational.com >, que l'on ne nous objecte pas la poursuite maniaque de fantaisies personnelles de tel ou tel. Le néo-FN a encore perdu une occasion de se taire !
    Pierre Mauroy se définissait avant tout comme un militant socialiste internationaliste, de 1945 à sa mort, bref par définition un adversaire absolu de l'extrême-droite nationaliste. Il avait occupé de hautes fonctions au sein du mouvement socialiste dès 1950 - secrétaire national des jeunesses socialistes, proche de Guy Mollet -, en France, jusqu'au sommet avec la fonction de Premier Secrétaire du Parti Socialiste de 1988 à 1992, et Président de l'Internationale Socialiste de 1992 à 1999. Il incarnait à la perfection, son physique imposant aidant, l'éléphant du parti socialiste, expert des négociations complexes internes entre courants, avec moult manœuvres plus ou moins avouables.
    Nous proposerons de centrer l'analyse sur la contribution essentielle de Pierre Mauroy à la destruction de la France, son action en tant que Premier ministre de François Mitterrand, de 1981 à 1984. La France était déjà en crise en 1981 : la rigueur de Raymond Barre Premier ministre (1976-1981) du président précédent Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) avait ralenti la croissance en France, sans restreindre pour autant l'inflation, alors de l'ordre de 20 % annuel ; le million de chômeurs paraissait un sommet à la fois insoutenable et provisoire. Le tandem, annoncé à l'automne 1980, Mitterrand-Mauroy incarnait un espoir de changement - le vocabulaire socialiste varie peu -, de relance économique générale, de progrès social, de disparition du chômage, voire pour les plus enthousiastes de nouvel Age d'Or. En 1981, c'était aussi l'ère de la gauche unie, malgré de permanentes tensions internes, avec des ministres communistes au gouvernement, sur un programme commun prônant la socialisation de l'économie en pleine conformité idéologique avec les idéaux moscoutaires ; toute la moitié orientale de l'Europe était alors soumise à des dictatures communistes.
    Parmi les premières mesures de l'expérience socialiste de 1981 figurent le temps de travail hebdomadaire réduit à 39h, la retraite pour tous à 60 ans - au lieu de 65 ans comme auparavant -, la nette augmentation du nombre de fonctionnaires ; il est difficile de ne pas y voir une coûteuse et dangereuse démagogie. N'étaient pas en soi insoutenables la cinquième semaine de congés payés, la politique de relance et de nationalisations économiques, en particulier dans les banques et les grandes entreprises industrielles : toutefois une relance ne peut fonctionner qu'en économie fermée ou semi-fermée, et était à l'évidence incompatible avec l'ouverture des frontières et la construction européenne ; certes la compétitivité avait pu être à peu près maintenue de 1981 à 1983 du fait des dévaluations multiples - chose qui serait bien nécessaire aujourd'hui mais impossible à cause des oukases de la BCE à Francfort -, mais il a résulté de cette politique une augmentation massive des importations, non une hausse de la production nationale. Cette révolution économique échoue ; le chômage passe la barre des 1,5 millions officiels. En 1983, Pierre Mauroy pèse en faveur de la capitulation face au libéralisme économique dominant en Europe, la soumission aux exigences du SME - Système Monétaire Européen, préfiguration de la BCE - ; il eût fallu, comme le soutenait Jean-Pierre Chevènement - nationaliste de gauche, inspirateur reconnu de Florian Philippot penseur du néo-FN -, sortir du SME, éventuellement de la CEE, rétablir les barrières douanières afin de retrouver les équilibres macroéconomiques ; le choix de la capitulation donc a inauguré le retour aux politiques dites de rigueur, bridant la croissance, entretenant le chômage, sans arriver pour autant à l'équilibre des comptes publics, d'autant moins que conscience socialiste obligeant, à défaut de travail pour tous sont déjà accrues les prestations sociales. Pendant ce temps, avec la large tolérance, sinon le franc encouragement des autorités, se développe avec une vigueur encore jamais atteinte l'immigration de peuplement de la France - inaugurée par le tandem Giscard-Chirac -, avec une natalité allochtone qui s'installe, largement financée par les prestations sociales françaises : depuis, il est clair que l'on n'a pas multiplié des foules de travailleurs actifs et méritants, au contraire ; le modèle social français en meurt. Instituée en 1984, la carte de séjour de dix ans automatiquement renouvelable crée ainsi un puissant appel d'air en faveur de l'immigration extra-européenne.
    À cette révolution économique manquée, ces francs reniements multiples font qu'il est quand même surprenant d'entendre louer par le FN la constance ou l'opiniâtreté de Pierre Mauroy, alors que c'est tout le contraire. Là où il faut hélas reconnaître détermination et continuité entre tous les gouvernements, c'est l'œuvre de destruction biologique et culturelle de la France : après sa légalisation par Giscard en 1974, l’avortement devient intégralement remboursé en 1982, les média sont libéralisés, ce qui conduit concrètement de manière plus ou moins subtile à la promotion des antivaleurs de mai 1968 : contre la famille stable, pour les fantaisies sexuelles, l'invasion plus ou moins progressive de la pornographie... L'école publique et la culture subventionnée participent, de façon encore discrète sous Pierre Mauroy, mais nettement, de cette œuvre de destruction de la France, à commencer par son intelligence avec les expériences pédagogiques commençant à fabriquer des générations d'analphabètes, la volonté absurde du bac pour tous qui conduit à sa dévaluation, tandis que les "cultures" allochtones ou perverses sont encouragées. Tout ceci par un Pierre Mauroy qui avouait aller régulièrement à la messe, et qui bénéficiera, sans avoir rien renié depuis, de funérailles religieuses. À défaut d'absorber brusquement l'enseignement privé sous contrat, du fait de grandes manifestations d'opposition, le pari avait été fait de l'alignement idéologique à terme, avec hélas un large succès depuis. De même, avec les encouragements des sociologues militants de gauche, un regard sympathisant nouveau est porté pour le délinquant, de préférence allochtone, « victime de la société », qui craindra nettement moins la prison et plus du tout la peine de mort, abolie. En ce contexte, la décentralisation développée à ce moment n'a pu qu'affaiblir encore la Nation.
    Pierre Mauroy a été véritablement l'un des destructeurs de la France, à un poste essentiel à un moment décisif. Que le croyant prie pour le salut d'une âme, soit, mais il n'y a strictement aucun hommage à rendre à un tel ennemi de l'extrême-droite et de la France.
    Nicolas Bertrand Rivarol du 14 juin 2013

