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culture et histoire - Page 1845

  • Chronique de livre : Eric Teyssier, Pompée, Perrin, 2013

     

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    Première biographie de Pompée en langue française depuis des décennies, on peut se réjouir qu’elle provienne d’un historien sérieux qui s’est fait particulièrement remarquer ces dernières années grâce, entre autre, à sa somme consacrée aux gladiateurs : La mort en face ; Le dossier gladiateurs. On peut s’étonner à juste raison que le personnage de Pompée n’ait pas reçu plus d’attention que cela de la part des historiens modernes car il est l’une des plus grandes figures de l’antiquité romaine. Grand adversaire de Jules César, sa défaite face à celui-ci n’en fait pas quelqu’un de moins intéressant ou de moins représentatif de cette époque troublée que fut la fin de la république romaine, qui voit peu à peu son esprit disparaître entre dissensions politiques, ambitions démesurées d’hommes soucieux de bafouer ses règles et incapacité d’adaptation à un empire qui dépasse depuis longtemps la simple péninsule italienne. Oui, à l’époque de Pompée, la concordia tant louée par les Romains, n’est plus vraiment de mise et c’est une situation de guerre civile qui ne dit pas toujours son nom qui prévaut.

    A l’image de son modèle Alexandre le Grand, Pompée eut un destin glorieux et tragique à la fois. Général très jeune, il est déjà surnommé Pompée le Grand alors qu’il n’a pas 25 ans. Rempli d’audace, allant de victoires en victoires, il a droit trois fois au triomphe militaire de son vivant. Ses victoires tant sur les trois continents que sur mer firent de lui un personnage de premier plan, influent dans les provinces qu’il avait soumises comme à Rome, bâtisseur de villes et faiseur de rois à l’étranger.

    Une vie au service de Rome

    Pompée est né en -106 dans une famille influente de notables du Picenum. Issu de la classe des chevaliers, sorte de bourgeoisie de l’époque, il compte parmi sa famille quelques grands noms. Son père surtout, Cnaeus Pompeius Strabo, va faire une belle carrière politique et accéder à la magistrature suprême, le consulat, en -89. C’est à ses côtés que Pompée va faire ses débuts, lors de la guerre des alliés, qui voit son père accéder au triomphe. Le jeune Pompée ajoute donc très jeune à son éducation gréco-romaine (qu’il ne peut donc approfondir) une solide formation militaire qu’il entretiendra toute sa vie. A partir de -88, Rome entre dans une période de guerre civile très meurtrière et Pompée se range du côté des optimates de Sylla qui font face au parti populaire du vieux général Marius. Sylla ayant triomphé et étant devenu dictateur à Rome, il favorise grandement l’ascension de ce jeune homme qui l’a bien aidé et est devenu l’un de ses lieutenants les plus proches. Pompée s’attire pourtant bien vite la méfiance de son maître à cause de son ambition qui apparaît vite comme démesurée un jeune homme de 25 ans qui parvient par exemple à obtenir un triomphe militaire en dépit des interdictions légales du cursus honorum, du jamais vu à Rome ! Désormais, Pompée est connu sous le nom de Cnaeus Pompeius Magnus - Pompée le Grand - et il est un personnage avec lequel il faut compter.

    Dans les années qui suivent, Pompée fait la guerre de manière quasi-continuelle.  Il vainc au terme d’une très dure guerre de près de 4 ans le dernier grand lieutenant de Marius en Espagne : Sertorius. Il débarrasse peu après la Méditerranée du fléau de la piraterie avant de partir en guerre contre le grand ennemi de Rome à cette époque : Mithridate, roi du Pont. Cette campagne en Orient sera l’occasion pour lui d’accéder à une gloire inégalée et de marcher dans les pas d’Alexandre le Grand, son modèle. Il soumet les peuples les uns après les autres, place Rome dans une position d’arbitre de la région, fonde des villes où il se bâtit une nombreuse clientèle, rapporte à Rome un butin d’une ampleur jamais vue (ses 50 000 légionnaires recevront chacun à l’issue de cette campagne 1500 dragmes soit 15 ans de solde…)  et deux nouvelles provinces. Nous sommes en -63, Pompée, de retour à Rome, triomphe une troisième fois avec un faste inégalé par le passé : son cortège fait 10 km et il faut 700 bateaux pour ramener d’Orient le butin de la campagne…

    Revenu en Italie pour de bon, Pompée va désormais se consacrer à la politique. Le constat est sévère : il n’a que peu d’alliés réels et est rejeté par la grande aristocratie qui voit d’un mauvais œil ce parvenu capitaliser sa position auprès du peuple grâce à sa gloire militaire. Cette situation est à l’origine de ce que l’on a appelé le premier triumvirat (-60) : accord personnel passé entre Pompée, Crassus et César visant à promouvoir les intérêts de chacun en une période de plus en plus instable politiquement : en particulier lors des élections au consulat qui sont de plus en plus l’occasion de troubles très violents sur le forum… C’est l’époque où l’on sent que la République vacille fortement, la caste des sénateurs reste, comme toujours, crispée sur ses privilèges, les démagogues du parti populaire tels Clodius mènent une agitation permanente dans les rues de la ville et la violence politique devient monnaie courante entre factions rivales. La guerre civile n’est pas loin.

    Même s’il obtient encore par la suite de belles fonctions et commandements, Pompée est finalement assez peu habile pour la politique et verra son influence réelle décroître au fur et à mesure au profit de celle de César, ce qui l’amènera peu à peu à se détacher de lui et à parfois voguer entre des alliances éphémères tant du côté des optimates que des populares, n’ayant jamais choisi un camp précis. Consul (unique !) une troisième fois en -52, il arrive à ramener le calme à Rome mais ne parvient pas à remettre sur pied une république moribonde qui souffre désormais d’un trouble supplémentaire : sa rivalité avec Jules César, son allié d’hier. Ce dernier triomphe depuis des années en Gaule, son prestige est immense et ses calculs politiques ne le sont pas moins : très généreux, il s’est acheté de nombreux soutiens et est très populaire, depuis longtemps, parmi le peuple romain car il est, malgré ses origines patriciennes, l’homme fort des populares. Pompée, quant à lui, est allié aux optimates, le parti sénatorial qui haït César et ne veut qu’une chose : conserver son statut privilégié. Les deux hommes veulent être les premiers à Rome et autour de leur rivalité vont se cristalliser les luttes politiques de leur époque amenant à une inévitable guerre civile. 1681044308.2.jpg

    Celle-ci trouvera comme prétexte le refus de César d’abandonner son commandement militaire et ses troupes. Déclaré ennemi public par le pouvoir en place, César entamera sa marche sur Rome (-49), marche victorieuse qui verra Pompée et les optimates fuir la ville éternelle afin de mieux résister ailleurs… On connait la suite : les Pompéiens, détenteurs de la légitimité sénatoriale, résisteront de leur mieux mais seront balayés par César qui utilisera au mieux sa chance et son sens politique (sa générosité et sa clémence envers ses ennemis d’hier) pour vaincre des forces adverses qui étaient loin d’être négligeables…

    A la suite du désastre de Pharsale (-48), le grand Pompée n’est plus, il n’a plus rien et se retrouve à fuir comme un simple paria à la tête de seulement quelques hommes. Cherchant refuge en Egypte où il a quelques amis influents, il ne se doute pas que le jeune pharaon Ptolémée XIII et ses cupides conseillers ne veulent pas d’un exilé de la sorte qui pourrait entacher leurs relations à venir avec le nouveau maître de Rome. Sur la barque qui l’amène de son bateau au rivage égyptien, le grand imperator est tué comme un chien dans une embuscade: plusieurs fois transpercé, il agonise sans dire un mot avant d’être décapité. Cette mort tragique bouleversera César qui, après avoir pleuré la mort tragique de son ennemi, fera retrouver et tuer les coupables de ce meurtre odieux. La mémoire de Pompée sera de même honorée par celui qui finira lui-même tragiquement assassiné 4 ans plus tard. A l’époque de fafwatch et de Clément Méric, ça fait réfléchir, n’est-ce pas ?

