Paru dans Valeurs Actuelles aujourd'hui :

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Paru dans Valeurs Actuelles aujourd'hui :

Cogedim (50 millions de francs détournés)
Carambouille de Carcassonne (72 millions de francs envolés)
Canson (trafic de tableaux et captation d’héritage)
Démêlés Noir-Mouillot-Botton
Embrouilles de la tour BP (détournements de fonds, sept morts suspectes)
Krach municipal à Draguignan (trou de 50 millions)
Écoutes téléphoniques par la société de sécurité Century (six arrestations)
Cliniques de Marseille (meurtres en pagaille)
Affaire Schuller-Maréchal
Carrefour du développement (100 millions détournés)
Scandale de la GMF (500 millions évaporés)
Si toutes les affaires concernent la GLNF, les deux dernières concernent plutôt le GO, mais une trentaine de frères au total sont cités.
L’auteur de ce réquisitoire, Pierre Bertin [un frère indigné], propose d’agir vigoureusement pour rétablir l’ordre au sein de l’obédience. Une sanction exemplaire sera prise contre... Pierre Bertin. Il est suspendu ! Quant aux intrigants impliqués dans des scandales, il ne leur arrivera rien.
Ghislaine Ottenheimer, Renaud Lecadre, Les frères invisibles
D'Alexis Brézet dans Le Figaro :
"C'est une guerre, une vraie guerre, menée non par des soldats mais par des assassins de l'ombre, des tueurs méthodiques et organisés, dont la tranquille sauvagerie glace le sang. Elle a tué, hier, en plein Paris.
Cette guerre, longtemps nous n'avons pas voulu la voir. Elle se déroulait si loin de nous, n'est-ce pas?, aux confins de la Syrie, de l'Irak, du Nigeria ou de la Libye… Par scrupule - sans doute par peur aussi -, nous n'osions pas même dire son nom. Les oiseaux de mauvais augure qui ne craignaient pas d'enfreindre la consigne étaient promptement disqualifiés. Les signes avant-coureurs - ces «gestes fous» commis à Noël encore par des «déséquilibrés» - aussitôt minimisés. Depuis hier, les euphémismes ne sont plus de mise: c'est une guerre, une vraie guerre, qui nous a été déclarée: la guerre du fanatisme islamiste contre l'Occident, l'Europe et les valeurs de la démocratie.
[...] Face à la guerre, le premier devoir est de s'unir. [...] Mais le second devoir est de s'armer. Moralement, d'abord - comment défendre nos valeurs si nous ne sommes pas convaincus de leur prééminente dignité? Politiquement et juridiquement, ensuite: trop longtemps, au nom d'un humanisme perverti, d'un antiracisme dévoyé, nous avons fait preuve de complaisance envers nos pires ennemis. Ces «enfants perdus du djihad», ces fanatiques qui se déchaînent sur Internet, mais aussi ces groupes d'influence qui, drapés dans leurs oripeaux «communautaires», conspirent à ciel ouvert contre notre pays et sa sécurité. Contre ceux-là, nous devons frapper. Sans faiblesse ni pusillanimité. Quand la guerre est là, il faut la gagner."
Michel Janva http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html
Bruno Gollnisch était l’invité de l’émission Politique ce matin sur LCP dans une édition spéciale en hommage à Charlie Hebdo, présentée par Patrick Chêne.
Politique Matin : La matinale du jeudi 8… par LCP
http://gollnisch.com/2015/01/08/charlie-hebdo-bruno-gollnisch-lcp/
Alors, M. Cazeneuve, « ce n'est pas un délit de prôner le djihad » ? Les familles des victimes de Charlie Hebdo apprécieront...
Et dire que Bernard Cazeneuve, il y a peu, affirmait au sujet des ventes de livres djihadistes qu’« on ne peut pas interdire des livres dès qu’ils sont choquants, s’il n’y a pas d’appel à la haine ».
« Le djihad a pour but […] de contenir tous les mécréants, ennemis de l’islam », rapporté par La Voie du musulman, avait dû échapper à la vigilance du ministre.