  • La critique moralisante

     

    portrait.3.jpgDécidément la République a du mal à se moraliser et plus largement le monde est devenu la proie, comme chacun le sait, de rapaces de la finance dont la turpitude n'a d'égale que la cupidité et la malhonnêteté d'hommes politiques confondant les finances publiques avec leur porte-monnaie. De même, le carriérisme politique ne serait plus à l'ordre du jour au nom de l'idéal démocratique et de "transparence". Au sein des convulsions du système mondialisé en crise et des lézardes profondes traversant notre régime politique se font entendre les voix scandalisées de la critique moralisante. Il faut mettre des barrières, des limites à tous ces abus et toutes les bonnes volontés sont convoquées à s'exprimer en ce sens. Qui ne souhaiterait la mise en oeuvre de nouvelles pratiques vertueuses au sein de l'Etat et de la société civile? Les "méchants", les "dictateurs", n'ont-ils pas été mis au ban de l'humanité et éradiqués manu militari par les puissances démocratiques ces dernières décennies? Bref, la République démocratique est potentiellement l'incarnation, la réalité effective de l'idée morale, il faut qu'elle devienne adéquate à son concept. Nous dispenserons le lecteur de l'évocation des devises sacrées au nom desquelles son épiderme devrait être parcourue de frissons indescriptibles. En conséquence, le bon citoyen doit payer ses impôts et ne pas avoir de compte bancaire à l'étranger, les banquiers doivent restreindre leurs appétits et les hommes politiques ne pas trop exagérer dans leur quête de sinécures et tout irait au mieux dans le meilleur des mondes capitaliste possible.

    Le problème est que le réel est toujours un possible actualisé mais que le possible n'est pas toujours réalisé. Quel est donc l'obstacle métaphysique se dressant entre le meilleur possible et le réel présentifié et objectivé? Doit-on incriminer la nature humaine, le péché originel, "l'insociable sociabilité" (Kant) de l'homme? Et suffirait-il de psalmodier les très spiritualistes vertus républicaines pour qu'enfin règne la justice sociale (1) puisque celle-ci serait l'horizon insurpassable du devenir humain? Comment faire admettre aux prolétaires qu'il est souhaitable d'admettre que les inégalités sociales pourraient être admissibles au cas où, s'ils avaient à tirer au sort leur condition, la moins bonne parmi celles mises en jeu leur étant échue, ils s'en satisferaient quand même (version social-démocrate du contractualisme, chère à John Rawls)? Car enfin, le citoyen démocratisé est seul, individu ayant son "contrat" en poche avec écrit dessus, "droits de l'homme" et tout le saint-frusquin. E n effet, la dimension communautaire des hommes s'est évanouie dans les souvenirs obscurcis et manipulés des formes d'existence antécapitalistes et les prolétaires ne devraient se satisfaire que d'un lien juridico-politique les liant/aliénant à la sphère autonomisée de l'Etat et des instances de la "gouvernance" bureaucratique idéalisée et purifiée par le mensonge spectacliste. Puisque les "représentants" du "peuple" ne sont pas des parangons de vertu nous devrions nous satisfaire du devoir-être de la représentation de la vertu qui, somme toute, ne vaut que comme vertu de la représentation. C'est tout dire. Mais les prolétaires ne seront jamais qu'au pied du mur de la reproduction sans cesse approfondie du rapport central, essentiel, capital-travail. Peu nous chaut l'état d'âme du membre citoyen de la classe dominante, filou authentique ou mystique de sa condition sociale profane. Le prolétaire se heurte quotidiennement à la plus grande injustice que l'on puisse infliger à un homme. Il ne souffre pas d'un tort particulier qu'une panacée administrative pourrait redresser comme le suggère le réformisme définitivement irréformable mais du tort plus essentiel et universel : celui d'être étranger à toute communauté humaine digne de ce nom. La condition du travail salarié, fondamentalement soumise aux aléas de la quête financière guidée par la nécessité du processus de valorisation du capital ne peut avoir d'autre destin. Afin de maintenir le flot de la colère face aux exactions des bandes mafieuses de la bourgeoisie, l'idéologie spectacliste tente de nous revendre une énième version d'une opération "mains propres". Cela ne sera jamais plus comme avant, le système est capable de se corriger et Cahuzac ira à Canossa. Mais sous le règne despotique du capital, il n'y a jamais que la répétition pseudo-cyclique du Même, l'autocratie des instances du pouvoir. Le machiavélisme de celui-ci avec ses combinaisons malhonnêtes ne traduit que le rapport essentiellement machiavélien au monde dans lequel le moyen (équivalent général abstrait) ne peut être qu'une fin, celle issue de la production pour soi traduisible en argent comptant. En dernière instance qu'importe comment celui-ci sera capté. Tel est l'impératif catégorique de la pratique aliénée.

    Aussi la critique que nous conduisons ne consiste pas à dénoncer les symptômes d'un système corrompu que nous aimerions voir reconnaître ses fautes. Le mensonge est au coeur de sa structure inversant le rapport humain à son être. Il est la réalité de son irréalité foncière au sens de la déréalisation inhérente à l'activité salariée. L'être du capital est le non-être du prolétaire, son existence appauvrie de son inexistence. Celle-ci est sa radicale altérité générée dans son rapport au travail mort incarné dans les diverses métamorphoses du cycle de reproduction capitaliste. Nous ne savons pas quand le prolétariat rejettera "les écorces mortes" de la "fatalité" économique ni sous quelle latitude. Mais cela est, non pas son impératif catégorique de classe qui témoignerait d'une autonomie subjective classiste (qui est à la recherche du sujet révolutionnaire transcendantal?), mais une nécessité en devenir complexe constituée de sa défense réformiste obligée aux attaques agressives incessantes des organes d'exploitation et de la conscience afférente à cette lutte productrice d'un savoir-faire susceptible de miner les fondements du vieux monde ; susceptible et non mécaniquement imposé par une instance miraculeusement tapie et agissante au coeur de la lutte ni importé de l'extérieur par une officine éclairée et éclairante. L'autonomie du prolétariat se forge dans sa communication agissante à portée universelle et polyvalente lors de ses combats. Et dans la guerre sociale, il peut, certes, y avoir des régressions, des défaites lourdes dont aucune recette dialectique ne peut assurer qu'elles seront suivies d'une avancée majeure à venir. La légitimité éthique de nos motivations trouve son fondement dans cette communication agissante de classe et nous pose aux antipodes des mobiles propres aux illusionnistes du système.

    D'ailleurs, ce dernier ne développerait pas des trésors d'ingéniosité pour pérenniser son règne s'il ne savait que le prolétariat n'est pas définitivement vaincu , qu'il peut resurgir dans toute sa force là où lui ont été imposées les conditions modernes de production. Dès lors, oeuvrer en vue de la communauté humaine constitue réellement une finalité pour soi. Nous sommes les héritiers de la perspective de la liberté concrète.