    Un personnage complexe

    Eric Teyssier s’attache à dresser du grand imperator un portrait permettant de mieux comprendre sa vie et ses choix. Le premier est son ambition, il veut être le premier mais pas à n’importe quel prix : il veut être aimé, trait de caractère qui le différencie déjà beaucoup de César. Hautement fidèle en amour, il ne le fut pas toujours en amitié, ce qui amena beaucoup de déconvenues dans les relations humaines qu’il avait avec des personnages comme Cicéron par exemple…  Dans ses derniers mois, allié aux optimates face aux Césariens, Pompée ne mène la barque qu’imparfaitement, il est très influencé par son entourage et est de moins en moins respecté si bien qu’il finira à l’issue du désastre de Pharsale par fuir quasiment seul et sans amis…

    A cause de cette ambition qui le dévorait et de son manque de sens politique, il a vogué au fur et à mesure de sa carrière entre les alliances éphémère si bien qu’il ne fut jamais réellement d’aucun parti et agit trop souvent comme un « dilettante » pour reprendre l’auteur. Incapable d’une vision politique à long terme, il prouve lors de son consulat unique de -52 qu’il n’est pas l’homme qui peut réformer la République romaine durablement.

    L’homme a cependant de bons aspects. Ayant passé une bonne partie de sa vie en tant que chef militaire, il était très soucieux du sort des légionnaires. Partageant leur quotidien au combat, n’hésitant pas à monter en première ligne avec eux dans sa jeunesse, il s’employa à ce qu’ils soient récompensés de tous les sacrifices que la vie militaire impliquait : que cela soit par sa générosité envers eux lors du partage du butin ou par son action politique envers ses vétérans. Il faut d’ailleurs souligner que beaucoup de ceux-ci répondirent à son appel quand il fallut s’opposer à César…

    Si Pompée est avide de pouvoir, il est cependant absolument insensible à l’argent et l’on retrouve chez lui un sens de vieux romain attaché aux valeurs qui avaient fait la grandeur de l’urbs : fides, pietas, virtus. Cela prouve en quelque sorte que les jeux politiques n’étaient pas faits pour un tel homme qui était plus à sa place parmi les légionnaires que parmi les politiciens avides qui, à sa différence, savaient employer la rhétorique… Cependant, les ambitions de Pompée sont à remettre dans leur contexte. En effet, les aspects militaire et politique à Rome sont hautement liés, donc faire une belle carrière militaire amène en toute logique à entrer en politique. De plus, il ne faut pas oublier qu’il est issu de l’ordre des chevaliers, ordre qui, à cette époque, se caractérise par une influence de plus en plus forte sur la société de par sa puissance financière. Si Pompée n’est pas attiré par le gain, il est quand même marqué par l’ambition qui caractérise son ordre social d’origine qui veut toujours plus et qui, malheureusement pour Rome, prendra de plus en plus de poids au fur et à mesure du temps…

    Personnage avec ses grandeurs et ses faiblesses, emblématique d’une époque –la Rome républicaine- qui meurt quasiment avec lui, le parcours de Pompée est résolument riche d’enseignements et le livre d’Eric Teyssier permet de mieux le connaître… et surtout de mieux le comprendre.

    Rüdiger http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • La Puissance : Histoire, Etats et souveraineté

    Dans le domaine de la pensée, un des actes fondateurs de l’Occident est la rédaction de la Guerre du Péloponnèse. Laissant les dieux à leurs amourettes de nymphes entre les lauriers roses, Thucydide analyse les actes, les évènements, les rapports de forces. Il étudie les impératifs d’un Etat continental, les atouts d’une cité maritime. Il décrypte la volonté ou la démesure des hommes et s’incline devant l’imprévu. Il invente l’histoire. Or, celle-ci n’est qu’un nom de muse pour désigner le choc des puissances projeté dans le temps. La puissance n’a pas bonne presse en Europe. Elle évoque au mieux une époque révolue, au pire le souvenir des Grandes Guerres avec leur cortège de massacres, de misère et de destructions. C’est une erreur et nous voulons le démontrer. Une réflexion sur l’histoire s’impose en préalable, nous l’avons vu. Mais qui sont les acteurs de la puissance ? Les Etats-nations sont-ils encore des référents valables à l’heure de la globalisation ? Voilà qui pose la question de la souveraineté. Pour un pays comme la France, une stratégie de puissance autonome est-elle souhaitable ou même viable dans un monde de réseaux ? Surtout, l’impasse ne peut être faite sur la question de la légitimité qui conditionne toute action dans les sociétés démocratiques contemporaines. Nous tâcherons alors de définir la puissance avant d’en dégager les domaines d’application privilégiés. Quelles sont les conditions de la puissance et, enfin, comment un Etat peut-il accroître sa puissance ?

    Puissance et Histoire

    Puissance et arbitraire
    Le prince disait « je veux ». Il était obéi. En fonction de ses intérêts, des opportunités ou de son caractère, il libérait ses énergies dans telle ou telle direction. Le fait du prince, c’est la force à l’état sauvage. Elle n’élevait de constructions politiques que de sable. Ainsi, à la mort de Clovis son œuvre disparut-elle dans d’interminables guerres successorales.
    Certaines construction politiques solidement enracinées dans une terre donnée, appuyée sur un peuple ayant une vague conscience de lui-même étaient appelées à durer. Le passage d’une domination patrimoniale au sentiment d’un destin commun préparait l’avènement des nations. Un frémissement connu en est la bataille de Bouvines où milices bourgeoises et chevaliers combattirent l’étranger aux côté de leur souverain.
    Lorsque Louis XIV agonisant déclare « je m’en vais mais l’Etat demeure » (Bluche) il annonce le temps où la Nation devient autonome, irréductible à la volonté du souverain, mais doit suivre ses intérêts propres dans un contexte stratégique et de valeurs particulier. (Drevillon) Cette mutation est globalement achevée sous Louis XVI où le discours stratégique français s’élabore sur la base de la liberté de circulation, sur les droits des nations, sur, enfin, un véritable ordre international fondé sur l’équilibre des forces et la concurrence économique (Poussou). La guerre même contre l’Angleterre ne se veut pas totale, elle n’est qu’un rééquilibrage. La dialectique de la liberté des mers permet de mobiliser les flottes européennes contre la Navy au nom du droit des gens. Les jeux de puissances interdisent l’idée liberticide d’empire.

    La puissance comme bien commun
    Après la Révolution et tout au long des deux siècles suivants, l’idée de droit des gens étendue aux relations internationales va déboucher sur celle de guerre juste. La conflictualité doit se justifier et les nations refusent de verser leur or et leur sang pour une cause qui n’en vaille pas la peine.
    La politique de puissance des nations est dès lors subordonnée au bien commun, ou du moins à sa représentation collective. La nation exige des comptes. La politique de puissance d’un Etat de droit n’est ainsi que l’expression de la prise en main de son destin. « La liberté implique de se risquer au déploiement de la puissance. » (Forget).

