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entretiens et videos - Page 891

  • Gabriele Adinolfi : « Je suis à la fois avec Pravyï-Sector et Poutine »

    Dans la continuité de l’entretien écrit de deux cadres de Casapound que nous avons précédemment publié, l’Agence Info Libre a rencontré Gabriele Adinolfi, écrivain et militant politique italien proche de ce mouvement.

    Seront abordés avec lui la situation ukrainienne et son double soutien à Parvyï-Sector et Poutine, son avis sur la politique française et notamment son avis sur le Front National. Il précisera ensuite la distinction qu’il fait entre empire et impérialisme et développera son idée d’empire européen.

    Un entretien mené par Nathan Bérenger pour l’Agence Info Libre

  • Frédéric Encel : « L’Etat islamique partage la même vision du monde que les Saoudiens »

    Docteur en géopolitique, Frédéric Encel est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, principalement sur le Proche-Orient. Après Gilles Kepel et Jean-Pierre Filiu, Fréderic Encel publie un ouvrage de synthèse sur le printemps arabe. Il le fait à sa manière, celle d’un spécialiste de géopolitique formé par Yves Lacoste. Sa démarche est de « tenter d’appréhender les représentations des acteurs, leurs manières de penser » le monde dans lequel ils agissent de manière politique. Très facile d’accès, l’ouvrage décrit ainsi ce que le printemps arabe a révélé - notamment l’échec d’une vision cynique de l’histoire.

    Fréderic Encel « Géopolitique du printemps arabe » PUF, 245 pages, 18 euros.

    Le pèlerinage de La Mecque le montre, l’Arabie saoudite reste centrale dans l’univers musulman. Pourquoi ce pays de 30 millions d’habitants a-t-il été épargné par le Printemps arabe ?

    Parce que le régime disposait de tous les moyens de le tuer dans l’œuf ! Pour au moins trois raisons, outre la répression policière. D’abord, le système féodalo-tribal sur lequel repose l’Etat et la société. C’est la vieille éthique bédouine de soumission au chef de la tribu, et de la soumission des tribus à la plus puissante d’entre elles, les Saoud. Ce n’est pas une société individualiste... Ensuite, les sommes considérables que le pouvoir a injecté dans la société, dès les premières semaines du printemps arabe en Tunisie et en Egypte. On parle de 130 milliards de dollars versés en dix-huit mois, dans l’éducation, le logement, la santé, des secteurs en partie sinistrés. On ne dispose pas de données très fiables, mais on considère généralement que 20% des jeunes Saoudiens sont au chômage, dans un pays qui ne produit rien d’autre que du pétrole et du gaz. Ces fonds pharaoniques ont permis d’éviter les émeutes sociales. Enfin, le formatage des esprits par le régime, très clairement d’inspiration islamiste radicale.

    Pourtant, l’Arabie saoudite combat aujourd’hui les Frères musulmans et l’Etat islamique (Daesh). Est-ce un conflit au sein même de l’Islam radical ?

    Les wahhabites [l’école sunnite au pouvoir, ndlr] considèrent les Frères musulmans comme des concurrents théologiques redoutables. Sur le fond, ils sont proches, favorables à l’application stricte de la charia, à l’exclusion des femmes, hostiles aux Juifs et à l’Occident. En revanche, ils se distinguent sur la forme. Depuis les années 1930, les Frères musulmans s’inscrivent dans la modernité, en fondant des partis, des syndicats, des associations, en participant aux élections, toutes choses que les wahhabites rejettent résolument.[...]

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  • Entretien avec Marcel Gauchet : « Le monde moderne est sous le signe de l’ignorance. »

    Le philosophe Marcel Gauchet s’exprimera demain lors de la conférence inaugurale des Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Ces dernières semaines, des « écrivains » et des « intellectuels » ont entretenu une polémique artificielle à son endroit, tentant de le draper des oripeaux de la réaction. Loin des caricatures, cet entretien démontre de manière limpide que Marcel Gauchet est un penseur complexe qui interroge avec un regard sûr l’époque qui est la nôtre : le monde moderne.