    NOTE :

    1) Nous ne savons guère ce qu'est la justice sociale. L'égalité? De quel ordre? La justice commutative? Distributive? L'expression est certes attrayante mais remarquons que toutes ces évaluations normatives reposent sur l'existence de la réduction de l'existence humaine au règne de la valeur dans son sens marxien. Au mieux, elle fonctionne dans ce que Marx a appelé la phase inférieure de la société communiste ( néanmoins "le droit égal" y "reste prisonnier d'une limitation bourgeoise") dès lors que le temps de travail humain est encore comptabilisé bien que dépouillé de la forme de la production et de l'échange marchands.

    Source: Rébellion

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com

  • (Clubs et Cercles) Les Maîtres de l'ombre

    Aussi sélects que des clubs de bridge, aussi fermés que des cercles de jeux, il existe en France toute une série de comités, clubs, cercles, fondations ou commissions dont la quantité des effectifs est inversement proportionnelle à l'influence intellectuelle ou économique qu'ils exercent. Les réseaux qu'ils constituent sont ceux du vrai pouvoir.

    Un pouvoir social-démocrate.

    Le cercle d'influence ne doit pas être confondu avec le club politique. Certes, quelques-uns de ces derniers comme le club Vauban de Simone et Antoine Veil - du nom du domicile parisien du couple, place Vauban - réunissent de manière informelle des personnalités du monde politique en dehors des clivages traditionnels. Le discours pro-cohabitationniste que tenait Simone Veil dès 1985, et qu'elle reprend aujourd'hui, est étoffé par les contacts permanents qu'elle entretient, en son salon, avec les figures politiques du centrisme de Jacques Barrot à Lionel Stoleru, d'Olivier Stirn à Didier Bariani. « Travailler ensemble », envisager de possibles « coalitions » transcourants - la coalition conçue comme l'institutionnalisation de la cohabitation -, autant de thèmes récurrents issus de discussions en petits comités qui ne doivent rien à l'expression de la volonté populaire.


    ✑ Le pouvoir des medias


    La Fondation Saint-Simon est au contraire l'exemple type de ces sociétés de pensée efficaces et discrètes - seules de (rares) indiscrétions permettent de prendre connaissance des participants. Alain Minc est l'un d'eux. Il brasse les chiffres et les mots. Il dirige d'importantes sociétés, et écrit des livres. Il manage, et il pense. Roi de l'OPA, il conceptualise à tour de bras la nécessaire social-démocratisation du capitalisme. Minc est ce qu'on appelle un auteur à succès, surtout télévisé. Ses livres, La Machine égalitaire, L'Avenir en face, La Vengeance des nations, sont autant de titres dont tout le monde a entendu parler et que quelques-uns ont feuilletés ; rares sont ceux qui en ont pris réellement connaissance. Peu importe : sa médiatisation à outrance suffit à faire passer ses idées. Une médiatisation qui doit plus à ses réseaux qu'à l'originalité de son propos.

    Dans sa copieuse notice du Who's Who, Minc ne mentionne pas son appartenance à la Fondation Saint-Simon. L'homme d'extrême centre y joue pourtant un rôle prépondérant.

    Qui y rencontre-t-il ? Roger Fauroux, le p.d.g. de Saint-Gobain, Georges Kiejman, le ministre ami de Mitterrand, Serge July, le directeur de Libération, ou encore Jean-Claude Casanova, conseiller de Raymond Barre. Ensemble, il refont le monde. Comme tout un chacun dans les conversations de bistrot ? Pas exactement.

    Quand, en 1984, la France « découvre la crise », télévision et journaux s'emparent du thème pour le retourner : cela donne Vive la Crise, un supplément de Libération et une émission de grande écoute avec Yves Montand destinés à expliquer aux Français que la crise que connaît le pays peut être tout à fait profitable en ce sens qu'elle est l'occasion d'une remise en question du système, et qu'avec de la volonté et de la solidarité, chacun en sortira plus fort et meilleur. Ce nouveau concept qui appelle à une sorte de rédemption et va relancer la machine capitaliste pour son plus grand profit est issu des

    réflexions saint-simoniennes, ainsi que du Siècle, club concurrent mais aux idées proches. Deux espèces de franc-maçonnerie sans rite initiatique, mais où les conditions d'admission sont liées au statut social (élevé : financiers, directeurs de journaux, sociologues) et au pouvoir médiatique dont ils bénéficient, ainsi qu'à de « fermes » convictions social-démocrates et malthusiennes.


    ✑ Les maîtres du monde


    Ces cercles cependant, par leur action uniquement hexagonale, ne peuvent prétendre à contrôler l'ensemble de la planète. Cette ambition démente et est celle de la commission Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockfeller.

    « Une organisation de la sagesse au niveau international », dira Raymond Barre, membre dès sa création de cette organisation regroupant environ trois cents personnes : banquiers, hommes d'affaires, universitaires ou politiques d'Europe, des États-Unis et du Japon définis comme « les trois régions (sic) à économie de marché » qui ont pour projet commun... de devenir maîtres du monde. L'expression est-elle exagérée, pour une organisation qui prétend vouloir « harmoniser les relations politiques, économiques, sociales et culturelles entre [ces] trois régions » ? Et les exemples abondent de réussites fulgurantes et surprenantes.

    Le cas de Raymond Barre est le plus étonnant. En 1973, il adhère à la Commission. L'année suivante, il est l'une des cinq personnes qui, au niveau international, organisent le premier sommet des pays industrialisés, qui va devenir le fameux G7 grand ordonnateur de l'économie mondiale. Et en 1976, il est nommé à la stupéfaction générale Premier ministre de la France, tandis que Jimmy Carter, lui aussi « trilatéraliste », accède à la présidence des États-Unis. Comme le dit Barre lui-même : « Tous ses membres [de la Trilatérale] ont eu des responsabilités avant, pendant ou après leur participation. Ils en ont tous tiré un grand profit. »

    On pourrait encore citer le Bilderberg Group, organisation jumelle de la Trilatérale - Barre, Rocard, Stoleru, Attali ou Rothschild s'y côtoient -, ou le séminaire annuel de Davos, qui ont également pour fonction de réunir le top niveau de la politique et de la finance internationale, par-delà des frontières que la mondialisation de l'économie aurait rendues obsolètes, et loin du regard des peuples auxquels il n'est décidément pas possible de laisser le pouvoir de trancher des problèmes aussi complexes.

    « Je ne crois pas, expliquait Raymond Barre, que les grandes conférences apportent des solutions aux problèmes économiques de notre monde. A moins qu'elles n'aient été préparées de longue date, et qu'on n'ait déjà pris toutes les décisions. » C'est tellement mieux quand c'est expliqué clairement.