    L’histoire a-t-elle un sens ?
    Le drame de la pensée européenne contemporaine vient de sa passion des modélisations qui parfois la distrait du réel. Depuis qu’elle a rejeté Dieu hors des limites du monde, elle lui cherche un remplaçant pour signifier le monde, lui donner un sens.
    Le siècle des Lumières a inventé le culte de la Raison. Il s’est imaginé que le progrès des sciences et techniques se ferait au bénéfice de l’homme. Hegel a formalisé ce rêve en imaginant l’histoire sous forme d’ascension. La conscience de l’homme franchirait des étapes et s’éveillerait progressivement.
    Marx, enfin, a cru mettre à jour le ressort de l’histoire qui serait la lutte des classes.
    Toutes ces théories et leur postérité se fondent en une seule : celle d’une main invisible guidant la destinée de l’homme.
    L’historien intervient ici avec sécheresse. Il voit des facteurs, des bouleversements, des Révolutions parfois. Des données nouvelles à assimiler, des contraintes inconnues à surmonter, des constantes lourdes à maîtriser. Mais la marche de l’histoire est un mythe. Poursuivant une fin, l’homme en atteint souvent une autre, c’est ce que Jules Monnerot nommait l’hétérotélie.
    L’homme est capable de s’affranchir des facteurs rationnels et même des conditions de son bien propre. Les ressorts psychologiques des individus et des peuples confinent parfois à l’irrationnel, ainsi de la guerre suicidaire du Paraguay contre la coalition du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay où elle perdit héroïquement et sans profit les deux tiers de sa population de 1865 à 1870. Des individus, parfois, provoquent des ruptures. Alcibiade changeait, au gré de ses voltefaces, le destin de la guerre entre Athènes et Sparte plus sûrement qu’une flotte de trières en armes. Le génie de Napoléon valait 100 000 hommes. Un évènement anodin, parfois, met en branle les grandes tectoniques sociales et politiques. Il a suffi qu’un camelot désespéré s’immole par le feu en Tunisie pour bouleverser toute la sous-région.
    L’histoire est donc constituée d’évènements prévisibles et de ruptures qui sont autant d’opportunités, exploitées ou non. S’il fallait lui donner un sens, ce serait celui de l’action, de l’interaction des communautés humaines. Il n’est d’autre destin que celui que l’on forge.

    La fin de l’histoire ?
    L’écroulement de l’URSS ouvrait l’ère de l’hégémonie américaine. En attendant que le monde nouveau se mette en place, les Etats-Unis n’avaient plus de compétiteur. La terre était appelée à devenir un immense marché où s’entendraient les démocraties. Les récalcitrants, dont Saddam Hussein fournit l’archétype, seraient punis. A la recherche de puissance succédait la coopétition économique. Francis Fukuyama pouvait avancer sa thèse de la « fin de l’histoire ». En France, Bertrand Badie le relayait à sa manière en proclamant  «l’impuissance de la puissance ». Leur songe brumeux s’est évaporé au soleil de la réalité. Le « Grand échiquier » s’est remis en place. La Chine s’est réveillée. La Russie est redevenue une puissance. La crédibilité militaire occidentale s’est émoussée en Afghanistan. Le déclin européen s’est poursuivi tandis que le pivot du monde a basculé de l’espace Atlantique à l’arc Pacifique. La compétition est plus que jamais rude entre les individus, les peuples, les puissances.
    Certes, l’histoire est tragique, c’est un lieu commun que de le rappeler. Vouloir en sortir c’est pourtant quitter le domaine de la liberté humaine. C’est délaisser l’action et entrer de plein pied dans l‘Age du renoncement (Delsol).

    Intérêt de milieu et intérêts de possession : la fin de la guerre ?
    La puissance a longtemps été territoriale. Les bâtisseurs d’empires rassemblaient des terres et entraient dans l’histoire. La puissance territoriale était aussi un enjeu de prestige. Meurtrie par la perte de l’Alsace-Lorraine, la France de la IIIe République fit preuve d’une véritable boulimie, conquérant à peu près tout ce qu’elle pouvait. Les terres, les montagnes et les déserts. Nous savons depuis les travaux de Jacques Marseille que l’empire colonial français fut un gouffre financier. Il fut aussi un formidable multiplicateur de puissance, véritable assurance-vie de la nation. Si la France n’avait pas eu Dakar et Alger, elle n’aurait jamais siégé à la table des vainqueurs du second conflit mondial. Elle disposait grâce à l’empire d’une certaine marge de manœuvre, d’une liberté de mouvement relative.
    Tout cela est passé. Les enjeux territoriaux ont perdu leur valeur. Les intérêts de milieu ont relégué les intérêts de possession en marges des vecteurs de puissance. Les rivalités s’articulent autour de flux et de réseaux. Il est vain de contrôler un territoire.  Au temps de la globalisation, le coût impérial est devenu prohibitif en termes financiers et de légitimité.
    Certes, on trouve de remarquables exceptions, en Afrique notamment, et quelques tensions sporadiques en mer de Chine. Globalement, les grandes puissances ne s’affrontent plus pour une province. Elles se déchirent sur le terrain de l’économie. « Dans la mesure où la conquête géographique n’a plus vraiment de sens, n’étant plus la manifestation adéquate de la puissance et la mesure réelle du pouvoir, ces deux champs d’affrontement (l’économie et l’opinion) constituent en quelque sorte un autre moyen de faire la guerre […], d’imposer sa volonté aux autres – ce qui définit très exactement la puissance écrivait Raymond Aron » ( Delbecque).  Pour être devenue économique, la guerre n’en est pas moins acharnée entre les peuples. Les friches industrielles sont le pendant moderne des ruines de guerres. Les batailles perdues ne laissent plus de morts sur le terrain mais des cohortes de chômeurs sans avenir. Perdre un marché, une compétence ou un avantage concurrentiel est plus lourd de conséquences sur la collectivité qu’un revers lors des campagnes d’antan. Eric Delbecque a pu avancer que « L’histoire de la guerre se définit donc comme le récit des métamorphoses de la contrainte ».  Le monde contemporain est celui de la compétition tout azimut. Economique certes. Militaire, toujours. Mais aussi scientifique, sportive, culturelle…

    À suivre http://www.infoguerre.fr/france-europe-puissances/puissance-histoire-etats-souverainete/

  • Roland Dumas dans l’œil du phénix

     

    Personnage aux multiples facettes, Roland Dumas vient de publier un livre où il passe en revue les rencontres majeures de sa tumultueuse vie d’avocat, de député et de chef de la diplomatie du président François Mitterrand.

     

    De gauche à droite : Jean-Marie Le Pen, Me Elie Hatem et Roland Dumas

    Infatigable, lucide, jovial, fin analyste et diplomate - dans tous les sens du terme -, Roland Dumas me surprend avec son énergie débordante, ses projets et ses idées qu’il lance courageusement, à quatre-vingt-neuf ans. Charmant et charmeur, notamment de la gente féminine, qualité indispensable en politique, il multiplie les interventions sur les plateaux télévisés, les rendez-vous, les voyages et les aventures de toute sorte... Le suivre est un défi permanent.

    Question syrienne

    Fin juriste – avocat, mais aussi président d’honneur du Conseil constitutionnel -, il nourrit sesréflexions de son expérience politique et diplomatique. Rationnel et objectif, il s’insurge contre toute aberration, surtout quand sont en jeu les intérêts de notre pays. C’est ainsi qu’il rejoint, par exemple, la position de Marine Le Pen sur la question syrienne : « Ce n’est pas parce que Marine Le Pen le déclare que c’est mauvais de le penser ! [...] Je ne comprends pas la logique de notre diplomatie qui veut armer les rebelles en Syrie dont un grand nombre est constitué d’islamistes liés notamment à Al-Qaïda. Ce sont ces mêmes mercenaires qu’on veut armer en Syrie qui iront attaquer nos soldats au Mali ! »

    L’intérêt supérieur de la nation et la défense du pays réel sont ancrés dans le subconscient de ses objectifs politiques. Il le rappelle dans cet ouvrage, notamment dans les deux chapitres consacrés à François Mitterrand, un personnage lui aussi complexe à placer sur l’actuel échiquier politique républicain. Est-il de droite ou de gauche ? L’origine du clivage droite-gauche remonte à la Révlution, où les partisans de la royauté se rangèrent à la droite du président de l’Assemblée nationale, et les républicains à sa gauche. Cette tradition est désuète aujourd’hui, la droite et la gauche étant toutes les deux républicaines... Au-delà de tout clivage, c’est la nation qui compte. C’est la raison pour laquelle, quand on l’interroge sur sa carrière politique et diplomatique, Roland Dumas répond : « J’ai servi la France. » Ce faisant, il reprend Talleyrand, qu’il considère comme « un homme exceptionnel » et auquel on l’a récemment comparé dans une émission de télévision. À l’instar de Talleyrand, il se défend d’avoir son propre style en politique mais surtout en diplomatie, marquant ainsi l’histoire contemporaine de notre pays. On disait que Mitterrand avait « deux amis avocats : Badinter pour le droit et Dumas pour le tordu ».