    PHILITT : Certains considèrent que la modernité commence avec la subjectivité et le cogito cartésien, d’autres comme Péguy situent sa naissance vers 1880, d’autres encore comme Alain de Benoist font coïncider christianisme et modernité. Quand débute-t-elle à vos yeux ?

    Marcel Gauchet : C’est un problème canonique sur lequel beaucoup d’esprits se sont échinés. Il y a beaucoup de propositions. Vous en évoquez quelques unes, il y en a bien d’autres. Il y a une origine chrétienne de la modernité, je le crois tout à fait, mais une origine n’est pas une entrée dans l’explicite des propositions de la modernité. Il y a un commencement de la modernité qui a été repéré intuitivement il y a assez longtemps. Quand on parle des « Temps modernes » quelle est la date exacte qui permet de les caractériser ? La proposition la plus absurde à mes yeux est la chute de Constantinople. Une coupure importante mais qui ne dit rien de substantiel sur ce qui se passe après. Dans les bons manuels que j’ai utilisés quand j’étais petit, on évoquait les Grandes découvertes : Christophe Colomb, Gutenberg, Copernic… Il s’agit de comprendre ce phénomène afin d’y intégrer tous les critères distinctifs. C’est ce à quoi je me suis efforcé en proposant une perspective permettant de fédérer ces différents critères, à la fois philosophiques mais aussi bien événementiels ou matériels, dans une totalisation qui fait du sens. C’est à ça que répond la proposition selon laquelle la modernité est le mouvement de sortie de la religion. C’est une définition maximale, englobante puisqu’à partir de là, on peut lier des phénomènes a priori sans rapport.

    PHILITT : Qu’appelez-vous exactement « sortie de la religion » ?

    Marcel Gauchet : La sortie de la religion, ce n’est pas le fait que les gens ne croient plus en Dieu. Ils n’y croyaient pas tellement plus avant ! L’un des premiers signes flagrant de l’entrée en modernité comme sortie de la religion, c’est la Réforme protestante qui va, par contre-coup, susciter la réforme catholique, lesquelles se traduisent par un renforcement de la foi, au sens du vécu personnel, de l’adhésion religieuse des personnes. Mais ce n’est pas parce qu’il y a plus d’adhésion personnelle des individus qu’il y a plus de religion au sens où je veux l’entendre, c’est-à-dire comme mode d’organisation collective. La sortie de la religion, c’est la sortie de l’organisation religieuse du monde. C’est pour ça que nous ne comprenons pas les sociétés anciennes : elles étaient structurées religieusement et définissaient à la fois le type de pouvoir qui y régnait, le type de rapport entre les personnes, la forme des collectivités… C’est l’ensemble de cette structuration qui peu à peu se défait dans un travail qui va occuper cinq siècles jusqu’à nous. Parallèlement à la Réforme religieuse, vous avez un événement qui se signale comme absolument contemporain. C’est le surgissement du politique moderne qui va donner sur un siècle l’émergence de la notion d’État qui est une notion tout à fait moderne. Vous voyez comment un processus politique et un processus religieux changent complètement les données de la foi…[....]

    La suite sur PHILITT

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  • « Le bien commun doit l’emporter »

    Journaliste et essayiste, Arnaud Guyot-Jeannin a dirigé les ouvrages collectifs Aux sources de l’erreur libérale (1999) et Aux sources de la droite (2000) dans la collection "Vu autrement" aux éditions de L’Âge d’Homme. Les questions portant sur l’argent, l’écologie, le libéralisme, le socialisme, le travail, etc, y étaient abordées dans une perspective résolument anticonformiste. Le 27 novembre dernier, il a même consacré son "Libre Journal des enjeux actuels" sur Radio Courtoisie à « la nécessité des luttes sociales » face à la libéralisation du travail du dimanche, à la retraite à soixante-dix ans, à la privatisation de la Poste, etc. L’Action Française 2000 l'accueille avec plaisir une nouvelle fois dans ses colonnes…

    L'Action Française 2000 - "Travailler plus pour gagner plus" : cette consigne de M. Sarkozy, qui va maintenant jusqu'à remettre en cause le repos dominical, n'est-elle pas le signe d'une conception nouvelle et bien peu catholique, du travail ?