    ✍ Philippe Gurson Le Choc du Mois. Décembre 1992

  • Apparition des Celtes

    Un petit rappel :

    Âge de pierre récent :

    4000 à 2000 avant J.C (Néolithique)
    Âge du bronze ancien :

    2000 à 1200 avant J.C
    Âge du bronze récent :

    1200 à 700 avant J.C (final)
    Âge du fer :

    700 à 500 avant J.C (ère celtique)Période d'Hallstatt (du nom d'un village d'Autriche, premier âge du fer) : vers -800

    Période de la Tène (du nom d'un village de Suisse au bord du lac de Neuchâtel) : 500 à 400 avant J.C.

    Vers 3000 avant J.C, les agriculteurs et chasseurs de l'Âge de pierre furent menacés par une série de tribus de guerriers. Connus sous le nom de proto-celtes, ces guerriers indo-européens les dominèrent puis s'assimilèrent aux indigènes les moins agressifs qu'ils rencontrèrent. Durant le millénaire qui suivit vers 1800 avant J.C, les proto-celtes migrèrent vers l'ouest de l'Europe où ils se fondirent dans la population locale.

     

    Angus Konstam : Atlas historique du monde celte

    On peut admettre que dès le cinquième millénaire avant notre ère, une importante partie de l'Europe tempérée du sud de l'Allemagne à l'ouest de la France, ait été peuplée de communautés d'agriculteurs parlant une langue qui à la suite de processus historiques, donna naissance aux différents idiomes celtiques attestés au premier millénaire.

     

    Patrick Galliou : Le monde celtique

    Selon un point de vue extrême, les principaux groupes parlant des langues celtiques auraient occupé, dès 3000 ans avant J.C, les territoires où les placent les sources les plus tardives, alors que l'hypothèse la plus répandue veut que le celtique et l'italique se soient séparés puis développés entre 1300 et 800 avant J.C.

     

    Barry Cunliffe : Les Celtes, traduit de l'anglais par Patrick Galliou

    Contrairement à ce que beaucoup écrivent par ignorance ou facilité, les Celtes ne sont pas arrivés en Gaule aux alentours de 800 à 500 avant J.C ce qui leur laisse à peine le temps d'atteindre les Pyrénées et la Méditerranée, voire la Bretagne ou l'Irlande avant le IIIe siècle. Par contre les datations linguistiques laisseraient à penser que les Celtes étaient déjà présents en Europe à la fin du troisième millénaire avant notre ère.

    Christian-J Guyovarch et Françoise Le Roux : La civilisation celtique

  • Un “Stonehenge” celtique découvert en Allemagne

     

     

    Plan général de la sépulture par rapport aux constellations et à la Lune (crédits : Image courtesy of Römisch-Germanisches Zentralmuseum)
    ***
    Des chercheurs allemands ont découvert récemment, dans la Forêt Noire, en Allemagne, un site funéraire celte datant du 7e siècle avant J.-C. Celui-ci aurait été disposé en fonction de la position de la Lune et des constellations de l’hémisphère nord : un calendrier lunaire, en quelque sorte.
    Des archéologues du Römisch-Germanisches Zentralmuseum de Mayence ont découvert à Magdalenenberg, dans la Forêt Noire (Allemagne), un tertre funéraire celte de plus de 100 mètres de longueur. Mais sa grande particularité est que les tombes qu’ils contient sont disposées autour d’une sépulture royale de façon à reproduire la position des constellations célestes visibles de l’hémisphère nord entre le solstice d’hiver et le solstice d’été.
    Ainsi, contrairement au site anglais de Stonehenge, orienté vers le Soleil, celui de Magdalenenberg est orienté vers la Lune, lorsqu’elle occupe une certaine position : une configuration qui se reproduit tous les 18,6 années, et qui constitue la ‘pierre angulaire’ du calendrier celtique.
    Grâce à un programme informatique spécial, le Dr. Allard Mees, du Römisch-Germanischen Zentralmuseum, a pu reconstruire les constellations observables durant l’ancienne période celtique, et en déduire que ce calendrier représentait le ciel du solstice d’été de l’année 618 avant J.-C., ce qui fait de ce site l’exemple le plus ancien et le plus complet de calendrier celtique orienté vers la Lune.
    source :
    http://religionsdelaterre.wordpress.com/

  • Face au gender

    L'heure est grave, c'est le moment de redoubler de courage et de force : 

     

    "La diffusion de la théorie du genre par les responsables de l'État français doit nous appeler à la gravité, à la lucidité et à l'espérance.

    La situation est grave.

    L'atteinte du Gender est portée aux fondements mêmes de la cité. Elle est tout sauf anodine. Elle touche à ce qui est premier, fondateur, au coeur de l'homme, au plus intime, à ce qui le relie aux autres, à ceux qu'il côtoie, à ceux qui l'ont précédé et à ceux qui vont le suivre.

    Cette théorie remet en cause le premier verset de la Bible.

    Nous sommes au cœur de la civilisation. Il est vrai que le pouvoir politique actuel, qui aime souffler le chaud et froid, lui qui déniait le droit de parler de civilisation comme étant une résurgence d'une époque de barbarie, prétend aujourd'hui nous faire changer de civilisation…

    Le ministre de l'éducation nationale veut arracher nos enfants à tous les déterminismes, pour les rendre libre pour « produire des individus libres ». La déconstruction des stéréotypes du genre est présentée comme un moyen d'émancipation. En synthèse voici le discours qui pourrait être tenu à nos enfants :

    « Tu es né avec la morphologie d'un garçon ou d'une fille mais je vais te donner les moyens de t'affranchir de cette réalité qui te frustre pour que tu choisisses ton sexe social ! »

    Ulysse, Antigone, Jeanne d’Arc et bien d’autres se sont-ils interrogés sur leur sexe social ?

    Voilà « tout simplement » (…) ce dont il est question. Cette prétention est celle d'un totalitarisme déguisé, à visage humain, européen, transnational comme Gregor Puppinck le démontre avec beaucoup de clairvoyance. Il faut le combattre tel qu'il est, en fonction de sa nature.

    L'objectif est de dessiner le nouveau visage de l'humanité. Il s'agit donc d'un projet TOTALITAIRE.

    Or, nous avons trop tendance à relativiser les choses, à les dédramatiser. Ce n'est pas si grave que cela finalement… Tout cela ne concerne qu'une petite minorité.… Non, on va maintenant toucher à nos enfants !!!

    Ce pouvoir a l'ambition et la prétention de les structurer autrement, violant ainsi les prérogatives de leurs parents qui sont considérés comme faisant partie des déterminismes dont il faut les affranchir.

    D'où l'exigence de lucidité.

    Ce totalitarisme procède d'une triple erreur anthropologique, philosophique et spirituelle.

    Une erreur anthropologique tout d'abord.

