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entretiens et videos - Page 889

  • « Les Etats-Unis ont créé ce Daesh, s’ils voulaient le détruire, il suffirait d’un mot »

     Excellente interview réalisée par Reinformation.tv qui éclaire un peu plus sur la situation syrienne et le rôle déterminant des USA, d’Israël et des monarchies du Golfe dans ce conflit qui tourne au génocide.

    Pierre Merjaneh est chrétien et député de la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie, depuis 2012.

    Ancien joueur de basket et conseiller municipal, il bénéficie d’une excellente réputation à Alep comme partout en Syrie, et chose plus rare, chez les partisans de Bachar el Assad comme dans l’opposition…

    De passage par la France, il répond aux questions de Réinformation.tv au sujet de la guerre qui ravage son pays depuis presque quatre ans.

    Quelle place a eu la majorité des Syriens dans cette guerre ?

    Au début, beaucoup de Syriens étaient avec ceux qui réclamaient des réformes, beaucoup ont même manifesté mais petit à petit, ils ont compris que ce n’étaient pas les réformes qui étaient prioritaires dans le combat, mais bien la destruction de l’Etat syrien et de l’armée syrienne. Ceux qui ont compris que ces manifestations allaient finalement conduire au chaos se sont retirés de ce combat qu’ils pensaient juste.

    D’ailleurs, lors des dernières élections présidentielles, les Syriens ont été très nombreux à venir voter, mais tous ne sont pas venus voter pour la personne de Bachar el Assad mais pour dire : « l’Etat syrien existe, laissez-nous discuter nous-même notre avenir ».

    Y’avait-il à Alep des manifestations comme ailleurs en Syrie dès le début ?

    Non pas tellement, il y avait quelques vagues manifestations ici où là de temps en temps. Mais la ville d’Alep est plus ou moins encerclée par des zones d’habitats illégaux dans lesquelles se sont déroulées les premières manifestations.

    Il semblait alors que quelque chose se passait là-bas, il y a eu des trahisons à plusieurs niveaux de sorte qu’ils ont pu faire entrer des armes et lorsque les « rebelles » ont voulu attaquer la ville d’Alep c’était donc plus facile…

    La première manifestation a été provoquée dans le quartier An-Ansari avec un but bien précis… Il y avait des snipers « rebelles » sur les toits de la place par laquelle la manifestation devait passer.

    Et lorsque la police est arrivée, sans aucune autre arme que les matraques habituellement prises lors de manifestations, les manifestants se sont soudainement dispersés. Dix-sept policiers ont alors été tués par les hommes postés sur les toits.

    Je peux l’assurer, je me suis immédiatement rendu sur les lieux.

    Et c’est exactement l’inverse qui a été raconté par Al Jazeera, Al Arabiya et France 24…

    Vous dites que les manifestations « ont été créées », pouvez-vous nous préciser, selon vous, le rôle des Etats-Unis ?

    C’est exactement la même chose que ce qu’il s’est passé en Tunisie, en Lybie, en Egypte et même au Soudan, en Irak, au Yemen… Dans toute la région.

    L’économie joue toujours un rôle essentiel dans de tels conflits et les Etats-Unis s’intéressent au pétrole et au gaz de la région.

    Les Etats-Unis sont les plus à mêmes de savoir les quantités et les capacités pétrolières et gazières de la Syrie…

    Ils cherchent donc à placer un gouvernement qui travaille à 100 % pour les Etats-Unis.

    Sinon, il lui suffirait de dire un seul mot à la Turquie pour que cette dernière ferme les frontières et cesse d’envoyer armes et djihadistes et ce serait fait.

    Et Israël ?

    Israël entretient désormais des relations amicales avec Al Nosra ! Ses frontières sont désormais ouvertes pour leurs combattants. Israël les protègent, les soignent et le Premier Ministre va même leur rendre visite à l’hôpital…

    Al Nosra qui a été se mettre dans la zone du Golan dans laquelle ni l’armée syrienne ni l’armée israélienne ne peuvent pénétrer…

    Que voulez-vous que je dise de plus ? La destruction de l’armée syrienne réjouit Israël qui est d’ailleurs le grand profiteur de tout ce qui se passe dans la région et de l’effondrement des Etats…

    Quel est donc le but de l’Etat Islamique ? Et celui de la coalition partie le combattre ?