    Arnaud Guyot-Jeannin - Elle n'est pas "nouvelle" et avant d'être "peu catholique", cette consigne est surtout bien peu humaine en vérité. Il est impératif que la fameuse common decency ou décence ordinaire, préconisée par Georges Orwell et reprise par Jean-Claude Michéa de nos jours, se déploie dans la vie quotidienne des individus, des communautés et des peuples.

    Des catholiques sociaux déterminés

    Je rappelle qu'il a fallu attendre le vote de la loi Lerolle du 13 juillet 1906 pour abroger le travail dominical. En effet, le XIXe siècle avait connu une exploitation inhumaine et une misère sociale effrayantes. L'État centralisé, complice du ploutocapitalisme, avait favorisé une industrialisation massive et un déracinement social et géographique sans précédent. Heureusement, face à ce processus de désintégration nationale, provinciale et sociale se dressèrent des penseurs et députés catholiques sociaux attachés à défendre le génie populaire et les socialités primaires de la France traditionnelle.

    L'AF 2000 - Pouvez-vous rappeler quelques lois pour lesquelles les catholiques sociaux ont milité au XIXe siècle et au début du XXe ?

    A.G.-J. - Bien sûr. Dès le 21 mars 1841, la loi Montalembert a proscrit le travail des femmes et des enfants dans les manufactures. Le 7 juillet 1891, Albert de Mun a proposé la suppression du travail de nuit pour les femmes et les enfants. Le 29 octobre 1892, le même député s'est engagé en faveur de la limitation du temps de travail. La future loi de Martine Aubry sur les 35 heures en représente le très pâle reflet, car elle ne vise pas l'amélioration des conditions de travail, mais une meilleure intégration à la société productiviste et au marché du travail qui sert exclusivement les intérêts du capital.

    On doit encore aux catholiques sociaux plusieurs propositions de loi sur la retraite et notamment sur les retraites ouvrières, en 1910 par exemple ; elles doivent être mentionnées au moment où le gouvernement Sarkozy-Fillon légifère en faveur de la retraite à soixante-dix ans. Et pourquoi pas, jusqu'à soixante-quinze ans, à l'instar des États-Unis, modèle préféré du chef de l'État ?

    Démesure

    Au total, une centaine de lois et propositions de lois ont été défendues avec détermination par les catholiques sociaux et les Cercles catholiques d'ouvriers (1871) dont les initiateurs s'appelaient Maurice Maignen, René de La Tour du Pin et Albert de Mun. Sans oublier l'influence pontificale à travers l'encyclique sociale Rerum Novarum (1891) rédigée par Léon XIII !

    L'AF 2000 - N'est-ce pas en fait sur la conception de l'homme lui-même que Nicolas Sarkozy et les libéraux se séparent de ces catholiques sociaux ?

    A.G.-J. - Assurément, la formule de Nicolas Sarkozy, "travailler plus pour gagner plus", s'inscrit dans la dynamique quantitative de la démesure capitaliste du "toujours plus" : toujours plus d'argent, toujours plus d'objets, toujours plus de consommation, toujours plus de travail, etc. L'homme y est envisagé comme un numéro-matricule du système marchand postdémocratique, ce système où la valeur travail et la valeur marchande se confondent au détriment de la valeur d'usage.

    Bien sûr, Nicolas Sarkozy n'est qu'un symbole fort de ce système mondialisé. Mais les symboles sont importants en politique. D'autant plus que la formule sarkozyenne du "travailler plus pour gagner plus" a finalement comme résultat pour les salariés de travailler plus pour gagner moins. Et même de travailler moins bien en raison d'un cadre général de travail de plus en plus inhumain.