    Erreur fondamentale ; il s'agit d'une fiction qui veut nier la réalité et essaie de faire croire, de faire admettre que cette réalité serait le fruit de déterminismes divers et variés.

    Il faut en revenir à des notions de base, simples, élémentaires. Ce qui est blanc est blanc. Ce qui est noir et noir. Ce qui est masculin est masculin. Ce qui est féminin est féminin. Un point c'est tout !

    Sylviane Agacinsky a parfaitement expliqué que l'on a créé le concept hétérosexuel de toutes pièces. On a donc provoqué l'opposition dialectique entre hétéro et homo de manière purement artificielle. La sexualité n'est pas l'un ou l'autre. Elle n'est ni l'un ni l'autre : Elle est une et indivisible. Cette théorie procède d'une erreur sur la nature humaine. Et c'est un comble qu'elle soit enseignée dans le cadre des cours sur les sciences et vies de la terre !

    Une erreur philosophique ensuite.

    Les choix philosophiques ne sont pas des options personnelles anodines et sans conséquence ! Ils sont déterminants par rapport au choix de société et aux options politiques. Et nous devons faire très attention car cette erreur est communément partagée par la plus grande majorité d'entre nous.

    C’est la philosophie des modernes qui est en cause à commencer par Descartes ! Le « cogito ergo sum… »…L'erreur de la théorie du genre est à la fois nominaliste et idéaliste, ces courants philosophiques qui ont méprisé la réalité afin de la dominer et de la transformer.

    Pour bien comprendre le contre-sens du genre, je vous propose d'utiliser un vieux concept imaginé par saint Thomas d'Aquin : la distinction entre l'essence première (la naissance) et l'essence seconde (éducation). Nous n'avons pas attendu les théoriciens du Gender pour distinguer ce qui est inhérent à la nature et ce qui résulte de l'éducation ! La seconde transforme, améliore, pervertit, bonifie, dénature la première. Cela est vieux comme le monde. Mais comment nier l'une au préjudice de l'autre ?" (suite).

    Lahire   http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • Chronique de livre : Eric Teyssier, Pompée, Perrin, 2013

     

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    Première biographie de Pompée en langue française depuis des décennies, on peut se réjouir qu’elle provienne d’un historien sérieux qui s’est fait particulièrement remarquer ces dernières années grâce, entre autre, à sa somme consacrée aux gladiateurs : La mort en face ; Le dossier gladiateurs. On peut s’étonner à juste raison que le personnage de Pompée n’ait pas reçu plus d’attention que cela de la part des historiens modernes car il est l’une des plus grandes figures de l’antiquité romaine. Grand adversaire de Jules César, sa défaite face à celui-ci n’en fait pas quelqu’un de moins intéressant ou de moins représentatif de cette époque troublée que fut la fin de la république romaine, qui voit peu à peu son esprit disparaître entre dissensions politiques, ambitions démesurées d’hommes soucieux de bafouer ses règles et incapacité d’adaptation à un empire qui dépasse depuis longtemps la simple péninsule italienne. Oui, à l’époque de Pompée, la concordia tant louée par les Romains, n’est plus vraiment de mise et c’est une situation de guerre civile qui ne dit pas toujours son nom qui prévaut.

    A l’image de son modèle Alexandre le Grand, Pompée eut un destin glorieux et tragique à la fois. Général très jeune, il est déjà surnommé Pompée le Grand alors qu’il n’a pas 25 ans. Rempli d’audace, allant de victoires en victoires, il a droit trois fois au triomphe militaire de son vivant. Ses victoires tant sur les trois continents que sur mer firent de lui un personnage de premier plan, influent dans les provinces qu’il avait soumises comme à Rome, bâtisseur de villes et faiseur de rois à l’étranger.

    Une vie au service de Rome

    Pompée est né en -106 dans une famille influente de notables du Picenum. Issu de la classe des chevaliers, sorte de bourgeoisie de l’époque, il compte parmi sa famille quelques grands noms. Son père surtout, Cnaeus Pompeius Strabo, va faire une belle carrière politique et accéder à la magistrature suprême, le consulat, en -89. C’est à ses côtés que Pompée va faire ses débuts, lors de la guerre des alliés, qui voit son père accéder au triomphe. Le jeune Pompée ajoute donc très jeune à son éducation gréco-romaine (qu’il ne peut donc approfondir) une solide formation militaire qu’il entretiendra toute sa vie. A partir de -88, Rome entre dans une période de guerre civile très meurtrière et Pompée se range du côté des optimates de Sylla qui font face au parti populaire du vieux général Marius. Sylla ayant triomphé et étant devenu dictateur à Rome, il favorise grandement l’ascension de ce jeune homme qui l’a bien aidé et est devenu l’un de ses lieutenants les plus proches. Pompée s’attire pourtant bien vite la méfiance de son maître à cause de son ambition qui apparaît vite comme démesurée un jeune homme de 25 ans qui parvient par exemple à obtenir un triomphe militaire en dépit des interdictions légales du cursus honorum, du jamais vu à Rome ! Désormais, Pompée est connu sous le nom de Cnaeus Pompeius Magnus - Pompée le Grand - et il est un personnage avec lequel il faut compter.

    Dans les années qui suivent, Pompée fait la guerre de manière quasi-continuelle.  Il vainc au terme d’une très dure guerre de près de 4 ans le dernier grand lieutenant de Marius en Espagne : Sertorius. Il débarrasse peu après la Méditerranée du fléau de la piraterie avant de partir en guerre contre le grand ennemi de Rome à cette époque : Mithridate, roi du Pont. Cette campagne en Orient sera l’occasion pour lui d’accéder à une gloire inégalée et de marcher dans les pas d’Alexandre le Grand, son modèle. Il soumet les peuples les uns après les autres, place Rome dans une position d’arbitre de la région, fonde des villes où il se bâtit une nombreuse clientèle, rapporte à Rome un butin d’une ampleur jamais vue (ses 50 000 légionnaires recevront chacun à l’issue de cette campagne 1500 dragmes soit 15 ans de solde…)  et deux nouvelles provinces. Nous sommes en -63, Pompée, de retour à Rome, triomphe une troisième fois avec un faste inégalé par le passé : son cortège fait 10 km et il faut 700 bateaux pour ramener d’Orient le butin de la campagne…

    Revenu en Italie pour de bon, Pompée va désormais se consacrer à la politique. Le constat est sévère : il n’a que peu d’alliés réels et est rejeté par la grande aristocratie qui voit d’un mauvais œil ce parvenu capitaliser sa position auprès du peuple grâce à sa gloire militaire. Cette situation est à l’origine de ce que l’on a appelé le premier triumvirat (-60) : accord personnel passé entre Pompée, Crassus et César visant à promouvoir les intérêts de chacun en une période de plus en plus instable politiquement : en particulier lors des élections au consulat qui sont de plus en plus l’occasion de troubles très violents sur le forum… C’est l’époque où l’on sent que la République vacille fortement, la caste des sénateurs reste, comme toujours, crispée sur ses privilèges, les démagogues du parti populaire tels Clodius mènent une agitation permanente dans les rues de la ville et la violence politique devient monnaie courante entre factions rivales. La guerre civile n’est pas loin.