Donc, depuis la vente de ces livres ou d’ouvrages islamiques à Cora, Auchan, E. Leclerc et autres Casino, les journaux Inspire, Dar al-Islam, Dabiq, tous consultables sur Internet avec une facilité confondante, jusqu’aux derniers documents publiés par Daech avec son Guide de l’esclavage sexuel pour les nuls, il ne manquait plus qu’un guide s’adressant… aux mères de famille !
12 morts (dont deux policiers), abattus comme des chiens, onze blessés dont quatre dans un état grave. L’attaque par un commando islamiste, qui a exécuté par balles et de facLogo Charlie Hebdoto décapité hier la rédaction de l’hebdomadaire libertaire d’extrême gauche Charlie Hebdo (son directeur, Stéphane Charbonnier alias Charb, l’économiste Bernard Maris, Cabu, Tignous, Georges Wolinski, le réellement talentueux Honoré sont au nombre des victimes…- a créé un choc, une stupeur immense. Selon les premiers éléments fournis, deux auteurs de cette tuerie sont identifiés, deux frères nés à Paris et de nationalité française, Said Kouachi, 34 ans, et Chérif Kouachi, 32 ans. Ce dernier était un djihadiste repéré et connu des services antiterroristes. Ils entendaient se venger des atteintes à l’image à la dignité du prophète dont ils estimaient coupables les rédacteurs de ce journal que Charb décrivait d’ailleurs ces derniers temps comme financièrement en sursis. Bruno Gollnisch est invité ce matin de la chaine LCP pour débattre de ce drame et de ses conséquences avec notamment le porte-parole de l’UMP Sébastien Huygue (UMP) et le député-maire socialiste Pascal Cherki.
Au nom de la «lutte contre une publication qui attaque (ses) croyances et (ses) valeurs morales », on se souviendra qu’en novembre 2011 des hackers islamistes du groupe Akincilar avait revendiqué le piratage du site de Charlie Hebdo, menacé officiellement par al Qaïda. Attaque informatique suivie du jet d’un cocktail Molotov qui avait ravagé les locaux du journal (attentat alors condamné par le FN), évènement qui avait crée une mobilisation des médias français. Cela n’avait pas empêché à l’époque Yves Thréard, directeur adjoint du Figaro, d’avancer l’hypothèse d’un attentat émanant de « l’extrême droite catholique ».
Plus prés de nous, en novembre 2013, Charb s’était ému du rejet de son journal notamment par la France des banlieues, et plus précisément d’une chanson figurant dans le film (navet) « La marche » retraçant celle des « beurs » vers Paris en 1983, « contre le racisme et pour l’égalité des droits ». Un titre composé et interprétée par une dizaine de rappeurs, dont Akhenaton, Disiz, Kool Shen et Nekfeu. Dans un couplet de celle-ci on peut ainsi entendre :«Je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo». Charb avait fait part de son « effarement ».
Des broutilles en comparaison de cet attentat du 7 janvier, dont Marine a dit l’essentiel hier dans une brève allocution diffusée sur le site internet du FN : nécessaire unité nationale face au terrorisme, refus de la stigmatisation de l’ensemble de nos compatriotes ou hôtes musulmans mais aussi refus de se voiler la face.
« Il s’agit d’un attentat terroriste commis au nom de l’islamisme radical », « le temps du déni, de l’hypocrisie, n’est plus possible », « regarder les choses en face, ce sera prendre le chemin d’une action efficace et protectrice. Pourquoi en est-on arrivé là ? Quel est le parcours de ces assassins ? Quelle est l’étendue des filières de l’islam radical sur notre sol ? Leurs financements ? Quels pays les soutiennent ? Les questions sont nombreuses et légitimes » a souligné la présidente du FN qui sera reçue aujourd’hui comme les autres représentants des formations politiques, par François Hollande et Manuel Valls.
Charb, une fois n’est pas coutume, n’avait pas tort il y a quelques mois sur l’antenne de France Culture de se gausser d’un François Hollande déclarant la guerre au terrorisme en Irak contre l’Etat islamique (EI)…tout en restant l’ami et l’allié autoproclamé des saoudiens et des qataris. Or ce sont pourtant les principaux bailleurs de fond dans le monde des sanglantes brigades internationales islamistes et des propagandistes du fondamentalisme.