    Colloque à la Faco

    Cette énigme du personnage, mais surtout son intelligence, son sens de la réplique et sa rhétorique saisissante ont impressionné toute une assistance composée d’ancien présidents de la République, d’anciens ministres, de hauts diplomates, de personnages politiques, il y a quelques mois, lors d’un colloque que j’avais organisé à la Faculté libre de droit et d’économie de Paris. Il en a présidé la deuxième partie, tandis que la première l’avait été par M. Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations Unies - dont l’élection à cette fonction avait été manœuvrée par François Mitterrand et Roland Dumas.

    Dans l’assistance se trouvait Jean-Marie Le Pen. [...]

    Me Elie Hatem - La suite sur L’AF 2866

    http://www.actionfrancaise.net

  • Varennes, 20-25 juin 1791. La fuite de la famille royale et la fin de la monarchie

    La fuite de Louis XVI et de sa famille dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 n’est pas qu’un des multiples rebondissements de la période révolutionnaire. Ses conséquences en font un des épisodes cruciaux de la Révolution. Un événement charnière qui va ternir l’image du roi et contribuera au renversement de la monarchie.

    Après son installation forcée aux Tuileries, le 6 octobre 1789, la famille royale n’est plus vraiment libre de ses mouvements. Surveillée de près, ses sorties sont contrôlées.

    Le 19 février 1791, le départ pour Rome des tantes de Louis XVI, inquiètes des lois anti-religieuses, jettent la suspicion sur la famille royale. Comme l’année précédente, Louis XVI souhaite passer la Semaine Sainte puis la belle saison avec sa famille au château de Saint-Cloud. Il fixe le départ au 18 avril. Aussitôt connue la nouvelle de ce projet, les milieux révolutionnaires affirment que le Roi veut quitter Paris pour faire ses Pâques avec un prêtre non assermenté. Au moment du départ, une foule hostile entoure le carrosse et l’empêche de partir. La famille royale doit donc rentrer aux Tuileries. En montant les marches du perron, Marie-Antoinette lance aux grenadiers : «Vous avouerez à présent que nous ne sommes pas libres !»

     L’arrestation de Louis XVI et de sa famille à Varennes chez l’épicier et procureur Jean-Baptiste Sauce

    Comme le lui avait conseillé Mirabeau, décédé le 2 avril 1791, et encouragé par le comte suédois, Axel de Fersen, Louis XVI décide de rejoindre le quartier général du marquis de Bouillé, à Montmédy, près de la frontière du Luxembourg. Il sait que les troupes du marquis lui sont fidèles.

    Un plan est échafaudé : il consiste à se faire passer pour l’équipage de la baronne de Korff (la marquise Louise-Elisabeth de Croÿ de Tourzel, gouvernante des enfants de France), veuve d’un colonel russe qui se rend à Francfort avec deux enfants (le Dauphin et Marie-Thérèse), une gouvernante, Mme Rochet (la reine), un valet de chambre (le roi) et trois domestiques (des gardes du corps du roi). Une berline est spécialement commandée pour cette équipée. La fuite est d’autant plus délicate qu’une domestique fait courir des rumeurs sur une éventuelle fuite de la famille royale. La surveillance est renforcée, des gardes dorment à même le sol devant les portes des appartements royaux. Malgré toutes ces précautions la famille royale parvient à sortir des Tuileries. La berline passe la Barrière Saint Martin (actuelle rotonde de la Villette) vers 1h20.

     

    Commence alors un voyage qui doit se conclure par la prise en charge de la famille par les troupes du marquis de Bouillé mais qui ne sera qu’une longue suite de contretemps et de malentendus. La berline royale prend beaucoup de retard sur l’horaire prévu. Dans la soirée, elle arrive à Sainte-Ménehould, en Champagne, où un détachement de hussards envoyé par le marquis de Bouillé doit assurer sa protection. La berline repart sans son escorte mais le maître de poste, Drouet, qui a reconnu Louis XVI, devance la berline par des chemins de traverse et parvient à l’étape suivante à Varennes-en-Argonne. Il alerte les habitants et le procureur de la commune, l’épicier Sauce. Ce sera la fin de l’équipée.

    La même nuit, le comte de Provence, futur Louis XVIII, quitte la France en suivant un autre itinéraire qui le conduit aux Pays-Bas autrichiens sans incident.

    La découverte du départ du roi à Paris

    Dès la découverte de la fuite du roi, c’est l’effervescence mais également l’inquiétude à Paris. Lafayette, Bailly et Alexandre de Beauharnais (le mari de Joséphine et président de l’Assemblée), se concertent et se mettent d’accord pour affirmer que le roi avait été «enlevé». L’annonce du départ de la famille royale est faite en début de séance. M. de Laporte, intendant de la liste civile, apporte à l’Assemblée un document (le «testament politique de Louis XVI», retrouvé en 2009) que le roi a rédigé et dans lequel il explique les raisons de son départ. Le 22 juin à 22 h, on apporte la nouvelle de l’arrestation du roi. Trois commissaires sont nommés pour ramener la famille royale à Paris : Barnave, Pétion et Latour-Maubourg.

    Le 23 juin, commence le retour de la famille royale à Paris. Un trajet long et difficile, ralenti ou interrompu par des manifestants qui lancent aux fugitifs injures et quolibets. A Paris, on avait affiché dans les rues : «Quiconque applaudira Louis XVI sera bâtonné ; quiconque l’insultera sera pendu». C’est donc dans un lourd silence que le roi retrouve la capitale dans la soirée du 25 juin. Le cortège passe au milieu d’une haie de gardes nationaux portant leurs crosses de fusils à l’envers.

     Le retour du roi à Paris

    Le prestige du roi ébranlé

    La fuite manquée du roi marque un tournant dans la Révolution. La confiance dans sa sincérité et son acceptation de la Révolution sont mises en doute. Cette situation pose un redoutable problème politique aux partisans de la monarchie constitutionnelle car l’on soupçonne le roi de collusion avec l’étranger, voire de trahison. Le roi est suspendu et l’Assemblée va admettre la théorie de l’«enlèvement» du roi pour sauver ce qui peut l’être. Mais l’histoire va s’emballer.

    Alors que la majorité de l’Assemblée tente de minimiser les conséquences du départ du roi, le principe monarchique commence à être remis en cause et certains parlent même ouvertement de République, une idée jusque-là très minoritaire. Mais les clubs commencent à s’agiter, sur fond d’agitation sociale engendrée par la loi le Chapelier du 14 juin interdisant toute association d’ouvriers et tout mouvement de grève.

    Le 16 juillet, suite à une pétition du Club des Cordeliers demandant la déchéance du roi, les modérés du club des Jacobins font une scission et fondent le club des Feuillants. Seule, une dizaine de députés, dont Robespierre, reste au club. Le 17 juillet alors que la foule afflue au Champs-de-Mars pour signer la pétition, un incident provoque une fusillade qui fera plusieurs dizaines de victimes. Le fossé entre les classes populaires et l’Assemblée ne fera, dès lors, que s’agrandir.

    La Constitution, discutée pendant tout l’été, est votée le 3 septembre et acceptée par le roi le 14, qui vient prêter serment devant l’Assemblée. L’Assemblée constituante considérant sa tâche comme achevée décide de se séparer le 30 septembre en précisant que ses membres seraient inéligibles à la nouvelle Assemblée législative. Pour beaucoup, la Révolution est terminée. La monarchie constitutionnelle semble bien installée, l’idée de République oubliée. Du moins le croit-on.