    Le but de l’EI est de créer un Califat dans la région et même au delà, jusqu’en Espagne d’ailleurs…

    Les Etats-Unis, par l’intermédiaire du Qatar, de l’Arabie Saoudite, des pays du Golfe présents dans cette coalition, ont créé ce Daesh…

    S’ils voulaient le détruire, il leur suffirait d’un mot pour fermer le robinet financier, les arrivées d’armes et de djihadistes… Il leur suffirait d’exiger la fermeture des frontières et de donner un an à l’armée syrienne.

    http://www.contre-info.com/les-etats-unis-ont-cree-ce-daesh-sils-voulaient-le-detruire-il-suffirait-dun-mot#more-35250

     

  • Chantage, magouilles, corruption : le livre noir du syndicalisme français

    Nous avons toujours besoin de syndicats prêts à se battre pour les travailleurs ; pour l’instant cependant, aucun ne remplit ce rôle.

    Au-delà du cas personnel du secrétaire général de la CGT, l’affaire Lepaon révèle la face sombre du syndicalisme français. Le décryptage de Jean-Luc Touly, auteur de Syndicats - Corruption, dérives, trahisons.

    FigaroVox : La CGT aurait déboursé 130.000 euros pour la rénovation de l’appartement de fonction de son secrétaire général, Thierry Lepaon. Cela vous étonne-t-il ? Ce genre de pratiques est-il vraiment inédit ?

    Jean-Luc TOULY : La contradiction flagrante des dirigeants syndicaux que révèle cette affaire ne m’étonne aucunement. On pourrait citer un nombre incalculable de dérives semblables des individus, des organisations syndicales, des fédérations, des confédérations, des comités d’entreprise… On pourrait parler des frais de fonctionnement injustifiés, du Comité d’entreprise d’Air France, d’EDF, de la SNCF de Lyon, où les syndicats ont été condamnés. Les scandales sont légion.

    Evidemment, faire payer la CGT entre 130 000€ et 150 000€ de travaux pour Thierry Lepaon est scandaleux, d’autant plus que les syndicats sont encore financés entre les 2/3 et les 3/4 par les entreprises ou l’Etat : ce sont donc les cotisations et les subventions de l’Etat qui, indirectement, ont payé le logement ! Le manque de transparence des syndicats et leur système anti-démocratique conduisent systématiquement à des dérives. Ces informations ont d’ailleurs probablement été transmises par des adhérents de la CGT, choqués par cette découverte. Il existe ainsi des poches de résistance au sein même de l’organisation, qui dénoncent ces pratiques et ce côté occulte qui détruisent la confiance envers les syndicats. J’ai été moi-même membre de la CGT pendant 30 ans, avant de rejoindre FO, et j’ai bien vu que la dénonciation n’est jamais facile dans ces organisations : elle entraîne pressions, perte de mandat syndical voire perte de l’emploi dans certains cas !

    Au-delà du cas de Thierry Le Paon, cela révèle-t-il un problème plus large de corruption au sein de la CGT ? Quel est l’ampleur de celle-ci aujourd’hui ?

    Je pourrais vous parler de nombreux cas ! Les hauts responsables syndicaux, en fin de carrière, sont souvent nommés à des postes élevés, bien payés, dans des autorités étatiques ou privées. Bernard Thibault a ainsi été élu en juin dernier administrateur du Bureau International du Travail, à Genève, avec l’aide de François Hollande. Les grandes entreprises peuvent faire de même : le directeur de cabinet de Thibault, Bernard Saincy, a été par exemple nommé à un haut poste chez GDF-Suez, après avoir quitté la CGT. Ces nominations sont des cadeaux accordés aux dirigeants syndicaux pour services rendus ; or, quels services rendent-ils vraiment ? Je n’irais pas jusqu’à parler de méthodes mafieuses, mais les secrets et l’opacité de ces nominations posent problème…

    Les syndicats reçoivent des sommes colossales, versées notamment par les entreprises, qui achètent ce faisant une sorte de paix sociale : les organisations leur sont dès lors redevables. On comprend très vite l’ambiguïté de leur action : d’un côté, ils appellent à manifester ; de l’autre, ils maintiennent des relations très étroites avec les patrons…

    Ce nouveau scandale va venir alimenter la détestation du syndicat. Le véritable problème est celui de la transparence, de l’indépendance. Comment faire confiance à ses représentants si ceux-ci ne sont pas francs ?