Les Français ont aussi raison de s’inquiéter des grenades dégoupillées que représentent les centaines, (les milliers ?) de djihadistes de nationalité française (la France fournie les plus gros bataillons des volontaires européens) partis combattre sur le sol irakien ou syrien, dans les rangs de l’EI ou de structures terroristes islamistes affiliés ou similaires. Que se passera-t-il quand ces derniers rentreront en France, sans que l’on puisse les empêcher de le faire puisqu’on ne peut en l’état actuel des choses les déchoir de la nationalité Française ? Comment nos services pourront-ils avoir la capacité de les surveiller tous ?
En ce sens, le temps du deuil, de la colère, de la compassion pour les victimes et leurs familles à laquelle nous nous associons pleinement, ne nous fera pas faire l’économie de la réflexion. Comment ne pas s’interroger sur l’inertie de l’UMPS devant l’extension des « territoires perdus de la république », la sourde oreille d’une classe politicienne tétanisée devant les études, les rapports, les enquêtes qui se sont multipliés depuis près de vingt ans –et qui n’émanaient pas uniquement des rangs de l’opposition nationale- sur la montée du communautarisme, du radicalisme, sur l’échec de l’assimilation ? Tout cela ne manque pas d’effarer…et d’effrayer nos compatriotes qui vivent cette situation au quotidien. Le système ne doit pas se défausser de ses fautes lourdes, de ses lâchetés, de son aveuglement, de son angélisme, et on peut craindre qu’il le tente.
Système qui ne craint pas non plus les amalgames les plus odieux et les plus tendancieux, à l’image du socialiste Robert Badinter, relayant ce matin sur France Inter l’appel de Manuel Valls à une vaste manifestation dimanche à Paris de tous les partis « républicains » de gauche et de droite -Nicolas Sarkozy en sera. L’ex ministre de la Justice de François Mitterrand comparait ainsi déjà ce rassemblement programmé avec celui qui a suivi la mobilisation contre le FN à l’occasion de la profanation-manipulation d’Etat de Carpentras…Une comparaison qui n’est bien sûr pas anodine et nous entendons déjà les bons apôtres du vivre-ensemble stigmatiser le courant national et patriotique au motif qu’il est lui aussi à ranger dans le camp des « intolérants ».
Les mêmes qui, sous le coup d’une émotion certes bien compréhensible et encore une fois que nous partageons, expliquent que Charlie hebdo était un modèle emblématique de la culture et de l’esprit français.
Extrait d’un article paru dans Libération en 1996 :
« Le 26 avril, Cavanna, Val et Charb (trois piliers du journal Charlie Hebdo) débarquent en estafette dans une annexe du ministère de l’Intérieur. Dans leur coffre, des cartons remplis de signatures qu’ils apportent à un conseiller de Jean-Louis Debré. En huit mois, 173 704 personnes ont répondu à l’appel « pionnier » de l’hebdomadaire pour demander l’interdiction du Front national. Loin de l’anonymat des sondages ou de la sempiternelle discussion sur la montée du FN, ces milliers de signataires ont apposé leur nom, profession, adresse, au bas d’un texte réclamant « de dissoudre le Front national, cette ligue dont le but politique est de faire disparaître la République ». Adressé au président de la République et au ministre de l’Intérieur, la pétition est précédée des articles 1, 2, 4, 6 et 7 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (elle constitue le préambule de la Constitution), avec lesquels « le Front national est en contradiction flagrante ».
Fin juin 1995, Cabu dessine, à la une de Charlie Hebdo, Jean-Marie Le Pen menottes aux mains entre deux policiers. En titre: « Que faire contre le Front national? L’interdire ! » »

Nous avons cité Lydia Guirous, secrétaire nationale du Parti radical en charge de la lutte contre les discriminations, il y a 3 jours. Dans Le Figarovox, elle tient encore des propos courageux, suite à l'attentat contre Charlie Hebdo :
"On a crié aux loups lorsque dans mon livre, comme beaucoup d'autres, je disais que l'islam se radicalisait dans les cités...on a crié aux loups lorsque Zemmour a parlé d'une France au bord de la guerre civile...on a crié aux loups, la plupart des médias en tête, à la sortie du roman fiction de Michel Houellebecq ...et aujourd'hui ceux-là même qui muselaient il y a encore quelques heures la liberté d'expression, pleurent en son nom.