    Face à une telle régression sociale et environnementale, mais plus largement civilisationnelle, il faut opposer un vrai modèle alternatif, où écologie sociale et économie solidaire réactivent le sens des responsabilités ordonnées et partagées dans un cadre de vie qui n'exclut pas un peu de flânerie. Tout est une question d'éthique, de politique et de mesure ! Le bien commun doit l'emporter sur un utilitarisme marchand, vecteur de modes de management délétères entraînant une course effrénée à la productivité et un stress épouvantable qui causent de la souffrance au travail.

    En résumé : Sois cool et tais-toi !

    L'AF 2000 - Comment se manifeste aujourd'hui cette "souffrance au travail" ?

    A.G.-J. - 53 % des Français disent souffrir dans leur activité professionnelle. Plusieurs centaines de cadres se suicident chaque année dans notre pays. Le harcèlement actionnarial et patronal va de pair avec une idéologie de la performance qui prône les mêmes formules commerciales de technocentres entrepreunariaux - plus chaleureusement appelés les entreprises copains - : Il faut faire plus, toujours plus ! L'open space établit une dictature du bonheur qui provoque un malheur intériorisé chez le salarié. De nouvelles formes de domination d'un post-libéralisme sympa et meurtrier se mettent donc en place. Sois cool et tais-toi ! Dans de plus en plus d'entreprises, le tutoiement et l'appellation de son patron par ses initiales sont obligatoires. L'obligation de résultat est le seul paramètre qui compte dans un cadre décloisonné où les relations sont fluides et opérationnelles ! Le patron est à la fois un GO en apparence et un serial killer en fin de mois. Nous ne sommes pas loin de la description de la World compagny moquée par Les Guignols de l'Info. Comment voulez-vous que la valeur travail ne soit pas décrédibilisée dans une société où le travail n'a plus de valeur ?

    Au métier qualifié, enraciné, sédentaire et humanisé a succédé - à partir du milieu des années soixante-dix – un travail découpé, parcellarisé, nomadisé et globalisé. Au métier organique a fait place un travail mécanique. Une besogne machinale et anonyme qui foudroie les cadres, les cadres moyens et les secrétaires de direction qui tombent en dépression. N'oublions jamais que la France est le premier pays au monde - avant les États-Unis - à utiliser des calmants et des anxiolytiques. Sarkozy est-il de mèche avec les laboratoires pharmaceutiques ? Plaisanterie mise à part, le constat s'impose à nous : le travail tue de plus en plus. La société positive du travail s'avère négative. Il s'agit là d'une société anxiogène et mortifère.

    L'AF 2000 - En ce qui concerne la nouvelle mesure sur le travail le dimanche, le texte qu'a présenté le gouvernement n'est-il pas beaucoup plus minimaliste qu'au départ ?

    A.G.-J. - Certes, mais Nicolas Sarkozy va faire passer habilement sa loi en insistant sur la notion de "volontariat" et de "liberté" du travailleur comme du consommateur. De façon évidente, les réfractaires au travail dominical seront immédiatement mal vus et mal notés. Le conditionnement négatif ambiant les poussera vite à revoir leur décision. Avec une telle liberté surveillée, je parie même que beaucoup d'entre eux seront dissuadés de recourir à un tel choix hypocrite et préféreront travailler bien gentiment le dimanche au détriment de leurs autres activités. Puis Nicolas Sarkozy s'occupera des aménagements nécessaires à la généralisation progressive du travail dominical, toujours au nom de la volonté, de la liberté et du marché pour tous... Mais en réalité, au détriment de l'ensemble des salariés et au profit - c'est le cas de le dire - des grosses fortunes dont il est l'ami !

    Liberté sous surveillance

    La question reste posée : les Français doivent-ils consommer à tout prix, tous les jours, tout le temps, y compris le dimanche ? Allons-nous devenir un peuple de salariés et de consommateurs ? 