    La suite dans Le Figarovox

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Chantage-magouilles-corruption-le

  • Louis Aliot : “Je me retrouve dans ce combat de plusieurs générations au service de la France et de notre peuple”

    Dans le cadre du Congrès du Front National se tenant les 29 et 30 novembre prochains, et de l’élection de son nouveau comité central, Novopress a décidé de donner la parole à plusieurs cadres du parti de Marine Le Pen.

    Le premier à répondre à nos questions est Louis Aliot, député français au parlement européen et vice-président du FN.

    Propos recueillis par Renaud Leroy

    Un certain nombre de nos lecteurs seront sans doute aussi électeurs pour le Comité Central du Front National, comment vous décrieriez-vous à eux ?

    Je me présente comme un lepéniste, mariniste, patriote français et nationaliste modéré, qui défend des valeurs et un héritage qui est à la fois européen, gréco-latin, judéo-chrétien mais qui prend en compte aussi l’héritage historique et humain de l’empire colonial que nous avons été avec l’assimilation intrinsèque de tous ses fils fidèles à la France jusqu’aux indépendances.

    Au-delà de notre programme économique et social si nécessaire à notre temps, et de notre opposition frontale à l’Europe mondialiste de Bruxelles, je me bats contre une immigration massive qui prend de plus en plus l’allure d’une immigration de peuplement inassimilable et communautariste, pour un co-développement harmonieux avec l’Afrique dans la perspective de donner un avenir à celles et ceux qui aujourd’hui n’en ont pas afin de desserrer un étau migratoire ravageur pour l’Europe et dramatique pour l’Afrique. Enfin, je défends une fraternelle entente entre les peuples qui permettra une inversion des flux migratoires coordonnée et favorable à toutes les parties dans l’intérêt de chacun d’un point de vue économique, comme d’un point de vue culturel.

    Je me bats contre une immigration massive qui prend de plus en plus l’allure d’une immigration de peuplement inassimilable et communautariste

    On vous présente comme l’un des tenants d’une ligne “historique” au Front National, tout autant que comme un artisan de la dédiabolisation. Vous retrouvez-vous dans cette description ?

    Oui. Le Front National a été diabolisé pour une présomption d’antisémitisme instrumentalisée à l’envie par nos adversaires politiques pour masquer leur bilan désastreux, et persécuté pour cette seule raison. Mais sur tous les autres sujets, Le Pen avait une longueur d’avance comme sur l’immigration de masse et le développement dynamique de l’islam radical. Aujourd’hui c’est Marine qui incarne ce combat en ajoutant à cet acquis historique une dimension économique et sociale, une critique efficace de la mondialisation, une planification de la fin inévitable de l’euro et un soutien sans faille aux plus faibles de nos compatriotes ! Bref, je me retrouve dans ce combat de plusieurs générations au service de la France et de notre peuple.

     

    Quels sont selon vous les chantiers du FN pour les 3 semaines, les 3 mois, et les 3 ans à venir ?

    - Le recrutement de nouveaux adhérents qui deviendront les cadres de demain dans un esprit de rassemblement des patriotes en évitant les caricatures et les obsessions de certains groupes.

    - La formation de nos cadres car nous sommes appelés à gouverner la France et à réussir.

    - La crédibilisation de son programme car nous aurons peu de temps pour prendre les grandes décisions qui permettront la défense et le renouveau de la France.

    Notre projet est national et patriote, entièrement tourné vers la défense, la transmission et la valorisation d’un héritage avec un grand H

    Selon vous, quelle serait la première mesure que devrait prendre un gouvernement réuni autour du Front National et de Marine Le Pen, si celle-ci était victorieuse lors de l’élection présidentielle 2017 ?

    Un sommet européen pour remettre la Nation au cœur du dispositif européen si l’Europe institutionnelle continue d’exister, consacrer la souveraineté de l’Etat comme inaliénable et sacrée. Enfin, retrouver notre liberté de nation indépendante et de peuple libre.

    Comment définiriez-vous le projet politique du FN en une seule phrase ?

    Notre projet est national et patriote, c’est-à-dire entièrement tourné vers la défense, la transmission et la valorisation d’un héritage avec un grand H : historique, culturel, artistique, institutionnel et civilisationnel.

    6) Un dernier mot ?

    Je souhaite que les patriotes, quels qu’ils soient, aient les uns envers les autres un minimum de respect et que les désaccords, nombreux, quelquefois irréconciliables sur les idées, ne dégénèrent pas systématiquement en un déferlement de haine et de noms d’oiseaux, bien souvent anonymes, qui n’apportent rien au débat.