    La chute de la royauté

    Les mois qui suivent vont pourtant conduire à l’effondrement de la monarchie. La déclaration de guerre au «roi de Hongrie et de Bohême» (l’empereur d’Autriche), votée le 20 avril 1792, est souhaitée ouvertement par les Girondins, secrètement par le roi et combattue par Robespierre. Les défaites successives des armées françaises, les émigrés regroupés près des frontières, les rumeurs de trahison, vont créer une véritable ambiance de psychose. Une première journée insurrectionnelle a lieu le 20 juin. Les sans culottes parisiens investissent l’Assemblée législative et les Tuileries pour forcer le roi à retirer son veto sur la déportation des prêtres réfractaires et la formation d’un camp de fédérés à Paris. Louis XVI accepte de coiffer le bonnet phrygien et de boire à la santé de la nation mais ne cède pas.

     L’assaut des Tuileries

    Le 5 juillet, l’Assemblée déclare la nation «en danger». Les volontaires et fédérés affluent à Paris pour rejoindre l’armée. La Commune de Paris décide d’en finir avec la monarchie. Le palais des Tuileries est pris d’assaut dans la matinée du 10 août par 15 à 20 000 insurgés. 950 gardes suisse, 200 gentilshommes et 2000 gardes nationaux assurent sa défense. Le roi et sa famille se réfugient à l’Assemblée. Louis XVI ordonne le cessez-le-feu. 600 gardes suisses seront massacrés, le chef des gardes nationaux, Mandat, est assassiné par ses propres troupes.

    Le roi est suspendu, la famille royale est installée au palais du Luxembourg puis transférée au Temple le 13 août. Début septembre, sans-culottes et populace massacrent plus de mille détenus à Paris, des centaines en province. Une nouvelle Assemblée, la Convention, est élue au suffrage universel masculin à deux degrés. Elle proclame la République le 21 septembre. C’est la fin de la monarchie.

    Bibliographie :

    Mona OZOUF. Varennes. La mort de la royauté. 21 juin 1791. Trente journées qui ont fait la France, Gallimard, 2005.
    Marcel REINHARD, La Chute de la Royauté. 10 août 1792. Ces journées qui ont fait la France, Gallimard, 1969.
    Timothy TACKETT, Le Roi s’enfuit. Varennes et l’origine de la Terreur, La Découverte, 2004.

    http://histoire.fdesouche.com

  • 5 juillet 1962 : le massacre d’Oran, avec la complicité de De Gaulle

    Ce 5 juillet à Oran, alors que le prétendu « cessez-le-feu » était en vigueur depuis 3 mois, suite à la trahison gaulliste, se déroule une chasse aux Blancs visant les malheureux qui n’avaient pas encore eu le temps de quitter les lieux.

    « On égorgea, on tua au revolver ou à la mitraillette, on prit des rues en enfilade, tuant tout ce qui bougeait.
    On pénétra dans les restaurants, les magasins, les appartements, assassinant les pauvres gens avec des raffinements de cruauté, arrachant des yeux, coupant des membres. On vit même des femmes musulmanes dépecer des vivants avec les dents. »

    Bilan : 3 000 morts et disparus.

    Le pire, dans cette histoire, est que 18 000 soldats français étaient stationnés à Oran. Ils reçurent l’ordre de l’infâme général Katz de rester cantonnés dans leurs casernes, sans intervenir.
    Katz téléphona à De Gaulle pour l’informer de l’ampleur du massacre. Le chef de l’Etat répondit « ne bougez pas ».

    « C’est le seul exemple dans l’histoire d’un massacre perpétré sur une communauté sans défense, en présence d’une armée qui laisse assassiner ses ressortissants sans intervenir.

    La tuerie dura près de six heures. Lorsque à 17 heures les gendarmes français sortirent de leur trou à rats, le calme revint aussitôt.

    Les cadavres jonchaient la ville, on en trouva pendus aux crochets des bouchers, dans des poubelles…

    Dans la chaleur de juillet, la puanteur était horrible.

    Les soldats français et algériens déversèrent par camions les cadavres dans le Petit Lac et les couvrirent de chaux vive. Nul ne sait le bilan exact de cette Saint-Barthélemy.

    On parlait dans les semaines qui suivirent de 3.000 morts et disparus.

    C’est le chiffre que donna le sinistre De Broglie et que reprit le ministre André Santini.

    Ce qui est sûr, c’est que le massacre était prémédité car les tueries commencèrent à la même heure aux quatre coins de la ville qui était vaste.

    On peut presque dire que les morts eurent de la chance, car le sort des disparus qui furent signalés par des témoins dans les mines de l’Algérie, dans des prisons sordides, dans des maisons closes et des bars à soldats, traités en esclaves ou torturés fut sans nul doute pire encore. » (témoignage de Geneviève de Ternant)

    A lire, un dossier sur l’affaire « Katz – massacre d’Oran » ici.

    http://www.contre-info.com

  • Che Guevara vaincu par la foi identitaire des Boliviens

    LA PAZ (NOVOpress) – Ciro Bustos vient de publier ses mémoires de révolutionnaire communiste en Amérique du sud durant les années 1960. En avril 1967, ce lieutenant de Che Guevara avait été arrêté par l’armée bolivienne. Six mois plus tard, son idole était capturée et tuée par les Boliviens. Fin de l’aventure du fidèle compagnon de Fidel Castro qui avait tenté d’exporter la révolution castriste en Bolivie.

     

    Dans sa rubrique « Chasse aux mythes », la dernière édition du magazine « Guerres & Histoire » remet les pendules à l’heure au sujet de cette icône de la « Révolution mondiale ». Thierry Noël casse le mythe présentant « l’être humain le plus complet de notre époque » (dixit Jean-Paul Sartre) comme une victime d’un dictateur soutenu par la CIA. Pour « Guerres & Histoire », l’échec de la guérilla communiste en Bolivie réside dans la résistance des petits paysans voyant « d’un mauvais œil l’importation sur leurs terres d’un conflit armé mené par des étrangers pour la plupart venus de Cuba ».

    La population ne montre ainsi « aucun intérêt pour la cause de la révolution internationale communiste que les hommes du Che tentent de leur insuffler à travers d’interminables harangues », écrit Thierry Noël. Cette résistance identitaire se double d’un soutien actif au régime populiste du général Barrientos qui « jouit de la confiance et du soutien des paysans et indigènes prêts à le défendre armes à la main ». Les faits sont têtus : la propagande diffusée sur Che Guevara par les gauchistes et soixante-huitards attardés ne résiste pas à la réalité historique.