    Même s’il obtient encore par la suite de belles fonctions et commandements, Pompée est finalement assez peu habile pour la politique et verra son influence réelle décroître au fur et à mesure au profit de celle de César, ce qui l’amènera peu à peu à se détacher de lui et à parfois voguer entre des alliances éphémères tant du côté des optimates que des populares, n’ayant jamais choisi un camp précis. Consul (unique !) une troisième fois en -52, il arrive à ramener le calme à Rome mais ne parvient pas à remettre sur pied une république moribonde qui souffre désormais d’un trouble supplémentaire : sa rivalité avec Jules César, son allié d’hier. Ce dernier triomphe depuis des années en Gaule, son prestige est immense et ses calculs politiques ne le sont pas moins : très généreux, il s’est acheté de nombreux soutiens et est très populaire, depuis longtemps, parmi le peuple romain car il est, malgré ses origines patriciennes, l’homme fort des populares. Pompée, quant à lui, est allié aux optimates, le parti sénatorial qui haït César et ne veut qu’une chose : conserver son statut privilégié. Les deux hommes veulent être les premiers à Rome et autour de leur rivalité vont se cristalliser les luttes politiques de leur époque amenant à une inévitable guerre civile. 1681044308.2.jpg

    Celle-ci trouvera comme prétexte le refus de César d’abandonner son commandement militaire et ses troupes. Déclaré ennemi public par le pouvoir en place, César entamera sa marche sur Rome (-49), marche victorieuse qui verra Pompée et les optimates fuir la ville éternelle afin de mieux résister ailleurs… On connait la suite : les Pompéiens, détenteurs de la légitimité sénatoriale, résisteront de leur mieux mais seront balayés par César qui utilisera au mieux sa chance et son sens politique (sa générosité et sa clémence envers ses ennemis d’hier) pour vaincre des forces adverses qui étaient loin d’être négligeables…

    A la suite du désastre de Pharsale (-48), le grand Pompée n’est plus, il n’a plus rien et se retrouve à fuir comme un simple paria à la tête de seulement quelques hommes. Cherchant refuge en Egypte où il a quelques amis influents, il ne se doute pas que le jeune pharaon Ptolémée XIII et ses cupides conseillers ne veulent pas d’un exilé de la sorte qui pourrait entacher leurs relations à venir avec le nouveau maître de Rome. Sur la barque qui l’amène de son bateau au rivage égyptien, le grand imperator est tué comme un chien dans une embuscade: plusieurs fois transpercé, il agonise sans dire un mot avant d’être décapité. Cette mort tragique bouleversera César qui, après avoir pleuré la mort tragique de son ennemi, fera retrouver et tuer les coupables de ce meurtre odieux. La mémoire de Pompée sera de même honorée par celui qui finira lui-même tragiquement assassiné 4 ans plus tard. A l’époque de fafwatch et de Clément Méric, ça fait réfléchir, n’est-ce pas ?

    Un personnage complexe

    Eric Teyssier s’attache à dresser du grand imperator un portrait permettant de mieux comprendre sa vie et ses choix. Le premier est son ambition, il veut être le premier mais pas à n’importe quel prix : il veut être aimé, trait de caractère qui le différencie déjà beaucoup de César. Hautement fidèle en amour, il ne le fut pas toujours en amitié, ce qui amena beaucoup de déconvenues dans les relations humaines qu’il avait avec des personnages comme Cicéron par exemple…  Dans ses derniers mois, allié aux optimates face aux Césariens, Pompée ne mène la barque qu’imparfaitement, il est très influencé par son entourage et est de moins en moins respecté si bien qu’il finira à l’issue du désastre de Pharsale par fuir quasiment seul et sans amis…

    A cause de cette ambition qui le dévorait et de son manque de sens politique, il a vogué au fur et à mesure de sa carrière entre les alliances éphémère si bien qu’il ne fut jamais réellement d’aucun parti et agit trop souvent comme un « dilettante » pour reprendre l’auteur. Incapable d’une vision politique à long terme, il prouve lors de son consulat unique de -52 qu’il n’est pas l’homme qui peut réformer la République romaine durablement.

    L’homme a cependant de bons aspects. Ayant passé une bonne partie de sa vie en tant que chef militaire, il était très soucieux du sort des légionnaires. Partageant leur quotidien au combat, n’hésitant pas à monter en première ligne avec eux dans sa jeunesse, il s’employa à ce qu’ils soient récompensés de tous les sacrifices que la vie militaire impliquait : que cela soit par sa générosité envers eux lors du partage du butin ou par son action politique envers ses vétérans. Il faut d’ailleurs souligner que beaucoup de ceux-ci répondirent à son appel quand il fallut s’opposer à César…

    Si Pompée est avide de pouvoir, il est cependant absolument insensible à l’argent et l’on retrouve chez lui un sens de vieux romain attaché aux valeurs qui avaient fait la grandeur de l’urbs : fides, pietas, virtus. Cela prouve en quelque sorte que les jeux politiques n’étaient pas faits pour un tel homme qui était plus à sa place parmi les légionnaires que parmi les politiciens avides qui, à sa différence, savaient employer la rhétorique… Cependant, les ambitions de Pompée sont à remettre dans leur contexte. En effet, les aspects militaire et politique à Rome sont hautement liés, donc faire une belle carrière militaire amène en toute logique à entrer en politique. De plus, il ne faut pas oublier qu’il est issu de l’ordre des chevaliers, ordre qui, à cette époque, se caractérise par une influence de plus en plus forte sur la société de par sa puissance financière. Si Pompée n’est pas attiré par le gain, il est quand même marqué par l’ambition qui caractérise son ordre social d’origine qui veut toujours plus et qui, malheureusement pour Rome, prendra de plus en plus de poids au fur et à mesure du temps…

    Personnage avec ses grandeurs et ses faiblesses, emblématique d’une époque –la Rome républicaine- qui meurt quasiment avec lui, le parcours de Pompée est résolument riche d’enseignements et le livre d’Eric Teyssier permet de mieux le connaître… et surtout de mieux le comprendre.