    Louis Aliot, merci.

    http://fr.novopress.info/177556/entretien-exclusif-novopress-louis-aliot-retrouve-ce-combat-plusieurs-generations-au-service-france-notre-peuple/#more-177556

  • 3.000 ans d’idées politiques… à ne pas sortir de leur contexte !

    Entretien avec Éric Branca

    3000 ans d’idées politiques, vaste sujet… Vu de 2014, y a-t-il des choses ayant fondamentalement changé en la matière, ou en sommes-nous condamnés aux mêmes affrontements ?

    C’est justement parce que tout change que j’ai voulu réagir contre la manière dont beaucoup de nos contemporains conçoivent la pensée politique des siècles passés. La culture ambiante conduit à tout juger avec les yeux de notre temps. De même qu’au XIXe siècle, il était illusoire de vouloir analyser la pensée politique de saint Thomas d’Aquin à l’aune des critères marxistes, de même est-il stupide, au XXIe siècle, de juger des idées politiques d’un Richelieu ou d’un Bossuet à partir des critères néo-libéraux d’un Milton Friedman qui estime, par exemple, que la société n’existe pas… Je serais très heureux si j’arrivais à remettre un peu de perspective dans la tête de jeunes générations qui sont sorties de l’école, et même parfois de l’enseignement supérieur, sans posséder de repères très clairs, et parfois sans repères du tout, sur ce qu’il est convenu d’appeler l’histoire des idées.

    Pourquoi n’ont-ils pas ou plus de repères ? Parce qu’on ne leur apprend plus l’histoire de manière chronologique – la chronologie est même devenue un gros mot dans l’enseignement actuel. Or, quand on n’apprend plus la chronologie, on se met en position de ne plus raisonner logiquement.Chronos + logos : le temps et la raison. Ou, si l’on préfère, le temps éclairé par la logique… Le pire des écueils, quand on essaie d’y voir clair dans l’histoire de la pensée et, spécialement, dans celle de la pensée politique, c’est de sortir les idées de leur contexte. De l’ambiance qui les a fait naître, émerger, triompher, ou parfois échouer.

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  • Le coût du travail ? Oui, mais celui du capital ?

    Entretien avec Alain de Benoist

    On parle toujours beaucoup du fameux pacte de responsabilité annoncé par François Hollande le 14 janvier dernier. Demander au grand patronat de se porter garant de la solidarité nationale, n’était-ce pas faire preuve d’une certaine naïveté ?

    La France mène depuis plus de vingt ans une politique de baisse des charges sociales qui n’a jamais empêché le chômage de monter. Souvenez-vous des 22 milliards d’exonérations de cotisations employeurs, des 6 milliards du crédit impôt-recherche, des 6 milliards de baisse de la taxe professionnelle, des 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité-emploi, etc. Le pacte de responsabilité est le dernier avatar en date de cette politique. Il consiste à offrir sans contrepartie 40 milliards d’euros de baisses de charges aux employeurs en espérant, en bonne logique libérale, voir se multiplier les créations d’emplois. Le patronat empoche, mais le chômage augmente toujours, tandis que la croissance est nulle, que la dette s’alourdit et que la déflation menace. Échanger des mesures concrètes contre des promesses vagues, cela s’appelle conclure un marché de dupes, doublé d’une mise en scène destinée à faire accepter la politique de l’offre adoptée par le gouvernement.

    Le MEDEF, qui ne cache pas sa joie devant le ralliement du tandem Valls-Macron à la logique du marché, en profite pour pousser encore plus loin son avantage, puisqu’il réclame maintenant 50 milliards supplémentaires, la remise en cause du droit du travail et des acquis sociaux, la suppression des normes et réglementations des marchés, la baisse des seuils sociaux, etc. S’il n’exige pas qu’on renvoie les enfants travailler dans les mines, c’est sans doute que les mines n’existent plus !

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  • "Le vice obscur de l'Occident" par Massimo Fini

    Célèbre journaliste italien depuis plus de 30 ans,  Massimo Fini est l'auteur de 17 livres dont la ligne directrice s’inscrit dans une critique radicale du modernisme. Il y montre les limites du modèle de développement occidental, dénonce ses paradoxes et déconstruit ses mythes fondateurs. Les éditions "Le retour aux sources" ont traduit et publié deux ouvrages en un : Le vice obscur de l'Occident et la démocratie et ses sujets.