    Pour des raisons humaines, sociales, familiales, amicales, religieuses, le repos dominical demeure essentiel. Il représente un jour de partage et sert à resserrer les liens entre les personnes et leur environnement. Moins de travail ne signifie pas "plus de travail". Le travail est un moyen en vue de subvenir à ses besoins, pas une fin en soi. Les partisans de la sanctification par le travail - qui comptent de nombreux chrétiens conservateurs et progressistes devraient faire cette nuance de taille. « Le sabbat a été fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat » proclame hiérarchiquement l'Évangile selon saint Marc (2, 23-28). Ralentir les cadences de travail et décélérer les activités économiques en termes de production et de consommation ne signifie pas abolir le travail. Décroître n'est pas synonyme de récession. Une décroissance soutenable ne peut qu'être volontaire, tandis que notre récession économique et sociale ne l'est pas. C'est la décroissance qui peut empêcher de nouvelles crises. Pour cela, encore faut-il rompre avec la logique du capitalisme. La seule alternative politique et civilisationnelle réside aujourd'hui dans la pratique d'une décroissance de la production, de la consommation et du travail permettant de produire moins, consommer moins et travailler moins pour travailler bien et vivre mieux

    L'AF 2000 - Peut-on donc envisager de travailler autrement ? Que pensez-vous du "dividende universel" préconisé à une époque par Christine Boutin ?

    A.G.-J. - D'abord, je remarque que Christine Boutin ne le préconise plus depuis qu'elle est ministre du Logement. D'ailleurs, comment le pourrait-elle dans un gouvernement dont l'hyperprésident représente la droite bling-bling ? Le "dividende universel" appelé aussi "revenu social inconditionnel", "revenu d'existence" ou encore "revenu universel de citoyenneté" représente des allocations populaires responsabilisantes, intégratrices et solidaires. André Gorz, Yoland Bresson ou encore Alain Caillé, le directeur du Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales (MAUSS) ont travaillé sur leur possible mise en pratique dans la société française.

    Le "dividende universel"

    Leur théorie pratique vise à réduire le temps de travail en obtenant un revenu inconditionnel d'inclusion sociale - et non d'exclusion comme le RMI et le RSA, tous deux conditionnels - pour chaque membre de la communauté nationale. Dans une société où le travail est considéré comme pénible et surplombant, où la désaffiliation sociale et familiale engendre l'anomie, où les pauvres se comptent par millions et où le chômage n'est plus seulement conjoncturel, mais structurel, ne faut-il pas permettre à chacun de libérer un peu de temps pour ses activités familiales, amicales, paroissiales, culturelles, sportives etc, tout en vivant décemment ? Poser la question, c'est y répondre. L'établissement du "dividende universel" - perçu de la naissance à la mort par chaque personne - rompt avec la société du tout travail et du travail salarié. Il faut pouvoir travailler et gagner sa vie au minimum sans se voir astreint automatiquement à occuper un poste de salarié dans une société salariale. Avec l'essor des réseaux et de la mondialisation-fragmentation tribale, l'avenir n'est plus au salariat. Précisons que le montant du revenu doit être ni trop élevé pour éviter l'assistanat, ni trop bas pour ne pas engendrer la précarité.

    L'AF 2000 - La crise actuelle ne marque-t-elle pas la défaite du libéralisme ? N'est-il pas temps de remettre en cause le capitalisme lui-même ?

    A.G.-J. - La crise financière mondiale était prévisible. En effet, en 1945, la signature des accords de Yalta a permis de livrer l'Europe et une grande partie du globe au communisme soviétique et au capitalisme américain. Plus de quarante ans après, le mur de Berlin s'est effondré et l'Union soviétique s'est désintégrée. Le communisme disparaissait à l'Est ! Le capitalisme se retrouvait alors seul dans un monde unipolaire dominé par les États-Unis. Seulement, il ne pouvait plus instrumentaliser les tares de son ennemi de la Guerre froide pour légitimer son système. Il trouvait alors un diable de rechange : l'islamisme. Mais cela ne suffit pas ! Les crises économiques et géopolitiques américaines éclataient peu après. La volonté de puissance marchande et la démesure guerrière des États-Unis aboutissaient à une récession interne doublée d'une grande méfiance des États et des peuples sur le plan externe.