Il ne faut pas avoir peur des idées mais de l'absence d'idées. Une démocratie qui ne pense plus et qui nie les réalités est une démocratie qui meurt, qui se suicide. Cabu et Wolinsky n'avaient pas peur, ils préféraient vivre debout qu'à genoux. Nous devons continuer à dénoncer la réalité et à ne pas se réfugier dans un confort intellectuel boboïsant: tout le monde est gentil, ne stigmatisons pas et tout ira bien... bilan 12 morts!
[...] Cessons ce laxisme qui ronge la France depuis 1970. Un principe n'est pas une incantation ou une fantaisie, mais une règle que doit imposer avec fermeté la puissance publique et nos élus.Ces derniers ont été trop lâches avec la laïcité et au nom d'un relativisme culturel abject et d'une culpabilité post-coloniale un peu feinte. Ils ont laissé volontairement et à des fins électoralistes, l'islam radical dans les quartiers.
Le communautarisme est la gangrène du vivre ensemble, mais c'est aussi le terreau du terrorisme et de la barbarie. En cédant à la tentation communautaire, certains élus et certains intellectuels et médias, ont trahi la République, nous ont trahis.En cédant au communautarisme islamique, ces derniers ont planté les germes du djihadisme et du terrorisme... [...]
Alors aujourd'hui il est plus que temps de nettoyer les imams radicaux et les islamistes des cités au kärcher. Il est plus que temps d'appliquer strictement la loi sur l'interdiction de la burqua dans l'espace public. Il est plus que temps d'interdire le voile dans les universités et dans les entreprises... [...]
Bien sûr qu'il y a un problème avec l'Islam des banlieues en France et ce problème ne cessera de s'amplifier tant que l'arbitre ne sifflera pas la fin de la partie du laxisme et de la lâcheté. Cet arbitre est l'Etat, c'est à lui de rappeler les règles de la République et de les appliquer avec force et coercition. Si rien n'est fait, les imams radicaux continueront à laver les cerveaux des jeunes en perte de repères, et d'autres attentats, plus graves encore, auront lieu sur notre sol.
Dénoncer la réalité et essayer de la traiter, ce n'est pas être fasciste, c'est être citoyen et républicain. Dénoncer la réalité de l'Islam radical dans les cités, ce n'est pas être raciste mais responsable. Le vivre ensemble de la France repose sur des règles, il faut les respecter. Ce n'est pas à la France de s'adapter aux particularismes culturels et religieux, mais à ces derniers de se plier à ses règles. Le mal français, ce n'est pas Zemmour ou Houellebecq, c'est la lâcheté et cette entreprise permanente de déconstruction de nos valeurs à laquelle nous assistons depuis quarante ans, sans réagir. [...]"
Michel Janva http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html
Une lectrice de Polémia nous écrit
♦ Une fidèle lectrice assidue à notre site Polémia vient de nous faire parvenir La Lettre aux Français que le prix Nobel Maurice Allais adressait à ses concitoyens, par le truchement du journal Marianne du 5 décembre 2009. Maurice Allais est décédé moins d’un an après, en octobre 2010 à l’âge de 99 ans. Cette lettre était en quelque sorte son testament politique. Nous la reproduisons ci-après précédée des quelques lignes de présentation de notre lectrice que nous remercions. Une relecture de ce texte ne peut être que bénéfique.
Polémia
Toute personne, un peu sensée, constate que depuis des années les « experts » constamment invités par les médias nous mentent et s’avèrent incapables d’expliquer les causes de la « crise » et encore moins les remèdes nécessaires… si ce n’est de prôner la fuite en avant.
Quand on se trompe de chemin, le simple bon sens consiste à s’arrêter et à consulter cartes et panneaux, or, nous sommes lancés sur des rails sans machiniste ni aiguillage, pratiquement assurés d’un déraillement imminent.
Michèle Laugier (4/01/2014)
Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.
Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial.
La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme », dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.
Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.
Il faut délocaliser Pascal Lamy !
Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !
Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.
Un protectionnisme raisonné et raisonnable.
Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.
L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.
De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.
Crise et mondialisation sont liées.
Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.
Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !
Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.
Un prix Nobel… téléspectateur
Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.
Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.
Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.
Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.
Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?
Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs.
Maurice Allais., Décembre 2009
http://www.polemia.com/lettre-aux-francais-contre-les-tabous-indiscutes/