    Les équipes des Non-alignés et de Scriptoblog ont rencontré Massimo Fini pour un entretien exclusif : (Traduction et montage : Agence Info Libre)


    "Vice obscur de l'Occident et la démocratie et...par agenceinfolibre

  • Éric de Montgolfier : la désillusion d'un juge

    L'ancien procureur de la République, jeune retraité d'une longue carrière dans la magistrature, dénonce l'arrogance des élites dans son nouveau livre.

    Tous les juges ne sont pas des petits pois. Esprit libre pour certains, donneur de leçons pour d'autres, Éric de Montgolfier ne cherche en tout cas pas à être aimé. Celui qui s'est fait connaître en dénonçant le pouvoir de la franc-maçonnerie s'attaque maintenant à l'arrogance des élites. L'ancien procureur de la République est à la retraite depuis juin 2013. Il raconte les coulisses d'une longue carrière dans un ouvrage au nom qui claque comme une gifle : Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons*. Entretien.

    Le Point.fr : Dans votre livre, vous vous demandez s'il n'y a véritablement rien à espérer des hommes lorsque leurs intérêts sont en cause. Avez-vous trouvé la réponse ?

    Éric de Montgolfier : Je crois que les appétits parlent toujours plus fort que les consciences. Il y a statistiquement peu de personnes prêtes à sacrifier quelque chose qui les avantage. Par exemple, on ne peut pas demander à un ministre membre d'un parti de mettre quelqu'un de son parti en difficulté. La principale qualité de la justice, c'est son humanité. C'est aussi ce qui fait son imperfection. Elle est piégée entre sa nature humaine et la volonté des politiques qui cherchent à en faire un outil servile. La neutralité n'est réclamée que lorsqu'il s'agit d'adversaire. Un jour que je donnais une conférence publique à Saint-Raphaël, je suis accueilli chaleureusement par un des adjoints au maire. Je monte à la tribune et fais mon intervention dans laquelle je dis ce que je pense des élus. En redescendant de l'estrade, le type me dit : "Dites donc, vous n'êtes pas tenu à une obligation de réserve ?" Amusant, non ? À la vérité, j'ai servi la justice pendant quarante ans, et accomplir mon devoir n'a pas soulagé ma conscience. J'aurais aimé quitter l'institution une fois qu'elle serait devenue ce que je rêvais de voir. Hélas, après quarante ans de carrière, je ne suis pas parvenu à avoir une image de l'homme plus valorisante... La justice, je ne l'aime pas pour ce qu'ils en ont fait, mais pour ce que je voudrais qu'elle soit.

    Comment expliquez-vous l'inflation de condamnations d'élus ?

    Longtemps, l'impunité a favorisé la corruption des élus et, maintenant, se faire condamner est devenu un label, que les juges distribuent à tour de bras. Dans les années soixante-dix, il y a eu une volonté de rééquilibrer la justice. Jusqu'ici, ceux qui détenaient le pouvoir étaient libres de leurs mouvements. Historiquement, ils avaient pris de mauvaises habitudes. Fouquet a été puni par où il avait péché. Regardez Richelieu, Mazarin et Jacques Coeur... Nous sommes un pays qui est resté très latin, dans lequel la corruption est un phénomène naturel. Il y en a beaucoup moins qu'il ne pourrait y en avoir. Il existe pourtant le fameux article 40 du code de procédure pénale qui dispose que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs".

    Or, le problème des procureurs est précisément que l'information ne leur parvient pas. Bien sûr, nous avons parfois des courriers anonymes, ce qui n'est pas toujours reluisant. Mais c'est comme ça que j'ai découvert un jour que des fonctionnaires de la PAF (Police aux frontières, NDLR) faisaient passer des immigrés clandestins directement dans une machine à rayon X pour les bagages. Lorsque j'en ai parlé aux services de l'État concernés, j'ai découvert qu'on "n'avait pas cru utile" de me déranger pour ça. La justice est sous-informée et les préfets manquent à leurs obligations en conservant des informations dont on pourrait avoir l'utilité, sur des prises illégales d'intérêt par exemple. Il me vient une autre anecdote qui illustre bien le débat moral qui peut freiner l'information : dans les années quatre-vingt-dix, Toyota s'installe à Valencienne, zone sinistrée par le chômage. L'entreprise japonaise achète un terrain et, lors des premiers travaux, on retrouve des vestiges. Cela aurait normalement dû déclencher des recherches archéologiques qui auraient retardé le chantier. Si on me le disait, cela retardait, voire compromettait, la construction de l'usine, et remettait en cause le retour de l'emploi de centaines de personnes... Je l'ai su plus tard par des canaux moins officiels !