    Le mur de l'argent

    La loi de la jungle néolibérale ne peut présider justement et durablement au destin d'une puissance. Le capitalisme se fonde sur l'accumulation du capital et du profit. Il porte l'excès en lui. « La monnaie créée ex-nihilo » pour reprendre l'expression de Maurice Allais, la spéculation des échanges monétaires virtuels et la dématérialisation planétaire de l'argent, ne peuvent que mener à d'autres fuites en avant suivies de crises préjudiciables aux sociétés occidentales de marché. Ces autres crises financières vont survenir parce que le système de l'illimité ne peut survivre dans un monde qui connaît nécessairement des limites. Le mur de l'argent chutera alors à son tour. Le système capitaliste américanocentré explosera comme sa bulle. Le capitalisme est né du système de l'argent, il mourra du système de l'argent.

    Propos recueillis par Michel Fromentoux

    L’ACTION FRANÇAISE 2000 n° 2761 – du 18 au 31 décembre 2008

  • Gollnisch : « Nous n’avons jamais varié dans notre combat et notre fidélité »

    À l’occasion de la « manif pour tous » du 5 octobre, La Nouvelle Gazette a interrogé Bruno Gollnisch.
    La délégation des élus du Front National était nombreuse lors de la dernière Manif Pour Tous. PMA, GPA, nous avons interrogé Bruno Gollnisch, député Front National au Parlement Européen, sur ces questions ainsi que l’implication de son parti vis-à-vis de ces problèmes sociétaux.
    1) Bruno Gollnisch, vous étiez ce dimanche à la Manif Pour Tous aux côtés de nombreux élus du Front National. Comment avez-trouvé cette nouvelle manifestation ? La mobilisation était-elle toujours aussi forte ?
    Nous étions dans la rue, toutes sensibilités confondues, plusieurs centaines de milliers, dont énormément nous ont témoigné de la sympathie : cela démontre s’il en était besoin que les valeurs défendues mobilisent toujours autant. La Société semble prise dans l’engrenage fou de la culture de mort et de la négation des évidences naturelles, et voilà qu’un sursaut visible témoigne de la persistance de notre civilisation. Ces événements encouragent à ne jamais rien lâcher. Permettez moi aussi de lier cela à la vitalité d’un courant de pensée national, populaire et social qui n’a jamais abandonné son combat malgré les anathèmes et les calomnies.
    2) La délégation du Front National était assez importante. Certains ont accusé le parti de ne pas s’être emparé du sujet de la loi Taubira sur le mariage homosexuel de manière assez forte contrairement à l’UMP. Cette fois-ci, les élus du FN avaient été officiellement invités à manifester. Qu’est-ce qui a changé?
    Rien n’a changé, en tout cas dans notre discours. Je vous rappelle que dès le début, le Front National, à l’unanimité de sa plus haute instance, le Bureau politique, la présidente incluse, a condamné sans la moindre ambigüité la loi Taubira, alors que l’UMP était divisée. Marine Le Pen est à ce jour le seul leader politique d’importance à avoir dit qu’elle voulait abroger la loi. En revanche, notre formidable succès, par exemple, aux élections européennes, modifie la donne: les parlementaires étaient 8 fois plus nombreux dans la manifestation d’octobre 2014 car 8 fois plus nombreux au Parlement européen qu’à l’époque des précédentes manifestations, sans compter les deux nouveaux sénateurs, les dizaines de conseillers régionaux et municipaux. La preuve que voter FN ça marche! Nous avions appelé par voie de communiqué nos sympathisants qui le désiraient à rejoindre le cortège, comme pour les autres manifestations « pour tous ».
    3) Malgré ses affirmations, le gouvernement a tenté de démobiliser les manifestants notamment avec l’interview de Manuel Valls au journal La Croix sur la GPA. Pensez-vous que la majorité socialiste est-elle encore crédible pour ses sujets d’éthique ?
    D’une certaine façon, c’est plutôt positif : cela montre que la pression exercée par « La Manif pour Tous » a payé. Mais depuis le RPR puis UMP Charles Pasqua, on sait bien que « les promesses politiques n’engagent que ceux à qui elles sont faites« . Or nos amis savent que, notamment sur des questions sociétales, elles sont toujours suivies de lois inverses. Les mensonges ne marchent plus. En tous cas espérons que seuls les actes passés serviront de guide dans la confiance que les uns et les autres placeront (ou non) chez les politiques. Et puis le pouvoir socialiste s’est tellement acharné à diaboliser le grand mouvement populaire contre la Loi Taubira que plus personne ne peut être dupe sur leur vrai visage.
    4) La France s’oppose à la GPA tandis que la CEDH prend une décision contraire. La mobilisation ne doit-elle pas se porter aussi au sein des institutions européennes ?
    Le combat doit se porter à tous les échelons législatifs. Ce que nous appelons « l’UMPS » ayant abdiqué la souveraineté de la France à Bruxelles, il faut bien sûr lutter aussi au Parlement européen. Le cas du rapport Estrela est connu de tous, et je m’honore d’y avoir fait personnellement échec, si vous m’autorisez cette immodestie! Et il est heureux que notre dénonciation, la salvatrice mobilisation des réseaux, et la pression des courriers venant « de la base » aient finalement contraint la plupart des députés UMP (PPE au Parlement européen) à voter contre l’affreux texte dit de « compromis » qui suivait l’immonde rapport Lunacek, autrement dit à voter contre un texte qui avait cependant été déposé en leur nom et au nom de leur groupe !
    5) Pensez-vous qu’il faudra rester vigilants sur les sujets sociétaux comme la théorie du genre, la PMA ou la GPA ? Quelle place devra prendre le FN dans ses débats ?
    Non seulement je le pense, mais soyez assurés que nous le serons! J’espère que le Front National restera très ferme sur ces thématiques. Il le sera peut-être sans exclusive, mais nous avons prouvé jusque là que nous n’avons jamais varié dans notre combativité et notre fidélité. Certains nous accusent d’une visibilité insuffisante sur ces sujets. Mais il faut dire aussi que jusqu’à présent, et malgré notre disponibilité réaffirmée, les organisateurs de la « Manif pour Tous » n’ont pas fait grand chose pour mettre en valeur ceux d’entre nous qui étaient le plus engagés à leurs côtés. Et en disant cela, je reste poli ! Encore une fois, ce sont nos paroles, nos votes, nos actes, qui plaident en notre faveur. Nombreux sont ceux qui le savent, et par votre intermédiaire, je l’espère vivement, un plus grand nombre encore. Et puis à tous ceux qui estiment encore que nous n’en faisons pas assez, je dirai: « Nous n’attendons que vous pour faire plus et mieux! »