    Rüdiger http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • La Puissance : Histoire, Etats et souveraineté

    Dans le domaine de la pensée, un des actes fondateurs de l’Occident est la rédaction de la Guerre du Péloponnèse. Laissant les dieux à leurs amourettes de nymphes entre les lauriers roses, Thucydide analyse les actes, les évènements, les rapports de forces. Il étudie les impératifs d’un Etat continental, les atouts d’une cité maritime. Il décrypte la volonté ou la démesure des hommes et s’incline devant l’imprévu. Il invente l’histoire. Or, celle-ci n’est qu’un nom de muse pour désigner le choc des puissances projeté dans le temps. La puissance n’a pas bonne presse en Europe. Elle évoque au mieux une époque révolue, au pire le souvenir des Grandes Guerres avec leur cortège de massacres, de misère et de destructions. C’est une erreur et nous voulons le démontrer. Une réflexion sur l’histoire s’impose en préalable, nous l’avons vu. Mais qui sont les acteurs de la puissance ? Les Etats-nations sont-ils encore des référents valables à l’heure de la globalisation ? Voilà qui pose la question de la souveraineté. Pour un pays comme la France, une stratégie de puissance autonome est-elle souhaitable ou même viable dans un monde de réseaux ? Surtout, l’impasse ne peut être faite sur la question de la légitimité qui conditionne toute action dans les sociétés démocratiques contemporaines. Nous tâcherons alors de définir la puissance avant d’en dégager les domaines d’application privilégiés. Quelles sont les conditions de la puissance et, enfin, comment un Etat peut-il accroître sa puissance ?

    Puissance et Histoire

    Puissance et arbitraire
    Le prince disait « je veux ». Il était obéi. En fonction de ses intérêts, des opportunités ou de son caractère, il libérait ses énergies dans telle ou telle direction. Le fait du prince, c’est la force à l’état sauvage. Elle n’élevait de constructions politiques que de sable. Ainsi, à la mort de Clovis son œuvre disparut-elle dans d’interminables guerres successorales.
    Certaines construction politiques solidement enracinées dans une terre donnée, appuyée sur un peuple ayant une vague conscience de lui-même étaient appelées à durer. Le passage d’une domination patrimoniale au sentiment d’un destin commun préparait l’avènement des nations. Un frémissement connu en est la bataille de Bouvines où milices bourgeoises et chevaliers combattirent l’étranger aux côté de leur souverain.
    Lorsque Louis XIV agonisant déclare « je m’en vais mais l’Etat demeure » (Bluche) il annonce le temps où la Nation devient autonome, irréductible à la volonté du souverain, mais doit suivre ses intérêts propres dans un contexte stratégique et de valeurs particulier. (Drevillon) Cette mutation est globalement achevée sous Louis XVI où le discours stratégique français s’élabore sur la base de la liberté de circulation, sur les droits des nations, sur, enfin, un véritable ordre international fondé sur l’équilibre des forces et la concurrence économique (Poussou). La guerre même contre l’Angleterre ne se veut pas totale, elle n’est qu’un rééquilibrage. La dialectique de la liberté des mers permet de mobiliser les flottes européennes contre la Navy au nom du droit des gens. Les jeux de puissances interdisent l’idée liberticide d’empire.

    La puissance comme bien commun
    Après la Révolution et tout au long des deux siècles suivants, l’idée de droit des gens étendue aux relations internationales va déboucher sur celle de guerre juste. La conflictualité doit se justifier et les nations refusent de verser leur or et leur sang pour une cause qui n’en vaille pas la peine.
    La politique de puissance des nations est dès lors subordonnée au bien commun, ou du moins à sa représentation collective. La nation exige des comptes. La politique de puissance d’un Etat de droit n’est ainsi que l’expression de la prise en main de son destin. « La liberté implique de se risquer au déploiement de la puissance. » (Forget).

    L’histoire a-t-elle un sens ?
    Le drame de la pensée européenne contemporaine vient de sa passion des modélisations qui parfois la distrait du réel. Depuis qu’elle a rejeté Dieu hors des limites du monde, elle lui cherche un remplaçant pour signifier le monde, lui donner un sens.
    Le siècle des Lumières a inventé le culte de la Raison. Il s’est imaginé que le progrès des sciences et techniques se ferait au bénéfice de l’homme. Hegel a formalisé ce rêve en imaginant l’histoire sous forme d’ascension. La conscience de l’homme franchirait des étapes et s’éveillerait progressivement.
    Marx, enfin, a cru mettre à jour le ressort de l’histoire qui serait la lutte des classes.
    Toutes ces théories et leur postérité se fondent en une seule : celle d’une main invisible guidant la destinée de l’homme.
    L’historien intervient ici avec sécheresse. Il voit des facteurs, des bouleversements, des Révolutions parfois. Des données nouvelles à assimiler, des contraintes inconnues à surmonter, des constantes lourdes à maîtriser. Mais la marche de l’histoire est un mythe. Poursuivant une fin, l’homme en atteint souvent une autre, c’est ce que Jules Monnerot nommait l’hétérotélie.
    L’homme est capable de s’affranchir des facteurs rationnels et même des conditions de son bien propre. Les ressorts psychologiques des individus et des peuples confinent parfois à l’irrationnel, ainsi de la guerre suicidaire du Paraguay contre la coalition du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay où elle perdit héroïquement et sans profit les deux tiers de sa population de 1865 à 1870. Des individus, parfois, provoquent des ruptures. Alcibiade changeait, au gré de ses voltefaces, le destin de la guerre entre Athènes et Sparte plus sûrement qu’une flotte de trières en armes. Le génie de Napoléon valait 100 000 hommes. Un évènement anodin, parfois, met en branle les grandes tectoniques sociales et politiques. Il a suffi qu’un camelot désespéré s’immole par le feu en Tunisie pour bouleverser toute la sous-région.
    L’histoire est donc constituée d’évènements prévisibles et de ruptures qui sont autant d’opportunités, exploitées ou non. S’il fallait lui donner un sens, ce serait celui de l’action, de l’interaction des communautés humaines. Il n’est d’autre destin que celui que l’on forge.

    La fin de l’histoire ?
    L’écroulement de l’URSS ouvrait l’ère de l’hégémonie américaine. En attendant que le monde nouveau se mette en place, les Etats-Unis n’avaient plus de compétiteur. La terre était appelée à devenir un immense marché où s’entendraient les démocraties. Les récalcitrants, dont Saddam Hussein fournit l’archétype, seraient punis. A la recherche de puissance succédait la coopétition économique. Francis Fukuyama pouvait avancer sa thèse de la « fin de l’histoire ». En France, Bertrand Badie le relayait à sa manière en proclamant  «l’impuissance de la puissance ». Leur songe brumeux s’est évaporé au soleil de la réalité. Le « Grand échiquier » s’est remis en place. La Chine s’est réveillée. La Russie est redevenue une puissance. La crédibilité militaire occidentale s’est émoussée en Afghanistan. Le déclin européen s’est poursuivi tandis que le pivot du monde a basculé de l’espace Atlantique à l’arc Pacifique. La compétition est plus que jamais rude entre les individus, les peuples, les puissances.
    Certes, l’histoire est tragique, c’est un lieu commun que de le rappeler. Vouloir en sortir c’est pourtant quitter le domaine de la liberté humaine. C’est délaisser l’action et entrer de plein pied dans l‘Age du renoncement (Delsol).