    Pourquoi avez-vous fait ce choix - étrange - de juger ?

    J'avais un père chef d'entreprise qui me racontait des affaires de corruption avec une grande décontraction. Il présidait un comité interprofessionnel du logement et dépendait à ce titre des permis de construire délivrés à l'époque par la DDE. Je me souviens qu'un jour, il avait appelé le directeur. Lorsque mon père lui a demandé s'il partait en vacances, le directeur avait répondu : "C'est impossible, au prix où sont les pneus." Mon père lui avait tout simplement fait porter un train de pneus. J'étais adolescent, cela m'avait secoué.

    Selon vous, les élites vivent déconnectées de la réalité ?

    Une bonne partie, oui. Lorsque j'étais en poste à Chambéry, un soir, le représentant de la chambre départementale des huissiers de justice m'appelle et m'explique que l'un de ses confrères a été mis en joue par un fermier alors qu'il venait pour saisir sa dernière vache. Je vais donc sur place et, en arrivant, je vois une Porsche. Je demande à qui elle appartient et on me répond que c'est celle de l'huissier ! Si ça, ce n'est pas un signe de l'arrogance du pouvoir... À Nice, cela m'a toujours frappé, on ne se cache pas. Il y a un restaurant qui jouit d'une grâce extraordinaire : sa terrasse, c'est le trottoir, à tel point que c'est la chaussée qui est devenue piétonne. Cela n'est pas normal. Peut-être que comme Sarkozy et beaucoup d'élus y viennent, le restaurateur s'est senti protégé ? Cela me choque. Tout ce qui est inégalité arrogante est une attaque contre la justice. Et elle nous met mal à l'aise, nous, les juges. Il faudrait que l'on apprenne la déontologie à l'école de la magistrature. Dans Le palais indiscret, Jean-Paul Lacroix raconte cette petite anecdote : le tribunal doit juger une voyante. L'oeil goguenard, le président l'interroge : "Puisque vous lisez l'avenir, dites-moi à quoi le tribunal va vous condamner." Elle répondit : "Le tribunal va me relaxer, car je ne connais pas un magistrat digne de se moquer de celui qu'il va condamner." La liberté de parole du magistrat ne doit pas le dispenser d'exemplarité.

    Qu'est-ce qu'un intouchable ?

    Il y en a beaucoup, du moins le croient-ils. J'ai reçu un courrier d'un parlementaire, ancien magistrat, qui m'écrivait pour "interpeller mon attention" sur la situation d'une de ses connaissances qui s'était rendue coupable de je ne sais quelle infraction... Il attendait que je classe l'affaire. Je lui ai fait une autre faveur : j'ai accéléré la procédure pour la faire comparaître plus vite devant le tribunal ! Autre exemple, je vois un jour arriver dans mon bureau un gros entrepreneur du coin. Il me dit "je sais que vous admirez beaucoup ma maison qui a une vue imprenable", ce que je confirme. Il poursuit : "Il faudra que je vous invite à dîner avec votre épouse." Puis il en arrive au véritable motif de sa visite : il s'était fait arrêter pour excès de vitesse et venait me "demander conseil". Je lui ai donc conseillé de payer son amende, par chèque. Croyez-moi, j'attends toujours mon invitation à dîner !

    Il m'est aussi arrivé d'avoir des amendes. Un jour, je m'étais garé sur une place réservée aux handicapés, je n'avais pas vu la signalisation. J'ai commencé à discuter avec l'agent. Le fonctionnaire me répond : "Adressez-vous au procureur." Il se trouve que j'étais le procureur. Eh bien, j'ai payé mon amende, comme la loi me le demandait.

    Que faut-il changer ?

    Je pense qu'il faut renoncer au modèle d'école de la magistrature. Il a vécu. L'égalité du concours est fictive : la plupart de ceux qui le réussissent sont passés par une prépa payante. Il faudrait aussi un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) rénové et doté de moyens réels. Ceux que j'appelle "les soutiers de la magistrature" sont bien peu représentés, alors que les corps d'élite sont, eux, surreprésentés. Par ailleurs, au nom de quoi le président de l'Assemblée nationale, celui du Sénat, ainsi que le bâtonnier peuvent-ils nommer des personnalités ? Il y a peu de respect pour cette trilogie chère à Montesquieu, qui pourtant a plus de sens que jamais. La démocratie ne peut être efficace qu'avec fermeté. La justice ne pourra pas continuer comme cela.