  • Céline Lafontaine : “La bioéconomie, c’est le stade ultime du capitalisme”

    Dans son livre “Le Corps-Marché”, la sociologue canadienne Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

    S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité…

    Le monde vivant est devenu aujourd’hui, selon vous, “une mine à exploiter”. Une mine qui définit ce que vous appelez la “bioéconomie” ? Qu’est-ce qui la caractérise ?

    - 1Céline Lafontaine – La bioéconomie, c’est le nouveau modèle de développement économique, promulgué par l’OCDE. La bioéconomie est au cœur du processus de globalisation. L’origine du concept se rattache à l’écologie et au modèle de la décroissance. Face à l’épuisement des ressources naturelles, la bioéconomie, dans sa première version, devait tenir compte des limites imposées par la planète, des limites du vivant. Historiquement, la bioéconomie est directement liée à la crise du pétrole du début des années 70, à l’abandon de l’étalon-or, au moment où le rapport du Club de Rome annonçait l’épuisement de l’énergie fossile.

    Les Etats-Unis ont alors réagi en développant un nouveau modèle de l’économie qui place les processus vivants au centre de tout. Dès le début des années 80, le pays a investi massivement dans les biotechnologies. La bioéconomie, c’est donc un mode de production qui touche tous les secteurs économiques (agriculture, industrie, santé…), qui prend les processus vitaux, au niveau de l’ADN et des cellules, pour les transformer et leur conférer une nouvelle productivité.

    Ces processus biologiques sont à la source d’une nouvelle productivité. Plutôt que d’utiliser la force de travail des ouvriers, la bioéconomie est fondée sur l’exploitation du vivant, la manipulation des gènes, des processus cellulaires et des processus vitaux. La vie elle-même est devenue la source de la productivité économique.[....]