    Intérêt de milieu et intérêts de possession : la fin de la guerre ?
    La puissance a longtemps été territoriale. Les bâtisseurs d’empires rassemblaient des terres et entraient dans l’histoire. La puissance territoriale était aussi un enjeu de prestige. Meurtrie par la perte de l’Alsace-Lorraine, la France de la IIIe République fit preuve d’une véritable boulimie, conquérant à peu près tout ce qu’elle pouvait. Les terres, les montagnes et les déserts. Nous savons depuis les travaux de Jacques Marseille que l’empire colonial français fut un gouffre financier. Il fut aussi un formidable multiplicateur de puissance, véritable assurance-vie de la nation. Si la France n’avait pas eu Dakar et Alger, elle n’aurait jamais siégé à la table des vainqueurs du second conflit mondial. Elle disposait grâce à l’empire d’une certaine marge de manœuvre, d’une liberté de mouvement relative.
    Tout cela est passé. Les enjeux territoriaux ont perdu leur valeur. Les intérêts de milieu ont relégué les intérêts de possession en marges des vecteurs de puissance. Les rivalités s’articulent autour de flux et de réseaux. Il est vain de contrôler un territoire.  Au temps de la globalisation, le coût impérial est devenu prohibitif en termes financiers et de légitimité.
    Certes, on trouve de remarquables exceptions, en Afrique notamment, et quelques tensions sporadiques en mer de Chine. Globalement, les grandes puissances ne s’affrontent plus pour une province. Elles se déchirent sur le terrain de l’économie. « Dans la mesure où la conquête géographique n’a plus vraiment de sens, n’étant plus la manifestation adéquate de la puissance et la mesure réelle du pouvoir, ces deux champs d’affrontement (l’économie et l’opinion) constituent en quelque sorte un autre moyen de faire la guerre […], d’imposer sa volonté aux autres – ce qui définit très exactement la puissance écrivait Raymond Aron » ( Delbecque).  Pour être devenue économique, la guerre n’en est pas moins acharnée entre les peuples. Les friches industrielles sont le pendant moderne des ruines de guerres. Les batailles perdues ne laissent plus de morts sur le terrain mais des cohortes de chômeurs sans avenir. Perdre un marché, une compétence ou un avantage concurrentiel est plus lourd de conséquences sur la collectivité qu’un revers lors des campagnes d’antan. Eric Delbecque a pu avancer que « L’histoire de la guerre se définit donc comme le récit des métamorphoses de la contrainte ».  Le monde contemporain est celui de la compétition tout azimut. Economique certes. Militaire, toujours. Mais aussi scientifique, sportive, culturelle…

    À suivre http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/puissance-histoire-etats-souverainete/

  • Roland Dumas dans l’œil du phénix

     

    Personnage aux multiples facettes, Roland Dumas vient de publier un livre où il passe en revue les rencontres majeures de sa tumultueuse vie d’avocat, de député et de chef de la diplomatie du président François Mitterrand.

     

    De gauche à droite : Jean-Marie Le Pen, Me Elie Hatem et Roland Dumas

    Infatigable, lucide, jovial, fin analyste et diplomate - dans tous les sens du terme -, Roland Dumas me surprend avec son énergie débordante, ses projets et ses idées qu’il lance courageusement, à quatre-vingt-neuf ans. Charmant et charmeur, notamment de la gente féminine, qualité indispensable en politique, il multiplie les interventions sur les plateaux télévisés, les rendez-vous, les voyages et les aventures de toute sorte... Le suivre est un défi permanent.

    Question syrienne

    Fin juriste – avocat, mais aussi président d’honneur du Conseil constitutionnel -, il nourrit sesréflexions de son expérience politique et diplomatique. Rationnel et objectif, il s’insurge contre toute aberration, surtout quand sont en jeu les intérêts de notre pays. C’est ainsi qu’il rejoint, par exemple, la position de Marine Le Pen sur la question syrienne : « Ce n’est pas parce que Marine Le Pen le déclare que c’est mauvais de le penser ! [...] Je ne comprends pas la logique de notre diplomatie qui veut armer les rebelles en Syrie dont un grand nombre est constitué d’islamistes liés notamment à Al-Qaïda. Ce sont ces mêmes mercenaires qu’on veut armer en Syrie qui iront attaquer nos soldats au Mali ! »

    L’intérêt supérieur de la nation et la défense du pays réel sont ancrés dans le subconscient de ses objectifs politiques. Il le rappelle dans cet ouvrage, notamment dans les deux chapitres consacrés à François Mitterrand, un personnage lui aussi complexe à placer sur l’actuel échiquier politique républicain. Est-il de droite ou de gauche ? L’origine du clivage droite-gauche remonte à la Révlution, où les partisans de la royauté se rangèrent à la droite du président de l’Assemblée nationale, et les républicains à sa gauche. Cette tradition est désuète aujourd’hui, la droite et la gauche étant toutes les deux républicaines... Au-delà de tout clivage, c’est la nation qui compte. C’est la raison pour laquelle, quand on l’interroge sur sa carrière politique et diplomatique, Roland Dumas répond : « J’ai servi la France. » Ce faisant, il reprend Talleyrand, qu’il considère comme « un homme exceptionnel » et auquel on l’a récemment comparé dans une émission de télévision. À l’instar de Talleyrand, il se défend d’avoir son propre style en politique mais surtout en diplomatie, marquant ainsi l’histoire contemporaine de notre pays. On disait que Mitterrand avait « deux amis avocats : Badinter pour le droit et Dumas pour le tordu ».

    Colloque à la Faco

    Cette énigme du personnage, mais surtout son intelligence, son sens de la réplique et sa rhétorique saisissante ont impressionné toute une assistance composée d’ancien présidents de la République, d’anciens ministres, de hauts diplomates, de personnages politiques, il y a quelques mois, lors d’un colloque que j’avais organisé à la Faculté libre de droit et d’économie de Paris. Il en a présidé la deuxième partie, tandis que la première l’avait été par M. Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies - dont l’élection à cette fonction avait été manœuvrée par François Mitterrand et Roland Dumas.

    Dans l’assistance se trouvait Jean-Marie Le Pen. [...]

    Me Elie Hatem - La suite sur L’AF 2866

    http://www.actionfrancaise.net