    http://fr.novopress.info

  • La philosophie orientale

    Le terme pour certains philosophes occidentaux est une usurpation. Pour Hegel elle n'a représenté que les balbutiements de la philosophie qui ne s'est pleinement épanouie qu'en Occident. Chez Husserl la philosophie n'était qu'européenne, certes non au sens géographique du terme. Quant à Heidegger, pour lui la philosophie orientale n'existe pas. Cela n'a pas empêché certains philosophes comme Schelling (pour l'hindouisme) ou Schopenhauer (pour le bouddhisme) de s'en inspirer.
    Cette critique de la philosophie orientale vient essentiellement de son syncrétisme de mythologie, de religiosité et de sagesses... La philosophie occidentale a voulu se couper des mythes et de la religion. Quant aux réflexions sur la sagesse mis à part les Stoïciens et les Épicuriens, ces thèmes seront quasiment absents ou considérés comme « légers » dans la plupart des œuvres philosophiques occidentales postérieures.
    L'Orient pour Herder correspondait à la petite enfance, idée que reprendra Hegel.
    De par sa diversité et son immensité la philosophie orientale est un gouffre dans lequel les occidentaux peuvent se dissoudre. Elle suscite tous les fantasmes de ceux qui sont en mal d'identité et qui vont s'y noyer comme les jeunes d'Occident dans les années soixante faisant le pèlerinage de Katmandou en confondant la spiritualité indienne et la fumette.
    Plus sérieusement il existe des spécialistes de cette pensée comme François Jullien, Roger Pol Droit, Michel Hulin, Augustin Berque...
    Le bouddhisme
    Cette religion n’est pas la plus ancienne en Asie mais elle est née en Inde pour se répandre dans toute l'Asie avec des variantes. Le bouddhisme a même fait une percée en Occident au XXème siècle. Le bouddhisme est la quatrième religion du monde. Dans cette religion-philosophie le concept de Dieu (ou dieu) n'existe pas. Il n'y a pas non plus de révélation. Le nirvana est un état de sérénité. Il faut anéantir le désir source de souffrance. Le Moi est nié ; il n'est qu'une agrégation de phénomènes conditionnés. La notion de personne n'existe pas. Le bouddhisme enseigne l'impermanence. Tout change, il n'y a rien de permanent. On retrouve chez les Grecs la pensée d'Heraclite. Citons les quatre Nobles Vérités du Bouddhisme :
    1- Toute vie est douleur
    2- Cette douleur est le produit d'un désir insatisfait
    3- Il est possible de mettre fin à la douleur et atteindre le nirvana
    4- Il faut suivre la « noble Vérité de l'Octuple Sentier » qui comprend huit chemins. Celui de la pensée juste, du parler juste, de l'action juste, de la compréhension juste, des moyens d'existence justes, de la concentration juste, de l'effort juste, de l'attention juste.
    Le bouddhisme est donc aussi une morale.
    L'hindouisme
    L'indouisme, plus vieille religion du monde, se vit par ses règles. Nous n'allons pas décrire tous les rituels avec notre vision occidentale. L'hindouisme comporte 330 millions de dieux. Les trois divinités principales sont Brahma, le créateur, Shiva le destructeur et Vishnou le conservateur. Une caractéristique de cette religion est la croyance en la réincarnation (la métempsychose).
    La «philosophie-religion» hindoue est imprégnée par la tradition et la hiérarchie ; Cette dernière sociologiquement s'exprime par l'existence de castes : les brahmanes, les prêtres, les ksatriyas, les guerriers, les vaisya, les artisans ou commerçants, castes considérées comme pures. Après nous avons les shuda (impurs), les serviteurs. Les intouchables sont hors castes tant ils sont impurs.
    La « philosophie » hindoue se trouve dans les Upanishad textes en prose ou en vers (Vllème siècle avant J.C) Les Upanishad dépassent le rite pour une connaissance. Pour un Occidental ces textes ressemblent à de la poésie et/ou une suite d'aphorismes :

    « Qui fait confiance au Non-savoir
    entre dans la ténèbre aveugle
    et dans la ténèbre épaisse
    celui-là qui fait confiance au savoir »

    Confucius
    Mao haïssait Confucius sans doute trop conservateur et parfait représentant de l'ordre ancien. Le confucianisme prône le recours à la tradition pour établir l'harmonie.
    Il faut donc le respect du fils à son père, du sujet envers le maître, bref respecter l'ordre établi.
    Dans le confucianisme existe une morale traditionnelle « l'honnête homme est exigeant envers soi, l'homme vulgaire est exigeant envers autrui ».
    Le corps social dans le confucianisme est hiérarchisé. Il faut avoir une obéissance absolue aux devoirs familiaux quitte à violer la loi générale. Dans le Confucianisme, la réussite sociale exprime la récompense d'une conduite vertueuse. Comme dans le protestantisme le confucianisme ne s'oppose pas au capitalisme.
    Mao avait donc de bonnes raisons de le haïr. « L’homme est la mesure de l'homme » selon Confucius. On retrouve Protagoras : « L'homme est la mesure de toute chose »
    L'idéal chez le philosophe chinois du juste milieu rejoint celui d'Aristote. Les anciens Grecs sont bien sur postérieurs à Confucius.
    Qu'est ce qu'un occidental peut retirer dans la philosophie orientale une fois dépassé l'attrait de l'exotisme ? La lire comme de la poésie emprunte de religiosité. La philosophie orientale est peu spéculative et peu conceptuelle comparée à la philosophie occidentale. Le respect de la parole du maître est omniprésent. C'est l'acceptation de l'ordre existant jusqu'au fatalisme qu'il soit celui de la nature ou de la société. Les sagesses de la Grèce antique comme celles de Stoïciens ou Épicuriens semblables à celles de l'Orient ne sont pas un summum de la philosophie occidentale. Elles peuvent toujours être étudiées par des érudits pour qui c'est le métier de valoriser leur sujet d'étude.
    La pensée orientale, donc très liée aux religions, a été un rempart puissant mais pas totalement hermétique aux religions venues d'ailleurs comme le christianisme et surtout l'Islam qui s'est implanté en Inde et même en Chine (Les Ouïgours). L'Occident s'est surtout exporté avec son commerce, sa science, sa technique et même ses philosophes a-religieux (Nietzsche a eu du succès en Chine). Les Occidentaux en mal de spiritualité ne font que chercher des réponses dans un Orient fantasmé et construit par eux.
    PATRICE GROS-SUAUDEAU

  • Entrer en « Résistance »…

    Le mot est sur bien des bouches. C'est un fort beau mot. Toute une génération de jeunes gens, et de moins jeunes aussi, qui le murmurent ou le lancent devant des badauds qui ne comprennent pas, ânonnant : « mais la loi est votée!... », ou des groupes vociférant : « Homophobes ! Fachos !... ».

    Entrer en « Résistance » ? Souvenons-nous et gardons en mémoire leurs noms...

     Quelques noms parmi bien d'autres...

    Portemont

    De l'esprit de « Résistance »...

    Extrait de la lettre adressée à l'abbé Franz Stock.
    "...Vous devinez mes sentiments. J'ai été élevé dans le culte de la Patrie – mes camarades aussi, j'en suis sûr – mais 1870 et 1914 ont tellement marqué sur mes parents et sur moi-même que je ne puis concevoir l'asservissement actuel de la France. Sans me permettre de juger le Département, je ne puis me croire qualifié pour reconstruire la France ainsi qu'on nous le propose. Tant qu'il y aura une lueur d'espoir, je combattrai pour débarrasser mon pays de l'emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions..."
    Lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves. Extrait de la lettre datée du 10 juillet 1940 adressée à l'amiral Godfroy. Honoré d'Estienne d'Orves fusillé le 29 août 1941.

    Extraits de lettres de Gabriel Duchêne (Scout à Marseille, résistant, mort pour la France le 29 mars 1945.
    A un prêtre : « Engagé dans les Corps Francs, je vais monter en ligne. Je pars le cœur libre de toute crainte. Je me suis confessé et j'ai communié. Je n'ai donc pas peur de mourir. Au cas où je ne reviendrais pas, je vous serais reconnaissant, cher Père, d'aider mes parents à supporter le coup. Vous savez combien ils tiennent à moi et une telle chose serait terrible pour eux. Je les aime tant !... Jamais je n'ai senti si fort cet amour. »
    A ses parents : « Maman, tu ne dois pas pleurer. Ni toi, papa. Je ne vous ai jamais autant aimés, autant chéris que maintenant ; mais je me suis engagé pour faire mon devoir de Français. Ne me reprochez pas d'avoir disposé de ma personne : elle appartenait à la France. »

    Henri Pertret, fusillé le 26 septembre 1943 à l'âge de 16 ans.
    « Chers parents,
    Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi. Vous ne pouvez pas savoir ce que j'ai moralement souffert dans ma cellule, ce que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir posée sur moi votre tendre sollicitude, que de loin.
    Pendant ces 97 jours de cellule votre amour m'a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner tout le mal que je vous ai fait... Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et plus particulièrement mes plus proches parents et amis. Dites-leur ma confiance en la France éternelle. Je salue, en tombant, mes camarades de lycée : à ce propos X me doit un paquet de cigarettes. Rendez « Le Comte de Monte-Cristo » à Z. Donnez à Z les 40 grammes de tabac que je lui dois.
    Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête ; que les Français soient heureux, voilà l'essentiel.
    Pour moi, ne vous faites pas de souci, je garde mon courage et ma bonne humeur jusqu'au bout et je chanterai « Sambre et Meuse » parce que c'est ma chère maman qui me l'a apprise. Les soldats viennent me chercher, je hâte le pas, mon écriture est peut-être tremblée, mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort. J'ai la conscience tellement tranquille. Maman, je t'en supplie, prie, songe que si je meurs c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre au Ciel. Qu'est-ce que cent ans ? Rappelle-toi : « et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui après la mort auront des successeurs. » Adieu ! La mort m'appelle ! Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous... C'est dur quand même de mourir. »

