La connaissance qu'ont nos contemporains de la société française du Grand Siècle, âge d'or du classicisme qui vit la France de Louis XIV rayonner sur l'Europe entière, se réduit trop souvent à des clichés sur l'absolutisme ou le colbertisme. L'ouvrage que lui consacre Lucien Bély la restitue dans sa riche diversité.
« Nul ne saurait décrire, avec exactitude et simplicité, les Français et la France d'aujourd'hui. La difficulté paraît plus grande encore pour un siècle déjà lointain, le XVIIe siècle ». En 2006, l'historien Michel Vergé-Franceschi faisait le même constat que Lucien Bély en décrivant la société française du XVIIe siècle comme « une société hétérogène, extrêmement enchevêtrée comme aujourd'hui, une société de type très contemporain où nombre de critères entrent en ligne de compte pour tenter de définir une pseudo-hiérarchie entre les êtres. » Et de décrire les rôles et les fonctions des uns et des autres que l'historien exhuma du « Tarif de la capitation » qui n'était autre qu'une description des vingt-deux classes assujetties au fameux impôt créé en 1694 sous le règne de Louis XIV Vergé-Franceschi, non sans ironie, avait prouvé par une étude fiscale combien la diversité française du XVIIe était réelle.


La présence sous-jacente du monde celtique antique ne s'est jamais limitée à la Gaule, mais concerne une bonne vingtaine de pays actuels. Pour apprécier les faits antérieurs à la conquête romaine, il faut donc remonter très haut pour découvrir l'origine des peuples gaulois, dont les auteurs anciens (Hérodote, Plutarque, Appien, etc.) indiquent qu'ils ne formaient pas moins de 300 à 400 « nations ». C'est à ce travail de fourmi que se sont attelés Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin, avec un résultat vraiment impressionnant, car ce ne sont pas seulement les peuples les plus connus (Sénons, Eduens, Arvernes, Rèmes, Cénomans, Allobroges, Bituriges, Vénètes, Sequanes, Lingons, Volques, etc.), mais des centaines de tribus d'origine celtique qui sont ici recensées, présentées et minutieusement étudiées. En dehors des spécialistes, qui connaissait jusqu'à présent les Viducasses, les Abrincates, les Calètes, les Diablintes, les Lexoviens, les Vellaves, les Tarusques, les Nitiobrogés, les Elusates, les Médules, pour ne citer que ceux-là, dont la mémoire a surtout été conservée par la toponymie ? Grâce à cet ouvrage monumental, on en apprend beaucoup sur eux. D'autant qu'au dictionnaire proprement dit s'ajoute tout un appareil de références, de cartes et d’index propre à satisfaire les plus exigeants. « Le XIXe siècle, écrivent Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin, avait tenté de nous convaincre que l'essentiel de notre héritage était dû aux bienfaits de l'intégration de la Gaule dans l'orbite de Rome ». La Gaule étant déjà fortement celtisée à la fin de l’Âge du Bronze, il faut désormais regarder plus loin vers une civilisation celtique apparue au IIe millénaire av. notre ère, dont les peuples fondateurs des terroirs de la France furent les héritiers.