    Retrouvez les chroniques d'Éric de Montgolfier sur Le Point.fr

    * Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons, par Éric de Montgolfier, paru chez Michel Lafon, 296 pages, 19 euros.

  • Immigration : Jean-Paul Gourévitch à L’AF 2895 : " Pour une parole indépendante"

    Consultant international sur l’Afrique et les migrations, docteur en sciences de l’information et de la communication, Jean-Paul Gourévitch vient de publier un ouvrage auquel nombre de nos confrères ont réservé un accueil polémique.

    L’AF 2895 : Vous venez de signer dans la collection Pour les Nuls, qui vise le grand public sans rien lâcher sur l’exigence scientifique, une somme sur les Migrations : en quoi cet ouvrage manquait-il ?

    Jean-Paul Gourévitch : Il existe en France nombre d’ouvrages sur l’immigration, historiques, politiques, sociologiques, démographiques sans compter les témoignages chargés d’émotions des migrants ou de ceux qui vivent auprès d’eux. En revanche l’expatriation reste un domaine peu exploré notamment sur le plan des coûts. L’idée de l’ouvrage était de conjuguer immigration et expatriation sous un seul terme, celui de migrations, et de ne pas se restreindre à la France mais d’ouvrir sur la géopolitique des flux et les exemples étrangers.

    La seconde difficulté propre à cette collection dont le slogan est « Avec les Nuls tout devient facile » c’est de faire un travail de vulgarisation tout en respectant une rigueur méthodologique et scientifique. C’était le défi qui m’était assigné et que j’ai essayé de relever. Il ne faut pas noyer le lecteur sous une avalanche de chiffres mais on ne peut pas non plus les occulter. Il est également important de définir les termes. « Immigrés », « étrangers », « personnes d’origine étrangère » renvoient à des réalités différentes. Une anecdote significative. Lors du débat télévisé de l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a mentionné plusieurs fois le « vote des immigrés » alors qu’il s’agit évidemment du vote des étrangers puisque nombre d’immigrés ont acquis la nationalité française et bénéficient donc du droit de vote. Une erreur que son adversaire n’a même pas relevée.

    Enfin, mais c’est plus anecdotique, un ouvrage qui fait 400 pages plus les cartes et les annexes ne doit pas être pesant et comporter des moments plus légers : anecdotes, bêtisier, recension d’ouvrages, de films ou de lieux de mémoire. Reste qu’il n’est pas question de faire de l’humour sur les migrations car le fait de quitter son pays est toujours un déchirement qui peut se terminer de manière tragique comme l’actualité nous le rappelle chaque jour.

    Vous et votre éditeur avez été victimes d’une tentative de déstabilisation. Pourquoi, alors que vous êtes un spécialiste internationalement reconnu de la question ? 

    Comme il était difficile de s’en prendre à l’ouvrage, on a cherché à diaboliser l’auteur, et ainsi à discréditer à la fois le propos et la collection. Cette part d’un seul article très « militant » d’une journaliste de l’AFP qui est repris in extenso le jour même et le lendemain par 51 journaux parmi les plus célèbres qui n’ont ni consulté l’ouvrage ni interrogé l’auteur ou l’éditeur. Cela peut laisser rêveur sur la déontologie d’une certaine presse qui pourtant ne se fait pas faute de donner des leçons.

    Quand mon avocat et moi-même avons demandé à l’AFP comment elle comptait réparer le préjudice subi, l’Agence a répondu qu’elle ne voyait pas où se trouvait ce préjudice. Pourtant 10 millions de lecteurs de cette presse ont bien été « informés » qu’il s’agissait d’un ouvrage écrit par un auteur « très à droite » donc suspect. La preuve : ses thèses avaient été citées par le Front National et des sommités de gauche et d’extrême gauche, les seules interrogées par la journaliste, en contestaient la teneur. Pourtant aucune n’avait lu l’ouvrage puisqu’il était sorti le jour même et qu’elles n’avaient pas reçu de service de presse.

    Bien entendu on s’attardait sur les événements organisés par la droite ou l’extrême-droite au cours desquels l’auteur avait donné des conférences en oubliant ceux organisés par la gauche ou l’’extrême gauche au cours desquels il était également intervenu, voire en niant qu’ils aient existé alors qu’ils sont parfaitement consultables sur Internet et ont donné lieu à des publications.