    La suite sur Les Inrocks.com

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Celine-Lafontaine-La-bioeconomie-c

  • La Manif Pour Tous va recomposer le paysage politique français

     

    La manifestation des familles du 5 octobre 2014 a été, une fois de plus, un succès. Mouvement de masse transcendant l’ensemble des partis, la manif pour tous, qui puise dans la redécouverte de la nature comme norme est amenée à bouleverser le paysage politique français. Entretien avec Henri Hude :

    Quel est le poids de la manif pour tous ?

    Nous ne sommes pas en face d’un mouvement groupusculaire, ou catégoriel, mais d’un mouvement de masse. Le concept de base, pour l’analyse, est la tripartition en trois segments d’opinion : les « proches », les « indifférents » et les « éloignés ». En chiffres ronds, 30% de proches dont 15% de très proches. Ces derniers forment un bloc d’environ dix millions de personnes, tous âges confondus. C'est le chiffre qu'il faut garder en tête. Cela montre que nous sommes en face d’un mouvement massif, luttant pour un intérêt profond et non négociable, déterminé, ancré dans la durée. Il n’y a aucune vraisemblance qu’un mouvement aussi profond s’amortisse dans les années à venir. Le plus intéressant est que ce mouvement national divise la totalité des partis, des classes sociales et des cultures. Bref, toutes les divisions habituelles sont recoupées par une nouvelle division longitudinale qui les traverse toutes.  

    Comment expliquer que le mouvement reste marginalisé ?

    Ce mouvement massif n’est pas majoritaire et faute d’une stratégie d’alliance, une politique isolationniste le condamnerait à l’échec. Mais, pour pouvoir négocier des alliances, ce mouvement devra savoir ce qu’il est et où il va. Sans doute va-t-il « objectivement » dans une certaine direction. Mais son leadership devrait définir ce que serait pour lui la victoire, au-delà du retrait de quelques textes législatifs ou réglementaires, et se donner une stratégie ambitieuse et claire. Une telle stratégie se doit d’être au niveau des enjeux de tout le pays et de tous les Français.

    Quels sont les fondements du mouvement ?

    Philosophiquement, ce mouvement se définit comme une redécouverte par un peuple de la nature comme norme. Cette redécouverte a d’abord eu lieu de manière plus superficielle dans les milieux écologistes, face aux dégâts causés à l’environnement. Elle s’est accomplie ensuite de façon bien plus profonde, en silence, et dans un nombre considérable d’esprits, face à la confusion pathogène causée en l’Homme et en la Société par la négation radicale de lanature et de sa normativité. Or, cette idée d’une nature comme facteur d’harmonie, est adaptée au multiculturalisme contemporain. En outre, cette idée force peut s’accorder à la tradition de l’humanisme.

    Quelles seront les conséquences politiques du mouvement ?

    Nous sommes en face d’un mouvement qui cherche sa place sur l’échiquier politique. Il fait partie des forces politiques modernes qui ont vocation à restructurer l’espace politique tout entier, mais n’en ont pas encore pris conscience. Modérés par tempérament, par éducation, par position sociale, les leaders du mouvement voudraient exister dans l’espace libéral classique. Ils préféreraient cela de beaucoup à d’autres tentatives plus ambitieuses. Mais, l’énergie propre de leur mouvement contrarie leur prudence. C’est  pourquoi ils peinent à trouver leur place dans le paysage, entre les partis existants. Si ces derniers ne se résolvent pas à lui faire une place et même, peu à peu, à se laisser restructurer à partir de son dynamisme, nous verrons les gens décrocher peu à peu du système politique et le rejeter dans son ensemble. C’est alors que les événements pourraient prendre un tour assez différent.

    Propos recueillis par Thomas Flichy de La Neuville.

    Henri Hude, dernier ouvrage paru La force de la liberté, Economica, 2013.

    Le Salon Beige

     

  • Jean-Paul Gourévitch, "les Migrations pour les Nuls"