    De Pierre Dupont (scout-routier du clan Guy de Larigaudie de Belfort – une des deux unités scoutes décorées de la Croix de guerre 39/45, douze de ses vingt quatre routiers étant morts pour la France) – Résistant mort pour la France le 16 septembre 1944 à l'âge de 19 ans.
    A sa mère, le 14 septembre 1944 (2 jours avant sa mort) : « J'ai demandé à Dieu que si quelqu'un de chez nous doit disparaître, il daigne me choisir de préférence. Depuis, je suis prêt comme un petit scout. »

    De Georges Périot (Scout de France à Digne. Mort pour la France le 5 décembre 1944 à l'âge de 20 ans).
    A ses parents : « Rappelez-vous qu'un scout doit toujours « Servir » et j'ai répondu au Seigneur « je servirai. »
    Je suis mort en servant ma patrie, en voulant vous délivrer de vos maux et de vos ennemis. J'avais comme devise :
    « Mourir c'est vaincre ! Aimer c'est se vaincre et se donner ». Ces deux devises sont belles et m'ont permis de vivre mon scoutisme à fond. Fiez-vous toujours en Dieu et vous ne serez jamais déçus car Dieu seul nous guide. C'est un bien de mourir pour son Dieu, pour son pays, pour ceux qu'on aime. Je suis rentré à la maison du Père en vous aimant de tout mon cœur de 20 ans. Un sacrifice n'est jamais inutile car il apporte du bonheur à d'autres. Dieu regarde ce que l'on donne et non ce que l'on reçoit. »

    Agnès de La Barre de Nanteuil (Guide de France à Vannes) résistante, torturée, morte pour la France le 13 août 1944.
    « Je donne ma vie pour mon Dieu et ma patrie (...) J'ai été dénoncée, mais j'ai pardonné ! »

    De Guy de Larigaudie, Scout de France, Mort pour la France, 1908-1940
    "Me voici maintenant au baroud. Peut-être n'en reviendrais-je pas. J'avais de beaux rêves et de beaux projets, mais, n'était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j'exulte de joie. J'avais tellement la nostalgie du Ciel et voilà que la porte va bientôt s'ouvrir. Le sacrifice de ma vie n'est même pas un sacrifice, tant mon désir du Ciel et de de la possession de Dieu est vaste. J'avais rêvé de devenir un saint et d'être un modèle pour les louveteaux, les scouts et les routiers. L'ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve. ... Il n'est plus maintenant que de courir joyeusement ma dernière aventure ".

    De Georges Bernanos...
    « Enfants de France, ce n'est pas votre pays qui s'est écroulé sur vous, c'est le règne des vieux. Le règne des vieux s'écroule d'ailleurs partout dans le monde et les dictatures qui se vantaient d'être jeunes travaillaient aussi pour lui en exploitant et en déshonorant l'enfance. Le monde a failli périr d'une espèce d'usurpation universelle de l'esprit de vieillesse contre l'esprit d'enfance, voilà la vérité. »

    Résister c'est espérer...

    De Bernanos encore :
    « L'optimisme est un ersatz de l'espérance que l'on peut rencontrer facilement partout et même, tenez par exemple, au fond de la bouteille. Mais l'espérance se conquiert. On ne va jusqu'à l'espérance qu'à travers la vérité au prix de grands efforts et d'une longue patience. Pour rencontrer l'espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. »
    « Celui qui un soir de désastre, piétiné par les lâches, désespérant de tout, brûle sa dernière cartouche en pleurant de rage, celui-là meurt sans le savoir en pleine effusion de l'espérance. L'espérance c'est de faire face. »
    « Le grand malheur, l'unique malheur de cette société moderne, sa malédiction, c'est qu'elle s'organise visiblement pour se passer d'espérance comme d'amour ; elle s'imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d'une justice sans amour et d'une sécurité sans espérance. »
    « La justice qui n'est pas selon le Christ, la justice sans amour, devient vite une bête enragée (...). On a lâché la justice sans Dieu dans un monde sans Dieu et elle ne s'arrêtera plus (...). Elle ne s'arrêtera qu'elle n'ait ravagé la terre. »

    http://www.lesmanantsduroi.com

  • Le mariage aux XVIIe et XVIIIe siècles

     

    Autrefois étape majeure de la vie et socle de la société, le mariage est une institution qui a fortement évolué au cours des siècles, tant au niveau de sa signification que de la forme. Avant la Révolution, la distinction entre mariage civil et religieux n’existait pas puisque le mariage civil fut une invention républicaine. L’amour n’avait pas encore de place centrale dans le choix du conjoint au profit de motifs plus « matériels », les pères de famille ayant leur mot à dire sur cette question importante. Quelle place était laissée à l’amour ? Quel était le cheminement qui menait de la rencontre de jeunes gens au mariage ? Quelle conception du mariage avait nos ancêtres ?

    I. Mariages d’amour et de raison

    Le conjoint n’était pas pris au hasard : le jeune homme ou la jeune fille choisissait rarement son conjoint du fait du poids du père et des contraintes sociales. L’Eglise interdisait les unions jusqu’au 4e degré, mais des dispenses pouvaient être accordées pour les 3e et 4e degrés, ce qui limitait fortement le nombre de conjoints possibles dans le village ou ses alentours.

     

    Dans les milieux aristocratiques et de la haute et moyenne bourgeoisie, le chef de famille choisissait souvent ses belles filles et beaux fils, et ne prenait rarement en compte les sentiments de ses enfants. Il n’était chez eux pas question d’amour, on cherchait une situation. Au XVIIIe siècle, Mme de La Fayette rapporte que le fils du président du Parlement de Dijon demande à son père : « Est-il vrai, mon père, que vous me voulez marier à Mlle une telle ? – Mon fils, mêlez-vous de vos affaires. » !
    L’homme devait avoir le consentement de ses parents jusqu’à 30 ans et la femme jusqu’à 25 ans (législation royale), mais même passé cet âge, la famille pouvait toujours s’opposer à l’union conjugale.

    En revanche, la liberté de choix était plus grande et l’amour davantage présent dans les masses paysannes et la plèbe urbaine que dans la moyenne et haute bourgeoisie ou dans les milieux aristocratiques. Quand le patrimoine familial ne se résumait à pas grand chose, il y avait évidemment moins de raisons d’élaborer des stratégies matrimoniales.

    II. Rituels de l’amour

    Il y avait de nombreux lieux où rencontrer son conjoint : à la messe, à la foire, lors d’une veillée, d’une fête villageoise ou de travaux des champs …
    A l’époque il existait de multiples gestes ou rituels amoureux, différents selon les régions destinant à faire savoir à la fille qu’on voulait commencer une relation amoureuse. Rétif de la Bretonne, au XVIIIe, rapporte pour son village de Sacy en Bourgogne : « Dans le pays, l’usage, qui subsiste encore, est de piller les filles qui plaisent. Les garçons leur enlèvent tout ce qu’ils peuvent : leurs bouquets, leurs anneaux, leurs étuis, etc. » (La Vie de mon père, 1779). Cette pratique du larcin se retrouve dans d’autres localités françaises.

    Dans le Béarn, le jeune homme jetait des petites pierres à la fille pour exprimer son désir ; dans les Landes, les jeunes gens déclaraient leur désir en se serrant la main durant une danse et confirmaient en se frappant l’un l’autre ; dans le Gers, l’homme pouvait pincer le bras de la jeune fille, et la fille donnait son accord en s’asseyant sur les genoux du jeune homme. Parfois, on exprimait son désir à l’aide de formules stéréotypées comme dans le marais de Monts en Vendée. Les filles prononçaient cette formule : « Mé ton pé contre mon pé, mé dans ta main dans ma main et bisons-nous » et les garçons cette formule : « Mé ta langue dans ma goule, et dis-mé que tu m’aimes ». Mais dans tous les cas, pour aller plus loin, il fallait le consentement des parents.