    On en est même venu à contester ma qualité de consultant international sur l’Afrique et les migrations. Pourtant en 25 ans de carrière dans ce domaine, j’ai fait plus de 35 missions dont certaines ont duré des mois voire des années, notamment en Afrique, pour des organismes aussi divers que l’UNESCO, l’Union Européenne, Le Ministère des Affaires Etrangères, la Banque Mondiale, des ONG ou des cabinets d’expertise. Et mon rapport sur les migrations subsahariennes a été voté par le Conseil de l’Europe à l’unanimité (moins deux abstentions) ce qui n’est quand même pas courant.

    On ne peut résister seul à cette lapidation organisée. J’ai obtenu des droits de réponse de la part de trois journaux qui en avaient rajouté jusqu’à la diffamation. Mais je constate avec amertume que dans un pays profondément divisé et où l’opinion publique n’est plus en phase avec ses représentants, il est difficile sur un sujet sensible et qui pourtant concerne son présent et son avenir, de porter une parole documentée, indépendante, aussi impartiale que possible, qui donne les sources de ses données et explicite sa démarche.

    Est-il impossible de parler des migrations de manière apaisée ? Cet ouvrage n’a-t-il pas précisément pour objet de mettre un terme aux fantasmes sur la question pour l’aborder de manière objective ?  

    Ségolène Royal avait dit un jour qu’il faudrait « dépolitiser la question de l’immigration » et faire asseoir autour d’une même table des gens compétents et de bonne volonté pour chercher des solutions intelligentes aux problèmes qu’elle posait. Nous en sommes très loin. Sans doute l’immigration est-elle plutôt le pré carré de la droite et l’expatriation le cheval de bataille de la gauche. Mais ces deux aspects sont liés géopolitiquement, financièrement et humainement. L’ouvrage prétend lutter contre « les amalgames, les phantasmes et la désinformation ». La campagne de presse dont j’ai été victime montre que le combat est loin d’être gagné. J’ajoute que c’est un combat sur deux fronts. On risque toujours d’être ostracisé par les uns et instrumentalisé par les autres. Mes collègues qui travaillent en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis ou au Canada s’étonnent toujours des réactions passionnelles des Français quand on aborde ces thèmes. Chez eux aussi on débat, mais sans insultes ni déformation volontaire des propos de ceux qui ne pensent pas comme vous.

    Ceux qui vantent de manière idéologique les bienfaits de l’immigration hésitent entre deux attitudes contradictoires : vanter ce qu’elle rapporte, ou affirmer qu’il est impossible d’en mesurer le coût... C’est que l’immigration a un impact à la fois économique, social, culturel, voire politique et géopolitique... Comment débrouiller un tel écheveau ?

    En informant de façon contradictoire comme je le fais sur les motivations variées des mouvements migratoires, l’ampleur et l’orientation des flux, les diverses évaluations faites des coûts et des bénéfices, des investissements et de leur rentabilité, et les méthodes utilisées pour les mesurer.

    A titre d’exemple dans « la partie des Dix », une des traditions de la collection, j’ai listé dix débats de fond sur des problèmes complexes comme l’ouverture des frontières, la fuite des cerveaux, la régularisation des personnes en situation irrégulière ou l’aide médicale d’Etat. Chacun est présenté selon un schéma type : historique du débat, arguments des partisans, arguments des adversaires, thématiques des controverses. Il n’y a pas de conclusions. C’est au lecteur de les tirer.

    Pouvez-vous définir quelles devraient être les grands lignes de la politique migratoire d’un gouvernement qui ferait enfin le choix du seul bien commun ?

    Je ne voudrais pas à mon tour me poser en donneur de leçons. Mon souci n’est pas de déterminer quelle est la meilleure politique en matière de migrations mais de permettre à chacun de se faire sa propre opinion en connaissance de cause C’est aussi pour cela que je n’hésite pas à intervenir dans des associations ou mouvements dont les options sont parfois opposées, en essayant de fournir à chacun une information qui soit précise, pertinente, et sourcée, et d’éclairer les enjeux.

    L’AF 2895 - Propos recueillis par François Marcilhac

    Retrouvez ici et ici Jean-Paul Gourévitch lors d’une conférence à l’Action française.

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Immigration-Jean-Paul-Gourevitch-a