    III. Des accordailles au mariage

    Le garçon ou un intermédiaire demandait au père de la fille l’autorisation de l’épouser. Si le père acceptait, le jeune homme pouvait fréquenter la maison de la fille convoitée. Venaient ensuite les accordailles, cérémonie privée et laïque : le futur époux remettait un gage à la fille, souvent une bague. Le contrat de mariage suivait (pas systématique au Nord de la Loire), fixant entre autres la dot de la jeune fille et le douaire, c’est-à-dire les biens revenant à la fille si jamais le mari venait à décéder avant elle. Les fiançailles pouvaient être alors célébrées.

    Le mariage des filles constituait une charge financière importante puisqu’il fallait que le père dote sa fille en fonction du niveau social de l’homme convoité. Un ancien proverbe français dit : « La fille n’est là que pour enrichir les maisons étrangères ; qui a des filles à marier, lui faut de l’argent à planté ». Un proverbe du Sud-Ouest de la France dit « une fille, bonne fille ; deux filles, assez de filles ; trois filles, trop de filles », un proverbe savoyard explique que moins une paroisse a de filles, plus elle est riche, car l’argent y rentre et ne sort pas.

    Ce problème de la dot pouvait faire reculer l’âge du mariage des filles dans certaines familles puisqu’il fallait trouver l’argent. Le père pouvait s’arranger pour marier d’abord le garçon le plus âgé puis récupérer la dot amenée par la fille pour lui-même doter une ou plusieurs de ses filles. C’est le mariage de l’aîné qui rapportait la plus grande dot puisqu’il récupérait généralement l’exploitation ou l’entreprise familiale à la mort des parents, donc se révélait « matériellement » intéressant aux yeux des familles.

    Une fois le contrat de mariage passé et les fiançailles célébrées pouvait venir le mariage.

    IV. Le mariage

    Depuis 1215 et le IVe concile du Latran, le mariage est un sacrement. Il est indissoluble, le couple reste lié qu’à la mort. Il se fait donc à l’église en présence d’un prêtre depuis 1215 alors qu’avant le XIIIe siècle on se mariait à domicile, dans les foyers ! Les bans étaient publiés plusieurs semaines à l’avance, trois bans sur trois semaines depuis le XVIe siècle. Le mariage était un acte public, tout le monde savait qu’untel allait épouser unetelle, et toute personne pouvait s’y opposer. Les portes de l’église restaient ouvertes pendant la cérémonie, sous peine que le mariage soit frappé de nullité.

    Dans certaines régions, un certain nombre de coutumes étaient respectées : en Bretagne, le futur marié simulait le rapt de la fiancée, la belle famille lui courant après. Dans l’actuelle l’Ille-et-Vilaine, la mariée, juste après la cérémonie, simulait une résistance à son époux, en se sauvant ou en pleurant. Le mari lui courait après et la forçait à entrer dans la maison conjugale après une lutte durant laquelle les habits pouvaient être déchirés.
    Un certain nombre de superstitions venaient se greffer à la cérémonie. Jean-Baptiste Thiers, curé du diocèse de Chartres au XVIIe, auteur d’un Traité des superstitions, rapporte qu’il était courant avant le mariage, afin de se protéger de divers maléfices, que le futur marié urine trois fois dans l’anneau destiné à la mariée.
    Et surtout, pendant la cérémonie, tout le monde surveillait tout le monde, pour ne prendre garde à ce qu’un jaloux ne noue l’aiguillette (ne fasse un nœud à un bout de ficelle), ce qui causerait l’impuissance du mari (superstition assez répandue dans toute la France).

    La coutume de la robe blanche, symbole de l’innocence, n’apparut qu’à la fin du XVIIIe siècle et ne se répandit vraiment qu’à partir du milieu du XIXe siècle : on se mariait auparavant en costume local, avec des vêtements parfois colorés, parfois sombres. Par contre, la coutume de l’anneau est beaucoup plus ancienne, remontant à l’Antiquité.

    On se mariait généralement à un âge avancé contrairement à une croyance répandue basée sur les mariages précoces des rois de France et hauts nobles (14 ans pour Louis XIII, 21 ans pour Louis XIV, 15 ans pour Louis XV, 14 ans pour Louis XVI). La moyenne de l’âge au mariage pour les Français était de 25-26 ans pour les femmes et 27-28 ans pour les hommes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Trois fois sur cinq en moyenne, l’homme était plus âgé que la femme (de un à quatre ans en général) ; deux fois sur trois, pour les paroisses rurales bretonnes, les mariés étaient nés dans la même paroisse (et donc une fois sur trois, un des époux était issu d’un autre village).

    Même si les relations sexuelles hors mariage étaient théoriquement prohibées, il n’était pas rare que la (future) mariée soit déjà enceinte, parfois depuis de nombreux mois, au moment du mariage. Il était par contre essentiel que l’enfant naisse lorsque les époux étaient mariés. Au niveau national, les différents sondages tant au XVIIe qu’au XVIIIe siècle donnent un peu plus de 10 % de femmes enceintes au moment du mariage, plus de 30 % dans certaines paroisses (il suffit de soustraire neuf mois à la naissance du premier enfant et de comparer avec la date de mariage dans les registres paroissiaux).

    Ce qui comptait surtout était la promesse de mariage échangée entre les deux futurs époux, qui avait une valeur juridique avant la Révolution. On voyait ainsi se faire de nombreux procès pour promesse de mariage non tenue : c’est la fille mise enceinte qui portait plainte auprès des autorités, l’homme était généralement condamné au choix soit à épouser la femme mise enceinte, soit à payer une amende et subvenir aux besoins de l’enfant. C’étaient les procès pour « gravidation ».

    La législation révolutionnaire, en ne reconnaissant plus les promesses de mariage, a fortement fragilisé la position de la femme et contribué à multiplier les naissances illégitimes et les abandons d’enfant. Le libéralisme bourgeois de la toute fin du XVIIIe et du XIXe a joué pour les garçons contre les filles.

    V. Les mariages scandaleux et le charivari



    Les mariages qui faisaient particulièrement scandales étaient ceux contractés entre deux personnes d’un âge très inégal. Un proverbe du pays d’Armagnac dit : « Mariage de deux jeunes, mariage du Bon Dieu ; mariage de jeune et de vieux, mariage du Diable ; mariage de deux vieux, mariage de merde. ». Le mariage entre une fille du village et un étranger était également mal vu ainsi que le mariage entre deux personnes de situations sociales très inégales.

    Les jeunes du village se vengeaient contre les nouveaux époux en organisant un charivari. Le charivari est défini dans le Dictionnaire universel de Furetière, paru en 1690, comme un « bruit confus que font des gens du peuple avec des poëles, des bassins et des chaudrons pour faire injure à quelqu’un. On fait des charivaris en dérision des gens d’un âge fort inégal qui se marient. »

    La coutume consistait à faire un grand bruit lorsque qu’un mariage paraissait anormal. Elle pouvait réunir trois, quatre, cinq, dix personnes ou plus, ces bandes de jeunes qui étaient alors appelées « royaumes de jeunesse ». Les participants soufflaient dans des cors, jouaient du fifre, tapaient sur des caisses, poussaient des cris sous les fenêtres des mariés. Les jeunes leur extorquait parfois de l’argent, manière pour les époux de se racheter. Lorsqu’un homme étranger venait épouser une fille du village, les jeunes gens pouvaient également aller à la taverne ou au cabaret faire ripaille et bombance parfois sur plusieurs jours, avant de faire payer l’addition au nouveau mari. Tant les autorités civiles que l’Église répétèrent leurs condamnations à l’égard du charivari, considéré comme une atteinte à la sainteté du mariage, pratique populaire qui perdura néanmoins jusqu’à la fin du XIXe siècle.

    Bibliographie :
    FLANDRIN Jean-Louis, Les amours paysannes : XVIe-XIXe siècle, Paris, Gallimard, 1975.
    MUCHEMBLED Robert, Société, cultures et mentalités dans la France moderne : XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 2003.

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